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A propos des vacances

La vie de maman active est plus que nulle autre une vie où il faut user de super pouvoirs afin de rester dans la danse.
Consciente de ce fait, aspirant souvent à des espaces « rien qu’à moi » longtemps cantonnés dans la compétition sportive, donc loin de tout repos, j’avais posé l’idée d’une pause nécessaire.
Pensant que l’adolescence se termine aux alentours de l’âge de la majorité civile, j’avais dit à qui voulait m’entendre que j’allais lever le pied une fois que notre dernier fils aurait atteint vingt ans.
Soit en 2010.
J’ai fait preuve de patience, le simple fait d’avoir noté cette date m’apaisait et me permettait de cultiver la patience.

Ce n’est qu’en 2012 que le temps a commencé à s’élargir, s’ouvrant sur de nouveaux possibles et de véritables vacances.
Enfin, je pouvais disposer de quelques semaines vidées des habitudes quotidiennes, libérées des personnes connues, enfin je pouvais vivre quelques semaines sans la moindre routine, uniquement riche des incontournables contraintes inhérentes à mes seuls choix.

En 2012, je suis montée à la source, j’ai déboulé une centaine de kilomètres à pieds puis debout sur un frêle esquif, j’ai suivi le fil de l’eau, et j’ai fini sur la plage.
Heureuse.
En solitaire.
Autonome.
Je n’avais qu’une envie : recommencer.
Il fallait attendre les prochaines vacances, celles que je m’accordais enfin : les miennes, rien qu’à moi sans personnes sur qui veiller, sans personne à suivre sinon moi-même!

En 2013, j’ai vérifié que tous les chemins mènent à Rome.


En 2014, je suis partie explorer des îles au large des côtes africaines.


En 2015
, j’ai décidé de porter ma planche à proximité des sommets en explorant les lacs alpins.

En 2016, de rivière en fleuve et en méditerranée, je suis allée jusqu’à Barcelone.

Et alors, je n’ai plus eu la moindre imagination pour donner un sens à une quelconque randonnée « debout sur l’eau ». Les plus belles « choses » doivent se terminer pour que d’autres puissent naître.

La planche elle-même était fatiguée, incapable de repartir. Je l’ai accroché au mur.

Puis, j’ai envisagé la marche, les sentiers et leurs détours, le sac toujours trop lourd aussi léger soit-il, les chemins plein d’empreintes où le monde tintinnabulle à travers une multitude d’itinéraires.

En 2017, mon escapade reliait la méditerranée à l’atlantique.

En 2018, pour le plaisir de suivre un de nos fils dans un de ses exercices, j’ai fait un pas de côté et abandonné la solitude en partant vers Hawaï à la découverte de l’inconnu.

Nous sommes en 2019, la suite est à vivre, plus loin!

Tous les chemins mènent à Rome


En août 2013, il était temps d’informer la communauté française du SUP au sujet de mon idée de balade annuelle.
Pour rappel, le Stand Up Paddle (SUP) était encore balbutiant dans nos contrées et le dictionnaire de la langue française ne l’avait pas déjà catalogué sous l’étrange terme « paddle » qui est de mise aujourd’hui dans l’hexagone et seulement là. C’est un étrange reflet de la méconnaissance de la langue de Shakespeare dans la belle France. Je souris chaque fois que j’entends des gens me raconter comment ils sont tombé de « leur paddle » ou le choix de « paddle gonflable » qu’il viennent d’effectuer! C’est cocasse à mes oreilles.

Le SUP était balbutiant et la toile était moins bien garnie en divers récits qu’aujourd’hui, j’avais l’impression de débroussailler et d’être un peu à l’avant garde en partant à l’aventure debout sur ma planche.
C’est donc en ces termes que j’ai lancé l’annonce sur le forum où j’avais raconté la descente de la Loire l’année précédente :

« Il est temps de dévoiler la balade prévue
Comme l’année dernière, il ne s’agit ni d’un défi, ni d’un record à établir, simplement d’une aventure tranquille comme je les aime.
Ce sera en mer, sans bateau suiveur, sans assistance programmée à terre, sans balise, sans téléphone, sans alerte tonitruante : juste quelques lignes dans le forum, une pagaie, une planche, une bonne femme et quelques bagages… Comme d’habitude », quoi !  

Après avoir parcouru debout le grand fleuve sauvage, ce sont les côtes du berceau de notre civilisation que je vais longer sur l’air de « Tous les chemins mènent à Rome ». Actuellement, la signification retenue par le dictionnaire pour cette expression est la suivante :   » De multiples moyens sont envisageables pour parvenir à une même fin. » 
Il semble que ce soit Alain de Lille qui ait affirmé en premier : « Mille viae ducunt homines per saecula Romam qui Dominum toto quaerere corde voluut. » (« Mille routes conduisent depuis des siècles à Rome les hommes qui désirent rechercher le Maître de tout leur cœur. ») mais finalement peu importe !  

