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Question de point de vue


Ca fait quelques années que j’ai commencé à faire des tas de cailloux en passant, des tas en équilibre précaire qui ont pour mission de s’écrouler dès que j’ai le dos tourné à moins que je ne les démonte après la captation d’image si ni le vent ni les vagues ne peuvent s’en charger.

Pour écrire ce billet j’ai une fois de plus plongé dans les entrailles de ce blog, à la recherche de billets plus anciens, de souvenirs ou d’arguments déjà avancés. J’ai retrouvé Melchior avec plaisir mais il y en a tant d’autres, celui-ci par exemple et d’autres et d’autres. C’est que je suis inquiète à l’idée de radoter et puis, finalement je suis heureuse de lire qui je suis depuis un bout de temps, racontant toujours les mêmes histoires en les pimentant du présent tout en les conservant à mon image.

J’ai déjà titré « Points de vues« . A deux « S » près, cette fois-ci je questionne davantage.

Davantage et plus loin, je questionne l’équilibre.
D’équilibre aussi il est souvent question dans ce blog jusqu’à parler de l’effort nécessaire pour y parvenir. Maintes fois, mille fois, dix milles fois au cours d’une journée nous sommes en équilibre et nous passons d’un équilibre à un autre sans nous en apercevoir sans le noter, aussi automatiquement que nous marchons. nous passons d’une posture à une autre et cela nous semble si « normal » que nous n’y prêtons aucune attention.

Donc.

Quand je construis un tas de cailloux, je recherche un équilibre éphémère.
Et,
Je suis attentive au point de vue, c’est à dire à l’angle sous lequel je vais capter l’image afin que la fragilité de l’équilibre soit bien visible.
Une fois que la construction me parait achevée, je tente de l’enregistrer dans mon APN, espérant que j’en garderai le souvenir préalablement imaginé. C’est difficile car entre l’imagination, la réalité et l’image enregistrée, tout un registre s’écrit.
Si le vent m’en laisse le temps, je tente parfois de prendre une photo sous un autre angle, histoire d’avoir un point de vue différent.

L’autre jour, dans la lumière d’avant le crépuscule, dans la paix d’un lagon vidé par la marée, j’ai joué avec les cailloux et la lumière.
La photographie visible sous le titre de ce billet fut celle que j’ai prise juste avant de tourner le dos et d’entendre le « plouf » caractéristique d’un « démontage automatique ».
Le point de vue est donc celui que je n’avais pas prévu enregistrer, le côté pile en somme.
En le regardant le soir sur grand écran, il m’apparu d’une grande stabilité. Impossible de passer à côté de cette notion de « point de vue » alors. Je connaissais la fragilité de mon édifice, je l’avais entendu s’écrouler spontanément sous la faible brise du soir et surtout j’avais l’autre point de vue sous les yeux.

Je voyais ce point « faible » et « fort » à la fois sur lequel reposait une bonne partie de l’édifice. Ce point terriblement fragile.

Comment oublier que la vie toute entière est ainsi construite, en équilibre entre forces et faiblesses ?
Comment oublier que tout est question de point de vue ?
Comment faire abstraction de la relativité en toute chose, de la variabilité des points de vue, de l’incessant renouvellement des postures ?

Définitivement, c’est en questionnant toujours plus loin que j’avance, en équilibre (forcément instable) sur le fil tendu entre mes paradoxes.

De la complicité

Voilà un mot dont il me faut parler.
Complicité !

Car, en cette époque où « monter à cheval » est presque uniquement une activité de loisir, en cette époque où une certaine afféterie est de rigueur se confortant dans un anthropomorphisme sans bornes, il est de bon ton de déclarer que le cheval est un tendre complice.
Tendre complice !
Les personnes qui me connaissent imaginent déjà que je vais écrire tout un poème autour de ces deux mots en sachant à quel point j’accorde de l’importance à l’étymologie lointaine du mot.
Empr. au lat.poema «poème, ouvrage de vers; poésie» et celui-ci au gr. π ο ι ́ η μ α «ce que l’on fait, d’où: oeuvre, ouvrage manuel; création de l’esprit, invention

Oui, j’utilise aussi cette manière de parler car c’est dans la mode actuelle : je vais jouer avec « mon » cheval afin d’améliorer notre complicité !

