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Pensées et réflexions en goguette

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

Rien ne gagne, rien ne se perd, tout se transforme

Allez, c’est la saison.

Pour éviter de « perdre » du temps en ville, pour bénéficier d’un choix « plus grand » voire pour profiter de meilleurs prix (perso, le prix n’est pas un critère) il est devenu normal de faire ses achats « grâce » à internet.

Je résume.
A défaut de faire une marche revigorante de 30mn en direction du centre ville, je passe 30mn à feuilleter mon écran, à chercher dans le monde entier le « truc » dont je veux absolument disposer dans l’instant.
Oui, il faut bien l’avouer, passer par internet est souvent la conséquence d’un « je veux et tout de suite et que ça saute ». Le simple fait de valider une commande procure immédiatement une sensation de « ça c’est fait » participant à la détente. Sans aucune surprise, beaucoup de personnes deviennent « addict » un peu comme aux drogues, le sucre en particulier. C’est le principe de la récompense!

Mais contrairement à ce qui se passe après avoir pris l’air en ville et être revenue les mains vides parfois, les bras chargés d’autre fois ; contrairement à ces balades assez peu polluantes, une fois passée la commande sur le web, une fois ressentie la sensation de « travail » accompli, l’aventure commence.

Bien évidemment j’ai cliqué sur « livraison gratuite à domicile ».

L’attente commence.

Comme j’habite dans mon époque, j’ai dressé tous les liens possibles pour connaitre le jour d’arrivée et en conséquence je reçois plein de messages pour m’indiquer la progression de l’objet désiré.

L’attente se poursuit.

Le jour dit, comme je ne suis pas du genre à rester plantée devant la fenêtre, je trouve dans la boite à lettres un avis de passage et…pas de colis.
C’est que de nos jours, la défiance étant de rigueur, il n’est pas question de laisser un colis « n’importe où » sans consignes précises.
C’est que de nos jours, le temps des livreurs étant archi compté, il est beaucoup plus rapide de déposer un avis dans la boite aux lettres que de sonner « pour rien ».
C’est que de nos jours, beaucoup de boutiques n’arrivent plus à survivre en ville mais plein de services de distribution tournent à plein régime.

C’est une loi que nous apprenions en chimie dans le temps quand il fallait jouer avec les atomes: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Et bien, vivre avec son temps, c’est pareil.

Car, finalement, il va falloir que j’aille chercher mon colis au mieux à la Poste (c’est pas loin mais il y a toujours la queue) au pire dans un « centre relai ». Bien entendu, il y a des dizaines de « centre relai » et pas toujours à côté et pas toujours exempts de « faire la queue » et parfois il est même nécessaire d’y aller en voiture car je vous met au défis de transporter certains colis sous le bras… et que même que c’était « la bonne raison » pour le faire livrer à domicile!

Bon…
C’est la saison.

Et soyez rassurés, dans quelques semaines, en payant un peu plus, il sera possible d’avoir l’assurance d’être livré même le 24 au soir… En espérant que le livreur fera signe en passant devant chez vous à toute vitesse!

C’est quoi le jeu?

Je sais pas vous mais ce genre de « chaine » me met mal à l’aise, certainement en raison des « injonctions paradoxales like » qu’elle contient.
Jusqu’ici j’ai joué la rebelle, soit en ignorant ces « jeux » de mes « amis » facebookiens soit en répondant un truc et toujours sans « prendre le temps » de « copier » le texte sur « ma » page!
Pfffff
Notez le nombre de guillemets nécessaires pour souligner la relativité des mots utilisés.
Bref.

Désormais, je mettrai le lien de ce billet en « réponse » lorsque j’aurais lu une publication sans photo, Ce sera « mon » acte pour « montrer » que je l’ai bien lu comme l’exige la première injonction, précisant que « c’est l’idée », donc l’objectif du message.