Sans chercher à plagier le titre du dernier livre de JC.Rufin, je dirais que je suis toujours à la recherche d’immortelles randonnées.  

Donc voilà le projet : partir de Marseille et rallier Rome à coups pagaies, un millier de kilomètres, une multitude de marinas, des paysages extraordinaires, des plages privées à gogo, le tumulte de la méditerranée, deux ports gigantesques à passer, des centaines de points d’interrogation et une seule démangeaison : vivement le jour du départ ! »


Le 25 Septembre 2013 – 17:17, je reprenais contact avec le forum.

« Me voila au cyber espace dans une des rues un peu glauques de Roma Termini (gare centrale de Rome), question contrastes, je suis gâtée  
Je ne prends pas le temps de lire en détail tous les messages que vous avez écrit, mais je vous remercie d’avoir suivi l’aventure.
Je me suis vraiment régalée avec des conditions de mer TRES variées et je suis super heureuse d’avoir eu la chance de vivre ça!
Marseille-Rome sur un « engin de plage », non seulement c’est vraiment possible, mais, en plus ce fut bien souvent carrément magique, comme se retrouver invitée à boire un café sur un yacht, hier en plein milieu d’un immense downwind. J’en n’avais même pas rêvé, et hop, hop,hop, c’est arrivé    
J’ai un certain nombres de photos, j’espère qu’elles rendront les instants que je souhaitais partager  
Dès ce soir 23h, le périple va se poursuivre, de rame en rame (de train, en train) avec pas moins de cinq changements pour arriver à mon point de départ, récupérer la voiture et prendre le temps de répondre a vous questions, une fois rentrée à Nantes  
A bientôt. »


Nous sommes en aout 2019 et je recopie ici ce souvenir.
Ce faisant, une foule d’images remontent dans ma mémoire, et autant d’émotions.

Avec la distance posée par le temps, je peux dire que ce cheminement fut un fantastique périple à ma rencontre. La descente de la Loire m’avait beaucoup appris, chercher à atteindre Rome fut cent fois plus riche d’enseignements tant l’imprévisible était au détour du chemin comme sur une voie royale.

Dans les pages qui suivent, je retouche à peine le récit que j’avais fait à l’époque, le laissant rempli avec les anecdotes parfois futiles qui me semblaient importantes à raconter.

Il me semble que « les petits riens » font la force d’une aventure. je vous laisse en juger!


Tous les chemins mènent à Rome (10)

Dimanche 22 septembre 2013 : Principina a mare – Ansedonia

Une peu avant l’aube, j’ai été réveillée par le silence.
Ce n’était pas du tout ce qui était prévu par la météo, en deux secondes, j’ai saisi la chance qui s’offrait, hop, hop, hop, il fallait plier très vite et prendre la mer pour passer la zone sans abris avant que le vent ne se lève à nouveau.

Je me suis pressée comme jamais et 45 mn après, je partais avec un seul objectif : faire 10km puis faire le point et envisager la suite.
La suite ? c’était au loin la presqu’ile de Monte Argentario avec quelques questions suspendues: Contourner? Passer par la lagune? Envisager un long portage?  
Je n’avais aucun plan précis en vue.

En longeant la longue zone marécageuse du delta de l’Ombrone puis les plages du parc naturel d’Uccellina, j’étais vraiment heureuse d’avoir été stoppée à temps par le vent de la veille. J’avais ainsi évité le risque de me trouver coincée dans ce coin très beau, mais infréquentable et probablement envahi par les moustiques.

Un frémissement de brise se fit sentir en arrivant au pied des falaises, mais je me retrouvais presque instantanément à l’abri du relief.
Le paysage était magnifique.
Le calme était idyllique.

Arrivée à Talamone, j’ai trouvé une crique idéale pour une pause casse-croute. J’avais parcouru la distance espérée et j’avais plusieurs choix à envisager.
Le vent s’établissait peu à peu et je pouvais tourner la carte dans tous les sens, j’en était certaine, il m’offrait un idéal downwind en direction de Monte Argentario.
Donc… Quelque soit ma décision de contourner ou non, les conditions étaient idéales pour y aller!
Hop, hop, hop, let’s go. Quelques instants plus tard, les moutons se multipliaient à la surface de l’eau, je naviguais au portant, délicieusement.

Evidemment, ces conditions étant bien installées, elles excluaient, de fait l’idée de contourner la presqu’ile. J’avais vraiment la flemme de me payer le ressac le long des falaises sur tout le pourtour, d’autant plus que j’imaginais bien quelle pouvait être sa puissance sur la côte au vent.
J’entrai donc dans le canal.