Ceci dit, qu’est-ce que ça signifie en vrai ?

En réalité, je sors du pré un cheval qui n’a rien demandé afin de satisfaire mon propre désir, lequel est très très complexe.
Tient, tient…
Complice et complexe dérivent de la même lointaine racine, une vague histoire de tissage, de fils entrecroisés pour former un « tout » d’où il est extrêmement difficile de tirer un fil unique sans abolir le « tout ».

Je reviens à mon loisir équestre.

Je monte toujours le même cheval.
Lui est soumis à deux cavalières principales sans compter les rares jours où il est « prêté » à d’autres personnes. (toujours très gentilles et respectueuses, of course!)
Afin de me sentir « bien » avec ce cheval, j’ai commencé à établir un certains nombre de codes que j’essaie de lui faire intégrer.
C’est à dire que j’exige de lui un effort de mémorisation de « mes codes à moi » alors que je suis bien consciente qu’il a aussi en tête les codes transmis par sa cavalière-propriétaire et qu’il doit instantanément essayer de saisir les codes envoyé par les personnes de passage.
De son côté, il envoie plein de messages, toujours les mêmes, quelque soit la personne qui le sort du pré.
Les chevaux comme tous les êtres vivants envoient des signes, sans y songer, sans rien décortiquer dans les arcanes de leur cerveau.
Chez les humains il est habituel de parler en terme de « langage non-verbal ».
Chez les chevaux, il est habituel de parler principalement en terme de « défenses ».

Dans chacune de mes moindres respirations, lorsque je suis en présence de « mon » cheval, je suis donc intensément attentive aux signes qu’il envoie. Ainsi je capte son refus de soumission, son désir de « bien faire » (pour en finir plus vite, pour obtenir une récompense), son impatience lorsqu’il ne comprend pas le code que je propose, son attention à ma petite personne, sa curiosité pour l’environnement, son soulagement, ses tensions, etc, etc… La liste est infinie.

Et voilà ce qui me passionne, cette relation au vivant au delà des apparences, ce qui se joue, ce qui se passe entre deux êtres vivants entiers, situés, chacun dans son monde.
Je poursuis mon exploration commencée il y a longtemps, une exploration « sur le terrain » comme je l’ai toujours fait au cours de mes traversées, de mes passages de vie.

Ni complice, ni compagnon.

Impossible complice, en fait.
Impossible compagnon puisque nous ne partagerons jamais un repas (cf étymologie du mot compagnon), nos régimes alimentaires étant aussi différents que notre aspect physique.

Par choix de ma part,
Par non-choix de la sienne,
Nous tentons d’établir une relation,
Une relation la plus confortable possible pour chacun de nous,
La moins pire dans le cadre défini,
Donc.

PS : incapable d’échapper à toute réflexion anthropomorphique, je me dis souvent que le cheval est comme un enfant (vis à vis des adultes qui s’affirment « responsables » de lui), il n’a pas d’autre choix que celui d’essayer de plaire, coûte que coûte.
L’enfant rebelle qui vit encore au fond de moi est formidablement compréhensif de « ça »!

Ils sont faits pour ça

« Mais… ils sont fait pour ça! »

Cette phrase est tombée d’un coup, obstruant immédiatement l’écoulement du flot de questions que j’essayais de traduire en paroles.
C’était après une courte séance d’éducation proposée au petit cheval Apaloosa avec l’aide d’une jeune cavalière.
Ses parents (propriétaires des lieux) s’étant approchés, je tentais d’expliquer à nouveau et à l’aide de mots simples autant que de métaphores anthropomorphiques à quel point il était difficile de trouver un équilibre entre « aimer monter à cheval » et « aimer le cheval » ; à quel point les chevaux sont fondamentalement gentils mais bien loin d’apprécier l’obligation de se prêter au bon plaisir des humains alors qu’ils sont si heureux en troupeau. Le non-goût pour l’activité avec les humains se révélant par le non-allant (cheval qui avance avec le frein à main bloqué, genre ado qu’on force à sortir le nez de son écran) autant que par un empressement désorganisé (cheval qui fonce, genre individu pressé d’en terminer pour aller boire une bière avec les copains)

« Mais… ils sont fait pour ça! »
Et d’ajouter :
« Bah sinon… ils ne se laisseraient pas monter… »

Je me suis sentie terriblement seule devant une telle logique simple.

