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Les sens de l’être (12)

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En forme de dialogue, avec un bon nombre d’allusions aux précédents billets ….

«  C’est étonnant, cette lecture rapide me renvoie à un mot : mouvement.  »

Un ami m’avait interpellé au sujet de la mobilité/immobilité et notre conclusion provisoire fut la suivante  : «  Je pense en effet qu’on parle de la même chose. On est d’accord pour dire qu’un mouvement s’exprime grâce à l’appui d’un point fixe, stable.  »

Et oui, de mon point de vue, il ne s’agit que de passages : d’un état vers l’autre, d’une posture vers une autre, d’une échelle vers l’autre, d’un instant vers un autre, d’une expérimentation vers une autre, d’un lieu vers un autre, d’un battement cardiaque vers le suivant, d’un système vers l’autre, d’un battement de cils vers le battement de cils suivant… Donc, il ne s’agit « que » de mouvements, en effet.

«  J’ai vu beaucoup de gens reproduire des postures spéciales, mais, … Rien ne les habitait à part cette volonté de faire, de faire la même chose qu’ils avaient vu et qui semblait être la voie. Le début de l’histoire c’est peut être un mouvement fou, un mouvement incroyablement spectaculaire qui permet “La Posture”, celle qui est figée et qui plonge celui qui la vit dans un tourbillon incessant du vide et du bonheur qu’il provoque.  »

Oui, la simple reproduction de postures peut devenir le chemin, elle peut n’être qu’une route à traverser, elle peut aussi inciter à tourner en rond dans une impasse.

Dans le livre de la première image (édité en 1928), j’aime lire : « Il serait difficile de trouver ailleurs un système d’institutions qui tende aussi résolument à exclure l’étranger ». J’aime lire ceci, parce que la Yoga vient de l’Inde, parait-il, et qu’il demeure une aventure de là-bas, née d’une histoire, d’une évolution. Tout ce que nous pouvons interpréter et lier à notre sauce occidentale du 21ème siècle n’est qu’une posture supplémentaire, suspendue dans le vide d’une mondialisation plus actuelle que jamais.

Dans l’art indien, « on » retrouve ce genre de posture :

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Et « hâtivement », « on » en arrive à la conclusion que le « hatha yoga » serait ancestral

J’ai vu des centaines de personnes assises dans cette « posture », particulièrement dans les pays où il est commun d’être assis au sol pour travailler : c’est un moyen commode pour ne pas être gêné à cause des jambes.

Par contre, alors même que Shiva est souvent associé à la pratique du yoga, la danse de « Shiva nataraja » n’est jamais proposée lors des séances, « on » lui préfère des répétitions de « salutation au soleil » dont il n’existe aucune trace en Inde ancestrale…

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Clairement, j’ose avancer (et je ne suis pas la seule) que c’est la curiosité des occidentaux,  leur attirance grandissante pour la spiritualité indienne et leur recherche de rites exotiques qui encouragea, jusqu’au coeur de l’Inde, la floraison d’un certain « yoga » avec d’infinies adaptations et autant de variantes que les occidentaux pouvaient en espérer.
Le billet « Les sens de l’être (9) » , longtemps resté en suspens, est une tentative d’explication hâtive.
Les sources du Yoga sont celles que j’ai abordées dans le billet (6), il n’y est pas plus question de posture qu’il n’est question de posture dans la Bible ou le Coran, alors même que les messes sont maintenant parfaitement ritualisées (debout, assis, à genoux selon le moment) et que la prière musulmane « salâh » fut codifiée en interprétant les « hadîth » (voir ici par exemple)

«  La photo ne nous permet juste de voir une infime partie de la forme.  »

Oui. Et ce n’est pas un hasard si la photographie est aujourd’hui largement utilisée, voire détournée, dans le but de stimuler nos émotions les plus primaires en excitant uniquement le sens de la vue.

En proposant des photographies/images de postures dans la nature, dans des endroits choisis, dans un environnement géologiquement parlant, chaque image étant une histoire en elle-même, j’aurais espéré élargir les points de vue. Je concède que les « histoires » ne sont que le fruit de mon imagination galopante.

«  Quelle serait la forme mouvementée qui précède la forme fixe du yoga ?  »

Il existe une multitude de réponses possibles parce qu’il existe de nombreux univers tissés ensemble, chacun selon sa propre échelle de référence.
Une fois de plus, je me réfère aux écrits déjà posés, ceux de Mircéa Eliade interprétant les aphorisme de Patanjali, par exemple.

