Archives par étiquette : enfance

Douter sans aucun doute

Illustration choisie pas par hasard mais parce que deux bouquins de cet auteur viennent de revenir à la maison.

Le doute est une attitude philosophique et les citations sont innombrables.
Les proverbes de même.
Impossible de compter le nombre de fois où j’ai pondu un p’tit billet au sujet du doute, il est même fort probable que quelques bribes de ces réflexions aient eu l’audace de s’immiscer dans plus d’un de mes livres.

C’est que contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, le doute est indispensable et très très bénéfique. Le doute est une porte ouverte vers plus loin et plus haut, une porte largement ouverte.
Non, en fait, le doute est le seuil.
Le seuil à franchir pour passer.
Et bien évidemment c’est la présence du seuil qui est effrayante.

Regardez les enfants qui commencent à marcher, regardez les buter sur les seuils de porte et recommencer et tenter et finalement passer fiers et glorieux, sous les encouragement des parents téméraires.
Oui, il existe aussi des parents timorés, sans la moindre confiance dans les capacités de leurs enfants et ces parents là « portent » les bambins, leur évitant la chute pensent-il sans douter un instant du bien fondé de leur « protection ». Mais ceci est une digression de plus!
A l’autre bout de la ligne de vie,
Regardez les vieillards, si fragiles, si tremblants si peu sûrs qu’ils ne franchissent plus le seuil de chez eux, s’enfermant, se recroquevillant sur des certitudes déjà passées ou inventées, comme pour éviter de regarder l’inéluctable réalité de leur « à venir ».
Ni les enfants ni les vieillards ne doivent trop douter, c’est vital pour eux.

D’ici à affirmer que nous sommes globalement plus souvent des enfants ou des vieillards qui s’ignorent, avançant sans aucun doute en suivant le derrière du mouton de devant, il n’y a qu’un pas que je refuse de faire!
Vous me connaissez, je vais éviter d’enfoncer les portes ouvertes!

Par contre qu’une porte soit entre-baillée, qu’une porte me paraisse close et hop, j’ai envie de regarder ce qui se passe derrière.
Et quand je passe le seuil, c’est toujours avec une dégoulinade de joie!

Hier par exemple, il fallait que je téléphone pour lever un doute.
Un doute que j’avais tranquillement cultivé depuis quelques jours.
Cultivé?
Oui, j’avais en premier « laissé faire ».
Et puis depuis la veille, alors que la graine germait, je remettais tout en question.
Tout.
Je doutais.
J’avais besoin d’éclairer le projet, de ne pas y laisser pousser des ronces dans lesquelles je risquais de me prendre les pieds.
Donc j’ai téléphoné pour « en savoir plus ».
Evidemment, à l’autre bout du fil la personne tout en entendant correctement fut un tantinet étonnée.
Me connaissant surprenante, étant pressée de surcroit, il fallait laisser un peu de temps de réflexion.
L’une doutait
L’autre doutait
Et ça c’était super.

Et quand le soir j’ai trouvé le message qui levait le doute, ce fut juste délicieux.
Il y a toujours une espèce de jubilation à passer le seuil.
J’ai partagé cette joie avec la personne, cette personne qui avait elle aussi franchi le pas vers l’inconnu.

L’inconnu.
C’est là que nous nous rencontrerons en live.
Par expérience je sais qu’il y aura des instants magiques.
Je n’en doute pas, c’est mon côté gamine facile à émerveiller
Et pourtant,
Sans en douter,
Je suis incapable de dire où et quand ces instants vont miroiter.
C’est finalement un peu comme partir à la chasse aux orchidées sauvages!

Timidité

Enfant, j’étais timide.
Oh, certes, je n’étais pas du genre rougissante au moindre contact.
Non, simplement je refusais toute ouverture, restant sur mes gardes.
Très très méfiante, je préférais me taire.
Et se taire sans baisser les yeux,
Se taire calmement et avec attention,
Se taire avec des yeux sombres,
A tout les coups,
Ca menait à recevoir un coup de bambou : « Et ben, elle n’est pas aimable cette petite fille là! »
Sous le choc, il était inévitable de baisser la tête,
Et quand une personne compréhensive était dans le coin,
Quand elle venait à la rescousse.
La sentence tombait : « Elle est timide, c’est normal. »

Donc, j’étais timide.
J’étais timide partout : à l’école comme dans la rue ou en famille.