Et presque instantanément, face à ces gens vivant dans un monde différent du mien, j’ai réalisé à quel point nous vivons tous sous l’injonction de la consommation « c’est là pour ça », « on a inventé ça pour vous », prenez, servez vous, pensez à payer et puis faites en ce que vous voulez « c’est fait pour ça »!

Je vais apprendre encore et encore, grâce a cette nouvelle-ancienne activité.

Nouvelle activité qui consiste à monter à cheval pour mon bon plaisir dans l’environnement d’aujourd’hui où les chevaux sont (c’est la cas de ceux que je côtoie en ce moment) régulièrement vu par le pareur (ils sont « pieds-nu » mais obligés de voir leur podologue chaque mois) par un ostéopathe, par un dentiste, par le vétérinaire, sont régulièrement complémentés en probiotiques, mangent des friandises saveur « fraise tagada » spécialement crées pour eux (oui, oui, c’est écrit sur le paquet! Impossible d’affirmer que ce fut créé dans le but de forcer les humains à consommer au grand magasin pour chevaux!) et vivent « en liberté » dans un pré d’herbe rase régulièrement inspecté. (Oui, il existe tant de dangers « volants » qui peuvent planer sur une pré soigneusement clôturé )
Je vois en filigrane ces gamins nombreux, vivant « en liberté » dans un monde préservé, « fait pour eux », hyper « bien soignés » mais si peu éduqués. Ils sont capables de rendre fiers leurs parents qui font du mieux qu’ils peuvent pour leur apprendre ce qu’ils n’ont eux même jamais appris qu’à travers des vidéos faites « pour ça »!

PS : Bien que j’aie ouvert une rubrique « cheval » c’est aussi dans la rubrique « vivre avec son temps » que ces billets ont leur place! Aurais-je pu l’imaginer?

Communiquer


Communiquer!
Ce fut déjà le titre d’un billet paru en janvier 2020.
Un billet que j’ai eu plaisir à relire et comme souvent, je reste d’accord avec ce que j’ai écrit. De l’avantage du soliloque direz-vous! Il est assez simple d’être d’accord avec soi-même, n’est-ce pas ?

Communiquer ?

Depuis que j’ai à nouveau posé mon derrière sur le dos d’un brave cheval qui ne demandait rien d’autre que de rester tranquille dans son pré, je mesure combien ce « retour » était certainement inéluctable.
J’ai questionné le sens.
Question de bon sens, évidemment!

Et chaque fois que je termine la séance avec le petit appaloosa, j’ai l’impression d’avoir effectué à la fois un voyage dans le passé et à la fois un « rangement » du présent. Comme s’il avait été nécessaire de mettre de l’ordre dans la foule de connaissances accumulées depuis des années et posées en vrac à l’image des piles qui s’entassent parfois sur les bureaux, le document du dessus faisant disparaitre ceux du dessous tout en les conservant.
Vous suivez ?

Communiquer.

Oui.
Monter à cheval, c’est apprendre à communiquer.
A l’école d’équitation, pour qui débute, il est d’abord nécessaire de réussir à être bien dans son assiette ! C’est un long cheminement assorti de chutes, de refus et de victoires.
Certes, « on » vous explique qu’il y a des aides ! Mais pour commencer, l’assiette n’en étant pas une alors que c’est la principale, « on » vous parle des autres aides et chacun en fait des pieds et des mains. Car « on » vous explique qu’il « faut » communiquer avec l’animal chevauché. En fait, généralement, l’animal suit ses congénères, et suit la voix de l’enseignant, donc du maître.
Ainsi l’apprenti écuyer cultive son impression de diriger quelque chose tandis qu’il s’installe progressivement dans un certain « confort » du postérieur.

