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Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.

Tous les chemins mènent à Rome (2)

Mercredi 4 septembre 2013 : La Seyne-sur-Mer (plage du jonquet) – Bormes les Mimosas (Ilot de Léoube)

Comme d’habitude lorsque je dors dehors, c’est la caresse de la nuit blanchissante qui me réveilla. Le premier réflexe fut de tester chacun des muscles utilisés la veille, et émerveillée je ne trouvais qu’une machine bien huilée, sans la moindre douleur, déjà impatiente de recommencer!  
Seule, une petite cloque sur la lèvre me rappelait que j’étais dans le sud, que le soleil était encore brûlant et qu’il était indispensable de s’en protéger  

Le rituel du matin pouvait commencer. Le long de la Loire, pour mon premier « SUP trip », je comptais une heure entre le réveil et mon départ sur l’eau, il en fut de même tout au long de ce périple jusqu’à Rome. Un seul matin j’ai souhaité « faire vite » et je n’ai pas « gagné » plus de 10mn sur cette heure d’avant départ.

Première phase du rituel : manger, bien au chaud dans le duvet. Allongée, comme une princesse, je pioche dans le sac à provisions selon mon bon plaisir, au choix et avec ou sans mélange selon le jour : pain, amandes, noisettes, pomme, miel, fromage. En même temps (un peu comme à la maison où je petit-déjeune devant l’ordi  ), je feuillette le programme du jour dans le guide, imaginant les trajectoires possibles et l’objectif envisageable.
(En aparté : sur ce trajet, petite concession à l’autonomie totale, sans possibilité de recharge électrique, je ne souhaitais pas « user » mon téléphone portable. Ajoutons qu’en 2013, il était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui de se connecter à internet, d’ailleurs je n’avais pas encore de smartphone. Il avait été convenu que Michel me ferait chaque jour un point météo afin que je ne parte pas au loin un jour de tempête annoncée. Je consultais donc les cartes en tenant compte du sms reçu dans la nuit)

Puis, viens ensuite le moment « fille » où je prends soin de « moi », tartinage de la peau avec la crème qui va bien, lavage des dents, démêlage des cheveux.

Ensuite et TOUJOURS dans cet ordre (oui, des fois je suis psycho-rigide  ) : ouverture du bouchon de dégonflage du tapis de sol, habillage, bourrage du duvet dans son sac, pliage de l’oreiller dans son sac, roulage du tapis de sol, enfournage des sacs dans les sacs étanches que je balance alors dehors, etc… Quand il ne reste que « moi-je » sous la tente, il y a une petite chanson qui chante « comme on fait son lit on se couche » et alors, je « balaie » consciencieusement l’intérieur de la tente, histoire de la re-trouver impeccable (en tout cas sans miettes et sans sable) le soir prochain  

Bon… Ca c’est dit!  

J’avais plié la tente et j’étais en train de fermer les sacs quand arriva le premier « habitant » de la plage naturiste que j’avais squatté pour la nuit. C’était un trèèèèèèèèèèèèès vieil homme, il avait visiblement ses rites, lui aussi  
Tandis que je finissais de « m’habiller » (camel-back, casquette, leash) il se déshabillait en bavardant aimablement. Quand je suis montée sur la planche, il m’a salué me souhaitant le meilleur tout en me conseillant de ne jamais enlever mes lunettes solaire pour éviter la brulure de la rétine  … Tient, tient, il allait se baigner avec ses lunettes solaires, lui… Etait-ce un ophtalmo retraité? Avait-il subit une brûlure de la rétine lui-même? Il y a des matins comme celui-ci où j’ai pris le départ avec des questions sans réponse!

La visite de Toulon ne me paraissant pas nécessaire, j’avais décidé de tirer « tout droit » en direction de la Pointe des Oursinières, ce que je fis sans me soucier de la distance. Après avoir dépassé Saint-Mandrier, un étrange paysage s’offrit à mes yeux avec d’énormes plots flottants parsemés dans la baie, je n’avais jamais vu pareille installation. Un kayakiste étant à la pêche (donc à l’arrêt), j’en ai profité pour le questionner et découvrir que c’était un balisage pour les bateaux militaires et autres gros navires. Je lui ai aussi demandé si la navigation de nos frêles engins était parfois sanctionnée dans le coin, ce à quoi il répondit que jamais personne ne lui avait fait la moindre réflexion… So… go, go, go et avec bonne conscience, en plus!  

Je me suis arrêtée au Port des Oursinières pour acheter un sandwich. Il était tôt et rien n’était préparé pour un éventuel repas. Alors, dans un bristot, je me suis offert un café etj’ai acheté de l’eau tout en affichant un air tellement dépité de ne rien trouver à manger, que le gars m’a vendu le pain-bagnat qu’il avait acheté pour son propre casse-croute… et « à prix coutant » m’a t-il précisé!  

De la pointe des Oursinières, j’ai tiré « tout droit » en direction de la pointe de la presqu’ile de Giens. C’est beau ce coin là, mais ça circule un max une fois sur la pointe et le ressac est vraiment pénible, et ensuite il faut aller vers la côte, donc vers le nord. Et moi, je n’avais de cesse que d’aller vers l’est, vers l’Italie. Les sentiments se mélangeaient, la fatigue montait quand j’atteignis enfin de l’eau plus calme.

La fatigue n’était que mentale, car après avoir grignoté, après m’être délicieusement baignée, j’étais complètement remise en forme  et hop, je repartais en direction de Miramar et plus loin encore, le Lavandou était à l’horizon.

C’est en arrivant à L’ilôt de Léoube que j’ai trouvé le mini-espace parfait pour un bivouac tranquille et lumineux.

