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Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.

Vie quotidienne

Chaque fois que je sors de « chez moi », de ma ville, de mon pays, j’ai besoin de voir « tout », c’est à dire de trouver, au delà des clichés touristiques, ce qui fait le quotidien des personnes qui vivent « ailleurs ».
Les écoles et les centres de soins sont les endroits stratégiques qui donnent le ton.
Inévitablement, je vais en explorer les abords. Il n’est pas rare que j’entre carrément pour mieux visiter et « sentir » l’ambiance.

Ces jours-ci, dans le village du Northshore d’une île ne vivant que par le tourisme, j’ai la chance de pouvoir entrer dans la « Escuela Infantil Municipal » puisqu’à l’heure des parents, je vais y chercher ma petite fille.
Chez nous, on parlerait plutôt de crèche puisque cette « Escuela » est destinée uniquement aux enfants de 3 mois à 3 ans dont les parents travaillent. Ici, c’est écrit « Escuela » au dessus de l’entrée.
Et ici, dès la « moyenne section » de la crèche, c’est à dire dès que les bambins marchent, l’uniforme est la règle dans les écoles. Ainsi quand on va au parc, il est possible de savoir d’où sortent les enfants qui y jouent : c’est écrit sur leur tee-shirt!

Ma petite fille reste à la crèche chaque jour, du lundi au vendredi, de 10 heures à 15 heures.

15h, c’est l’heure des parents!
Et comme devant toutes les écoles de France et de Navarre, certains parents attendent devant la porte en bavardant et d’autres se racontent leur vie à la sortie.

Ainsi, les parents des plus de deux ans échangent-ils souvent au sujet de l’école dans laquelle ils vont « mettre » leur enfant l’année prochaine.
Et c’est vraiment très amusant pour moi d’entendre leurs soucis.

Car, ici, c’est un village sur une île.
Car, ici, la délinquance frôle les 0%.
Car, ici, les habitants sont arrivés de partout : d’Europe ( Espagne continentale, Italie et Allemagne principalement), d’Afrique du nord (principalement Mauritanie, le Sahara occidental est tout proche à vol d’oiseau, donc … à la nage… ou en bateau), d’Amérique du sud (principalement Argentine peut-être en raison des racines italiennes des argentins?)
Car ici, beaucoup, beaucoup de personnes sont parfaitement bilingues, voire trilingues et plus.

Logiquement, les parents rêvent pour leurs enfants.
Et logiquement leurs rêves sont multilingues et multicultures.

Et… probablement comme « partout », le choix de l’établissement d’enseignement « obligatoire » semble vraiment stratégique.
Ici, l’école du centre du village, la plus proche du vieux village où est située l’unique  « Escuela Infantil Municipal » est celle où devant l’entrée et la sortie se rassemblent la grande majorité des mauritaniennes, drapées dans leurs merveilleux voiles translucides et multicolores.
Etrangement  cette école maternelle (on est encore loin de l’université!) ne fait pas l’unanimité parmi les personnes qui rêvent d’un avenir multilingue et multiculture pour leurs enfants.

Ca me fait sourire.

L’année prochaine, c’est devant l’école maternelle que j’irai écouter ce qui se raconte.
Peu importe l’uniforme que portera ma petite fille, j’irai ensuite au parc ou à la plage pour jouer avec elle, sans me préoccuper de ce que pensent les « locaux » au sujet de l’écusson brodé sur son tee-shirt.

Et dans mon regard, le monde est et restera multicolore, passionnément.

Sagesse

Qu’est-ce que la sagesse ?

Au fond de mon ventre, c’est l’image d’une petite fille sur une photo d’école maternelle en 1960, sérieuse, les bras croisés sur la table comme on lui avait demandé de faire, bien coiffée, le tablier bien tiré « comme il faut » et regardant bien l’objectif selon la recommandation du photographe… Une image, quoi… Sage comme une image, c’est ce qui me vient en entendant le mot « sagesse ».

Je sais qu’il existe d’autre sens à ce mot, je sais « ça », c’est déjà ça!

Ce matin, je suis partie me balader en me disant que la sagesse, c’est pas mon fort.

