Archives de catégorie : Vivre avec son temps

Et particulièrement en compagnie des médias et des « réseaux sociaux ».

Et… Les spécialistes

Dans un billet récent, j’ai eu envie de parler des « spécialistes » et voilà que pour compléter, j’ai envie de parler de spécialistes.

Les spécialistes!
Pour commencer, il fallait faire un tour du côté de la lexicographie, envisager les différentes définitions, vérifier que celle que j’envisage à l’instant est la bonne.

J’ai souri en lisant car, oui, je me souviens de mon enfance et de ces visites chez LE spécialiste. C’était à l’époque du médecin de famille, de ce « bon docteur » dont on prononçait le titre avec ferveur. Aller voir un spécialiste, c’était uniquement pour le cas où le médecin de famille sentait ses compétences dépassées. Il fallait aller en ville et l’affaire était grave. Dans mon enfance l’état de maladie était rarement exprimée, le services des urgences de l’hôpital se limitait aux cas vraiment très graves et les  » bon docteurs » oeuvraient jour et nuit dans de multiples domaines. Combien de fois suis-je passée derrière l’écran de radio de « notre docteur », dans son cabinet et nulle part ailleurs?

Finalement cette anecdote est assez représentative de ce que nous vivions au milieu du siècle dernier par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui.
Côté médecine de ville, les noms de spécialités médicales sont dans la bouche de chacun, au fin fond des campagnes les médias rapportent qu’il n’y a pas d’ophtalmologue, pas de dermatologue, pas -logue, etc, plus personne ne parle du « spécialiste des yeux » par exemple et encore moins de spécialiste en général ! Il existe des mots et dans ce domaine ils sont connus et communément utilisés.

C’est à nouveau en me débattant pour la rédaction des billets orchidéens que cette histoire de spécialistes s’est mise à tourner en boucle au point de devoir l’attraper pour la poser noire sur blanc afin de la faire taire.

Car s’il fut un temps où n’existait que des fleurs, puis des Orchis, puis maintes familles d’orchidées, nous en sommes aujourd’hui à plus de 30 000 espèces d’orchidées sauvages de par le monde.
Impossible de comprendre les mystères d’un si grand nombre d’espèces sans acquérir une spécialité, sans devenir spécialiste pour une espèce en particulière, pour une carte génétique particulière, pour « un truc » particulier qui permet de cadrer, de cibler, de limiter au moins dans un premier temps.

Car, en aparté, je suis convaincue que pour pouvoir sortir du cadre, il faut en premier y entrer… Et c’est encore une autre histoire !

Tout ça pour dire que j’ai eu vraiment de la chance d’habiter en Loire-Atlantique, dans un département où les orchidées sauvages sont rares, localisées, répertoriées, cartographiées et faciles à identifier, d’autant plus que leur rareté sur le terrain limite la quantité d’hybrides fantaisistes.
Pendant le temps des premières recherches, je me suis presque sentie « forte », capable de reconnaitre à coup sûr, capable de nommer sans hésitation.

Et puis, je suis partie en voyage.
J’ai commencé à chercher plus loin.
Et je poursuis ma quête avec joie.

Simplement, je ne sais plus, j’hésite souvent, j’ai besoin d’apprendre beaucoup plus dans le détail pour finalement rester dans le doute souvent.

Clairement, comme dans tout ce que la vie m’a permis d’expérimenter, je peux dire que plus j’avance, plus l’immensité me parait immense et moins je suis capable d’affirmer sur un ton péremptoire.

Et voilà ce qui fait mon bonheur.

Peut-être que les jeunes enfants ont besoin de croire savoir pour prendre de l’assurance ?
Peut-être que les enfants vieillissants ont besoin de la certitude de ne rien savoir pour rester curieux et vivre encore un peu plus loin?

Les « spécialistes »

Les spécialistes!

