Archives par étiquette : voyage

22 juillet 2018


Lever 4h comme prévu.

Le premier avion devait décoller de Nantes à 6h.
Ensuite, il fallait compter une heure de vol en direction de Paris, neuf en direction de Seattle, six en direction d’Honolulu et ajouter les temps de transit.
Ce qui est remarquable, c’est la relativité du temps : en sortant à 4 heures de notre lit, il était prévu que nous puissions plonger dans de nouveaux draps vers 22h le même jour du calendrier… environ trente heures plus tard!
Et c’est ce qui fut le cas.

L’aventure ne faisait que commencer et je me laissais porter d’un vol à l’autre sans plus d’intention que d’arriver.
A dix ans près, mon âge était égal à la somme de l’âge des deux gars qui voyageait « avec » moi vers le même objectif : la M2O
Nous nous connaissons plutôt bien et nous avons quelques travers en commun : une autonomie certaine, la certitude qu’il vaut mieux vivre comptant qu’à crédit, une évidente tendance à la solitude assumée, un mode de pensée foisonnant qui ne laisse aucune place à l’ennui, une écoute suffisamment empathique pour communiquer à minima.
Et donc, nous étions dans les mêmes avions, chacun à la place que nous avions réservé de notre côté. Notre petit groupe se reformait à chaque sortie, et dans la file des infinis contrôles de police et/ou de sécurité.
Dans ma tête, je nous observais sous tous les angles, souriant parfois de ce que les gens pouvaient imaginer en voyant une petite vieille avec ces deux jeunes sportifs. Et puis, j’étais en même temps une gamine qui partait à l’aventure et je regardais tout à travers mes yeux de gamine.
Dans la réalité, j’étais « mamoune » pour E.T et « joelle » pour S. et je suis bien incapable de savoir ce qu’ils pensaient eux sinon que nous étions tous les trois, ensemble et chacun dans les mêmes avions, aux mêmes contrôles, aux mêmes horaires dans cet « entre-deux » qui se nomme voyage et où personne n’habite plus nulle part!

A Seattle, je flottais entre le Groenland que nous venions de survoler et les îles du Pacifique vers lesquelles nous avions prévu de débarquer.
Je méditais depuis un bon moment sur ce chemin qui passe par dessus les étendues glacées pour nous emmener vers les tropiques.
Perdue dans mes pensées, j’avais oublié de mettre mon passeport dans un des contenants prévu pour passer au scanner du contrôle de police.
Poussée par le flot des voyageur, je me suis retrouvée dans la cabine de détection. Là, j’ai bien posé mes pieds tels que les empreintes au sol l’indiquaient, j’ai bien levé les mains « comme il faut » mais j’avais mon passeport en main et ça, « c’est interdit ».
Et aux USA ce qui est interdit est interdit.
Une forte « agent de sécurité » me réceptionna pour me le faire remarquer et le fit avec une telle rage que je n’ai rien compris à ce qu’elle racontait précisément.
J’ai donc répondu que je n’avais rien compris.
Agacée, elle me parla avec des gestes comme si j’étais sourde et je ne comprenais toujours pas.

Il est un fait que la compréhension entre humains nécessite l’usage d’une longueur d’onde commune. De fait, j’étais sur la mienne, flottante entre Alaska et Pacifique et pas du tout sur la sienne à la recherche d’un terroriste.

J’ai finalement réussi à saisir que du fait de ma non-collaboration évidente, du fait que j’avais « embrouillé » la machine en gardant mon passeport en main, il ne restait que la fouille détaillée pour avoir une chance d’être admise de l’autre côté de la zone de contrôle.
Une cabine me fut indiquée, un peu à l’écart.
Pas de soucis.
Les gars étaient passés depuis un moment et je savais qu’il n’étaient pas du tout inquiets à mon sujet.
Et donc, en présence de deux fortes femmes, je me suis retrouvées dans la place prévue pour la fouille détaillée.
Comme je retirai illico mon pull afin de ne pas mourir de chaud, j’ai retenu un départ de fou rire en voyant les deux nanas se tourner et mettre les mains devant les yeux : s’imaginaient-elles que j’allais me déshabiller?
J’ai fait un effort pour rester sérieuse.
J’ai entendu celle qui avait été rappelée en renfort murmurer qu’elle était en train de perdre son temps, mais c’était parti et je fus palpée en bonne et du forme recto-verso de haut en bas et de bas en haut. Puis, celle qui avait  été appelée en renfort, par acquis de conscience, a vérifié que je n’avais pas de trace d’explosif sur les mains, et hop, c’était terminé!
J’ai remballé mon ordi, ajusté ma ceinture, remis mon pull et mes sandales et j’ai rejoins les gars.
Il restait quatre heures d’attente avant l’avion pour Honolulu.