D’après les papiers, le canal allait me permettre de rejoindre Orbetello. Je le suivais donc au delà des parkings à bateaux et le plus loin possible, c’est à dire jusqu’à lire : « réserve de pêche, navigation interdite » devant un barrage. A joelle rien d’impossible. J’ai commencé par me restaurer et j’ai franchi le barrage à pieds mais sans vergogne et je me suis retrouvée dans la lagune, direction Orbetello!
Je ne sais pas quelle espèce de poissons était « réservée », mais c’étaient de belles bêtes plutôt énormes qui semblaient se réveiller sur mon passage, me saluant à coup de simple ou double salto fort bruyants avec moultes éclaboussures.  
Je visais la « route digue » mais aucun pont, aucun passage par l’eau ne se dessinait à l’horizon. Je commençais à imaginer un nouveau portage. Mais plus j’avançais et plus la possibilité d’un passage « à plat ventre » sous la digue se précisait.
Ni une ni deux, arrivée au ras de la ville, sous l’oeil surpris des passants, je me dirigeais vers la digue, je m’allongeais sur la planche, la tête bien à l’abri de mon sac (je me disais que si le sac touchait, il me protègerait  et j’avais tout le temps de faire un demi-tour, certes peu glorieux, mais tout à fait safe) Et banco, ça passait LARGEMENT!  
J’étais dans la deuxième lagune. Il restait à en sortir. 
Il y avait un club nautique et une « petite foule » en train de suivre une régate d’optimist. J’ai accosté.
A nouveau, je dois noter que l’accueil fut chaleureux. En découvrant la raison de ma présence dans le coin, les gens étaient enthousiasmés. C’est ainsi qu’une dame me signala l’existence d’un canal de sortie « là-bas ».
Je remarquais illico l’orientation idéale, pile poil « downwind ». Je ne comprenais rien à la logique du vent, mais le fait était là  
Au pire, si le canal était « bouché », il y avait 300m de terre plein à franchir à pieds. A joelle rien d’impossible, c’était le jeu du jour et il était trop tentant. Hop, hop, hop, je repartais sans aucune idée précise de ce que j’allais faire une fois « au bout ».

Inutile de dire que la traversée fut rapide.
Il restait à trouver le canal.
Premier essai : raté. J’ai simplement réussi à faire décoller une nuée de flamants roses  et il a bien fallu constater que j’étais dans une impasse.
Après un demi-tour, face au vent, j’ai entrepris de lorgner du côté de la zone de pisciculture que j’avais dédaigné du fait de la présence de bâtiments, de filets et autres bassins à remous. 
Un filet masquait l’entrée d’un canal.
Hop, j’y filais, me glissant entre les mailles des larges trous.
Au bout un barrage, du même type que celui que j’avais déjà franchi.
Bis repetita.
 
Une fois à pied d’oeuvre, c’est à dire planche amarrée et prête au débarquement des bagages, j’ai entendu un bruit de moteur  En levant les yeux, j’ai vu un gros 4×4 sur le barrage. Au point où j’en étais, à l’heure où nous en étions, mon élan fut à peine stoppé, je grimpais sur le terre-plein et je demandais à l’homme qui était descendu de voiture quel était le chemin pour rejoindre la mer.  
Comme il m’expliquait qu’il fallait retourner d’où je venais, je tentais de lui expliquer d’où je venais… Justement!
Et hop, je sortais de mon sac, la carte où se pointaient mes étapes et je lui mettais sous le nez l’attestation très officielle de la FFS!
Tatatadammmmmm, ce fut un laisser-passer magique! L’homme me montra le bon canal à prendre (il y avait un croisement de canaux de l’autre côté du barrage).
Il y avait un lourd portail électrique à franchir, qu’il ouvrit. Et comme s’il fallait à tout prix passer très vite, il m’aida au transbordement de tout le bazar. Puis il monta dans son 4×4 et s’en fut à ses affaires.
Je prenais le large sans hâte, souriant à l’idée de la scène qui venait de se dérouler.

Comme prévu, après environ 1 km, je sentais la mer s’approcher. Encore un virage, et je m’attendais à la découvrir.
Mais,
Un mur barrait le chemin, de part en part.
Un mur? Pas tout à fait… un mur barrage… et j’en étais certaine, ça passait « à plat ventre », une fois de plus.
J’ai quand même attendu d’être passée pour prendre la photo! (la deuxième en début de ce billet)
Quelle immense sentiment de bonheur que celui qui m’envahissait : j’avais l’impression d’avoir atteint la libération!

Le fin de la journée ne pouvait qu’être émerveillement et c’est ce qu’il advint.

J’étais remplie de gratitude après l’incroyable journée que je venais de passer. En m’endormant, j’en étais encore étonnée. J’étais partie, le matin, pour une dizaine de kilomètres et le soir après bien plus, j’avais réussi à franchir sans effort le dernier « obstacle » du trajet vers Rome.
C’était juste délicieux.

