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La valse des étiquettes

Aucune image ne serait capable, à mes yeux, d’illustrer le propos qui suit.
Pas d’image aujourd’hui donc.
Pas plus d’étiquettes, seulement une valse
A trois temps
Production, valorisation, consommation.
Dater le premier temps de la valse est difficile
Et une fois que la musique est lancée, chacun des temps existe individuellement
Donc sans ordre.

Pourtant injonction il y a.
Sociétalement.
Eviter les étiquettes, tout le monde pareil
Donner une valeur, à chacun la sienne

Et ce qui me désole, c’est que « la normalité » permette de définir ce qui lui échappe
Tout en multipliant les définitions
Au point de rétrécir sa base et de disparaitre elle-même.
Car lorsque « la normalité » devient l’exception, elle n’a plus rien de normal.
Multiplier les étiquettes
Identifier des variations à la norme
C’est aussi annihiler la norme
En trouvant une étiquette pour chaque individu.

Et si chaque individu à l’étiquette
L’est pour obtenir une aide,
La norme deviendrait donc l’aide et la dépendance à l’aide
Chacun revendiquant le droit à être considéré
« Comme tout le monde »
Et le droit d’en avoir plus que la norme
Qui n’existe plus…

Allez, dansons maintenant!

Les sens de l’être (2021 – 1)


Combien de temps faut-il attendre pour que tombe le fruit mûr?

Souvent j’ai relaté cette expérience unique et merveilleuse vécue un simple matin dans le jardin : les poires étaient dorées à point et ma gourmandise en était émoustillée, je me suis dirigée vers l’arbre, j’ai tendu la main et à l’instant précis où elle était sous le fruit choisi, prête à l’empaumer, le fruit est tombé.
Il s’est posé dans le creux de ma main, exactement où il était attendu.

Je garde jusque dans mon ventre le délicieux frémissement de ce matin là.

C’est le réveil de ce même frémissement qui me ramène aux sens de l’être.
C’est là, sur cette île à nulle autre pareille, aussi déserte qu’intensément vivante, qu’il vient me chatouiller au plus profond.
C’est perchée sur un rocher, immobile au dessus de l’océan turbulent, tendue entre terre et ciel, que je comprends l’essentiel.

Et s’il était temps de mettre en pages images et réflexions?
En premier afin de clarifier à nouveau ce qui me semble vraiment important.
Puis, peut-être pour partager un peu plus loin mon point de vue au sujet de mots aussi vagues que « méditer », par exemple.
C’est encore flou, mais il y a un germe de quelque chose qui s’impose et mon clavier s’affole.

Plus loin est encore plus loin.

Entre hier et demain

C’est absolument constant, nous vivons entre hier et demain.
Entre l’instant d’avant et l’instant d’après nous allons, imperturbablement perchés sur le fil tendu entre nos paradoxes, entre là-bas et plus loin.

Et pourtant, le monde s’agite, se débat entre les guerres qui définissent des gagnants et des perdants, des guerres toutes aussi légitimes les unes que les autres puisqu’il est toujours question de se défendre, uniquement de se défendre, coûte que coûte.

A côté de ça, de grandes dégoulinades utopistes remplies de bisounours, de licornes, de petits coeurs virtuels ou de chatons scintillants disent que nous sommes également importants, que le monde est solidaire, que la paix est un objectif, que etc.

Je suis entre le paragraphe1 et le paragraphe 2 et je suis là aussi.

Hier, je suis restée de longues minutes au pied de grands arbres encore dénudés par l’hiver.
Les racines dans l’eau, les troncs enveloppés de mousses, il s’étirent vers le ciel et attiraient mon regard.
Une étrange cacophonie s’était emparée du lieu et en y prêtant attention, il était possible de distinguer des claquements de bec, des frôlements d’ailes, des frémissements de branches, le tout au milieu du concert des hérons huant à tue-tête.

Au début, j’étais seule dans la ville, comme égarée sur un chemin de terre trop boueux pour les promeneurs citadins.
Quelques instants plus tôt, je les avais côtoyé, la plupart, dépourvus de bouche et de nez, parlaient cependant, qui à leur compagnon de balade, qui à un invisible correspondant.
Solitaire et démasquée, j’allais mon chemin.
Je savais que c’était le « bon » moment pour aller assister au ballet des grands hérons.