Ce matin, il n’y avait pas un souffle de vent sur le village où j’avais dormi.
En dépassant les dernières maisons, je pouvais voir une grande flaque d’eau abandonnée par la marée. elle était aussi lisse qu’un miroir. En suivant mon chemin, je la contournais et en la contournant, je voyais défiler à la surface du miroir aussi bien le paysage alentours que le ciel.
Un oiseau est venu se poser au bord de la flaque, en picorant le sable, il dessina une ride autour de lui, une mini vaguelette qui engendra un autre cercle, en poussant un autre puis un autre, tant et tant que la surface de la flaque en était transformée, marquée par ces cercles absolument concentriques qui finissaient par s’échouer sur le sable.

J’ai marché encore.
Devant moi, les deux éoliennes qui d’habitude, soumises au souffle du vent, tournent de concert étaient immobiles, stoppées chacune dans une direction, semblant attendre que le vent donne à nouveau un ordre fort pour s’aligner et se remettre à tourner.

 

J’ai marché encore.
Pas très loin.
Là, un creux dans les rocher,
Un creux à l’abri des vagues,
Découvert par le jusant
Plein d’une eau parfaitement limpide,
Un creux était là,
Qui m’appelait
Comme si là, se trouvaient toutes les réponses
A toutes les questions
Qui me troublaient.

Une heure plus tard, je faisais surface.
Il était temps de rentrer.

Dans ma tête se côtoyaient, des vagues et un miroir, la lave si noire, le corail tellement blanc, la montagne et le ciel, l’objet et son reflet, l’oiseau qui passe dans le ciel et sur le miroir à la même vitesse et s’efface et reste en mémoire comme les sons, les odeurs, les couleurs, les ombres, les lumières…

J’ai pensé un instant, que peut-être la sagesse n’est rien de plus qu’une recette très personnelle dont chacun garde le secret, une recette qui permet de trouver l’équilibre quand tout s’agite un peu trop fort, une recette qui permet de faire croire aux personnes crédules que rien ne bouge, que tout est simple et lisse comme une image…

Transmission

Transmettre : faire passer d’une personne à l’autre

Et nous voilà bien avancés quand il s’agit de pondre un petit billet au sujet de « la transmission », donc au sujet de l’action de transmettre.
Transmettre ?
Quoi?

Plus important que le verbe est le « quoi » !
Car, rien dans la lexicographie ne donne une quelconque piste à ce sujet.
En descendant au rayon mécanique, il est possible de découvrir que la transmission est l’opération par laquelle un mouvement est transmis d’un élément à l’autre.
Dans le rayon physique, il s’agit de la propagation d’un phénomène…physique…

J’avais besoin d’aller regarder le dictionnaire pour circonscrire le sujet et me voilà guère plus avancée.
J’entends déjà les commentaires.

J’entends déjà les commentaires,
il suffirait de presque rien
Peut-être dix années de moins
(…)
Mais pourquoi faire du cinéma,
Fillette allons regarde-moi,
Et vois les rides qui nous séparent.
A quoi bon jouer la comédie

Amusant cette chanson qui fait surface… La petite musique danse dans ma tête…
Mais là n’est pas le sujet.
Quoique, il s’agit, dans bien dans ce texte de « transmettre » quelque chose!
Non?

Donc.
L’idée de ce billet a germé, faisant suite à une question trouvée dans ma boite mail : « la transmission au long cours… C’est aussi une de mes préoccupations du moment. Sans être nostalgique, comment donner des racines, ancrer nos jeunes dans les expériences passées? »
une question ravivée par la grâce de quelques mots sur FB.

Je pense sincèrement que seuls les plus-vieux-moins -jeunes pensent à cette histoire de transmission.
Car dans le « quoi » que jamais ils ne précisent, il y a une question métaphysique « Que restera t-il de moi-je, demain, très bientôt, quand je serai plus là? »
Les enfants, les ados, dans leur toute puissance vivante n’explorent pas ces questions avec autant d’angoisse que les plus-vieux-moins-jeunes. Ils se nourrissent d’exemples et d’expériences vécue à leur manière avec ce dont ils peuvent disposer, en famille, entre « potes » et dans le monde.
Parmi les graines mises à leur portée, certaines poussent ou pousseront, d’autres non. Comme dans la nature, certaines graines ont besoin du passage du feu pour germer, d’autres ont seulement besoin d’eau et certaines ont besoin de beaucoup d’attention.
L’attention, pour pouvoir la prodiguer, il faut du temps et le temps est denrée rare par le temps qui court.