Le phénomène était latent depuis un bon bout de temps.
Les personnes qui, comme ma pomme, se baladent sur la toile depuis avant la naissance des réseaux sociaux, avaient déjà constaté la multiplication d’articles « soit disant érudits » concoctés à base d’articles « copié-collé » parfois tels quels (Et tant pis s’ils sont déjà obsolètes). De fait, ces spécialistes auto-proclamés se « spécialisent » d’autant plus vite qu’ils savent mieux se mettre en vitrine.

Ces dernières années, ce fut l’explosion.
Certainement grâce à la pause générale organisée par sa majesté SARS-CoV-2 éme.
Il fallait bien s’occuper!

Dans tous les domaines, les meilleurs « spécialistes » sont reconnaissables car ils communiquent presque uniquement par vidéo, souvent interminables, lesquelles naviguent sur la toile grâce à des titres « putaclic », une autre de leurs caractéristiques. Pour les suivre, il est non-utile de se fatiguer à lire plus de cinq mots, ceux du titre… Ensuite voguent les paroles…

Mais il existe aussi tout un tas de « spécialistes » beaucoup plus discrets, de ces personnes qui se font un point d’honneur de propager les informations qu’elles pensent détenir aussi fort qu’une vérité écrite noire sur blanc sur l’écran de leur smartphone.
Même avec un moteur de recherche hyper bien dressé, il est inévitable de « tomber » dessus dès que la recherche se fait un tantinet imprécise. Et c’est souvent que ce qui m’arrive lorsque j’essaie désespérément de déterminer le nom des fleurs dont je collectionne les images.

Je trouve, sur la toile infinie, « tout » et « le contraire » que je tente de démêler patiemment à la lumière de mes minuscules connaissances d’amatrice.
Tout aussi inévitablement je finis toujours par trouver un billet réellement spécialisé, documenté et bien sourcé, lequel me laisse invariablement dans la plus complète expectative car je ne dispose jamais des minuscules éléments nécessaires pour affirmer un peu de certitude.
En effet, jamais je n’ai coupé une tige pour évaluer la proportion de son épaisseur rapportée à la lumière qui la traverse ; jamais je n’ai prélevé un peu de la fleur afin d’établir une carte génétique, jamais je n’ai mesuré la largeur d’un labelle, etc, etc…
Ainsi, je reste généralement dans l’incertitude et je garde (sagement ?) les souvenirs et les images pour moi seule.

J’en arrive inexorablement à conclure que plus j’en apprends et plus s’agrandie la conviction que j’ignore à peu près tout. Et croyez le ou non, ça me remplie de joie!

Ces derniers jours, alors que mon emploi du temps s’élargit royalement, j’ai entrepris de mettre à jour mes fiches orchidéennes.
Pour moi, c’est un moyen de « faire le point » et alors que fleurissent les dernières belles de la saison (Spiranthes spiralis) je rêve déjà aux balades de l’année prochaine, à la recherche de celles que je n’ai pas encore croisées.
Autant dire que si j’essaie d’apprendre toujours plus loin, c’est en temps qu’amatrice je le répète au fil des articles.
Amatrice, certes mais avec un fond d’exigence qui fait que j’écris moi-même la prose, posant des liens éventuellement, toujours en cherchant davantage à encourager chacun à l’exploration et ceci avec l’intime conviction que pas grand monde ne regarde ce que je raconte.

Et ce faisant, résonne dans mes souvenirs récents les mots prononcés dans une autre langue « si, si yo lo sé » suivis à chaque fois de « je l’ai vu dans un documentaire » (je vous fais grâce de la version originale).
A chaque fois je me suis trouvée sans répartie aucune face à la petite bonne femme ignorant encore tout de la lecture et de l’écriture. Comment lui expliquer qu’elle se trompait, comment lui expliquer que les documentaires sont des films de cinéma et que la vraie vie ne peut que se vivre, et qu’elle est d’une folle complexité?

A chaque fois, j’ai pensé à tous ces « spécialistes » qui « googleuent » plus vite que leur ombre, affalés dans leur canapé, afin d’expliquer le monde et la vie à qui veut bien les écouter…

Le temps passé

Passer du temps à trier le temps passé.

