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La maison du champ de courses

Cachée derrière la végétation elle est toujours debout, la maison du champ de course. (image Google map)

Mes grands-parents maternels habitaient cette maison à ma naissance et j’y fus gardée en semaine jusqu’à la naissance de mon frère.

La maison du champ de course, j’en ai toujours entendu parler ainsi, bien davantage que par son adresse rue Léon Blum.
Il est vrai que l’hippodrome est vraiment juste à côté et son activité faisait écho jusque dans le jardin.

Dans mon enfance, il suffisait de passer devant les deux bistrots toujours remplis d’ouvriers, de lads et de palefreniers pour se retrouver sous l’arche du grand portail marquant l’entrée « dans » l’hippodrome de Villeurbanne (Aujourd’hui renommé hippodrome de Lyon-Carré de la soie).
Le portail était une ligne que je n’ai jamais franchie dans mes jeunes années, ce qui se passait de l’autre côté n’était probablement pas « pour moi » aux yeux de mes parents et grands-parents : parier ne faisait pas partie de leurs loisirs.
Parfois, après un repas du dimanche, nous empruntions à pied le chemin de terre partant juste après le deuxième bistrot afin de rattraper le chemin du canal et d’arriver à proximité des pistes visibles à travers la barrière.
Là, avec un peu de patience, il était parfois possible de voir passer les galopeurs.
Accrochée au grillage, le nez passé à travers un des carreaux pour essayer d’être encore plus près, je pouvais sentir le sol trembler sous leur passage, je pouvais entendre leur souffle à nul autre pareil, c’était terriblement fugace, quelques points de suspension pendant lesquels je retenais mon souffle avant de demander « encore » et de sentir une main me tirer en direction du retour.

C’est seulement ces derniers mois, alors qu’en devenant à nouveau propriétaire d’un pur-sang je fais remonter pleins de souvenirs, que je constate combien mes émois au contact des chevaux sont anciens. Quand, dans ce billet là, j’évoque une graine semée après mon entrée au lycée, il serait davantage question d’une graine en train de lever, la semaison avait eu lieu bien avant, probablement grâce à mon passage dans la maison du champ de courses.

Bien plus tard, j’ai eu la chance de monter ma première course sur ce terrain là et ce jour là, gonflée par la joie de « débuter » autant que shootée à l’adrénaline, je n’avais pas eu la moindre pensée pour la maison d’à côté que j’avais pourtant habitée presque à plein temps pendant deux ans.
Cette première course est un souvenir aussi grand que consternant.
Grand parce qu’une première course se préparait longtemps à l’avance : au delà du parrainage indispensable, de la validation médicale drastique, il fallait passer chez le bottier afin de se faire faire des bottes hyper légères, il faillait aller acheter un casque spécial (nous montions encore tête nue, même à l’entrainement de course), il fallait longtemps espérer afin qu’un propriétaire nous fasse confiance au point de nous confier son cheval. Et alors, il fallait surveiller la balance!
Grand aussi par tout le rituel que je découvrais enfin d’un autre côté : le vestiaire où on laisse les habits de ville pour le pantalon de nylon et la casaque de soie, le pesage où l’on passe le coeur battant puis le rond où tournent les chevaux rutilants et impatients, trottinant souvent, et enfin le geste précis du lad de service qui nous « envoie » d’une poigne ferme sur le dos d’un animal qui passe sans s’arrêter. Il reste alors à chausser les mini-étriers de course et à tenir en équilibre précaire sur la mini-selle de course sous les regards attentifs d’un microcosme où se mêlent des gens tellement différents, ceci jusqu’à l’heure de l’entrée en piste où enfin le cheval prend un petit galop presque décontracté pour se rendre au départ.

Le départ.
Un truc de ouf.
« Garde bien ta corde » était l’unique conseil que m’avait donné l’entraineur pour cette première course.
Garde bien ta corde…
Je me souviens parfaitement de l’entrée dans la boite, je l’avais déjà vécue lors d’entrainement, c’était acquis. Je me souviens parfaitement du décompte… et puis plus rien… et puis un blanc total!
Je me suis « réveillée » après avoir été catapultée complètement à l’extérieur.
Mon cheval était en pilotage automatique, c’était ma première course…
Le départ en vrai, le départ d’une course en vrai, c’est un truc hyper puissant auquel je n’étais pas du tout préparée.
Je me suis réveillée avec ces mots surnageant dans mon cerveau en dérive, « garde bien ta corde, garde bien ta corde », et j’ai récupéré la corde avant le premier virage mais j’étais à la queue. Notre couple a réussi à rentrer dans le paquet (certainement grâce à l’expérience de ma monture, il faut l’avouer), le temps de sentir la force de folie qui se dégage là au milieu et puis c’était déjà l’arrivée avec le sprint final. C’est tellement étrange de parler de final après avoir eu l’impression d’être déjà à fond depuis le début!
J’avais bien « mangé » comme on dit, c’est à dire que j’avais pris dans la tête les mottes de terre soulevées par les chevaux qui me précédaient, mes lunettes de protection en étaient quasi recouvertes, la belle casaque aussi. Je suis rentrée aux balances piteuse et consternée, presque effrayée à l’idée de devoir croiser le regard de l’entraineur et du propriétaire.
Et je revoie leurs sourires même pas moqueurs.
Simplement bienveillants.
Et j’entends encore l’espoir qui re-commença à vivre à l’écoute des mots d’E. : « Et ben voilà, c’était ta première course, maintenant tu es prête pour une véritable première course. »
Ainsi l’histoire s’est poursuivie.