La communication arrive bien plus tard.
Quand elle arrive.

Car, exactement comme les humains, le cheval est un animal grégaire et sensible. Il relationne avec son environnement, avec les autres animaux (humains compris) et en tire des conclusions indispensables à son bien-être instantané.
Comment ne pas repenser aux mots de Dorian Astor posés là avec cette phrase qui résonne fort :
« Les mots ne désignent jamais les choses, mais nos relations aux choses, nos tentatives de saisir des choses insaisissables.« 
Etablir une relation avec un cheval, établir une relation avec tout être sensible, dans le but de réussir à communiquer est une aventure improbable où ni les mots dits ni les gestes faits ne pèsent aussi lourd que l’insaisissable.

La désespérance est à la hauteur de l’espoir programmé et jamais atteint.
L’horizon est tout aussi insaisissable que l’arc en ciel, peut-être faut-il avoir beaucoup voyagé pour en avoir ancré l’expérience au plus profond de notre être.

Il reste l’assise, là maintenant, tranquille, paisible et c’est cette base qui offre la possibilité d’une relation accordée,
Ephémère,
Précieuse,
Rare.

A suivre…

C’est le chemin qui est important

C’est le chemin qui est important.

Je vous dis pas le nombre de fois où ces mots assemblés apparaissent sur les réseaux sociaux, dans des cadres sans âme, signés par des célébrités ou des anonymes, rappelant Lao-Tseu, Goethe ou n’importe qui, souvent dans un but de fourrer un peu plus la locution « développement personnel » laquelle ne signifie souvent rien de plus que « votre argent m’intéresse ».

Oui, la délicatesse et moi, ça fait deux!

Et oui, sur cette image, c’est le chemin qui prend toute la place.
Et c’est le chemin qui prend toute la place particulièrement grâce au long bout de chemin qui est absent à l’image, celui qui est déjà parcouru.

Vous suivez ?

Depuis quelques temps, je fouille sur la toile du côté du microcosme « cheval » et c’est exactement comme fouiller dans un quelconque microcosme, il y a de tout, du pire, du moins pire, beaucoup de copier-collés et… le dressage de mon moteur de recherche ne permettant pas encore l’accès au « mieux », il faut que je cherche encore.

Car depuis quelques temps, précisément depuis que j’avais prévu d’offrir une balade en ma compagnie à une petite fille, je savais qu’inéluctablement j’allais réveiller un virus endormi.

Tout en le sachant, je me questionnais fort.
Pas vraiment au sujet de « vais-je me souvenir?  » car un cheval offrant un devant et un derrière, il suffit de se poser sur son dos dans le bon sens et hop, il se met en marche.
Je me questionnais à propos d’un autre sens.
A propos du sens que je pouvais trouver pour avancer plus loin à proximité des chevaux.
N’avais-je pas décidé un jour que c’est en liberté qu’ils sont les plus beaux et le mieux respectés?
Ce jour là j’avais décidé de vendre Grand Lama, un pur sang bai réformé des courses et acheté dans les couloirs de l’abattoir, un brave cheval en compagnie de qui j’avais pu vivre la quintessence de la complicité jusqu’à ne plus avoir besoin ni de selle ni de bride pour partir sur son dos et le laisser jouer à sa guise.
Alors évidemment, en posant ces décisions, je ne faisais que danser sur le fil tendu entre mes paradoxes. Je vendais un cheval à un cavalier qui allait « l’exploiter » et je gardais pour moi le principe de laisser les chevaux tranquilles. Oups….

Depuis ce jour déjà lointain, les centres équestres se sont multipliés, le nombre des cavaliers aussi et l’élevage des chevaux destinés aux loisirs des citadins, puis à la boucherie s’est lui aussi agrandi.

Oui, la délicatesse et moi, ça fait deux!
Bis repetita placent.

Car si les chevaux sont réputés « travaillant », en France il existe très peu de travaux utilisant les chevaux pour une quelconque utilité laborieuse.
Les chevaux sont en ultra majorité des animaux produits pour le loisir des loisirants.
Les loisirants cavaliers sont des personnes qui soumettent des animaux qu’ils « vénèrent » à leurs bon vouloir pour… rien.
C’est une sacré aventure contemporaine quand même, non?