«  Dans l’Inde, (…) Ainsi, seul est appréciée et recherchée la connaissance métaphysique (vidyà, jňana, prajňâ), c’est à dire la connaissance des réalités ultimes  ; car elle seule procure la délivrance. C’est, en effet, par la «  connaissance  » que, se dégageant des illusions du monde des phénomènes, l’homme se «  réveille  ». «  Par la connaissance  », cela veut dire  : par la pratique de la retraite – ce qui aura pour effet de lui faire retrouver son propre centre, de le faire coïncider avec son «  esprit véritable  » (purusha, âtman). (…) L’importance considérable que toutes les métaphysiques indiennes, et jusqu’à cette technique de l’ascèse et cette méthode de contemplation qu’est le Yoga, accordent à la «  connaissance  », s’explique facilement si l’on tien compte des causes de la souffrance humaine. La misère de la vie humaine n’est pas due à une punition divine, ni à un péché originel, mais à l’ignorance. Non pas n’importe quelle ignorance, mais seulement l’ignorance de la vraie nature de l’esprit, l’ignorance qui nous fait confondre l’esprit avec l’expérience psycho-mentale, qui nous fait attribuer des «  qualités  » et des prédicats à ce principe éternel et autonome qu’est l’esprit  ; bref, une ignorance d’ordre métaphysique. Il est donc naturel que ce soit une connaissance métaphysique qui vienne supprimer cette ignorance. (…)

La cause et l’origine de cette association de l’esprit et de l’expérience, ce sont là deux aspects d’un problème que le Sâmkya et le Yoga tiennent pour insoluble, parce que dépassant la capacité actuelle de compréhension humaine. (…) La cause ainsi que l’origine de cette association paradoxale du Soi et de la Vie (c’est à dire de la «  matière  »), seul un instrument de connaissance autre que le buddhi* et n’impliquant aucunement la matière, pourrait parvenir à les comprendre. Or, une telle connaissance est impossible dans l’actuelle condition humaine. Elle ne se «  révèle  » qu’à celui qui a dépassé la condition humaine  ; l’intellect n’a aucune part à cette révélation, qui est plutôt la connaissance de soi-même, du Soi lui-même.

* buddhi  :  terme de philosophie indienne désignant la capacité d’intelligence liée à la réflexion et la discrimination.

Pour conclure ce billet sans acrobatie, voici une nouvelle image, celle d’une posture entièrement inventée pour le « hatha yoga » de chez nous. En « posant » devant un tunnel de lave datant de plus de 5000 ans, j’ai senti un long poème qui chantait au rythme des pulsations du sang dans mes veines, celui de la terre.

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Les sens de l’être (11)

Réussir à s’exprimer avec des mots est un premier pas vers une forme de communication plus subtile. C’est ce qui se passe lorsque l’enfant grandit et commence à parler. Petit à petit, son vocabulaire s’élargit et il peut commencer à partager ses émotions et ses sentiments plus précisément qu’à l’aide de ses seules mimiques.

Plus précisément?
Rien n’est moins certain.
Les mots sont merveilleux et terrifiants, ils ouvrent des pièges, ils vont sans bruit d’une échelle à l’autre, ils se jouent des concordances, ils vont et viennent sans domicile fixe. Les mots appartiennent à celui qui les formule et dès que la parole est envolée, ils sont à ceux qui les attrapent, toujours disponibles pour fomenter de nouvelles images.

Le mot « immobile », contraire de « mobile » (qui se meut, qui peut être mû, qui n’est pas fixe, qui se change facilement) est un joyeux trublion que j’essaye d’éviter. Depuis le début du feuilleton « Les sens de l’être » je n’ai joué avec lui qu’une seule fois dans le billet (5) « Entrer dans une posture, prendre une posture, tenir une posture, signifie à mes sens “passer”. Ainsi se trouve soulignée la notion de passage incessant : de l’immobilité au mouvement, avec la persistance du mouvement dans l’immobilité, et de l’immuable dans le mouvement. C’est cette prise de conscience qui m’ouvre les portes vers l’infini. »
Alors, quand un ami m’interpelle avec ce mot « immobile » et que je lis ce mot avec une immense attention, en connaissance de la personne qui le dépose, en soupesant tout le savoir et l’expérience contenus dans le partage dont il m’honore, je prends tout le temps nécessaire pour le secouer, le regarder sous tous les angles, à travers toutes les échelles avant de décider que décidément, ce mot sème le trouble.

Du coup, j’aborde les postures d’équilibre que je souhaitais garder pour la fin.
Qu’est-ce qu’une posture d’équilibre?
C’est une attitude qui permet d’expérimenter la notion de stabilité.
Remarquablement le mot « stabilité » possède des racines très anciennes dans le latin « stare » et le sanscrit « sthâ », ces deux mots se traduisant en français contemporain par « se tenir debout »
« Stabilité » : voici un mot qui est apaisant et qui échappe aux injonctions habituelles.

Quelles sont les postures d’équilibre?

Pour l’enfant qui s’élève, être debout sur ses deux pieds est déjà une tentative d’équilibre.
Pour le vieillard fatigué, pour le mal-portant, rester debout est une victoire contre la pesanteur.
Pour la plupart des humains, être debout semble assez simple et pour atteindre la notion d’équilibre dans la posture, il faut ajouter un peu de piment. Rester debout dans une situation inhabituelle est un exemple parmi d’autres.

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Il est ensuite possible de se hisser sur la pointe des pieds et d’y rester en respirant avec les plus grand calme, aussi longtemps que l’envie de rester hissé sur la pointe des pieds est nécessaire à nous convaincre que la posture est acquise.

Par jeu, par esprit de compétition (vis à vis de soi-même, vis à vis des autres ou les deux à la fois), par défi, pour maintes « bonnes raisons », il est envisageable de pimenter plus fort et d’envisager les plus grandes acrobaties. L’exercice garde un intérêt dans la mesure où il reste conscient, dans la mesure où l’escalade vers le côté spectaculaire des équilibres ne devient pas un compliqué concours de contorsions inhumaines.

