En confidence


“Ne sois pas désolée” ai-je lu!
Et, magie de l’anonymat, magie des réseaux sociaux où s’agitent les images que l’on se donne, les images que l’on se fabrique, le commentaire est commenté “Exacte ne jamais être désolée de donner son point de vue ” (sic)

Il est un fait : bien que je m’en protège au maximum, je lis régulièrement ce que racontent les gens sur les réseaux sociaux.
J’aime ça.
J’aime les gens.
J’ai besoin des gens pour mieux me connaitre, j’ai besoin d’ouverture pour aller plus loin, il m’est donc absolument nécessaire d’observer le monde avec attention.
Mais ceci m’oblige à prendre des risques, à sortir de ma tanière, à confronter ma parole.
J’utilise souvent la fonction “message privé” et parfois l’écho revient étonné et positif.
Dans ce cas, je suis heureuse comme un prof qui s’aperçoit que quelque chose à été “compris”.
(Etymologiquement comprendre signifie “prendre avec soi”, comprendre passe donc en premier par l’expérience personnelle, aucune recette ne permet de comprendre sans passer par l’expérimentation)
Rarement, je me risque à poser un commentaire, à poser une réaction “non-bisounours” en public. Rarement parce qu’il est vraiment difficile d’imaginer des inconnus en train de s’emparer de mes mots pour les retourner à leur sauce.
Rarement, parce que je sais aussi que c’est vain, parce que je sais que souvent personne ne lira, pas même la personne qui avait publié.
L’interface est ainsi programmée qu’elle favorise une espèce d’autisme (selon la définition suivante : Forme de repli sur soi, avec refus de la réalité et de la communication avec autrui )

Lorsque je prends le risque, donc
Je m’efforce en utilisant au mieux tout ce que je possède en rhétorique afin de rester, en apparence paisible, agressive le moins possible tout en affirmant un point de vue fortement décalé, un point de vue que je sais contraire à celui qui est attendu.

En apparence paisible.
Oui. Les réseaux sociaux font circuler des images, des reflets, des reflets d’images!
Je suis comme tout le monde!
Pourtant,
Quand je lis certaines publications, je suis dans une telle émotion, dans un tel état de désolation, de désespérance que je dois maitriser mes gestes afin d’éviter de renverser ma tasse sur le clavier!
Et oui, c’est souvent le matin que je lis… café à la main, histoire d’entrer vaillamment dans la journée qui m’attend, comme pour me mettre en condition, histoire d’entrer dans la journée, histoire de rentrer dans la vraie vie.
Sur les pages de ces réseaux sociaux, les gens parlent souvent plus vite que leur ombre, les gens balancent des titres sans avoir décrypté les non-informations qui sont en dessous , les gens renoncent à lire alentours et se contentent, en dehors de “chez-eux”, de cliquer sur des idéogrammes, compulsifs comme pour entretenir leur “audience”.

Sur ces pages, je vois le monde.

Quand l’audace me pousse à poser un commentaire, parce que j’ai besoin de le poser pour éviter d’exploser (donc renverser ma tasse de café!!! 😉 ) je le fais en prenant mon temps, en conscience.
Je sais que le temps que j’utilise pour rédiger, à l’aide des mots qui sont les plus justes dans mon “monde à moi”, est un temps précieux, un temps où je reprends pied, où je laisse le calme revenir.
Il faut impérativement que je cultive le calme pour aller plus loin, debout, tranquille, heureuse d’être comme je suis, bien en équilibre sur le fil tendu entre mes paradoxes.

Quand je termine avec une pirouette qui s’appelle “sorry” ou “désolée”, c’est comme pour marquer la fin d’une respiration, comme le salut qui vient en fin de représentation, c’est une sortie, un retour dans moi-même.

Car, à la réflexion, je pense que je suis désolée du fait d’être moi, intransigeante, exigeante, jamais crédule, tributaire d’une vision hyper large dans tout un tas de domaines, donc soumise à des réactions épidermiques du fait de mon extrême sensibilité aux imprécisions.

Je me soigne en évitant la vie publique, mais parfois, elle me revient comme un boomerang.

Confidence du jour.

Diaphane

 


Diaphane.
Ce mot est une émotion!

Diaphane… avec ses lointaines racines grecques δ ι α φ α ι ́ ν ε ι ν ;  diaphane, ce qui laisse passer à travers, ce qui laisse passer la lumière.
Diaphanes les pétales, diaphanes les brumes, diaphanes les obscurités,
Diaphane l’océan souvent et certaines personnes, parfois…

Ce mot me touche et m’émotionne.

