Archives par étiquette : emotion

Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.

D comme Dard ou D comme Douleur

J’ai croisé ce matin un petit billet qui m’a rappelé un souvenir extra-ordinaire.
Il y a bien longtemps, j’avais fait partie d’une équipe médicale qui avait accepté, non sans difficultés, l’idée de laisser naître un enfant qui n’avait que quelques heures de vie devant lui.
Sa mère étant une de nos collègues, personne jusqu’au plus haut grade de l’administration n’avait eu le courage de s’opposer avec force à son projet.
Il est clair que l’aréopage à la tête du service avait, depuis des mois, validé une opération relevant de ce que personne n’ose vraiment nommer « le tri sélectif ».
Il est vrai qu’au point où nous en sommes dans notre société, ce tri, relève d’une nouvelle écologie.
Là n’est ni l’heure ni l’endroit pour en débattre.

Cette femme et son compagnon ont donc achevé leur grossesse, donné naissance « dans la douleur » et accompagné leur enfant pendant ses quelques heures de vie avant de pleurer toutes les larmes des peines multipliées.
Et nous, nous étions là.
Difficile de savoir exactement « pourquoi » et affirmer que nous étions là « parce qu’elle l’avait demandé » est une manière de détourner la question.

J’ai croisé ce matin un petit billet écrit de la main d’une femme qui elle aussi a choisi d’enfanter sans dopage « anti-douleur », et d’accompagner son enfant jusqu’à le laisser partir.

Au jour d’aujourd’hui, beaucoup diraient que c’est « la double peine ».
Au jour d’aujourd’hui, les soignants harcelés au quotidien afin d’évaluer les douleurs et de les éradiquer autant que possible, ces soignants qui font de leur mieux comprennent difficilement que des personnes « recherchent » la douleur dans une situation où « elle ne sert à rien ».

Car aujourd’hui, ce qui est important c’est de « savoir à quoi ça sert ».

Qu’un sportif, soit-il médicalement amélioré pour repousser le seuil de la douleur, expose sur les réseaux sociaux sa face grimaçante sous les dards de son effort non-humain au moment où il franchit en vainqueur la ligne d’arrivée et c’est un héros.

Qu’une personne lambda, accepte la vie, ses fleurs et ses épines nous parait beaucoup plus incongru. Qu’en plus ce soit « pour rien » soulève des tas de questions.

Parce que nous en sommes là : franchir une ligne d’arrivée en vainqueur est un but, d’autant plus que la ligne est bien rémunérée par les retombées publicitaires escomptées.

Avant d’ouvrir le laptop, ce matin, j’avais en tête une petite prose autour du thème : la face du monde a changé le jour où le lait en poudre est devenu moins cher que le lait récolté frais directement à la source.
Je pense que je ne suis pas si loin du sujet!

Danser sur le fil


Nous sommes à ce jour plus de sept milliards de terriens (population mondiale)

Ce genre de billet mijote depuis des jours et des jours.
Comment essayer d’en partager le fumet quand le nombre d’ingrédients mis dans le bouillon dépasse l’entendement?
Suivant l’air du temps, penchée sur la casserole, je capte une exhalaison plus qu’une autre et tenter d’en décrire les subtilités reviendrait à fausser ce dont j’ai envie de débattre.
Suivant la lumière passante, penchée sur la casserole, je capte certains borborygmes plus que d’autres et décrire ceux qui m’éclatent à la figure reviendrait à fausser la saveur de ce que je ressens.
Que je me penche sur la casserole les pieds sur terre ou la tête dans les étoiles, et mon point de vue se trouve complètement tourneboulé, comment alors poser l’impression de mon vertige sans que le trouble précipitant n’opacifie le propos ?

Car, il est un fait certain : je suis bien debout sur mon fil, debout sur ce fil tendu entre mes paradoxes. Le fil est parfois tendu à la limite de la rupture et il tient cependant et je danse avec joie. D’autre fois, il est d’une souplesse déconcertante, a tel point qu’il est difficile d’y marcher sans risquer un faux pas et cependant je marche.