C’était pas le truc qui me plaisait vraiment, cette histoire de timidité.
J’admirais toutes les personnes capables de s’exprimer instantanément, toutes celles qui donnaient des réponses même fausses sans ciller, celles qui étaient capables d’aller au devant, de « demander », de questionner sans la moindre hésitation.
Moi, ça me prenait des plombes et je finissais toujours par renoncer.

Un jour, j’étais déjà adolescente, une personne de bon conseil m’expliqua que la timidité, c’est de l’orgueil, argumentant que c’est parce qu’on refuse l’échec qu’on hésite à se mouiller. Ca me paraissait crédible et je tenais là un fil et à partir de ce jour, j’ai travaillé (oui travaillé!) pour effacer tout orgueil dans le but de perdre ma timidité.
Petit à petit, laborieusement, très laborieusement j’ai appris à enfiler une carapace et à foncer dans le tas.
Le fait est qu’aux environs de la quarantaine, j’ai considéré que toute trace de timidité était effacée et que c’était principalement un effet de la « maturité » survenue.
Il est certain que dans la vie d’adulte, il est souvent nécessaire d’avancer seul, sans compter sur l’assistance de quiconque… A moins d’accepter la soumission… tomber de Charybde en Scylla ne fut jamais dans mes objectifs!

En cueillant les reflets éclaboussés par mes fils, en avançant un peu plus loin sur mon chemin, force fut de constater que l’histoire était ailleurs.

Aujourd’hui, n’ayant plus aucun besoin de travailler ( travailler pour donner le change d’une apparence jugée aimable, cf le début de l’article) puisque j’ai laissé filer toutes les activités qui « rapportent » de l’argent, je vois bien que, globalement, tout est plus simple.

Mais pas toujours.

Hier, j’avais RV avec une charmante personne. Nous avons passé un excellent moment et c’était vraiment super doux de la revoir, de parler d’utopies, de réalités, de vie et de passages.
Ce qui fut remarquable, c’est le moment où j’ai reçu, comme une bombe à retardement, la question : « Tu seras là »?
 » Ben, non, qu’irais-je faire là-bas, je n’ai plus rien à faire dans ces endroits! » Ai-je répondu très spontanément.
 » C’est drôle, j’ai toujours imaginé que tu serais là » est arrivé façon boomerang.

Alors, un déluge s’est abattu, une tempête s’est levée sous mon crâne.

Résultat des courses, une fois rentrée à la maison, j’ai validé un billet de train.
C’est un AR dans la journée.
J’ai pas du tout envie de voir les gens qui seront là-bas, je n’ai rien à faire dans ce navire, d’ailleurs, je n’ai pas de ticket d’entrée et je n’en demanderai pas.
J’y vais pour elle, il y a un sens  et j’y vois un sens.
Je prendrai le train, j’arriverai à l’heure devant l’entrée.
Je suis prête à montrer mes yeux sombres, à me taire, à fuir s’il le faut.
La suite est à vivre.

J’étais timide.
C’était un faux diagnostic.

 

Enseignement collectif


Deux fois par semaine je vais à l’école.

Enfin… Je rentre dans ces lieux qu’on nomme « école », dans ces endroits où  coexistent  cour de récréation et salles de classe.

L’école.

Ce mot là me balade à travers mille émotions et autant de souvenirs.
Dans mon enfance, les livres parlaient encore de ceux qui osaient « faire l’école buissonnière ». J’en admirais les protagonistes, toujours des garçons : garnements en culotte courte et rapiécée, espiègles et iconoclastes.
Ils partaient dans les bois ou dans les rues et passaient leur temps à jouer, acceptant le risque de se retrouver « au coin » et sous un « bonnet d’âne », trouvant alors mille moyens pour faire rires les « bons élèves » qui eux, redoutaient les punitions toujours très rudes.
Grâce à ces récits, emportée par mon imagination, je supportais ma place de fille sage, sagement assise en classe.