Ni limpide, ni transparent, aérien, porteur de lumière, passeur de lumière, il est avant tout délicatesse, mystère, évidence obscure, translucide trouble.

“There is a crack in everything
That’s how the light gets in”

Léonard Cohen affirmait avoir mis plus de dix ans pour écrire la chanson “Anthem”.
Je ne vais pas essayer de faire mieux en quelques lignes!

Qu’ajouter sinon que je marche, attentive et patiente, inlassablement, je marche à la rencontre de la lumière.
Partout, toujours, en toute chose.

 

Enseignement

Aujourd’hui l’homme est encore
Trop faible
Pour supporter sa faiblesse
Il doit devenir fort
Pour s’accepter vulnérable

Jean-Yves Leloup, Déserts, Le Fennec Editeur, 1993, ISBN 2-910297-00-4

 

Cette citation fut ma compagne, notée sur chaque agenda, chaque nouvelle année, à partir du jour où je l’ai rencontrée (en 1994) et pendant tout le temps où j’exerçais au plus près des personnes.
Pourquoi la ressortir aujourd’hui?
Certainement est-ce nécessaire de la lire, la re-lire, la lier, la délier et la relier à ce que je sens de chaque instant.
Certainement?
Le sais-je?
Certainement pas!

Je pensais ce matin…
Je pensais qu’il est facile de poser des actions les unes à côté des autres, infiniment!
Aussi infiniment que notre finitude le permet.
Et je pensais plus loin,
Plus haut.
Quand il s’agit d’entrevoir la verticalité, le sens vertical de notre être,
L’aventure commence.

Empiler les actions, de plus en plus haut
Ramène inévitablement à la terre
Tout en bas.
Parce que c’est tout en bas que surgissent les sources qui fortifient les racines
Et que sans racines, il est vain d’imaginer s’élever.

Poser une pierre au dessus de l’autre
Puis une autre
Puis une autre
Puis une autre
Sentir la facilité, poursuivre
Sentir la fragilité, ralentir
Sentir l’impalpable, entrevoir le but,
En respirant imperceptiblement
En imaginant un geste plus léger qu’une plume,
Essayer d’ajouter un grain
Seulement un grain
Et sentir l’ensemble qui vacille
Et hésiter
Et renoncer.

Et quand, o grâce, o magie
Une voix murmure “c’est possible, essaye”
Et quand, o bonheur intense
L’équilibre est atteint
Comment décrire la gratitude?

Et que le vent passe
Et que l’équilibre se rompe
Et que sous nos yeux disparaisse l’instant
Qu’importe?

Il y a eu la grâce
Il y a eu la magie
Il y a eu le bonheur
Intensément!
Alors, il devient pressant d’empiler et de regarder plus loin, plus haut,
Vulnérable et heureuse.
Vraiment.

 

Melchior

Melchior, c’est le prénom d’un des mages reconnus par la tradition chrétienne.

Melchior, ce matin, c’était un ouvrier portant casaque fluo, chaussures de sécurité et casque de chantier.
Tandis que je marchais sur le trottoir, du pas pressé de celle qui doute d’arriver à l’heure à son rendez-vous, Melchior entra dans mes mondes avec ces mots “Faites attention au fil rose…là…”

J’étais vêtue avec mon déguisement habituel, entre blanc clair et blanc cassé.
Je passais ce matin là, sac de marque orange et sandales bleues de luxe, écharpe au vent, toutes antennes déployées, je passais à l’instant précis où Melchior posait des marques de fil rose.
Dans mes mondes il y a, entre autres, un monde de gamine joueuse et un monde de Yoga.
Ces deux mondes là se rejoignent lorsque le hasard met à ma portée des éléments que je peux empiler, des cailloux principalement. Il s’agit de réaliser, à l’instant même qui se présente, un empilement aussi haut que possible, défiant l’équilibre dans le moment où le dernier élément vient chapeauter la tour.
Sitôt franchi un fil rose qui n’aurait pas fait de mal à une mouche, mes yeux se posèrent de plus belle alentours. Des matériaux trainaient et clairement, il y avait tout ce qu’il fallait.