Vers plus loin…

Nous sommes plus de sept milliards de terriens.

Ce matin, en ouvrant ma fenêtre sur le monde, mon fil est entré en vibration mais je n’ai pas renversé mon café, j’ai tellement l’habitude de gérer l’équilibre malgré les vibrations…

C’est que ce matin, en cliquant sur le programme de « Nature Nomade, le festival Nantais des grands voyageurs » (Je me permets de ré-écrire à ma sauce le titre médiatique  « le festival des grands voyageurs nantais » car il y a surtout des « pas nantais » parmi les invités et je considère que si le festival est bel et bien nantais, les « grands voyageurs » invités ne le sont pas… Pfffff, je me fatigue souvent moi-maime… bref) donc, en ouvrant le programme proposé par un super pote, je suis tombée directement sur Thoreau!
Et alors!
C’est que ce gars là est devenu très à la mode. Je l’ai déjà cité ici même.
Et remarquablement quelque temps après l’avoir cité, j’avais surpris le dernier de mes fils en train d’arpenter la lecture de… Walden!
Alors quoi?

Et bien c’est que nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards de terriens!
Et c’est qu’à la mort de Thoreau en 1862, il y avait tout juste un milliard et demi de terriens.
Et je ne parle même pas de la « mise à la mode » de propos prêtés à des « philosophes antiques »  n’ayant laissé de traces que dans la prose de leurs « élèves », lesquels vécurent à une époque lointaine où la population mondiale n’excédait pas quelque centaines de millions de terriens!

Je sais pas ce que « les autres » vivent dans leur for intérieur, qu’il soit plutôt fort ou plutôt faible, mais des trucs tout bêtes « comme ça » me mettent en transe!
Cet acharnement à disséquer ce qui n’existe plus pour tirer des plans sur une comète qu’on ne voit pas me hérisse.
Et tous ces actes tellement « merveilleux » qui consistent à parler de « sauvetage » d’une planète qui ne nous appartient pas à travers les actes bienveillants de personnes qui sautent d’un avion à l’autre (même si parfois ils font du vélo en famille) me troublent comme est flouté l’air agité par la mise en marche des réacteurs des gros porteurs sur les « tarmac » embouteillés des grands aéroports.
Je ne sais pas, mais je sais que pour moi, ce sont des moments où je ne réussis plus à déterminer si j’ai les pieds sur terre ou si j’ai la tête dans les étoiles.

C’est simplement très inconfortable.

L’autre jour, en balade, au coeur de la nature nous parlions de cet inconfort et de la névrose ambiante. Nous en parlions tout en dansant sur nos fils respectifs, l’ami et moi. Et alors que j’avais emporté un sac pour ramasser des champignons, nous ne nous sommes  pas une seule fois baissés pour prélever les détritus qui parsèment la nature. Pire, nous avons plaisanté en notant ostensiblement ce que nous ne faisions pas, en relevant que ni pires ni meilleurs nous étions des humains d’aujourd’hui, simplement humains.
C’est que nous étions en balade poétisante et pas en expédition « nettoyage-commando-pour- sauver-la-planète-sur-facebook ».

Et vous savez quoi ?

Nous étions d’accord sur un fait : c’est parce que nous sommes vraiment conscients de l’abîme qui sépare nos paradoxes que nous sommes  en équilibre variable mais stable.