Lundi 23 septembre 2013 : Ansedonia –  Tarquinia Lido

C’est vers le sud que j’ai regardé en ouvrant mes « volets »  
Là-bas, au loin, mon arrivée se précisait.
Tous les obstacles semblaient passés. Je ne doutais quasiment plus de pouvoir y arriver. Dans certains scenarii pessimistes, je m’étais même convaincue qu’arriver à Civitavecchia (le port des paquebots à destination de Rome) serait satisfaisant.
Et Civitavecchia était à portée de pagaie, donc Fregene était un objectif raisonnable pour la semaine qui s’ouvrait.
Mieux et cerise sur le gâteau, j’avais désormais toutes les chances en main, je pouvais arriver à temps pour vivre la BOP (super évènement californien où ET était de la partie) en direct devant mon ordinateur.
Evidemment, je nageais en plein paradoxe, car si je me voyais déjà à la maison devant l’ordinateur, je n’avais pas du tout envie d’en finir avec ce trip, j’avais envie de ne pas en perdre une miette, envie de prolonger un maximum.
J’ai donc instantanément débranché mon disque dur de cerveau têtu tourbillonnant bouillonnant.
 
Pour commencer, il fallait viser la cheminée rouge et blanche d’une centrale électrique. Peu ou prou, je m’avançais inexorablement vers un retour à la civilisation.  
Une plage était située au pied de la centrale dans une dernière crique juste avant une mini pointe, puis des barbelés signalaient la zone industrielle. Au pied de l’immense cheminée, les bâtiments clignotaient, sifflaient, ronchonnaient.
Enfin, s’ouvrait une plage de sable noire, couverte de cadavres aux troncs blanchis. En ne regardant que le côté plage, en coupant bâtiments, cheminée et barbelés, la vue avait un certain charme

Il faisait une chaleur torride sur ce sable noir, je n’ai pas traîné.

S’ensuivit un long cheminement le long d’une interminable plage quasi déserte.

La brise thermique ne tarda pas à se lever. Afin de l’éviter, autant pour allonger le temps, que pour couper la monotonie de la progression, je m’arrêtais sur une des plages de Montalto Marina.
L’accueil sur « Antonio Spiaggia » fut des plus chaleureux. J’ai bien senti que le propriétaire (un surfeur romain) aurait vraiment aimé que je reste pour la nuit sur « sa » plage, il m’offrait un bel espace, une douche et un énorme paquet de sandwiches avec tout ce dont je pouvais rêver comme soda à boire.
J’ai commencé par faire une balade, dans une marina vidée de ses touristes, il n’y avait RIEN à voir!
Il n’y avait pas grand chose à faire non plus  J’ai longé le front de mer, et pour exciter ma gourmandise, j’ai regardé du côté des quelques glaciers qui restaient ouverts. Pour passer le temps, j’ai finalement choisi l’association  citron/framboise.
Après une sieste à l’ombre, la brise commençait à faiblir, j’ai repris la mer.
La journée s’achevait.
J’envoyai les news à Michel où je m’avançais en hypothèses : « Si les pressions restent hautes, il me reste deux étapes; ça sent la grande ville, on entend les avions aller et venir. »
Et je regardais une fois de plus vers l’arrière, comme pour mesurer le chemin parcouru. Au loin Monte Argentario et Isola del Giglio (là où gît encore le Costa Concordia)

Tous les chemins mènent à Rome (fin)

Jeudi 26 septembre 2013 : Rome – Genova – Vintimille – Nice – Marseille

D’abord, je ne comprends toujours pas ce qui avait motivé le guichetier pour me vendre une place assise « pas chère » dans le train de nuit Naples-Rome-Turin. Ce qui est certain, c’est qu’il ne voulait pas me faire d’autres propositions et me vantait cette possibilité comme étant la meilleure  

Finalement, je n’ai pas regretté.
C’était inconfortable, mais je me suis emballée dans mon duvet et j’ai pu me reposer « chez moi » au milieu du va et vient, entre les hommes du compartiment, entre le passage des policiers en arme, les bavardages incessants, les migrants paumés et les dizaines d’arrêts jamais annoncés  

J’ai d’autant moins regretté que le fait de guetter chaque station m’a permis de remonter le temps en remontant mon parcours. Car le train longe très précisément la côte et je voyais de nuit les villes que je n’avais fait qu’effleurer de jour.
Dans mon imagination, malgré la fatigue, la magie opérait encore    

Le voyage retour avait commencé la veille, dès mon débarquement sur la plage même si je l’ignorais encore, puis plus précisément vers 23h, après avoir longé le quai déserté par les travailleurs en direction du train de banlieue.

1° Rome-Rome
L’attente avait commencé.
Le quai se remplissait d’une foule grise avec quelques touristes allemands, quelques familles et beaucoup d’hommes seuls, sans bagages, pleins d’espoir.
Ceux-ci formaient des grappes, parlant un langage exotique s’échangeant cigarettes et boissons étranges.
Le train devait arriver à 0h15, il arriva avec un retard de 30mn.
Pour ma part, c’était sans problème, à un détail près : les gares n’étant pas annoncées, il fallait réussir à descendre dans la bonne sans connaitre l’horaire d’arrivée.  
Par exemple : pour qui souhaitait, comme moi et sans connaitre, rejoindre « Gènes Principal » alors qu’il y a au moins 5 arrêts à Gènes et que l’affichage en gare est minimaliste il était illusoire de se fier à l’horaire indicatif! C’est comme ça que je me suis vue « repêcher » des touristes allemands (ils allaient eux aussi à Marseille) qui descendaient à « la bonne heure » sans regarder le nom de leur station.  