Il fallait que je m’arrête.
C’était la bonne heure et mon rendez-vous pouvait bien attendre un peu plus loin.
Mais il fallait franchir une barrière bien close.
Melchior était “du bon côté”, je suis revenue sur mes pas, un sourire bien accroché et j’ai osé:
“Auriez vous la gentillesse de me laisser entrer sur le chantier? J’ai vu des cailloux à empiler… C’est un jeu, excusez-moi, je suis un peu folle.”
Il m’a ouvert avec en clin d’oeil en disant “Ah, vous m’emm*rdez, vous” puis il a souri, d’un merveilleux sourire d’enfant, découvrant trois uniques chicots à l’ivoire jauni, deux en haut et un en bas.

Melchior, c’est un prénom de mage sage.
Ce matin, j’ai fait une vraie rencontre.
Joindre, faire se toucher, relier… c’est la définition même du Yoga!

PS : A mon retour à la maison, dans la boite aux lettres, j’ai trouvé le livre d’un ami cher.

“Tu me demandes:
– A quoi peut ressembler le visage du sage?
Je te réponds:
– Sois toute chose sans chercher toujours le pourquoi.
Tu me demandes:
– Quel esprit, quel grand souffle composent son visage?
Je te réponds:
– Le sage a le visage que ton rêve fait naître à la parole”

Gabriel Mwéné Okoudji, Comme une soif d’être homme, encore, Editions Fédérop 2015,
ISBN 978-2-85792-224-7

Cogito, ergo sum

Chacun son monde… Le mien est multicolore entre gris très clair et presque noir.
Aucun jour ne ressemble à un autre.

C’était le matin.
En partance vers la plage, j’entendis Dorian Astor lire une bribe de son dernier livre (1) sur une musique de Richard Wagner. Alors un sourire est monté, un sourire s’est affiché sur mes lèvres.

“Les mots sont impropres. Ils collent, parce que le langage est une vaste toile d’araignée destinée à prendre le monde dans ses fils. Ils sentent la poussière, parce qu’ils sont chargés d’antiques conventions et de mensonges ancestraux. Ils sont souillés par trop de mains, qui les laissent circuler comme des pièces à l’effigie effacée et propices à tous les faux-monnayages, faute de jamais en soupeser à nouveau le métal. Les mots ne désignent jamais les choses, mais nos relations aux choses, nos tentatives de saisir des choses insaisissables. Nous avons oublié que chaque nom commun fut un jour une nomination singulière, surgie d’une imagination débordante, créatrice et illusionniste.”

La journée ne pouvait pas mieux commencer.

Ces mots là, précisément et nul autres!
Comment expliquer mon émotion chaque fois que j’entends ce qui justifie mes errances ?
Elle est si forte et si constante cette émotion là, qu’elle advienne à la découverte d’une preuve scientifique venant étayer mon intuition expérimentale ou qu’elle débarque, comme ce matin, après quelques mots érudits venant en écho de mes pensées au long cours.

En route vers l’océan, j’avais un merveilleux fil à dérouler… si loin du monde tonitruant!
Je conduisais en souriant.

Fuite?

Intense attention, plutôt.

 

(1) Dictionnaire Nietzsche, Dorian Astor, Editions Robert Laffont, collection Ellipses, Paris 2017

Reflets, réfraction et réflexions

Dans son autobiographie “la nacre et le rocher” (1) un remarquable philosophe prend soin, à de multiple reprises, d’expliquer sa démarche :

” (…) Je souhaite recevoir de mon lecteur attention et amitié, comme je souhaite lui offrir attention, liberté et joie.
On le voit, l’autobiographie n’est pas anonyme et conceptuelle, elle est relationnelle et concrète. (…) Elle vise aussi par essence, un accroissement de la lucidité et de la connaissance. En s’efforçant de rendre compte de la genèse d’une pensée, elle en appelle à la réflexion et à la connaissance. et cela aussi bien chez l’auteur lui-même que chez le lecteur. “

Nous sommes d’accord, aucune comparaison n’est possible entre un mastodonte de la production philosophique, fusse au sujet de la joie, et une écri-vaine loisirante de ma trempe.
Et puis, un billet sur un blog est loin de faire le poids face à une “autobiographie”.
Le fait est.