12 août 2018


Ont  beau m’émerveiller
Les fables du temps où l’on croyait
Que le ciel et la terre s’unissent à l’horizon,
Les fables du vieux temps
Où nos aïeux vivaient au gré de la nature,
Je préfère les soleils de ce temps où
Malgré nos danses d’un pas en avant et deux en arrière
Nous vibrons au rythme du monde.
Kouam Tawa, Sais-tu où va le soleil, Editions de la Martinière, 2015,
ISBN 978-2-7324-3844-3

Dans la soirée du 11, j’avais remarqué que le ciel semblait balayé de tous ses nuages. Au Sommet de l’Haleakala, l’observatoire était bien visible, minuscule tache blanche miroitant les dernières lueurs du jour. Et s’il y avait un endroit de Maui qui m’avait laissée sur ma faim, c’était bien ce volcan là.

Dès le réveil, inspirant l’air limpide du haut des marches du petit cottage, j’ai vite levé les yeux : Haleakala était entièrement découvert. Le temps de m’étirer, d’avaler quelques fruits, de préparer un sac de randonnée et hop,  j’étais au volant de mon carrosse, en route pour le sommet de l’île à plus de 3000m d’altitude.

Haleakala : la maison du soleil (légende polynésienne du demi-dieu Maui)

Le ciel était clair, le ciel restait clair et dans ma tête, j’étais certaine qu’il resterait clair toute la journée.
Cette fois-ci, il y avait un gardien à l’entrée du parc et j’ai acquitté sans regret les 25 dollars exigés. (Lorsque nous étions montés en fin d’A-M, le gardien avait terminé son horaire et le débiteur de cartes bancaires était hors-fonction)

Après l’entrée, il reste un bon paquets de kilomètres avant le sommet.

En voyant un couple faire du stop au plus mauvais endroit d’un virage, je fus surprise et peu encline à les charger. Il m’a fallu quelques secondes pour constater que j’étais seule sur la route, qu’il n’y avait aucun danger alentours et que tout bien pesé, vu le gigantisme de mon carrosse, il était indécent de les laisser là. J’ai attendu qu’ils me rejoignent en courant, ravis et se confondant en remerciements.
Ils étaient argentins, de Buenos Aires : jeunes, elle portant rasta colorées et tatouages de mauvaise qualité, lui moins spectaculaire dans son apparence et plus effacé dans la conversation.
Nous avons beaucoup discuté et même quasiment philosophé dans un anglo-espagnol tout à fait remarquable. C’était franchement cool.

Au parking, ils sont partis de leur côté vers l’observatoire et moi, du mien : dans le volcan.

Rien n’avait changé depuis le jour où je l’avais découvert, sinon l’orientation des rayons du soleil.
Les couleurs, l’air léger, les reliefs, tout dans « la maison du soleil » me tendait les bras et j’étais impatiente de dépasser le seuil déjà franchi la semaine d’avant.

Il serait totalement vain d’essayer la moindre description permettant d’en mettre plein la vue. Les photographies elles-mêmes sont tellement plates, tellement trop petites, tellement dépourvues de matières.
Là-bas, la palette des couleurs est incroyable : du bleu au noir, du vert au rouge, de l’ocre au blanc, de la transparence limpide de l’air aux reflets irisés de la lave, de l’argent des rares plantes au doré de la terre, du velours des sables infiniment affinés aux pics acérés des sculptures éoliennes.
Là-bas, c’est un paysage à 360° et des sensations des pieds à la tête.
C’est indescriptible, comme tous ces lieux où se rejoignent la terre et le ciel, le tonnerre du feu et l’ombre du silence, l’histoire d’hier et de demain.

Je m’y suis promenée libre, planant de ci de là, comme sous l’effet d’une drogue puissante.

Parfois, à deux endroits précisément, deux ou trois personnes sont passées ou stationnaient. C’étaient des français. Parler était comme une manière de redescendre sur terre tout en pensant déjà au décollage suivant.
C’étaient des français venant d’Amérique pour les premiers et de Nice pour les second.
Le volcan et la route d’Hana sont les deux endroits incontournables pour ceux qui « font » Maui en deux-trois jours. Ce qui est certain, c’est que ces français là étaient allés plus loin que les autres touristes et ça m’a fait plaisir.

