Archives de catégorie : Histoires d’Orchidées

Orchido… quoi?

Photo by Sophie C.

Orchido-logue ? Orchidologue… le mot est tellement désuet qu’il a disparu des dictionnaires!
Orchido-phile ? Orchidophile… c’est ainsi que se définissent certaines sociétés savantes, pourquoi pas?

Et moi? Je suis quoi?

Quand je fais des tas de cailloux j’entends dire que je fabrique des cairns, sans pour autant devenir ni cairnologue ni cairnophile.
Quand j’escalade les montagnes à la recherche de traces laissées par les premiers habitants d’un site, personne n’aurait l’idée de me coller une quelconque étiquette.
Quand j’affirme que je suis vieille (ce qui est statistiquement plus réel que lorsque j’avais seulement 50 ans) l’oreille de la personne qui me fait face se dresse et de sa bouche sort illico « ben noooooon, t’es pas vieille! »

Et voilà les preuves, s’il en fallait, que je me moque des étiquettes!

Si j’étais une orchidée, je serais sûrement inclassable, impossible à répertorier, changeante en fonction de l’environnement, ni belle ni moche, laissant même le doute planer sur le nom « orchidée », je serais simplement une plante qui cherche à exister encore un peu sans aucune prétention.

En préparant ce billet, je me creusais (légèrement, il n’y a aucun dégât!) la tête, essayant de trouver un lien, quelque chose qui fait sens commun entre mes différents chemins de vie. Comme je suis encore capable de visualiser les illustrations des livres de sciences qu’il fallait acheter à chaque rentrée scolaire, il serait possible de dire que je penchais de ce côté dès l’enfance. Et clairement, si je regarde tout ce que j’ai décroché au fil d’un parcours chaotique sur les bancs des amphithéâtres universitaires, la biologie pourrait être un dénominateur commun.

Ainsi d’un goût pour la biologie sortirait un goût de botanique d’où sortirait une saveur horticole, d’où s’envolerait l’orchido-machin.

Sauf que tout raisonnement simpliste est faux.

Me concernant, si je devais chercher quelque chose qui fait sens entre mes différents chemins de vie, ce serait un goût pour l’inclination, un goût à mettre les mains dans le vif du sujet et une énorme capacité laborieuse qui vient équilibrer une désespérante tendance à la paresse.
Alors, chercher de manière hyperactive dans les recoins de la toile, poser des hypothèses, aller les confirmer (ou les infirmer) dans les champs et les chemins, me mettre à autre pattes dans l’herbe humide, m’extasier, exprimer ma joie et ma reconnaissance pendant les trois mois de pleine floraison des orchidées sauvages de chez nous puis me laisser vivre pendant le reste du temps, c’est un ensemble qui fonctionne bien avec ma nature.

Et je viens de trouver!
Orchido-maniaque… orchidomaniaque, voilà le terme exact!

Pendant quelques mois de l’année, je suis frappée d’une manie : je cours après les orchidées sauvages!

Et puis, quand s’en vient la torpeur de l’été, je passe à autre chose.

De la botanique à l’horticulture, histoire d’orchidée

1568 – ouvrage de Rembert Dodoens
Source : Florum, coronariarum odoratarumque nonnullarum herbarum historia


Le simple mot « orchidée » laisse planer chez la plupart des interlocuteurs le qualificatif « exotique », c’est à dire plante spectaculaire venue d’ailleurs, visible dans les serres et les expositions. Parler d’orchidées sauvages françaises étonne et je m’amuse souvent à imaginer les représentations qui apparaissent spontanément dans les yeux des gens.
Ce sont pourtant seulement et uniquement les orchidées sauvages que je cherche.
Il m’a donc semblé important, de survoler l’ensemble du « phénomène orchidée » qui ne cesse d’évoluer dans un sens (scientifique) comme dans l’autre (attractif)