Après cette longue deuxième journée, je ne me lassais ni du calme, ni de la beauté de la nuit qui prenait possession du temps…

Jeudi 5 septembre 2013 : Bormes-les-Mimosas (Ilot de Léoube) – La Croix Valmer (Cap Lardier)

Après une nuit « moyenne », le troisième jour se profilait.
Le « troisième jour », dans mes expériences de trip, c’est comme le cinquième kilomètre en marathon, le dixième kilomètre sur les ultra-longues distances, le 500m sur le 5000m ou la première bouée sur une course technique en SUP, c’est un passage difficile.
C’est « le » moment où je me demande ce que je suis allée faire dans la galère. Je sais qu’il faut passer de l’autre côté pour que tout rentre dans l’ordre  
Il est évident que le changement des habitudes se fait sentir seulement à partir du troisième jour.
La nuit avait donc été moyenne avec des fourmillements dans les mains et des épaules un peu meurtries par le passage dans le ressac de la veille. Il fallait trouver « la » bonne position et avant de sombrer dans un profond sommeil récupérateur, j’ai passé pas mal de temps à me tourner et me re-tourner.

Le matin fut lumineux.

Avant mon départ un pote de SUP, résidant à Sainte Maxime, m’avait fait promettre de lui faire signe lorsque je me pointerai à l’horizon. C’est le genre de promesse contraignante qui ne va pas vraiment avec la liberté que j’ai envie de m’offrir à travers les trips, mais bon, je gardais l’idée sous le coude, d’autant plus que la traversée du golfe de Saint-Tropez me tracassait. Ce matin là, j’avais pour objectif d’arriver « par là-bas » dès le soir.

La matinée était tranquille. De crique en crique, je passais devant certains « hauts-lieux » de l’estivage huppé. Au fur et à mesure que le soleil s’élevait, la brise s’affirmait. Elle s’affirmait d’est, donc de face, levant un clapot qui ne pouvait glisser sur ma planche puisque le sac de devant le stoppait, rendant ma progression un peu plus heurtée à chaque coup de pagaie.
Un véritable « troisième jour », donc, celui-là même qui contribue à perpétuer mon ressenti négatif de ce foutu « troisième jour »  

Sur une des plages du Canadel, j’ai fait la pause déjeuner.

Du coup, j’en profitais pour avertir le pote de mon arrivée dans le coin, et lui demander si on pouvait inventer un « truc » pour sauter le passage du golfe. Par bonheur, il n’y avait pas de solutions, il fallait simplement que je passe de l’autre côté, et toute seule comme une grande!

C’était à la fois enrageant et parfait!  

Tranquillement, en ronchonnant souvent, en suivant comme autant de points de suspension les villages connus accrochés aux collines, je suis arrivée à Cavalaire, je me suis reposée à La Croix-Valmer. Là, j’ai appris que la commune faisait partie des communes « du golfe de Saint-Tropez ».
J’avais donc atteint mon objectif du jour et ce n’était pas si mal  Après un copieux sandwich, après une belle conversation avec un passant, j’ai repris la pagaie à la recherche d’un bivouac.

C’est dans les plis du Cap Lardier que j’ai découvert un abri paisible, loin du sentier de randonnée et du passage des promeneur

J’ai installé la tente sur un épais matelas de posidonies et j’ai posé la planche côté montagne, sur les éboulis…
… M’endormant rapidement et profondément…
… C’est alors qu’un grognement caractéristique me réveilla.
Sans avoir besoin de regarder, je voyais l’image d’une hure s’approchant !
Avant d’avoir pu l’illuminer, j’ai entendu le demi-tour et le frottement (tout aussi caractéristique) de l’animal qui déguerpit à toute hâte dans les broussailles. Comme il ronchonnait, le pauvre! Poussant à fond l’anthropomorphisme, je dessinais rapidement et mentalement un mini-court métrage : tandis qu’il venait comme tout les soirs sur « sa » plage, voilà qu’il y trouvait un touriste : plus moyen d’être tranquille, ma p’tite dame !  Je pense que la planche a dû le surprendre, à moins que mon odeur de fauve douchée à la lingette bio ne l’ait repoussé  
… Et j’ai replongé dans le sommeil.

Tous les chemins mènent à Rome (3)

Vendredi 6 septembre 2013 : La Croix-Valmer (Cap Lardier) – Saint Aygulf (plage de Saint Aygulf)

Cette étape là était par avance particulière : elle me permettait de regarder « côté mer » un espace souvent parcouru « côté sentier ». En effet, c’est dans ce coin que se court la traditionnelle SUP Race cup, c’est dans ce coin qu’il FAUT rester dans les 300m, c’est dans ce coin que j’ai découvert le plaisir de monter sur une planche de SUP, etc, etc…

Pour l’anecdote, voici le souvenir de mon premier essai en SUP. C’était en 2010 lors de la SUP Race Cup où j’étais allée en spectatrice encourager mon rejeton.
Un participant suisse, qui n’avait pas froid aux yeux, m’avait prêté sa planche afin que je puisse me faire une idée au sujet de cette activité tout à fait naissante.
Je suis montée dessus sans problème et à coup de pagaie timide, j’ai décollé de la plage jusqu’à me retrouver « assez loin » avec soudain, l’apparition d’une question existentielle : « mais comment fait-on pour tourner avec ce truc? »  Comme ce n’est pas sorcier, j’ai finalement trouvé une réponse parmi d’autres. J’ai rapporté indemne la planche et, illico, j’ai acheté une première, allround pour commencer… c’était la préhistoire du SUP… Depuis, j’ai ramé par monts et par flots avec beaucoup de plaisir avant de finir par raccrocher : la maison étant un peu loin du bord de l’eau, il devenait de plus en plus pesant de mettre la planche sur le toit de la voiture. Je me contente maintenant de cultiver ma flemme sur différents va’a polynésiens, lesquels résident directement sur les berges, me dispensant au quotidien de laborieux chargements/déchargements.

Ce matin là, suite à la « visite » nocturne, j’ai bien regardé l’aspect des broussailles qui dévalaient la pente et en regardant TRES attentivement, j’ai bien vu qu’un passage se dessinait, de ces passages animaliers presque imperceptibles.
Joyeusement, j’ai pensé que je ne laissais pas de trace derrière moi, une odeur certainement (mais pas un parfum entêtant de molécules chimiques de grande marque, non, une odeur « animale » seulement détectable par les animaux) un matelas de posidonies à peine tassé, aucune empreinte, aucun déchet.