Le fait est cependant que parlant toujours au nom de “moi-je”, relire ces mots sous la plume d’une illustre personne m’a permis de voir sur cette question le reflet que j’aimerais renvoyer, bien loin de ce que certains pourraient juger comme une prétention à l’exhibition.
Il faut bien avouer qu’écrire au vent est un véritable risque, il me place d’emblée devant la possibilité d’être lue par un quidam. Mon intense besoin de prévoir ce qui est prévisible m’a mille fois posée face à cette prise de risque juste folle : n’importe quel passant peut s’approprier “mes” mots, les réfracter, y réfléchir et les redessiner sur n’importe quelle onde, sur n’importe quelle comète.

Car “mes” mots, choisis avec attention, scrutés jusqu’au fin fond de leurs racines, posés avec circonspection, souvent accrochés au bord d’improbables ellipses, “mes” mots une fois écrits noir sur blanc deviennent des mots banaux que tout un chacun peut attraper pour faire ce dont il a besoin d’en faire.

Voilà quel était mon thème de réflexion cette nuit, dans ces heures du milieu de la nuit où jamais je ne dors, dans ces heures où j’écris.
J’écris… oui,
Comme je l’ai récemment expliqué à un ami, à certains moments précis j’écris, par la grâce d’une plume à encre invisible, les pleins et déliés d’une pensée qui prend forme sur un papier impalpable.

Douce folie peut-être sage… Qu’en sais-je?

Je sais que jamais je ne lis mes ouvrages une fois publiés.
Très rarement devrais-je dire pour être tout à fait précise.
Car il arrive que j’y plonge pour y cueillir la source d’un reflet, pour y chercher l’écho d’un écho et parfois pour remonter “une preuve”, “une preuve” du genre de celle qu’un enfant sait exhiber quand il est fier de son oeuvre, même si la notion d’oeuvre est toute relative.

Et c’est lors de ces plongées qu’apparaissent d’étranges reflets et certaines fulgurances comme seul le monde sous-marin sait en offrir.
Toujours, le souvenir de la sensation perçue dans l’instant de la perception irradie aussi longtemps que je refuse d’en faire le tour.
Ainsi un simple commentaire peut m’entrainer infiniment loin.
Tellement plus loin… comment l’expliquer en conservant l’entière complexité de “plus loin”?
Je ne sais vraiment pas.
Il me manque vraisemblablement l’étoffe et l’érudition des savants que j’admire.

Alors, pour jouer, comme pour danser une ronde,  afin de fermer la parenthèse commencée avec une citation, j’achève ce billet avec une citation tirée de “l’homme-joie” (2)

“Nous avons, vous et moi, un Roi-Soleil assis sur son trône rouge dans la grande salle de notre coeur. Et parfois, quelques secondes, ce roi, cet homme-joie, descend de son trône et fait quelques pas dans la rue. C’est aussi simple que ça.”

 

(1) la nacre et le rocher, Robert Misrahi, Editions Les Belles Lettres, collection “encre marine”, Paris, 2012, ISBN 978-2-35088-058-7
(2) l’homme-joie, Christian Bobin, L’Iconoclaste, Paris, 2012, ISBN 978-2-91336-645-9

Sous la blouse, la peine

 

Réunion hier entre les murs d’un centre universitaire où se trame la vie des gens, futurs vivants, futurs mourants.
L’appel des mots devait être sonore pour attirer autant de monde, à moins que le buffet promis n’y soit pour quelque chose, est-ce que je sais, moi ?

Il y avait les « futurs » avec des visages d’enfant, beaucoup de jeunes femmes maquillées juste comme il faut, habillées simplement, juste comme il faut.
Il y avait les « tout frais » délicieusement impliqués, naturellement aiguillonnés par la merveilleuse tâche qu’un diplôme acquis dans la douleur leur déroule sur tapis rouge.
Et puis, il y avait les autres.

Il y avait toutes ces personnes usées qui forment le cœur de la cohorte, participent à la formation de la relève et cueillent les honneurs à chaque carrefour.
Ces autres, dépourvu de la blouse qui les fait briller, étaient hier soir de tristes souffrants.