Et de très loin, de mon âge d’aujourd’hui, je me demande avec un peu d’espièglerie si inconsciemment, ce jour de la première course, si sans le savoir je n’étais pas partie complètement à l’extérieur afin d’aller tutoyer une gamine collée au grillage, à ce grillage qui sépare le champ de course du chemin du canal ? Le seul fait est que le départ avait été lancé précisément sur cette ligne droite et qu’aucun virage n’avait pu me déporter par « force centrifuge ». Bon, c’était surtout une première course, n’est-ce pas?

Effet miroir (bis)


J’ai oublié la date à laquelle j’ai commencé ma collection de « petits chevaux » même si je sais que le premier cheval « pour de vrai » qui m’a été confié s’appelait Furibard, était gris, avait 4 ans et avait donné lieu à un contrat exceptionnel (acceptable pour mon argent de poche). C’était précisément en 1974!
Je l’ai rapidement abandonné pour aller courir plus loin, d’autant plus que je n’avais pas encore les compétences nécessaires pour l’éduquer. En écrivant ces mots, je me demande dans quelle mesure, ce ne fut pas une leçon que le maitre avait souhaité me donner en me proposant ce quasi poulain ?

J’ai oublié la date, mais je vois bien que je possède une belle collection.
Ils sont de toutes les tailles, immenses ou minuscules ; ce sont des juments, des mâles ou des questions.
Ils sont en plastique, en carton-pâte, en bronze, en verre, en cristal, en céramique, en porcelaine, et même en or (c’est pas le plus gros…) ou sculptés dans la malachite, le bois ou l’ivoire.

Ils sont là.

Et l’effet miroir est là aussi.
Dans cette diversité.
Dans cette multitude.

Avant hier, j’ai décidé de prendre soin d’un cheval en biscuit de porcelaine anglaise.
Il me suit depuis au moins trente ans et de déménagement en déménagement d’année en année, il a beaucoup souffert : fractures multiples, rafistolages à l’arrache, habitats poussiéreux, voire abandon relatif.
Je me suis attelée à l’ouvrage, cassant les fractures déplacées, re-collant finement, réparant dans les règles de l’art, puis ponçant, lissant avec attention et passion et patience.

Puis, hier, d’un coup la plaque dorée affichant le nom de ce cheval là est entrée dans mon champ de vision « Spirit of the wild ».

Spirit of the wild !

Pour certaines personnes, qu’un cheval blanc, cabré et doté de ses attributs mâles s’appelle ainsi toucherait certainement une certaine émotion.

Pour moi, à l’instant où ces mots sont entrés dans mon champ de vision une immensité s’est présentée à mon imagination ; par effet miroir m’est apparu tout ce dont je n’avais pas eu le temps de prendre soin et tout le temps ouvert dont je dispose désormais pour le faire.
Et puis j’ai élargi le champ des possibles, j’ai vu tout mes « petits chevaux », chacun avec ses particularités, tous ces petits chevaux trouvés dans le monde, offerts parfois, collectionnés, amassés au fil du temps qui passe, fragiles parfois ou incassables ou inclassables et tellement plus nombreux que lorsque j’étais jeune.

Effet miroir…


De l’imprévisible (bis)


Il s’appelle Prodigal Son.
Son père est un étalon de renom.
Sa mère, Pearls of Wisdom (perles de sagesse) est anglaise.

Si les chevaux avaient la moindre conscience de ce qu’ils sont devenus dans l’actuelle industrie des loisirs, celui-ci pourrait aller faire un tour chez le psy afin de chercher à comprendre l’imprévisible qui lui est tombé dessus : Comment, lui, fils de star, porteur des plus grands rêves, a-t-il pu se retrouver si près de la fin avant même ses quatre printemps ? En quoi avait-il « fauté » pour en arriver là ? Et est-ce vraiment une chance d’avoir été récupéré dans le couloir de la mort pour atterrir en bord de Loire, désormais dépourvu de ces attributs mâles qui faisaient une partie de sa valeur ?

Voilà deux semaines et trois jours que j’ai fait la connaissance de ce cheval. Le lendemain je devenais officiellement sa propriétaire, c’est à dire que le numéro du transpondeur électronique qu’il porte sous la peau depuis son plus jeune âge est passé du nom de son propriétaire « naisseur/éleveur/entraineur » au mien.

Un cheval est davantage un objet qu’un sujet.
Et, c’est un véritable sujet de réflexion.

Tout autant que cet imprévisible qui reste tellement présent dans mes pensées et survient inévitablement sans… prévenir!

Lorsque j’ai vendu « mon dernier » cheval, abandonnant l’idée de compétition et du « travail » des chevaux en ce sens, je n’imaginais pas un jour replonger.
Je me suis contentée de collectionner les chevaux « objets » de décoration et évertuée à refuser toute proposition consistant à m’approcher du moindre cheval.
C’était en fait une tentative folle destinée à oublier qu’il existe un virus qui touche l’âme elle-même et dont il est impossible de guérir, un virus que je ne saurais décrire avec des mots, un virus qui s’exprime très différemment d’une personne à une autre… mais un sacré virus!

