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Pensées et réflexions en goguette

Vive l’aventure!

Chaque année, je prends un soin particulier en préparant des aventures à nulles autres pareilles, j’évalue les parcours, les accidents de terrain, les possibilités de trouver de l’eau, de la nourriture, de me perdre, de me blesser, bref, de prendre des risques que d’autres ne prendraient pas.

Pour cette année, j’ai pas encore trouvé.

En attendant, voilà que « le hasard » m’a offert la possibilité de vivre un « truc » simple, à la porté de tout un chacun. En y réfléchissant l’idée qui s’est agrandie fut la suivante : ce qui est important c’est l’extra-ordinaire, si pour moi il est ordinaire d’aller ramer sur l’océan seule, en pirogue polynésienne, un jour de soleil glacial, il est parfois extra-ordinaire de me conduire « normalement »!
Et cette idée a tout de suite mis du piment dans la sauce.
Donc,
Comme d’habitude, j’ai méticuleusement préparé mon aventure. J’ai méticuleusement évalué les risques et j’ai même envisagé l’imprévisible. 

La force de l’expérience faisant que j’ai survécu à pas mal de prises de risque.
– A l’ingurgitation de kilos de bonbons gélatineux dont le goût est parfois explosif, de délicieux bonbons mélangeant sans honte du sucre bien bien sucré avec de la gélatine et pire des additifs comme par exemple du 2-hydroxy-1-(4-sulfonate-1-naphtylazo)-6,8-naphtalène disulfonate trisodique.
– A la décoration de mon corps, parfois loin des « salons » ripolinés et sans jamais connaître la composition des encres qui s’incrustaient dans ma peau.
– Et tant et tant, comme, accessoirement aller acheter au comptant ma dose de N-(4-hydroxyphényl)acétamide + polyvinylpyrrolidone + sodiumcarboxyméthylamidone + amidon prégélatinisé + magnésium stéarate + talc chez le dealer officiel du coin de la rue.

Bref, je suis de nature confiante.

Alors, je suis partie à l’aventure, faire « comme tout le monde » alors que paradoxalement, dans cette histoire, j’ai simplement l’impression d’être un colibri marginal.

J’ai bravement coché les cases qu’on me demandait de cocher pour obtenir « la » dose promise. Sans en avoir une preuve vraiment scientifique, j’ai même déclaré une absence de réaction allergique à « ACL-0315 ((4hydroxybutyl) azanediyl)bis(hexane-6,1-diyl)bis(2-hexyldecanoate) » et consoeurs.

Moi qui regarde attentivement les étiquettes qui précisent l’origine biologique des carottes qui vont dans ma soupe, moi qui lit passionnément les listes de produits naturellement chimiques contenus dans les mixtures qui n’empêchent pas d’avoir la peau ridée, j’ose affirmer que j’ai été un peu légère sur ce coup là. 

Certains pourront alléguer que j’avais tellement besoin de prendre des risques, pour un peu d’adrénaline au milieu de la grisaille, que je me suis laissée aveugler. Bien sûr, j’ai une pensée pour l’ensemble des « éveillleurs de conscience » qui sur un ton aussi paternalisant que bienveillant savent si bien mettre en garde sur l’air de « Tu viendras pas te plaindre, je t’ai prévenue » !

Oui, j’ai toujours été rebelle !
Et aventurière.

Donc, profitant d’un passe-droit, aujourd’hui j’ai couru vers l’ancienne gare routière.

A l’instant où j’écris, je ne suis pas encore fluorescente et je ne ressens rien.
C’est normal.
L’aventure, ça se vit dans l’instant, une fois que c’est fait… C’est fait !

Je regrette seulement un truc, c’est de n’avoir pas pu profiter de la dérogation de sortie après le couvre-feu!
Franchement partager la ville déserte avec les livreurs de pizzas et les promeneurs de chiens, c’est aussi de l’extra-ordinaire, non?

Lundi 11 janvier 2021, trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience.
La suite est toujours plus loin.