Avant la naissance de La Botanique (première apparition du mot en 1611 selon le grec « qui se rapporte aux plantes ») les plantes étaient décrites, connues et étudiées, reconnues selon leurs vertus médicinales ou agronomiques, elles avaient un rôle important dans la vie des humains. Il faudra cependant attendre les 15-16ème siècles pour que La Botanique prenne son envol en se détachant, et de l’Herboristerie, et de la Médecine, tout en y restant attachée.
Dès ce temps, des ouvrages font la part belles aux orchidées sauvages. Elles sont classées parmi les plantes à bulbe. Les « orchidologues » sont généralement médecins, comme Jacques Dalechamp (né à Bayeux en 1513, médecin à l’hôtel-Dieu de Lyon de 1552 à sa mort 1588) qui herborisait pendant se temps de loisir. Il décrivit pas moins de 47 orchidées sauvages de la région lyonnaise.

Au 17ème siècle, au fur et à mesure des nouvelles découvertes (on ne voit que ce qu’on cherche, c’est bien connu) les érudits européens commencèrent à ressentir le besoin d’échanger leurs idées et leurs informations afin d’avancer. Les premières Académies Scientifiques furent créées, posant les premiers pas de la science moderne.

Le 19ème siècle marqua une nouvelle étape avec la naissance des Sociétés d’Horticulture. Lors de son discours d’installation en 1827, Héricart de Thury pris soin de définir ce nouveau mot créé trois ans plus tôt:
« En effet, la science horticulturale a fait de progrès d’autant plus rapides, que ceux qui s’y livraient par goût ou par état ont senti que le travail du jardinier abandonné à lui-même, ne pouvait suffire à leurs vues ; que l’expérience a besoin d’instruction, et que la pratique du jardinage, comme en général tous les arts et toutes les branches de l’industrie agricole ou manufacturière, doit être dirigée par les lumières de la théorie, pour suivre avec succès un art dont la culture est si variée, les besoins si multipliés, les pertes si fréquentes et si essentielles à réparer promptement et économiquement. Aussi l’Horticulture a-t-elle dû appeler, et a-t-elle en effet appelé à son secours, les sciences qui peuvent lui donner le moyen de satisfaire à ses demandes journalières, et dont le concours lui est essentiellement nécessaire, telles que la botanique, la physique, la chimie, la minéralogie, la mécanique, l’hydraulique, l’architecture, l’entomologie, etc. »
(Héricart de Thury, « Discours d’installation prononcé par M. le Vicomte Héricart de Thury, Président de la Société »
, dans Annales de la Société d’Horticulture de Paris et Journal spécial de l’état et des progrès du jardinage, Tome premier, Paris, Mme Huzard, 1827, p. 57-58.)

L’horticulture n’est ni l’agriculture, ni le jardinage, la physiologie végétale y tient un rôle important. « Physiologie et horticulture partagent le même objet : l’une, en expliquant les phénomènes qui régissent le fonctionnement et le développement des végétaux, l’autre en utilisant la connaissance de ces phénomènes pour produire des plantes, les multiplier, les cultiver, les transporter, les transplanter, les conserver, les vendre et en tirer le meilleur profit »

L’essor de l’horticulture fut concomitant avec l’essor d’une certaine passion pour les orchidées. Non pas les simples orchidées de nos régions, mais celles qui venant d’outre-mer, peuplaient les serres chaudes en compagnie d’une multitudes de plantes tropicales nouvellement débarquées. Leur beauté naturelle, leur exotisme titillaient toutes les envies de transgression, il fallait les chercher plus loin, les hybrider plus brillamment, les amener à plaire aux plus grands.
Des « chasseurs d’orchidées » s’en allèrent dépouiller l’Amérique du Sud, l’Extrême-Orient et autres régions du monde. Une véritable destruction par un ramassage systématique s’opéra, se poursuivant aujourd’hui encore, contribuant à la disparition et à la raréfaction de certaines espèces.

