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Reconnaitre, chercher et enfin… trouver!

Listera ovata (une des orchidées les plus répandues de France)

Après avoir beaucoup cherché, il arrive qu’enfin nos pas nous portent vers « TROUVE »!

Bien sûr, il existe des espèces presque courantes, de celles qui sont visibles aux rond-points des autoroutes comme l’orchis bouffon près de Nantes. Néanmoins, comme il n’est pas facile de s’arrêter dans ces endroits, il faut parfois chercher ailleurs.

Trouver après avoir cherché me procure une joie plus intense que celle qui surgit lorsque je trouve sans chercher, cadeau imprévisible sur un chemin programmé.
C’est certainement en rapport avec le temps passé, avec l’attente nécessaire, avec la patience cultivée.
Il faut de la chance, à moins que ce soit un coup de pouce du ciel, un éclairage particulier, un guide suprême, je ne saurais dire.

Récemment, je cherchais activement une espèce rare, en voie de disparition, protégée au niveau national.
J’avais fait pas mal de déplacements à sa recherche.
Sans la rencontrer.
J’avais cent fois remis l’affaire sur mon écran, fouillé le web avec différents mots-clés et c’est après la dernière « fouille » de terrain que je suis « tombée » sur un article signalant sa disparition dans tout le département.
Alors, comme par magie, j’ai reçu un message d’un vieux chercheur qui me parlait d’un « spot » visité par lui en 2016, un « spot » par lui définit avec le mot « station ».

Je fais une parenthèse à propos de ce mot que je n’aurais jamais employé (et que je n’emploie pas) à propos d’un endroit où une espèce est visible, où elle est stationnée, donc. Je suis toujours amusée par le vocabulaire spécialisé, un vocabulaire qui pose une apparence « je parle ainsi parce que c’est ainsi qu’il faut parler dans ce domaine, donc je fais partie de ce groupe ».
Il convient cependant de retenir qu’il existe des stations qui ne sont pas des stations balnéaires! Cependant en fonction du nom d’espèce accolé au mot « station » ce sera un « spot » à la mode, un « spot » pour privilégiés ou un « spot » populaire.

Pour revenir à l’anecdote précédente, le « spot » potentiel (ce sont les surfeurs qui parlent souvent de spot… je fais ici référence à ce qui m’amuse dans l’utilisation du vocabulaire!) était proche d’une plage de surf que je connais bien.

Je suis donc partie, armée de patience, dans le but d’explorer méthodiquement tous les prés accessibles d’un point à l’autre, soit sur le papier, plusieurs hectares!
En fin de matinée, j’étais arrivée à la moitié.
J’avais déniché les dernières hampes fleuries d’A.Laxiflora, les squelettes aux graines envolées d’O.aranifera, les fruits murs de quelques A.morio mais point ce que je cherchais.
J’avais les yeux fatigués par trop d’attention.
J’avais des doutes à la pelle : Etais-je réellement le bon jour au bon endroit? Etait-ce trop tard? Trop tôt? L’espèce avait-elle disparue depuis 2016? la sécheresse printanière avait-elle annulé la pousse de cette saison? Mille questions m’assaillaient et j’avais faim.

Sortant du dernier pré visité, je décidais pourtant d’aller jusqu’au point limitant la zone de recherche, simplement histoire de mesurer ce qui me restait à explorer une prochaine fois. Libéré de la pression de la recherche, je marchais d’un pas franc, le regard plus au loin que précédemment.
C’est alors, que dans mon champ de vision, une silhouette entra.
Dans le même instant fugace, tout en me disant que les orobanches était capables d’espièglerie en ce moment, je me suis dit « c’est ce que je cherche ». Et hop, j’ai enjambé la barrière, il n’y avait personne alentours.
Wahooooooooooo! J’y étais!
Contre toute attente, j’y étais.

Il fut temps de ne plus avoir faim, de ne plus compter le temps, de m’agenouiller et de capter l’instant sous tous les angles.
Puis, regarder plus loin, à côté, survoler l’espace, compter, m’agenouiller encore, simplement ravie.

Et puis, la faim est revenue. Je suis partie, heureuse de cette matinée passée.
Impatiente impassible imaginant déjà une autre recherche et la patience indispensable pour y parvenir.

Chercher les orchidées sauvages en France

Dans un précédent billet, il y a des pistes pour reconnaitre les orchidées sauvages lors de balades.
Pour qui se balade en cherchant à en trouver c’est une autre histoire.