Aujourd’hui « l’absentéisme scolaire » a remplacé l’école buissonnière, regroupant « mal-élevés », phobiques (victimisés, forcément bien élevés, eux puisque les parents s’inquiètent à leur sujet…) et marginaux à la marge.
L’école est une histoire de grands, d’adultes, de parents, de responsabilité, de lois, etc… C’est un fait certain.

Une fois mère de famille, après une tentative avortée du côté des « enseignants », je me suis trouvée du côté de la barrière réservée aux parents. Je suis restée de ce côté pendant des années qui me semblèrent interminables.
Tout m’ennuyait à la fin, tout ce qui avait pu m’amuser lors de la découverte de cet environnement, tout m’agaçait.
Il est vrai que je suis allergique à la routine et l’école est une routine au long cours avec ses répétitions coûte que coûte, ses acceptations, ses obligations et ses fantaisies bien organisées.

La loi du nombre est la loi du nombre, vivre en société, c’est s’y soumettre, c’est apprendre que la liberté des uns commence où s’arrête celle des autres, qu’elle diminue quand la population augmente et que pourtant la société est indispensable à l’épanouissement des individus.
Nous sommes des animaux grégaires, dois-je encore le répéter?

Deux fois par semaine, je vais à l’école.
A l’école, dans deux endroits différents, à la rencontre des enfants en face à face, sans barrière, puisque je ne suis ni d’un côté ni de l’autre, juste là, sans programme ni parti pris.
C’est une aventure.
Chaque fois une aventure…
Car « sans parti pris » oblige à la souplesse, au mouvement, à la fluidité, à une qualité de présence très particulière.
Ce qui me passionne, me fascine, c’est encore et toujours l’exploration.
J’observe d’un côté les enseignants et leurs utopies (oui, oui : utopies… quel autre mot pourrait mieux définir ce qui guide leurs objectifs?)
J’observe de l’autre côté les enfants et leur réalité, leur vécu sans fard de l’instant présent.

Ces passages sont désespérément nourrissants.

De l’attention

Ce matin, après avoir écrit le mot « attention » dans un commentaire ici même, je suis entrée dans ma journée ordinaire.
J’ai en réserve quelques billet au sujet de l’extra-ordinaire de la semaine dernière, mais comment pourrait exister « extraordinaire » sans la présence acharnée et quasi constante de « ordinaire » ?
C’est une question et pas le propos de ce billet.

Dans la voiture, sur les chemins de la philosophie, j’entendis une rediffusion et j’écoutai :

J’avais été attentive en découvrant H.D.Thoreau en avril 2017, ce matin ma curiosité vivifiée par le grand air, le désert récemment traversé et les bouquins avalés, révélait une multitude de nouveaux points de réflexion.
Et ces points convergeaient ou tournaient autour de ce simple mot abandonné au fil d’un commentaire : attention

Attention, il s’agit d’attention.
Soyons clairs, je n’ai pas dit : attention!
J’ai parlé d’attention…

De cette attention qui fait tellement défaut dans notre société.
De cette attention à tout, à rien, au grand, au petit, à la relativité, à l’impalpable, à l’ensemble jamais seul, toujours situé ici et maintenant.
Parce que trop de gens sont naturellement focalisés sur « un truc », au point de ne voir que « ce truc », au point d’en devenir obnubilés, au point d’en être malades, au point de souhaiter convaincre le monde entier que seul « ce truc » est important. Parce que ces gens là sont, de fait dénués d’attention alors même qu’ils ne cessent de faire attention!

Vous n’y comprenez rien à cette prose!
Quoi de plus normal?
Si vous étiez ici, là, à mes côtés, je me ferais un plaisir de vous faire toucher une ou deux expériences pour que vous puissiez peut-être saisir quelque chose, mais vous êtes de l’autre côté de votre écran…

L’anecdote du jour va nous ramener à quelque chose de plus facile à comprendre.