Chaque jour je suis arrivée sur un bivouac, chaque jour j’en repartais, en silence et presque sans traces, ce fut chaque jour une délicieuse expérience.

L’eau était parfaitement lisse dans le coin abrité qui m’avait accueilli, puis elle s’est mise à dansait sous le soleil levant une fois la pointe tournée, à clapoter sous le vent d’est et se désorganiser sous l’effet du ressac à chaque passage de cap, mais sans heurt pour mes petits bras. Une seule question accaparait mon esprit « Comment allais-je traverser ce foutu golfe de Saint-Tropez, cette voie à grande circulation de yacht rapides et énormes ? »

Le long de la plage de Pampelonne, il y avait de jolies vaguelettes. Je cherchais le « Tahiti plage » recommandé et je le trouvais, tout au fond, presque à la fin de la plage. Mettant pied à terre bien avant l’heure du déjeuner, j’étais face à une sandwicherie fermée. Juste un peu de patience plus loin, j’ai fait la connaissance de J. un surfeur et de sa femme, ce fut une rencontre lumineuse. J’ai ensuite croqué dans le plus énorme sandwich le plus énormément protéiné que je n’avais jamais mangé. C’était un moment magique  d’autant plus magique que l’endroit était tout a fait « décalé » par rapport au quotidien dans lequel je me plaisais déjà.

Arrivée « face à la traversée », les conseils du surfeur s’imposèrent en un clin d’oeil « traverse au large »… Yeapppp, allez, hop, c’était parti!  

Rapidement, en suivant des yeux les trajectoires des bateaux, j’ai trouvé l’emplacement du chenal et de leur passage. Je savais qu’il me faudrait être prudente en le traversant mais qu’il n’y avait pas de risque ailleurs, sinon celui de me faire remonter les bretelles à cause des « 300m ».  Mais d’expérience, je savais déjà que les patrouilles patrouillent plus volontiers près de la foule qu’au milieu de nulle part. Force est de constater, qu’il n’y a jamais personne « au milieu ».  
« finger in the nose », je suis arrivée « en face » pile poil en vue du trajet de la longue distance de la dernière SUP race Cup. Intrépide, je n’ai pas cherché à m’approcher du bord et j’ai piqué en direction des Issambres.
Au large de la plage « des cigales », un « marin » en voilier-laser, tirant des bords dans la brisounette, s’approcha de mon équipage pour tailler une bavette. Nous parlions d’écologie, de silence et de glisse lorsqu’une grosse vedette vint faire des vagues à quelques mètres.
 
Pas le moindre salut.
« POLICE! ….VOUS… Vous avez un engin de plage… 300 m! c’est par là » (Note : depuis ce temps lointain, la « division 240 » a pris en compte les planches de SUP, leur accordant dans une certaine mesure le statut de « navire »)
Je n’avais pas du tout l’intention de discuter une telle autorité, cependant, je lui signifiais aimablement que me dirigeant vers les Issambres, je n’avais aucune raison d’aller « par là », c’est à dire sur la plage des cigales, c’est à dire en arrière…
« PAR LA » répéta t-il obstinément.
Je comprenais parfaitement qu’il puisse ne pas avoir l’imagination suffisante pour entrevoir le voyage d’un « engin de plage équipé de sacs marins et d’une pagaie de rechange bien visible ». Je prenais ostensiblement (et mollement cependant) la direction de la côte en lui lançant « Pas de soucis, puisque c’est le règlement, j’y vais, mais de ce coté, puisque je vais « par là » »
Il parut satisfait puisqu’il fit demi-tour dans une gerbe d’écume.
L’homme au petit voilier qui s’était prudemment écarté (il n’avait pas de gilet de flottaison) revint et notre conversation repris… tout comme notre cap vers les Issambres  … A environ… au pif 514,23 m de la ligne du bord de l’eau, autant dire au large!
Mais, soyez rassurés, citoyens : la police veille et suit ses « affaires ». Nous n’étions pas très loin d’arriver à notre destination (lui sur sa plage et moi à la pointe où se trouve un supermarket) quand un vrombrissement survint. Cette fois-ci, la vedette municipale fit un cercle complet autour de nous sans vraiment réduire sa vitesse. Je suppose que c’est un test : ceux qui ne sont pas immédiatement noyés sont censés être sur un engin de plage et DOIVENT en conséquence IMMEDIATEMENT se ranger dans les 300m!  D’ailleurs, c’est à l’orée de cette fameuse limite que se posa la vedette. En rigolant, j’imaginais le capt’aine qui faisait les « gros yeux »… Tranquillement j’ai donc ramé vers « ma » zone d’évolution, sachant que je faisais un heureux qui se coucherait tranquille en ayant accompli son boulot… C’est important de respecter les gens. Sérieusement, je le pense.

Hop, hop, hop, j’ai débarqué, fais les emplettes du jour et appelé le pote qui m’avait arraché une nouvelle promesse : lui dire où je me trouvais à 15h30!  Et bien, j’étais ici.  

Les conditions étant parfaites pour avancer facilement, je n’ai guère attendu « trop » longtemps avant de repartir.

C’est « plus loin » que j’ai été interpellé par le copain, courant sur les rochers, bondissant comme un gamin sur l’air de « Vas y, je te suis ». J’ai adoré! Il prenait des photos sous tous les angles!
Délicieux moment à nouveau, j’en souris encore.
Il m’a « suivie » jusqu’à la plage où j’ai monté mon bivouac, juste à proximité d’un restaurant de plein air, dans la région il n’y avait pas d’autre choix.

La journée était « particulière » dès le départ.
 
Samedi 7 septembre 2013 : Plage de Saint-Aygulf – Antibes (Club Nautique)

Pour pouvoir dormir à proximité d’une piste de danse, il a bien fallu que j’arrive à fermer mes oreilles avant de réussir à fermer l’oeil, et puis, le silence a fini par envahir la plage et c’est parfaitement reposée que j’émergeai de ma « chambre »  après l’aube de ce 5ème jour.