C’est que je n’ai pas envie de finir « brève expérience sociale »!
Moi qui suis une non-collectionneuse « d’amis facebook »,
Moi qui suis la première à regretter les « partages sporadiques » qui ne racontent rien
Moi qui prends TOUJOURS le temps de lire.
Moi… je n’ai aucune envie de me sentir jugée… par… un texte qui fait surface ici et là de temps en temps poussé par une mystérieux tempo.

Alors, je mettrai ce lien.

Car je lis.
En avançant dans le texte,
J’arrive à l’injonction suivante : « je veux » dit le texte!
Wahoooooo, ça rigole pas.
« Je veux que TU fasses un commentaire sur MOI »

Oups… « réunion entre amis » c’était écrit en préambule…
Ben dis donc, les réunions entre amis avec des tututu dois faire pour et moimoimoi, c’est particulier quand même.
A moins que ce ne soit révélateur de ce qu’est devenue « l’amitié » à force d’être nommée à tort et à travers, un peu à l’image du verbe aimer dans « La grammaire est une chanson douce » D’Erik Orsenna.

Mais ce n’est pas fini.
Encore une injonction : si tu fais la même chose que moi, je ferai la même chose que toi…
On se croirait dans la cours de récréation de l’école primaire, vous ne trouvez pas?

Et arrive, la merveilleuse chute qui rend fou.
Oui pour finir!
Car j’ai été sage jusque là, j’ai suivi « l’idée » du départ, j’ai lu jusqu’au bout un texte sans photo.
La récompense?
Ben y’en a pas.
Pire, si je ne réponds pas à l’injonction n°2, le texte affirme que je vais tout faire foirer.
« Ruiner l’expérience »
Quoi?
C’était une expérience?
Et moi je vais la ruiner?

En fait j’ai rien compris.

Pas la peine de dire merci, merci de quoi, merci de qui!

En fait j’ai pas le temps, je ne suis définitivement qu’une « brève expérience sociale » et une solitaire, une vieille ronchon qui ne comprend rien aux « réunions entre amis ».

Allez, je sors.
Bizzzz

PS : « injonction paradoxale like » c’est comme « morphine like » c’est un truc dangereux bien que la composition paraisse plus anodine que « injonction paradoxale » ou « morphine »
😀

A propos de rien

Il parait que je n’ai pas alimenté la page depuis un bout de temps.

Voilà que ce matin, le passage d’un petit rien sur un page des réseaux sociaux m’a donné un souffle d’inspiration et l’envie d’écrire quelques lignes.

Pas simple d’illustrer mon propos, car si « rien » est réellement une absence, rendre l’absence présente, c’est lui donner vie, lui donner sens et donc elle devient « quelque chose », donc autre chose que ce qui saute à l’idée quand le mot « rien » est utilisé.

D’abord, plutôt que de le parodier, je renvoie au merveilleux texte du magnifique Raymond Devos.
Ensuite, comme d’habitude, je vais moi aussi parler pour ne rien dire!

C’est un peu comme le sujet de la gratuité cet « à propos de rien ».

Ce matin donc j’ai lu que des personnes sont spécialistes dans l’offre de « cadeaux pour rien ».

Personnellement, en bonne spécialiste du refus des injonctions, j’ai une forte propension à offrir aux personnes chères des pensées et/ou des objets sans attendre « une occasion officielle ». A noter que je viens d’écrire « personnes chères », donc personnes qui ont un « prix » à mes yeux. J’ai fortement conscience de ce « détail » : la vie en société impose un ordre, un sens, des remerciements parfois, en tout cas quelque chose qui est autre-chose que « rien » et/ou « gratuit ».
Donc…
S’il y a un moment où je suis assez non-patiente c’est bien ce temps qui passe entre l’instant où j’ai envie de faire plaisir à une personne, envie d’envoyer un signe de reconnaissance, voire besoin de signifier un remerciement, et l’instant où mon envie se retrouve en face du besoin précis de la personne « visée ».

J’ai observé que lorsque ce temps s’allonge, mon plaisir initial se dilue.