J’entends parfois que l’avancée en âge facilite l’accès à la sagesse.
Autrefois j’aurais pu parler de folle sagesse, mais aujourd’hui, le terme est malmené par les gurus commerçants.
Alexandre Jollien, lui, joue avec la locution « Sagesse espiègle » entremêlant sage folie et folle sagesse dans une prose tournée vers une « spiritualité » contemporaine de type « fast-food » que je ne peux pas comprendre.
Exit donc et la sagesse et la folie.
Mais…
… Que m’arrive t-il dans ce passage vers l’adolescence de l’autre extrémité de la vie ?
Difficile d’en parler sans risque.

L’autre jour tandis que j’annonçais au propriétaire de l’écurie (dans laquelle j’ai débarqué il y a environ neufs mois) que j’allais finalement acheter un cheval, il me renvoya quelques mots tout en me regardant du fond de son coeur : « je vois bien que tu aimes ça » et à ces mots, mon coeur est remonté au fond de ma gorge, formant cette « boule » un peu spéciale qui fait monter les larmes aux yeux. « Oui, tu peux dire ça comme ça » ai-je répondu en baissant la tête pour masquer l’émotion qui m’envahissait.

Et L’imprévisible alors ?

Et bien, c’est certainement cette urgence de vivre encore plus loin, urgence qui m’a poussée à devenir une fois encore propriétaire d’un cheval.
Je ne l’ai pas du tout vue venir.

Une urgence sans objectifs.

Et avec beaucoup de temps pour demander peu, demander souvent comme les anciens maîtres l’exigeaient.
Et avec une force physique déclinante, obligée d’exiger délicatement, avec une précision d’orfèvre.
Et avec au fond de mon âme une immense reconnaissance.


« Monter à cheval, c’est partager sa solitude »
Bartabas, D’un cheval l’autre, Gallimard 2020



A propos du bien-être, un cas.


23 février 2024

Nous devrions rendre grâce aux animaux pour leur innocence fabuleuse et leur savoir gré de poser sur nous la douceur de leurs yeux inquiets sans jamais nous condamner.
Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2001, page 87.

Le bien-être…
Un truc à la mode !
C’est quoi ?
Comme tous les trucs à la mode, « ça » se vend à toutes les sauces.
Mais c’est quoi alors ?
Ben… Après avoir cherché une définition, j’en ai trouvé à la pelle.
Mais j’ai été incapable d’en trouver une seule bien précise.
Et comme s’il fallait compliquer « la chose » le bien-être humain étant à l’origine de bien des guerres, des révolutions, des grèves, des revendications mettant souvent à mal … le bien-être d’autres humains, voilà que les histoires de bien-être animal sont entrées dans la danse, bousculant des millénaires d’histoire de la domestication et du sens même de cette histoire.

Inévitablement la question du bien-être des chevaux est posée sur la table, d’autant plus vivement que de nos jours si les chevaux sont des outils de travail pour un petit nombre de professions, c’est parce qu’ils sont destinés quasiment exclusivement aux loisirs d’un très grand nombre de personnes.
Souvent, je lis qu’il faut éviter toute forme d’anthropomorphisme, que les chevaux sont des chevaux et qu’ils doivent être vus en temps que tels. Sauf qu’il suffit de se promener dans n’importe quelle grande surface dédiée au « bien-être » du cavalier et de sa monture pour constater (si besoin en était) que le détenteur de la carte bancaire étant humain, c’est à ses besoins à lui qu’il faut plaire. Pour vendre une couverture, par exemple, c’est bien à « la sensation de bien-être » du propriétaire d’un cheval qu’il faut parler, c’est bien l’humain qu’il faut convaincre et c’est en vérité le bien-être de l’humain qui va diriger la notion de « bien-être animal ».

Hier, j’ai vécu un moment que je n’avais jamais eu l’occasion de vivre dans toute ma (longue) vie de côtoyeuse de chevaux.
Les conditions météorologiques étaient tempétueuses.
Je suis arrivée aux écuries entre deux fortes averses, le vent violent agitant seulement quelques gouttes résiduelles, mais après avoir salué les personnes présentes, le ciel recommençait à nous tomber sur la tête.
Ayant d’autres activités prévues dans l’après-midi, mon temps sur place étant compté, j’ai décidé d’aller chercher le petit pur-sang sans plus attendre et malgré la pluie battante.
En arrivant, longeant son paddock en voiture, j’avais remarqué qu’il avait le nez dans son foin, face au vent. Les chevaux ayant naturellement le réflexe de se mettre dos au vent pour s’en protéger, je m’étais dit que l’animal restait placide, préférant la gourmandise à l’abri.
J’étais donc sur le chemin pour aller à sa rencontre, mes bottes de pluie se moquant des flaques, mon bonnet enfoncé jusqu’aux yeux et le ciré fermé jusqu’au menton lorsqu’à travers les rafales j’entendis le son vibrant du hennissement qui me salue habituellement. Vibrant… plus que d’habitude en vérité, mais étant encore loin je n’attachais que peu d’importance à ce fait.
A l’approche, je constatais que le petit pur-sang restait figé sans venir à ma rencontre.
La pluie redoublait.
Il était à quelques mètres de son abri, dos au vent, queue plaquée, pattes arrières sous lui, comme pour mieux résister à la poussée de l’air mauvais, tête basse.
Figé.
J’avançais à sa rencontre, il était tremblant.
Tremblant de tout ses membres.
Tremblant de tout son corps.
Jamais je n’avais vu un cheval tremblant ainsi, à l’image d’un gamin qui sort de l’océan après y avoir un peu trop trempé.
Il fit un pas vers moi.
C’était émouvant car ce faisant, il prenait le vent de travers.
Visiblement, il avait envie de me suivre mais il était impossible de le toucher, donc de lui mettre son licol. C’était comme si sa peau trempée était devenue hyper-hyper sensible, refusant le moindre contact.
J’ai songé un instant à aller dans son abri… afin qu’il s’abrite… mais il avançait à pas piteux vers l’entrée du paddock, donc vers la sortie. Là il accepta le licol.
Il me suivit sur le chemin, d’un pas que je n’avais jamais vu aussi actif.
Je restais super attentive, je le sentais si tendu que tout pouvais arriver.
Son compagnon du paddock d’à côté souffla à notre passage, comme effrayé par je ne sais quoi.
Les rafales redoublèrent d’un coup, ronflant autour des bâtiments.
Il fallait avancer quelques pas encore pour être à l’abri.
Ce fut fait sans hésitation.
Là, sous le hangar, le petit pur-sang dégoulinant et archi-trempé s’arrêta, refusant de faire un pas de plus. Il tremblait encore. Jamais je n’avais vu un si grand animal trembler ainsi.
Impossible de le toucher, donc de le sécher.
Je lui ai approché un peu de foin qu’il accepta de manger et j’ai attendu.
Je l’observais, il n’y avais rien d’autre à faire que ne rien faire.

