Archives par étiquette : méditer

Alternances


L
e spectacle des iris qui s’épanouissent me ravit.
Il y a d’abord les feuilles, simples, élancées, volontiers diaphanes dans le soleil rasant.
Il y a ensuite le bouton, élancé, simple, épuré.
La fleur s’ouvre d’un coup et il est absolument impossible d’en saisir l’ensemble.
Sa grandeur oblige
Sa symétrie est relative, trois est un chiffre non-pair
Son parfum est subtil, à nul autre pareil.
Puis, la fleur passe, elle se ferme, se recroqueville, sèche et tombe.
Il reste une tige, élancée, simple laissant chanter dans la brise un calice marcescent élégamment froissé.
Vient la fin de saison et l’absence.
De longs mois plus tard
Pointent les nouvelles feuilles
Et l’espoir.

Amoureuse des mots
Je les redoute.
( Redouter, vient de l’ancien français douter, c’est à dire craindre… De quoi élargir la dissertation au sujet du … doute)
Je les crains car je connais leur versatilité,
Je sais leur envol lorsque je les abandonne
Et j’ignore tout du sens
Qui leur sera donné
A l’endroit où ils atterrissent parfois.

Amoureuse des mots
Des fleurs
Du mouvement
De la Vie

Il s’en fallut de peu pour que je laisse aujourd’hui
Seulement une image
En reflet, au sujet de l’alternance
De tout, de chaque vivance et de chaque instant
De cette alternance
Qui fait mon bonheur
Intense.

A comme Absolu


Décidément la vie est captivante.

J’aime ses clins d’oeil, les reflets en ricochet, les échos qui rebondissent et l’imprévisible tellement bien organisé.

Hier soir, en compagnie d’un très érudit compagnon, je découvrais le vent mis en scène, le vent testé, mesuré, appliqué, numérisé, le vent « visibilisé »!

« Comment la poussière pourrait-elle s’élever d’elle-même?
…Tu vois pourtant la poussière et pas le vent »

Visiteuse VIP, j’apprenais avec avidité, comme il est si facile d’apprendre dans les yeux des autres, à travers la parole vivante et multidimensionnelle de ceux qui savent.
Apprendre toujours plus et plus loin est une quête, une quête que je ne peux concevoir sans la présence présente des autres.
Alors, après m’être abreuvée directement à leur source, la curiosité peut m’entrainer dans les entrailles de la toile, au milieu des pages des livres spécialisés. J’ai besoin de douter pour préciser, pour avancer, pour enregistrer.
Une question entraine cent questions et c’est avec ravissement que je me laisse emporter dans ces explorations où le temps n’existe plus, car entre l’infiniment petit et l’infiniment grand il est soluble dans sa propre relativité.

Dans le « nuage de tags » visible à côté des billets ici abandonnés, le mot « absolu » arrive en tête non seulement grâce à son « A » mais surtout parce que de nombreux billets sont ainsi « tagués ».
La quête de l’absolu m’habite joyeusement.
Que dis-je?
Elle dirige mes pas, mes recherches, mes actions.
Elle les dirige parce que « c’est comme ça » pour moi.
Et c’est une direction amicale, douce, joyeuse, plaisante à laquelle je me soumets de bonne grâce.

Pourtant, parce que le temps tellement relatif est si drastiquement affiché sur nos montres, il est un fait que des choix s’imposent quand les journées ne font que 24h.

Alors, quand ce matin, une chère amie pose la question « Lit-on toujours pour apprendre? » je me la pose franchement entre quatre yeux.
Et d’autres questions surgissent en réponse.
Des questions au sujet du plaisir, au sujet de mes exigences, au sujet de mes quêtes et de ce qui m’attire inexorablement vers la source, puis la source de la source et encore plus loin, dans tous les sens.
Et je regarde la pile de bouquins sur mon bureau et l’absence remarquable de « romans ».