Entrée dans l’hiver

Sur l’eau.
Posée à la surface, là où commence le ciel.

L’entrée dans l’hiver, éclairée par un soleil si bas que la lumière ne fait qu’effleurer ce qu’elle écrase en été, l’entrée dans l’hiver me plonge toujours à la fois dans l’émerveillement et à la fois dans l’attente de jours plus longs, de jours plus chauds, d’espaces moins étriqués.

Cette fin d’année 2020 n’en finit pas de s’étirer de contraintes multiples en incertitudes constantes qu’il est difficile d’esquiver bien longtemps.
Déversées sur les ondes, affichées dans l’espace public, accrochées sur les visages, obligations et questions s’imposent, dans tous les sens. La navigation est possible au prix d’une lecture précise de l’environnement.

La navigation.

Posée à la surface,
Entre ce qui m’échappe
Le temps qui file
Et le ciel qui est là
Changeant
Dans la lumière de l’hiver.
La navigation,
Essentielle
Pour garder tout l’espace
Nécessaire,
Indispensable.

Dimanche 20 décembre 2020, plus de six mois après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2.
Dernier dimanche de L’Avent. Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour traverser les fêtes traditionnelles. Nous sommes à mi-carême ou peut-être avant ou peut-être plus loin… ce n’est qu’à la fin qu’il sera possible de savoir.

La suite est toujours plus loin.

Là où la terre s’achève


Ce matin, j’ai marché aussi loin que possible, sortant des chemins bien pavés pour aller là où la terre s’achève, tout au bout de l’île.
C’est là que, les jours de grâce où je peux aller sur l’eau à la rame, c’est là que j’attends la « reverse » afin de poursuivre à moindre efforts le tour de l’Ile, une balade assez magique sur le grand fleuve, à la fois en ville et loin de la ville.

Là où la terre s’achève.
Là où plus loin oblige à naviguer
Où commence l’inconnu,
Où macèrent les peurs,
Les doutes
Là où la terre s’achève commence
Un autre monde.

Sous le soleil froid de novembre,
Sous les grands arbres dénudés
Dans l’air limpide du matin
Plantée dans la boue laissée par la marée passée,
Je me suis évadée infiniment loin.

Finisterre est l’ultime étape,
A ce qu’il parait.
Mais le slogan breton affirme que tout commence
En Finistère.
Que croire?

Ce matin, je suis allée jusqu’où s’achève la terre!

Dimanche 22 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de trois semaines après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2. Il se dit maintenant que l’Avent approche mais que le carême survivra après les fêtes.
La suite est toujours plus loin.

Liberté, Egalité, Fraternité

Trois mots mâchouillés à toutes les sauces
Ensemble, il constituent la devise des républiques de France et d’Haïti.

Par les temps qui courent, soumis que nous sommes à la présence toute puissante et envahissante du SRAS-Cov-2, le mot « liberté » revient très souvent. Il est question de La Liberté, de Nos libertés et aussi de Ma liberté, ce qui revient à parler de manière presque aussi vague que d’avancer un pourcentage sans annoncer sur quoi est calculé le chiffre annoncé. Ce billet est une troisième occasion de visiter ce mot un peu plus précisément.
Il est question de « liberté » et toujours en terme d’absence, en terme de recul, de limitation, etc.
La première j’ai parlé de mise en liberté conditionnelle après le grand confinement.