Car, oui, remonter à cheval, c’est comme remonter à vélo, il faut sa plier aux obligations de sécurité en cours, il faut mettre un casque.
Car, non, remonter à cheval, c’est pas comme remonter à vélo : un cheval est un animal sensible qui ne demande qu’à brouter jusqu’à la fin de ses jours.

Alors, quel sens donner à cette histoire ?
Pour quelle raison « avoir à nouveau le désir » de monter à cheval ?
Pour me balader avec A. ?
Ok, ça peut rester très ponctuel.
Et puis, d’ici un an ou deux ans elle n’aura vraiment plus aucun goût pour caracoler auprès d’une vieille grand-mère qui préfère le pas au galop débridé.

Comme d’habitude, j’ai donné du mou et laissé les questions se débrouiller entre elles. J’ai changé de sujet tout en tapotant sur la toile pour voir s’il y avait des chevaux qui cherchaient une cavalière aussi bizarre que moi.

Et voilà que j’ai finalement vu apparaitre un cheval d’indien, à moins que ce ne soit un cheval de cirque, un cheval blanc à taches noires, tout à fait assorti à la couleur de ma chevelure, un appaloosa selon le nom de sa race. (noter que pour les animaux, la notion de race demeure…)
Il habite en rase campagne nantaise, chez des particuliers. il vit au pré sans rien demander mais sa propriétaire-cavalière aimerait qu’il se bouge un peu plus que deux fois par semaine, rien d’autre.

Banco !
Donner un coup de main, en voilà un truc sensé !

Et hop, l’affaire fut vite conclue entre les deux parties, le cheval n’avait rien à dire, un peu comme un vélo… donc !

Ce qui est magique, à l’image de ma vie, c’est que dès que je suis sortie seule avec ce cheval, j’ai vu tout ce que m’offre l’horizon.
Et surtout j’ai vu que le potentiel qui s’offre est envisageable seulement parce que le temps est passé, patiemment, parce que j’ai plein d’expériences tellement différentes, parce que je suis tout à fait à la marge, parce que je suis … moi.

Bref, je remonte à cheval.
Le cheval d’une personne qui « aime » son cheval.
Et aussi, je marche à côté de ce cheval et je cours aussi lorsque je lui impose de trotter…
Et je monte,
Et je parle,
Et il écoute, et elle entend.
Le chemin est devant.
Vers plus loin.

Informations préalables

Balades, voyages sont autant d’occasions pour rencontrer de nouvelles orchidées.

Sauvages?

Les orchidées sauvages sont difficiles à trouver lors des déplacements touristiques ou professionnels.
En effet, arriver dans un pays inconnu pour y passer même un mois entier, c’est inévitablement commencer par essayer de se repérer et ensuite aller voir les « coins touristiques » qui d’ailleurs contribuent au repérage.
Et puis, c’est le plus facile!
Imaginez un peu, accueillant un ami de l’autre bout du monde, vous lui demandez ce qu’il aimerait voir « chez nous ». Il répondra probablement « Paris » voire « la tour Eiffel » et il vous sera peut-être possible de réaliser son rêve. Par contre s’il exprime un désir de voir le célèbre « Cypripedium calceolus« , je parie que vous serez fort dépourvu.
C’est ainsi.
Débarquer dans une région, c’est un peu la même chose, il est commun de commencer par chercher les points remarquables les plus communs.

Chercher les orchidées sauvages exige un temps long.

Pourtant, il m’arrive de « tomber » sur quelques belles au cours d’une balade. Parce que je me balade, passionnément, partout, quelles que soient les circonstances du déplacement.
Et puis, parfois il m’arrive de partir avec la ferme intention d’en rencontrer, ça ne fonctionne pas à tous les coups, il faut surtout de la chance ou partir après un énorme repérage virtuel préalable.

