Archives de l’auteur : Joelle

Informations préalables

Balades, voyages sont autant d’occasions pour rencontrer de nouvelles orchidées.

Sauvages?

Les orchidées sauvages sont difficiles à trouver lors des déplacements touristiques ou professionnels.
En effet, arriver dans un pays inconnu pour y passer même un mois entier, c’est inévitablement commencer par essayer de se repérer et ensuite aller voir les « coins touristiques » qui d’ailleurs contribuent au repérage.
Et puis, c’est le plus facile!
Imaginez un peu, accueillant un ami de l’autre bout du monde, vous lui demandez ce qu’il aimerait voir « chez nous ». Il répondra probablement « Paris » voire « la tour Eiffel » et il vous sera peut-être possible de réaliser son rêve. Par contre s’il exprime un désir de voir le célèbre « Cypripedium calceolus« , je parie que vous serez fort dépourvu.
C’est ainsi.
Débarquer dans une région, c’est un peu la même chose, il est commun de commencer par chercher les points remarquables les plus communs.

Chercher les orchidées sauvages exige un temps long.

Pourtant, il m’arrive de « tomber » sur quelques belles au cours d’une balade. Parce que je me balade, passionnément, partout, quelles que soient les circonstances du déplacement.
Et puis, parfois il m’arrive de partir avec la ferme intention d’en rencontrer, ça ne fonctionne pas à tous les coups, il faut surtout de la chance ou partir après un énorme repérage virtuel préalable.

A noter que dans certaines îles, les orchidées sont dans les jardins au même titre que les pélargoniums ou les hortensias chez nous. Ce ne sont pas des orchidées sauvages, mais ce ne sont pas non plus des stars botaniques de grande valeur. Elles sont partout et c’est un véritable plaisir des yeux qu’il serait dommage de dédaigner.

Dans ce chapitre, j’entreprends de présenter principalement les orchidées sauvages rencontrées au hasard ou lors de mes recherches en France et plus loin. Mais, simplement pour le plaisir, je raconterai peut-être, en bonus, quelques histoires de jardins tropicaux.

Que signifie « protéger » ?

Que signifie « protéger » une espèce, protéger des individus, protéger des monuments, protéger la planète, et tout et tout ?

Protéger est un mot à la mode.
Suite à ma tentative d’écriture autour des orchidées sauvages, tout en élaborant une petite prose dédiée à chaque espèce rencontrée, j’ai souvent noté « espèce protégée » et inévitablement j’ai essayé de réfléchir à cette idée de protection.
Au sujet de la « protection de la nature » j’ai lu des propositions innovantes, telles que celles exposées par Baptiste Morizot, par exemple (Raviver les braises du vivant, Acte Sud, 2020 ISBN 978-2-330-13589-8), en pensant qu’il serait certainement possible de changer de paradigme, mais que l’hypothèse de base reste la-même : une espèce humaine régnante, décidante, gérante. Même si elle s’affiche désormais « protectrice », cette espèce reste très, très invasive vis à vis des autres espèces, de la planète et donc d’elle-même.

Afin d’éviter de rentrer dans des considérations politiques au sujet, entre autre, de la liberté et de l’actualité covidienne par exemple, je vais me contenter d’avancer un peu sur le sujet de la protection… des orchidées sauvages.
Et oui, c’est ciblé.
Chacun pourra ensuite digresser, métaphorer et antropomorphiser selon son bon plaisir.

Pour commencer, j’ai dû me pencher sur la lexicographie. En effet en fonction de l’âge des bouquins que je consulte, je vois les mots apparaitre, disparaitre, se transformer en semblant signifier la même chose. Et naturellement en me baladant sur la toile, je fais la même constatation, chacun dévidant sa prose en s’appuyant sur ce qui existe et sur ce qui a existé.
Par exemple, j’ai choisi « orchidées sauvages » comme titre.
Pourquoi donc?
Parce que « sauvage » me parle, parce que j’ai moi-même un côté difficile à domestiquer et parce que c’est l’adjectif qui m’est venu au sujet de ces jolies plantes que je trouve lors de mes balades, loin des jardins où règne un jardinier.

