Archives de l’auteur : Joelle

Comprendre

Un des premiers bouquins récupérés chez le libraire après que la liberté nous ait été rendue *, fut un bouquin de Mickaël Launay. C’est une fois de plus la « faute » de ma station radio préférée!

Je l’ai dévoré!
Passionnément.
Je me suis revue élève de lycée,
Puis étudiante.
Et j’ai découvert un peu plus loin,
Le mode de fonctionnement qui est le mien,
Si loin de l’application des recettes,
Même réputées immanquables!

C’est que j’ai viscéralement besoin de comprendre, c’est à dire de capter, d’expérimenter à travers mes propres sens, d’intégrer dans les arcanes de mes pensées sans la moindre concession à la crédulité.
Depuis aussi loin que je peux regarder dans mes souvenirs.
Comprendre.

Et… lors de mon parcours scolaire, puis universitaire, j’ai souvent été confrontée à l’incompréhension. Dans ce qui m’était proposé, il y avait beaucoup de recettes.
J’étais capable de touiller, de ratatouiller, de recracher si besoin.
Sans aucune satisfaction.
Donc sans enthousiasme.
Sans plaisir.
D’autant moins que de plaisir il n’en était jamais question.
Je me suis vite lassée
J’ai décroché
Retenté
Raccroché les wagons
Pour passer.
J’ai capté l’importance de la rigueur,
Cultivé la réserve,
Et enregistré mes ignorances.
J’ai beaucoup appris.
De ce qui ne fut jamais inscrit dans les programmes.

J’ai obtenu un certains nombre de « certificats d’apprentissage »!

Ceci parce qu’un jour, j’ai fini par comprendre que le système impose de ne pas chercher à comprendre, il impose de se contenter d’exécuter : l’explication est simple, il serait question pour tous et chacun d’atteindre un certain confort.
C’est un objectif productiviste.

J’ai fini par comprendre un certain nombre de fonctionnements de notre société.
Alors, j’ai enfin pu commencer à apprendre, à comprendre vraiment, à ma manière, avec enthousiasme, passion, émerveillement, boulimie parfois et toujours avec gourmandise.
Et j’ai aussi compris que ça ne sert absolument à rien.
C’est seulement pour mon plaisir
Définitivement à la marge
Rebelle
Avec deux ailes.


* en raison d’un minuscule paquet d’ARN, la vie de l’ensemble du pays a été suspendue à partir du 17 mars 2020 à 12h jusqu’au 11 mai 2020 23h59.
A ce jour, 8 juillet 2020, pas un jour ne passe sans qu’il soit rappelé qu’une ombre plane sur l’humanité sous forme d’un petit amas d’ARN nommé SRAS-Cov-2…
A ce jour, c’est un truc qui reste impossible à comprendre pour moi.
Comprendre…
Avec deux ailes!

Effet miroir

Miroir, mon beau miroir…

Qu’il soit question de l’interroger ou de passer derrière, le miroir est un maître adoré ou détesté.

Le miroir tel que nous le connaissons est né au cours du 19ème siècle.

Ce fut auparavant un objet de luxe réservé à l’aristocratie et si Rabelais, visionnaire, rêvait d’en voir dans toutes les chambres de l’abbaye de Thélème, il fallut attendre le 18ème siècle pour que les maison bourgeoises citadines en soient équipées.

Aujourd’hui, le miroir a envahi notre environnement, de la rue à nos sacs à main en passant par la salle de bain et plusieurs pièces des appartements.

Jamais les reflets n’ont eu autant d’importance.

Questionnés sous tous les angles, leur précision appelle un verdict précis que de nombreux professionnels ont le pouvoir de poser.
Du coiffeur au psychanalyste en passant par les publicitaires, combien sont-ils a « jouer » avec les reflets et l’effet miroir?

Ce qui me fascine, c’est la lumière.
C’est son passage
Son cheminement
Son impermanence.