L’instant d’après, j’avais décollé, incapable de sentir où se situaient mes limites corporelles, j’étais comme immobilisée, accaparée par tous mes sens, plantée dans l’essentiel.
Et puis une voix m’a fait atterrir : un homme était posé à côté et il disait : « C’est le meilleur endroit. C’est beau, hein? Ils sont en train de retaper leur nid. »

J’ai sorti mon smartphone, capté 8 secondes de vidéo, envoyé les images vers « my story » d’un réseau qu’on dit social et j’ai pris le chemin de retour.

Demain, à cette heure, il est hautement probable que je serai dans l’image qui précède ce texte, ou plutôt dans le paysage mouvant et sonore qui fut immobilisé l’année dernière, il y a plus d’un an, alors que personne au monde ne pouvait imaginer que nous serions aujourd’hui dans la monde tel qu’il nous semble aujourd’hui.
C’est assez fascinant à observer.
Passionnant.

C’est la troisième fois que je vais décoller en avion depuis la dernière fois du mois de février 2020.
Cette fois-ci, en plus d’avoir dû générer un QR Code spécifique, il a fallu aller se faire gratter la fosse nano-pharingée et attendre le résultat. Après avoir été soulagée de voir le vol maintenu, il fallait dépasser ce « test » pour commencer à penser que le décollage allait pouvoir se faire.
Pour l’instant mon carnet jaune de vaccination international ne vaut rien sinon pour la fièvre jaune, logique : jaune = jaune
Puisque nous sommes tous égaux de cette égalité d’état qui figure aux frontons des mairies de France et de Navarre, il va bien falloir que je sois solidaire avec mes compagnons de voyage et comme eux, je vais subir un nouveau grattage de la fosse nano-pharingée pour avoir le droit de revenir dans quinze jours.
C’est le prix à payer.
Ca me fait rire
Un peu jaune quand même!

Aujourd’hui, je suis entre hier et demain.
Il faut vivre avec son temps disait ma grand-mère.
Je suis maintenant grand-mère.
Et je répète : vivons avec notre temps, en paix avec nous-même, dans notre temps.

Samedi 20-02-2021
Trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience. La mode est aux Variants et à la Vaccination, il reste maintenant W, X, Y et Z.
La suite est toujours plus loin.

Là où la terre s’achève


Ce matin, j’ai marché aussi loin que possible, sortant des chemins bien pavés pour aller là où la terre s’achève, tout au bout de l’île.
C’est là que, les jours de grâce où je peux aller sur l’eau à la rame, c’est là que j’attends la « reverse » afin de poursuivre à moindre efforts le tour de l’Ile, une balade assez magique sur le grand fleuve, à la fois en ville et loin de la ville.

Là où la terre s’achève.
Là où plus loin oblige à naviguer
Où commence l’inconnu,
Où macèrent les peurs,
Les doutes
Là où la terre s’achève commence
Un autre monde.

Sous le soleil froid de novembre,
Sous les grands arbres dénudés
Dans l’air limpide du matin
Plantée dans la boue laissée par la marée passée,
Je me suis évadée infiniment loin.

Finisterre est l’ultime étape,
A ce qu’il parait.
Mais le slogan breton affirme que tout commence
En Finistère.
Que croire?

Ce matin, je suis allée jusqu’où s’achève la terre!

Dimanche 22 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de trois semaines après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2. Il se dit maintenant que l’Avent approche mais que le carême survivra après les fêtes.
La suite est toujours plus loin.

Liberté, Egalité, Fraternité

Trois mots mâchouillés à toutes les sauces
Ensemble, il constituent la devise des républiques de France et d’Haïti.

Par les temps qui courent, soumis que nous sommes à la présence toute puissante et envahissante du SRAS-Cov-2, le mot « liberté » revient très souvent. Il est question de La Liberté, de Nos libertés et aussi de Ma liberté, ce qui revient à parler de manière presque aussi vague que d’avancer un pourcentage sans annoncer sur quoi est calculé le chiffre annoncé. Ce billet est une troisième occasion de visiter ce mot un peu plus précisément.
Il est question de « liberté » et toujours en terme d’absence, en terme de recul, de limitation, etc.
La première j’ai parlé de mise en liberté conditionnelle après le grand confinement.