Avant même de partir en exploration, il faut savoir ce qu’on va chercher et où aller chercher. Ensuite, il faut convoquer la chance et ça, c’est encore une autre histoire.

Est-ce bien utile de préciser que la saison compte? Que le climat compte aussi ?
Dans les livres et sur les sites, il est possible de trouver des renseignements mais il faut ensuite recouper les informations.
Par exemple dans une région chaude, la floraison sera probablement plus précoce qu’en montagne, une année de sécheresse sera peu favorable, le gel tardif retardera la date de sortie des hampes florales. C’est vrai pour toutes les plantes mais quand on se balade sans rien chercher, on y accorde aucune importance.

La plupart des orchis apprécient vraiment les sols alcalins. Inutile donc de les chercher en terrain acide.
Quels sont les terrains les plus volontiers alcalins? Ce sont ceux qui contiennent une bonne partie de calcaire.
Peut-être avez-vous des souvenir d’école? Le calcaire est une roche sédimentaire et la plupart du temps d’origine marine. Donc dans tous les coins où l’océan s’étalait, parfois des millions d’années avant notre ère, il peut y avoir du calcaire, donc des orchis.

Il n’est pas rare de se retrouver dans des endroits vraiment sympathiques! Et c’est important parce que les orchidées ne sont pas légion au point d’apparaitre en premier plan sur les photos!
Et puis, il y a aussi les zones dunaires, le sable marin étant assez chargé en coquilles, les dunes de nos plages se révèlent être d’excellent coins à orchidées sauvages et souvent d’autant plus qu’elles ont « reculé » dans le paysage et qu’elles se retrouvent un peu à l’abri des embruns directs.

Voilà une première piste.
Avec les moyens offert par internet, il y a de quoi passer du temps devant l’écran pour affiner les recherches avant de commencer sur le terrain.

Donc nous voilà sachant ce qui est à chercher (forme, couleur, hauteur) et ayant une idée de l’endroit où chercher.

Mais voilà que devant l’étendue des zones à explorer, l’idée de tout laisser tomber nous assaille.
Deux solutions s’ouvrent alors.
1° demander conseille, adhérer à une association, suivre un groupe
2° s’asseoir à nouveau devant l’écran et chercher plus loin, il y a toujours un « plus loin » que nous avions laissé échapper.

Personnellement, insoumise et revendiquant une certaine liberté, je suis assez incapable de voter pour la solution 1°.
En plus, je sais par expérience que les personnes qui détiennent le savoir souhaitent rarement le partager, au risque de perdre non pas leur savoir, mais leur « célébrité », leur « pignon sur rue ». C’est simplement humain.
Ayant un jour reçu un message du style « si vous le souhaitez, je peux vous aider à trouver », j’ai tenté la question « avez vous une piste pour cette espèce? » et sans surprise, j’ai reçu en retour une piste très, très imprécise genre « entre ici et là » c’est à dire pas moins de 50 000 mètres carré à arpenter consciencieusement!
Il faut être motivé!
Sur ce coup, vu la rareté de l’espèce, je l’étais.

Les personnes le plus rusées me diront qu’il y a des sites spéciaux où les espèces sont localisées.
Oui.
C’est simplement oublier que les plantes sont tout autre chose que des machines plantées à vie sur un emplacement jamais modifié.

Si c’était simple trouver n’aurait aucune saveur.
Trouver!
Ce sera l’objet d’un autre billet.

Reconnaitre les orchidées lors des balades

Orchidée est un mot aussi vague que graminée, ombellifère, astéracée. Dans la classification, c’est une famille, une famille gigantesque : pas loin de 30000 espèces répertoriées, réparties en 850 genres.
En France on compte 160 espèces, dont 27 sont menacées de disparition et 36 quasiment introuvables. En Loire-Atlantique sur la trentaine d’espèces traditionnellement répertoriées, un certain nombre a déjà disparu.

Mais le sujet de ce billet est « reconnaitre les orchidées, en balade, lorsqu’elles ne disposent d’aucune étiquette, lorsqu’elle passent sous nos yeux lors d’une randonnée, par exemple.

Avec une simple éducation, nous désignons sans difficulté une graminée, peut-être par ressemblance avec ces végétaux dont l’agriculture s’est emparé pour nous nourrir.
Les ombillifères, omniprésentes le long des routes ne nous échappent pas avec leurs fleurs en forme d’ombrelle.