Et je sais depuis longtemps que la lumière n’existe qu’en compagnie des ombres.

Le monde d’après

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. » (Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2003)

Il suffit d’ouvrir la radio (j’suis pas très télé!) pour entendre s’égrainer des listes de chiffres, de statistiques, de probabilités. Depuis quelques temps, avec la même tactique comptable, le sujet a viré, passant du décompte des morts au décompte de l’argent public emprunté à la pelle, voire à celui du nombre de manifestants suivant des rassemblements interdits!
De grâce, il n’en est jamais question dans ces échos là.
Pourtant grâce il y a.

Depuis que j’ai réussi a exfiltrer ma pirogue du hangar dans laquelle elle avait été confinée d’urgence, avant même que je n’aie pu lever le petit doigt pour lui éviter le pire, elle se promène entre le jardin du Cormier et la plage, tranquille, sans « désinfectation » avant de tremper dans l’eau, avec un simple dessalage en rentrant au jardin.

Depuis ce moment, mon « monde d’après », c’est 120 km AR 3 fois par semaine pour m’adonner au plaisir de n’avoir que l’horizon en point de vue.
Après moi le déluge… je suis juste humaine comme tout un chacun.

Soyez rassurés, hors ces 360 km par semaine, je n’use que les freins de mon vélo et je renforce mes petits mollets car j’ai abandonné la facilitation électrique au profit de la légèreté d’une bicyclette basique.

Et donc, je suis plus que jamais chercheuse à la poursuite d’une grâce insaisissable!

Hier par exemple, en posant mon va’a au bord de l’eau :
Dans la lumière matinale,
Je n’ai eu de cesse que de capter l’essentiel.
J’ai écouté le souffle du vent, admiré le soleil dansant à la surface de l’eau, aimé toucher la douceur sur mes épaules nues,
L’instant fut magique et merveilleux.
Juste devant des goélands pêchaient, dans un joyeux désordre, en apparence bien organisé.
J’ai pointé mon bateau dans leur direction, je l’ai posé sur le flot et tout en le poussant vers le large, j’ai posé dans l’élan mon arrière train sur le siège.
Puis…
Museau au vent, j’ai frémis de joie.
J’ai mesuré deux des plus précieux privilèges dont je dispose : un lien indéfectible avec la solitude et un goût intense pour la liberté.
L’un ne va pas sans l’autre.
Puis, en douceur j’ai posé le premier coup de pagaie.
Pas un humain à l’horizon.
Seulement le vent, le ciel et l’océan.
Je suis partie face au vent, face au jusant, frôlant les rochers à la quête d’un contre-courant porteur.
Simple bonheur.
J’ai pensé aux copains soumis aux contraintes citadines, aux limitations de libertés d’aller et venir autour des bateaux.
J’ai pensé au monde.
J’ai pensé à tout.
Puis à rien.
Et j’ai décollé!
Quelque part à l’interface entre l’eau et le ciel.
Dans un monde parallèle que je connais bien et donc j’ignore tout.
Etait ce un coup de folle sagesse proposé par la grâce?

Beaucoup, beaucoup plus loin, les remous d’une pointe m’ont ramenée à la réalité, j’étais en face du clocher de Sainte-Marie.
Il était temps de rentrer.

Poussée par le vent, portée par la jusant, caressée par le soleil montant vers son zénith, j’avançais rapidement alors que j’allais sans hâte vers le reste de la journée.
Retrouver les gens, la vie « normale », les chiffres des kilomètres sur le compteur de la voiture, la quantité de carburant restant, les prix de la nourriture au supermarché, le nombre de mails tombés en mon absence.
Des chiffres et des nombres.

En fin de journée, enfin, j’ai poussé la porte de mon hâvre, au coeur de Nantes.
Délicieusement.
Malicieusement, le numéro de la rue est le numéro qui fut celui de la rue où est né mon père et où j’allais visiter mes grands parents, c’est aussi le numéro de la maison où habitaient mes parents.
Dans une ancestrale tradition, c’est le nombre symbolique de l’alliance.