J’ai observé aussi que les jeunes enfants sont dénués de filtres, ils sont capables de jouer avec un carton et des bouts de ficelle et de dédaigner le « truc » qui était censé leur faire plaisir comme ils sont capables de tout déballer « pour le plaisir » de finalement jeter leur dévolu sur le seul « truc » qui leur fait réellement plaisir dans l’instant.
Néanmoins, afin de les inciter à rentrer dans le cadre sociétal avec les règles inhérentes, les enfants innocents seront sommés de remercier, y compris pour les « trucs » qui ne leur plaisent visiblement pas. Et l’argument sera souvent « c’est pour faire plaisir »!
Ainsi, au fur et à mesure du temps de vie qui s’écoule, les filtres s’élaborent, et il devient de bon ton de « mentir » en affirmant un plaisir là où il n’en existe pas toujours.

Et ce n’est pas rien!

1er octobre 1977


Et oui, en ce jour où pendant des années fut célébrée la fille benjamine d’un horloger et d’une dentellière normande (à la tête d’un « fratrie » de neufs filles dont toutes les survivantes finirent au couvent, le couple fut béatifié en 2008) la mode contemporaine célèbre les salades en tout genre.

Et oui, en 1977, une société typiquement américaine décida de promouvoir la vie, de développer joie et compassion en faisant razzia sur la verdure.
Il fallait y penser!

Et aujourd’hui, en ce bel automne 2019, j’ai ouvert ma page FB pour découvrir les ricochets qui font des ronds sur l’eau du grand fleuve des algorithmes mis au monde histoire de pousser les consommateurs à consommer toujours plus.

Entre amusement et irritation, j’ai lu la cohorte des suiveurs émoi et moi et moi.
Et moi, je me suis dit que ça valait bien un petit billet!
Puisque c’est dans l’air du temps, puisqu’il est de bonne guerre de donner son avis même si tout le monde s’en fout, même si personne ne lit.
Car sur FB, connaissez-vous grand monde qui pousse le vice jusqu’à lire ce que racontent chaque passant sous un lien?
« Alors, moi, je … Moi, je… Nous, on… Chez nous c’est… etc, etc… »

Bon, il suffit d’avoir du temps à perdre, non?

Et bien donc, moi, M O I je pose mon avis ici où il dormira aussi longtemps que le site survivra.

Depuis avant 1977, je n’apprécie pas la viande.
Sans doute avais-je dû ingurgiter trop de « bons » steack dans cet après guerre où les parents jugeaient indispensable pour leurs enfant ce dont ils avaient tellement manqué sous l’occupation.
A moins que je n’aie été dégoutée par ce « rouge saignant » qu’on me faisait avaler comme un remède pour me donner des forces l’année de « maladie » où j’en manquais cruellement au long cours.
A moins que ce ne soit la convergence d’une multitude de petits riens qui m’ait entrainée à ne plus jamais inviter la chair des animaux dans mes repas : un certain pacifisme, une pratique sportive intense, une véritable attirance pour la philosophie indienne en faveur de « la libération », un gout revendiqué pour une certaine « originalité », etc.

Jamais?
Pas tout à fait.

Car, si un jour j’ai laissé les chevaux dans leur pré plutôt que de les embêter avec mes exigences de cavalière, si une certaine non-violence me parait indispensable à chaque détour du quotidien, l’observation du monde m’a appris que les idées simples sont fausses, toujours.
En particulier les idées simplement extrêmes.
Refuser d’honorer un repas préparé avec attention en se drapant dans un « désolée, je mange pas de ça » me parait une explosion de violence inouïe à l’encontre d’un hôte. Et, en temps que voyageuse curieuse, aimante des personnes croisées, je n’ai de cesse que d’engranger tout ce qui alimente mon optimisme en agrandissant la bienveillance à laquelle j’aspire.