Voilà… s’il fallait définir ou résumer le boulot qui consiste à vider une maison, ce sont ces mots précis que j’utiliserais : passer du temps à trier le temps passé!

Soulever la poussière amassée sans que personne ne s’en préoccupe,
Découvrir l’improbable dans les coins les plus obscurs,
Déplier des kilos de papiers jaunis venant « d’avant avant » et précieusement stockés,
… pour servir… à rien!
Constater le bazar amoncelé et mesurer ce besoin auquel personne ne déroge,
Trouver d’étonnants objets*,
Caresser des dentelles non-mécaniques en fil 100% bio non labellisé,
Ecouter à nouveau des histoires raconter le temps passé,
Ecouter les histoires,
Et passer le temps,
A traverser les vies,
Banales,
Tout en triant,
Pour jeter… beaucoup et encore plus… mais surtout dans le bon container!

Et imaginer demain.
Imaginer les jeunes d’aujourd’hui devant ce même labeur,
Demain.

Demain cet inconnu.

Quelle traces de « mon » temps passé laisseront une empreinte et combien de temps sera passé à les abandonner aux vents d’après?

C’est l’inconnu!
Et c’est « tout » ce qui fait que j’aime intensément l’aventure offerte par la vie,
Joyeusement imprévisible, joueuse avec ses propres règles,
Chaque instant surprenante,
Et merveilleuse,
Parce que surprenante!




* La cuillère à absinthe, par exemple. J’ai adoré découvrir son usage et ressentir une certaine ivresse en « voyant » les mouvements de l’opalescente boisson en train de se préparer.

A quoi ça sert?

J’avais déjà choisi ce titre pour un billet il y a dix ans.
A quoi ça sert ?
En voilà une question !

C’est en premier celle d’un enfant curieux face à un objet inconnu.
C’est ensuite celle d’un adolescent rempli de doutes face aux injonctions qui l’importunent
C’est celle d’un adulte en manque de sens devant la vie formidablement routinière.
C’est celle d’un vieillard ou d’un malade incurable quand la mort devient l’unique horizon.
C’est une question récurrente que tout un chacun soulève un jour ou l’autre, dans une dimension ou dans une autre.

A quoi ça sert ?

Combien de fois cette question se pose t-elle lorsque je me regarde agir, écrire, ramer, parler, apprendre, marcher, inventer… vivre même ?

C’est dire combien trouver un sens est viscéral, l’humain est un animal pensant et peut-être trop pensant sur ce sujet particulier.

Dix ans plus tard, je peux encore écrire « ça ne sert à rien et c’est donc super important »
C’est super global, donc globalement faux et globalement vrai en même temps et ça m’amuse.
Le passant qui lit peut se dire que j’écris pour ne rien dire.
Peut-être?
Certainement pour quiconque cherche une réponse bien dorée, une recette magique, un secret qui rapporte gros.

Je viens d’achever provisoirement une liste de petites fiches que j’avais préalablement listé sur un sommaire (oui, bis repentira placent : liste et lister… ha ha ha !!!)
Un « truc » absolument sans autre intention que celle de satisfaire ma propre curiosité. Un « truc » qui ne rapporte rien (pas un kopeck, en plus ça bouffe de l’énergie, c’est pas « éco-logique »)
Un « truc » que j’avais besoin de faire pourtant.

Et c’est une fois réalisé, c’est « après » que je réalise à quel point j’ai appris en allant chercher, par exemple, le nom caché derrière les abréviations d’auteurs utilisées en taxonomie végétale, puis en suivant les liens tout faits ou en sollicitant mon moteur de recherche sur des noms encore non « wikipediatisés », puis en explorant les fiches de sites plus officiels ou plus savants, etc.
J’ai voyagé de lien en lien, de site en site, j’ai voyagé dans le temps, imaginant les médecins et pharmaciens d’antan et leurs quêtes de plantes « soignantes », puis les explorateurs sponsorisés par de grandes fortunes à la recherche de faire-valoir, les riches amateurs passionnés arpentant des chemins exotiques et je suis arrivée à nos jours où des gens bossent dans des laboratoires, découpant l’ADN pour en extraire des gènes et poser des verdicts qui n’éteignent pas les discussions infinies.