Essayer un équilibre sur un seul pied est une étape. Comme il faut « ranger » le pied qui ne sert à rien (et qui devient , de fait, encombrant), il est possible de le poser, solidement appuyé sur la jambe « racine ». Pour aider à rester confortablement dans cette posture, il est recommandé de s’accrocher au ciel avec les mains jointes.

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Une quantité de variantes sont imaginables.

Pour corser un peu plus encore, il suffit d’essayer une de ces postures d’équilibre sur une surface mouvante, dans un environnement mouvant.

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Comme ce jour venté, en promenade dans un environnement majestueux…
Le sable ultra sec coulait sous les pieds, il virevoltait en infinies particules, troublant l’air et les lignes, tandis que jouaient des bourrasques fantasques.  Il fallait faire appel à la stabilité intérieure pour rester plantée là.
Heureusement, nous sommes tous pourvus de cette capacité.

A suivre…

Les sens de l’être (10)

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Debout, assis, allongé?
Allongé, debout, assis!
Assis, debout, allongé…

Non, je n’ai pas du tout envie de parler de gymnastique.
Oui, j’ai envie de parler de postures.
Parler de postures sous tous les angles, dans tous les sens : posture

Le printemps pointe le bout de son nez entre deux tempêtes et chaque jour je m’incline très bas afin de respirer le parfum des jacinthes bleues

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Chaque jour, s’incliner…

On rentre librement dans la posture. Personne d’autre que celui qui s’y installe ne peut s’y mettre à sa place.
Celui qui « prend » une posture peut choisir l’environnement qui convient au sens qu’il souhaite donner à cette posture. Il est tout a fait possible de se planter debout, immobile,  bras le long du corps, tête haute au beau milieu d’une gare à une heure de pointe (ou non) et d’expérimenter les sensations qui défilent.

Dans le paysage désertique et volcanique du nord de l’île de Fuerteventura, au milieu des cailloux, j’ai cherché « l’endroit ». C’était précisément là ce jour là, à ce moment là.
D’abord poser les pieds : trouver la surface nécessaire pour poser un pied, pour poser l’autre pied bien parallèle, à largeur de hanches, confortablement, sur une terre vierge d’épines.
Ensuite, chercher du regard où poser les mains, l’une puis l’autre, bien parallèles, à largeur d’épaules, confortablement sur une surface plane et douce.
Puis dessiner en pensée la posture à prendre.

Le temps coule.
Rien ne presse.
Personne d’autre que moi n’attend.
La montagne est là, et le silence, et le soleil, et le vent.

Sur une expiration, je m’incline, je pose une main à l’endroit précis qui est là pour l’accueillir. Je pose l’autre main, sur la place qui est là pour elle.
Il faut maintenant répartir le poids de mon corps incliné très précisément, il faut que je sois « centrée », il faut que je sois le dessin auquel j’ai pensé dans ce paysage là. Les mains bien à plat, ancrées sur le sol, les pieds bien à plat, ancrés dans la terre.

Et vient l’instant.
Et vit l’instant.
Aussi long que la vie de cet instant là peut vivre.

Rien ne presse.
Aucune tension.
De l’attention.
Pas de contrainte.

Et s’achève le passage.
Sur une inspiration, la tête se lève, les yeux attrapent l’horizon.
Délicatement une main se détache du sol, puis l’autre.
Debout, je me sens comme une géante.
J’attrape les savates qui étaient posées à portée de main, je les enfile, je marche un pas joyeux et léger.

Dans ma mémoire, le souvenir est déjà gravé, il danse, bien vivant.
Il était un instant où j’étais tout, peut-être rien, je ne sais pas vraiment.
Et l’instant est passé.
Je suis « moi-je » et c’est simplement délicieux.

Il n’y a aucun risque à s’incliner quand la situation l’impose. C’est un passage et il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir et à vivre, après un passage…

A suivre

Les sens de l’être (9)

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Pendant que je passe du temps en essayant de partager des réflexions,  je fais simultanément d’étonnantes trouvailles et d’infinies questions voient le jour.
Naturellement le propos initial doit essuyer quelques éclaboussures.

Le plus difficile consiste à ne pas trop embrouiller le lecteur potentiel.

Actuellement, les centres de remise en forme (aussi parfois nommés « clubs de sport ») n’hésitent pas à promouvoir la recherche des sens. Les amateurs de mouvement de groupe y trouvent leur bonheur à l’heure où les bureaux se vident . Des cours bien cadrés, encadrés par des musiques entraînantes,  associent des exercices de yoga, de tai chi et de « Pilates » ; ils promettent la possibilité d’acquérir force et flexibilité, centration et calme et assurent contribuer à créer un entraînement holistique qui plonge les corps des pratiquants dans un état d’harmonie et d’équilibre.

Evidemment, je n’ai pas résisté à la tentation d’essayer.

Sans coup férir, le rayon des souvenirs oubliés s’est ouvert juste après. Je suis entrée par la porte entre-baillée, il y avait de la lumière.