Mais parallèlement, l’horticulture a permis, depuis quelques années, la multiplication (le clonage fait son entrée dans le domaine dès 1955, il sera peu à peu optimisé au point de totalement remplacer la multiplication par semis de graines) en grand nombre et à bas coût d’autres espèces, lesquelles ont aujourd’hui envahi nos hypermarchés.
De fleur prétentieuse destinée aux nantis de la société, en quelques année, l’orchidée (en particulier le « Phaléanopsis », tellement hybridé dans tous les sens qu’il est devenu impossible de le nommer plus précisément) est devenu une aimable plante presque vulgaire qui s’empoussière dans tous les appartements de tout le monde.

Ce billet très général n’est rien de plus qu’une invitation à la curiosité. Pour aller plus loin il faut se référer à l’ouvrage extrêmement érudit de Pierre Jacquet : Une histoire de l’orchidologie française (ISBN 2-9057334-13-2) lequel parcourt l’évolution des découvertes du Moyen-âge à nos jours.

Reconnaitre les orchidées lors des balades (1)

Orchidée est un mot aussi vague que graminée, ombellifère, astéracée. Dans la classification, c’est une famille, une famille gigantesque : pas loin de 30000 espèces répertoriées, réparties en 850 genres.
En France on compte 160 espèces, dont 27 sont menacées de disparition et 36 quasiment introuvables. En Loire-Atlantique sur la trentaine d’espèces traditionnellement répertoriées, un certain nombre a déjà disparu.

Mais le sujet de ce billet est « reconnaitre les orchidées, en balade, lorsqu’elles ne disposent d’aucune étiquette, lorsqu’elle passent sous nos yeux lors d’une randonnée, par exemple.

Avec une simple éducation, nous désignons sans difficulté une graminée, peut-être par ressemblance avec ces végétaux dont l’agriculture s’est emparé pour nous nourrir.
Les ombillifères, omniprésentes le long des routes ne nous échappent pas avec leurs fleurs en forme d’ombrelle.


Paquerette, marguerites sont des astéracées que nous désignons par leur « petit nom » de genre, voire d’espèce, dès l’enfance.
Fabiacées, Lamiacées, Euphorbiacées, peut-être que ces familles évoquent des plantes connues pour certaines personnes?
Et orchidées?
Qu’est-ce qui uni les membres de cette famille formidable?

Elles sont partout, sous toutes les latitudes. Elles vivent dans les arbres ou sur la terre. N’oublions pas que les orchidées sauvages européennes furent dans un premier temps classées parmi les plantes à bulbe et que leur nom fit référence à l’aspect particulier de leur « oignon » double.

Ce qui est constant et visible, c’est TROIS pétales, TROIS sépales.
Un des pétales est différent (longueur, forme, coloration), c’est le labelle : il doit être attirant pour les insectes afin qu’ils s’engouffrent au coeur de la fleur et participent ainsi à la reproduction.
Le labelle détermine l’axe de symétrie de la fleur.
En botanique, on nomme périanthe l’ensemble qui protège les organes reproducteurs d’une plante, ce sont les pétales et les sépales. Pétales et/ou sépales peuvent fusionner et former parfois une espèce de casque, par exemple, afin de protéger mieux. Ainsi compter jusqu’à trois n’est pas toujours suffisant pour reconnaitre ces plantes tellement particulières.
Pourtant, je peux dire que très vite, notre oeil s’habitue et devient capable de faire la différence.
En premier, la relative « rareté » est un indice.

Hier, j’étais dans un immense champ non cultivé. Il y avait une grande quantité de graminées différentes, une grande quantité de plantes différentes, et je ne parle ni des insectes, ni des oiseaux qui profitaient de ce coin de paradis. Là-bas, j’ai trouvé 3 espèces d’orchidées sauvages, autant dire une profusion, et j’avais parcouru 70km pour « tomber » sur ce coin préservé!

J’ajoute que la technologie actuelle nous facilite la vie. En effet, il est toujours possible de sortir la smartphone de notre poche, de prendre une photo et de l’agrandir entre nos doigts afin d’observer de plus près. Elle est loin l’époque où les botanistes se baladaient « armés » d’une loupe!

Chercher les orchidées sauvages en France

Dans un précédent billet, il y a des pistes pour reconnaitre les orchidées sauvages lors de balades.
Pour qui se balade en cherchant à en trouver c’est une autre histoire.