Il cessa de trembler.
Les rafales perdirent de leur intensité.
la pluie tambourina moins fort.

Après un coup de brosse pour la forme, j’ai conduit le petit pur-sang jusqu’au manège, tout nu, sans autre intention que d’aller passer un bout de temps à l’observer.
Dès le seuil, je l’ai libéré de l’attache qui nous liait.
Il s’est éloigné immédiatement, en trottinant, la queue en panache, le nez en l’air.
A l’autre bout du manège, il s’est couché pour se rouler. Dans la sciure du manège, il a frotté son dos avec délectation d’un côté, de l’autre, puis il s’est relevé, a lancé une gracieuse cabriole, s’est secoué et est venu vers moi, au pas, décontracté.
Je ne lui ai rien demandé de plus.

Nous sommes repassés par l’abri du hangar, pour la forme, et parce que je considère que « le cadre » est super important pour la sécurité affective du cheval.
Tant qu’il n’est pas tout à fait serein, chaque séance rentre dans un cadre strict, toujours le même, un cadre dessiné à minima entre pansage d’avant la séance et pansage d’après la séance.
La sciure est donc restée agglutinée dans épais pelage, formant une espèce de carapace qui le rendait tout à fait non-présentable.
Il était temps de le « rentrer » au pré.

Là-bas, il s’est tranquillement dirigé vers son foin.
Il a plongé son nez dedans.
… comme si rien ne s’était passé!

Comme si rien ne s’était passé,
Comme si je ne l’avais jamais vu tremblant de toutes ses cellules,
Comme si aucune tempête n’avait traversé les écuries,
La vie a continué dans les jours suivants,
Paisiblement,
Sans le moindre accro de santé,
Ni pour lui, ni pour moi.

Le bien-être c’est ça!


Le petit pur-sang



Et hop, depuis hier nous entrons dans un nouveau cycle, le solstice d’hiver est passé, désormais les journées vont aller en s’allongeant et je suis super contente d’avoir, une fois de plus survécu à ce passage de l’année où la nuit est trop longue.
Ca fait un bout de temps que je connais mon besoin viscéral de lumière et il est fort probable que mon goût prononcé pour les activités d’extérieur en soit la conséquence.

En parlant de cycle, je me permets de faire le lien avec le billet précédent, car le présent ne saurait être saisi sans avoir pris connaissance de celui qui vient avant, avec tous les liens qu’il contient et certainement davantage.

A peine quelques semaines après avoir mis en ligne un billet dans la section Cheval, ma « routine » avait déjà changé. Je laissais B. et I. sans aucun regret. Après environ neuf mois passés, auprès d’eux et de leur propriétaire, il était grand temps de m’enfuir, j’avais besoin de liberté renouvelée.

S. le petit pur-sang était là.
Il est encore là.
Pour combien de temps ?

Les rêves sont faits pour être vécus et j’en ai vécu des centaines !
Pourtant,
J’ai jamais été bien douée pour dire à quoi je rêvais.
Par contre, j’ai toujours eu et des besoins et des désirs.
Posséder un cheval fut un désir fort.
J’ai assouvi ce désir des années durant.

Alors que le crépuscule de ma vie est bel et bien arrivé (en ce sens lexical de ce qui décline, décroit, doit progressivement disparaître), posséder un cheval correspond à un passé sans plus d’avenir. En conséquence, je « partage » désormais les chevaux et donc le petit pur-sang S.
Je « partage » en étant du côté consommatrice, l’autre côté appartient au propriétaire.
Comme en toutes choses, il y a des avantages et des inconvénients.

Il a fallu que je trouve l’équilibre entre mes paradoxes.
Et pour arriver à un semblant d’équilibre, il faut toujours accepter de tomber.

Et c’est là que la vie fut, une fois de plus très espiègle!