A la fin du 19ème siècle, les progrès médicaux reposaient encore beaucoup sur l’amélioration des conditions d’hygiène de vie. La gymnastique se développait et se codifiait, « orthopédique », elle se rangeait du côté médical. Associée aux massages elle faisait travailler tout un ensemble de professions attelées à revitaliser, redresser et apporter un soulagement aux corps délabrés des blessés, au corps souffreteux des tuberculeux et autres « malades » qui avaient les moyens de payer. Ces métiers étaient ceux des « infirmiers masseurs », « professeurs de culture physique » ou « moniteur de gymnastique médicale ». (En 1946, le diplôme d’état de masseur-kinésithérapeute fut créé et regroupa toutes les pratiques sus-citées.)

Exotiques, les postures de hatha yoga étaient d’autant plus inspirantes qu’elles étaient, de fait, « nouvelles » en occident. La liste des « thérapeutes » qui en ont écrit leur méthodes en utilisant ce qu’ils percevaient dans l’enseignement du hatha-yoga, tel qu’il arrivait à l’époque est longue, parmi ceux dont on parle encore, Joseph Pilates est le plus en vogue. Il était réellement question de , de re-vitaliser, de ré-éduquer. Chaque posture devait avoir des avantages et il était indispensable d’en décrire les retombées en terme thérapeutique.

Au fil du temps, la « gymnastique orthopédique » est devenue moins indispensable. Les dos déformés par le mal de Pott disparaissant avec la systématisation de la vaccination anti-tuberculeuse, les guerres ne déversaient plus leur lot d’estropiés, la réparation chirurgicale prenait son essor, les séquelles de la poliomyélite disparaissaient avec la raréfaction de la maladie. La santé publique des trente glorieuse s’attacha à la « gymnastique corrective » pour « redresser le dos » des adolescents.

« Tiens toi droit » est une injonction qui ne nous a pas échappé. Elle est assortie de « mets tes mains sur la table », « dis bonjour »… ce qui signifie « fais des effort pour répondre aux exigences de la société qui feront de toi un parfait citoyen. »

Je me demande souvent quelles sont les raisons qui voûtent le dos des adolescents. Si je comprends bien que l’effet de la pesanteur s’accumulant au fil des ans peut courber les personnes âgées, je ne peux extrapoler ni aux enfants, ni aux adolescents.
Quand je regarde les adultes marcher dans la rue, j’en vois de toutes sortes, ce qui m’interpelle, c’est parfois leur raideur, c’est souvent leur aspect figé bien plus la ligne parfaite ou imparfaite de la courbure de leur dos.

« Tiens toi droit ». Certain enseignants de hatha-yoga ont poussé à l’extrême la « gymnastique corrective » du dos, allant jusqu’à réduire les courbures physiologiques et à créer des pathologies en cherchant à trop atteindre une perfection qui n’existe pas. Je ne les citerai pas, ils ont fini par revenir à plus de modération. Je peux seulement dire que certain(e)s sont très connus dans le microcosme du « yoga ».

« Tiens toi droit », « droit » Ce mot prend ses racines dans le latin « rectus » venu du sanscrit « rju » qui signifie « sans détour », « juste », honnête à moins qu’il ne prenne racine dans le sanscrit « daskina » qui donna en grec « dexios » et en latin « dexter », c’est à dire ce qui est favorable, à  l’opposé de « sinister », ce qui est de mauvais augure… Que signifie donc cette injonction?

Aujourd’hui, exit la gymnastique « corrective/orthopédique » pour tous et vive l’anti-gymnastique ou la gymnastique douce.  Plus aucune personne en bonne santé ne cherche à redresser son dos, il est davantage question de réussir à diminuer l’épaisseur de son ventre. Le soin que chaque individu porte à sa personne étant fondamental, toute philosophie est nécessairement ego-centrée. Le hatha yoga, comme son compère taï chi s’est parfaitement adapté à la demande.

Les sens de l’être (8)

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Dans l’épisode (6), les huit directions de la Voie Royale vers « Deviens qui tu es » ont été listées.

1 – S’imposer une attitude juste, envers les autres autant qu’envers soi-même
2 – Apprendre chaque jour et acquérir de l’expérience pratique dans les disciplines étudiées.
3 – S’établir fermement et tranquillement dans “ici et maintenant”
4 – Avoir conscience de la nécessité de la respiration.
5 – Se détacher des conditionnements et de l’environnement
6 – Garder de l’attention envers tout ce qui traverse l’esprit (pensées, sensations, émotions) et cependant, ne pas s’y attacher
7 – Etre présent à soi-même en cultivant la conscience des multiples présences dans le monde alentours
8 – Etre

Quand j’étais écolière, je détestais  « faire des explications de textes » car bien que formidablement sensible à la prose et à la poésie, j’étais capable de raconter mes sensations, mais totalement incapable de raconter ce qu’avaient pu être les idées de l’auteur des passages à « expliquer ». Je m’insurgeais avec détermination en refusant l’interprétation faite par l’enseignant puisque cette personne, que j’avais en face de moi, n’avait jamais connu l’auteur et de mon point de vue, n’avait jamais eu aucune chance de recueillir ses propos en direct… Alors j’étais incapable de comprendre sur quels critères il était possible de juger « mon » interprétation plus fausse que la sienne.
Des années se sont écoulées, et depuis, j’ai découvert que ces textes « qu’il aurait fallu expliquer comme l’enseignant en avait décidé » étaient des bribes d’oeuvres, et parfois même des bribes détournées de leur contexte. Heureusement que je ne le savais pas en étant gamine, j’aurais été, aux yeux de l’éducation nationale, plus insupportable encore!