Grand-mère, je ne me préoccupe jamais une seule seconde de « quoi »  je transmets à mes petits enfants.
Je sais ce que j’ai gardé de mes parents, de mes grands-parents, c’est ce dont j’ai eu besoin pour arriver là.  Ils étaient tranquillement eux-mêmes comme ceux de leur génération, ils ne vivaient pas à crédit, ils n’étaient pas envieux des riches, ils ne se plaignaient pas le samedi midi après 45 heures de boulot et si je les entendais parfois fatigués, c’était parce que le printemps était arrivé et qu’ils venaient de retourner à la bêche le jardin qui allait en partie nous nourrir.
J’ignore complètement ce que les enfants garderont de moi.
Alors, pourquoi me poserai-je la question de ce que garderons mes petits enfants ?
Peut-être le nom des fleurs?
Le sens des vagues?
Un brin de folie?
La couleur de mon laptop?
Le goût d’une herbe sauvage ?
La traversée de la ville en tram ?
Quelle importance ?

Il me parait tellement vain de chercher un « quoi » alors même que j’ignore tout de demain, donc des besoins qui seront les leurs.

La chute de l’espoir

Quand je raconte ma vie scolaire dans une école de banlieue Lyonnaise en affirmant que nous étions seulement 6 filles sur 45 à faire notre entrée au Lycée après le CM2 (oui, le collège n’était pas encore inventé, le lycée commençait en 6ème), j’ai l’impression que personne ne peut me croire.
En retrouvant ce Diplôme que mon père a obtenu sans mention à l’âge de 15 ans, c’est une trace de la société moderne qui vient s’afficher sur ce blog-note à l’image de la société postmoderne que nous habitons aujourd’hui.

L’agitation actuelle faisant les choux gras des médias, je ne peux y échapper et une fois de plus je constate que les camps se construisent, chacun s’arque-boutant sans nuance sur un mot ou un autre, incapable de s’asseoir pour réfléchir et envisager la réalité sous un autre angle que celui du combat.
L’espèce humaine est certainement l’une des espèces animales la plus combative, la plus cruelle et le pacifisme n’est de mise que dans les livres quand il n’y a vraiment rien d’autre à faire.
Ce n’est pas le sujet de ce billet, je vais en venir au fait.

Le fait, c’est qu’après avoir échafaudé des espoirs, les empilant l’un sur l’autre par dessus le vide pendant des années et des années, tout est en train de se casser la figure.

Mon père avait fait mieux que son propre père, lequel n’avait pas décroché ce prestigieux diplôme. Oui, « prestigieux » : je me souviens de fermes familiales au sol en terre battu où ces diplômes soigneusement encadrés trônaient accrochés au dessus de l’âtre, parsemés de crottes de mouches.

Mes parents n’avaient qu’une idée fixe pour nous : que nous n’ayons pas à revivre la guerre qu’ils venaient de traverser et que nous « fassions mieux qu’eux ». Mai 68 ayant contribué à lever beaucoup de verrous, le meilleur était permis :  le Brevet, le Baccalauréat (on disait le mot en entier à l’époque et il y en avait plein la bouche d’éloge et/ou d’envie), l’Université, et plus loin pourquoi pas l’une ou l’autre des quelques prestigieuses Grande Ecole ?

Loin de moi l’idée d’affirmer que subir les espoirs des parents était chose facile.

Néanmoins, l’espoir était là, partout, tout alentours et bien palpable et il tissait un filet invisible qui nous poussait à regarder plus loin, plus haut et vaillamment.

Et tout s’est emballé!
Beaucoup de filles de ma génération ne se sont pas contentées de « faire un peu mieux » que leur mère, beaucoup de garçons ne se sont pas contentés de « faire un peu mieux » que leur père. Nous avons poussé loin nos études et bousculé « la tradition ».

Je vais éviter de  brosser le tableau de ce que j’observe aujourd’hui dans la société sur laquelle j’ouvre ma fenêtre chaque matin.

Je connais les aventures de mes fils.