Jamais dans ma vie de cavalière je n’ai été confrontée à des chutes graves, coup de bol sans doute.
En fait, la chute ne fut pas un « truc » fréquent pour moi et pourtant, j’ai passé beaucoup, beaucoup d’heures à cheval.
Alors, en cette année écoulée, me retrouver par trois fois séparée d’une monture est un évènement que j’ai bien noté et même surligné.
Si je peux analyser ces « séparations de corps » et en remettre la faute entière sur mon propre dos (qui se porte tout à fait bien, merci l’air-bag pour les deux dernières), je dois remarquer que la dernière a tutoyé le ridicule au point qu’une adorable cavalière spectatrice, en me tendant les rênes d’un S. tout sage dit innocemment « Tu fais le clown, hein? C’est ça ? »

Je pense sincèrement qu’il fallait que j’en arrive là.

Non seulement il me fallait accepter de tomber (y compris symboliquement) mais surtout, il fallait absolument que je laisse tout tomber.
(Cette année 2023 n’est-elle pas aussi l’année où je suis rentrée dans le groupe des personnes profitant de l’argent « cotisé » par les « actifs » ? Arffff… ce qui signifie que je suis devenue non-active! Pffffff)
– les projets que j’ai plus mais que mon imagination s’acharne à dessiner en filigrane
– l’audace de revendiquer un certain savoir partageable
– toute forme de prétention en tout et rien
– etc

Oui, j’en souris encore.
J’ai fait le clown
Probablement dès le premier jour où j’ai débarqué aux écuries, encore boiteuse, appuyée sur une béquille.
Ai-je jamais été vraiment sérieuse?
J’ai passé l’âge, non?
Seuls les enfants et les plus jeunes ont la certitude de leurs convictions.
Plus tard, chacun joue le jeu, et y croire en fait sûrement partie.

Ce qui est puissant dans le regard des animaux, c’est le détachement qu’il impose.

Ces derniers jours, lorsque S. voit arriver ma silhouette du fond de son pré, il lève la tête et pousse un petit hennissement. C’est nouveau.
Peut-être est-ce sa mode du moment avec toute personne arrivant en sa direction?
Je l’ignore.
Au son de ce hennissement, je sais qu’il ne manifeste ni crainte ni agressivité, mais en déduire quoique ce soit d’autre relèverait de mon interprétation émotionnelle humaine.

Ce qui est puissant dans le regard des animaux, c’est le détachement qu’il impose.
Oui, je répète!

Et certainement qu’en laissant tomber un bon paquet de « trucs » au fil du temps, j’ai laissé tomber aussi pas mal d’attachements vains.

La suite reste à vivre.
Passionnément
Avec gourmandise,
Et des journées qui s’allongent à nouveau!


PS : j’avais écrit « petit » appaloosa comme j’écris aujourd’hui « petit » pur-sang.
Jamais je n’ai mis ce qualificatif accolé avec I ou B, eux que je qualifiais de « couple princier »!
C’est que « petit cheval », à l’image de « petit vieux » est détaché de la taille mesurée.
Petit signifie : origines modestes, vie normale sans coup d’éclats, aptitudes ordinaires.
Qui est « petit » doit coûter à minima et si par hasard un « petit cheval » finit par rapporter un peu plus qu’il ne coûte, il deviendra peut-être un « bon petit cheval »!
Tout est contenu dans le regard que l’humain qui le côtoie lui porte.





Une certaine routine

Je parlais de point fixe aujourd’hui même, ici.
Et j’avais aussi conjugué les points fixes avec les points de suspension par ici.

Depuis que je monte à cheval, beaucoup de mes réflexions tournent autour des chevaux et de l’équitation parce que j’y vois plusieurs sociétés en taille réduite, donc autant d’interrogations qui me situent moi-même sur un certain chemin, sur certaines recherches, certaines attentes tranquilles ou plaisirs immédiats.

La « routine » de ces dernières semaines avec cinq jours passés auprès des chevaux chaque semaine représente un point fixe placé sur les turbulences des passages.

Trois chevaux, toujours les mêmes B. , I. et S.
Je les observe, je les monte chacun leur tour, je les observe.
Attentive à ma relation à eux, donc attentive à mon attitude en leur présence, à ce que change le moindre geste dans leur regard de cheval si différent de notre regard humain, à ce que change la moindre contraction « parasite » de mon corps posé à leurs sens de chevaux tellement à fleur de peau.
Car les chevaux ne pensent pas.
En tout cas, ils ne regardent pas les chaines d’information en continue, pas plus que les réseaux sociaux qui parfois déblatèrent en leur nom.
Les chevaux sont dans l’instant présent.

C’est certainement cet instant présent super présent qui constitue le point fixe qui m’est utile en ce moment. (A noter pour les personnes qui suivent et s’y perdent que j’ai remplacé C. par S. preuve s’il en était que chaque cheval est tout sauf un point fixe! )

Parce que la vie des humains est remplie par l’actualité galopante, par ce que nous oblige la société de consommation, mes pensées sont alternativement hyper denses et absolument creuses.
Lorsque je descends de vélo pour m’asseoir dans la voiture et me diriger en direction de l’une ou l’autre écurie, je laisse s’égrener ce que raconte la radio sans avoir besoin de mettre la moindre pause musicale. Ma petite musique interne fait le job. Je suis dans un entre-deux et j’ai toujours apprécié ces moments.