Ce matin, pressée par le temps, je me suis habillée à toute vitesse, enfilant le pantalon de la veille qui me tendait les bras.
Je ne l’ai pas regardé.
J’ai fait ce que j’avais à faire, enchainant les actions à enchainer pour rester dans le timing.
Je suis sortie, j’ai croisé du monde, plein de monde.
je suis rentrée.
J’ai avalé un en-cas en tapant sur mon clavier et hop, il fallait déjà repartir.
je suis partie à pieds, comme chaque mardi ordinaire à la même heure.
Alors, marchant à grand pas, j’ai retrouvé toute ma capacité d’attention et …
J’ai vu « la » tache sur mon pantalon!
Une tache… Deux taches…
Que j’ai immédiatement mis sur le compte de ma gourmandise de la veille, rouge de piment rouge…
Arghhhhh…
Il fallait faire avec.
Arrivée à l’école, les enfants m’ont accueillie en m’expliquant l’absence de leur institutrice. Pour moi, il y avait donc un peu de « gestion de groupe » à prévoir.
Ce fut simple et nous sommes rentrés en classe :
« On a reçu ta carte, tu sais? » Puis : « Oh, tu as une tache sur ton pantalon » dit l’une… « Non deux taches » ajouta l’autre… « Et même trois » répliqua un troisième!!!
J’étais ravie, ils avaient immédiatement remarqué les taches plutôt que mon merveilleux bronzage!
« Et oui, j’ai vu ça, moi aussi » ai-je répondu en toute sincérité, ajoutant que c’était le résultat de ma gourmandise de la veille associé à mon empressement matinal. J’ai en plus ajouté que je n’avais pas d’autre solution que de me promener « comme ça » jusqu’en fin d’après-midi.
Les enfants n’eurent de cesse que de me trouver une solution.
Il fallait trouver ça avant de passer à l’activité pour laquelle j’étais venue.
Il eut été vain de balayer le problème, les jeunes enfants sont super attentifs aux détails.
Il y eut maintes propositions, raisonnables ou farfelues.
Puis, nous sommes tombés d’accord sur le fait que s’il est assez tendance de se promener avec un pantalon déchiré, je pouvais sans soucis affirmer que me promener avec pantalon taché était « style »!
Et hop : affaire conclue.

Plus tard, déambulant en ville, entrant dans de chics boutiques du centre, j’avais la tête haute de celle qui sait qu’elle a du style!

 

Les étrennes


Pavé de fin d’année

Il est bien probable que toutes les personnes de ma génération ont gardé en mémoire un poème proposé en deux strophes qui commençait ainsi :

« – Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
(…) »

Peut-être que parmi ces personnes, certaines ont, comme je l’ai fait, assidument fréquenté les poètes.
Ainsi au gré d’une navigation auprès du bateau ivre, ces personnes ont sûrement découvert que la gaîté des étrennes vendue par l’éducation nationale était factice.
Car, le très long récit en vers proposé par Arthur Rimbaud était en fait nommé « Les étrennes des orphelins », une histoire triste.
Une triste histoire avec laquelle les médias d’aujourd’hui seraient ravis d’ouvrir le JT, juste avant d’embrayer et d’accélérer sur les histoires de gueule de bois, d’indigestion et de régime minceur.

Un peu d’histoire historique raconte qu’avant le débarquement de Santa Klaus fin décembre (Entre Saint Nicolas (début décembre) et le passage des rois (début janvier))  qui a progressivement transformé la distribution de friandises enfantines en avalanche de paquets cadeaux pour tous, c’était à l’occasion du changement d’année calendaire que s’échangeaient « joujoux, bonbons habillés d’or, étincelants bijoux ».
A la fin du 19ème siècle, le « truc » à la mode c’était le livre d’étrennes, les éditeurs ne manquaient pas d’idées pour profiter de l’aubaine.
Les « beaux livres » ont doucement supplanté les « livres d’étrenne », ils furent largement distribués sous les sapins naissants du 20ème siècle.
A l’aube du 21ème siècle, la mondialisation galopante autant que l’évolution des techniques d’impression ont banalisé les livres au point qu’ils ne constituent  plus un cadeau de prix, mais parfois un cadeau par défaut de « mieux ».