Pourtant, je me sens vraiment libre.
Libre d’écrire tout ce que je veux, même si ça sert à rien.
Libre d’aller acheter à manger ailleurs que chez l’épicier 24h/24h qui est le plus proche de chez moi.
Libre de sortir 20 fois par jour si ça me chante.
Libre de rouler en vélo, le nez au vent.
Et je me sens tellement libre que je fais la liste de toutes les obligations dans lesquelles il est facile de s’engouffrer sans s’en apercevoir.
Par exemple en vélo : le casque est obligatoire seulement pour les enfants, j’ai décidé qu’à mon âge, il était plus important de vivre libre qu’en soumission volontaire à la peur, j’ai donc éliminé le port du casque en vélo. Et ce faisant, j’ai bien regardé autour de moi et j’ai vu toutes les personnes qui font quotidiennement des « trucs » absolument pas obligatoires et se privent ainsi volontairement de « liberté ». J’en connais même qui font des stages spirituels et s’enferment dans de toutes petites cellules en respectant scrupuleusement les ordres des « gurus » aussi longtemps que dure la période qu’elles sont même aller jusqu’à payer! Il y a des gens qui payent pour être privé de liberté, si, si…
Incroyable, non?
Bon, je vais pas écrire dix pages.

Je passe au mot « égalité ».
J’ai même pas envie de disserter pour comparer égalité avec équité.
Sommes nous égaux ? Oui en temps qu’humains au milieu d’autres humains. Un humain est un humain : bipède doté de mains aux pouces opposables, d’une tête surdimensionnée et de sens peu performants.
Une mairie gère les humains qui habitent autour.
Point.
Pas le temps de digresser trop loin.
Ce que j’ai remarqué ces derniers temps au sujet de l’égalité, c’est que chacun revendiquant son individualité exige aussi le « tout le monde pareil » et je pense en conséquence qu’avec de pareilles injonctions paradoxales, il est assez « normal » d’arriver à la folie.

Enfin le mot « fraternité ».
C’est quand même un concept!
Car il faut définir une « famille » humaine pour en arriver au terme de fraternité, non?
La famille humaine serait donc l’ensemble des humains habitant la planète terre (notre « domus »). Et là j’entends déjà le grand éclat de rire qui sort des maisons abritant une famille nombreuse (en France c’est une famille de trois enfants et plus) , car il est quand même super fréquent de s’étriper pour pas grand chose au sein d’une famille. Donc imaginer une belle fraternité lisse et merveilleuse entre 70 millions de personnes (la population de la France) ou plus relève vraiment de l’utopie.

Alors, c’est vraiment « pas juste », les humains ne sont ni égaux ni fraternels et ils sont OBLIGES de vivre ensemble! Encore une privation de liberté… une de plus.

Comme penser toutes ces questions est épuisant, ce matin, j’avais besoin de m’évader.
Un peu après l’aube, j’ai pris mes bâtons de marche, j’ai laissé ma montre, j’ai délibérément renoncé à remplir une attestation avec un mensonge et je suis sortie sans masque, dans le vent, sous la pluie battante.
Je suis sortie pour aller le long de la Loire aussi loin que j’en avais besoin, aussi longtemps que mes vieux os seraient épargnés par la pénétration de l’eau.
J’ai marché pendant presque deux heures.
J’ai marché dans l’eau des flaques profondes, j’ai écouté le chant puissant des bourrasque, je me suis arrêtée devant les envolées de feuilles mortes, j’ai laissé flotter mon regard au milieu des remous du grand fleuve à marée haute.
J’étais « tout », j’étais libre, heureuse.
Simplement.
Et je l’étais parce que dès l’instant où j’avais fait ce choix, en toute liberté, je m’étais dit que devoir acquitter 135 euros serait fort peu payer.
Finalement je n’ai pas déboursé un seul centime.
Ce matin, la ville était déserte.

Dimanche 15 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de quinze jours après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2.
La suite est toujours plus loin.


Hurler avec les loups

(Comme toujours, il y a un lien entre l’image et mon propos)

Et je me suis vue hurler avec les loups!
L’instinct grégaire est vraiment fort, constitutif de notre humanité, et donc de mon être.