Il en va tout autrement aujourd’hui : tenter d’expliquer ce que j’ai pu raconter « moi-je » m’amuse parfois.  J’ai appris que chacun n’entend ce qu’il a  besoin d’entendre et ça me va bien.

Expliquer l’interprétation des différentes traductions listées ci-dessus est donc un plaisir.

1 – S’imposer une attitude juste, envers les autres autant qu’envers soi-même

Retrouvée sous une forme ou une autre dans tous les livres « de morale », cette direction bien difficile à suivre est universellement connue, recommandée et parfois indiquée comme « sens obligatoire » au sens indéfini. Il me semble qu’elle ne devient sensée que pour ceux qui ont déjà expérimenté les autres directions. C’est mon avis.

2 – Apprendre chaque jour et acquérir de l’expérience pratique dans les disciplines étudiées.

Toutes les religions du monde imposent l’étude comme un devoir. Tous les enfants du monde apprennent chaque jour et acquièrent de l’expérience pratique de manière autonome et spontanée jusqu’au jour où les adultes exigent d’eux une certaine discipline. Tous les adultes que je rencontre sont à la recherche d’une discipline qui leur permette d’échapper au poids des disciplines qu’ils subissent.
La posture est une solution parmi d’autre.
Il suffit de disposer d’un instant pour élargir le temps d’une posture.
Il suffit d’un regard d’enfant pour l’expérimenter.
Eplucher les légumes est une posture dynamique comme une autre. Il suffit de prendre le temps nécessaire à la décortiquer.

3 – S’établir fermement et tranquillement dans “ici et maintenant”

Autrement dit : ceci est une voie magistrale vers laquelle aller en restant « ici et maintenant ». Il me semble qu’elle ne devient sensée que pour ceux qui ont déjà expérimenté les autres directions. C’est mon avis.

4 – Avoir conscience de la nécessité de la respiration.

Il suffit d’avoir une seule fois posé la question au quidam qui passe : « Qu’est-ce qui est le plus indispensable à la survie? » et d’avoir noté sa réponse  » Boire évidemment! » pour mesurer à quel point il est important d’avoir conscience de la nécessité de la respiration.
Qu’est-ce que la respiration?
C’est un va et vient.
C’est un plein relatif suivi d’un vide relatif.
C’est un manque suivi d’un excès.
C’est un constant mouvement, plus ou moins lent, plus ou moins saccadé, plus ou moins maîtrisable, un constant mouvement de l’un vers l’autre.

5 – Se détacher des conditionnements et de l’environnement

Magnifique et formidable direction pour laquelle je m’abstiens de tout commentaire, les deux adjectifs précédents étant suffisamment riches de racines.

6 – Garder de l’attention envers tout ce qui traverse l’esprit (pensées, sensations, émotions) et cependant, ne pas s’y attacher

Cette direction est assez simple à suivre. Au début on s’y engage à petit pas parce que c’est assez astreignant de s’obliger à l’attention proche et lointaine. Petit à petit l’entraînement fait des siennes et finalement l’ivresse gagne, ce qui facilite grandement le détachement!

7 – Etre présent à soi-même en cultivant la conscience des multiples présences dans le monde alentours

Cette direction est parallèle à la précédente comme le sens de l’odorat est parallèle au sens du goût.

8 – Etre

C’est l’état « normal » de tout naissant et de tout mourant.

A suivre…

 

Les sens de l’être (7)

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Avant d’aller plus avant, il est temps de jeter un regard vers l’arrière, une tartine s’impose.

Ma découverte du hatha-yoga date des années 70. Les livres de André Van Lisebeth (1919-2004) étaient les plus faciles à trouver.

Les livres étaient, avec la radio, les seules sources d’information dont je disposais. L’occident était en train de faire sa révolution, mai 68 avait ébranlé la France, les cheveux poussaient, les seins libérés dansaient, les Beatles avaient explosé en vol, John Lennon était omni-présent. Adolescente, j’étais sportive, « garçon manqué » et bien que fascinée par les tendances pop et psychédéliques qui faisaient la une des magazines, je m’en tenais à distance. La majorité m’était promise à 21 ans, en attendant, il fallait patienter.
Je n’avais jamais pris le train. L’Inde était un pays lointain accessible après des heures d’avion.  Katmandou était palpable grâce à la culture hippie qui fleurait bon l’encens et contait l’hindouisme en bande dessinée sur les « tee shirt » délavés. Le « yoga » c’était un peu « tout ça », j’étais captivée par le yoga parce qu’en filigrane, je voyais « tout ça ».