Et 20 à 30 minutes plus tard, je mets pied à terre et je suis dans l’univers des chevaux.
Et là, je suis là.
Encore plus intensément dès le moment où j’arrive à côté du cheval du jour.
Et davantage encore au moment où je l’enfourche.
Je suis en sa compagnie, je lui propose d’établir une relation, toujours la même, paisible, sans état d’âme, dénuée de la notion binaire bien/mal.
Ce qu’il me fait sentir m’oblige à essayer de ressentir ce qu’il a ressenti pour en arriver à réagir. La moindre tension de son côté interroge la tension que je lui impose.
C’est une partition absolument passionnante, toujours renouvelée, impossible à rejouer exactement pareil, tout comme en mer il est impossible de retourner sur sa trace, bien qu’il soit possible de reprendre un cap.

J’ai tellement conscience de la qualité de ces moments.

Je suis pleinement reconnaissante à tout le chemin déjà parcouru depuis ma venue au monde car c’est ce chemin à nul autre pareil qui nourrit aujourd’hui ma routine.

Dans cet espace, si je suis parfois conseillère, si je suis parfois scrutée, si je suis parfois radoteuse, jugée « réac » même, je sais que c’est uniquement avec et par les humains qui passent. Les animaux ignorent les jugements et c’est pour nous, humains, une grâce qui nous permet de regarder ce que nous souhaitons dans le miroir de leurs yeux.

A mes yeux, la grâce, c’est le bonheur et le confort d’un point fixe, d’une routine, de nombreux « entre-deux » toujours différents bien que renouvelés cinq fois par semaine.

Dans le nouveau décor


« La sagesse se trouve exactement où tu es, il suffit de passer de l’autre côté du désespoir ».
De l’autre côté du désespoir, André Comte-Sponville, Edition Acarias-l’Originel, 1997
EAN: 9782863160657 

Une chose est certaine le changement de décor fut celui qu’il me fallait.
Les quelques jours où je m’y suis immergée en accompagnant une de mes petites filles au « stage poney » ont achevé de me convaincre.
Le lieu est paisible.
Les cavaliers qui le rejoignent sont tranquilles, souriants et simples, tous passionnés évidemment.
Autour de l’île qui héberge les chevaux, la Loire s’écoule, imperturbable.
La marée monte.
La marée descend.
Le paysage est à la fois changeant et permanent.
Exactement ce dont j’avais besoin.

Le cheval aux crins lavés par le soleil se révéla très touchant.
Certainement parce que c’est un vieux cheval.
Mais ma propre vieillesse,
Ma propre expérience des limites imposées par l’âge qui avance,
A mon propre corps de vieille athlète,
Me donnent une sensibilité que les « jeunes » ne peuvent pas avoir.
Dans chacun des exercices que je lui demandais, je sentais la subtile difficulté, la non-décontraction réelle. Un peu « warrior » à sa manière de cheval, il donne sans hésiter, certainement parce qu’il est fait pour ça et en plus formaté « pour ça » depuis de nombreuses années. Mais en réalité ça tire, et séance après séance je me sentais devenir une espèce de kiné spécialisée pour l’inviter à se mouvoir le plus souplement possible, à s’étirer, à mouvoir chacun de ses muscles pour les préserver encore un peu du passage du temps qui passe.
Et force fut de constater que dans les années qui me restent pour monter à cheval, je n’ai aucune envie d’être une soignante et encore moins de payer pour ça!
Il fallait donc trouver une autre monture.
Dans le même décor!
Par chance un petit pur-sang est arrivé récemment.
Sans hésiter, j’ai suivie la proposition de l’essayer.
Je fus prévenue : il ne sait rien faire, il est complètement à l’envers.
Et c’était déjà un programme possible qui m’enchantait.
Mais il fallait essayer, « voir » de moi-même.
Et oui,
Jeune, éduqué mais sans aucun bagage « technique », il a tout à apprendre et en premier comment marcher sous la selle avec harmonie.
Lui aussi est super gentil, exécutant approximativement ce qui lui est demandé de fort simple, mais à la manière d’un gamin, à l’arrache, par soumission, sans enthousiasme.

Banco!

J’étais super heureuse hier en quittant la belle île.
Il y a de l’avenir à écrire.
J’ignore lequel.
Mais l’important est là,
Plus loin.

J’avais ce besoin intense d’imaginer encore un « plus loin ».
Il fallait qu’un brin de jeunesse,
Vienne stimuler ma pensée,
Avec toute la non-intention dont un cheval est capable.

Ils sont fait pour ça (bis)


Lorsque j’avais entendu sortir l’expression « Ils sont fait pour ça » dans le contexte d’une conversation simple, je m’étais sentie bien seule et j’avais pondu un petit billet pour en parler.

Evidemment la brave personne qui avait émis cette hypothèse ignorait totalement à quel point « Ils sont fait pour ça » car trop souvent nous passons par dessus le fait que le cheval est domestiqué depuis des milliers d’années, donc qu’il fut patiemment et sans fin génétiquement sélectionné pour « ça ».