C’est qu’en début de cette deuxième période de limitation de « libertés » il y a dans l’air un souffle de rouspétance.
La soumission de l’ensemble de la population aux ordres « venus d’en haut » est indissociable de son goût actuellement porté au paroxysme pour ce genre de question/réponse : « Pourquoi lui et pas moi? Je veux que « toi-la haut » tu fasses quelque chose pour « moi-je » parce que je le vaux bien »

Donc, que certains commerces soient ouverts et immédiatement d’autres devraient l’être.
Certaines activités sont permises et/où limitées et d’autres devraient s’en inspirer.
Ainsi il suffit d’ouvrir une page sur les réseaux sociaux pour voir qui s’insurger de la fermeture de la « culture », qui de la trop faible ouverture des « sports de plein air », qui du manque de possibilité d’acheter des fleurs alors qu’il est par ailleurs possible de se gaver de chocolats ou de tout un tas de nourritures absolument non indispensables.
Bref.
J’ai bien failli hurler avec les loups!
Particulièrement parce que je suis actuellement obligée de laisser ma pirogue sur son étagère!
Post hoc, ergo propter hoc.

Ouf, je me suis reprise à temps.

Car, sérieusement, qui parle de culture? Les personnes qui disposent d’une bibliothèque digne de ce nom peuvent avec joie relire l’intégrale de Spinoza, se plonger dans la noirceur de Zola, s’enivrer avec la Provence de Giono ou s’endormir en essayant de déchiffrer un roman en langue étrangère non suffisamment pratiquée.

Car sérieusement, de quoi est-il question en terme d’activité physique? Les personnes qui ont l’habitude de s’agiter physiquement peuvent aller faire leurs courses essentielles (et parfois très loin) à pieds ou en vélo.

Car sérieusement, des végétaux poussent partout dans la ville, il suffit de se baisser à peine pour faire un bouquet! OUI me direz vous, mais j’aurais voulu offrir des roses!!!! Oui, vais-je vous répondre et à quand date la dernière fois où tu as acheté des roses chez le fleuriste du coin de la rue ? Honnêtement ?

Et puis, plus loin, alors que le web nous offre la plus grande bibliothèque du monde (même que plus grand monde n’achète des livres papier à ce qu’il était dit les années d’avant 2020), alors qu’en un clic il est possible de visiter plein de musées, alors que sur canapé il est possible de parler avec une amie à l’autre bout de la planète, c’est quoi ce délire de tout d’un coup ronchonner parce que « ils » nous enlève ce que nous n’utilisons pas vraiment… en fait ?
Sincèrement ?

Et puis, plus loin aussi, qui peut imaginer que le mec qui a passé sa journée à courir sur une structure métallique, en plein air, pour construire un immeuble dans lequel son salaire de m…de ne lui permet pas de rêver, que ce mec est forcément impatient de pratiquer « un sport de plein air » après son travail de forçat ?

N’est-ce pas un tantinet élitiste que d’hurler avec les loups sur ces sujets là ?

Je rêve à l’idée de voir des gens dits « cultivés » capables d’adaptation, d’imagination, de non démagogie comme je rêve à l’idée de voir atterrir tous les soi disant sportifs qui dépensent autant d’argent dans leur matos que certains travailleurs en dépensent en sueur véritable sans en tirer de quoi vivre dignement.

Et au delà des rêves, j’organise au quotidien ma vie de nantie avec ce qui m’est offert.
Je me déplace en vélo, le nez au vent, le sourire aux lèvres.
Je marche autant que je le souhaite.
Je respecte les consignes en remplissant autant de bons de sorties que nécessaire.
Je garde mes distances et même je me lave les mains avant de préparer à manger.
Je fais tout bien

Et je le fais seule, sans demander de « dérogation » pour « moi-je » même si le soleil me manque, même si le sel va me manquer bientôt.
Je vais chercher des piments où j’en trouve.
Je vais décrocher des étoiles où il y en a.

Un jour de mon enfance lointaine, j’avais décrété que je devais vivre comme si j’allais mourir le lendemain, donc avec gourmandise, curiosité, passion et hâte.
J’ai largement dépassé la mi-temps de ce qui m’est accordé de vie et moins que jamais je ne vais gaspiller ce qui est offert. Pas question de cracher dans la soupe, pas question de me mêler à la meute, il n’y a pas de temps à perdre, il me reste tant à apprendre avant demain.