Il faut bien avouer que mon avancée n’était jamais très notable le matin. En fait je ne devenais réellement efficace qu’une fois le soleil au zénith, étant régulièrement en manque de carburant dans les premières heures de la journée.  
Je me suis adaptée : en premier, j’ai mis un tube de lait concentré dans le sac à dos (En passant aux Issambres, j’avais fait un stock!) ce qui permit, à partir de ce moment de combler « les coups de mou ».
Dès que je sentais mon coup de pagaie devenir un « automatisme inutile qui n’avançait à rien » c’est qu’il fallait remettre du « pétrole » ! 
Ensuite, j’ai trouvé un rituel pour marquer le temps d’une pause : coincer la pagaie le long des sacs, m’agenouiller, détacher le sac à dos, sortir le tube de nectar, l’ouvrir, m’en délecter, le refermer, le ranger, remettre le sac à dos, prendre une photo, décoincer la pagaie, me redresser et hop… repartir avec un tonus tout neuf.
A la réflexion, j’ai toujours fonctionné ainsi, avec des rituels qui donnent la cadence et des jeux qui provoquent l’improvisation.

Ce samedi, le jeu consistait à solliciter des gens sur l’eau afin qu’ils me photographient. (je vous fait grâce des subjonctifs imposés par la concor-danse des temps  )

J’ai demandé à Bob. Bob, sanglé dans un impeccable uniforme blanc à galons dorés, il semblait s’ennuyer ferme, appuyé contre la balustrade du rez de chaussée d’un yacht dont je tairais le nom  C’était à Cannes, dans le passage vers l’ïle Marguerite, là ou s’ancrent les plus énormes palaces flottants. Crevette au milieu des mastodontes, je fonçais néanmoins en direction de lui, Bob, dont j’ignorais encore le prénom : mon jeu du jour était-il envisageable avec lui ?
Arrivant à portée de voix, je lui demandais en anglais s’il acceptait de prendre une photo, il me répondit que c’était possible mais qu’il n’avait pas l’appareil photo. Comme je lui montrais le mien, il leva la tête en direction du deuxième étage où un homme gras était accoudé. Un signal d’acquiescement a certainement été envoyé et Bob a bombardé au point où j’ai un instant pensé qu’il allait au choix vider la batterie ou remplir la carte mémoire! Il aurait été vain de lui parler d’économies!  

Dans cette zone remarquable de la Riviera, ce samedi à la fin de l’été, l’ambiance était encore à la parade. Il y avait des bateaux qui allaient et venaient, comme autant de fusées, à proximité de la côte comme pour que personne ne puisse les rater ; le ballet était incessant.
Je n’ai pas compris s’il s’agissait de participer au concours de la plus grosse vague ou à tout autre chose. Un sentiment m’effleura : circuler avec ma planche et son chargement au milieu de cet étalage ne relevait-il point de la gageure?
Je restais néanmoins super tranquille, j’avais ma place au soleil comme tout un chacun.
D’ailleurs, pour le goûter, je n’hésitai pas à me « garer » à l’intérieur d’une piscine naturelle qui me tendait les bras, à l’aplomb d’une majestueuse résidence. (laquelle me semblait fermée et dénuée de caméras de surveillance surplombant la plage… Pas complètement folle, noméo!)

Cependant, quand vint l’heure de chercher une jolie place pour planter ma tente, force était de constater que les places étaient chères et escarpées. Rançon du luxe!
En contournant le Cap D’Antibes, j’ai vu apparaître une dame en SUP gonflable. C’est elle qui se précipita à ma rencontre au point que j’ai un instant imaginé la connaitre, mais non.
Le ressac l’agitait et hop, arrivée à ma hauteur, c’est avec un « plouf » qu’elle me salua d’un grand sourire, tout juste ébrouée, accrochée au travers de son support.
J’avais faim de gourmandise, donc je lui demandais où « trouver ça » et où « trouver la place pour dormir » dans cette zone un peu particulière. Immédiatement, elle me donna les deux réponses : il y avait « là-bas », « à environ une heure pour moi » une pâtisserie exceptionnelle et juste à côté un club de voile « où les gens sont super sympa »…

Direction là-bas!  

Et, comme j’ai beaucoup de chance, il y avait « fête des piroguistes » au Club Nautique et encore mieux, mon nom n’était pas inconnu !
Devant l’abondance du buffet, je trouvais toutes les gourmandises dont j’avais besoin en plus de la chaleur de l’accueil. Au milieu de la nuit, un feu d’artifice éclata…  

Pfiouuuuu… Fin d’été et week-end sur la Riviera, nuit sonore bis repetita… 



Tous les chemins mènent à Rome (4)

Dimanche 8 septembre 2013 : Antibes (Club Nautique) – Roquebrune-Cap Martin (crique juste avant la plage du Golfe bleu)

Le 8 septembre, quand je posais ma planche sur l’eau, Antibes semblait encore profondément endormie. La vie qui s’était poursuivie très activement pendant la nuit paraissait figée et un ciel lourd ajoutait un couvercle plombé à l’ambiance matinale.

La veille, mon hôte avait tendu le bras en direction des lumières de l’aéroport de Nice en me disant que je devais viser là-bas, que le seul truc auquel je devais faire attention était le courant de la rivière qui débouche juste avant, ajoutant que nous n’étions cependant pas en période de fonte des neiges.
Tout était beaucoup moins clair une fois passée l’illumination nocturne.

Il faut dire que depuis Cannes, j’évoluais en terre inconnue, absolument inconnue.
Bien évidemment, l’autoroute nous avait déjà plus d’une fois conduits d’un point à l’autre, mais circuler sur l’autoroute ne permet pas de « connaitre une région », pas plus que traverser Paris en métro ne permet de connaître Paris.
Dans ces circonstances, des noms s’impriment dans ma mémoire sans se relier sur mon GPS interne, je suis incapable de les placer dans un ordre géographique (c’est à dire sur une carte, c’est à dire de les orienter les uns par rapport aux autres).
En fait, Je peux affirmer « connaitre » une région qu’après l’avoir parcourue à pied ou à vitesse réduite (amusant d’écrire « vitesse réduite » pour signifier « vitesse humaine », c’est à dire vitesse physiologiquement humaine/animale ! )

Donc, ici commençait vraiment mon « voyage en terre inconnue », sans guide.
Je devenais « exploratrice » et l’expédition grimpait d’un cran au niveau des sensations, lesquelles se trouvent exacerbées par l’excitation de la découverte, l’absence de repères, l’inconnu au bout du regard.  