2° Gènes-Vintimiglia

A Gène principal, il fallait changer de train et attraper un TER.
D’un coup l’ambiance était totalement différente. C’était l’heure de partir au boulot et c’était l’heure des écoliers. Il faisait assez gris et je mesurais la chance qui m’avait accompagnée avec une météo plutôt clémente sur l’ensemble du parcours  

3° Vintimiglia-Nice

Passage du TER italien au TER français et nouveau changement d’ambiance.
Une population plutôt chic avait envahi les wagons tandis que s’instaurait un contrôle de flic très ciblé visant un certain « type » de voyageurs : « montrez vos papiers, cartes de séjours, etc… »  Visiblement, la correspondance avec le train venant de Naples était attendue!  

4° Nice-Marseille

Collée à la fenêtre, je m’accrochais aux derniers kilomètres de côte visible.
C’était fini.
Au fond du ventre j’avais une folle envie de chevaucher encore plus loin la grande bleue. Mais c’était fini, pour cette fois.
A Marseille, mon hôte attendait.
Tandis qu’il m’accueillais, je lui déversais mes premières impressions en vrac.
C’était vraiment magnifique de rencontrer cette personne là et sa famille.

Alors que je n’avais pas vraiment dormi, une bonne douche chaude au bon véritable savon de Marseille fut suffisante pour me tenir jusqu’au soir.

Après une nuit de princesse dans un immense lit sous une douce couette, j’ai embarqué dans ma voiture et attrapé l’autoroute.
Le vendredi 27 au soir, j’étais de retour à la maison après exactement quatre semaines de partance, une carte bancaire à peine utilisée et des souvenirs plein la tête!  

La boucle Nantes-Marseille-Rome-Marseille-Nantes était refermée!

A propos des vacances 2015 et 2016


En 2015 j’avais d’abord imaginé un trip outre atlantique dans le lointain Canada.
Comme là-bas les étendues sont immenses et la population dispersée, il fallait absolument que j’ai l’assistance de « complices » sur le terrain afin d’espérer ne serait-ce que me nourrir. J’avais lancé un appel aux personnes que je connaissais sur place.
Lucide, j’avais posé une espèce d’ultimatum dans mon planning : sans nouvelles en mars, il était vain de poursuivre le projet.
En mars, point de nouvelles.
Il fallait que je change mon fusil d’épaule.
Partie comme j’étais à solliciter une certaine assistance,
Partie comme j’étais à affronter le froid et la verdure,
Je lorgnais du côté des Alpes.
Sitôt le message envoyé en direction de la Suisse, sitôt le retour enthousiaste tombait dans ma boite mail.
Top là.
2015 serait l’année des lacs alpins, du Lac Léman et de la partie du Rhône qui le précède comme de celle qui le suit. L’arrivée se ferait à Lyon où j’avais prévu de participer en SUP (et sans bagages) à un grand rassemblement de pagaies.

La vie étant espiègle, à peine avais-je tout bien calé que je recevais un message du Québec. Une personne me proposait l’assistance de son mari pilote d’hélicoptère!
Il était trop tard.
Ce fut un grand bien pour mes principes où la simplicité et l’écologie sont au centre. Quelle mouche m’avait donc piqué de vouloir partir si loin!

A quelques heures de « chez moi », seule au milieu des montagnes, sur des lacs plus ou moins connus, j’ai ramé par étape ou par jeu et mes vacances furent parfaites.

Et 2016 s’en vint.
Il fallait que je trouve une nouvelle aventure pour remplir mes vacances d’étoiles.
J’étais désormais convaincue qu’il est inutile de chercher loin.
Le Rhône que j’avais commencé à suivre dès l’amont du Lac Léman, chuchotait à mes oreilles des berceuses d’enfance.
Lyon n’est-elle pas ma ville de naissance?
Et qui parle de Lyon parle aussi de la Saône, n’est-ce pas?
Et la Saône fait aussi partie de mes souvenirs d’enfance.
J’avais un début de fil, un début d’aventure, mais le trajet était bien trop court!
C’est à ce point de réflexion que j’ai tilté : il me restait à explorer une partie des côtes françaises de la Méditerranée et tant qu’à faire, pourquoi ne pas pousser jusqu’en Catalogne et rejoindre Barcelone ?
J’ai pris une règle et je l’ai posé sur la carte de France au niveau de Nantes. Presqu’en face, tout à l’est sur la Saône, j’ai trouvé le joli port fluvial de Chalon-sur-Saône : c’est là-bas qu’il fallait que je parte.

Et ce fut fait.

De la Saône, je suis passée au Rhône à la confluence lyonnaise, puis du grand Rhône je suis passée aussi souvent que possible sur le vieux-Rhône beaucoup plus bucolique.
Je suis arrivée au pied du célèbre Pont d’Avignon sous lequel plus personne ne danse, j’ai longé Beaucaire, puis j’ai bifurqué sur le « petit Rhône » qui se balade en Camargue jusqu’à ce que s’ouvre devant ma planche le canal du Rhône à Sète.
Là-bas, la grande Bleue attendait mon arrivée.