Je reviens à ce jour des étrennes, ce jour de l’an neuf, et plus précisément à la nuit qui précède.
Dans notre actuelle vie d’occidentaux dans le vent, il est « normal » de prévoir et préparer un réveillon.
« Normal » étant une donnée statistique plantée au sommet d’une courbe de Gauss, de chaque côté du sommet tout est possible, bien que ce soit considéré comme un écart à la norme.
Bien entendu plus l’écart est visible sur la courbe, plus le risque de tomber dans « l’anormalité » grandit.
Pourtant je considère que se situer à la marge n’engage en rien l’appartenance de quiconque à la vie de la société.

Tout est tellement relatif.

Je m’aperçois en écrivant ce billet dans le contexte écologique que j’habite, que le fait d’être cette année en France, loin du soleil et des grandes randonnées en terre sauvage exacerbe mon sentiment « d’anormalité » relative.

Me voici donc en train de chercher « un truc » pour meubler ce passage qui semble incontournable.
Pour l’instant tout ce que je vois alentours ressemble à des sorties de secours ouvertes sur des microcosmes fermés.
Il faut avouer que ma vision de la débâcle obligée de fin d’année est dénuée d’objectivité.
J’ai été marquée par ma déambulation dans les rues parisiennes fin 1975. J’assurai alors une partie équestre du spectacle « Ben-Hur » .  Tandis que les gens venaient au spectacle pour ouvrir leur réveillon, nous finissions « le boulot »  (c’est à dire les soins aux chevaux et notre démaquillage) sur les coups de minuit. De fait,  je me suis retrouvée dans la rue « après » et c’était pour voir à travers les vitres des restaurants des dizaines de personnes  comateuses au milieu des serpentins et cotillons qui jonchaient le sol.
Pas de quoi rêver… Pas pour moi, en tout cas.

Et là, maintenant, tandis que mon hyper-connexion fait miroiter de tous les côtés des passages rêvés entre amis, me reviennent ces souvenirs qui disent que je suis, en quelque sorte, étrangère à ces festivités.

Pas pour moi les soirées gastronomiques à exploser la panse
Pas pour moi les soirées soufis à psalmodier le Mathnawi
Pas pour moi les soirées shootées sous les tables
Pas pour moi les soirées Bollywood à chanter Hare krschna
Pas pour moi les soirées Djeun’s entre retraités
Pas pour moi les soirées « paix sur terre » à réciter les Psaumes
Pas pour moi
Pas pour moi…

Il est un fait que je suis à la marge sur bien des points!
Et pourtant, je garde espoir de voir le changement d’année calendaire se faire même si je ne « fais rien » de notable.

Pas croire et faire croire


Ca remonte aux entrailles de mon enfance.
Ca : LA question!
La question qui est là.
La question entière, là dans mon ventre, dans ma tête, parfois tellement obsédante.
Elle est là, cette question, elle est là depuis que je raisonne, depuis que tout résonne en moi, depuis si loin dans l’enfance.
Elle est la suivante : pourquoi certaines personnes, pourquoi tant de personnes s’astreignent-elles à faire croire aux autres ce à quoi elles ne croient pas elles-mêmes?

Aujourd’hui, avec le temps qui a coulé, avec tout ce que j’ai ramassé en passant, je connais des mots qui n’apparaissaient pas dans les livres de contes qui nourrissaient mon imagination galopante, du temps où j’étais reléguée au statut d’enfant.

Aujourd’hui

Il y a beaucoup plus de production, de consommation.
Il y a  tellement plus d’incitation, de prosélytisme.
Il y a internet,  « réseaux sociaux », « info en continu », etc.

Si la question est toujours présente, le monde a beaucoup changé autour d’elle.