Aux dernières nouvelles, après huit ans d’études et beaucoup d’errances, le plus jeunes semble trouver une voie et cherche du côté du jardinage biologique. « Jardinier », comme mon arrière grand-père ! Je suis tellement fière et heureuse de le voir enfin donner (peut-être) un sens à sa vie avec ce choix.

Et pour en revenir à l’actualité, quand les gens s’affrontent et se crispent sur certains mots, ils en oublient la voie du milieu, dissertant au sujet des sources d’énergie pour faire rouler leur char plutôt que de poser le problème, plutôt que d’envisager l’à venir avec désespoir ( je suis lectrice passionnée de Comte-Sponville) et donc plein de possibles : avoir une boulangerie proche et donc marcher à pied pour acheter le pain quotidien, viser un simple diplôme de fin d’étude (mes parents lisaient énormément et écrivaient sans aucune fôte d’ortaugrafe) et aller à l’école en vélo, se nourrir au fil des saisons et de la production locale, le tout sans négliger le nourriture spirituelle, etc…

Mais que tout ceci est simple à écrire pour qui, comme moi a réussi un long passage de vie.

Comme tout ceci est simple à prêcher pour ceux qui vivent grâce à leurs prêches.

Comment donc, bon nombre de grands enfants trop gâtés, comment donc tant de personnes préférant les liens d’argent aux liens familiaux, comment donc ces personnes croulant sous les crédits sur l’air de « tu possèdes donc tu es », comment donc toutes ces personnes peuvent-elle comprendre et entendre que demain est toujours différent d’aujourd’hui et encore plus d’hier ?

Chercher la source

Hier matin.
Sur la page d’un « ami » FB,
Le titre était ronflant et il faisait écho à mes convictions.
En plus, il était en anglais, c’est dire s’il paraissait sérieux à mes yeux de gauloise.
J’ai donc remonté le fil.
L’article était à minima en lien avec le titre, c’était moins pire que parfois.
En le parcourant en diagonale mais attentivement, j’en tirais un nom mais pas de sources plus précises.
La publicité était bien là et comme d’habitude d’autres titres conduisaient vers des billets d’une teneur tout aussi douteuse, la couleur tonitruante des images attirant la curiosité comme la lumière attire les papillons.
Il m’a fallu environ 30′ pour trouver la « new research » qui « claimait » dans le titre.
30′ c’est hyper long.
Généralement je trouve en deux secondes.
C’est que la recherche « nouvelle » datait de 2011… C’est drôle.
Comme d’habitude, c’est une recherche un peu bidon qui avançe des statistiques très générales à partir de l’étude d’un échantillon de… 16 personnes… Le monde entier, quoi!

L’article partagé par l’ami FB n’est pas daté, mais tiré d’une « open source », un article à peine meilleur daté de deux mois en arrière, lequel fait toujours allusion à la même « new research » datant de 2011
Bref. N’ayant pas de temps à perdre, j’ai stoppé là une curiosité qui relevait du futile.
Sans aucune illusion.
Il y aura encore maintes duplications interprétatives de cette « source » lointaine que personnes n’est jamais allé regarder plus loin que « l’abstract ».
Et toutes mettront « à la une » une belle image et un titre ronflant pour vendre du temps de cerveau disponible aux publicitaires!
Et les personnes friandes de ce qui a trait à leur microcosme se précipiteront pour partager, affichant, en fait, seulement et rien de plus que leur conviction (le titre du billet) sans autre preuve tangible que leur croyance, tout en étant fière de « voir » leur croyance validée sur la toile!

Pourquoi parler de « ça ».
Parce que : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/13/ca-doit-se-savoir-alter-sante-libre-info-un-seul-homme-derriere-un-reseau-de-desinformation_5382951_4355770.html
et aussi :

Pour Info – Un homme aux multi-sites Fake News

En fait, je n’ai jamais été capable de me contenter de « croire ».

Derrière les titres, il y a généralement un site qui raconte parfois, une histoire même pas en rapport avec le titre et, qui toujours balance une tonne de publicité. Je reste sans voix à chaque fois et encore plus quand la personne qui m’y a conduit « en partageant » est une personne que j’apprécie.
Ca me rend triste.