Les romans, les dessins animés, les films fleurissent spontanément sans que je les convoque. Ils apparaissent, impalpables,  principalement lorsque je marche, lorsque je rame, lorsque mes mains sont occupées à sculpter, à attendre, à bricoler, à jardiner.
Ils sont toujours d’un richesse incroyable, ciselés dans le moindre détail, turbulents, imprévisibles. Je les vis dans une multitude de dimensions qui dépasse largement et celles du papier parfois si parfaitement glacé et celles des images si magnifiquement léchées.

Bien entendu, je lis avec grande bienveillance les ouvrages de littérature, les romans qui me sont offerts ou ceux qui me sautent dans la main de gares en aéroports.
Bien entendu, je vais au cinéma parfois, rendant hommage à quelques réalisateurs de talent qui savent me faire flotter bien au delà de la salle noire.
Mais ce sont autant d’escapades ravissantes qui me ramènent à la quête de l’absolu, cette quête que je conçois uniquement constituée de rencontres « en live », d’expériences sur le terrain et de lectures appliquées.

C’est comme ça depuis si longtemps que je ne cherche plus à me contrarier!

Toujours plus


Tout est résumé par l’image ci-dessus.

C’est un peu court comme texte?

OK.
Toujours plus… nous consommons toujours plus
Toujours plus… nous sommes toujours plus polluants
Le plus loin possible… L’important étant que nous ne voyons rien de nos yeux.

Que les mots sont insuffisants!
Moi qui aime dire « à plus loin » en pensant au ciel et à l’horizon,
Voilà que je parle de « plus loin » en pensant aux ouvriers esclaves qui crèvent, aux lacs de boues toxiques, aux paysages défigurés, aux monceaux d’immondices que nous produisons tous… au loin!

Et oui…
Ce matin, il était question des terres rares dans mon poste de radio préféré.
C’est un sujet à la mode ces jours-ci!
C’est toujours amusant de voir que parfois je suis à la mode, l’espace de quelques jours, en regardant toujours plus loin que le bout de mon nez.
La mode va passer.
Mon nez va rester.

Et puis, sitôt avalé mon premier café,
Comme par hasard
La première « actualité sur laquelle « je tombe » grâce aux algorithmes
Savamment calculés des réseaux sociaux que je consulte sur mon laptop
Dont je ne pourrai me passer
Bien qu’il soit
Bourré de terres rares et alimenté à l’électricité nucléaire
Je tombe donc sur une page d’artisanat d’art
Ventant l’art brut, la matière respectueuse
Respectueusement produite.
Et donc… je découvre des objets de décoration
Certes fort agréables au regard.

Car personne ne mangera dans ces poteries brutes
Aussi belles que celles que j’ai vu en Afrique
Celles qui étaient là-bas « la vaisselle » ordinaire avant que le plastique
Occupe le terrain.
Car personne ne se drapera dans les tissages
Aussi beaux que ceux que j’ai vu dans les montagnes berbères
Ces tissages qui réchauffaient avant que les fringues recyclées
Ne débarquent de chez nous.

Toujours plus
Toujours plus de décoration,
Toujours plus d’inutile
Toujours plus d’utile
Toujours plus de facilité
Toujours plus de confort
Toujours plus de consommation
D’argent échangé
Et d’inconscience de « tout ça »!

Nous sommes simplement, totalement, formidablement humains
Et l’homme est un loup pour l’homme
C’est bien connu.

Et qu’est-ce que je fais de « tout ça »!
Ben…
Logiquement, parce que je vis avec mon temps
Comme ma grand-mère me l’a appris,
Je l’écris sur mon laptop,
Plein de terres rares
Alimenté grâce à l’électricité nucléaire
Afin de stocker mes réflexions en goguette
Dans d’énormes mémoires
Sises dans d’énooooooormes hangars
Qu’il faut réfrigérer
A grand coup de précieuse énergie
Qui coûte
Et bouffe les vies.

Et c’est la vie,
Sans marche arrière possible
Faire plus, c’est toujours plus!