Un peu plus tard, dans cette période où les tendances « Peace and Love » et « Sans Violence » étaient aussi présentes que les bourbiers de la guerre au Vietnam, Leboyer publiait « Pour une naissance sans violence ». C’était un pavé lancé dans les habitudes d’alors, c’était « le poids des mots, le choc des photos »!
De cet homme il se racontait un voyage en Inde (1963) et une amitié exotique avec un « Swâmi » (en français moderne, on dirait « un sage » mais c’est beaucoup plus terne).

« Svâmiji.  » Vous devez être attentif. Demandez-vous toujours : Comment est-ce que je me sens maintenant ? «  Frédérick.  » Cela veut dire que dès qu’on ressent une émotion, on doit aller la voir, allumer la lumière. «  S. «  Allumer la lumière. Exactement. Voyez la nature de l’émotion. Dès que vous voyez sa nature, l’émotion disparaît. Prenez une chambre. Depuis des milliers d’années l’obscurité s’y trouve enfermée. Ouvrez la porte et craquez une allumette. Où est passée l’obscurité, si ancienne, si profonde ? Où est-elle ? Elle a disparu instantanément avec une seule étincelle !  » F.  » Et l’étincelle, c’est voir ?  » S.  » Oui, l’étincelle, c’est voir. Voir toute l’obscurité des présupposés, des pensées, des hypothèses sans fondement, des traditions et des habitudes…  »
Ma « vision » du yoga en devenait soudain agrandie, il était beaucoup question de lumière. J’étais une passionnée et je fouillais les bibliothèques.

Dans ces années là, toutes les ressources francophones étaient regroupées par la Fédération française de Hatha Yoga (créée en 1969) et par le Centre de Relations Culturelles Franco Indien (ouvert en 1957) sous l’impulsion de Shri Mahesh (1924-2007 érudit, accueilli au bataillon de Joinville en 1942 en temps qu’athlète, hébergé à partir de 1947 -année de l’indépendance de l’Inde- chez Françoise et Boris Dolto).

Bien plus tard, c’est sous la houlette de Bernadette Raoul, formée par Shri Mahesh lui-même que j’apprendrai « le Yoga Obstétrical », découvrant que c’était devenu une gymnastique, ni guère plus, ni guère moins…

Entre temps j’avais acquis de la pratique et enrichi mes connaissances. La rencontre avec un professeur autodidacte atypique, étayait ma conviction première : il n’existe aucune autre école de yoga que la Vie. (Sans que j’en soit étonnée, il a fini comme les autres en ouvrant sa propre école! )

Les sens de l’être (6)

au dessus de rien
Couché, assis, debout

Debout, assis, couché
Couché, assis, debout
Debout, assis, couché

Du premier au dernier jour
Du matin au soir,
Du soir au matin.

Couché, assis, debout sont des « fondamentaux », des postures simples et puissantes. Mais, pourquoi faire simple quand tant d’acrobaties sont envisageables?
Probablement parce que la pensée humaine circulent à travers de complexes arcanes.
Une fois acquise la posture debout, la marche en avant est possible et toutes les fantaisies sont envisageables.

Du premier au dernier jour, du matin au soir, il y a tant de mondes à traverser, à expérimenter, chaque âge apporte son univers, son lot de découvertes, des passages à l’équilibre, des pliages, des pentes inclinées, des chutes et des rechutes, des replis, etc…
La vérité de l’un va vers la vérité de l’autre laquelle navigue vers l’inconnu, de la source à l’océan, du tangible à l’incommensurable.

La simplicité, c’est compliqué, dans notre vie trépidante. Puisque rien n’est simple, nous ne savons pas où trouver cette sacrée simplicité.
Et bien que la tentation débarque parfois de garder indéfiniment la même posture, les fourmillements du bon sens rappellent que ce serait se perdre.
Alors…
La recherche de rituels est apaisante.
Alors…
La rigueur est indispensable.
Des règles s’imposent.

Selon la mythologie, Krishna dirigea Arjuna sur La Voie Royale en lui ordonnant huit directions.
Incapable de transcrire une des transcriptions de l’épopée pour en rendre compte avec la précision qui me convient, je liste ces directions selon ce que j’ai pu interpréter à partir des multiples traductions en français ou en anglais :

1 – S’imposer une attitude juste, envers les autres autant qu’envers soi-même
2 – Apprendre chaque jour et acquérir de l’expérience pratique dans les disciplines étudiées.
3 – S’établir fermement et tranquillement dans « ici et maintenant »
4 – Avoir conscience de la nécessité de la respiration.
5 – Se détacher des conditionnements et de l’environnement
6 – Garder de l’attention envers tout ce qui traverse l’esprit (pensées, sensations, émotions) et cependant, ne pas s’y attacher
7 – Etre présent à soi-même en cultivant la conscience des multiples présences dans le monde alentours
8 – Etre

Les directions 2 et 4 devinrent « exercices physiques » et « exercices de respiration » dans le hatha-yoga

A suivre

 

Les sens de l’être (5)

debout

Des mois se sont écoulés quand arrive un passage formidable : « Ca y est, il se met debout » clament les heureux parents!

Etre debout.
Tenir debout.
Tenir la posture.