Pourtant, je me sens vraiment libre.
Libre d’écrire tout ce que je veux, même si ça sert à rien.
Libre d’aller acheter à manger ailleurs que chez l’épicier 24h/24h qui est le plus proche de chez moi.
Libre de sortir 20 fois par jour si ça me chante.
Libre de rouler en vélo, le nez au vent.
Et je me sens tellement libre que je fais la liste de toutes les obligations dans lesquelles il est facile de s’engouffrer sans s’en apercevoir.
Par exemple en vélo : le casque est obligatoire seulement pour les enfants, j’ai décidé qu’à mon âge, il était plus important de vivre libre qu’en soumission volontaire à la peur, j’ai donc éliminé le port du casque en vélo. Et ce faisant, j’ai bien regardé autour de moi et j’ai vu toutes les personnes qui font quotidiennement des « trucs » absolument pas obligatoires et se privent ainsi volontairement de « liberté ». J’en connais même qui font des stages spirituels et s’enferment dans de toutes petites cellules en respectant scrupuleusement les ordres des « gurus » aussi longtemps que dure la période qu’elles sont même aller jusqu’à payer! Il y a des gens qui payent pour être privé de liberté, si, si…
Incroyable, non?
Bon, je vais pas écrire dix pages.

Je passe au mot « égalité ».
J’ai même pas envie de disserter pour comparer égalité avec équité.
Sommes nous égaux ? Oui en temps qu’humains au milieu d’autres humains. Un humain est un humain : bipède doté de mains aux pouces opposables, d’une tête surdimensionnée et de sens peu performants.
Une mairie gère les humains qui habitent autour.
Point.
Pas le temps de digresser trop loin.
Ce que j’ai remarqué ces derniers temps au sujet de l’égalité, c’est que chacun revendiquant son individualité exige aussi le « tout le monde pareil » et je pense en conséquence qu’avec de pareilles injonctions paradoxales, il est assez « normal » d’arriver à la folie.

Enfin le mot « fraternité ».
C’est quand même un concept!
Car il faut définir une « famille » humaine pour en arriver au terme de fraternité, non?
La famille humaine serait donc l’ensemble des humains habitant la planète terre (notre « domus »). Et là j’entends déjà le grand éclat de rire qui sort des maisons abritant une famille nombreuse (en France c’est une famille de trois enfants et plus) , car il est quand même super fréquent de s’étriper pour pas grand chose au sein d’une famille. Donc imaginer une belle fraternité lisse et merveilleuse entre 70 millions de personnes (la population de la France) ou plus relève vraiment de l’utopie.

Alors, c’est vraiment « pas juste », les humains ne sont ni égaux ni fraternels et ils sont OBLIGES de vivre ensemble! Encore une privation de liberté… une de plus.

Comme penser toutes ces questions est épuisant, ce matin, j’avais besoin de m’évader.
Un peu après l’aube, j’ai pris mes bâtons de marche, j’ai laissé ma montre, j’ai délibérément renoncé à remplir une attestation avec un mensonge et je suis sortie sans masque, dans le vent, sous la pluie battante.
Je suis sortie pour aller le long de la Loire aussi loin que j’en avais besoin, aussi longtemps que mes vieux os seraient épargnés par la pénétration de l’eau.
J’ai marché pendant presque deux heures.
J’ai marché dans l’eau des flaques profondes, j’ai écouté le chant puissant des bourrasque, je me suis arrêtée devant les envolées de feuilles mortes, j’ai laissé flotter mon regard au milieu des remous du grand fleuve à marée haute.
J’étais « tout », j’étais libre, heureuse.
Simplement.
Et je l’étais parce que dès l’instant où j’avais fait ce choix, en toute liberté, je m’étais dit que devoir acquitter 135 euros serait fort peu payer.
Finalement je n’ai pas déboursé un seul centime.
Ce matin, la ville était déserte.

Dimanche 15 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de quinze jours après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2.
La suite est toujours plus loin.


Mascarade ou la toute-puissance de l’apparence

Un individu est venu s’installer au fond de l’impasse en plein milieu des semaines d’interdiction de bouger qui viennent de nous être imposées.
Le 18 avril.
Précisément.

Un individu, entier, transparent, passionnant, passionné, perdu, déboussolé, avide de paix et de re-construction.