Avant même de partir en exploration, il faut savoir ce qu’on va chercher et où aller chercher. Ensuite, il faut convoquer la chance et ça, c’est encore une autre histoire.

Est-ce bien utile de préciser que la saison compte? Que le climat compte aussi ?
Dans les livres et sur les sites, il est possible de trouver des renseignements mais il faut ensuite recouper les informations.
Par exemple dans une région chaude, la floraison sera probablement plus précoce qu’en montagne, une année de sécheresse sera peu favorable, le gel tardif retardera la date de sortie des hampes florales. C’est vrai pour toutes les plantes mais quand on se balade sans rien chercher, on y accorde aucune importance.

La plupart des orchis apprécient vraiment les sols alcalins. Inutile donc de les chercher en terrain acide.
Quels sont les terrains les plus volontiers alcalins? Ce sont ceux qui contiennent une bonne partie de calcaire.
Peut-être avez-vous des souvenir d’école? Le calcaire est une roche sédimentaire et la plupart du temps d’origine marine. Donc dans tous les coins où l’océan s’étalait, parfois des millions d’années avant notre ère, il peut y avoir du calcaire, donc des orchis.

Il n’est pas rare de se retrouver dans des endroits vraiment sympathiques! Et c’est important parce que les orchidées ne sont pas légion au point d’apparaitre en premier plan sur les photos!
Et puis, il y a aussi les zones dunaires, le sable marin étant assez chargé en coquilles, les dunes de nos plages se révèlent être d’excellents coins à orchidées sauvages et souvent d’autant plus qu’elles ont « reculé » dans le paysage et qu’elles se retrouvent un peu à l’abri des embruns directs.

Voilà une première piste.
Avec les moyens offert par internet, il y a de quoi passer du temps devant l’écran pour affiner les recherches avant de commencer sur le terrain.

Donc nous voilà sachant ce qui est à chercher (forme, couleur, hauteur) et ayant une idée de l’endroit où chercher.

Mais voilà que devant l’étendue des zones à explorer, l’idée de tout laisser tomber nous assaille.
Deux solutions s’ouvrent alors.
1° demander conseille, adhérer à une association, suivre un groupe
2° s’asseoir à nouveau devant l’écran et chercher plus loin, il y a toujours un « plus loin » que nous avions laissé échapper.

Personnellement, insoumise et revendiquant une certaine liberté, je suis assez incapable de voter pour la solution 1°.
En plus, je sais par expérience que les personnes qui détiennent le savoir souhaitent rarement le partager, au risque de perdre non pas leur savoir, mais leur « célébrité », leur « pignon sur rue ». C’est simplement humain.
Ayant un jour reçu un message du style « si vous le souhaitez, je peux vous aider à trouver », j’ai tenté la question « avez vous une piste pour cette espèce? » et sans surprise, j’ai reçu en retour une piste très, très imprécise genre « entre ici et là » c’est à dire pas moins de 50 000 mètres carré à arpenter consciencieusement!
Il faut être motivé!
Sur ce coup, vu la rareté de l’espèce, je l’étais.

Les personnes le plus rusées me diront qu’il y a des sites spéciaux où les espèces sont localisées.
Oui.
C’est simplement oublier que les plantes sont tout autre chose que des machines plantées à vie sur un emplacement jamais modifié.

Si c’était simple trouver n’aurait aucune saveur.
Trouver!
Ce sera l’objet d’un autre billet.

Reconnaitre, chercher et enfin… trouver!

Listera ovata (une des orchidées les plus répandues de France)

Après avoir beaucoup cherché, il arrive qu’enfin nos pas nous portent vers « TROUVE »!
C’est une réalité quelques soit le domaine de recherche.

Dans le domaine des orchidées sauvages, il existe des espèces presque courantes, de celles qui sont visibles aux rond-points des autoroutes comme l’orchis bouffon près de Nantes. Néanmoins, comme il n’est pas facile de s’arrêter dans ces endroits, il faut parfois chercher ailleurs.