II 46 स्थिरसुखमासनम्॥४६॥ : la posture doit être ferme et aisée.
II 48 ततो द्वन्द्वानभिघातः॥४८॥ : La posture peut conduire à trouver un point d’équilibre entre nos paradoxes
II 47 प्रयत्नशैथिल्यानन्त्यसमापत्तिभ्याम्॥४७॥ : La posture, parce qu’elle est ferme et relaxée à la fois peut devenir l’occasion d’une rencontre avec l’infini.

J’apporte ici mon point de vue d’aujourd’hui sur ces « sentences » traduites de la nuit des temps. Aujourd’hui, du haut de mes années, du bas de mes ignorances, entre gris clair et gris foncé, je n’ai cessé d’apprendre et de découvrir au fil de mon cheminement.
J’ai appris que l’Inde n’est pas tout à fait l’Occident et pas tout a fait l’Orient. La philosophie occidentale et les courants de pensée qui s’en échappent est fort loin de la philosophie orientale et des courants de pensée qui s’en écoulent. L’Inde est à la confluence.
« Ida » et « Pingala », ces « énergies » qui décrivent des circulations dans notre corps et se croisent au niveau des carrefours d’énergie « chakra » ne sont pas « Yin » et « Yang » alors même que notre tendance binaire très occidentale se contente de traduire très basiquement l’une et l’autre de la même manière en droite/gauche, voire en lune/soleil. De mon point de vue, l’expérimentation à travers le corps, donc à travers la mise en « posture » du corps, permet de mieux « comprendre », c’est à dire de mieux s’approprier l’essence de la Vie, la Vie universelle que les mots spécifiques à chaque contrée, chaque société tentent inlassablement d’expliquer.
« L’énergie est un vide entièrement disponible » Affirme le sinologue Jean-François Billeter.
Entrer dans une posture, prendre une posture, tenir une posture, signifie à mes sens « passer ». Ainsi se trouve soulignée la notion de passage incessant : de l’immobilité au mouvement, avec la persistance du mouvement dans l’immobilité, et de l’immuable dans le mouvement.
C’est cette prise de conscience qui m’ouvre les portes vers l’infini.

A suivre

Les sens de l’être (4)

posture parfaite

J’espère que vous êtes assis, confortablement installés, dans une parfaite posture pour aborder la suite.

On raconte qu’il y a très, très longtemps, bien avant l’an zéro de notre calendrier ou peut être après, un recueil vit le jour, oeuvre d’un certain Patanjali dont la réalité reste très indéterminée.
Gardons à l’esprit que dans les temps très anciens, les contes et traditions se propageaient et se conservaient principalement grâce à la transmission orale. L’écriture n’étant pas enseignée au commun des mortels, quand il s’agissait de transcrire, l’écrivain (c’est à dire celui qui traçait des signes sur un support) était certes (par définition) un gratte papier, mais aussi un érudit. De fait durant des siècles, les manuscrits étaient des oeuvres communes où chaque écrivain pouvait dans une certaine mesure laisser passer son propre point de vue.
Dans ce recueil, d’après ce qui se dit aujourd’hui encore, ne figurait qu’une suite d’énoncés moraux, lesquels puisaient dans la fresque du « Chant du Bienheureux » une compilation des « règles » prescrites à Arjuna par Krishna.
Dans la mythologie indienne, Krishna est une facette, un reflet de Brahman. Brahman, c’est la réalité infinie, omniprésente, omnipotente, incorporelle, transcendante et immanente.
De fait, Krishna avait une mission : guider Arjuna afin qu’il puisse mettre en oeuvre tout ce qui était nécessaire pour atteindre ce fameux état indéfinissable qui s’appelle « Brahman ».
Vaste programme.

La première traduction du « Chant du Bienheureux » du sanscrit vers une langue occidentale date de 1785. Ce fut l’oeuvre d’un anglais : Charles Wilkins, orientaliste, employé civil à la Compagnie des Indes au Bengale. En 1826, l’allemand Wilhelm Von Humbold tentait à son tour une traduction en y ajoutant ses propres commentaires, insistant particulièrement sur la signification morale du poème. La première traduction française date de 1846.

La traduction la plus courante des énoncés de Patanjali remonte, elle, à 1914. Elle est l’oeuvre de J.H.Woods publiée sous le titre : « The Yoga-System of Patanjali ».

En 1962, Mircéa Eliade (historien des religions, mythologue, philosophe et romancier roumain) est agé de 55 ans lorsqu’il publie en français « Patanjali et le yoga ». Bien qu’il n’ait jamais cessé de publier, cet ouvrage est le dernier, entièrement dédié au yoga, qu’il écrivit. Son premier essai au sujet de la mystique indienne datait de 1936, rédigé en langue roumaine.
Les travaux de Mircéa Eliade (1907-1986), ceux du spécialiste de l’Inde Jean Filliozat (1906-1982) et ceux de l’indianiste musicologue Alain Danielou (1907-1994) sont ceux qui servent de références françaises à de nombreuses publications actuelles.

Un fait est certain, plus le temps passe plus le passé s’éloigne.