Pourtant sur les sites bien mis à jour, il est question d’orchidées indigènes.
Indigènes?
Oui.
Une espèce dite indigène est une espèce arrivée « naturellement » à l’endroit où elle est observée. Noter que « naturellement » signifie, dans ce contexte des espèces, « en l’absence d’une intervention humaine intentionnelle ou non intentionnelle » ce qui sous-entend qu’un humain qui transporterait des graines (par exemple) dans sa chevelure (donc sans le savoir) et permettrait à ces graines de s’installer loin de l’endroit où poussait la plante qui les avait produites, serait à l’origine de l’introduction d’une plante « exotique ». ALORS qu’un oiseau qui transporterait les mêmes graines dans son plumage ne ferait que déplacer naturellement une plante peut-être endémique et pour le coup devenant indigène.
Vous suivez?
Et espiègle comme toujours, j’ai complexifié en ajoutant « exotique » et « endémique » à la sauce !

Une espèce dite endémique est avant tout une espèce indigène, débarquée sur une place vierge (île volcanique par exemple, sortie de nulle part) en ayant été transportée « naturellement » (bon, il s’agit probablement d’une époque hyper lointaine à l’échelle humaine, donc dépourvue soit d’humains soit d’avions transporteurs).
Trouvant un terrain à son goût, l’espèce s’est installée et s’est tranquillement transformée afin de s’adapter finement aux conditions locales au point qu’aujourd’hui, elle vit et prospère SEULEMENT à cet endroit là.

Parler aujourd’hui d’orchidées indigènes c’est englober les espèces qui vivent à différents endroits et aussi celles qui sont strictement attachées à un espace géographique déterminé, ceci en étant conscient que le monde bouge « naturellement » et qu’une espèce endémique n’est pas attachée à un territoire à la manière des humains avec passeport, contrôles de police et tout et tout. Donc, elle peut devenir indigène.

Et donc les histoires de protection ?

C’est une histoire principalement humaine, même si l’humain voyant le monde à travers sa propre nature est porté à décréter (dans la presse grand public) un truc du genre « les abeilles protectrices de la biodiversité », un truc qui se termine par « protégeons les abeilles »…
La notion de protection est enchainée à la notion de « dominant », de plus fort, de « qui sait mieux », de « chef », donc.

Alors, dans ma pauvre tête où tout essaye de rentrer afin de me donner la possibilité de comprendre, tout se bouscule.

Quand je vois un botaniste « gestionnaire de réserve » arracher une plante en cherchant mon regard pour affirmer  » Ahhh, les invasives, c’est insupportable » alors que je sais qu’un bon nombre d’espèces qui forment aujourd’hui des populations envahissantes ET nuisibles ont été introduites par des botanistes, je suis songeuse. (Voir un article assez exhaustif ici , vive la rédaction collaborative dans ce cas)
Quand je constate la création d’espaces artificiels qui seraient destinés à permettre le maintien d’une espèce en perdition, ça me questionne.
Quand j’entends autour de moi « On est en sursis, Il faut protéger la planète, on doit faire quelque chose », l’abondance des pronom indéfinis me fait rire!

Les histoires de protection demeurent des histoires de supériorité ressentie, de domination réfléchie, concertée et réalisée à la mode humaine. Souvent j’aurais plaisir à sentir un peu plus d’humilité, une plus grande conscience, chez toutes ces personnes, qui chacune à leur échelle, à leur niveau se sentent investies d’un rôle protecteur.
Trouver l’équilibre entre les deux injonctions sociétales que sont « protection » et « respect », chercher puis trouver cet équilibre sur le plan individuel, sur tous les autres plans plus généraux est certainement une aventure à nulle autre pareille.



On nous prend pour des cons



La citation entière, telle que je l’ai relevée ce matin dans une conversation de bistrot facebookienne, était la suivante :

« On nous prend pour des cons, on sait rien, ça on peut le dire »

J’en ai rencontré un paquet de phrases semblables, parfois avec « ils » à la place de « on ».
Des phrases toujours posées par des « militants », des personnes « libres » qui expliquent à leur manière ce qu’elles ont compris du monde. Peut-être ont-elles le désir de convaincre?
Qui sait ?
Une chose est certaine, j’aime bien les « on », c’est moins genré que les « ils » !

Et, comment dire ? C’est vraiment questionnant trois « on » dans la même phrase, non ?
Trois fois le même mot désignant qui et combien de personnes dans la tête de l’individu qui écrit ?
Je l’ignore.

En 1944, Camus écrivait « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »
(citation tirée d’un texte paru dans la revue Poésie 44 sous le titre « Sur une philosophie de l’expression »).
En 1951, dans son essai « L’homme révolté » il écrivait : « La logique du révolté est de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel »

Camus redevient à la mode et je n’y échappe pas.
Ces deux citations, faisant suite à celle, facebookienne et anonyme, recopiée ce matin me plongent dans d’abyssales réflexions.