Je visais donc ce que je pensais être l’aéroport de Nice.
Et, je levais sans cesse le nez pour regarder monter le grain.
J’avançais en zig et en zag, comme si j’hésitais sur la cap à définir.

D’un coup, le vent a grimpé d’un cran ; indéniablement la venue d’un grain se précisait.
Je m’étonnais alors de la présence d’un voilier sortant du port, au loin : pendant ces quelques jours de navigation en Méditerranée, n’avais-je pas constaté que le meilleur indice météorologique de « mauvais temps » est l’absence de bateaux sur l’eau?
Et voilà que le voilier envoyait son spi !
Et… j’ai rapidement été « rassurée » quant à « ma » prévision : le grain arrivant sous son propre vent, le voilier fut surpris, le spi s’est impeccablement roulé en tire-bouchon, sans faire un pli, pour ainsi dire!  Je voyais bien que « ça » s’agitait à bord, mais sans effet sur la voilure sinon une dérive impressionnante.
Mais je n’avais plus le temps ni de rire, ni de me moquer, le vent balayait la baie des Anges, le clapot se levait fort et au loin des éclairs signalaient un orage.
Il fallait agir rapidement, j’ai visé la plage la plus proche, la plus logique par rapport à la direction du vent et à ma direction prévue, Je n’avais pas du tout l’intention de retourner au Club Nautique.
Je mis pied à terre sur la plage de « Marina baie des anges ».
Sous des gouttes aussi grosses que des flaques, j’ai trimballé planche, pagaies et sacs le plus haut possible, j’ai monté la tente en un clin d’oeil, y balançant les sacs (non sans avoir désespérément tenté de les rendre moins humides) et je me suis coulée à l’abri.  
Il restait à ôter mon linge trempé pour enfiler mon pyjama bien sec et je me suis glissée dans le duvet : grasse matinée obligatoire du dimanche!

Inutile de vous expliquer le bonheur de l’autonomie : dans ces moment précis, je suis la femme la plus heureuse de la terre.
La pluie tambourinait sur la toile, l’orage grondait et j’étais bien à l’abri avec de quoi boire, de quoi manger. J’étais « tout » est simplement « bien ».   

Je me suis endormie.

Au tintamarre de la pluie battante ayant succédé une chanson douce, j’ai émergé et j’ai « ouvert ma fenêtre » sur ce paysage

Il était déjà plus de midi.

Tranquillement je me suis préparée à repartir car je sentais que « c’était fini », ne me demandez pas ni pourquoi ni comment, étrangère à la région je voyais seulement un arc-en ciel au bout de la digue!  

13h30 : Départ n°2, au milieu d’une régate d’habitables, lesquels avançaient de millimètre en millimètre dans la pétole qui suivait le grain.  

J’ai longé l’aéroport de Nice, pensant en filigrane à ce qui m’était promis par celui de Genova (dont je ne connaissais rien d’autre que l’infinie longueur de digue bétonnée annoncée dans les guides maritimes).
J’ai enjambé à la pagaie la baie de Nice, puis celle de Villefranche pour finalement accoster les rochers de Saint-Jean Cap Ferrat, utilisant l’anneau d’une propriété privée pour amarrer mon navire et faire une pause goûter.

Monaco n’était plus très loin, un paquebot en sortait.
Monaco! J’ai bien aimé l’ambiance monégasque, ses grands voiliers et ses canots brillants en bois vernis, une ambiance de cinéma, mais tranquille, presque sans vagues. Je n’ai pas compté les saluts de la main et les sourires lumineux qui ponctuèrent mon passage.
C’était étonnant par rapport à ce que j’avais croisé dans les autres « zones à grande circulation ».
De l’autre côté de la Principauté, ce fut « back » in France…
Une jolie crique sous la ligne de train m’accueillit avec douche et tout le confort dont j’avais besoin (rochers-sèche-linge, etc…)
Demain, L’Italie était promise au bout de la journée .

Lundi 9 septembre 2013 : Roquebrune-Cap Martin (plage du Golfe bleu) – Arma di Taggia (à côté de Piccolo Lido)
Au matin du 9 septembre, ma tente n’était pas exactement où je l’avais plantée le soir du 8 septembre.
C’est que dans la nuit, le clapotis des vagues était devenu un peu plus « agressif » et que la tente en avait été toute éclaboussée. Réveillée par ces bruits suspects, je n’avais pas attendu longtemps avant de la monter (en fait la « tirer/glisser » avec tout son contenant) en haut de la plage, la qualité de mon sommeil en dépendait.  

La première chose que j’ai regardée en « ouvrant les volets » fut donc l’allure du mini shore-break sur lequel j’avais royalement « surfé » la veille. En théorie, je savais que ce que je surmonte facilement dans un sens ne me pose pas de problème dans l’autre : « chez nous » par exemple, si je peux franchir la barre pour partir, c’est que je suis capable de revenir  Evidemment si les conditions changent en cours de route, les ennuis peuvent surgir.
Visuellement, il n’y avait guère de différence.
Pourtant, l’eau montait notablement plus haut.
Comme il y avait un promontoire en béton à gauche de la crique, je n’ai pas manqué d’aller observer afin d’envisager les possibilités de mise à l’eau, mais je n’ai rien trouvé de mieux de que de sortir à l’endroit précis où j’étais entrée.
Essai n°1 : raté
J’ai re-positionné ce qui avait été bousculé par les attaques brutales et successives de l’apparente « mini-vague » 
Essai n°2 version « je garde le sac arrière sur l’épaule pour l’attacher sur la planche une fois de l’autre côté de la vague » : raaaaa….téééééé
Je suis têtue… mais pas entêtée…  
J’ai remonté mon bazar au calme et j’ai re-vu calmement la situation. Il existait obligatoirement une solution pour me « décoincer » et prendre le large, une solution simple.
Bravement et dégoulinante, j’ai filé vers le promontoire pour observer à nouveau.