Mercredi 10 juin 2002, huit jour après la deuxième phase de remise en liberté conditionnelle, un mois avant la fin programmée de l’état d’urgence sanitaire établi en France le 23 mars 2020, cinq mois probables sous un couperet liberticide conservé!

Mascarade ou la toute-puissance de l’apparence

Un individu est venu s’installer au fond de l’impasse en plein milieu des semaines d’interdiction de bouger qui viennent de nous être imposées.
Le 18 avril.
Précisément.

Un individu, entier, transparent, passionnant, passionné, perdu, déboussolé, avide de paix et de re-construction.

Certaines circonstances obligent tranquillement.
Naviguer à la marge est une manière de respirer qui me colle à la peau et peu importent les règles imposées et peu importent les risques associés, les uns comme les autres communément agités par en haut afin de limiter… de limiter… dans tous les sens!
Peu importe.
Je dispose d’une balance invisible sur laquelle je pose le « pour », « le contre » avec attention. Et, tout en écrivant cette phrase, je vois la balance évoquée par Christian Bobin dans le livre « Ressusciter » auquel je fais souvent référence :
« J’écris avec une balance minuscule comme celles qu’utilisent les bijoutiers.
Sur un plateau je dépose l’ombre et sur l’autre la lumière.
Un gramme de lumière fait contrepoids à plusieurs kilos d’ombre. »

Je transgresse quand j’en ai besoin.
En conscience.

Une personne est venue s’installer aurais-je pu écrire!

Sauf que par les temps qui courent, sauf que face à la mascarade ambiante, croisant chaque jour des gens bâillonnés de bleu, de blanc de vert ou de multicolore se promenant sur le trottoir désert, regard dans le vague, sauf que par ces temps je me dois d’éviter le mot « personne* » lorsque je parle de quelqu’un qui s’est démasqué.

* personne : Du lat. d’orig. étrusque persona «masque de l’acteur» d’où à l’époque chrét. «visage, face»; «rôle [au théâtre], caractère, personnage; personnalité, personne, individu»; aussi terme de gramm., où il traduit le gr. π ρ ο ́ σ ω π ο ν «face, figure» et aussi «masque de théâtre» et «personne (terme de gramm.)»; pour le sens 3 att. en lat. chrét., v. Blaise Lat. chrét.

Entre Little Bird ( Lequel à repris son envol depuis que j’ai remis les pieds dans l’océan) et ce compagnon/colocataire de passage, j’ai royalement invité mille et une réflexions aussi passionnantes qu’improbables à venir danser au milieu de mes pensées débridées.
L’heure n’était pas à l’écriture.

Ce matin, quelques bribes s’imposent allègrement.
Avec le sourire.
Des brins espiègles jouent en enfonçant les portes ouvertes
Par des soucis tellement communs
Cultivés sur le fil des apparences,
Insidieusement liberticides.

Car
Que penser de « l’authentique », de « réplique à l’ancienne », du « vrai faux », du « faux vrai » qui s’imposent dans tous les pans de notre existence du 21ème siècle?
Que penser de ces véritables parquets en faux bois ou en carrelage?
Que penser de la « fausse viande » destinée à ceux qui dédaignent la chair animale?
Que penser de la moutarde à l’ancienne sortie de l’usine après examen à la loupe?
Que penser ?

Ce que je sais c’est que la moutarde me monte au nez souvent.
Ce que je sais c’est que le choix du sol « véritable » de mon antre fut une aventure que je n’avais pas eu à traverser lors des précédentes constructions.
Ce que je sais c’est que je n’ai pas besoin de fausse viande pour m’efforcer à la paix.

« L’autre monde » qui est au bout de la lorgnette des médias serait-il définitivement soumis à une injonction du genre « deviens qui tu n’es pas »?




Little Bird vit sa vie (5)

11 mai 2020, sur les ondes il n’est question que d’un seul mot « déconfinement ».