Gymnadenia nigra

Décrite par le botaniste Heinrich Gustav Reivhebach en 1856 et précisément illustrée dans les ouvrages du 19ème.

La nigritelle noire (ou l’orchis vanille en raison de son doux parfum) apprécie les pelouses calcaires d’altitude. Suivant l’altitude, elle fleurit de fin mai à août, dans les Alpes et dans les Pyrénées.
Entrée récemment dans le groupe « gymnadenia » par la grâce de l’évolution des analyses génétiques, il est super difficile de déterminer avec précision, sur le terrain, une variété par rapport à une autre. Si, sur les images, il semble facile de distinguer un port de tête ou un autre, un feuillage plus ou moins dense et tout autre aspect particulier, sans loupe très grossissante et sans analyse biologique, je ne m’aventurerais pas à nommer la/les variétés que j’ai récemment rencontrées dans le massif du Ger.

Pour l’anecdote, la saison des orchidées sauvages de ma région étant presque terminée, se résumant pour lors à l’éclosion estivale des gracieux épipactis helleborines, j’étais partie en montagne afin de randonner au milieu des rochers, à la recherche de verticalité minérale, abandonnant la « manie » printanière qui consiste à courir après les fleurs rares.

Dès le premier jour je suis partie sans autre projet que « monter », grimpant allègrement face à une piste noire. J’étais cependant attentive, je regardais où je posais les pieds, histoire de voir ce qui vit, l’été venu, sur le sol où la neige est attaquée par les skieurs pressés.
Mon regard fut soudain attiré par un groupe de fleurs violettes qui me faisaient signe, frôlant un rocher sortant de terre, sur l’air irrésistible de « Nous sommes des gymnadeniae, nous sommes des gymnadeniae! ».
Je m’approchais.
Posant là mes bâtons de marche, je m’agenouillais afin d’être à leur hauteur, de savourer leur délicieux parfum et sans manquer d’en fixer un souvenir dans mon APN.
C’était bien des « conopseae » comme disent les spécialistes.
Puisque j’étais là pour grimper, je les abandonnais très vite, non sans remarquer des « trèfles incarnats » au milieu. Mes faibles connaissances botaniques me disaient que normalement ce trèfle avec précisément ce type d’aspect est une plante fourragère souvent semée en temps qu’engrais vert! C’était quand même très surprenant de le trouver dans ce coin. En fait, j’avais la tête à 800km des orchidées sauvages!

Allez…
J’étais là pour grimper!
Rencontrer ces sauvageonnes était une cerise sur le gâteau, un beau rocher blanc, un pic, un sommet était là-haut, c’est lui qui guidait mes pas.
Je poursuivais mon ascension, face à la piste qui devenait vraiment vraiment raide.

Un peu plus haut, la version blanche du « conopsea » me fit un clin d’œil. Impossible de ne pas aller la saluer.
Je posais à nouveau mes bâtons, très attentive à les coincer afin qu’ils ne se risquent pas à dévaler la pente sans mon autorisation.

Je notais une évidence :
Voilà que les orchidées sauvages s’invitaient dans mon périple, avec insistance.

Je rassemblais alors ce qui me restait de cerveau disponible et vint une affirmation :
« C’est sûrement pas du trèfle incarnat que j’ai vu, il faut que je regarde de près la prochaine fois ».
La nature étant aussi espiègle que la nature humaine, elle s’éclaira afin que je vois ce que je n’avais pas su regarder dix minutes plus tôt.

Et là, ce fut une évidence : c’est aussi une orchidée sauvage, c’est certain.
Et hop, je m’inclinais encore un peu plus, autant que je pouvais, je respirais son parfum subtil.
Et hop, je sortais mes lunettes, je l’inspectais attentivement.
Aucun doute, c’était une orchidée, une que je n’avais jamais croisée, une dont le nom m’était inconnu, une qui s’offrait sans que je n’ai eu l’idée de la chercher.

Quel bonheur!

Alors, je suis repartie à la conquête des sommets.
Heureuse.
Encore plus haut,
Reconnaissante.

Le soir, j’ai feuilleté un bouquin exposant la flore locale à l’office de tourisme, sans succès.
Il a fallu que je me connecte à l’immensité de la toile pour trouver, en deux clics ce que je subodorais, validant ce qui était logique.