Fait divers


Un cerisier en fin de vie sauvagement abattu

D’après les voisins, un  CAT  de type louche stationnait dans le coin depuis quelques jours.
Ce matin à 10h30 précises, un vrombissement a résonné dans l’impasse.
Sous les yeux de la voisine dépitée, après avoir avalé en deux coups de godets le vieux mur au pied duquel des marguerites avaient élu domicile, le monstre s’est dirigé droit sur le pauvre vieux cerisier.
Après lui avoir arraché les branches, il s’est attaqué au tronc et l’a déraciné sans plus attendre.
Le vieux cerisier a résisté un instant.
Le monstre s’est cabré, a repris son souffle et l’a achevé.
Il l’a ensuite chargé à bord d’un camion.
A l’heure qu’il est personne ne sait où il l’a emporté.

Au delà du fait divers,
Je me suis questionnée au sujet de l’émotion qui, un instant, me submergea.
Ce cerisier était mon voisin depuis que j’habite ici.
Avant d’habiter dans le coin, c’est lui qui marquait le bout de l’impasse et je le saluais en arrivant chez la grand-mère qui nous a légué la maison.
Souvent, à l’ombre du cerisier, une autre grand-mère jardinait, désherbant ici, agitant la belle terre noir là, arrachant quelques pommes de terre plus loin. Elle portait un grand tablier bleu et le chapeau de paille qui allait avec.
Ce jardin voisin avait toute une histoire que je connais.

Combien de fois ai-je écris que le jardin est un livre ouvert?

Aujourd’hui encore je peux le répéter à qui voudrait l’entendre.

J’ai eu besoin de sortir, d’aller marcher pour reprendre pied et trouver réponse à quelques questions.
Il est clair que c’est la rapidité de l’intervention qui m’a troublée. Que cet arbre ait eu plus de cinquante ans de vie, peut-être soixante dix, que vaillamment il ait fleuri à chaque printemps, offrant ses fruits dorés chaque été et que moins de deux minutes aient suffi à l’anéantir dépasse l’entendement basiquement humain du fond de mes tripes.
Quiconque aurait eu à l’abattre de ses mains aurait dû y consacrer des heures et des heures et encore davantage pour extraire les racines.

Combien parlent de combat? Combien, dans de multiples domaines, souhaitent d’utopiques combats « à armes égales »?
Le jardin est un livre ouvert, un livre de philosophie, un livre de vraie vie, j’aime tant l’observer, même les jours comme aujourd’hui où l’émotion est intense.

Le silence est revenu.
Une odeur de terre fraichement remuée flotte à coté de l’odeur des mousses arrachées, du lichen déchiqueté et du gas-oil consommé.
Le silence?
Que nenni.
Les oiseaux sont là par dizaine, ils sont en train de faire bombance : un festin leur est offert.
Un festin de laves et de lombrics.

Et chantent les oiseaux et va la vie!
C’est le printemps!

O R G A N I S E R

Ah, ce mot!
Chacun l’illustrera à sa manière.

Ce que je peux dire c’est que je suis en ce moment dans la posture de « l’organisatrice » ce qui signifie que je suis en pleine organisation pour organiser!

Organiser!

Et comme d’habitude, il est bien difficile de ranger chaque « élément » dans une boite!
Car, il est question de disposer et de s’arranger le plus harmonieusement possible avec le vent, l’océan, la lune, les gens, etc…
Tant de « choses » absolument non-manipulables.

Comme d’habitude, je regarde les prévisions météorologiques de manière compulsive.
Chaque matin, chaque soir, je fais le tour de tous les sites dédiés connus, reconnus.

Chaque matin, chaque soir, je me raisonne.
Je sais que les prévisions sont basées sur des statistiques, je sais qu’elles se préciseront à l’approche.
Je sais, que quoi que je fasse, c’est le jour J à l’heure dite il faudra composer avec la réalité du moment.

C’est complètement fou ces histoires qui nous pousse à essayer en vain d’organiser ce qui nous échappe encore!
Je me demande encore et toujours quel est ce besoin de sécurité factice qui me pousse à essayer de m’informer au sujet de ce qui n’existe pas encore.
C’est à la fois pesant et enthousiasmant,
A la fois léger et accablant,
Et comme d’habitude, c’est de mon plein gré que j’ai choisi de m’y coller!