Les mâles dans leur costume d’homme sérieux cachaient un peu leur jeu.
Les mâles sont pudique, on le sait.
Il faut un œil attentif pour dénicher les mains qui tremblent désespérément en approchant d’un buffet sans alcool. Il faut un oreille attentive pour décrypter la sourde haine qui dégouline à l’approche d’un pair. Il faut des sens aiguisés pour débusquer les ombres étincelantes qui éclatent d’un petit four à l’autre.
L’attention, mon attention avait été alertée simultanément à l’entrée décidée d’une personne que je n’avais pas vue depuis des années. Elle s’avançait droit en ma direction, un salut cordial tendu au bout d’un sourire.
Visiblement elle me connaissait bien et était contente de me trouver là.
De mon côté, j’avais instantanément mis toutes les mémoires en mode « recherche » sans trouver sur le coup le « bon mot clé » à taper.
Cette personne, aussi ronde que haute, mal coiffée et mal boudinée dans des vêtements sans goût ne me rappelait pas grand chose. Fait remarquable, j’avais la plus grande difficulté à ramener un quelconque souvenir alors que dans le même temps, ses paroles évoquaient un réel « autrefois » que nous avions partagé !
En fait, j’étais submergée d’émotions par son changement physique, par ce mur si épais qui s’était construit tout autour de ce que j’avais connu… car oui, le moteur de recherche avait fini par rendre un verdict : nous avions été “collègues” et c’est une personne remarquablement connue dans le microcosme !

Evadée depuis un bon bout de temps d’entre ce genre de murs, je me sentais tellement différente, hier soir.
Et puis, j’avais l’avantage d’avoir la tranquillité de la patiente qui n’attend rien de plus que la patience. Mon discours était prêt, bien léché. Les affres de la production étaient loin. Par jeu, je passais en revue les personnes qui s’installaient dans l’amphithéâtre. Dans le brouhaha qui murmurait, les différences s’affirmaient entre les groupes qui se constituaient, bien alignés dans les rangs.


Il y avait les autres.
Il y avait toutes ces personnes usées qui forment le cœur de la cohorte.

Mèche moles sur teint gris, xanthélasma et embonpoint androïde devant à droite ; cheveux trop teints tirés, cernes creusées et épaules chargées sur la gauche ; mise en plis parfaite, couleur bileuse et agitation vindicative au centre, etc, etc… Et cette haleine chargée de trop de cigarettes de celle qui venait à l’instant de me saluer…

Hier soir était un étrange exercice qui me laisse un goût triste.
Triste de toutes ces souffrances accumulées
Triste de l’enfermement volontaire constaté.

Et lorsque devant le buffet, une de ses personne m’accosta d’une phrase, juste après avoir évoqué un “presque burn-out” avec son interlocutrice précédente  : « tu as quel âge, toi ? », enchaînant sans attendre ma réponse : « parce que tu vois, moi, je vais avoir 60 ans, et tu sais, je ne me vois pas arrêter », que répondre ?

Rien !

« Il y a les vivants, ils y a les morts et il y a ceux vont sur la mer » dit une phrase dont on ignore la provenance.

J’aime bien cette phrase !

 

8 mars 2017


Aujourd’hui, c’est la journée internationale des droits des femmes. Imaginez que quelques jours après la fête nationale des grands-mères, je puisse me sentir un peu concernée.

Et alors!

Et alors, toute la journée , il va être question des femmes dans les médias, il va y avoir des discours au sujet de “l’égalité” ou de “l’aliénation” peut-être aussi de la “prise de pouvoir”. Dès ce matin, sur les meilleures ondes, était abordée la question du féminisme versus le masculinisme.

J’ai bien noté qu’en français on parle de “LE” féminisme comme on parle de “LE” masculinisme, ce qui démontre l’égalité des genres, n’est-ce pas?

Loin des idées simples et trop faciles à gober, en remontant loin dans le temps, en fouillant les mythologies antiques, en voyageant à travers les symboles et les cultures, force est de reconnaitre l’omniprésence de la binarité, de l’association des “contraires” et de la constatation des différences “féminin-masculin”.
La terre est au ciel ce que la lune est au soleil, le sec à l’humide, le plus au moins.
Sans répit, il s’agit de distinguer ce qui est connu de ce qui est inconnu, ce qui est du dedans et ce qui est du dehors, ce qui est étranger et ce qui est familier, etc…
C’est comme s’il était absolument nécessaire de définir “deux” pour s’élever dans “l’entre-deux”.

Décider au sommet qu’il est nécessaire de poser une journée spécifique en faveur du droit des femmes, c’est aller dans le sens de cette binarité universelle, c’est reconnaitre par les faits que la femelle a besoin d’un statut différent de celui du mâle.

Tandis que je me sens tout simplement “humaine”, c’est à dire partie de la société humaine qui peuple la planète, je mesure à quel point les mots posent leurs limites et à quel point communiquer n’est que poudre de perlimpinpin.

Le fait est qu’il existe des humains qui prennent des décisions humaines…