J’ai caboté de caps en criques et j’ai fini par arriver au coeur de Barcelone.

Ce fut une fois de plus une grande et belle aventure, remplie d’imprévus, de surprises joyeuses et de rencontres avec les fondements de ma personne.

Une fois rentrée, j’ai vraiment eu l’impression, d’avoir bouclé une nouvelle boucle de l’infinie spirale qui s’appelle la Vie.

Après trois années de trip, avec des milliers de kilomètres au compteur, ma belle planche Earth était fatiguée. Je savais qu’il était impossible de compter sur elle une année de plus.
A défaut d’investir à nouveau, il fallait désormais que j’invente une autre manière de voyager lentement.
Et pourquoi ne pas m’en aller tout simplement à pieds et sac au dos?

J’étais prête pour cette idée là!

22 juillet 2018


Lever 4h comme prévu.

Le premier avion devait décoller de Nantes à 6h.
Ensuite, il fallait compter une heure de vol en direction de Paris, neuf en direction de Seattle, six en direction d’Honolulu et ajouter les temps de transit.
Ce qui est remarquable, c’est la relativité du temps : en sortant à 4 heures de notre lit, il était prévu que nous puissions plonger dans de nouveaux draps vers 22h le même jour du calendrier… environ trente heures plus tard!
Et c’est ce qui fut le cas.

L’aventure ne faisait que commencer et je me laissais porter d’un vol à l’autre sans plus d’intention que d’arriver.
A dix ans près, mon âge était égal à la somme de l’âge des deux gars qui voyageait « avec » moi vers le même objectif : la M2O
Nous nous connaissons plutôt bien et nous avons quelques travers en commun : une autonomie certaine, la certitude qu’il vaut mieux vivre comptant qu’à crédit, une évidente tendance à la solitude assumée, un mode de pensée foisonnant qui ne laisse aucune place à l’ennui, une écoute suffisamment empathique pour communiquer à minima.
Et donc, nous étions dans les mêmes avions, chacun à la place que nous avions réservé de notre côté. Notre petit groupe se reformait à chaque sortie, et dans la file des infinis contrôles de police et/ou de sécurité.
Dans ma tête, je nous observais sous tous les angles, souriant parfois de ce que les gens pouvaient imaginer en voyant une petite vieille avec ces deux jeunes sportifs. Et puis, j’étais en même temps une gamine qui partait à l’aventure et je regardais tout à travers mes yeux de gamine.
Dans la réalité, j’étais « mamoune » pour E.T et « joelle » pour S. et je suis bien incapable de savoir ce qu’ils pensaient eux sinon que nous étions tous les trois, ensemble et chacun dans les mêmes avions, aux mêmes contrôles, aux mêmes horaires dans cet « entre-deux » qui se nomme voyage et où personne n’habite plus nulle part!

A Seattle, je flottais entre le Groenland que nous venions de survoler et les îles du Pacifique vers lesquelles nous avions prévu de débarquer.
Je méditais depuis un bon moment sur ce chemin qui passe par dessus les étendues glacées pour nous emmener vers les tropiques.
Perdue dans mes pensées, j’avais oublié de mettre mon passeport dans un des contenants prévu pour passer au scanner du contrôle de police.
Poussée par le flot des voyageur, je me suis retrouvée dans la cabine de détection. Là, j’ai bien posé mes pieds tels que les empreintes au sol l’indiquaient, j’ai bien levé les mains « comme il faut » mais j’avais mon passeport en main et ça, « c’est interdit ».
Et aux USA ce qui est interdit est interdit.
Une forte « agent de sécurité » me réceptionna pour me le faire remarquer et le fit avec une telle rage que je n’ai rien compris à ce qu’elle racontait précisément.
J’ai donc répondu que je n’avais rien compris.
Agacée, elle me parla avec des gestes comme si j’étais sourde et je ne comprenais toujours pas.

Il est un fait que la compréhension entre humains nécessite l’usage d’une longueur d’onde commune. De fait, j’étais sur la mienne, flottante entre Alaska et Pacifique et pas du tout sur la sienne à la recherche d’un terroriste.