Ne voyant que les escaliers et la possibilité de portage, donc « remonter sur la route tout là-haut » ; la flemme avait, en premier, barré le chemin de la curiosité. Cette fois, les deux échecs de « départ facile » m’obligeaient à explorer mieux et tatatadammmmmmm, il suffisait de monter trois marches pour accéder à un sentier qui menait directement à la plage calme d’à côté : 300 m de marche (et de portage) plus loin, hop, hop, hop, je pouvais me libérer!  

Pour l’anecdote :
Tandis que, soudain plus légère et plus heureuse, je commençais le transbordement, deux mecs et leur smala (les femmes, les sacs et les fauteuils pliants) arrivaient (visiblement équipés en vue d’une chasse-sous marine).
« vous allez porter « tout ça » interrogent-ils »
« ben… oui »
« Vous inquiétez pas, « on » surveille le reste »
« Ok, Merci beaucoup » m’entendis-je répondre en pensant que d’autres m’auraient proposé une « aide plus active »  
Un kayakiste au long cours rencontré le lendemain me confia une anecdote du même type avec une nette tendance des « hommes forts » à regarder plutôt que de donner un coup de main.
Bon c’est vrai : on est baroudeur/euse ou on ne l’est pas, non?  Et puis, je me demande si l’omniprésence de la télé-réalité dans la vie des gens n’influence pas certains : j’en ai rencontré plus d’un qui cherchait les caméras à ma suite, comme s’il y avait un jeu (donc des règles qui imposent de ne pas aider les concurrents) et comme s’ils avaient une chance de passer à la télé!  
Bon… Au total, ce ne fut qu’une heure de passée de manière originale et imprévue.
Menton… Vintimille, que dis-je? Vintimiglia! J’étais alors officiellement passée du côté italien!

Et c’est dans un port de pêche très artisanal que j’ai fait une revigorante pause déjeuner.

Partout dans ce coin, la montagne plonge dans la mer, les villages s’agrippent aux pentes vertigineuses, les viaducs acrobatiques dessinent l’autoroute, les nombreux trains sont autant de surlignages éphémères, les paysages sont grandioses. Ces paysages me ravissaient.

Le soleil déclinant, en souvenir de mon expérience matinale, j’ai cherché un lieu de bivouac bien abrité, ce qui me poussa à tutoyer la fatigue.
En arrivant dans la baie de Arma di Tagglia, j’ai directement visé la plage la mieux abritée. Et quand j’ai vu des mini-vagues au milieu de mon « chemin d’arrivée », je n’ai pensé qu’à les surfer sans me poser un instant la question de leur existence à cet endroit. Un tantinet fatiguée, je vous dis.
En un éclair j’ai vu arriver le sommet d’un caillou et hop, au bain!
Devant la plage déserte, mon amour propre ne voyait que la foule qui rigolait  pendant que je remettais la planche côté face, récupérais ma casquette avant de reprendre l’attitude d’une « Stand Up Paddleuse » tout à fait digne… et bien trempée!

Morale du jour : journée commencée en pataugeant se termine en pataugeant  

Dans l’histoire, j’avais oublié mes lunettes qui flottaient certainement encore dans la baie.
Objectif du prochain matin : en trouver d’autres!

A propos des vacances 2015 et 2016


En 2015 j’avais d’abord imaginé un trip outre atlantique dans le lointain Canada.
Comme là-bas les étendues sont immenses et la population dispersée, il fallait absolument que j’ai l’assistance de « complices » sur le terrain afin d’espérer ne serait-ce que me nourrir. J’avais lancé un appel aux personnes que je connaissais sur place.
Lucide, j’avais posé une espèce d’ultimatum dans mon planning : sans nouvelles en mars, il était vain de poursuivre le projet.
En mars, point de nouvelles.
Il fallait que je change mon fusil d’épaule.
Partie comme j’étais à solliciter une certaine assistance,
Partie comme j’étais à affronter le froid et la verdure,
Je lorgnais du côté des Alpes.
Sitôt le message envoyé en direction de la Suisse, sitôt le retour enthousiaste tombait dans ma boite mail.
Top là.
2015 serait l’année des lacs alpins, du Lac Léman et de la partie du Rhône qui le précède comme de celle qui le suit. L’arrivée se ferait à Lyon où j’avais prévu de participer en SUP (et sans bagages) à un grand rassemblement de pagaies.

La vie étant espiègle, à peine avais-je tout bien calé que je recevais un message du Québec. Une personne me proposait l’assistance de son mari pilote d’hélicoptère!
Il était trop tard.
Ce fut un grand bien pour mes principes où la simplicité et l’écologie sont au centre. Quelle mouche m’avait donc piqué de vouloir partir si loin!

A quelques heures de « chez moi », seule au milieu des montagnes, sur des lacs plus ou moins connus, j’ai ramé par étape ou par jeu et mes vacances furent parfaites.

Et 2016 s’en vint.
Il fallait que je trouve une nouvelle aventure pour remplir mes vacances d’étoiles.
J’étais désormais convaincue qu’il est inutile de chercher loin.
Le Rhône que j’avais commencé à suivre dès l’amont du Lac Léman, chuchotait à mes oreilles des berceuses d’enfance.
Lyon n’est-elle pas ma ville de naissance?
Et qui parle de Lyon parle aussi de la Saône, n’est-ce pas?
Et la Saône fait aussi partie de mes souvenirs d’enfance.
J’avais un début de fil, un début d’aventure, mais le trajet était bien trop court!
C’est à ce point de réflexion que j’ai tilté : il me restait à explorer une partie des côtes françaises de la Méditerranée et tant qu’à faire, pourquoi ne pas pousser jusqu’en Catalogne et rejoindre Barcelone ?
J’ai pris une règle et je l’ai posé sur la carte de France au niveau de Nantes. Presqu’en face, tout à l’est sur la Saône, j’ai trouvé le joli port fluvial de Chalon-sur-Saône : c’est là-bas qu’il fallait que je parte.

Et ce fut fait.