Certaines circonstances obligent tranquillement.
Naviguer à la marge est une manière de respirer qui me colle à la peau et peu importent les règles imposées et peu importent les risques associés, les uns comme les autres communément agités par en haut afin de limiter… de limiter… dans tous les sens!
Peu importe.
Je dispose d’une balance invisible sur laquelle je pose le « pour », « le contre » avec attention. Et, tout en écrivant cette phrase, je vois la balance évoquée par Christian Bobin dans le livre « Ressusciter » auquel je fais souvent référence :
« J’écris avec une balance minuscule comme celles qu’utilisent les bijoutiers.
Sur un plateau je dépose l’ombre et sur l’autre la lumière.
Un gramme de lumière fait contrepoids à plusieurs kilos d’ombre. »

Je transgresse quand j’en ai besoin.
En conscience.

Une personne est venue s’installer aurais-je pu écrire!

Sauf que par les temps qui courent, sauf que face à la mascarade ambiante, croisant chaque jour des gens bâillonnés de bleu, de blanc de vert ou de multicolore se promenant sur le trottoir désert, regard dans le vague, sauf que par ces temps je me dois d’éviter le mot « personne* » lorsque je parle de quelqu’un qui s’est démasqué.

* personne : Du lat. d’orig. étrusque persona «masque de l’acteur» d’où à l’époque chrét. «visage, face»; «rôle [au théâtre], caractère, personnage; personnalité, personne, individu»; aussi terme de gramm., où il traduit le gr. π ρ ο ́ σ ω π ο ν «face, figure» et aussi «masque de théâtre» et «personne (terme de gramm.)»; pour le sens 3 att. en lat. chrét., v. Blaise Lat. chrét.

Entre Little Bird ( Lequel à repris son envol depuis que j’ai remis les pieds dans l’océan) et ce compagnon/colocataire de passage, j’ai royalement invité mille et une réflexions aussi passionnantes qu’improbables à venir danser au milieu de mes pensées débridées.
L’heure n’était pas à l’écriture.

Ce matin, quelques bribes s’imposent allègrement.
Avec le sourire.
Des brins espiègles jouent en enfonçant les portes ouvertes
Par des soucis tellement communs
Cultivés sur le fil des apparences,
Insidieusement liberticides.

Car
Que penser de « l’authentique », de « réplique à l’ancienne », du « vrai faux », du « faux vrai » qui s’imposent dans tous les pans de notre existence du 21ème siècle?
Que penser de ces véritables parquets en faux bois ou en carrelage?
Que penser de la « fausse viande » destinée à ceux qui dédaignent la chair animale?
Que penser de la moutarde à l’ancienne sortie de l’usine après examen à la loupe?
Que penser ?

Ce que je sais c’est que la moutarde me monte au nez souvent.
Ce que je sais c’est que le choix du sol « véritable » de mon antre fut une aventure que je n’avais pas eu à traverser lors des précédentes constructions.
Ce que je sais c’est que je n’ai pas besoin de fausse viande pour m’efforcer à la paix.

« L’autre monde » qui est au bout de la lorgnette des médias serait-il définitivement soumis à une injonction du genre « deviens qui tu n’es pas »?




Point fixe et points de suspension

Il y a un bon bout de temps que je n’ai rien raconté au sujet des postures.
Dans la semaine, par deux fois, j’ai ressenti l’envie pressante de m’installer pour seulement « être là ».

Ce fut en premier dans le centre d’un cercle qui m’attira irrésistiblement.
Je l’ai repéré de loin.
Le cercle était parfaitement dessiné, absolument circulaire, comme s’il avait été tracé avec un immense compas.
Dans un environnement très minéral, absolument désert, j’étais comme une gamine à qui une gourmandise est proposée, incapable de refuser. En approchant, il s’avéra que les cercles concentriques si parfaits correspondaient aux marques laissées par les temps d’évaporation d’une mare.

Sans avoir besoin de tester, je savais que le centre allait être mou, de consistance vaseuse et que j’allais sortir de la posture marquée par la vase. Loin de me rebuter, l’exercice me paraissait plein d’enseignements.
J’ai pris soin de choisir une pierre pour marquer le centre exact et y placer mon postérieur.