Mon imagination galopante a visionné une grande quantité de métaphores, disserté sur plein de sujet philosophiques, et espéré encore d’autres trouvailles, pour avancer plus loin dans cet imaginaire de folie qui donne sens à mes actes.

Voilà, ça sert peut-être à rien ou ça sert seulement à « ça » et oui, voilà ce qui fait que c’est super important!

Et quand vient un commentaire en reflet… Wahooooooo, alors là, c’est la cerise sur le gâteau et il est bien connu que je suis super gourmande de cerises !
Alors, collectionneuse de questions, je me demande : « N’est-ce pas ce qui est rare qui est précieux? »
Et « ça » c’est un autre sujet récurrent!

PS: Ce qui est rare est précieux. Combien de fois ai-je murmuré ou lancé cette affirmation et dans combien de contextes et d’environnements. La phrase elle même ne devint jamais encore le titre d’un billet, mais en tapant « précieux » en mot clé dans mon site, voilà ce que j’ai trouvé, en clin d’oeil du matin 😉

Et passe le temps et passent les années


La dernière fois que j’avais atterri sur cette île, c’était presque vingt ans en arrière.
J’étais en plein boom professionnel, les deux enfants aînés volaient déjà de leurs propres ailes et les deux plus jeunes étaient du voyage, prêts à découvrir de nouveaux spots de surf.
Aucun vol direct n’était programmé depuis la France et aucun réseau de location n’était en ligne.
Nous étions allés à l’hôtel, deux années de suite dans le même.
L’hôtel de la photo, l’unique du coin à cette époque, luxueux par rapport à la vie des locaux et cependant loin d’accumuler les étoiles comme aujourd’hui.
Et cet hôtel est la seule image que j’ai vraiment reconnue sur toute l’île.

Ce fut très questionnant.
Quels changements avaient pu ainsi troubler mes souvenirs?

Personnellement, je vois bien que passer une semaine de vacances, arracher du temps au temps quotidien d’une mère de famille qui a des activités professionnelles, était déjà un objectif tout à fait suffisant. Voir du paysage, courir d’une plage de surf à l’autre relevait de l’anecdote. Profiter d’un hôtel, du ménage fait, du petit déjeuner servi, d’un bon repas le soir sans avoir à lever le petit doigt, voilà ce qu’étaient ces vacances.

Les photographies se regardaient encore sur papier glacé, nous en faisions seulement quelques unes, principalement des vagues, des surfeurs, des windsurfeurs, pas de quoi raviver des souvenirs paysagesques.

Et puis, si le volcan est resté à sa place, les autoroutes ont poussé.
Elles permettent d’acheminer rapidement les flots de passagers débarquant des vols « économiques » vers les gigantesques réseaux de logements prévus pour eux avec vue lointaine sur l’océan, piscine, bar et sorties organisées. Elles offrent aussi aux « individualistes » (comme nous) qui circulent en voiture de location, la possibilité d’aller au plus vite d’un côté à l’autre de l’Île (compter cependant sur de multiples embouteillages) et de s’engouffrer sur les plus minuscules pistes afin d’aller faire pleins d’images forcément exceptionnelles de sites réellement remarquables.
Terminé les obligatoires interminables routes serpentant entre les vertes bananeraies et les serres* pour se rendre à l’ouest ou au fin fond du nord, le GPS (encore un truc nouveau) fait la trace en ligne quasiment droite d’un côté à l’autre, après, ce n’est que du détail.

Et pour ce genre de détail, il suffit de cliquer sur Go@gle afin de voir apparaitre tout ce que les passants ont déjà photographié et « religieusement » mis en ligne afin de faire un choix de destination. Après, en se fiant aux commentaires, il est presque « normal » d’aller où il y en a beaucoup, beaucoup de positifs… et ainsi certains endroits autrefois quasi sauvages sont aujourd’hui piétinés, dépourvus de végétation et parsemés de papiers toilette (oui, je sais c’est biodégradable – sauf les lingettes soit dit en passant – mais c’est franchement moche et le vent se permet parfois d’envoyer balader « tout ça »…).