Trouver après avoir cherché me procure une joie plus intense que celle qui surgit lorsque je trouve sans chercher, cadeau imprévisible sur un chemin programmé.
C’est certainement en rapport avec le temps passé, avec l’attente nécessaire, avec la patience cultivée.
Il faut de la chance, à moins que ce soit un coup de pouce du ciel, un éclairage particulier, un guide suprême, je ne saurais dire.

Récemment, je cherchais activement une espèce rare, en voie de disparition, protégée au niveau national.
J’avais fait pas mal de déplacements à sa recherche.
Sans la rencontrer.
J’avais cent fois remis l’affaire sur mon écran, fouillé le web avec différents mots-clés et c’est après la dernière « fouille » de terrain que je suis « tombée » sur un article signalant sa disparition dans tout le département.
Alors, comme par magie, j’ai reçu un message d’un vieux chercheur qui me parlait d’un « spot » visité par lui en 2016, un « spot » par lui définit avec le mot « station ».

Je fais une parenthèse à propos de ce mot que je n’aurais jamais employé (et que je n’emploie pas) à propos d’un endroit où une espèce est visible, où elle est stationnée, donc. Je suis toujours amusée par le vocabulaire spécialisé, un vocabulaire qui pose une apparence « je parle ainsi parce que c’est ainsi qu’il faut parler dans ce domaine, donc je fais partie de ce groupe ».
Il convient cependant de retenir qu’il existe des stations qui ne sont pas des stations balnéaires! Cependant en fonction du nom d’espèce accolé au mot « station » ce sera un « spot » à la mode, un « spot » pour privilégiés ou un « spot » populaire.

Pour revenir à l’anecdote précédente, le « spot » potentiel (ce sont les surfeurs qui parlent souvent de spot… je fais ici référence à ce qui m’amuse dans l’utilisation du vocabulaire!) était proche d’une plage de surf que je connais bien.

Je suis donc partie, armée de patience, dans le but d’explorer méthodiquement tous les prés accessibles d’un point à l’autre, soit sur le papier, plusieurs hectares!
En fin de matinée, j’étais arrivée à la moitié.
J’avais déniché les dernières hampes fleuries d’A.Laxiflora, les squelettes aux graines envolées d’O.aranifera, les fruits murs de quelques A.morio mais point ce que je cherchais.
J’avais les yeux fatigués par trop d’attention.
J’avais des doutes à la pelle : Etais-je réellement le bon jour au bon endroit? Etait-ce trop tard? Trop tôt? L’espèce avait-elle disparue depuis 2016? la sécheresse printanière avait-elle annulé la pousse de cette saison? Mille questions m’assaillaient et j’avais faim.

Sortant du dernier pré visité, je décidais pourtant d’aller jusqu’au point limitant la zone de recherche, simplement histoire de mesurer ce qui me restait à explorer une prochaine fois. Libéré de la pression de la recherche, je marchais d’un pas franc, le regard plus au loin que précédemment.
C’est alors, que dans mon champ de vision, une silhouette entra.
Dans le même instant fugace, tout en me disant que les orobanches était capables d’espièglerie en ce moment, je me suis dit « c’est ce que je cherche ». Et hop, j’ai enjambé la barrière, il n’y avait personne alentours.
Wahooooooooooo! J’y étais!
Contre toute attente, j’y étais.

Il fut temps de ne plus avoir faim, de ne plus compter le temps, de m’agenouiller et de capter l’instant sous tous les angles.
Puis, regarder plus loin, à côté, survoler l’espace, compter, m’agenouiller encore, simplement ravie.

Et puis, la faim est revenue. Je suis partie, heureuse de cette matinée passée.
Impatiente impassible imaginant déjà une autre recherche et la patience indispensable pour y parvenir.

Reconnaitre les orchidées lors des balades (2)

Un point de vue plus personnel dans ce deuxième billet.

Difficile d’affirmer ce qui me conduit à repérer les orchidées sauvages au milieu des autres végétaux.
J’ai l’habitude de marcher en regardant où je mets les pieds, comme j’ai l’habitude de marcher en regardant au loin, en me réjouissant autant de l’immensité que du subtil bruissement des insectes, du plissement des roches que de l’infinie palette des tailles et des couleurs offertes par les végétaux.