J’ai finalement réussi à saisir que du fait de ma non-collaboration évidente, du fait que j’avais « embrouillé » la machine en gardant mon passeport en main, il ne restait que la fouille détaillée pour avoir une chance d’être admise de l’autre côté de la zone de contrôle.
Une cabine me fut indiquée, un peu à l’écart.
Pas de soucis.
Les gars étaient passés depuis un moment et je savais qu’il n’étaient pas du tout inquiets à mon sujet.
Et donc, en présence de deux fortes femmes, je me suis retrouvées dans la place prévue pour la fouille détaillée.
Comme je retirai illico mon pull afin de ne pas mourir de chaud, j’ai retenu un départ de fou rire en voyant les deux nanas se tourner et mettre les mains devant les yeux : s’imaginaient-elles que j’allais me déshabiller?
J’ai fait un effort pour rester sérieuse.
J’ai entendu celle qui avait été rappelée en renfort murmurer qu’elle était en train de perdre son temps, mais c’était parti et je fus palpée en bonne et du forme recto-verso de haut en bas et de bas en haut. Puis, celle qui avait  été appelée en renfort, par acquis de conscience, a vérifié que je n’avais pas de trace d’explosif sur les mains, et hop, c’était terminé!
J’ai remballé mon ordi, ajusté ma ceinture, remis mon pull et mes sandales et j’ai rejoins les gars.
Il restait quatre heures d’attente avant l’avion pour Honolulu.

A 20h 45, nous avons posé pied sur le sol hawaïen.
J’ai fait « gardienne de bagage » pendant que les gars allaient chercher la voiture réservée par E.T.
Ce fut vite fait.
En suivant le GPS dont les jeunes ne peuvent plus se passer, nous sommes arrivés sans encombre devant la maison particulière que j’avais réservé sur un site connu. Les propriétaires étaient en vacances et nous avions tous les codes nécessaires pour entrer.

Ca commençait super bien : la maison était non seulement à la hauteur du descriptif mais réellement plutôt beaucoup mieux.

A 22 heures, nous étions chacun dans notre lit : il fallait réussir le plus rapidement possible à surmonter le jetlag.

24 juillet 2018

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Souvenez vous, ce que je raconte là, c’est ma balade de l’année!
Inutile donc d’attendre un guide touristique, des sessions à l’ombre des palmiers ou de lascives descriptions vacancières.
Ma balade, c’est un « truc » sacré depuis que ma situation sur la pente descendante de la vie m’a donné l’occasion de l’instaurer. C’est un voyage, un moment de rencontre avec moi-même, un lent mouvement intérieur qui me permet de découvrir ce qui ne saute pas aux yeux dans la frénésie du quotidien.
Alors, certes, cette année j’ai pris l’avion pour aller carrément au bout du monde, difficile d’aller plus loin que dans le Pacifique, en effet.
Alors certes, cette année la balade commence à côté de E.T et S.
Alors certes, cette année la balade peut sembler immobile, confortablement posée dans de confortables abris avec douche et coin cuisine intégré.
Pourtant, je vous l’assure, forte des expériences passées, j’ai vécu avec l’unique intention de réaliser « ma balade de l’année ».

Le jour du voyage, j’étais dans une certaine impatience d’arriver sur place, d’arriver au point de départ de la balade. C’est pareil chaque année.
Le premier jour fut assez semblable à « l’habitude » malgré toutes les différences : ce jour là, je découvre, je sais qu’une quête est lancée, que les découvertes peuvent se faire à la pelle, que ces mêmes découvertes sont absolument inconnues des guides de voyage et qu’il me faut donc déplier mes antennes, être prête à chaque instant pour voir celles dont j’ai besoin pour avancer plus loin.
Comment vous expliquer que je n’ai pas d’intention particulière tout en ayant la ferme intention de vivre le meilleur de ce qui est offert?
Je ne sais pas.

Ce 24 juillet, après une nuit encore laborieuse, il fut facile de se lever à l’aube, d’avaler le reste du festin emballé la veille dans le doggy-bag et de sauter dans la jeep. E.T avait rendez vous à 6h pour passer devant une caméra et poursuivre avec une session de surf Foil.
De mon côté, cet interlude fut l’occasion de rentrer dans un de ces clubs privés de Waikiki puisque c’est là que « ça tournait ». Nous avons montré patte blanche et hop, on y était pour la journée si on avait voulu. Découvrir les gens qui paient pour avoir leur carte, leur vie et leurs activités dans le club fut un délicieux moment qui s’acheva sur la terrasse, les yeux perdus dans les vagues et le grand bleu.
Puis, nous sommes partis jouer encore aux touristes, à notre manière.
E.T était accaparé par les préparatifs, branché sur sa messagerie quand il ne conduisait pas, quand il ne mangeait pas. En même temps, il était encore tout à fait disponible et attentif à ce qui était susceptible de nous faire plaisir, le stress montait très lentement et ne l’avait pas encore envahi.
S. naturellement peu enclin à l’aventure totalement freestyle, faisait des « to do list » chaque fois qu’il arrivait à capter la wi-fi. Le reste du temps, il jouait au photographe puisque c’est sous ce prétexte que nous l’avions embauché dans l’épopée M2O.
Et j’étais là, silencieuse, sans intention particulière, juste là, avec la ferme intention de vivre le meilleur de chaque instant.
Comme lors de chacune de mes balades, quoi!

Le point fort de ce jour là, fut certainement la rencontre en vrai avec China Wall.