De la ponctuation

Lorsqu’il s’agit de s’exprimer à travers l’écrit, il est d’usage d’intercaler des signes de ponctuation entre les mots afin de favoriser une meilleure « écoute » pour le lecteur.
De manière récente, il est devenu possible d’introduire des idéogrammes (on appelle ça  « emoji » en langage facebookien), des « sticker » et même des « gif » en plus des traditionnels signes de ponctuation.
De fait, il serait possible d’imaginer que la communication écrite est en passe de devenir de plus en plus précise, c’est à dire, de plus en plus semblable à la communication parlée.

Las !

En se complexifiant, la communication se dilue.
Je me demande si nos pensées ne suivent pas le même chemin, stimulées qu’elles sont de toutes parts, dans toutes les dimensions et tous les sens ?

La ponctuation, pour revenir au sujet de ce billet, est chose subtile dans le monde mondial. En effet, les règles sont différentes d’une langue à l’autre et parfois il n’en existe même pas. (un digest ici )

Pour « moi-je », il est plus facile de lire et de comprendre les personnes que je connais en vrai : les attitudes, les intonations, les paradoxes sont inscrits en filigrane dans ce que je lis d’elles.
C’est aussi le cas pour les personnes non accessibles, les grandes figures, les auteurs renommés : le fait de les entendre parler (vous connaissez ma radio préférée ? … On y parle beaucoup, beaucoup! ) m’incite à les lire sous des angles constamment renouvelés.

Dans la prose que je produis, il y a un tas de mots et aussi un paquet de signes de ponctuation.
Les mots ont une signifiance à mes yeux et je sais que chacun les interprète ensuite en fonction de son environnement propre.
La ponctuation, selon les règles établies en langue française, est généralement posée avec attention et il n’est pas rare que je modifie après lecture (et relecture), comme je modifie certains mots et/ou leur agencement dans la phrase.
Les « emoji » sont les grains de folie qui peuvent entrainer plus loin tant leur traduction est éminemment personnelle !
J’aime les points de suspension car il sont à mes yeux une ouverture vers plus loin. Mais, je sais qu’il faut les éviter et je les évite au maximum.
Il serait nécessaire, dans les faits, de poser un point d’interrogation après chacune de mes phrases tant chaque alignement de mots constitue, de mon point de vue, un questionnement qui débouche sur un autre questionnement sans que jamais aucune réponse ne survienne en temps que réponse « certaine et définitive ». C’est évidemment non-envisageable.
Alors… J’ose imaginer que les personnes qui m’ont un jour croisé ont repéré mes inlassables questionnements.

Les enfants, bien avant l’âge de raison, affirment « je sais » et les parents les regardent de haut en affirmant à voix basse : « comment pourrais-tu savoir ? ».
C’est que les enfants sont bien dressés et que dire « va te faire foutre je vais expérimenter dans mon coin » fait partie des « interdits ».
C’est que les parents sont bien formatés et suffisamment suffisants pour oublier de douter au sujet de leur toute-puissance parentale.

Quand j’étais »petite », j’ai traversé cette période où j’ajoutais « je sais » après chaque proposition parentale. Mon père ne manquait pas de me le faire remarquer sur l’air de « madame-je-sais-tout ».
J’avais le bac en poche quand cette chanson là est entrée au hit-parade de l’époque et bien que ma note de philo ait été magnifiquement proche de zéro, je commençais à poser les questions qui n’amènent que des questions et à entrer dans un véritable « raisonnement philosophique » au sujet de la vie.

Plus de quarante ans plus tard, j’en suis seulement un peu plus loin, toujours en train d’essayer d’escalader l’arc en ciel, toujours en train d’essayer d’attraper les étoiles alors que « je sais » (= « il est scientifiquement prouvé ») que l’arc en ciel n’est qu’un effet lumineux et que les étoiles qu’on voit briller sont mortes depuis longtemps…

Jenesaispasquelleestl’histoiredelavieenvraie.

J’aime infiniment observer, explorer, observer encore, explorer plus loin.

Jesaiseulementquejesuisenpleindedanslavraievie.