Il y a quelques semaines, traversant un village d’Auvergne en fin d’après-midi, j’ai vu devant moi un homme qui portait une brassée d’herbe pour ses lapins. J’allais dans sa direction, mon sac sur le dos, les pensées vagabondes. J’avais grappillé des raisins sur une treille, ramassé une pomme tombée et j’étais riche de bon pain et de fromage local. Mais en cette fin de journée estivale, je n’aurai pas craché sur quelques tomates de jardin, sur quelque salade moins « sauvage » que celle des pissenlits ou de la mauve dont je faisais bombance en chemin.
Alors que j’arrivais à la hauteur de l’homme et que je le saluais, il arrivait devant chez lui.
« Avez-vous besoin d’eau? » me proposa t-il, enchainant avec la sempiternelle question au sujet du chemin que je parcourais.
Et nous avons parlé.
Et il a rempli ma gourde.
Et sa femme est sortie regarder ce qui se passait, interpellée par cette soudaine animation devant sa porte.
Alors, le bonhomme s’est éclipsé sur un « attendez, je reviens » qui laissais pressentir qu’il allait me donner un « truc ».
Je rêvais encore de tomates, de ces tomates que je voyais derrières les grillages des potagers bien entretenus, de ces tomates qui me faisaient saliver en souvenir de celles que j’avais abandonné dans mon jardin nantais.
Alors, le bonhomme est ressorti. Sur sa main bien a plat, il me présentait une belle tranche de lard qu’il venait de couper.
« C’est du bon, c’est moi qui le fabrique. J’ai mis une seule tranche, ça vous fera pour ce soir, j’en mets pas plus car avec cette chaleur « ça » va pas se conserver »
Il souriait de ce sourire étoilé qui nait du don.
je l’ai remercié, du fond du coeur. J’ai soigneusement rangé le trésor et la marche m’a reprise.

Une fois ma tente montée, une fois glissée dans mon duvet, comme chaque soir, j’ai entrepris de me nourrir. J’ai gardé le fromage pour le lendemain et j’ai fait bombance avec le lard.

Ce soir là, je me suis nourrie de bonté, de générosité et d’un sourire plein d’étoiles.
Et c’était juste délicieux.

Ce monde là

Ce monde là, dans lequel nous sommes embarqués, parfois sans le voir…

Jeudi 19 septembre 2019

Ma balade annuelle se terminait, à l’heure prévue je montais dans le TGV.
Dans une main j’avais un totebag contenant ce qui devait rester à portée de main, dans l’autre un sachet repas vendu à prix d’or chez Paulo qui assure que c’est « de qualité » comme depuis 1889!
Dans le dos mon sac à dos était allégé, délesté de sa réserve d’eau et de nourriture.

Le ciel était bleu et les jambes me démangeaient.

Connectée à la wifi de la Compagnie Nationale, j’entrais en douceur dans le retour. Commençant par le tri des messages reçus et non lus depuis plus de quinze jours, j’ai ensuite remonté le fil des conversations sportives sur Messenger tout en cherchant des yeux le Rhône et en laissant vagabonder mes pensées en goguette, puis j’ai fait un tour sur Google afin d’évaluer le temps de trajet entre gare de Lyon et gare Montparnasse, enfin j’ai rangé tout ce bazar pour somnoler inconfortablement.

Le ciel était bleu.
J’avais besoin de marcher encore.

Gare de Lyon, ma décision était prise : plutôt que d’attendre, plutôt que de me laisser emporter dans la course du Métro parisien, j’allais prendre l’air, poursuivre l’aventure jusqu’au bout, c’est à dire sans gps, sans guide, au feeling et en demandant mon chemin.
Quatre kilomètres à parcourir dans Paris, c’était pas la mer à boire!