Paquerette, marguerites sont des astéracées que nous désignons par leur « petit nom » de genre, voire d’espèce, dès l’enfance.
Fabiacées, Lamiacées, Euphorbiacées, peut-être que ces familles évoquent des plantes connues pour certaines personnes?
Et orchidées?
Qu’est-ce qui uni les membres de cette famille formidable?

Elles sont partout, sous toutes les latitudes. Elles vivent dans les arbres ou sur la terre. N’oublions pas que les orchidées sauvages européennes furent dans un premier temps classées parmi les plantes à bulbe et que leur nom fit référence à l’aspect particulier de leur « oignon » double.

Ce qui est constant et visible, c’est TROIS pétales, TROIS sépales.
Un des pétales est différent (longueur, forme, coloration), c’est le labelle : il doit être attirant pour les insectes afin qu’ils s’engouffrent au coeur de la fleur et participent ainsi à la reproduction.
Le labelle détermine l’axe de symétrie de la fleur.
En botanique, on nomme périanthe l’ensemble qui protège les organes reproducteurs d’une plante, ce sont les pétales et les sépales. Pétales et/ou sépales peuvent fusionner et former parfois une espèce de casque, par exemple, afin de protéger mieux. Ainsi compter jusqu’à trois n’est pas toujours suffisant pour reconnaitre ces plantes tellement particulières.
Pourtant, je peux dire que très vite, notre oeil s’habitue et devient capable de faire la différence.
En premier, la relative « rareté » est un indice.

Hier, j’étais dans un immense champ non cultivé. Il y avait une grande quantité de graminées différentes, une grande quantité de plantes différentes, et je ne parle ni des insectes, ni des oiseaux qui profitaient de ce coin de paradis. Là-bas, j’ai trouvé 3 espèces d’orchidées sauvages, autant dire une profusion, et j’avais parcouru 70km pour « tomber » sur ce coin préservé!

J’ajoute que la technologie actuelle nous facilite la vie. En effet, il est toujours possible de sortir la smartphone de notre poche, de prendre une photo et de l’agrandir entre nos doigts afin d’observer de plus près. Elle est loin l’époque où les botanistes se baladaient « armés » d’une loupe!

Informations préalables

En l’absence de précision, les images présentées sont toujours exclusivement les miennes.
Les photographies ont été faites sur le terrain au fur et à mesure de mes découvertes.
Je dispose selon les circonstances d’un APN Sony cyber shot DSC HX 90V, d’un Iphone 6 ou d’un APN Olympus touch TG 5 , du matos de loisir absolument sans la moindre prétention artistique.

La présentation associée à chaque image demeure succincte, faisant parfois la part belle aux anecdotes.
C’est l’originalité de cette présentation, une parmi tant d’autres.

Pour chaque fleur, il y a un lien vers une fiche de L’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) sur la quelle figure un très grand nombre d’informations.
Les botanistes des siècles passés étaient très souvent des médecins comme expliqué dans ce billet, ainsi, autant que possible j’attache un lien à leur nom afin qu’il soit possible de faire leur connaissance.

Pour certaines espèces, il y a en plus, un lien vers une illustration du 19ème siècle. Je trouve vraiment digne d’intérêt ce lien vers un regard ancestral. La qualité des illustrations, la précision des détails est époustouflante. Aujourd’hui, nous avons tous un APN dans la poche et la technologie contemporaine nous permet de multiplier les clichés, d’agrandir démesurément, d’obtenir sans le moindre réglage manuel une image nette sur un large champ, etc ; et rien de tout cela n’existait au 19ème siècle!

Parfois encore, il y a en bonus, un lien vers un article didactique qui me plait.

Avec cette présentation, j’espère émoustiller la curiosité des curieux de nature.



La collection apparait dans l’ordre d’entrée en scène sur mes « spots » depuis le printemps, jusqu’à l’été.

La valse des étiquettes

Aucune image ne serait capable, à mes yeux, d’illustrer le propos qui suit.
Pas d’image aujourd’hui donc.
Pas plus d’étiquettes, seulement une valse
A trois temps
Production, valorisation, consommation.
Dater le premier temps de la valse est difficile
Et une fois que la musique est lancée, chacun des temps existe individuellement
Donc sans ordre.