Tout a une fin, même les « voyages » entre deux mondes.
Prendre une autre dose, c’est prendre le risque de se perdre, il faut toujours savoir arrêter. Redescendre, s’incliner sont des nécessités dictées par le rythme de la vie, par les vagues, par le cycle du soleil, par l’appel de la faim aussi.

J’ai enfourché la route, guettant le moindre détail, la moindre direction qui pouvait m’appeler pour rester encore un peu.

En bas, j’ai croisé une immense file de voitures au péage.  Un grand nombre de personnes attendaient leur tour de passage pour monter contempler le coucher du soleil. Selon mes calculs, celles qui étaient en queue étaient en retard.
Allaient-elles déjà attendre le lever du soleil ?

Je ne le saurais jamais.

En passant devant le supermarket d’Haiku, j’ai tenté un détour, à la recherche d’une friandise.
J’ai été incapable de rien trouver à la hauteur de ce que je cherchais.
Je ne savais pas ce que je cherchais.

Il était tard.
Je n’avais besoin de rien.

Ensemble

Ensemble

Ensemble, chacun pour soi
Ensemble contre les autres
Ensemble vers ce qui me chante

Ensemble?
Sur quelle échelle?

Il y a dans moi un truc fort et difficile à saisir, un truc qui me rend infiniment triste parfois,
Parfois lorsque je croise, je vois, je lis ces affirmations affirmant que l’autre est « mauvais » ou que l’autre est « bon », que cette personne porte mes valeurs et cette personne ne les porte pas, que « je suis pour ceci et contre cela » et que néanmoins « ensemble » est un mot merveilleux.
Triste?
Est-ce le mot juste?
Oui, définitivement.
Car je suis dans l’incapacité de comprendre.
Dans l’incapacité de comprendre comment il est possible de lier une bienveillance affichée, un goût exprimé pour la paix, de les lier avec l’expression du mépris voire de la détestation envers certains « autres ».
Donc, un malaise m’oppresse
Lorsque s’accumulent ces croisements, ces images, ces lectures.

Je sais, en temps que jardinière, que c’est l’ensemble des pétales qui dessinent la fleur,
Je sais que c’est l’ensemble des fleurs qui forme un massif
Je sais que c’est l’ensemble des habitants qui forme le jardin

Et je sais qu’il y a des indésirables que je chasse,
Et je sais que le dahlia n’a rien de commun avec l’hortensia que l’un ne pousse pas à l’ombre de l’autre,
Et je sais que je règne en tyran sur mon jardin, décidant de ce que je laisse croitre et ce que j’extermine.

Et pourtant, qu’il est doux d’être ensemble
En temps qu’humains vivants sous le même ciel,
Qu’il est doux d’expérimenter ces moments suspendus
Où les différences sont autant de richesses
Dépourvues de jugements.

Et qu’il est douloureux de constater que l’instant file
Et qu’ensemble n’existe pas
Ne survit pas
Plus longtemps que le temps d’une sensation.

Bien sur, il y a les images, les vidéos, les films et les poèmes.

Si loin de la vraie vie
Qui bouge et qui change.

Alternances


L
e spectacle des iris qui s’épanouissent me ravit.
Il y a d’abord les feuilles, simples, élancées, volontiers diaphanes dans le soleil rasant.
Il y a ensuite le bouton, élancé, simple, épuré.
La fleur s’ouvre d’un coup et il est absolument impossible d’en saisir l’ensemble.
Sa grandeur oblige
Sa symétrie est relative, trois est un chiffre non-pair
Son parfum est subtil, à nul autre pareil.
Puis, la fleur passe, elle se ferme, se recroqueville, sèche et tombe.
Il reste une tige, élancée, simple laissant chanter dans la brise un calice marcescent élégamment froissé.
Vient la fin de saison et l’absence.
De longs mois plus tard
Pointent les nouvelles feuilles
Et l’espoir.