Avec l’oiseau, alors que nous avions été « confinés », nous nous sommes envolés dès que possible.
Sagement, sans transgresser la moindre règle, le moindre décret, la moindre loi, nous avons profité de l’éloignement des limites.
Comme prévu, la liberté reste très conditionnelle. Les limites sont encore là et si un néologisme vient d’être créé pour faire écho à la décision prise, au plus haut de l’Etat, un beau soir de mars, nous rions ensemble devant ce mot qui n’a pas de sens : déconfinement!
Non seulement les limites restent encore sérieusement changées, réduisant, transformant une liberté que nous ne retrouverons peut-être jamais, mais en plus s’il est désormais possible de sortir, il est exigé de rester près et loin à la fois.

Au delà de nos conversations sans fin, au delà de nos questionnements sans réponses, hier nous avons pu regarder l’horizon.

Emotion
Museau au vent
Fremissant

Les rafales étaient glaciales
Sous le ciel chargé
L’océan dansait
Au loin, très au loin, encore plus loin
Il y avait l’horizon,
L’inconnu,
L’aventure.
Au loin, très loin, toujours plus loin,
Il y a !

12 mai 2020, jour 1 après la mise en liberté conditionnelle

Little Bird vit sa vie (4)

Et de cinquante!

Little Bird ne comprend plus rien, lui qui ne comprenait déjà pas grand chose à la folie humaine.

Il avait pourtant attentivement écouté, il avait entendu quatorzaine pour 14 jours, et il en avait déduit que quarantaine correspondait à 40 jours.
En plus, lors de nos longues conversations, je lui avait parlé des traversées du désert et de toutes ces quarantaines de jour qui scandent les récits religieux entre démons et défis:
Le déluge qui dure 40 jours (genèse 6 et 7)
Moïse au Mont Sinaï pendant 40 jours et 40 nuits (Exode 34 – verset 51 sourate 2)
Traversée du pays de Canaan en 40 jours (Nombres 13.25)
Goliath défie Israël pendant 40 jours (1 Samule17-16)
Elie marche 40 jours et 40 nuits dans le désert (1 Rois 19.8)
Jésus est resté 40 jours et 40 nuits dans le désert (Matthieu 4.2)
Et il fallu attendre 40 jours entre la résurrection et l’ascension de Jésus (Actes 1.3)

Il avait bien écouté l’oiseau.
A ses hochements de tête, j’avais même pu remarquer qu’il pouvait envisager les bienfaits d’une quarantaine de jour de retraite.

Mais voilà que nous en sommes à cinquante jours de privation de liberté.
Et voilà que l’horizon reste gris foncé,
Que nos sens doivent oublier leur réalité,
Que certains se sentent obligés de se masquer, annihilant de fait autant le goût que l’odorat.
Privés de contact physique, les humains serviles n’ont plus que les yeux pour trouver leur voie.
« Et, que voient-ils quand ils ont de la buée sur leurs lunettes? » me murmure l’oiseau du haut de son merveilleux à propos.
Il a raison l’oiseau.

Dans notre monde qui veut vivre à très grande vitesse dans tous les sens,
Est-il question de dégager la mort à toute vitesse, au risque de la récolter par effet boomerang?
Est-il question de faire croire qu’il suffit d’oublier de vivre pour ne pas risquer de mourir?
Est-il question de définitivement considérer les humains comme des produits manufacturés, stupides et sans âme, seulement capables de consommer jusqu’à ce que destruction s’ensuive?

Little Bird n’en sait pas plus que moi à ce sujet.
L’unique certitude que nous partageons, c’est que les mots n’ont plus aucun sens puisque « une quarantaine » dépasse la cinquantaine et que même en plus, si nous ne sommes pas sages, papa-maman nation peut décider de nous punir en lui faisant dépasser la soixantaine!
Nous vivons une époque formidable!