D’après les dernières découvertes scientifiques (2021), consécutives à l’amélioration de la puissance de calcul des ordinateurs ( possibilités de séquençage génétique accrues depuis une dizaine d’années) il ressort que tous les chevaux vivant actuellement sur terre ont été domestiqués, c’est à dire sélectionnés par les humains afin d’être utilisés par eux. La première vague de domestication date d’environ 5000 ans et le cheval était alors seulement un animal de rente utilisé pour sa viande et son lait. Une deuxième vague datant d’environ 4200 ans donne naissance à « l’ère du cheval » (laquelle s’achève au début du siècle dernier avec la mécanisation de l’armée, des travaux agricoles et du transport) et les chevaux que nous « utilisons » aujourd’hui pour nos loisir sont les descendants de ces lignées.
Ce qui fut priorisé, en terme de sélection, ce fut la capacité du dos à porter et tirer sans douleurs (gène sur le chromosome 3) et aussi le contrôle de l’anxiété et de la docilité des animaux (gène zfpm1 sur le chromosome 9). Depuis cette « nuit des temps » la sélection n’a jamais cessée pour aboutir où nous en sommes actuellement, avec une incroyable diminution de la biodiversité et un cheval ultra « génétiquement modifié » afin d’être « fait pour ça »!
Plus aucun cheval sauvage n’existe en terme de caractéristiques génétiques bien que des chevaux vivent encore en groupes lâchés dans la nature mais « surveillés » par les humains.
Le cheval d’aujourd’hui, même s’il provient d’un troupeau semblant évoluer en liberté est adapté à l’humain depuis des siècles et il ne s’agit pas de l’apprivoiser comme il faudrait le faire si c’était un animal sauvage attrapé par hasard, mais bien plus de lui expliquer qu’il est « fait pour ça » (course, sauts, exhibitions ou simple esthétisme poussé à l’extrême) et qu’il est temps qu’il se plie à ce pourquoi il est fait.

Remarquablement on voit actuellement sous l’effet de la mode se multiplier les « chevaux de couleurs » (encore « mieux » s’il ont des yeux bleus) qui bien souvent ne feront rien d’autre que de rester au pré sous l’oeil émerveillé de leur propriétaire, un peu à la manière de ces petits bijoux nommés « cheval arabe » qui ne feront rien d’autre que parader au bout d’une longe afin de gonfler l’égo de riches propriétaire prêts à y laisser des sommes colossales.
La sélection se poursuit donc.
Derrière les images faisant gambader notre imagination sur les mots « sauvage », « galop débridé », « grands espaces » se cache l’asservissement du cheval aux besoins actuels de l’humain.
Le cheval est un animal domestique.

Changement de décor (suite)


Il y a quelques jours j’avais promis la suite, la voilà!

Pour entrer dans le vif du sujet j’ai vraiment changé de décor en passant des alentours du canal de Nantes à Brest aux bords de Loire.

Et puis, après le cheval d’indien, me voici en relation avec un cheval beaucoup plus classique. Si le soleil réalise un charmant balayage dans le doré de sa crinière d’alezan, sont look n’a rien d’exceptionnel et je suis assez contente de me retrouver en selle sur un cheval éduqué comme je l’entends.

Comment ai-je donc choisi ?
Peut-être me suis-je laissée happer par la Loire ?
A moins qu’un cheval ne m’ait choisie ?
Ca c’est dans les rêves, non ?
Mais pour l’anecdote, disons que j’ai saisi un clin d’oeil.

La semaine dernière lors de mon premier passage en bord de Loire, j’étais entrée dans le paddock du possible élu, sur l’invitation de la propriétaire : « Tu peux aller le voir et le caresser, il est là-bas ».
Ma béquille dans une main et l’autre vide, je suis entrée et je me suis plantée au milieu de l’espace en me disant que j’allais pas le déranger, juste m’approcher et le regarder.
Il a levé la tête.
Il a baissé la tête.
Il s’est mis en marche dans ma direction.
Il fut bientôt si proche que j’ai posé ma main sur son front en murmurant des mots doux anodins.
Nous étions ainsi en « conversation » lorsqu’un petit gars est arrivé à la barrière en me demandant qui m’avait autorisée à entrer.
Comme je lui expliquais et l’encourageais à bavarder, il m’a rejoint au point où j’étais posée.
Et le cheval s’est éloigné, il est allé se frotter le derrière contre un bel arbre.
Au milieu du paddock, lui posé sur sa fourche et moi sur ma béquille, nous avons passé un instant.
Puis, il s’en est retourné à son boulot avec mes félicitations pour son attention.
Je pensais sortir à mon tour, mais ma lenteur fut telle que déjà le cheval était déjà revenu juste à mes côtés.
Nous avons repris notre conversation où nous l’avions laissé.
Bref, c’était un pur hasard, mais je pourrais dire que la balance avait penché en sa faveur avant même d’avoir posé mon derrière sur son dos.

Depuis, j’ai poursuivi les essais.
Ce qu’il faut souligner à nouveau c’est que partager la pension d’un cheval avec une autre personne, c’est s’engager vis à vis d’un couple et ma solitude naturelle doit absolument considérer les obligations qui en découlent.

Il me fallait donc utiliser la minuscule balance virtuelle qui est posée sur le même rayonnage que mes pensées en goguette.
Il me fallait y déposer des étoiles scintillantes d’un côté et de l’autres des cailloux noirs en sachant que les étoiles peuvent s’éteindre et que les cailloux noirs peuvent s’illuminer.
Et revenir à l’évidence : choisir c’est renoncer, c’est avancer et aller où le vent me poussera.
J’ai choisi les bords de Loire.