Trois jours plus tard, à la conquête d’un autre sommet, j’ai traversé une pelouse piquetée des « points noirs » caractéristiques de l’orchis vanille. Il y en avait des centaines, de quoi épuiser la carte mémoire de l’APN, je m’excusais de ne pas toutes les immortaliser. Trois lacets de sentier plus bas, il n’y avait que des fleurs communes, trois lacets plus haut, il ne restait que de la pelouse verte.

Dactylorhiza Traunsteineri

Décrite par Karoly Rezso Soo en 1962

L’Orchis de Traunsteiner pose un épineux problème et quelque soient les sites, livres ou revues consultés, le problème semble insoluble.
En particulier, sa répartition est extrêmement difficile à préciser du fait de nombreuses confusions possibles avec des espèces proches et des multiples hybridations. Comment l’identifier facilement sans lieu de résidence certaine et probable?

L’espèce est généralement décrite comme une spécialiste des tourbières alcalines alpines, présente jusqu’à plus de 2000 m d’altitude.
Alors, forcément, le jour où j’ai trouvé un petit groupe à son image autour d’un point d’eau dans un creux du col de l’Aubisque à 1700 m d’altitude, je me suis retrouvée confrontée à d’infinies questions. J’ai déjà abordé les difficultés d’identification propres au genre Dactylorhiza, et l’orchis de Traunsteiner a la réputation de toutes les porter au paroxysme.

Ce jour là, j’avais photographié une grande majorité des individus stationnés dans le coin. Ils étaient tous semblables et j’étais assez certaine de n’avoir jamais vu ailleurs ce port là, cette couleur là, cette forme de fleur là.
Une fois à la maison, j’ai affiché les images sur grand écran, scrutant ce que je pouvais, cherchant le détail qui pouvait m’éclairer, mais je restais dubitative.
Quelques temps plus tard, j’ai abordé le sujet, dans le salon d’un spécialiste plus expérimenté que moi.
En évoquant le nom parmi d’autres, il s’est levé et saisissant son laptop puis l’ouvrant il me dit « Ceux-là, j’en ai vu, et c’était facile parce que le village faisait de la pub pour ses Orchis de Traunsteiner ». En l’entendant parler, je pensais en souriant à ces jours où il n’existe aucun doute. Nous avons comparé nos images.
Nous avons comparé avec attention.
Et finalement nous avons conclu que j’avais vu des Dactylorhiza Traunsteineris ce jour là.
Et puis, en fouillant le web, n’avais-je pas lu qu’ils ont été observés dans les Pyrénées ?



Liberté et Individualisme

Liberté et individualisme!
C’est un sujet d’actualité.

En 1992, Robin Dunbar publiait une étude dans laquelle il « définissait » un nombre idéal d’individus pouvant s’entendre au sein d’un groupe. Au delà de ce nombre (évalué entre 100 et 230 pour l’humain) il est nécessaire d’envisager une structure lourde, hiérarchisée, gouvernementale et il y a inévitablement des mécontents.
Nous en somme arrivés à cette structure lourde au niveau mondial, très lourde tant les humains se sont multipliés selon une courbe exponentielle.

La société qui protégeait les individus semble, à entendre certains, être devenue dictatoriale au point de les empêcher d’exprimer librement leurs particularités individuelles.
Il suffit de regarder naitre chaque année les nouveaux groupes sensés défendre de nouvelles particularités pour en être convaincu.
Ainsi en créant des petits groupes l’espoir existe de pouvoir s’entendre.
Que le groupe s’agrandisse trop au delà du nombre de Dunbar et hop, une sécession devient inéluctable et ceux-là mêmes qui ne cessent d’exiger « une société démocratique » (concept assez flou qui serait à définir) s’empressent de mettre en oeuvre un règne qui déteste « l’autre », juge arbitrairement et détourne toute tentative de discussion pour se draper dans des croyances/certitudes extrêmement rigides.

Le mot « liberté » est porté haut sans autre définition, sans essai de le situer dans un environnement, sans essai de hiérarchisation des échelles…de liberté.
Ce mot, à la manière du verbe « aimer » est définitivement malade, à force d’être utilisé à tort et à travers, il ne signifie plus rien.
Le mot « individualisme », lui, n’apparait jamais sur les banderoles portées lors des défilés de rue. Les personnes circulant groupées ont peut-être l’impression (trompeuse) de faire partie d’un collectif?