De la Saône, je suis passée au Rhône à la confluence lyonnaise, puis du grand Rhône je suis passée aussi souvent que possible sur le vieux-Rhône beaucoup plus bucolique.
Je suis arrivée au pied du célèbre Pont d’Avignon sous lequel plus personne ne danse, j’ai longé Beaucaire, puis j’ai bifurqué sur le « petit Rhône » qui se balade en Camargue jusqu’à ce que s’ouvre devant ma planche le canal du Rhône à Sète.
Là-bas, la grande Bleue attendait mon arrivée.


J’ai caboté de caps en criques et j’ai fini par arriver au coeur de Barcelone.

Ce fut une fois de plus une grande et belle aventure, remplie d’imprévus, de surprises joyeuses et de rencontres avec les fondements de ma personne.

Une fois rentrée, j’ai vraiment eu l’impression, d’avoir bouclé une nouvelle boucle de l’infinie spirale qui s’appelle la Vie.

Après trois années de trip, avec des milliers de kilomètres au compteur, ma belle planche Earth était fatiguée. Je savais qu’il était impossible de compter sur elle une année de plus.
A défaut d’investir à nouveau, il fallait désormais que j’invente une autre manière de voyager lentement.
Et pourquoi ne pas m’en aller tout simplement à pieds et sac au dos?

J’étais prête pour cette idée là!

Simplement la Loire (2)

Depuis que je suis devenue « nantaise », ça me prend comme ça, sans crier gare, j’ai un besoin de Loire.

C’est une question d’équilibre.

Je suis née au bord du Rhône, un fleuve au masculin.
J’ai poussé, je suis partie, j’ai voyagé et le Rhône est resté dans son lit, un lit actuellement entièrement dessiné par les projets des hommes. De son lit ancestral, il ne reste que des empreintes de passage.
La Loire, un fleuve au féminin, était autrefois la concurrente du Rhône dans les livres de géographie.
En effet si le Rhône était le champion du débit, la Loire était la championne de la longueur.
La Loire serpente encore à sa place, parfois retenue, jamais détournée, alternativement librement débordante, pleine ou à l’étiage, elle est un des derniers fleuves sauvages d’Europe.

Ma famille maternelle était ligérienne (Roanne) tandis que ma famille paternelle s’est construite sur les berges du Rhône, à l’endroit précis où l’Ardèche vient s’y mêler, l’Ardèche étant le nom du département dans lequel la Loire prend sa source.
Il est bien probable que rien de « tout ça » ne soit sans effet palpable, n’est-ce pas?

« N’oublie pas les chevaux écumants du passé » écrivit C.Singer dont j’entends encore la voix de sagesse (Editions Albin Michel, 2005, 9782226159991) et je n’oublie pas et je la revois, souriante, lorsqu’elle expliquait :
 » c’est la différence qui crée le mouvement qui crée la vie. « 

Il est certain que la Loire me permet de toucher, à travers une gigantesque métaphore, la dynamique de ma vie, toutes ses différences, le calme et le chaos, le chaud et le froid, la clarté et l’obscurité.

En 2012, la fontaine de la place royale de Nantes, celle sur laquelle siège l’allégorie de La Loire, était recouverte d’une structure rappelant le Mont Gerbier des joncs… Cette année là, j’étais partie à la source!
Sept ans plus tard, une discrète exposition au LU s’appelle « Des rives, voyage dans l’estuaire de la Loire ».

La source.

L’estuaire.

Cette année, je m’en vais faire une boucle dans l’entre-deux.
En marchant!
C’est décidé.

Simplement la Loire.

Post scriptum : Et comme l’idée de synchronisme me fascine immanquablement, je note avec joie qu’une personne dont je dois recueillir les propos en vue d’un projet en cours n’a pas trouvé, pour ce soir précisément, meilleure place de RV que les rives de la Loire.
Simplement la Loire…





Point faible

Il y a tout juste une semaine le départ de la première étape du Vendée Va’a se préparait.

Comme avant chaque course, l’équipe a fait un cercle et chacun a dit un petit mot.

Depuis la veille, depuis notre arrivée sur le site j’avais au bord des lèvres une petite phrase toute prête, une petite phrase qui venait en point d’orgue après les mois passés, les heures d’entrainement consenties et toute la préparation qui avait contribué à créer une équipe à la hauteur de l’évènement.

Le poids des mots étant ce qu’il est, ma conscience des mots étant ce qu’elle est, j’ai gardé pour moi la petite phrase toute prête et je n’ai partagé que du convenu.

L’équipe avança comme un seul homme.
Trois jours de suite.
Sur chacune des trois étapes.
Passionnément.
Joyeusement.

Comme prévu, chacun toucha son point faible mais l’alliance de tous les points forts contribua à la réussite du rêve que nous avions fomenté : terminer honorablement, sans subir et en restant toujours au contact.

Mon point faible, puisque c’est l’objet de ce billet, mon point faible est toujours le même, c’est cette volonté qui me pousse à danser sur le fil tendu entre mes paradoxes, cette exigence qui me contraint sans cesse à faire le grand écart, parfois jusqu’à la douleur vive. Alors des larmes s’échappent, des larmes à masquer tant que la représentation est publique et des larmes qui coulent parfois en silence dans la solitude du face à face.

Prendre un point faible à bras le corps est nécessaire quand tout nous pousse à aller plus loin.
Mais prendre un point faible à bras le corps est vraiment difficile tant il fuit, glisse et s’enfuit prestement.

Dimanche soir, j’ai essayé de le coincer sous la douche : la cabine bien fermée il ne pouvait même pas s’envoler et la musique de l’eau rebondissante masquait le tintamarre de la bataille.

J’ai presque réussi! L’immobiliser était un peu difficile sous l’eau.
Alors, je suis sortie au sec.
Et puis j’ai réussi.

Alors, j’ai tenu fermement ce foutu point faible prisonnier, exhibé sous mes yeux derrière ses grilles et je l’ai examiné sous toutes les coutures histoire de mieux comprendre avant de le relâcher. Car c’est pas si méchant, un point faible, et encore moins quand il est bien connu!
N’est-ce pas?