Parfois je ne vois rien, absorbée par l’absence de pensée, je marche.
Seule.
(A noter que marcher en groupe est une autre histoire. Etant reliée au groupe, si petit soit-il, mon attention à l’environnement est forcément moindre, obligatoirement modifiée, impacté, biaisée par la/les présences. Cette considération est factuelle, excluant tout jugement, elle se contente de placer le contexte de ce billet)

Et cependant, même dans ces moments où ma conscience est en état second, des éclats de lumière touchent certaines terminaisons nerveuses au point de m’arrêter, parfois de revenir sur mes pas. Curieuse, j’ai besoin de comprendre ce qui m’a ainsi touchée. Abandonnant l’immensité, laissant de côté toute complexité, je me penche très simplement sur l’instant et je zoome au plus proche à la recherche d’une source génératrice d’éclat.
Les orchidées sauvages me font cet effet là.

C’est toujours une surprise.
Mes connaissances sont limitées et si dans d’autres balades, je suis activement à la recherche d’une espèce avec toutes ses particularités, sachant la nommer en la trouvant puisque, justement je la cherche ; me trouver face à une orchidée que je suis incapable de nommer est à la fois un cadeau et un challenge. A partir de l’instant où je la vois, je deviens exploratrice, notant chaque détail afin d’en savoir plus à son sujet.
Et, il faut bien reconnaitre que le plus passionnant de l’histoire, c’est l’agrandissement nécessaire de l’expérience, un agrandissement qui semble possible jusqu’à l’infini, donc fascinant et enthousiasmant.
Je comprends que d’autres pourraient ressentir du découragement et négliger l’affaire.
Je comprends.
Et je suis ainsi, apprendre, comprendre le plus loin possible est une raison de vivre, une bonne raison d’avancer encore, j’ignore jusqu’où mais j’y vais.

Donc, devant une belle inconnue, il est urgent d’enregistrer des images. Dans ma mémoire et afin d’éviter d’inévitables mélanges, quiproquos ou fausses interprétations, sur la carte mémoire d’un APN.
Avant de mettre le mode « macro » en action, il faut envisager l’environnement, puis la partie aérienne de la plante en entier. Alors, je peux passer aux détails et afin de pouvoir les examiner tranquillement une fois à la maison, j’essaye toujours de « voir » sous différents angles.
Et ce qui est remarquable, c’est que c’est toujours insuffisant… une fois au loin.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’avère que les classifications évoluent et se complexifient au fil du temps.
Ceci parce que des spécialistes chercheurs spécialisés, non satisfaits d’aller regarder à la loupe jusqu’aux racines comme c’était l’usage au 19ème siècle, s’immiscent jusqu’au coeur de l’ADN, certains étant satisfaits seulement le jour où leur nom peut s’associer à « une nouvelle découverte »!
Pour l’amatrice que je suis, il est vain de lutter.
J’ai seulement besoin d’un nom d’espèce. Peu m’importe la variété quand il faudrait de trop infimes détails pour la déterminer, prendre le risque de raconter n’importe quoi à qui me prendrait pour plus savante que je suis est non-envisageable.

Dans les fiches établies sur ce site au nom de chacune des espèces que j’ai côtoyé, je me fais plaisir en racontant une anecdote ou une autre. Ainsi, il me plait de « partager » ce qu’est ma quête. Une quête solitaire, individuelle, vitale parce que philosophique, riche de multiples digressions, source de métaphores, de réflexions sociétales, de raisonnements complexes et d’infinis questionnements.
Pour commencer, j’invite cependant toujours la rigueur. En toute choses, je sais qu’il est nécessaire de partir d’une base avant de s’envoler.
Il y a toujours un lien vers un site de référence, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel où, avec une bonne dose de patience (je sais de quoi je parle) les personnes curieuses pourront découvrir un grand nombre d’informations.