A 20h 45, nous avons posé pied sur le sol hawaïen.
J’ai fait « gardienne de bagage » pendant que les gars allaient chercher la voiture réservée par E.T.
Ce fut vite fait.
En suivant le GPS dont les jeunes ne peuvent plus se passer, nous sommes arrivés sans encombre devant la maison particulière que j’avais réservé sur un site connu. Les propriétaires étaient en vacances et nous avions tous les codes nécessaires pour entrer.

Ca commençait super bien : la maison était non seulement à la hauteur du descriptif mais réellement plutôt beaucoup mieux.

A 22 heures, nous étions chacun dans notre lit : il fallait réussir le plus rapidement possible à surmonter le jetlag.

24 juillet 2018

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Souvenez vous, ce que je raconte là, c’est ma balade de l’année!
Inutile donc d’attendre un guide touristique, des sessions à l’ombre des palmiers ou de lascives descriptions vacancières.
Ma balade, c’est un « truc » sacré depuis que ma situation sur la pente descendante de la vie m’a donné l’occasion de l’instaurer. C’est un voyage, un moment de rencontre avec moi-même, un lent mouvement intérieur qui me permet de découvrir ce qui ne saute pas aux yeux dans la frénésie du quotidien.
Alors, certes, cette année j’ai pris l’avion pour aller carrément au bout du monde, difficile d’aller plus loin que dans le Pacifique, en effet.
Alors certes, cette année la balade commence à côté de E.T et S.
Alors certes, cette année la balade peut sembler immobile, confortablement posée dans de confortables abris avec douche et coin cuisine intégré.
Pourtant, je vous l’assure, forte des expériences passées, j’ai vécu avec l’unique intention de réaliser « ma balade de l’année ».

Le jour du voyage, j’étais dans une certaine impatience d’arriver sur place, d’arriver au point de départ de la balade. C’est pareil chaque année.
Le premier jour fut assez semblable à « l’habitude » malgré toutes les différences : ce jour là, je découvre, je sais qu’une quête est lancée, que les découvertes peuvent se faire à la pelle, que ces mêmes découvertes sont absolument inconnues des guides de voyage et qu’il me faut donc déplier mes antennes, être prête à chaque instant pour voir celles dont j’ai besoin pour avancer plus loin.
Comment vous expliquer que je n’ai pas d’intention particulière tout en ayant la ferme intention de vivre le meilleur de ce qui est offert?
Je ne sais pas.

Ce 24 juillet, après une nuit encore laborieuse, il fut facile de se lever à l’aube, d’avaler le reste du festin emballé la veille dans le doggy-bag et de sauter dans la jeep. E.T avait rendez vous à 6h pour passer devant une caméra et poursuivre avec une session de surf Foil.
De mon côté, cet interlude fut l’occasion de rentrer dans un de ces clubs privés de Waikiki puisque c’est là que « ça tournait ». Nous avons montré patte blanche et hop, on y était pour la journée si on avait voulu. Découvrir les gens qui paient pour avoir leur carte, leur vie et leurs activités dans le club fut un délicieux moment qui s’acheva sur la terrasse, les yeux perdus dans les vagues et le grand bleu.
Puis, nous sommes partis jouer encore aux touristes, à notre manière.
E.T était accaparé par les préparatifs, branché sur sa messagerie quand il ne conduisait pas, quand il ne mangeait pas. En même temps, il était encore tout à fait disponible et attentif à ce qui était susceptible de nous faire plaisir, le stress montait très lentement et ne l’avait pas encore envahi.
S. naturellement peu enclin à l’aventure totalement freestyle, faisait des « to do list » chaque fois qu’il arrivait à capter la wi-fi. Le reste du temps, il jouait au photographe puisque c’est sous ce prétexte que nous l’avions embauché dans l’épopée M2O.
Et j’étais là, silencieuse, sans intention particulière, juste là, avec la ferme intention de vivre le meilleur de chaque instant.
Comme lors de chacune de mes balades, quoi!

Le point fort de ce jour là, fut certainement la rencontre en vrai avec China Wall.

Bien sur, je pourrais parler du North Shore, de la partie de snorkeling en eau limpide, de la rencontre inénarrable avec le frère de Robby dans la boutique mythique de Robby, du premier hamburger vegan et pantagruélique d’une longue série, du débarquement dans le garage d’un chinois foileur et tant et tant.
Mais c’est China Wall qui reste le souvenir fort.
C’est que j’en avais tellement entendu parler.
C’est que je l’avais tellement vu en photo.
Et là, je l’ai vu, en vrai.
D’un coup, il est devenu réel et mon imagination s’en est emparé dans toutes les dimensions dont je suis capable.