A noter que dans certaines îles, les orchidées sont dans les jardins au même titre que les pélargoniums ou les hortensias chez nous. Ce ne sont pas des orchidées sauvages, mais ce ne sont pas non plus des stars botaniques de grande valeur. Elles sont partout et c’est un véritable plaisir des yeux qu’il serait dommage de dédaigner.

Dans ce chapitre, j’entreprends de présenter principalement les orchidées sauvages rencontrées au hasard ou lors de mes recherches en France et plus loin. Mais, simplement pour le plaisir, je raconterai peut-être, en bonus, quelques histoires de jardins tropicaux.

Ophrys scolopax

Ophrys scolopax est le nom d’un groupe méditerranéen occidental comprenant quatre espèces.

L’espèce Ophrys scolopax fut décrite par Antonio José Cavanilles en 1793.
Cette espèce est parfois décrite sous d’autres noms dans la littérature.

L’Ophrys bécasse fleurit de fin mars à juin jusqu’à 1700 mètres d’altitude. Si sa description est très précise (au point d’être totalement obscure pour la non-spécialiste que je suis tant elle contient de caractères), je dois avouer que j’aurais été bien incapable de donner un qualificatif aux Ophrys que j’ai rencontré dans un fossé à proximité de la Ermita de San Bartolomé de Gavin si personne ne me l’avait signalé comme un spot à « scolopax »!

Reconnaitre un Ophrys est une chose, le classer au sein des 28 groupes qui composent le genre et l’identifier parmi les 354 espèces européennes est un risque que je suis incapable de prendre sans suivre des pistes.

Orchis militaris

Orchis militaris est un groupe de sept espèces européennes.
Si les coloris et la forme du labelle peuvent parfois faire penser a Orchis simia, l’inflorescence s’épanouissant par les fleurs basales fait toute la différence et lève le doute.

L’Orchis militaris fut décrit par Carl von Linné dès 1753.

L’Orchis militaire se plait en terrain calcaire jusqu’à 2200 mètres d’altitude, en pleine lumière et redoute tous les amendements. Il fleurit en plaine entre avril et juin.
Comme beaucoup d’autres orchidées sauvages, l’eutrophisation galopante le repousse toujours plus jusque à le rendre rare en certains endroits pourtant favorables.

Les images présentées sont peu descriptives car je suis arrivée sur leur spot en toute fin de floraison.

Pseudorchis albida

Pseudorchis (faux Orchis) est défini par Jean-François Séguier en1754 et le genre comprend deux espèces, l’une rare et l’autre plus répandue (Pseudorchis albida ici présenté)

Pseudorchis albina fut décrit par Carl Von Linné en 1753 sous le nom Satyrium albidum puis confirmé dans le genre pseudorchis par Askell Löve et Doris Löve en 1969 après de nombreuses discussions et grâce aux analyses génétiques qui l’écartèrent définitivement des genres Gymnadenia, Habenaria ou Platanthera auquels il fut parfois intégré (publications du 18ème et 19ème siècle)

Le faux Orchis blanchâtre fleurit de mai à juillet en pleine lumière jusqu’à 2700 mètres d’altitude. Parfois abondant en montagne il est en régression ailleurs du fait de l’eutrophisation des milieux.

Dactylorhiza sambucina

Dactylorhiza sambucina est aussi un groupe monophylétique de six espèces nommées.

Dactylorhiza sambucina fut décrit en temps qu’espèce par Carl Von Linné sous le nom Orchis sambucina en 1755 puis classé parmi les Dactylorhizae par Karoly Rezsö Soo en 1962

L’Orchis à odeur de sureau fleurit en mai-juin, en pleine lumière sur substrat calcaire et surtout en montagne jusqu’à 2600 mètres d’altitude.

Lorsque j’ai débarqué début juin dans les montagnes pyrénéennes, les individus basés sous 1600 mètres d’altitude étaient partiellement défleuris. C’est en grimpant au delà des 2000 mètres vers le pic d’Anayet que j’ai découvert de grandes populations tandis que sur le plateau tout juste déneigés, de minuscules plantes commençaient à s’étirer.
Comme indiqué dans la littérature, les individus blanc étaient présents en plus grand nombre.