Alors, de petits riens en petits rien, j’ai fini par comprendre que le temps était passé.
Super vite.
J’ai, une fois de plus, constaté qu’il est urgent de profiter de ce qui est offert au moment présent où c’est offert, sans chercher à comparer.
Car quoi comparer alors que moi-même change au fil des années qui s’accumulent ?

Je vois bien que je suis entrée dans un espace où le temps est désormais et plus que jamais ouvert sur l’horizon.

Et l’horizon est là, bien présent, toujours plus loin, inconnu, super attirant, enthousiasmant jusque dans ses moindre détails.
La nostalgie est un « truc » qui m’est totalement étranger.

* Les serres : à noter que ces immenses taches blanches et plates désormais incluses dans les paysages sont destinés à produire les fruits « exotiques » (bananes, papaye et autres) et aussi les tomates, tous estampillés biologiques, ceux que nous sommes si « fiers » de consommer responsables!


Changer de disque

Les enfants sont terriblement insistants parfois.

En tout cas, je l’étais dramatiquement,
Et mon frère aussi.
Lorsqu’elle était à bout, ma mère s’écriait :
« Vous pouvez pas changer de disque? »
Et dire que « ça marchait » serait s’avancer, mais il est clair que nous entendions son ras le bol et qu’avec une certaine inertie, nous finissions par appuyer sur pause.

J’aimerai pouvoir crier aussi « Vous pouvez pas changer de disque? » à la radio, y compris à mes animateurs préférés, aux billettistes, à toutes les personnes qui passent et repassent sur le devant de la scène médiatique.
Car, même si la scène médiatique qui entre dans mon salon est de l’ordre du théâtre de poche tant je la restreins, elle me tape un peu sur le système. (encore une expression de ma défunte mère)

Notre monde va mal
Notre monde va si mal
Avec ce monde qui va mal


Pfffff, c’est la méthode Coué ou quoi?

Que nous ayons été des enfants gâtés jamais satisfaits est une chose.
Que nous ayons été des enfants frustrés de « pas pouvoir faire n’importe quoi » est une chose.
Que nous soyons tous passés par la phase adolescente où les parents n’étaient que des emmerdeurs que nous sollicitions cependant sans cesse pour financer pas mal de « trucs » est une chose.

Mais, quoi ?
Ne sommes nous pas des adultes?

Et franchement, le monde n’est-il pas enthousiasmant, rempli de surprises, toujours prêt à nous surprendre?

Le monde va bien.
Le monde est le monde,
Sans états d’âmes,
Le monde a besoin qu’on lui foute la paix.


Et si moi, individuellement, je peux parfois avoir envie de plus de lumière, de plus d’océan, d’une plus grande chaleur, de plus de falaises brutes, de plus de fleurs, de plus de contemplation et que le moment n’est pas le bon, je « prends mon mal en patience » (troisième expression qui vient de loin).

Je sais qu’il n’y a pas de lumière sans ombre,
Je sais aussi que sans mouvement la vie s’éteint.
Je sais que jouer avec moins que rien et s’amuser de presque tout fait monter…

… Des étoiles dans les yeux des enfants!

Et « ça » fait mon bonheur.

Changer de disque.
C’est urgent!

Ces êtres invisibles

Pas d’image.
Comment donner une image de l’invisible?

Mes différents passages en terres d’Afrique, mes contacts amicaux avec certains « élus » désignés par des villageois de la lointaine Polynésie, du fin fond du Tamil Nadu ou des abords du fleuve Congo m’ont initiée à une certaine sensibilité vis à vis des « êtres invisibles » qui dirigent la Vie. Ce fut parfois très utile dans un certain exercice professionnel, et de fait, c’était toujours bien rangé dans mon sac, dans une poche invisible où il était écrit à l’encre sympathique : « ça peut servir okazou ».