Mardi 3 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, lendemain du jour des morts, cinq jours après l’entrée dans un carême contemporain décrété au nom du SRAS-Cov-2.
Dans ma ville comme ailleurs en France, la population est assez soumise à cette nouvelle religion et chacun fait dans son coin ce qu’il croit « bon » de faire et de ne pas faire.

La suite est encore plus loin.

De l’utilité (3)


Une bruine fine a envahi la ville.
L’heure d’hiver a sonné le glas de la lumière solaire à l’heure du thé
Le plus célèbre des minuscules tas d’ARN poursuit son chemin de terroriste mondial.

La roue avant du vélo fait jaillir de la route une trainée de gouttelettes, j’ai déjà les pieds trempés, les cheveux mouillés et le visage juste bien brumisé, je suis ravie.
Les rares personnes qui pédalent et me croisent ont le sourire aux lèvres. Dois-je déduire que seuls les gens heureux sont de sortie ce matin?

Tout au long de la semaine, j’ai tourné et retourné ce mot « utile » qui m’invite pour la troisième fois à proser au sujet de l’utilité.
Dans différents environnements, j’ai procédé à sa dissection.
A travers ce que j’imagine d’époques révolues dans lesquelles je n’ai point habité, je l’ai fait voyager.

J’ai écrit « ça » et bien plus hier.
Ce matin, ce dimanche j’ai effacé presque tout.
A quoi bon écrire ici ?

Il faudrait croire en l’utilité pour réussir à convaincre,
Ou croire à la non-utilité pour tenter de démollir la croyance en l’utilité.

Et définitivement, je suis brouillée avec les croyances, avec la dualité, la dichotomie, la prise de position qui me poserait dans un camp contre l’autre ou dans un camp avec ceux du même camp.

L’impression de solitude me tombe parfois sur la tête.
Du fait de ces incroyances.
Je suis tout à fait non capable d’affirmer que la solitude est utile
Ou non utile.
Elle est
Et en même temps existe notre humanité
Et le monde que nous habitons.
Seuls et ensemble,
En même temps
Indissociables
Non opposables.

Dimanche 25 octobre 2020, cinq mois et deux semaines après la sortie du grand confinement.
La peur est à nouveau palpable tout autour, consécutive au niveau d’alerte lancé à travers les médias. Chacun en fait ce qu’il a besoin d’en faire, en fonction de la manière dont il qualifie cette peur.
Dans ma ville, les bars fermeront dorénavant à 22:00 et pour ma part, ça ne changera rien.
La suite est encore plus loin.

Au bout de la patience, il n’y a rien d’autre que la patience. Je l’ai appris par expérience.


De l’utilité (2)


Une semaine plus loin que la semaine dernière.
Donc à nouveau dimanche.
Le ciel est d’azur, l’air est limpide, légèrement piquant, de cette texture particulière que lui donne une température proche de 5°C.
La rue est déserte, il est relativement tôt.
Je suis en vélo, stoppée par un feu qui tient le rouge pendant de longues minutes.
Après une légère montée, me voici un peu haletante
Calmant mon impatience.
Le nez à l’air (Masquage non obligatoire en vélo)
J’attends.

Est-ce bien utile de rester plantée devant ce feu rouge m’obligeant à l’arrêt alors que pas un chat ne circule ce dimanche matin sous le soleil froid de l’automne?
Utile?
Individuellement non.
Indispensable.
Collectivement oui.

D’aucun peuvent trouver « cette conduite » stupide!
Les mêmes revendiquent pourtant « leur » sécurité.

Utile
A la fin de n’importe quelle FAQ, deux cases à cocher : « Ces explications vous ont-elles été utiles? OUI – NON »
Utile
A longueur de journée, sur les chaines d’info en continu, des personnages sont invités afin de polémiquer au sujet de l’utilité d’une décision ou d’une autre.
Utile
A longueur d’ouverture de pages WEB, des encarts vantent l’utilité de gadgets d’ici ou d’ailleurs.