Amoureuse des mots
Je les redoute.
( Redouter, vient de l’ancien français douter, c’est à dire craindre… De quoi élargir la dissertation au sujet du … doute)
Je les crains car je connais leur versatilité,
Je sais leur envol lorsque je les abandonne
Et j’ignore tout du sens
Qui leur sera donné
A l’endroit où ils atterrissent parfois.

Amoureuse des mots
Des fleurs
Du mouvement
De la Vie

Il s’en fallut de peu pour que je laisse aujourd’hui
Seulement une image
En reflet, au sujet de l’alternance
De tout, de chaque vivance et de chaque instant
De cette alternance
Qui fait mon bonheur
Intense.

Toujours plus


Tout est résumé par l’image ci-dessus.

C’est un peu court comme texte?

OK.
Toujours plus… nous consommons toujours plus
Toujours plus… nous sommes toujours plus polluants
Le plus loin possible… L’important étant que nous ne voyons rien de nos yeux.

Que les mots sont insuffisants!
Moi qui aime dire « à plus loin » en pensant au ciel et à l’horizon,
Voilà que je parle de « plus loin » en pensant aux ouvriers esclaves qui crèvent, aux lacs de boues toxiques, aux paysages défigurés, aux monceaux d’immondices que nous produisons tous… au loin!

Et oui…
Ce matin, il était question des terres rares dans mon poste de radio préféré.
C’est un sujet à la mode ces jours-ci!
C’est toujours amusant de voir que parfois je suis à la mode, l’espace de quelques jours, en regardant toujours plus loin que le bout de mon nez.
La mode va passer.
Mon nez va rester.

Et puis, sitôt avalé mon premier café,
Comme par hasard
La première « actualité sur laquelle « je tombe » grâce aux algorithmes
Savamment calculés des réseaux sociaux que je consulte sur mon laptop
Dont je ne pourrai me passer
Bien qu’il soit
Bourré de terres rares et alimenté à l’électricité nucléaire
Je tombe donc sur une page d’artisanat d’art
Ventant l’art brut, la matière respectueuse
Respectueusement produite.
Et donc… je découvre des objets de décoration
Certes fort agréables au regard.

Car personne ne mangera dans ces poteries brutes
Aussi belles que celles que j’ai vu en Afrique
Celles qui étaient là-bas « la vaisselle » ordinaire avant que le plastique
Occupe le terrain.
Car personne ne se drapera dans les tissages
Aussi beaux que ceux que j’ai vu dans les montagnes berbères
Ces tissages qui réchauffaient avant que les fringues recyclées
Ne débarquent de chez nous.

Toujours plus
Toujours plus de décoration,
Toujours plus d’inutile
Toujours plus d’utile
Toujours plus de facilité
Toujours plus de confort
Toujours plus de consommation
D’argent échangé
Et d’inconscience de « tout ça »!

Nous sommes simplement, totalement, formidablement humains
Et l’homme est un loup pour l’homme
C’est bien connu.

Et qu’est-ce que je fais de « tout ça »!
Ben…
Logiquement, parce que je vis avec mon temps
Comme ma grand-mère me l’a appris,
Je l’écris sur mon laptop,
Plein de terres rares
Alimenté grâce à l’électricité nucléaire
Afin de stocker mes réflexions en goguette
Dans d’énormes mémoires
Sises dans d’énooooooormes hangars
Qu’il faut réfrigérer
A grand coup de précieuse énergie
Qui coûte
Et bouffe les vies.

Et c’est la vie,
Sans marche arrière possible
Faire plus, c’est toujours plus!

La vie d’artiste

Copyright C.B, artiste non déclaré

Ainsi va la vie d’artiste, que le talent ne porte pas de nom mais se contente de laisser fleurir l’émotion à la grâce de l’instant.

A l’instant même où cette photo s’est affichée en grand écran sur mon laptop, le frisson qui se levait grandit encore. La légende indiquait « trouvé sur le net » sans le moindre copyright associé.