Personnellement, je reste « un homme comme les autres » avec mes points forts et mes points faibles. Très récemment, dans un magazine sportif, il fut fait allusion à ma personne, d’abord au féminin quand il s’agissait d’abriter et d’apporter du réconfort, puis au masculin quand il s’agissait de reconnaitre un statut… d’aventurier. Cette anecdote est venue confirmer mon point de vue singulier : je suis un homme comme les autres, un individu, une personne que les autres adaptent à leur point de vue individuel en fonction de ce qui fait sens pour eux. Cette « liberté » là, de penser et de parler existe bel et bien.
De même la société est une réalité.
En temps qu’individu, nous avons chacun besoin de la société pour survivre, pour apprendre, pour exister même.
Et chaque société, depuis la nuit des temps, pose des règles et des lois. Chaque société construit ces règles et ces lois sur des croyances et des partis pris, toujours afin de maintenir un équilibre protecteur. Evidemment, règles et lois reposent sur un discours dominant toujours critiquable, même depuis l’avènement de la « démocratie » dans nos contrées, car il s’agit de définir « ensemble » le moins pire pour le plus grand nombre, donc jamais le meilleur pour chaque individu.
Pourtant chacun reste libre de chercher le meilleur pour lui-même.
Seul.

Dactylorhiza Maculata sous-espèce Ericetorum

Orchis tacheté, version « des bruyères » voir la fiche Dactylorhiza Maculata

Parfois les difficultés d’identification sont inexistantes, c’est le cas lorsqu’une personne compétente vous dit « En cette saison, si tu vas marcher dans les monts d’Arrée, tu verras des « Dactylorhiza Ericetorum ».
J’en ai vu, dans une belle palette de teinte et en plus, il y avait des myrtilles à déguster tout le long du sentier.

A propos de balade à thème

Toute action entreprise doit avoir un sens, une direction, une intention.

Incapable je suis d’agir par habitude ou parce que c’est « comme ça », j’ai besoin de sens.
Partir un mois, partir un jour, sortir à côté ou voyager au loin est, et fut toujours, la conséquence d’une réflexion complexe, d’une recherche attentive, d’un choix qui laisse de côté tous les autres. Cependant, je ne pose aucune attente particulière sinon une patiente attente d’être surprise, attente qui germe sur une intense curiosité au sujet de l’heure de venue d’un imprévisible certain.
Après ces quelques lignes, j’ai pensé que forcément « tout le monde » à besoin de sens, que forcément il ne viendrait à l’idée de « personne » de poser un pied devant l’autre sans avoir préalablement choisit une direction, ne serait-ce que celle qui consiste à suivre un mouvement venant des autres.
Alors, je me suis regardée en train d’écrire pour ne rien dire!

Et pourtant j’ai envie d’écrire un truc juste à la sortie de ce printemps 2021, le deuxième printemps sous le règne de Sras-Cov-2ème (un sacré tas d’ARN qui en distribuant une maladie nommée COVID19 fait la loi dans le monde entier), car c’est bien en raison des restrictions imposées, restrictions pesant sur la recherche de sens, que j’ai dû organiser mes balades.
Quand tout semble figé dans la dualité, j’ai besoin de bouger pour ouvrir mon point de vue.
Quand le tempo est à l’enfermement, j’ai besoin d’air.
Non seulement je suis incapable de m’habituer aux contraintes mais en plus, certaine qu’il est absolument nécessaire de ne jamais s’y habituer, je cherche chaque faille, aussi petite soit-elle, pour aller chercher la lumière.
Quand le ron-ron des réseaux sociaux oscille entre ronpour et roncontre, à une cadence ininterrompue, parfaitement rythmée, quasi hypnotique, c’est vers la complexité du dehors que j’ai besoin d’aller, comme un besoin viscéral d’échapper à l’apparente simplicité d’une captivante série de télé-réalité à succès populaire.

Dans ce contexte,
Tenir un thème qui me ressemble,
Un thème qui me rassemble est essentiel.
Un thème dans la distance impartie.
Les orchidées sauvages?
Yes, les orchidées sauvages!

Alors, chaque sortie devint une recherche.
Alors le temps s’est écoulé passionnément.
Passion
Patience
Patience.