Est-il possible d’apprendre aux enfants et aux ados à chercher les sources quand, parent, on est  (ou parait être ?) crédule ?
Est-il possible d’apprendre aux enfants à ne partager que ce dont-ils sont certains, que ce qu’ils ont eux-même créé plutôt que ce qui ne leur appartient pas et ce qu’ils ne maitrisent pas?
Je ne sais pas.
Certains enfant naissent-ils avec un goût pour la recherche, l’exploration et l’aventure autonome plus fort que d’autres ?
Je ne sais pas.

 

D comme Dard ou D comme Douleur

J’ai croisé ce matin un petit billet qui m’a rappelé un souvenir extra-ordinaire.
Il y a bien longtemps, j’avais fait partie d’une équipe médicale qui avait accepté, non sans difficultés, l’idée de laisser naître un enfant qui n’avait que quelques heures de vie devant lui.
Sa mère étant une de nos collègues, personne jusqu’au plus haut grade de l’administration n’avait eu le courage de s’opposer avec force à son projet.
Il est clair que l’aréopage à la tête du service avait, depuis des mois, validé une opération relevant de ce que personne n’ose vraiment nommer « le tri sélectif ».
Il est vrai qu’au point où nous en sommes dans notre société, ce tri, relève d’une nouvelle écologie.
Là n’est ni l’heure ni l’endroit pour en débattre.

Cette femme et son compagnon ont donc achevé leur grossesse, donné naissance « dans la douleur » et accompagné leur enfant pendant ses quelques heures de vie avant de pleurer toutes les larmes des peines multipliées.
Et nous, nous étions là.
Difficile de savoir exactement « pourquoi » et affirmer que nous étions là « parce qu’elle l’avait demandé » est une manière de détourner la question.

J’ai croisé ce matin un petit billet écrit de la main d’une femme qui elle aussi a choisi d’enfanter sans dopage « anti-douleur », et d’accompagner son enfant jusqu’à le laisser partir.

Au jour d’aujourd’hui, beaucoup diraient que c’est « la double peine ».
Au jour d’aujourd’hui, les soignants harcelés au quotidien afin d’évaluer les douleurs et de les éradiquer autant que possible, ces soignants qui font de leur mieux comprennent difficilement que des personnes « recherchent » la douleur dans une situation où « elle ne sert à rien ».

Car aujourd’hui, ce qui est important c’est de « savoir à quoi ça sert ».

Qu’un sportif, soit-il médicalement amélioré pour repousser le seuil de la douleur, expose sur les réseaux sociaux sa face grimaçante sous les dards de son effort non-humain au moment où il franchit en vainqueur la ligne d’arrivée et c’est un héros.

Qu’une personne lambda, accepte la vie, ses fleurs et ses épines nous parait beaucoup plus incongru. Qu’en plus ce soit « pour rien » soulève des tas de questions.

Parce que nous en sommes là : franchir une ligne d’arrivée en vainqueur est un but, d’autant plus que la ligne est bien rémunérée par les retombées publicitaires escomptées.

Avant d’ouvrir le laptop, ce matin, j’avais en tête une petite prose autour du thème : la face du monde a changé le jour où le lait en poudre est devenu moins cher que le lait récolté frais directement à la source.
Je pense que je ne suis pas si loin du sujet!

Partir à la conquête des archives en ligne

Pendant longtemps, les recherches généalogiques sont restées l’apanage de personnes spécialisées.
Il était non envisageable, pour quiconque était dénué de fortune, de remonter bien loin les lignées de ses ancêtres.
Et puis, dans les années 1990, la numérisation des archives publiques fut initiée.
Petit à petit, chaque commune s’y est mise que ce soit à l’aide d’entreprises privées, de sociétés généalogique ou de bénévoles passionnés.
Finalement une bonne partie des archives numérisées fut mise en ligne et offerte au public. Il suffit aujourd’hui de rester chez soi et de cliquer sur un site d’archives départementales pour accéder rapidement aux registres d’état civil et, peut-être, découvrir la trace d’ancêtres.

Ainsi décrite, l’affaire parait triviale.