Aujourd’hui

Je regarde et j’observe le monde alentours, un monde qui semble à la rechercher de merveilleux sur catalogue.
Du merveilleux qui serait produit à la chaine?
Mais, alors ce n’est plus vraiment du merveilleux si c’est reproductible, maitrisé, non extra-ordinaire?
Il faudrait donc « y » croire pour s’y fondre dans ce « merveilleux à la carte »?
Et il y aurait plein d’équipes super informées au sujet de nos capacités « à croire », des équipes qui ne croient en rien d’autre qu’à la production de « croyances » à la pelle ?
Et au delà du papier glacé, au delà des écrans géants ou minuscules, il n’y aurait rien d’autres que le néant?
Rien de merveilleux?
Rien de dramatique non plus d’ailleurs!

Je regarde autour de moi et j’observe le monde en faisant un gros plan sur de délicieuses personnes que je connais.
Il ne fait aucun doute que la vraie vie les caresse, les écorche, les entraine parfois très haut, parfois très bas.
Je vois des enfants qui s’émerveillent d’un rien.
Et je vois des enfants déjà vieux, enfermés par les cadres. La face bleuie par le reflet de leur écran, ils pourraient sembler morts.

Les paroles d’une chanson s’imposent tandis que je clavarde, elle dit « ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux« .  Je me souviens de l’époque où il se racontait que des gens crédules avaient vraiment ouvert des cages, laissant sortir de pauvres proies sans défenses…

Je me souviens combien j’étais l’oiseau sauvage enfermé.
C’est à moi qu’il fallait ouvrir la porte vers la liberté de découvrir le monde.
Et je l’ai fait.
Et je reste viscéralement méfiante.
J’ai probablement toujours porté deux ailes invisibles, deux ailes capables de me transporter dans un monde parallèle.

Me reviennent aussi les poèmes de « Paroles »  le recueil de Monsieur Prévert qui m’a longtemps accompagné : les oiseaux étaient pour lui un symbole de liberté…

J’ai appris très tard à aimer les oiseaux
je le regrette un peu
mais maintenant tout est arrangé
on s’est compris
ils ne s’occupent pas de moi
je ne m’occupe pas d’eux
je les regarde
je les laisse faire
tous les oiseaux font de leur mieux

Adolescence majeure


Le titre du jour est sorti du chapeau ce matin même tandis que je me réjouissais une fois de plus au contact de tout ce que m’apporte la présence des « adolescents majeurs » à la maison.

Dans mes pensées trottaient plein de pistes.
Celle de la majorité civique, cet âge marqué dans le marbre que les personnes de ma génération ont vu passer de 21 à 18 ans.
Celle des « teenagers », débarquée d’Amérique il y a un bon bout de temps pour désigner le groupe de population en « teen » donc entre 13 ans et 19 ans.
Celle, contemporaine, de la notion de « pré-ado » qui réduit l’enfance à une portion congrue entre la sortie de l’âge bébé et l’entrée en âge pré-bébête.
Celle, etc, etc…

J’ai de l’imagination, c’est bien connu.

Avant de commencer à écrire, il était indispensable de partir à l’aventure pour définir de quoi j’allais bien pouvoir parler.
Que signifie en fait ce mot « adolescence », quelle est son histoire, sa source, son évolution médiatique, ce que le monde en fait?

Rien n’est plus passionnant à mes yeux que le mouvement de la vie.
Si j’apprécie au plus haut point de le voir un instant figé sur une image, dans une phrase ou à travers une longue dissertation, c’est pour mieux l’observer à vitesse réelle, à la vitesse de la vie qui va.

Je viens de découvrir que longtemps l’adolescence fut seulement masculine.
Les filles passaient certainement de l’enfance à l’âge adulte dès qu’elles devenaient potentiellement reproductrices. Pour les filles, l’entre-deux n’existait pas, peut-être aussi parce qu’elles n’existaient pas en temps que citoyennes décideuses officielles. La vie des filles restait cantonnée dans l’ombre des maisons, quelle qu’ait été leur grande influence sur les décisions des mâles dominants.
Aujourd’hui, je vois des fillettes vêtus comme des femmes et j’entends souvent dire « les filles sont plus mûres que les garçons ».
Je ne sais pas trop ce qui est en filigrane.
En fait, je me demande s’il ne serait pas question d’une certaine maturité pour la soumission?
Malicieuse, je pose la question.