Utile?

Voilà un questionnement qui nécessite un temps de réflexion.
Dans cette circonstance précise,
J’ai besoin de temps.
Le temps qui passe peut-il être qualifié d’utile?

Dimanche 18 octobre 2020, cinq mois et une semaine après la sortie du grand confinement.
L’actualité de fin de semaine a un peu gommé la prééminence du plus formidable feuilleton de télé-réalité inventé par les chaines d’information en continue. Les vacances scolaires vont légèrement le détourner aussi… mais il continue à trainer en longueur à défaut d’une fin satisfaisante.
La suite est encore plus loin.

De l’utilité (1)


Le temps poursuit inexorablement son cours.
A l’été resplendissant succède l’explosion des couleurs d’automne.
Désormais et pour de longs mois, les journées commencent comme elles se terminent : sous la lumière artificielle.

Pourtant j’ai toujours autant besoin de lumière solaire.

Les jours gris
Mes pensées défilent
Au galops
De chevaux gris, lourds
Et pesants
De leurs crinières
S’échappent des étoiles
Impalpables traits de lumières
Illuminant
Le chemin vers plus loin.

Se posent à chaque détour, à chaque changement de brise ou de vent, une multitude de questions au sujet de l’utilité.

Dimanche 11 octobre 2020, cinq mois exactement après la sortie du grand confinement.
A ce jour, le plus formidable feuilleton de télé-réalité du monde nanti n’arrive toujours pas à trouver une fin satisfaisante, il traine en longueurs de désespérances globales. Celles des uns n’étant pas celles des autres.
La suite est encore plus loin.

De l’imprévisible

De l’imprévisible

Les pré-visions persistent et leur fiabilité reste de l’ordre météorologique, bien loin du moyen terme et encore plus éloignées du long et très long terme.
Pourtant certaines personnes s’acharnent à les afficher comme définitives!

Ce qui bouscule, en cette période qui peut paraitre trouble alors même qu’elle n’est que « normale » c’est à dire humaine, ce qui bouscule c’est qu’il devient impossible de prévoir quoi que ce soit avec la certitude d’une réalisation certaine.

Entendons nous bien : il m’est souvent arrivé de faire une promesse en ajoutant  » sauf accident » ou « si je ne suis pas morte  » car je suis vraiment claire avec les aléas de la vie. Mais, jusqu’en mars dernier, faire tout un tas de projets et imaginer pouvoir les réaliser peu ou prou « sauf accident » façonnait mon quotidien.

En ce moment, c’est « autre chose »!

Un « truc » aussi simple que la présentation (par une personne chère) d’une thèse tel jour à telle heure en présence d’un jury invité en temps et en heure pour se réunir dans un lieu réservé peut se transformer en visio-présentation sans apéro à la suite ou en report pur et simple.
Un truc aussi simple qu’un voyage sur une île pour « voir la famille » peut être annulé par « l’air du temps » sans qu’il soit possible de placer un mot.
Un truc aussi simple que la rencontre d’une amie qui serait envisagée deux mois à l’avance peut tomber à l’eau sous un prétexte venu « d’en haut ».

Nous vivons désormais non seulement avec la conscience de l’imprévisible espiègle (celui qui est le piment de la vie) mais en plus chargés d’un poids sociétal qui empêche tout élan simple vers « plus loin ».

Dans le « monde d’avant », en temps qu’individu vivant dans une société, aller « plus loin » sur « mon » chemin, c’était y aller en ressentant davantage les bienfaits apportés par cette société que les entraves qui en sont la conséquence.

Et voilà qu’un petit amas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2ème, est venu régner en souverain couronné sur la planète!
Depuis son avènement, un jour imprécis, au fond d’un gigantesque état d’où sortent, dans d’immenses containers, la plupart des objets manufacturés que nous consommons, le petit roi a fait son chemin. S’échappant sans crier garde, il a conquis la planète et imposé sa loi.
A toute vitesse, il est devenu le plus célèbre des tas d’ARN, détrônant sans vergogne toute une faune déjà répertoriée.