Comme toujours, dans la vraie vie, c’est un peu plus compliqué.
Partir explorer les archives, c’est un peu comme partir à la découverte d’un pays inconnu.
En temps que randonneuse curieuse, je peux facilement comparer avec mes longues marches.
Il faut pouvoir se mouvoir en terrain varié : les présentations diffèrent et sont plus ou moins facile à dérouler.
Il faut accepter les traversées de marécage, les route coupées par des abîmes infranchissables, les buissons d’épines qui font « perdre du temps »… Il faut accepter sans jamais se départir d’une curiosité inlassable occasionnant tellement de détours parfois tellement vains.
Enfin, il faut savoir que c’est à haut risque d’addiction : s’embarquer dans une expédition nécessite une bonne part de réflexion pour qui doit aussi consacrer du temps à son boulot et à sa famille.

Une fois que la décision est prise et que quelques balades d’entrainement ont donné le ton, il est prudent de s’équiper à minima.

Pouvoir disposer de deux écrans n’est pas un luxe.
Si j’en avais un de plus, il est certain que je l’utiliserais aussi!

Faire entrer un logiciel de généalogie dans son PC est indispensable.
Acquitter son obole auprès d’un site de généalogie, c’est comme monter dans un bus ou comme faire du stop : c’est une solution pour avancer plus vite quand il semble impossible de faire un pas de plus. Mais ensuite,  exactement comme après la descente d’un bus ou d’une voiture, il faut reprendre la marche lente et piégeuse de la randonnée ordinaire. A mon avis, il faut attendre d’avoir fait assez de chemin avant de choisir ce « coup de pouce », simplement parce que pour pouvoir « aller plus loin » il faut déjà avoir marché bien loin.

Et donc, grâce aux archives numérisées, il est possible, tout en restant devant les écrans, une tasse de café (ou de thé) à la main, il est possible de monter un bel arbre généalogique à condition de rester dans les départements où un maximum d’archives est mis à disposition.

Dans ma recherche, je dois dire que j’ai été bien gâtée par le deuxième passage sur le site des archives de Lyon : en cinq ans une quantité industrielle de registres a été ajoutée.
Cependant, que j’élargisse aux archives du Rhône et je me retrouve devant des marches infranchissables, incapable de passer le cap entre ce que je sais déjà parce que je suis un peu vieille et  les registres absents de l’époque de mes grands-parents.

Or, de mon point de vue, ce qui est le plus passionnant, ce n’est pas de savoir qui étaient mes ancêtres au 17ème siècle, mais de réussir à connecter entre eux les grands oncles, grandes tantes et autres cousins dont parlaient les parents, mais de réussir à trouver ce qui faisait que nous allions visiter telle ou telle personne à tel endroit, mais de découvrir la réalité derrière les souvenirs interprétés en vrac lors de ma traversée de l’enfance.

Dans ma recherche, le plus compliqué reste le terrain alsacien. Entre 1871 et 1902 (rien d’autre après) les archives sont rédigées en allemand, il n’y a aucune trace de recensement et un bon paquet de registres détruits. Et pour corser l’aventure, il y a dans le village de naissance de ma grand-mère une quantité incroyable de familles avec le même patronyme !
Têtue, je poursuis l’exploration, saisissant chaque fil, imaginant parfois qu’en suivant les cailloux blancs, je vais trouver un chemin qui débouche… en vain pour l’instant.

Qui aime randonner apprend à faire l’éloge de la lenteur.

 

Le sucre, une drogue trop blanche

Un jour de fin 2008,  dans un livre tout juste publié, j’ai croisé cette prose au sujet d’une drogue blanche en vente libre : le sucre.

« Le sucre fait couler beaucoup d’encre, et brasse beaucoup d’argent!
Le sucre est une histoire moderne!
En Europe, jusqu’au 13ème siècle, le penchant naturel de l’humain pour la douceur sucrée était entièrement dépendant de la production de miel. L’Orient pourtant, connaissait ce que les croisés appelèrent «le sel indien», des cristaux bruns dorés tirés de la canne à sucre sauvage.
Le commerce de cette précieuse et luxueuse denrée détermina la richesse vénitienne au moyen âge.
Mal raffiné, imprégné de l’odeur des chameaux qui l’avaient transporté vers les ports, ce sucre n’avait que peu de points communs avec l’or blanc bon marché qui remplit nos placards et sévit dans notre alimentation!
Au XVII ème siècle, c’était encore un aliment d’exception.
Dans les familles bourgeoises, le sucrier était fermé à clef. Le chef de famille disposait du pouvoir de l’ouvrir et d’en distribuer de minuscules miettes lors d’exceptionnels desserts.