Pourtant injonction il y a.
Sociétalement.
Eviter les étiquettes, tout le monde pareil
Donner une valeur, à chacun la sienne

Et ce qui me désole, c’est que « la normalité » permette de définir ce qui lui échappe
Tout en multipliant les définitions
Au point de rétrécir sa base et de disparaitre elle-même.
Car lorsque « la normalité » devient l’exception, elle n’a plus rien de normal.
Multiplier les étiquettes
Identifier des variations à la norme
C’est aussi annihiler la norme
En trouvant une étiquette pour chaque individu.

Et si chaque individu à l’étiquette
L’est pour obtenir une aide,
La norme deviendrait donc l’aide et la dépendance à l’aide
Chacun revendiquant le droit à être considéré
« Comme tout le monde »
Et le droit d’en avoir plus que la norme
Qui n’existe plus…

Allez, dansons maintenant!

Les sens de l’être (2021 – 1)


Combien de temps faut-il attendre pour que tombe le fruit mûr?

Souvent j’ai relaté cette expérience unique et merveilleuse vécue un simple matin dans le jardin : les poires étaient dorées à point et ma gourmandise en était émoustillée, je me suis dirigée vers l’arbre, j’ai tendu la main et à l’instant précis où elle était sous le fruit choisi, prête à l’empaumer, le fruit est tombé.
Il s’est posé dans le creux de ma main, exactement où il était attendu.

Je garde jusque dans mon ventre le délicieux frémissement de ce matin là.

C’est le réveil de ce même frémissement qui me ramène aux sens de l’être.
C’est là, sur cette île à nulle autre pareille, aussi déserte qu’intensément vivante, qu’il vient me chatouiller au plus profond.
C’est perchée sur un rocher, immobile au dessus de l’océan turbulent, tendue entre terre et ciel, que je comprends l’essentiel.

Et s’il était temps de mettre en pages images et réflexions?
En premier afin de clarifier à nouveau ce qui me semble vraiment important.
Puis, peut-être pour partager un peu plus loin mon point de vue au sujet de mots aussi vagues que « méditer », par exemple.
C’est encore flou, mais il y a un germe de quelque chose qui s’impose et mon clavier s’affole.

Plus loin est encore plus loin.

PS : Début juin est arrivé. Plus loin est ailleurs.
Le clavier crépite, certes.
Sans autre objectif que celui qui consiste à écrire encore
Pour rien.
Sans aucun objectif.
Partager un point de vue est seulement un concept.
J’avais failli l’oublier, emportée par un grain d’égo encore en vie!

Entre hier et demain

C’est absolument constant, nous vivons entre hier et demain.
Entre l’instant d’avant et l’instant d’après nous allons, imperturbablement perchés sur le fil tendu entre nos paradoxes, entre là-bas et plus loin.

Et pourtant, le monde s’agite, se débat entre les guerres qui définissent des gagnants et des perdants, des guerres toutes aussi légitimes les unes que les autres puisqu’il est toujours question de se défendre, uniquement de se défendre, coûte que coûte.

A côté de ça, de grandes dégoulinades utopistes remplies de bisounours, de licornes, de petits coeurs virtuels ou de chatons scintillants disent que nous sommes également importants, que le monde est solidaire, que la paix est un objectif, que etc.

Je suis entre le paragraphe1 et le paragraphe 2 et je suis là aussi.

Hier, je suis restée de longues minutes au pied de grands arbres encore dénudés par l’hiver.
Les racines dans l’eau, les troncs enveloppés de mousses, il s’étirent vers le ciel et attiraient mon regard.
Une étrange cacophonie s’était emparée du lieu et en y prêtant attention, il était possible de distinguer des claquements de bec, des frôlements d’ailes, des frémissements de branches, le tout au milieu du concert des hérons huant à tue-tête.

Au début, j’étais seule dans la ville, comme égarée sur un chemin de terre trop boueux pour les promeneurs citadins.
Quelques instants plus tôt, je les avais côtoyé, la plupart, dépourvus de bouche et de nez, parlaient cependant, qui à leur compagnon de balade, qui à un invisible correspondant.
Solitaire et démasquée, j’allais mon chemin.
Je savais que c’était le « bon » moment pour aller assister au ballet des grands hérons.