Mercredi 29 août, départ de Nantes

« Le désespoir, il faut prendre le mot à la lettre : le désespoir, au sens où je le prends, c’est moins la tristesse que l’absence totale d’espérance, (…). Qui a tout, qu’irait-il espérer ? Et pourquoi, puisque rien ne lui manque ? « 
André Comte-Sponville, De l’autre côté du désespoir, Editions Accarias/L’Originel, Paris 1997
ISBN 2-86316-065-6

Entre maintes possibilités, j’avais décidé que la plage de Gruissan, la plage sur laquelle j’avais dormi un an plus tôt lors de mon périple vers Barcelone, serait celle du départ de la randonnée.

Il fallait y aller pour que l’aventure puisse commencer.

J’aurai pu choisir l’avion, le covoiturage, et même le car mais j’avais choisi de voyager en train. J’avais choisi le train en sachant que sans même jouer à l’omnibus, le train Nantes-Bordeaux est lent.
Train inter-cités.
J’ai découvert que sur certaines portions, ce TIC roule bien moins vite en ligne droite qu’une voiture hoqueteuse sur une route départementale tortueuse.
Pourquoi ?
Qui sait ?
Le train Nantes-Bordeaux est à nul autre pareil.
L’utiliser une seule fois sur ce trajet précis incite toute personne qui le peut à trouver une autre solution pour la prochaine fois.

Il part à toute vitesse, il arrive à toute vitesse, mais entre les deux il attend que passe le temps, c’est comme ça, apparemment sans raison. Il semble que ce train soit nostalgique d’une époque ancienne où les trains se tortillaient d’une gare à l’autre en soupirant ; de cette espèce de nostalgie à la mode, que les gens aiment cultiver en utilisant la haute technologie. Il est flambant neuf, il ne pousse aucun soupir, il file droit, presque sans s’arrêter, et il avance comme un vieux train.

Eloge de la lenteur !
Pour qui envisageait de traverser un bout de France à pieds, c’était juste une mise en bouche.

A bord, je me suis plongée dans une énième lecture de Merleau-Ponty. Pour l’occasion j’avais acheté un livre neuf car l’édition de 1964 du « Le visible et l’invisible » commence à sérieusement tomber en miettes.

Ce qui est bien avec ce genre de livre, c’est qu’il est impossible de l’avaler tout rond.
Je le goûtais à nouveau.
De mes yeux, je savourais les idées, les dégustant tranquillement, tête dans le vague.

Ce qui est bien avec ce train là, c’est que sur quelques kilomètres, il frôle l’océan.
Je dévorai alors l’océan.
Par la vue je m’en imprégnais intensément, terriblement consciente de tous les jours qui étaient à traverser avant que je ne le retrouve.

Puis, j’ai croqué d’une traite un « petit » bouquin de Christian Bobin, Le Très-Bas.
Lui aussi, je l’avais déjà lu, il y a longtemps, puis il fut abandonné comme on abandonne un livre sur un rayon de bibliothèque.
Il était venu se glisser sous ma main avant de partir et je me suis laissée toucher.
Et en le relisant ainsi, je mesurais les années venues changer le sens qui danse en toute chose.
Seule l’impermanence est constante dirait le sage.
Et je m’envolais… Si loin.

Changement de train à Bordeaux.
Changement de rythme.
Changement.

Mes pensées vagabondèrent pendant que le train coupait en trois heures ce petit côté de l’hexagone qui va de l’Atlantique à la Méditerranée, ce petit côté de France que pas après pas j’avais l’ambition de traverser.

Terminus de mon voyage en train à Narbonne.
Le car était à deux minutes de marche, il parti dès que je fus assise.
A Gruissan, il ne restait plus qu’à trouver les amis qui séjournaient, comme l’année dernière, au même endroit, près de la même plage.

« Téléphone, on viendra te chercher » avais-je lu dans un message.
Evidemment, je gardais consciencieusement le téléphone éteint.
Il fut nécessaire de tâtonner, de faire un détour, et même de  prendre un autre bus.

Quelques pas plus loin, j’arrivais en silence devant un logement de vacances.
J’étais attendue, mais pour demain !

Et j’étais là et c’était bon de se revoir.

Je me suis précipitée sur la plage.
Ces amis, précisément ceux-ci, pouvaient comprendre.

Ce soir là, il y avait du vent, il y avait des vagues, le ciel était couvert.
La méditerranée avait un petit air océanique.

J’ai monté la tente de nuit, après un bon repas de vacances.

L’aventure pouvait commencer.