Lundi 4 mai 2020 : 50 jours de privation de liberté. Libération conditionnelle dans 7 jours et c’est pas sûr, il faut rester « sages comme des images ».
Sept jours!
Dans les livres, dieu a créé le monde en six jours et le septième, il s’est reposé !

Little Bird vit sa vie (3)

Hier, le jardin respirait joyeusement sous un ciel plombé.
La pluie est arrivée dans l’après-midi, bienfaitrice attendue,
Elle est tombée du ciel.
Avec Little Bird nous nous sommes confinés devant l’écran que nous avions un peu abandonné ces derniers jours où le soleil nous attirait irrésistiblement à l’extérieur.

Jamais à cours d’imagination, nous avons inventé un jeu « chercher l’erreur ».
Les écrans défilaient et l’oiseau piaillait « encore, encore » comme savent si bien le faire les enfants.
Et puis est arrivé l’écran masqué.
Et Little Bird est resté sans voix.
Que se passait-il dans sa tête de bois?
Car il a la tête dure, le volatile et quand il est certain de quelque chose, c’est pas vraiment facile de l’inciter à s’incliner.
A son image, je restais silencieuse.
Les questions, au dessus de nos têtes, se précipitaient dans une sarabande muette et endiablée.

Au bout d’un interminable instant, Little Bird laissa échapper dans un murmure :
« Facile, c’est le touareg l’erreur : lui, il a besoin de se protéger à la fois du soleil brulant et du sable piquant soulevé par le vent »

Et il s’est tu.
Dehors, la pluie tambourinait sur la véranda.
J’entendais la trotteuse de ma montre égrainer les secondes.
Interminables
Perdues dans mes pensées,
J’étais incapable de trouver la moindre répartie,
Mon pauvre oiseau semblait tellement bousculé.

C’est lui qui reprit la main.
« Il est pas drôle ton jeu, on arrête »
Et m’entrainant vers le réfrigérateur en quête de réconfort,
Il ajouta en haussant les épaules :
« Bon, on va pas se mettre à disserter au sujet de l’Invisible, ni au sujet de ce qu’on voit, de se qu’on a envie de voir, de ce qu’on jette pour oublier et de ce qui nous revient qu’on le veuille ou non, hein? Ca me fatigue d’avance! »

On s’est fait une tartine de fromage sur du bon pain et l’affaire était dans le sac.

Lundi 20 avril 2020 : le régime des « bons de sortie » limitant la liberté persiste, dans le brouillard au loin la liberté conditionnelle est annoncée pour le 11 mai. Dans la rue les gens sortent un peu plus. Aux arrêts de bus, les masques volent au vent, dans les caniveaux, ils flottent comme des bateaux ivres.

Little Bird vit sa vie (2)

Au ras des pâquerettes (que ma petite voisine nomme « pâte à crèpes ») mais pas encore dans le groupe de ceux qui sucrent les fraises, Little Bird s’est un peu agacé ce matin en écoutant un de ces « scientifiques » invité par l’actualité. Une de ces personnes dont la manchette est remplie de titres « glorieux » et que le temps a préservée afin qu’elle sache parler pour ne rien dire.

Parler pour ne rien dire.

Pendant que je buvais calmement mon café, je voyais l’oiseau piaffer et me lancer des clins d’oeil comme s’il souhaitait m’inviter de son côté.

« Ce que l’on sait – ce que l’on ignore », c’était le thème proposé sur cette radio nationale.
J’avais levé l’oreille, avide d’en apprendre davantage : c’est toujours un plaisir d’avoir de nouveaux fils à tirer par ces temps de non-conversation en live.

Malgré la pantomime de mon petit compagnon, je restais impassible.