L’instant d’après, j’avais décollé, incapable de sentir où se situaient mes limites corporelles, j’étais comme immobilisée, accaparée par tous mes sens, plantée dans l’essentiel.
Et puis une voix m’a fait atterrir : un homme était posé à côté et il disait : « C’est le meilleur endroit. C’est beau, hein? Ils sont en train de retaper leur nid. »

J’ai sorti mon smartphone, capté 8 secondes de vidéo, envoyé les images vers « my story » d’un réseau qu’on dit social et j’ai pris le chemin de retour.

Demain, à cette heure, il est hautement probable que je serai dans l’image qui précède ce texte, ou plutôt dans le paysage mouvant et sonore qui fut immobilisé l’année dernière, il y a plus d’un an, alors que personne au monde ne pouvait imaginer que nous serions aujourd’hui dans la monde tel qu’il nous semble aujourd’hui.
C’est assez fascinant à observer.
Passionnant.

C’est la troisième fois que je vais décoller en avion depuis la dernière fois du mois de février 2020.
Cette fois-ci, en plus d’avoir dû générer un QR Code spécifique, il a fallu aller se faire gratter la fosse nano-pharingée et attendre le résultat. Après avoir été soulagée de voir le vol maintenu, il fallait dépasser ce « test » pour commencer à penser que le décollage allait pouvoir se faire.
Pour l’instant mon carnet jaune de vaccination international ne vaut rien sinon pour la fièvre jaune, logique : jaune = jaune
Puisque nous sommes tous égaux de cette égalité d’état qui figure aux frontons des mairies de France et de Navarre, il va bien falloir que je sois solidaire avec mes compagnons de voyage et comme eux, je vais subir un nouveau grattage de la fosse nano-pharingée pour avoir le droit de revenir dans quinze jours.
C’est le prix à payer.
Ca me fait rire
Un peu jaune quand même!

Aujourd’hui, je suis entre hier et demain.
Il faut vivre avec son temps disait ma grand-mère.
Je suis maintenant grand-mère.
Et je répète : vivons avec notre temps, en paix avec nous-même, dans notre temps.

Samedi 20-02-2021
Trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience. La mode est aux Variants et à la Vaccination, il reste maintenant W, X, Y et Z.
La suite est toujours plus loin.

Vive l’aventure!

Chaque année, je prends un soin particulier en préparant des aventures à nulles autres pareilles, j’évalue les parcours, les accidents de terrain, les possibilités de trouver de l’eau, de la nourriture, de me perdre, de me blesser, bref, de prendre des risques que d’autres ne prendraient pas.

Pour cette année, j’ai pas encore trouvé.

En attendant, voilà que « le hasard » m’a offert la possibilité de vivre un « truc » simple, à la porté de tout un chacun. En y réfléchissant l’idée qui s’est agrandie fut la suivante : ce qui est important c’est l’extra-ordinaire, si pour moi il est ordinaire d’aller ramer sur l’océan seule, en pirogue polynésienne, un jour de soleil glacial, il est parfois extra-ordinaire de me conduire « normalement »!
Et cette idée a tout de suite mis du piment dans la sauce.
Donc,
Comme d’habitude, j’ai méticuleusement préparé mon aventure. J’ai méticuleusement évalué les risques et j’ai même envisagé l’imprévisible. 

La force de l’expérience faisant que j’ai survécu à pas mal de prises de risque.
– A l’ingurgitation de kilos de bonbons gélatineux dont le goût est parfois explosif, de délicieux bonbons mélangeant sans honte du sucre bien bien sucré avec de la gélatine et pire des additifs comme par exemple du 2-hydroxy-1-(4-sulfonate-1-naphtylazo)-6,8-naphtalène disulfonate trisodique.
– A la décoration de mon corps, parfois loin des « salons » ripolinés et sans jamais connaître la composition des encres qui s’incrustaient dans ma peau.
– Et tant et tant, comme, accessoirement aller acheter au comptant ma dose de N-(4-hydroxyphényl)acétamide + polyvinylpyrrolidone + sodiumcarboxyméthylamidone + amidon prégélatinisé + magnésium stéarate + talc chez le dealer officiel du coin de la rue.

Bref, je suis de nature confiante.

Alors, je suis partie à l’aventure, faire « comme tout le monde » alors que paradoxalement, dans cette histoire, j’ai simplement l’impression d’être un colibri marginal.