Alors, en découvrant un chapitre dédié au Covid 19 écrit par le chef de fil de l’ethnopsychiatrie française, je fus confortée dans certains de mes points de vue.

« (…) Ou bien auraient-elles au contraire affûté notre regard, nous rendant attentifs à un nouvel être qui fait irruption ? Cet être qui s’intéresse fortement à nous, qui exige de partager notre monde, nous l’avons nommé « Sars-CoV-2 ». Comme le font souvent les invisibles, comme le font tous les djinns ou les mlouk, cet être tente de nous soumettre à sa volonté par la maladie. Mais celui-ci est puissant ! Battus les diables, les démons et autres zar qui n’affligent que de petites communautés… Lui voit plus grand, bien plus grand : il s’est emparé en quelques mois des humains du monde entier qui ne pensent qu’à lui, ne parlent que de lui dans leurs perpétuelles cérémonies télévisées qu’ils appellent News »
In Secrets de Thérapeute, Tobie Nathan, L’Iconoclaste 2021, ISBN : 978-2-37880-254-7

Mes points de vue…
Au sujet d’un invisible par définition impossible à voir !

Il y a de quoi sourire, pour la non-croyante que je suis, définitivement !

Et comment, alors, en écrire davantage ?

Car même en utilisant ma balance minuscule (déjà évoquée dans ce billet), je ne souhaite pas me risquer dans des mots invitant trop de confusions.

Clarisse Herrenschmidt définit magnifiquement l’écriture en disant que c’est ce que l’homme a trouvé de mieux pour rendre la parole visible (in Les trois écritures, Gallimard, 2007, ISBN : 9782070760251).
Bien que l’écriture soit, pour moi, une respiration, je suis convaincue que l’invisible ne passe que par l’invisible, que seule la parole peut être ciselée assez précisément dans chaque contexte, face à chaque individu pour donner à voir ce qui n’apparait pas si facilement entre les mots toujours trop étroits.

Alors, j’en reste là.
Pour aujourd’hui.



Jeudi 23 décembre 2021, La sortie du grand confinement de 2020 est lointaine et proche à la fois. Depuis, nous sommes entrés dans un interminable carême en apparence sans horizon. Tellement longtemps s’est écoulé depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème qu’il est maintenant nécessaire d’en faire quelle que chose afin qu’il devienne autre chose.
Même si les médias poursuivent leur boulot, soufflant le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience, la vie va. Espiègle à chaque instant, elle nous invite à la suivre.

Encore et toujours… plus loin!

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.

Reset (part two)

Suite à ma balade crépusculaire d’hier, les réflexions ont poursuivi leur navigation dans le labyrinthe de mes pensées.
Pour précieuses qu’elles soient à mon coeur, les gravures rupestres d’ici ne sont en réalité rien de plus que des graffitis anciens et souvent comme le montre la photo ci-dessus, des superpositions de graffitis d’époques diverses. Si les premiers remontent probablement au débarquement des berbères sur l’île (datations effectuées par les scientifiques), les suivants sont venus jusqu’à relativement récemment. Avec la modernisation de la vie ilienne, la disparition des villages ancestraux et surtout l’apport de nouveaux moyens de distraction, les rochers n’ont plus été « agressés » que par le vent et les rares pluies.

Sous cet angle de vue, les graffitis découverts hiers, juxtaposés dans les dernières années, sont dans la lignée de leurs ancêtres et tout autant acceptables.

Le goût pour l’Histoire, pour la conservation des traces d’Histoire est tout à fait récent. Par exemple, au cours des siècles passés, il était absolument « normal » de récupérer les pierres d’un édifice (fusse t-il château) abandonné pour en construire un autre. Recyclage simple, de la part de personnes qui ignoraient tout du mouvement « écologie » actuel, simple économie d’énergie (les pierres étaient déjà sur place, déjà taillées) et juste mise en oeuvre humaine de la loi scientifique « rien ne perd, rien ne se crée, tout se transforme »!

Les monument aujourd’hui admirés et déclarés « protégés » sont la suite d’autres monuments, parfois totalement disparus.