J’écoutais avec amusement l’animateur essayer de relancer son invité, le pousser en vain à parler sans langue de bois. Je le sentais irrité lui aussi, mais il devait faire son job sans sourciller et il le fit comme il a l’habitude de le faire. N’est-il pas parfaitement préparé à l’exercice ? Y compris en présence de personnages politiques très doués pour occuper la place, pour vendre un livre ou de la propagande ?
Là, il y avait un livre à vendre.
En tout cas, vu le nombre de fois où il en fut fait allusion, j’imagine que la maison d’édition avait poussé son poulain devant le micro de manière très opportuniste, afin de faire remonter les ventes, par exemple.

Hé, hé… Little Bird qui lit par dessus mon épaule est écroulé de rire, il sifflote dans mon oreille qu’une certaine compagnie cavalière vient de fermer ses entrepôts français. Et il a encore raison, le volatile : pas de libraires, pas d’amazone, comment diantre les gens pourraient-ils acheter le bouquin?

Magie de la programmation.
Parfois elle « tombe » mal!

16 avril 2020. Privée de la liberté d’aller et venir depuis 30 jours. Liberté conditionnelle annoncée pour le 11 mai.

Little Bird vit sa vie (1)

Hier il était sous l’orage, trempé et heureux.

Passage imprévu.

Un énorme nuage noir était arrivé sous son propre vent,
Occultant l’azur qui régnait en maitre auparavant.
Dans les rues désertes, les rares passants se pressaient,
Tête baissée.
Le tonnerre grondait, d’énormes gouttes venaient exploser
Sur le macadam en ruisseau transformé.

Et nous étions là, au coeur de cette formidable énergie soudain libérée.

Tranquilles.
Heureux.

Dans l’instant, il me murmura qu’il était délicieux de sentir la vraie vie.

Et puis, il se rapprocha, un peu chagrin.
Il me confia qu’il est déjà fatigué de devoir subir les fenêtres artificielles, le monde qui suit sans savoir où il va, qui applaudit parce que le voisin le fait, qui accuse parce qu’il entend que c’est à la mode, et qui a peur, et qui transgresse pour survivre ou pour exister.
Il ajouta que rien n’est gratuit, rien ; que les gens ne pensent qu’à eux et encouragent ce qui peut leur être utile, que la compassion est un mot vidé de sens, que l’opportunisme est en pleine forme autant que la défiance et qu’il est triste chaque fois qu’il y pense.

Ensemble nous avons regardé le ciel.
Le nuage noir restait bien noir.
Tout autour le ciel était limpide.

Alors, très vite, l’oiseau radieux
Retourna sous la pluie qui chantait.
Et je l’ai suivi, parce que lui, j’aime le suivre.
Et nous avons dansé.

L’énergie était palpable
Véritable
Elle avait un goût d’océan.

12 avril 2020, J+26 après la privation de liberté, on attend la liberté conditionnelle, l’espoir fait vivre.

On est où, là?

On est où, là?
Dans quel temps?
Dans quel monde?
Est-ce la guerre?
La tempête?
La folie?

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, les bras m’en tombent!
Je pensais avoir la tête sur les épaules, savoir regarder haut et loin, être responsable, un peu érudite, pas totalement stupide et voilà que j’en doute.
Si nous sommes en guerre, alors nous sommes dans le brouillard de guerre.
Si nous sommes en pleine tempête, si les instruments habituels sont cassés, alors, il faut naviguer à vue, sortir les antennes, s’accrocher et se laisser aller à l’espoir de toucher à nouveau terre un jour.
Et si nous sommes devenus fous, alors,
Tout peut arriver.
Tout.

Donc rien.

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, j’en perds la tête!
Tout le monde a un avis sur tout.
Les vrais penseurs ne savent rien.
Les opportunistes montent sur la scène.
Le monde tremble et se réconforte
A coup de chocolat, de pâtisseries maison et de footing transgressif
A coup de consommation, de jetable et de téléphone portable!

J’ai besoin de silence,
De poésie, de beauté
Dans ce passage dense
Dépourvu d’identité

8 avril 2020 J+22 du début d’un étrange film réalisé à l’aveugle, sans scenario et à la chute inconnue… Film cependant internationalement diffusé sous forme de série à suspens.