Et lorsque l’horizon s’est ouvert, lorsque les balades ont pu s’imaginer au bout de quelques heures de route en voiture, en l’absence du moindre stress*, j’ai poursuivi ma quête plus loin, au delà du département, au delà de la région.
J’ai ainsi marché des heures.
J’ai ainsi marché, certains jours, du lever au coucher du soleil.
Chaque fois, je scrutais alentour, intensément, sans toujours savoir ce qui devait accrocher mon regard sinon l’invisible au regard commun. (Je pense par exemple au Liparis de Loesel ou à l’Orchis grenouille)
Parfois, souvent, je fus attirée par des connaissances, émerveillantes, impossibles à ignorer. Je me laissais charmer, incapable de résister à l’envie d’immortaliser la belle dans une image, peut-être pour simplement prolonger l’instant en posant mon sac, en contemplant les robes, en me perdant dans la perfection des graphismes, en respirant des parfums subtils, en admirant une capacité d’adaptation échappant aux algorithmes machinaux.
Et je marchais plus loin.
Remettant au lendemain une rencontre improbable.
Ou,
Tout à la joie d’avoir déjà trouvé, à nouveau tournée vers une autre recherche.

Juillet est arrivé sans crier gare et les plantes de printemps sont maintenant en graines. Préparant un prochain printemps, elles m’invitent déjà, porteuses d’un sens certain, bien plus grand, bien plus loin.

J’ai encore besoin de chercher, j’ai encore besoin d’être curieuse, je n’aurai jamais « tout compris », tout m’apparait extrêmement complexe, me dépassant toujours et c’est vraiment ce qui me fascine et m’attire et me tient debout.

Et… n’est-ce pas au final, comme « par hasard », le tissage d’une histoire de graines, de laborieux jardinage, de récolte et de récolte à partager ?

* Stress : oui, parce que durant ces deux années écoulées, plus encore que par le passé, j’ai ressenti au long cours combien pèse la sensation de « transgresser la norme imposée ». Quand bien même la transgression demeure paisible, non militante, pacifique donc, et respectueuse d’autrui, elle impose à mon animalité humaine un certain effort, donc un certain stress d’effort simplement parce qu’en temps qu’animal grégaire, je suis principalement programmée pour suivre le troupeau.
Un vaste sujet à méditer dans tous les sens.

Dactylorhiza Praetermissa

Décrit par Karoly Rezso Soo en 1962

L’orchis oublié, la dactylorhize négligée, ces noms usuels éclairent la toute la complexité d’identification qui règne à l’intérieur du genre Dactylorhiza.
Ce genre fut le principal objet d’étude pour le botaniste hongrois Karoly Rezso Soo, ceci après que le botaniste hollandais Pieter Vermeulen (1899-1981) ait posé (en 1947) les nouvelles bases qui distinguaient définitivement ce genre de celui des orchis.

Les espèces existantes en Loire-Atlantique, département où la présence des orchidées sauvages est suffisamment rare pour faciliter leur reconnaissance, ne m’avaient pas permis d’expérimenter le doute tel qu’il m’est tombé dessus en découvrant les espèces d’autres régions.
Peu à peu, j’ai compris combien l’approche est déroutante sur le terrain. Les espèces présentent une très grande variabilité, s’hybrident super facilement, s’adaptent constamment. J’imagine facilement les interminables conversations entre spécialistes, argumentant en faveur de l’une ou de l’autre à coup d’analyses statistiques, moléculaires et génétiques.

Alors, je fais simple.
Je considère la date de rencontre (certaines espèces sont toujours précoces, d’autres toujours tardives), le lieu (certaines espèces résident uniquement au sud ou seulement au nord, exclusivement en montagnes ou toujours en plaine) l’environnement (certaines espèces adorent pousser les pieds dans l’eau, d’autres apprécient les milieux plutôt acide ou plutôt alcalin) et les traits les plus grossiers de l’aspect (largeur du labelle, découpe particulière, dessins caractéristiques, couleur unique ou non)
Ainsi avec seulement ces trois points, je peux écarter des espèces, me concentrer sur des possibles. Il me reste, en cas de doute, à demander l’avis de personnes plus expérimentées, tout en sachant que les plus savantes ne sont pas toujours celles qui hésitent le moins.

Pour revenir à l’orchis oublié, je l’ai vu en Bretagne du nord, dans les dépressions dunaires humides, à la toute fin du mois de juin. Il m’en fait voir de toutes les couleurs, j’en ai tout un catalogue d’images que je peux regarder inlassablement sans être et capable d’en préférer une à une autre.