Archives de catégorie : Vivre avec son temps

Et particulièrement en compagnie des « réseaux sociaux ».
Comment éviter de participer à la « pollution » et à la tentation du partage « en un clic »?

Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

Communiquer

Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Rien ne gagne, rien ne se perd, tout se transforme

Allez, c’est la saison.

Pour éviter de « perdre » du temps en ville, pour bénéficier d’un choix « plus grand » voire pour profiter de meilleurs prix (perso, le prix n’est pas un critère) il est devenu normal de faire ses achats « grâce » à internet.

Je résume.
A défaut de faire une marche revigorante de 30mn en direction du centre ville, je passe 30mn à feuilleter mon écran, à chercher dans le monde entier le « truc » dont je veux absolument disposer dans l’instant.
Oui, il faut bien l’avouer, passer par internet est souvent la conséquence d’un « je veux et tout de suite et que ça saute ». Le simple fait de valider une commande procure immédiatement une sensation de « ça c’est fait » participant à la détente. Sans aucune surprise, beaucoup de personnes deviennent « addict » un peu comme aux drogues, le sucre en particulier. C’est le principe de la récompense!

Mais contrairement à ce qui se passe après avoir pris l’air en ville et être revenue les mains vides parfois, les bras chargés d’autre fois ; contrairement à ces balades assez peu polluantes, une fois passée la commande sur le web, une fois ressentie la sensation de « travail » accompli, l’aventure commence.

Bien évidemment j’ai cliqué sur « livraison gratuite à domicile ».

L’attente commence.

Comme j’habite dans mon époque, j’ai dressé tous les liens possibles pour connaitre le jour d’arrivée et en conséquence je reçois plein de messages pour m’indiquer la progression de l’objet désiré.

L’attente se poursuit.

Le jour dit, comme je ne suis pas du genre à rester plantée devant la fenêtre, je trouve dans la boite à lettres un avis de passage et…pas de colis.
C’est que de nos jours, la défiance étant de rigueur, il n’est pas question de laisser un colis « n’importe où » sans consignes précises.
C’est que de nos jours, le temps des livreurs étant archi compté, il est beaucoup plus rapide de déposer un avis dans la boite aux lettres que de sonner « pour rien ».
C’est que de nos jours, beaucoup de boutiques n’arrivent plus à survivre en ville mais plein de services de distribution tournent à plein régime.

C’est une loi que nous apprenions en chimie dans le temps quand il fallait jouer avec les atomes: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Et bien, vivre avec son temps, c’est pareil.

Car, finalement, il va falloir que j’aille chercher mon colis au mieux à la Poste (c’est pas loin mais il y a toujours la queue) au pire dans un « centre relai ». Bien entendu, il y a des dizaines de « centre relai » et pas toujours à côté et pas toujours exempts de « faire la queue » et parfois il est même nécessaire d’y aller en voiture car je vous met au défis de transporter certains colis sous le bras… et que même que c’était « la bonne raison » pour le faire livrer à domicile!

Bon…
C’est la saison.

Et soyez rassurés, dans quelques semaines, en payant un peu plus, il sera possible d’avoir l’assurance d’être livré même le 24 au soir… En espérant que le livreur fera signe en passant devant chez vous à toute vitesse!

C’est quoi le jeu?

Je sais pas vous mais ce genre de « chaine » me met mal à l’aise, certainement en raison des « injonctions paradoxales like » qu’elle contient.
Jusqu’ici j’ai joué la rebelle, soit en ignorant ces « jeux » de mes « amis » facebookiens soit en répondant un truc et toujours sans « prendre le temps » de « copier » le texte sur « ma » page!
Pfffff
Notez le nombre de guillemets nécessaires pour souligner la relativité des mots utilisés.
Bref.

Désormais, je mettrai le lien de ce billet en « réponse » lorsque j’aurais lu une publication sans photo, Ce sera « mon » acte pour « montrer » que je l’ai bien lu comme l’exige la première injonction, précisant que « c’est l’idée », donc l’objectif du message.

C’est que je n’ai pas envie de finir « brève expérience sociale »!
Moi qui suis une non-collectionneuse « d’amis facebook »,
Moi qui suis la première à regretter les « partages sporadiques » qui ne racontent rien
Moi qui prends TOUJOURS le temps de lire.
Moi… je n’ai aucune envie de me sentir jugée… par… un texte qui fait surface ici et là de temps en temps poussé par une mystérieux tempo.

Alors, je mettrai ce lien.

Car je lis.
En avançant dans le texte,
J’arrive à l’injonction suivante : « je veux » dit le texte!
Wahoooooo, ça rigole pas.
« Je veux que TU fasses un commentaire sur MOI »

Oups… « réunion entre amis » c’était écrit en préambule…
Ben dis donc, les réunions entre amis avec des tututu dois faire pour et moimoimoi, c’est particulier quand même.
A moins que ce ne soit révélateur de ce qu’est devenue « l’amitié » à force d’être nommée à tort et à travers, un peu à l’image du verbe aimer dans « La grammaire est une chanson douce » D’Erik Orsenna.

Mais ce n’est pas fini.
Encore une injonction : si tu fais la même chose que moi, je ferai la même chose que toi…
On se croirait dans la cours de récréation de l’école primaire, vous ne trouvez pas?

Et arrive, la merveilleuse chute qui rend fou.
Oui pour finir!
Car j’ai été sage jusque là, j’ai suivi « l’idée » du départ, j’ai lu jusqu’au bout un texte sans photo.
La récompense?
Ben y’en a pas.
Pire, si je ne réponds pas à l’injonction n°2, le texte affirme que je vais tout faire foirer.
« Ruiner l’expérience »
Quoi?
C’était une expérience?
Et moi je vais la ruiner?

En fait j’ai rien compris.

Pas la peine de dire merci, merci de quoi, merci de qui!

En fait j’ai pas le temps, je ne suis définitivement qu’une « brève expérience sociale » et une solitaire, une vieille ronchon qui ne comprend rien aux « réunions entre amis ».

Allez, je sors.
Bizzzz

PS : « injonction paradoxale like » c’est comme « morphine like » c’est un truc dangereux bien que la composition paraisse plus anodine que « injonction paradoxale » ou « morphine »
😀