Trois policiers avaient plaqué un homme contre le mur de la gare, le quatrième ne faisait rien. Je l’abordai et juste après m’être enquise de sa disponibilité pour une question, j’ai balancé la question :
« Par où partir d’ici pour rejoindre la gare Montparnasse à pied ?
– Le plus simple c’est le métro!
– Oui et je voudrais y aller à pieds.
– Wahoooooo, mais c’est tout à fait à l’opposé, c’est vraiment loin… (Puis reluquant mon sac à dos) bon, il semble que ça ne vous effraie pas. Vous avez un téléphone? (joignant le regard à la parole, il constata mes mains dénuées d’un quelconque greffon) … Je sais pas quoi vous dire, c’est pas du tout dans ce quartier et en plus c’est de l’autre côté de la Seine!
– Ok et elle est où la Seine?
– Par là.
– Super. Merci et bon courage. « 

Une fois l’autre côté de la Seine, alors que j’avais pris toutes les informations nécessaires en regardant une carte devant une station de métro, je ne résistais pas au plaisir de demander à nouveau, deux géomètres tiraient des plans sur la comète et je les ai interpelé :
« Pour aller gare Montparnasse, je vais dans quelle direction?
– Ben, il faut prendre le métro…
– Oui, mais j’ai envie d’y aller à pieds et j’ai le temps car mon train est prévu dans plus d’une heure.
– Ah oui, je comprends, alors prenez un taxi ou commandez un « uber », ça ira plus vite.
– Merci, je pense que je vais partir par là, bon courage!

Et pour le fun, encore un peu plus loin, j’ai fait le point avec un passant qui attendait que le feu piéton verdisse en sa faveur :
« Bonjour. Gare Montparnasse, c’est bien par là?
– Oui, tout droit. La station de métro est juste devant vous.
– J’ai envie d’y aller à pieds…
– Vous êtes bien courageuse, c’est super loin. (un instant de réflexion) Remarquez, en fait je suis en train de marcher pour aller à La Sorbonne et ça me fera 30mn de marche au total… »
Et nous avons cheminé ensemble sur quelques centaines de mètres.

Et plus j’approchais de la gare et plus nombreux étaient les piétons tirant leur bagage sur le trottoir.

Le ciel était bleu, c’était une super belle journée pour marcher.

Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.

Au clair de la lune

Impossible de passer à côté, même en étant dans la lune, de toutes part les médias en parlent : il y a cinquante ans, les gamines de mon âge ont entendu grésiller une langue étrangère dans le poste de radio et c’était un pas de géant pour l’humanité.

Il y a cinquante ans, tout était permis.
En France les femmes mariées n’avaient pas encore obtenu l’autorité parentale mais elles y travaillaient tandis que la pilule enfin légalisée permettait aux plus délurées de chanter « sex, peace and love » sans peur du lendemain.
Dans mon quartier l’épicerie du coin s’était transformée en « libre service » ce qui permettait de dépenser plus en imaginant faire des économies.
Dans nos assiettes, le « congelé » faisait son apparition : le poisson pané était une nouveauté incontournable, tout comme les petits pois, à déguster bien verts et bien craquants sans se fatiguer ni à les cueillir ni à les écosser.
A la maison, il n’y avait ni télévision ni téléphone mais j’avais lu « 2001: l’odyssée de l’espace ».

Tout était permis, surtout les rêves.

Alors, qu’un humain aille se promener sur la lune, c’était à la fois extra-ordinaire et assez normal.

Aujourd’hui, tout est interdit.
La France est pétrifiée de peur.
Peur de tout,
Peur de rien,
Il semble que seule « la loi » puisse rassurer,
La « bonne » loi, évidemment!