Plans, objectifs, etc (2)

En pays cathare lors de la randonnée des vacances, lors d’une conversation avec un de ces jeunes gens remplis d’idéaux, la question de la liberté avait été abordée.
Tandis que j’évoquais à la fois mon chemin et mon désir de « liberté », il n’avait pas manqué de me titiller, de m’interroger :

« Mais… Tu parles de liberté et tu as prévu d’aller vers l’ouest en un mois. Si tu trouves un coin joli où tu te sens bien, la liberté ne serait-elle pas celle de rester dans ce coin aussi longtemps que tu en as envie? »

La question était si précise et tellement en harmonie avec ce que je percevais de ce jeune gars et de ses idéaux que je suis partie paisiblement sur un autre sujet à l’aide des mots magiques : « OUI… ET… »

Car, parmi les mots qui engendrent des situations pathologiques, des situations dramatiques et des jeux formidablement théâtraux, il y a le mot « liberté ».

Quiconque côtoie des adolescents, ces délicieuses personnes sorties de l’enfance et pas encore assez mûres pour qu’il soit possible de les cueillir adultes, quiconque côtoie, croise ou se lie d’amitié avec ces fascinantes personnes note la récurrence de certaines expressions telle que :

J’ai pas envie

D’abord, je fais ce que je veux

« On » va quand même pas me dire ce que je dois faire

Je suis pas un gamin, quand même

« On » n’est pas en dictature, je suis libre, non, mais, oh!

Hier, dans la rue, sourire aux lèvres, antennes grandes ouvertes à tous les sens, j’ai écrit un bouquin dans ma tête.
Arrivée dans la foule, les mots se sont envolés sans que je cherche à les rattraper, il était urgent de vivre cette foule, de tester une « dégustation » de café aux épices dans une boutique dont je ne possède pas la carte, de filer regarder couler la Loire vers l’amont, d’aller voir ce qui se passe au bord de l’Erdre, d’entrer dans une exposition, de m’enfuir à l’écoute de certains commentaires, de me promettre d’y revenir, etc.
Sortie de la foule, mon monde s’est rétabli, les mots sont revenus, enrichis, confirmés, assurés.
Et j’ai marché jusqu’à la maison.
En souriant à la vie.

Il est clair que je suis tout à fait « soumise » comme il est clair que je fuis l’enfermement.

Et zut!

Les mots posés, noir sur blanc, me paraissent tellement vidés alors qu’ils explosent d’une sève généreuse et multicolore dans le creuset de mes interrogations infinies.

Et zut, et tant pis…

N’est-il pas nécessaire que les mots se cognent pour envoyer un écho?

Pour jouer plus loin, j’ai ouvert un nouveau dossier hier soir, un dossier au  titre iconoclaste.
Peut-être vais-je y compiler des fils à tricoter.
Peut-être qu’il restera vide.
C’est un simple jeu de déclinaison : parce que j’ai l’intime conviction que la soumission est à la liberté ce que la lumière est à l’ombre, j’ai besoin d’éclairages et je m’en vais aller les chercher, plus loin que ceux qui brillent déjà dans ma bibliothèque.

A suivre…

De cette actualité instantanée et durable à la fois

« Qu’est-ce que l’éternité ? Pas un temps infini (car alors ce serait terriblement ennuyeux) mais un présent qui reste présent. C’est donc le présent même, dont nous sommes ordinairement séparés par le regret ou la nostalgie, l’espoir ou la crainte. L’éternité n’est pas l’immuabilité, mais la perduration toujours actuelle du devenir. Non la permanence, mais l’impermanence en acte et en vérité ! Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant, ce que nul ne peut, mais d’habiter le présent qui dure et change. Quel que jour qu’on soit, c’est toujours aujourd’hui. Quelle que soit l’heure, c’est toujours maintenant. Et ce perpétuel maintenant est l’éternité même. C’est cela, que la philosophie m’a aidé à penser, la méditation m’aide à le vivre, y compris quand je fais tout autre chose que méditer ! On ne court le plus souvent qu’après l’avenir. Mais on ne court qu’au présent. »
Entretiens entre André Comte-Sponville et François L’Yvonnet, C’est chose tendre que la vie, Albin Michel, 2015, ISBN 978-2226314895

La routine a repris.
Après être passée par « Les matins » de France Culture, c’est l’heure du café.
Là, je parcours les réseaux sociaux comme j’ouvrirais une fenêtre sur le monde.