Puis, nus pieds, contournant le cercle avec attention afin de ne pas le maculer, je me suis dirigée vers le centre, traçant de fait une ligne. Là, mes pieds disparaissaient dans la vase. J’ai posé la pierre qui s’enfonça pour ne laisser visible que le sommet plat d’une de ses faces, juste ce qu’il me fallait pour « entrer » la posture choisie.
Je suis restée un bon moment, posant des points de suspension dans ma respiration afin de « flotter » au mieux sur la terre meuble. J’entendais dans chacune de mes cellules résonner l’écho de chacune des bulles d’air qui sortaient de la terre.
Je ne saurais dire après quelle durée je suis sortie par la ligne droite pré-tracée, reposant chaque pied dans chaque trace, presque honteuse d’avoir « souillé » un dessin si impeccable.

Hier était un autre jour.
Après plus de deux heures passés sur l’eau, seule entre calme plat et vagues assourdissantes, nous sommes partis à deux vers une plage de l’ouest.
La lumière était sublime.
La houle, pourtant « petite » en apparence, s’abattait sur les rochers avec une force inouïe, me laissant mieux comprendre le fort courant que j’avais dû patiemment « remonter » le matin en tournant la pointe du Phare à Lobos, et toute la concentration que j’avais eu besoin de déployer sur chacun des points fixes que la pagaie agrippait à chaque « coup de rame ».

Une fois encore, je fus irrésistiblement attirée.
Par « un sommet » cette fois.
Et au sommet, il me plait de planter une posture verticale.

Les paquets de mer arrivaient au rythme des séries, leur explosion faisait vibrer le roc et vaporisait les embruns dans le vent.
C’était à la fois fantastique et fascinant.
Comme d’habitude, j’ai choisi avec attention l’endroit ou poser un pied de manière « presque » confortable si tant est qu’une surface non plane puisse être tout à fait confortable.
Et pas comme d’habitude, j’ai raté mon projet à plusieurs reprises.
L’esprit accaparé par le spectacle son et lumière, j’en oubliai la notion de point fixe indispensable!

C’est seulement après avoir tenté deux trois fois de changer la place de mon pied, après avoir tenté deux trois fois de changer de jambe que d’un coup j’ai réussi, avec une facilité déconcertante.
A l’instant même je réalisai que j’avais accroché mon regard sur une arrête rocheuse, juste devant moi. De fait je tenais debout, grâce à ce lien virtuel.
Juste avant, c’était impossible car le vent et l’océan me trimbalaient ostensiblement.

En bas, le photographe visait les cascades et il est amusant de constater sur sa succession d’images qu’il ne me voyait pas.
En haut, pendant deux fois cinq longues minutes, je fus le roc, le vent et l’eau.
Juste magique…

Retrait

L’idée a germé un beau jour de 2019.

La graine avait été plantée il y a une éternité, un de ces jeudis d’enfance (oui, autrefois, c’était le jeudi le jour sans école…) où j’avais vu un de ces « western » ancestraux sur le poste de télévision de ma grand-mère.
A l’heure du goûter, à l’heure ou s’ouvrait la boite en fer blanc contenant le fameux chocolat « crunch » tout à fait révolutionnaire (Nestlé ne commercialisa cette friandise en France qu’à partir de 1960), sur l’unique chaine tremblotante en noir et blanc passait parfois un antique film.
J’avais noté avec mes yeux d’enfant que les vieillards qui se sentaient devenus inutiles quittaient la tribu afin de ne pas devenir un poids lourd à trainer et j’avais encré dans un coin de ma tête de petite fille que je serai de ceux-ci le jour venu.
Dans la foire aux titres du web d’aujourd’hui, j’ai trouvé ça et voilà la copie d’écran de la page concernée

Le temps a tissé sa toile.
J’ai joyeusement dépassé le mi-temps de la vie qui est accordée aux humains.
Le crépuscule pointe à l’horizon et dans un coin de ma tête de vieille gamine traine le souvenir bien ancré.

Ma mère s’en est allée il y a environ bientôt un an, suivant de loin son homme qu’elle avait oublié au fur et à mesure que son cerveau se vidait de toute pensée, de tout souvenir.
Quelques mois plus tard, lorsque l’argent de la vie passée de mes parents est arrivé sur mon compte en banque, j’ai acheté un appartement.
Je pense que ni le vendeur, ni le notaire, ni la majorité des personnes à qui j’en ai parlé n’ont jamais pu imaginer à quel point je disais vrai en affirmant que cet achat était tout sauf un « bon investissement ».