Ce qui me fait rire c’est de penser que des gars sont allés sur la lune grâce à l’argent des impôts payés par les américains, les gars ont fait des selfies, ils les ont envoyé au monde entier, puis, ils ont laissé les détritus éparpillés sur place parce que personne n’avait eu l’idée d’aller poser une poubelle sur la lune (trop sauvage le coin, trop loin, trop beau), ils sont remonté dans leur véhicule, et hop, ils sont rentrés en héros et on en parle encore.
C’était tellement « super » que d’autres y sont allés, laissant aussi leurs ordures avant de revenir.
Finalement, c’est exactement comme les touristes qui vont pique-niquer dans un coin désert, ils arrivent avec des sachets pleins de nourriture prête à être ingurgitée, il la bouffent, il se baladent un peu (pas trop loin, c’est fatigant) puis ils laissent leurs détritus (ben oui, c’est trop lourd à remporter, quoi!) et ni vu ni connus…

Vous ne me croyez pas?
Au total, il y a sur la lune 180 tonnes de matos divers abandonnées après six « missions » humaines.
180 tonnes!
Dont trois jeeps, des balles de golf, des sachets d’excréments et d’urines, 12 paires de bottes spatiales et j’en passe.

Et donc, c’est pas grave…
C’est pas plus « grave » que tout le matos en orbite autour de la planète bleue…
C’est normal même.
Ne sont-ce pas des espèces de héros qui laissent trainer « tout ça »?

L’humain est décidément un animal exceptionnel, tellement doué pour produire du superflu en étant convaincu que c’est absolument indispensable.

L’humain est décidément un formidable animal, capable de penser que ce qui est à tout le monde n’est factuellement pas vraiment à quelqu’un, donc probablement à personne et donc disponible pour « tout le monde » mais pas tout à fait parce que « tout le monde » c’est seulement « moi » et surtout pas « le concurrent »!

Allez, la vie est juste merveilleuse,
Je vais lancer un fil jusqu’à la lune, je danserai dessus en riant
Comme je joue sur l’arc en ciel de mes perplexités,
Tranquille et libre dans ma tête,
En cueillant des étoiles de bonheur.

Le papillon (bis)

J’ai plein d’histoires de papillons.
Comme…
Par ici et par là
Et toujours plus loin
Je suis un papillon
Butinant inlassablement.

Récemment, en vidant la maison dont l’âme de ma mère s’est envolée, j’ai retrouvé ce papillon bijou que je pensais avoir perdu.
Je me souviens avec précision d’un jour où nous étions parties en ville.
J’avais environ l’âge de raison.
Maman avait pris soin de « me faire belle » comme une petite fille modèle à laquelle elle rêvait sans doute. Elle avait donc accroché la petite broche papillon (offerte par ma marraine) sur l’unique manteau que j’ai jamais eu, remonté mes chaussettes et blanchi mes chaussures blanches du dimanche.
Où devions nous aller?
je n’en sais rien.
Ce dont je me souviens c’est que lorsque nous sommes rentrées, le papillon était perdu.

En le retrouvant dans son écrin, j’ai pourtant constaté qu’il n’avait jamais été perdu.
Il y a des mystères,
Des histoires de « grands » qui dépassent l’imagination des enfants.
C’est ainsi.
Les parents font toujours de leur mieux pour emmener les enfants vers la vie dont ils rêvent pour eux, n’est-ce pas ?

En cette période d’examen où des parents annoncent au monde entier la « réussite » de leur rejetons avec force mentions et félicitations comme s’ils se félicitaient eux-même, j’ai une pensée toute particulière pour ces papillons multicolores qui questionnent les parents.

Ces êtres un peu à la marge, toujours lumineux au point d’inquiéter souvent, de semer le trouble toujours, ces merveilleux papillons qui butinent à leur gré, passant d’une fleur à l’autre, par ici et par là, sans s’arrêter sur une recette, fut-elle vantée comme infaillible.
Ils l’ignorent, la recette… ils ont la leur et jamais ne la connaissent vraiment.

Aucune vie n’est vraiment traçable à l’avance.
J’entends les aspirations des « grands » qui se targuent d’éléver « les petits »,
Je comprends avec mes tripes de mère-poule.
Mais je sais
Avec les deux L de mon prénom, je sais tout au fond de mon ventre,
Que les papillons ont besoin de casser eux même leur cocon pour devenir fort,
Pour s’envoler loin dans le sens qui leur va bien
Et je sais que certaines variétés commencent avant les autres!