Longtemps, le sucre blanc fut vendu en pharmacie comme un médicament, il était pesé sur des balances de précision avec autant de soin qu’on le ferait pour une drogue puissante.
Son commerce, associé à celui du café, du cacao, et des épices fit le lit de l’esclavage et du commerce des hommes…

Ainsi commence l’histoire du sucre!

Qu’il s’agisse de médecine ou d’industrie, tout s’accélère au 19ème siècle, de manière vertigineuse et jusqu’à nos jours.
Napoléon, en déclarant le blocus continental a forcé la recherche dans de multiples domaines, dans celui du sucre en particulier, car c’est pour éviter d’en manquer que s’implanta la betterave à sucre. Depuis lors, le coût de cet aliment a considérablement baissé, le mettant à portée de tout un chacun.
Il continu cependant d’alimenter le commerce et les spéculations, à l’instar de toutes les drogues dures!

Est-ce ce passé qui continue à éveiller les méfiances autant que l’attachement?

Nous savons tous qu’il faut éviter le sucre qui alimente la prolifération des bactéries cariogènes dans la bouche, qui favorise l’obésité et la survenue de diabète type 2 (non insulino-dépendant). Nous savons, tout aussi bien, que le sucre est antalgique et qu’il est utilisé en pratique, sous forme de tétine sucrée, pour permettre aux nourrissons de mieux supporter les soins douloureux! Et puis, nous avons tous, un jour ou l’autre, été irrésistiblement attirés vers la douceur sucrée à l’occasion d’une légère déprime ou d’une profonde lassitude.

Parfois, à la lumière de l’histoire autant que de l’actualité, le sucre me donne l’impression d’être une drogue en vente libre! »

Impossible de me remémorer du nom de l’auteur, je n’ai plus ce livre en stock et je ne peux donc pas fournir les références comme je prends soin de le faire d’habitude. Le fait est qu’il était bien question d’une drogue en vente libre et c’est ce qui m’avait fait lever l’oreille.

Hier soir, dix ans plus tard, comme il n’y avait rien à raconter au JT, il fut question d’un chercheur du CNRS qui aurait publié au sujet de souris préférant se shooter au sucre plutôt qu’à la cocaïne, comme si le sucre était une drogue plus puissante et plus addictive que la « coke ».

Ca m’a fait rire!

Cette histoire de sucre, j’en suis la piste depuis l’adolescence. J’adorais écouter la radio et j’étais fidèle à la voix d’Anne Gaillard, une sacrée bonne femme qui avait une longueur d’avance sur son temps! Le sucre était un de ses chevaux de bataille, elle accusait les industriels d’en majorer insidieusement la quantité dans les yaourts. C’était dans les années 1970, nous étions loin des interminables rangées de produits lactés hyper sucrés aujourd’hui proposés! Le dopage de masse était pourtant en marche !

Le sujet est resté un sous-marin sensible qu’il faut éviter de faire exploser vraiment.

En juin 2017, c’est encore un journaliste qui publiait « sucre. Enquête sur l’autre poudre ».
Une autre journaliste surfait sur cette publication pour écrire dans l’Obs :
« Devinette : qu’est-ce qui est plus addictif que la cocaïne, plus rentable que le tabac, plus excitant que l’alcool et plus mortel que les trois réunis ? Réponse : le sucre. Dans un essai percutant, « Sucre. Enquête sur l’autre poudre », le journaliste Bernard Pellegrin recense les ravages de ce doux poison. Biberonnés dès l’enfance au goût sucré avec la complicité des lobbys de l’industrie agroalimentaire, nous avalons tous les jours l’équivalent de 40 morceaux de sucre, soit 20 fois plus qu’un ouvrier parisien au début du XXe siècle, et six fois plus que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). »

Bon… Rendons aux journalistes leurs interprétations et le manque parfois criant de rigueur scientifique quant à la source des chiffres annoncés.