A mes yeux, une image aussi belle ne pouvait cependant qu’être l’oeuvre d’un artiste au regard de poète, un artiste patient sachant accrocher la lumière quand elle passe et disposant, en plus, de moyens techniques très pointus.
Rien qu’à l’idée de penser que cette merveilleuse photo allait être partagée, que d’autres allaient peut-être se vanter de l’avoir créée, je sentais poindre l’épée de l’injustice.
Et l’injustice est mon ennemie, le « truc » qui me fait sortir de mes gonds en toute circonstance.

Il me fallait trouver la source, féliciter et honorer celui/celle qui avait capté, affiné et partagé ce chef d’oeuvre (de mon point de vue), j’étais incapable de me contenter d’un « trouvé sur le net » pour tout un tas de raisons très résonnantes, donc raisonnables.

L’enquête fut lancée illico.
Et l’affaire fut très rapidement résolue, j’ai pu féliciter l’auteur en direct.

Pour autant j’ai poursuivi la navigation dans le ressac conséquent levé par diverses réflexions dont j’ai le secret.

Il faut avouer que cette question de la définition du  « statut d’artiste »  flotte souvent, entre deux eaux au milieu des pensées en vadrouille.
Un seul billet avait vu le jour à ce sujet jusqu’à présent.
En voici en second.

Mais tout d’abord, alors que je vais m’abstenir de définir le mot « artiste » (afin d’épargner des lignes de surcroit non exhaustives) je partage une réflexion au sujet du statut de héros. Pour certaines personnes, certains artistes ne sont-ils pas portés au nues comme leurs héros du quotidien ?

Finalement tout est dit en quatre minutes!

Mais… je suis bavarde!

Il était une époque pas si lointaine où rien ne valait mieux qu’un boulot fixe, un petit gagne-pain régulier sans beaucoup d’ambition et cependant indispensable. Les parents rêvaient en imaginant leur rejeton prendre la relève de la petite affaire familiale.
Aucun de leurs rêves les plus fous ne voyaient la « vie d’artiste » comme une chance pour l’à venir.
C’est qu’il n’y avait aucune différence, ou si peu, entre la vie d’artiste et celle de saltimbanque, de bohémien, de sans domicile fixe, de sans le sou, de pauvre hère.
Et voilà que nous sommes entrés dans un nouveau siècle.
Et voilà que dès qu’un enfant chante mieux que faux, on le voit déjà sous les sunlight
Et voilà que dès trois vers posés sans disharmonie, on pense déjà à en faire un recueil à succès.
Et voilà que dès les premiers coups de pinceaux, dès les premières notes envolées, beaucoup se rêvent artistes à nul autre pareil, donc very succefull!

Et c’est la précipitation.
Et c’est la voie.
D’aucuns y voient une chance de gagner beaucoup d’argent à l’horizon.
Car, c’est une réalité, les « grands » artistes sont assez semblables à des « chefs d’entreprise » et disposent de nombreuses personnes travaillant dans leur ombre.

Las.
Les places sont rares, très rares.

Les artistes qui ont pignon sur rue restent l’exception. Quant à passer à la postérité, quant à survivre 50, 100 ou mille ans, c’est encore une autre histoire!
Comme pour les héros, ce ne sont pas des humains qui sont portés au statut d’artiste, c’est seulement l’histoire qui s’écrit/s’écrira à leur sujet, une histoire faite pour se propager et attirer et faire parler ou rêver au long cours.

Pourtant,

Pourtant, dans ce monde mondial,
Sur la toile gigantesque virtuellement tressée, pas un jour ne passe sans que je croise des oeuvres que je peux sans conteste nommer « oeuvre d’art ».