Et aujourd’hui, il est impossible de prévoir quoi que ce soit sans tenir compte de la présence avérée ou parcellaire de sa majesté SRAS-Cov-2ème.

L’imprévisible n’est plus vraiment ce joyeux petit piment qui peut débarquer quand tout a été prévu.
L’imprévisible est devenu « d’état » et c’est un boulet à traîner pour qui souhaite encore prévoir une évasion à plus longue échéance que les prévisions météorologiques fiables.

Il est devenu très urgent, pour vivre encore et aller plus loin encore, il est devenu urgent de relativiser, de placer chaque fait sur sa bonne échelle.
Car pour avancer en confiance, il est nécessaire de s’épargner les chocs contre les panneaux d’interdiction, indispensable de lever les pieds pour éviter les innombrables infox et vital de garder une vue sur l’horizon.

Lundi 14 septembre 2020, bientôt 20 semaines après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est encore et toujours « en vigilance » et chaque jour il est possible d’entendre égrainer les chiffres au sujet du nombre de personnes « non malades » mais « testées positives ». S’y ajoute maintenant le comptage de quelques décès quotidiens en lien avec la Covid. Il est actuellement interdit de circuler dans ma ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.

De l’importance de l’imperfection

Qu’est-ce que l’imperfection?
Du côté de la lexicographie, c’est l’antonyme du mot « perfection ».
Et la perfection est l’état de ce qui est parfait!

P A R F A I T

En plongeant dans les dédales de l’origine, en allant jusqu’à toucher la source, j’ai rapidement trouvé que ce qui est parfait fut à l’origine ce qui était achevé.
Ni plus, ni moins.

Il existerait donc un moment précis où il serait possible de parler de perfection.
Tout autour de ce moment précis, il n’y aurait qu’imperfection, puisque le mouvement est vital et que tout mouvement est non achèvement.

A l’instar de la vie, la perfection est un état tout à fait instable et c’est donc l’imperfection qui nous oblige, nous pousse, nous entraine sans cesse.
A quel moment, à l’aide de quel biais cognitif, avons nous sociétalement posé une obligation de perfection? De perfection qui serait en soi un but définitif envisageable et inaliénable ?

Désormais, dans de nombreux pays, la mise au monde d’un enfant s’effectue après une sélection drastique. Grâce à la technologie, toute imperfection du foetus (remarquable ce mot appliqué au foetus, être en devenir par définition) est traitée, souvent par élimination. Chaque nouveau-né doit être « parfait », mis au monde dans des conditions « parfaites » et commence alors la danse de ceux qui ont la charge de l’élever de manière « parfaite ».
Car aujourd’hui, certainement du fait des progrès technologiques, nous faisons un amalgame entre perfection et « sans défaut », lisse, normal, que dis-je? Mieux que normal! Parfait quoi!

Et me voilà plongée dans un abîme de perplexité.

Dans un tourbillon de réflexions naissant instantanément du « bougement » de mes raisonnements clignotent des scintillements d’idées qui me racontent combien le malaise est gigantesque pour toutes les personnes qui ont besoin d’un temps d’immobilisation afin de « comprendre » (prendre avec soi selon l’étymologie) les notions de complexité, d’infinitude, d’imperfection et donc de mouvements absolument indispensables pour pouvoir parler de la vie.

De la Vie aussi.

La Vie, notre vie à chacun, capable de créer l’imprévisible à tout bout de champ, créatrice, résiliente, inventive, est parfois tragique, parfois joyeuse, souvent joueuse, jamais « méchante », définitivement imparfaite.

J’ai la conviction que la fatigue apparait lorsque disparait le mouvement, lorsque la perfection est atteinte et qu’il devient urgent de ne plus respirer afin de la conserver.
D’une pirouette, j’en viens à me demander si le paradis n’est pas pire invention que l’enfer. Car il paraitrait qu’une fois au paradis, tout est parfait.

Donc achevé.