Et c’est (presque) toujours un moment triste, un moment qui m’émotionne du côté de la souffrance. Il arrive que j’ai besoin de réagir et le mur sur lequel « ça » tombe peut parfois trembler, bien que je fasse toujours tout pour me retenir.

C’est que j’ai beaucoup de difficultés à accepter le vide exposé sur les réseaux sociaux.
Et quand le vide fait le plein, c’est à la limite du supportable pour « moi-je ».
C’est d’autant plus difficile lorsque je le vois ce genre d’affichage sur la page d’une personne que j’estime pour son intelligence, son sens critique, son regard large.

Que se passe t-il donc?

Sur le plan pratique, je retire du fil d’actualité les personnes qui me font trop souvent bondir, de fait la publicité s’installe à leur place.
Et de fait, je reste calme.
Mais de fait, ma fenêtre est moins ouverte.

Que se passe t-il donc?

Sur un autre plan, je m’interroge.
Par quel tour de magie, par quelle intention, une information instantanée peut-elle durer et se propager, sans varier d’une once, pendant des heures, des jours parfois?
Jusqu’à l’essoufflement.
Jusqu’à ce qu’une autre information instantanée prenne la pas, anéantissant la précédente, la jetant aux oubliettes sans la moindre considération pour le temps d’affichage dont elle a courageusement fait preuve.

Et petit à petit je comprends que c’est le fil virtuel trop impalpable entre instantané/fragile et durable/certain qui me fait souffrir.

Ce qui se propage sur les réseaux sociaux à grand coup d’émoticônes et de partages compulsifs ne correspond en rien au présent et pourtant un sacré paquet de monde veut croire que c’est le présent.

Je peux pas.

Dimanche 24 septembre, étape 24

 

« Es mi destino,
Piedra y camino
De un sueño lejano y bello, viday
Soy peregrino. »
In Piedra y camino, Chanson de Atualpa Yupanqui (Hector Roberto Chavero Aramburo)

8h
Tout était plié.
J’attendais « mon » café chaud.
J’étais certaine que la personne croisée le soir était une personne de parole.
Pourtant, elle n’était pas là.
8h30, je me décidais lentement à partir, oubliant le café chaud quand un chien tout heureux est arrivé, suivi par son maitre.
Non seulement j’ai eu ma dose de boisson matinale, mais en plus j’ai eu le plaisir d’entendre l’accent de la région de mon enfance et la chanson des noms de villages que je connaissais parfaitement. Heureux hasard!

J’étais attendue à Hendaye et j’avais dès la veille annoncé une heure probable où il serait possible de me cueillir sur la plage. Même en prévoyant large, il ne fallait pas trop trainer et je démarrais finalement avec une heure de retard.

Dès la montée sur les crêtes, je voyais tous les endroits de bivouac sympa que j’avais raté et cependant j’étais super contente d’avoir eu l’occasion de profiter de la chaleur d’un bon café.

Devant, il y avait l’océan dans toute sa splendeur, bleu sous le ciel bleu.
Derrière, il y avait « la » montagne, somptueuse sous l’éclairage matinal, il y avait le lac des nuages et l’enchantement de la merveilleuse cascade blanche qui s’en échappait.

En partant, de là-bas, loin à l’est, j’avais longtemps regardé en arrière.
En arrière jusqu’à perdre le bleu maritime des yeux.
Il avait fallu que je m’arrache pour résolument regarder la montagne et aller de l’avant.

Et voilà, que je ne cessais de m’arrêter pour accrocher encore mon regard sur les montagnes, et encore et à nouveau.
Pleinement consciente de ce qui se passait, de ce qui se jouait précisément, j’ai porté mon regard au loin, vers cet horizon que j’avais si longtemps attendu et enfin, j’ai marché résolument, sans plus regarder en arrière.