Quid des « artistes » alors?
Et quelle différence entre artiste et artisan?
Ne sommes nous pas tous, un jour ou ‘autre, artiste/poète, artisan/bricoleur, artiste/bricoleur voire poète/artisan?
J’en suis certaine!

Le « métier » d’artiste oblige à produire. C’est alimentaire, puis, c’est aussi une lutte contre l’oubli, une lutte pour la survie du « métier ».
La production s’associe difficilement avec la grâce.
Avec la constance de l’état de grâce.

Les anonymes, eux sont libres, libres de poser leurs regards, leurs notes, leurs pinceaux, libres de les promener, de les exposer sans le moindre risque, les anonymes exercent un métier ou une activité qui n’a rien à voir avec leur don artistique , un métier simple ou glorieux, une activité nourrissante ou marginale, peu importe.

Ils sont financièrement libres et c’est ce qui permet à la grâce de poser son coup de patte.
Compter ne sert à rien dans ce domaine.
Il n’est question que d’élan, de passion, de plaisir.

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. »
Christian Bobin, Ressusciter, Editions Gallimard 2001, ISBN 2-07-042710-2

Stare

Stare…

Les mots sont fascinants!
Stare.
Ce mot là, si vous le chercher, vous pourrez le trouver en latin et aussi en anglais.
Ils sont impossibles à confondre à l’écoute, mais à l’écrit… ils le sont!

Après une semaine entre parenthèses, une semaine passée à liquider tous les bouquins dont la lecture était en cours, une semaine passée la tête vide à l’image de la plage lorsque la vague se retire, j’ai senti qu’une nouvelle vague se levait et n’allait pas tarder à venir mettre de l’eau dans mon moulin.
Samedi, sur le trottoir, en ville, je marchais nez au vent, sourire aux lèvres.

Stare… le mot s’est invité.

Il s’est invité en latin précédé de ce ob- qui lui donne un sens bien précis que l’évolution de la langue française associe avec un autre, issu lui, du prénom de l’aînée des Pléïades, la « petite mère », ce nom doux traditionnellement accordé aux grands-mères…

Dans l’instant, toutes mes pensées s’accordèrent sur le fait que, décidément, je n’avais jamais rien fait d’autre que d’être celle que je suis, que, décidément, il était vain de chercher à m’en détourner, que, définitivement je devais être celle-là plantée sur ses convictions jusque dans les actes, jusqu’à ce « laisser faire », jusqu’à « être », être juste, juste là.

Et c’est alors que « stare » débarqua sur la musique de la langue de Shakespeare!
Allez savoir pourquoi?
Allez chercher par quels détours?

Ce fut un bon moment passé en compagnie de ma solitude, que ce moment où s’alignaient les interprétations possibles de ce mot, pointant fortement ce « semblable et différent » qui me tient à coeur.

Alors, comme une cerise sur le gâteau, une petite phrase récemment lue vint s’afficher derrière mes yeux (ben, oui, devant mes yeux, il n’y avait que la ville, le trottoir, les passants…).
Cette petite phrase disait :  » L’histoire de la médecine est l’histoire de la dialectique entre le faire et le penser, et de la façon de prendre des décisions en situation d’opacité » et quelques lignes en dessous j’avais consciencieusement noté un « truc » que j’ignorais : « Dans l’aire sémitique, un médecin était alors appelé al-Hakim, « le sage » ou « le praticien de la sagesse », un synonyme de philosophe ».

A ce moment, j’étais à proximité de l’endroit où j’avais rendez-vous et le ciel devenait menaçant.

Les mots sont fascinants, la connaissance est une source merveilleuse de rencontres, de découvertes passionnantes, de détails qui titillent d’autres détails dont peu de personnes ne se soucient.
Au milieu de la ville, je retrouvais les sensations laissées au milieu des cailloux et les émotions ressenties en découvrant les fragiles sculptures de sable travaillées par le vent et les embruns.