Si le mot « posture » figure dans les énoncés de Patanjali (II- 46,47,48), aucune description n’est jamais donnée.
Mircea Eliade écrivait « Dans l’Inde, le yoga a été intégré et valorisé par tous les mouvements religieux, hindouistes aussi bien qu’ « hérétiques ». Les divers Yoga syncrétistes de l’Inde moderne constituent encore une preuve que l’expérience religieuse indienne exige comme une nécessité les méthodes yogiques de « meditation » et de « concentration ». Car le Yoga a fini par absorber et intégrer toutes sortes de techniques spirituelles et mystiques, des plus élémentaires aux plus complexes. Le nom générique de yogins designe aussi bien les saints et les mystiques que les magiciens, les orgiastiques et les vulgaires fakirs et sorciers. Chacun de ces types de comportement magico-religieux correspond d’ailleurs à une forme déterminée de Yoga. »

Nous sommes désormais entrés dans le XXIème siècle. J’ai souvent affirmé à qui voulait l’entendre que je faisais du yoga en épluchant mes légumes pour le repas… Vaste programme sur lequel je reviendrai… ou pas.

Mais restons encore un peu assis.

La posture assise parfaite telle que les enseignants de hatha-yoga contemporains la décrivent est assez torturante pour la majorité des individus habitués dès le plus jeune âge à être assis sur un siège avec dossier. C’est néanmoins, une parfaite manière de s’asseoir sur le sol pour travailler, comme ce vieux bijoutier rencontré dans les rues d’Atar (Mauritanie)
bijoutier

C’est une position que je tiens facilement et confortablement. C’est naturellement ainsi que je m’assois dans la nature lorsque je souhaite avoir le dos droit, le corps ouvert à tous les sens et la tête dans le ciel.
Quiconque souhaite être assis en conscience doit uniquement veiller à la rectitude de son dos, à l’ouverture de sa poitrine et à la hauteur de sa tête. Quelque soit la manière choisie pour faire reposer le poids du corps (sur un siège ou sur la terre), la répartition des appuis doit être harmonieuse, symétrique et consciente. Ainsi chacun peut découvrir « sa » parfaite posture et s’astreindre ensuite à la reproduire scrupuleusement.
Il faut voir « l’assise » d’un enfant prêt à marcher pour se convaincre de ce que nous devons re-trouver : cette rectitude du dos, cette ouverture glorieuse du thorax qui nous porte vers plus loin et participe à nous élever.

A suivre

Les sens de l’être (3)

Un jour, j’ai reçu un message.
Il disait :
« J’ai repris le yoga à la rentrée, pour l’instant j’arrive à y aller une fois par semaine. C’est un peu différent du cours où j’allais avant, mais j’aime bien. J’avoue que pour l’instant je trouve confortable de juste suivre ce qui est proposé et j’apprécie la détente qui en découle, même si parfois, cela ressemble plus à un cours de stretching. »
Il disait aussi :
« Je sais que pour toi, le yoga c’est naturel, et dans la nature, mais je n’ai pas ta pratique, et j’ai encore besoin d’être guidée. « 

J’étais, à ce moment là, sur une île inspirante. Etait-ce le soleil, était-ce le vent, était-ce le ciel? Je ne sais pas.
Un fait était certain, depuis quelques jours, je me laissais guider par l’environnement et quand je ne marchais pas, je posais, aussi longtemps que nécessaire, délicieusement.
A ce message, j’ai rapidement répondu :
« Tu sais que ce que la plupart des gens appellent « yoga » est en fait une partie du « Yoga Royal » très librement adaptée à la pensée occidentale… Je n’ai trouvé aucun texte qui corresponde à ce que j’aurais envie de te raconter. »

Cette réponse envoyée n’était pas satisfaisante. Il fallait que j’arrive à la compléter. C’est peut-être en pensant à elle que j’écris ici ?

Une définition s’impose maintenant : celle du mot « posture »
Une posture est une attitude, une position du corps, volontaire ou non. Une position, une attitude qui se remarque, soit par ce qu’elle a d’inhabituel ou de peu naturel ou de particulier à une personne, soit par la volonté de l’exprimer avec insistance.

J’ai commencé en abordant la posture allongée/couchée.
C’est une difficile posture en raison de ses exigences.
Car elle exige d’être couché, horizontalement : « on se couche », « couchez-vous », « tu vas pas découcher », « je vais vous accoucher », etc.
Accepter la position couchée, allongée, horizontale et volontaire dans un but d’élévation, c’est une aventure qui en fait revivre beaucoup d’autres dans le fin fond de notre esprit. C’est une posture particulièrement astreignante à tenir sans s’endormir, s’enfuir, abandonner notre présence au monde…

En suivant le développement psychomoteur du nourrisson, la position assise est l’étape suivante.

La posture assise simple, qui reste dans le champ des posture non-acrobatiques est néanmoins complexe. « Etre assis en toute simplicité » est une nouvelle aventure qui succède à « être couché sans contorsion » : A la différence de celui qui regarde la télévision affalé dans son fauteuil, celui qui « est assis » est présent au monde.
Le nourrisson est incapable de s’asseoir tant que son tonus axial n’est pas assez fort. Tenir assis est un premier pas vers « être debout » et la fierté des parents qui disent « il tient assis » est toujours magnifique. Etre assis, quand bien même un appui est nécessaire, est alors considéré comme une victoire sur la pesanteur.
Nous ne devrions jamais l’oublier.

A suivre