J’ai bravement coché les cases qu’on me demandait de cocher pour obtenir « la » dose promise. Sans en avoir une preuve vraiment scientifique, j’ai même déclaré une absence de réaction allergique à « ACL-0315 ((4hydroxybutyl) azanediyl)bis(hexane-6,1-diyl)bis(2-hexyldecanoate) » et consoeurs.

Moi qui regarde attentivement les étiquettes qui précisent l’origine biologique des carottes qui vont dans ma soupe, moi qui lit passionnément les listes de produits naturellement chimiques contenus dans les mixtures qui n’empêchent pas d’avoir la peau ridée, j’ose affirmer que j’ai été un peu légère sur ce coup là. 

Certains pourront alléguer que j’avais tellement besoin de prendre des risques, pour un peu d’adrénaline au milieu de la grisaille, que je me suis laissée aveugler. Bien sûr, j’ai une pensée pour l’ensemble des « éveillleurs de conscience » qui sur un ton aussi paternalisant que bienveillant savent si bien mettre en garde sur l’air de « Tu viendras pas te plaindre, je t’ai prévenue » !

Oui, j’ai toujours été rebelle !
Et aventurière.

Donc, profitant d’un passe-droit, aujourd’hui j’ai couru vers l’ancienne gare routière.

A l’instant où j’écris, je ne suis pas encore fluorescente et je ne ressens rien.
C’est normal.
L’aventure, ça se vit dans l’instant, une fois que c’est fait… C’est fait !

Je regrette seulement un truc, c’est de n’avoir pas pu profiter de la dérogation de sortie après le couvre-feu!
Franchement partager la ville déserte avec les livreurs de pizzas et les promeneurs de chiens, c’est aussi de l’extra-ordinaire, non?

Lundi 11 janvier 2021, trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience.
La suite est toujours plus loin.

Entrée dans l’hiver

Sur l’eau.
Posée à la surface, là où commence le ciel.

L’entrée dans l’hiver, éclairée par un soleil si bas que la lumière ne fait qu’effleurer ce qu’elle écrase en été, l’entrée dans l’hiver me plonge toujours à la fois dans l’émerveillement et à la fois dans l’attente de jours plus longs, de jours plus chauds, d’espaces moins étriqués.

Cette fin d’année 2020 n’en finit pas de s’étirer de contraintes multiples en incertitudes constantes qu’il est difficile d’esquiver bien longtemps.
Déversées sur les ondes, affichées dans l’espace public, accrochées sur les visages, obligations et questions s’imposent, dans tous les sens. La navigation est possible au prix d’une lecture précise de l’environnement.

La navigation.

Posée à la surface,
Entre ce qui m’échappe
Le temps qui file
Et le ciel qui est là
Changeant
Dans la lumière de l’hiver.
La navigation,
Essentielle
Pour garder tout l’espace
Nécessaire,
Indispensable.

Dimanche 20 décembre 2020, plus de six mois après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2.
Dernier dimanche de L’Avent. Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour traverser les fêtes traditionnelles. Nous sommes à mi-carême ou peut-être avant ou peut-être plus loin… ce n’est qu’à la fin qu’il sera possible de savoir.

La suite est toujours plus loin.

Là où la terre s’achève


Ce matin, j’ai marché aussi loin que possible, sortant des chemins bien pavés pour aller là où la terre s’achève, tout au bout de l’île.
C’est là que, les jours de grâce où je peux aller sur l’eau à la rame, c’est là que j’attends la « reverse » afin de poursuivre à moindre efforts le tour de l’Ile, une balade assez magique sur le grand fleuve, à la fois en ville et loin de la ville.

Là où la terre s’achève.
Là où plus loin oblige à naviguer
Où commence l’inconnu,
Où macèrent les peurs,
Les doutes
Là où la terre s’achève commence
Un autre monde.

Sous le soleil froid de novembre,
Sous les grands arbres dénudés
Dans l’air limpide du matin
Plantée dans la boue laissée par la marée passée,
Je me suis évadée infiniment loin.

Finisterre est l’ultime étape,
A ce qu’il parait.
Mais le slogan breton affirme que tout commence
En Finistère.
Que croire?

Ce matin, je suis allée jusqu’où s’achève la terre!

Dimanche 22 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de trois semaines après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2. Il se dit maintenant que l’Avent approche mais que le carême survivra après les fêtes.
La suite est toujours plus loin.