J’étais sur le chemin qui va « au bout du monde », sur la plage, là ou allait commencer la suite, l’inconnu et plus loin.
Et Merleau-Ponty faisait écho avec une petite phrase que j’avais souligné dans le train, pendant le voyage vers Narbonne :
« (…) la route proche n’est pas « plus vraie » : le proche, le lointain, l’horizon dans leur indescriptible contraste forment système, et c’est leur rapport dans le champ total qui est la vérité perceptive. »

Je voyais l’horizon, l’océan, et j’étais dans l’instant, dans un paysage de carte postale, magnifique, sous un soleil radieux. Je vivais dans un simple bonheur tout à fait réel et véritable.

Passé l’ermitage de Biriatou, traverser l’autoroute revenait à franchir une frontière, à marquer l’entrée vers la fin de la randonnée, la fin de la belle escapade.
Puis, il y eut le port d’Hendaye, puis la plage et les surfeurs, et aussi un tas de cailloux au pied des rochers.
En ce beau dimanche, la foule était présente sous le soleil, j’étais pourtant seule au monde, débarquant d’un ailleurs invisible sans que personne alentours puisse l’imaginer.


Mon frère est arrivé à l’heure convenue.
Non… Avec quelques minutes de retard car il était parti me chercher sur le port et la route du littorale était fort encombrée. Il avait suffit d’allumer le téléphone et de clavarder un peu pour « tout arranger »… Mais comment aurions-nous fait « dans le temps »? Dans un temps où nous avons pourtant vécu, dans une époque où les rendez-vous existaient. C’est incroyable de constater à quel point nous sommes capables d’adaptation, au point d’oublier de quoi nous étions capables « avant »…

Un fois mon sac posé dans le coffre, complices comme nous l’étions lorsqu’il s’agissait de dévaler hors piste les champs de neige, nous sommes partis à l’assaut des rochers, jusqu’à la plage interdite que j’avais en tête, sous le domaine Abbadia, dans la baie de Loia, là où les roches multicolores sont sculptées par les vagues.
La marée commençait à monter fort.

Il était alors temps de rejoindre Biarritz en voiture et de rentrer dans cette vieille maison basque et bourgeoise dont j’avais si souvent entendu parler sans jamais la voir. Une maison que mon frère, une fois marié, avait apprivoisé en temps que « maison de famille ».

Oter mes sandales, faire grincer le parquet ciré, sentir la douceur des tapis d’orient, puis grimper l’escalier monumental pour découvrir « ma » chambre à la décoration surannée, tellement charmante dans la lumière filtrant à travers les persiennes.
Un peignoir blanc était plié sur le lit, la salle de bain ouvrait grand sa porte.
J’ai déposé mon barda, étalé ce que je pouvais sur les fauteuils tapissés de satin fleuri.
J’ai ouvert le paquet postal posé sur la table, sous la plus grande fenêtre. Il avait bien été expédia, il était bien arrivé à la bonne adresse.
Mes vêtements « de ville », mes bouquins, mes papiers étaient là.

Après une longue douche, je pouvais descendre, dans la peau d’un personnage collant au décor (enfin presque…) pour répondre à la curiosité de celle qui m’accordait l’hospitalité : une dame très âgée, d’allure aristocratique, blanche et fragile comme les porcelaines de collection qui décoraient le salon.

A suivre : le jour suivant …

Lundi 25 septembre, une journée entre parenthèses


« Une saveur s’affirme doucement depuis le retour.
Celle de la dragée.
La vraie dragée, celle des baptêmes et des mariages de mon enfance
Le « bonne »dragée
Qui contient une grosse amande.
De cette gourmandise de « fête sacrée »
Que je laissais fondre patiemment
Jusqu’à sentir le rugueux de l’amande
Ce rugueux de la peau brute, dont la texture
Se dévoilait au fur et à mesure que le sucre fondait.
Puis, je sortais le fruit de la bouche
Pour « le voir », le découvrir, en ôter la peau
Et le goûter encore, trouver le lisse sur les papilles
Avant d’achever
Avant que les sensations ne deviennent souvenirs
Mêlés,
De sucré, de rugueux, de lisse, de subtil
De l’amande, de la dragée, de la fête
C’est bien le temps passé qui fut savoureux! »
in Passage de vies, Editions l’instant Présent, 2008, ISBN 078-2-916032-10-8