Et… notons néanmoins que pas grand monde ne bouge.
Normal, tout le monde est drogué! Tout le monde ou presque.
Pourquoi alors suivre les moutons noirs qui refusent de marcher derrières les braves moutons blancs abreuvé à la blanche source?

Donc « on » fait rien.
Ca fait des lustres que tabac et alcool sont considérés comme assez dangereux pour être interdits aux enfants, je parle même pas d’une herbe encore officiellement interdite aux adultes, donc aux enfants.
ET… Pendant ce temps, le sucre est partout, invité à toutes les fêtes, particulièrement présent lors des goûters enfantins.
Tout va bien.

Ah oui, le « truc » le plus fou de l’histoire!
Afin de protéger l’avenir, donc les nouveaux-nés…
Et bien, afin de les protéger, il est d’usage de faire avaler à leurs mères (lorsqu’elles sont considérées comme à risque d’addiction et seulement dans ce cas), il est donc d’usage de gaver ces mères avec une bonne dose de poudre bien pure afin d’évaluer la réponse métabolique qui suit. On sait pertinemment que le sucre passe la barrière placentaire et que le foetus prend sa dose à chaque shoot, mais il existe des « shoot thérapeutiques », c’est la grâce de la toute puissance médicale que de savoir manier sans arrières pensées la carotte et le bâton.

La cerise sur le gâteau (bien sucré l’ensemble, of course), c’est que lorsque la réponse métabolique de la brave dame enceinte « médicalement » shootée à la poudre bien pure ne plait pas à ses juges, considérant qu’il est impossible d’éliminer la drogue en vente libre et présente dans tous les aliments manufacturés (y compris dans le saucisson, c’est dire…), il est commun de lui prescrire un produit dopant qui facilitera la « digestion » de la drogue, limitant théoriquement l’apport au foetus.
Drogue.
Médicament.
Surveillance.
Tout ce qui fait marcher le commerce… en somme!

Pfffff!

Simple comme sosa


Parler des histoires familiales en étant assez précise et assez anonyme à la fois est le premier défi qui s’est présenté lorsque j’ai imaginé l’ouverture du rayon « généalogie » sur ce site.

Par chance, depuis le 16ème siècle, il existe une numérotation spécifique qui va me permettre de ne citer que des prénoms et des chiffres. Le système fut inventé par Michel Eyzinger en 1590,  repris par Jérôme de Sosa en 1676 puis par Kerule von Stradonitz au XIXe siècle. Les généalogistes de langue française nomment la méthode « sosa » ou « Numérotation Sosa-Stradonitz »  pour plus de précision.

Grâce aux chiffres, au fil des pas après pas, mes proches pourront mettre l’histoire dans un contexte familial tandis que les passants se saisiront des anecdotes en fonction de leur histoire à eux.

Pour commencer, en temps que maitresse des lieux, je suis numéro 1!
Et hop…
Numéro 1!
Wahoooooo, j’insiste pour ne pas en douter, car m’affirmer numéro 1 et être certaine de le rester n’est pas si commun !
Ce qui est bien organisé, c’est que mon frère peut tout aussi bien décider d’être lui-même ce même numéro 1, l’unique, le seul numéro qui soit neutre, c’est à dire non genré à travers l’arbre et toutes les générations qui s’y affichent.

Et à l’instant même où je tape ces mots sur le clavier, je suis déjà partie dans d’immenses considérations au sujet de la paternité, de la maternité, de la transmission d’un nom, de la transmission de gènes, des « lois » familiales d’hier, d’aujourd’hui et de celles, encore inconnues, que demain va fabriquer.

Un arbre généalogique, c’est bien lisse…
La vraie vie, c’est souvent plus compliqué.
Pendant des années, grâce au mariage, la filiation était tissée de fil blanc : l’enfant était obligatoirement celui de l’époux légitime à moins d’être un « enfant illégitime » déclaré par une femme non-mariée.
Dans « mon » arbre, une femme a déclaré un enfant sous son seul nom, elle s’appelait Françoise, c’est le « numéro 89″…

Et… Je me demande ce que seront les arbres de demain, riches de tout ce que nous avons inventé hier et de tout ce que nous inventons aujourd’hui. Les chiffres seront-ils assez grands pour tout bien ficeler dans les cases?

Encore « un truc » à vivre tranquillement, plus loin!