Maintenant, il me reste à annoncer mon choix, aux personnes qui espéraient qu’il soit en leur faveur et ceci sans les blesser.

Et me voilà partie vers de nouvelles aventures !



Changement de décor

Un passage s’achève, je suis à nouveau à cheval.

Demain, je vais retrouver avec joie le « couple princier » qui parait-il m’attend avec impatience. (photo de la princesse)

En attendant les retrouvailles, aujourd’hui j’ai « essayé » un cheval afin d’avoir l’occasion de monter en semaine comme je le faisais avec le petit appaloosa.

Ce matin donc, je suis allée observer puis monter un cheval dont la propriétaire cherche un(e) volontaire pour partager les frais de pension. Et les frais sont conséquents puisque le cheval loge dans un centre de « bien-être » offrant de nombreuses installations.

Trois couples cheval/cavalière s’offrent à mon attention en ce moment et il va falloir choisir sur lequel je jette mon dévolu.
Deux couples utilisent les installations d’un centre situé au nord de Nantes, un autre utilise les installations d’un club de propriétaires un peu au sud.

Me voilà donc partie pour une nouvelle aventure dans de nouveaux environnements.
Cool et sympa, les environnements, j’ai fait le tri, bien évidemment!
Donc, après avoir fait la découverte et l’exploration de « c’est mieux au pré » mâtiné de « je déteste l’équitation classique », je suis en train de rentrer au coeur du business « équitation classique ». Ici les labels sont rois, dont l’indispensable « bien-être animal » sans lequel les animalistes sur canapé ruent beaucoup trop dans les brancards.

Et bien, c’est pas triste.
Bon… C’est du business
Et ce sont des humains très humains de chaque côté.
De bons commerçants d’un bord, de bons consommateurs de l’autre.
Une fois de plus mon exigence d’absolu se trouve bien bousculée
Et ainsi va la vraie vie,
A la recherche d’un certain équilibre sur le fil tendu entre mes paradoxes.

Funambule plus que jamais,
J’observe,
Je constate.
Par exemple, dans le club du nord, j’interroge le « c’est tellement mieux au pré » en notant que les chevaux les plus chers, les mieux bichonnés et les plus importants, vivent en boxe.
Une petite armée de petite mains est à leur disposition pour maintenir leur matelas/litière impeccable, pour leur permettre de se dégourdir un peu les jambes dans un paddock chaque jour et pour veiller sur leur accoutrement afin qu’il soit adapté à la saison. Nourris avec attention grâce à des aliments appropriés pour chaque régime, je les vois ces chevaux « stars », la tête à la « fenêtre » guettant leur voisin de palier. Attentifs aux humains qui déambulent, ils sont prompts à tendre le cou pour attraper ce qui passe, pour jouer les espiègles ou taper dans la porte afin de se faire remarquer. Souvent aussi, ils font la sieste.
Bien tranquilles à l’ombre, dans le calme de leurs boxes bien propres, j’ignore à quoi ils rêvent.
Ces chevaux là vivent comme au siècle dernier…

Et puis, il y a les autres, le vulgum pecus, ceux qui vivent en troupeau… mais en club.
Il parait que « c’est bien » de vivre en troupeau, les propriétaires en sont certains, et c’est sûrement pas parce que c’est plus économique, non.
C’est seulement plus « étho- logique » selon les préceptes à la mode !
Ces chevaux là vivent sur une plaine terreuse.
Aucune paillasse n’accueille leur repos, ils sont hébergés « à la dure ».
En cherchant bien, au loin de l’entrée, quelques brins d’herbe persistent et « c’est cool » car pour grignoter ils faut qu’ils marchent ces braves chevaux, voire qu’ils fassent la preuve de leur détermination pour grappiller à la place d’un moins entreprenant.
Ils ont l’obligation de s’affirmer, de lutter.
Du foin est déposé dans d’immenses mangeoires, l’eau stagne dans des bacs et dans un coin il y a un distributeur de grains.
Dans cette « écurie » d’un nouveau genre, chaque cheval est muni d’un collier électronique et reçoit sa ration lorsqu’il se présente devant « la machine, c’est à dire que deux à trois fois par jour (selon son régime) le passage du collier électronique devant le badge délivre une dose de granulés.
De fait les chevaux font la queue devant le distributeur.
Certains passent et repassent, espérant sans aucun doute qu’un miracle se produise. En vain.
Et puis, il y a les plus rusés qui campent pas trop loin et rappliquent quand ils entendent le grain couler, poussant celui à qui la ration était destinée pour s’en emparer.
C’est un monde merveilleux où les chevaux sont certainement très heureux comme le sont les chevaux sauvages qui n’existent plus.

Elle est quand même super bien trouvée cette hypothèse selon laquelle la vie sauvage rend heureux.
Impossible de m’empêcher de penser aux humains qui imaginent toujours que l’herbe est plus verte ailleurs !

Quel couple vais-je choisir ?
Sur quels critères ?
J’ai déjà une petite idée.
Mais comment pourrais-je déjà vendre la peau de l’ours alors que je n’ai posé mon derrière que sur un seul des trois chevaux en lice?
Certes, je les ai tous vus.
Certes j’ai déjà bien discuté avec les propriétaires que j’ai aussi vu en selle dans une carrière.
Mais,
C’est un couple que je dois choisir,
Donc,
La patience est de mise.

(à suivre)