Et magie, magie, hier en écoutant ma radio préférée du matin, la lumière est venue balayer le coupable. C’est qu’il fallait que j’élargisse mon regard : comme toujours il faut considérer l’ensemble car rien n’arrive « à cause » d’un truc précis mais en raison d’un faisceau conjoncturel.

Il était question d’introversion et cette phrase retenait mon attention : « Dans La force des discrets, sous-titré Le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard (éditions JCLattès), Susan Cain explique que « les introvertis vivant dans le monde de l’idéal extraverti sont, comme des femmes dans un monde d’hommes, bafoués pour un trait de caractère indissociable de leur identité profonde ».
Il était question du sexisme dans le sport en présence de l’excellente Béatrice Barbusse qui exprimait avec une diplomatie toute universitaire le fond de mon expérience.

Cette paire associé à ma réflexion forma alors une éclatante trinité!
Plus loin reste à vivre, toujours plus riche, à ma rencontre.
Car plus j’approche de la fin, plus l’infini affirme sa présence.

Et bien entendu, aucune chapelle ne m’appelle!
Ce serait bien trop simple
Et tellement dépourvu d’adrénaline!



Simple effort

Effort, c’est un mot qui revient à toutes les sauces et que chacun interprète à sa sauce.

J’aime ce mot là, j’en ai même fait un pseudo qui vagabonde parfois sur la toile, incognito, dans un idiome d’ailleurs.

Ici, sur ces pages virtuelles, il apparait souvent comme dans ce billet et tant d’autres et reste cependant remarquablement invisible parmi les étiquettes.

Ce matin, j’ai décidé de faire l’effort de laisser ma pirogue au sec alors que tout me dit d’aller ramer, en particulier le maigre temps qui reste à passer ici.
D’autres jours, je décidais de faire l’effort de la sortir alors même que rien ne me poussait à y aller, ni le vent, ni les vagues, ni l’urgence ni même le prix de location acquitté.

Inévitablement, il fallait que je creuse ce paradoxe et cette histoire d’effort consenti.
Simple effort.
Anecdotique effort.
Formidable effort.
Pour nous tous qui habitons ce monde du moindre effort tant vanté.

Ces rêves qui se laissent attraper

Sans rêves, jamais ma vie n’aurait été ce qu’elle est
Je suis une infatigable rêveuse en ce sens que je cours sans cesse à la poursuite de rêves fous.

Rêver est non-suffisant, il faut de la constance, de la tranquillité, une infinie persévérance car les rêves sont comme les papillons, ils ne se laissent pas facilement attraper intacts et bien vivants.

Sur cette île de désert et d’océan dont je connais mille recoins, une chose me manquait dont je rêvais depuis plusieurs années : la possibilité d’aller sur l’eau, chaque jour, seule, à ma guise, la possibilité de m’évader à volonté … en quelque sorte.
Dix ans que j’attendais ce moment.
Dix ans.

Voilà qui est fait.

J’ai attrapé ce rêve le jour même de mon arrivée.
Je l’ai attrapé comme je fais toujours, en lui courant après.
Je regardais l’océan quand j’ai vu deux pirogues entrer dans la rade.
Deux pirogues!
Jamais je n’en avais vu autant à la fois par ici!
Elles se dirigeaient vers une plage centrale, au pied des restaurants.
Je les ai suivies du regard, j’ai hâté le pas espérant les voir de plus près, sans vraiment savoir ce que je cherchais sinon rêver je ne savais pas vraiment quoi.
Tout allait très vite et malgré mon pas empressé, lorsque je suis arrivée près de la plage, ce fut pour voir deux gars en sortir leur pirogue sur l’épaule.
Ni une ni deux, comme je le faisais gamine, comme je l’ai toujours fait, j’ai suivi mon rêve, j’ai suivi les gars dans la rue, puis dans le parking souterrain où ils s’engouffrèrent.
L’avantage quand on est gamine depuis plus longtemps que les autres, c’est que la timidité est moindre. J’ai commencé par observer, mais il n’a pas fallut plus d’une minute pour que je demande : « Ces pirogues sont-elles à louer? »
Elles ne l’étaient pas, mais il y avait une piste, un nom à taper sur le clavier sans plus de précisions.
Et hop!
Le lendemain j’avais rendez-vous au bistrot du coin.
Et hop, le soir même j’avais la clé du local et une pirogue à disposition pour quelques euros symboliques.
Et hop, le lendemain je partais vers ce que j’aime le plus, une session seule sur l’océan, dans cet entre-deux à nul autre pareil où la houle est grande et le rivage lointain, où l’eau perd ses nuances turquoise pour passer à l’outremer, où je deviens moins qu’un point à l’horizon pour qui aurait la folie de s’user les yeux à me chercher.
Seule contre le vent, seule avec lui.
Seule à fleur l’eau.
La houle est belle au milieu du channel,
Ce matin, dans les creux, les montagnes disparaissaient.

Le rêve.
Si longtemps non-attendu.
Le rêve s’est réalisé.
Ce rêve là, comme tant d’autres déjà.

Mais tout ceci serait de moindre intérêt si d’un coup, je n’avais compris un mystère qui me questionnait.
Le mystère était le suivant :
En écoutant les gens exprimer leurs souhaits, leurs rêves et leurs désirs les plus fous dans le cadre par exemple où il seraient susceptibles de gagner beaucoup d’argent « pour réaliser leurs rêves », je me suis infiniment souvent posée la question de savoir ce que je répondrais à leur place. Et chaque fois, j’ai fait chou blanc.
Rien.
Pas une seule idée de « rêve à réaliser »!
Moi qui passe mon temps à rêver plus loin!

C’est que rêver est une épreuve d’endurance,
Une aventure qui ne se vend ni ne s’achète.
Rêver, c’est courir après les papillons,
Patiemment, tranquillement, avec beaucoup d’assiduité,
Et quand parfois l’un d’eux vient se poser,
Juste là, à portée de main,
C’est retenir son souffle et avancer et oser
Sans y croire, sans douter
Et l’attraper tout entier, bien vivant
Le rêve.

Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.