Et la pluie se fit battante et toutes les pensées s’envolèrent comme autant d’oiseaux qui filent s’abriter. Il n’y avait plus qu’une urgence : rentrer dans le « temple » des « petits-choux », retrouver l’ami, boire un thé chaud, déguster une friandise et refaire le monde à travers nos expériences.
Ce qui fut fait, passionnément.

Explorateurs d’inconnu (1)

C’était la semaine dernière.
L’océan était lisse.
Le vent était aux abonnés absents
C’était la semaine dernière et il ne restait que quelque jours pour encore et toujours sortir des sentiers battus sur cette île où la pression touristique fait des siennes.

Au début, c’est un chemin comme un autre, bien dessiné, beaucoup emprunté, assez passant, le chemin qui va du parking à la plage, normal, quoi.
Après la plage, c’est un chemin encore large où se lit le passage de ces engins à quatre roue qui offrent un bain de poussière aux touristes en quête d’aventure avant l’heure du déjeuner.
Et puis, plus loin c’est un sentier qui s’amenuise, pas grand monde ne sort des boucles à boucler.
Plus loin, c’était encore plus dénué d’empreintes.
A pieds, nous avancions lentement.
Le soleil déclinant, nous décidons « à la bonne heure » que la prochaine pointe en vue sera l’endroit où nous ferons demi-tour.
Dans ce coin réputé pour ses tas de sable, les plages sont rares. Chaque creux entre les bosses draine l’eau rare des exceptionnelles averses et l’entraine vers l’océan, 30 à 40 mètres plus bas. L’histoire volcanique des lieux apparait comme dans un livre ouvert.
….
Aparté
Pour ceux et celles qui aiment aller plus loin (Personnellement, amoureuse des iles Canaries depuis plus de 20 ans et particulièrement de Fuerteventura, j’ai eu besoin d’aller plus loin pour comprendre…) avec cette image tirée de la thèse. 

….

Dans ce coin là, donc pas de plages mais seulement des « à pic » sur lesquels il est très imprudent d’approcher jusqu’au bord du fait de leur consistance très, très friable.

Alors, imaginez ma joie, quand perchée sur une colline, j’ai aperçu une « plage », c’est à dire une descente assez douce et un plateau au raz de l’eau.
Ni une ni deux, j’ai alerté mon compagnon « wahooo, on peut descendre, c’est pas du tout dangereux, allez, allez, on y va » et j’ai couru devant.

Et je suis arrivée dans un environnement absolument magique, rendu plus magique encore par les rayons du soleil bas.
Impossible de résister au plaisir de planter là un instant de yoga, vous savez le « truc » qui signifie « joindre »… J’avais besoin d’être posée là, entre la terre et le ciel et d’y rester dans le vent absent, d’y rester sous le souffle puissant, sporadique, régulier, tonitruant des embruns et j’avais besoin d’y rester le plus longtemps possible.


Quand enfin je fut lasse, j’ai trouvé un emplacement un peu plus bas et alors… j’ai vu que j’avais pris le risque de rester perchée sur un promontoire de sable… Du sable rigidifié par le vent, le temps, les embruns, du sable paraissant solide sous les pieds, pareil à une roche… mais du sable… Du sable au dessus d’un « vide », au dessus d’un vide dans lequel s’engouffrait toute l’énergie de l’océan de ce jour calme.
Ce qui est fait est fait
L’inconnu devenait connu et il devenait impossible de « faire à nouveau »… Il suffit de changer de point de vue pour changer d’attitude.

Et, pendant que mon compagnon poursuivait ses prises de vues numérisées, je restais immobile, fascinée, fondue dans cet environnement exceptionnel.
Les gerbes d’écume étaient formidables.
J’avais les larmes aux yeux, infiniment reconnaissante devant autant de puissance tranquille.

Il fut l’heure de « rentrer »…
C’était la semaine dernière, le lendemain, je partais en solo pour deux jours, pour explorer l’inconnu plus loin encore.

(à suivre)