Bien sur, je pourrais parler du North Shore, de la partie de snorkeling en eau limpide, de la rencontre inénarrable avec le frère de Robby dans la boutique mythique de Robby, du premier hamburger vegan et pantagruélique d’une longue série, du débarquement dans le garage d’un chinois foileur et tant et tant.
Mais c’est China Wall qui reste le souvenir fort.
C’est que j’en avais tellement entendu parler.
C’est que je l’avais tellement vu en photo.
Et là, je l’ai vu, en vrai.
D’un coup, il est devenu réel et mon imagination s’en est emparé dans toutes les dimensions dont je suis capable.

Mercredi 29 août, départ de Nantes

« Le désespoir, il faut prendre le mot à la lettre : le désespoir, au sens où je le prends, c’est moins la tristesse que l’absence totale d’espérance, (…). Qui a tout, qu’irait-il espérer ? Et pourquoi, puisque rien ne lui manque ? « 
André Comte-Sponville, De l’autre côté du désespoir, Editions Accarias/L’Originel, Paris 1997
ISBN 2-86316-065-6

Entre maintes possibilités, j’avais décidé que la plage de Gruissan, la plage sur laquelle j’avais dormi un an plus tôt lors de mon périple vers Barcelone, serait celle du départ de la randonnée.

Il fallait y aller pour que l’aventure puisse commencer.

J’aurai pu choisir l’avion, le covoiturage, et même le car mais j’avais choisi de voyager en train. J’avais choisi le train en sachant que sans même jouer à l’omnibus, le train Nantes-Bordeaux est lent.
Train inter-cités.
J’ai découvert que sur certaines portions, ce TIC roule bien moins vite en ligne droite qu’une voiture hoqueteuse sur une route départementale tortueuse.
Pourquoi ?
Qui sait ?
Le train Nantes-Bordeaux est à nul autre pareil.
L’utiliser une seule fois sur ce trajet précis incite toute personne qui le peut à trouver une autre solution pour la prochaine fois.

Il part à toute vitesse, il arrive à toute vitesse, mais entre les deux il attend que passe le temps, c’est comme ça, apparemment sans raison. Il semble que ce train soit nostalgique d’une époque ancienne où les trains se tortillaient d’une gare à l’autre en soupirant ; de cette espèce de nostalgie à la mode, que les gens aiment cultiver en utilisant la haute technologie. Il est flambant neuf, il ne pousse aucun soupir, il file droit, presque sans s’arrêter, et il avance comme un vieux train.

Eloge de la lenteur !
Pour qui envisageait de traverser un bout de France à pieds, c’était juste une mise en bouche.

A bord, je me suis plongée dans une énième lecture de Merleau-Ponty. Pour l’occasion j’avais acheté un livre neuf car l’édition de 1964 du « Le visible et l’invisible » commence à sérieusement tomber en miettes.

Ce qui est bien avec ce genre de livre, c’est qu’il est impossible de l’avaler tout rond.
Je le goûtais à nouveau.
De mes yeux, je savourais les idées, les dégustant tranquillement, tête dans le vague.

Ce qui est bien avec ce train là, c’est que sur quelques kilomètres, il frôle l’océan.
Je dévorai alors l’océan.
Par la vue je m’en imprégnais intensément, terriblement consciente de tous les jours qui étaient à traverser avant que je ne le retrouve.

Puis, j’ai croqué d’une traite un « petit » bouquin de Christian Bobin, Le Très-Bas.
Lui aussi, je l’avais déjà lu, il y a longtemps, puis il fut abandonné comme on abandonne un livre sur un rayon de bibliothèque.
Il était venu se glisser sous ma main avant de partir et je me suis laissée toucher.
Et en le relisant ainsi, je mesurais les années venues changer le sens qui danse en toute chose.
Seule l’impermanence est constante dirait le sage.
Et je m’envolais… Si loin.

Changement de train à Bordeaux.
Changement de rythme.
Changement.

Mes pensées vagabondèrent pendant que le train coupait en trois heures ce petit côté de l’hexagone qui va de l’Atlantique à la Méditerranée, ce petit côté de France que pas après pas j’avais l’ambition de traverser.

Terminus de mon voyage en train à Narbonne.
Le car était à deux minutes de marche, il parti dès que je fus assise.
A Gruissan, il ne restait plus qu’à trouver les amis qui séjournaient, comme l’année dernière, au même endroit, près de la même plage.

« Téléphone, on viendra te chercher » avais-je lu dans un message.
Evidemment, je gardais consciencieusement le téléphone éteint.
Il fut nécessaire de tâtonner, de faire un détour, et même de  prendre un autre bus.

Quelques pas plus loin, j’arrivais en silence devant un logement de vacances.
J’étais attendue, mais pour demain !

Et j’étais là et c’était bon de se revoir.

Je me suis précipitée sur la plage.
Ces amis, précisément ceux-ci, pouvaient comprendre.

Ce soir là, il y avait du vent, il y avait des vagues, le ciel était couvert.
La méditerranée avait un petit air océanique.

J’ai monté la tente de nuit, après un bon repas de vacances.

L’aventure pouvait commencer.