Il est impossible à l’heure qu’il est de faire un billet de synthèse au sujet de ma réflexion du jour. Il faudrait comme d’habitude une rangée de bouquins, il n’y a pas la place ici!

Je reviens cependant sur la notion de « majeur ».
Quand les enfants deviennent plus raisonnables, quand ils ont des velléités d’indépendance, quand ils ont besoin de s’opposer pour devenir qui ils sont, je distingue la période où ils sont encore sous la responsabilité parentale et celle où ils deviennent légalement et civiquement indépendants. Le point de passage est si mince! A l’heure précise d’une date anniversaire, à 18 ans top chrono, tout basculerait.

Dans notre monde occidental si bien cadré, c’est hyper simple, c’est chiffré et les chiffres ne mentent pas à ce qui se dit.

Et de cette réalité chiffrée, coule une quantité d’informations, une quantité d’injonctions, une quantité de non-réalités qui obscurcissent considérablement le bon sens et « pose des problèmes » où il n’y a rien d’autre que la vie qui va son cours, simplement.

C’est mon point de vue.

Sauver le monde ?

Ce matin, une question m’obsède.
Pourquoi si nombreuses sont les personnes de bonne volonté toutes entières portées à « sauver le monde » comme si leur vie en dépendait.

J’ai rencontré beaucoup d’enfants qui, en réponse à la question d’un futur métier, affirment qu’ils vont sauver le monde.
Chaque fois, je suis émerveillée par cette capacité de rêve grandiose propre aux enfants innocents et jamais, jamais un seul instant l’idée de les contredire n’est monté à ma cervelle de « vieille ronchon ».
L’enfance c’est le monde des rêves, des espoirs fous, de tous les possibles.
L’enfance, c’est le passage de vie où se cueillent les étoiles où s’escalade l’arc en ciel.

A l’intérieur de chaque adulte, vit un enfant, car pour s’élever, il est indispensable de cultiver les « contraires ». De fait, je cultive autant la joie que la tristesse, l’obsession que l’amusement, le rêve que la raison. C’est une histoire d’équilibre.

Ce matin, une question obsédante me taraude.
Parce que je suis triste de constater à quel point des gens, des adultes, des personnes responsables, perdent leur vie et leur énergie en « faisant tout » pour changer le monde, pour sauver le monde.
Je suis triste et fatiguée pour elles.
Je les sens perchées sur une extrémité qui peut les conduire vers la chute.
Je suis tristes de voir circuler ces pétitions vers des présidents qu’on voudrait non tout-puissants quand ça nous arrange et absolument tout-puissants quand ça nous chante.
Des présidents et des « grands » qui parfois prennent des allures de « dieu » pour ceux qui les suivent ou les prient…
Je suis triste de constater ces paradoxes volant au vent, sans le moindre fil pour les tendre et leur donner un sens.
Est-il possible de se fourvoyer à ce point sur la réalité de la vie en société?

La société.
Entendons nous.
Il est possible d’envisager la société humaine toute entière, constituée d’une multitude de sociétés correspondant à une multitude de pays, des sociétés régulées par des lois propres à chaque pays.
Il est possible d’envisager la plus petite société possible comme le plus petit commun dénominateur, ce serait un couple, c’est à dire deux personnes vivant ensemble un quotidien, seulement deux personnes, soumises à des lois tacites, des lois bien souvent jamais posées, des lois propres à chaque personne du couple, piochées dans les strates d’une l’éducation individuelle.
Entre la « société » du monde et la « société » individuelle, je sens un abîme de possibles.
Un inextricable « complexus ».
Entre l’impalpable et ce qui nous touche, où donc se situe la raison?

Je suis lasse souvent.
Parfois.
J’ai simplement besoin de l’écrire…

Au fil des siècles
Il s’est dit tant d’histoires
Tant de faits furent écrits
Que le temps rétrécit pour les lire

Alors que les humains
Plus savants que jamais
Les décortiquent sans fin
Oubliant dans cette quête
Inlassable
L’once lumineuse
Qu’ils sont sensés trouver

Je suis lasse souvent
En contemplant l’abîme

In Eloge, A traits communs, Nantes 2008