De la reproduction

Il serait à la fois vain et prétentieux d’écrire ici un énième billet au sujet de la reproduction de nos orchidées sauvages occidentales. Les passants les plus curieux trouveront sur la toile des informations très pointues, très globales, parfois pas vraiment justes, parfois pas tout à fait fausses et chacun prendra ce qu’il a besoin de récupérer.

Quel est donc l’objet de ce billet ?
En premier l’image qui vient en tête.
Une graine de capucine (Tropaeolum majus) quelques graines de persil (Petroselinum crispum) et un nuage de graines d’ophrys abeille (Ophrys Apifera) sont photographiés ensemble sur le plan de travail mélaminé de la cuisine.
Pas besoin d’argumenter davantage à propos la taille des graines!

Voilà ce qui inspire ce billet, au départ, une histoire de taille qui fait toute la particularité de ces plantes.
Une histoire fascinante.

Si la fleur a été fécondée, l’ovaire gonfle.
Une fois la fleur fanée, il ne reste que l’ovaire qui sèche et s’ouvre un jour, faisant échapper au vent des milliers de ces minuscules graines.
En aparté, la parabole de la graine de sénevé fut imaginée dans une époque où il fallait parler aux gens de ce qu’ils connaissaient, donc des semences habituellement utilisées tout en oubliant que la nature faisait le job seule et à sa manière. Il y aurait de joyeuses paraboles à inventer avec les graines d’orchidées!

Car, sur les milliers de graines envolées, seulement quelques unes parviendront à germer.
Portées par le vent, parfois sur des centaines de kilomètres, les graines tombent souvent en milieu hostile, servent de nourritures ou dépérissent spontanément.
Qu’une graine ait la chance d’arriver sur un biotope favorable ne suffit pas.
C’est une graine d’orchidée, pas une graine « normale ».
Elle ne dispose d’aucune réserve pour germer et il faut donc une astuce pour disposer des enzymes, des vitamines et de l’énergie (sucre) indispensable au processus de germination.
Elle a besoin d’aide.
Le plus souvent c’est un rhyzoctonia qui fera l’affaire.

(En fin de 19ème, découvrant l’association de ce filament microscopique avec la graine d’orchis (réalisant une parfaite symbiose dans les cas où « ça marche ») le botaniste Noël Bernard fit grandement avancer la connaissance des Orchidées.)

Une fois l’affaire favorablement conclue, apparait un protocorme (Du grec ancien « protos » et « kormos » soit littéralement, « ce qui vient avant le bulbe ») et l’attente commence. Selon les espèces et les conditions environnementales, il faudra compter entre 2 et 15 ans entre la germination et la floraison!
Dans tous ce temps « invisible » se succèdent plusieurs cycles végétatifs.
Enfin, un jour à la fin de l’hiver, se sentant assez remplie d’énergie, une plantule ose l’aventure, elle se hisse avec vigueur et sans aucun doute vers la lumière. Au début du printemps, une « rosette » apparait.
Dans le même élan, pendant que le bulbe initial se flétrit déjà, pompé par la formation aérienne, sous terre un nouveau bulbe se crée et emmagasine des réserves.
Tandis qu’apparait la fleur qui nous émerveille, le cycle se poursuit.
Sur le dessin suivant (dessin anonyme sans copyright), il est facile de constater que la vie de cette plante est principalement souterraine.

Après ce bref récit, il devient facile de comprendre pourquoi ces orchidées si charmantes ont besoin d’un milieu stable. Leur germination est complexe, leur croissance est super lente, elles vivent en symbiose. Tous les biotopes en permanence modifiés par les interventions humaines leur sont hostiles.

Heureusement, il reste des zones où l’humain n’a pas la capacité de gérer.
Et puis désormais, il est admis que tout faucher n’est pas une solution, ni même esthétique, que la nature pour s’exprimer a besoin de fantaisie et d’herbes folles.
Et comme les graines d’orchidées peuvent voyager sur des kilomètres, elles peuvent aussi tomber un jour dans des endroits à nouveau respectés.

Il est probable que nous n’avons pas fini d’être surpris.

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