8h58
TER 67266
11H47
3854
006-36
16H32

Quelques chiffres pour déjà entrevoir la fin de la parenthèse Biarrote après mon arrivée à Hendaye.
J’ai systématiquement besoin d’un moment entre parenthèses au retour d’une aventure quelle qu’elle soit, que ce soit une aventure de quelques heures, de plusieurs jours ou de plus encore.
C’est une respiration indispensable.
Il peut s’agir d’un temps de silence dans la voiture arrêtée, c’est possiblement une longue errance dans la zone « neutre » d’un aéroport, c’est pourquoi pas, un voyage en train.
L’essentiel est entièrement contenu dans l’identification de la zone « entre parenthèse ».
Dans cet espace, tout est possible, c’est un entre-deux, un espace où mon costume est indéfini, où je suis en état de suspension avant re-constitution.
J’aime infiniment cet état.
Il répond entièrement à l’adjectif d’extra-ordinaire tant il est rare et tant je le protège comme quelque chose de très, très précieux.

C’était une chance de pouvoir vivre cette parenthèse à Biarritz, sous un ciel chargé, dans une ville déserte, hébergée dans une maison historique.

J’ai passé la journée à déambuler, à regarder les vagues aller, venir, s’écraser, éclabousser, s’envoler en mille particules d’embruns, vivre.
J’ai passé la journée à rêvasser, à regarder l’horizon, se voiler, se découvrir, essuyer les grains, se couvrir et s’illuminer, vivre.
J’ai passé la journée, le nez vers le ciel, à regarder les oiseaux marins, piquer, décoller, planer, voler, plonger, vivre.

Des milliers de pensées se bousculaient et passaient.
J’avais amassé un bouquet de métaphores suffisant pour éclairer mon quotidien pendant plusieurs mois.

L’après-midi, je suis partie à l’assaut du phare.
Un sommet si vite atteint.
Mais le sommet local.
Prendre de la hauteur élargit toujours le point de vue.

Et j’ai encore marché, marché.

Enfin, la fin était proche.
Manger une glace.
Acheter des espadrilles dorées
Faire provision de gourmandises à offrir
Et aller pour un ultime diner dans la maison basque.

8h58
TER 67266
11H47
3854
006-36
16H32

Sur la dernière page griffonnée par l’escapade 2017, juste après les chiffres, il y a cette phrase :
« Chacun peut trouver un sens à sa voie. »

Peut-être?
Je ne sais pas « pour les autres ».

Hier soir, « comme par hasard » un bouquin s’est posé entre mes mains. Je l’ai dévoré, trouvant noir sur blanc toutes les questions qui m’habitent, illuminées par des éclairages auxquels je n’avais pas pensé, prenant racine dans notre histoire. Une histoire dont je suis bien incapable d’embrasser la totalité, ce qui m’offre la chance d’apprendre encore et toujours.

Quel bonheur que de pouvoir rencontrer, lire, découvrir « les autres » pour comprendre toujours plus loin.

J’avais envie de trouver une petite phrase dans ce livre tout fraichement ouvert, il y en a des dizaines qui pouvaient faire l’affaire.
Je dirais que chaque petite phrase posée au cours de ce « feuilleton » étant toujours une invitation à découvrir un bouquin, un auteur et ce qu’il y a autour, il en va de même pour cette dernière :
« Je mets donc mon espoir dans l’idée qu’en développant une autre image de notre vie mentale, une image qui rende justice à notre nature d’êtres sociaux, nous serons capables de mieux comprendre les conditions de possibilité d’une véritable individualité – une individualité sociale échappant au solipsisme et enracinée dans des pratiques qui nous incitent à la coopération mutuelle. L’individualité n’est pas une donnée mais un objectif à atteindre, et nos efforts dans ce sens ne peuvent se passer de la contribution de nos semblables. »
Matthew B. Crawford, Contact, traduit de l’américain par Marc Saint-Upéry et Christophe Jaquet, Editions La Découverte, 2015, ISNB 978-2-7071-8662-1

A plus loin…