Ce qui a changé avec l’apparition de l’Histoire à la mode, c’est une certaine vénération pour le passé qui mène à l’immobiliser.

Or, la vie est mouvement.

Qui mène à l’immobiliser disais-je,
Tout en appliquant le principe « publish or perish »
Lequel, étant à mettre sur le compte de l’enseignement/l’information accessible à « tout le monde », nous oblige à considérer une pléthore de nouvelles publications capables d’effacer les anciennes alors que certaines sont elles-mêmes bâties sur l’exploration des archives en stock.
Vous suivez?

Oui, oui, il faut vivre avec son temps et je m’y efforce.

Et, j’ai bien l’impression que je suis plutôt à l’aise dans ce mouvement vers l’avant, prête à « reseter », à balayer, à faire le ménage et à me remettre à l’ouvrage avec les éléments le plus contemporains dont je dispose.

Mais combien de fois, combien de fois suis-je embarrassée, ne sachant si je dois me taire ou la ramener, combien de fois suis-je mal à l’aise en lisant des personnes qui affirment que leurs convictions (et les actes qui vont avec) sont fondées « sur les publications scientifiques » sans citer ni sources, ni l’âge de ces sources ni, trop souvent, autre chose que le titre (fait pour attirer le regard, parfois nullement étayé par le développement) ?
J’ai, dans ces circonstances, l’impression de me trouver devant une pierre recouverte de graffitis, cherchant désespérement un signe auquel me raccrocher pour y trouver un sens, une époque, pour contextualiser avec les minces éléments dont je dispose, donc… peut-être à tort?

Car oui, à défaut de croire, je doute.
Mais, oui, certainement j’habite ce monde.

Reset (part one)

Hier soir, j’avais encore pas mal d’énergie à libérer et j’ai eu envie d’aller grimper au sommet d’un de ces petits sommets où les premiers habitants de l’île avaient l’habitude de venir graver les rochers.

Illuminés par le soleil déclinant, l’endroit est superbe.

Un couple de buse dessinait des cercles juste au dessus.
Les chèvres qui viennent s’abriter tout contre la roche chaude pour passer la nuit étaient en vadrouille sur une autre montagne.
En l’absence de vent, la montée fut facile et l’escalade à moindre risque.
Les blocs de basalte étaient là.

Immobiles.

J’allais directement à la recherche des traces ancestrales.
Je les avais déjà caressées du regard, environ cinq ans auparavant.
J’aime sentir la vibration des passages très lointains, elle met en exergue la réalité de l’imperceptible empreinte laissée par notre passage à chacun, sa futilité, l’impossible interprétation, la puissance des éléments qui font leur job a eux, annihilant sans coup férir et au long cours les programmes humains les plus élaborés.
Et tant.
Et plus.
J’aime? J’ai besoin, c’est certain.

Reset.

Reset! C’est le mot qui m’est venu en premier une fois passée ma surprise, une fois calmées les ondes émotionnelles produites par le choc visuel que je venais de subir.
Reset : après des siècles de subsistance, les gravures ont disparues, recouvertes par des centaines de graffitis contemporains, de ceux là-même que gravent les gens sans vergogne, qui sur les murs en tuffeau des remparts du château de Nantes, qui sur le sable fossile des vallées « enchantées » de cette île, de ceux là-même qui grimpent le plus haut possible et si possible à moindre effort le plus loin possible, dans le seul but de faire un selfie, de l’envoyer illico et de très vite l’oublier en passant au suivant. Au suivant, au suivant…

Il faut vivre avec son temps, vivre dans le monde que nous habitons, avec ce qu’il est ce « monde », donc aussi en compagnie des personnes qui sont autant que nous « m’aime » partie de la société qui nous abrite.
Aucun autre choix n’est proposé, à personne, quoi que nous puissions imaginer, la réalité est là, implacable.

J’ai levé les yeux vers les deux buses qui tournaient.
J’ai regardé l’océan au loin.
J’ai respiré les rayons rougissants qui envahissaient peu à peu l’horizon.
Et je suis partie.