Investir (définition 3) ne me ressemble pas du tout.
L’avenir étant le « truc » le plus inconnu et le moins palpable que je connaisse, mon esprit hyper pragmatique refuse de parier et de jouer au poker.

Mais investir (définition 4) un projet, ça c’est « mon truc » et je suis à fond!
Que dis-je , Je suis super à fond.
J’ai démoli pour mieux re-construire. Je cloue, je visse, je scie, je visualise, je prévois, je cherche un sens dans chaque détail.
Passionnément.
Obstinément.

Grâce à l’apport du bois, du métal, des pierres, grâce aux connaissance des artisans, à l’aide de coups de mains, du vrombissement des machines et de la lumière traversante, je m’approprie tranquillement ce lieu où de toutes petites histoires se sont écrites.
Il y aura beaucoup de blanc parce que j’ai besoin d’arcs en ciel et aussi du bleu océan parce que j’ai besoin de cette vibration. J’avance pas à pas, heureuse et sans vraiment savoir ce qu’il y aura à vivre à cet endroit précis.

Dans un quartier autrefois laborieux, à la frontière de la ville, en dehors des remparts, dans un quartier où étudient aujourd’hui les intellos de demain, à proximité du parvis de la gare où se croisent touristes, travailleurs affairés et exilés en errance, là où il est possible de passer en quelques pas de la très grande vitesse à la lente croissance des plantes d’un jardin extraordinaire, j’ai trouvé mon antre et je vais bientôt m’y retirer. C’est tout petit, comme un cocon, c’est ce qui me convient pour poursuivre mon aventure.

Les enfants pourront à leur gré investir (définition 1) la maison du fond de l’impasse.
J’embarque mes bouquins, mes sacs, mes cahiers et les objets qui me sont chers, je libère la place, allégeant du même coup l’obligation de faire « un jour le tri » au milieu de souvenirs surannés.

L’autre soir, allant regarder l’état de l’avancée des travaux dans mon « nid » prochain, j’ai vérifié ce que je savais : sous la dalle il y a la terre et les pierres du fondement.
Que peu de monde s’en soucie m’importe peu, il est important à mes yeux de toujours porter de l’attention aux racines, c’est un réflexe jardinier en quelque sorte : les plantes ont besoin de racines bien vivantes!

Empreinte (2)


2019 s’achève.
Avec ce billet, je termine le triptyque « Empreinte – Empreintes et Traces – Empreinte ».
Alors, il sera l’heure de m’envoler à nouveau pour passer la frontière et sauter vers 2020.

L’avenir est totalement inconnu, tout à fait imprévisible.
Il est certainement tout tracé en fonction des pas qui le précédent.
Traces et passages racontent le mouvement, la danse que la vie mène.
A mes yeux, l’empreinte est moins palpable souvent, elle apporte un enseignement, un appui, un point fixe qui permet de chercher plus loin.

(Et oui, je suis allée regarder fouiller autant dans la lexicographie que dans l’étymologie avant de trop m’avancer)

Désormais, depuis le début de l’année qui s’achève et dans « l’ordre des choses » de la lignée familiale, je suis la prochaine sur la liste des départs vers l’infini.
Il en va ainsi lorsque « papa-maman » ont abandonné leur présence terrestre.
L’imprévu peut jouer des tours, l’imprévu est ce qu’il est : il faut le considérer mais il est impossible à prévoir!

De mes parents, il reste des traces et des empreintes, un héritage pourrait-on affirmer.
Avec l’héritage en argent comptant, j’ai acquis un appartement et je suis en train de le transformer en nid à ma mesure, juste et précisément à « ma mesure », à mon seul goût, à mes sens uniques, sans partage. Pas à pas, à coups de scie, de marteau et de chèques, je l’ajuste à mon être bien.

Dans le même temps, je libère l’espace de la maison (celle du fond de l’impasse) d’une multitude de traces que les enfants n’auront pas la charge d’effacer : ces accumulations d’objets qui n’ont pas d’autre sens que la consommation reposant sur le goût pour la possession inculqué de manière transgénérationnelle.
Il y aurait une petite chanson humaine qui dirait :
« J’ai donc je suis.
J’abandonne, donc je m’estompe
Je laisse donc je disparais. »

Et alors… qu’est donc l’empreinte?

J’ai hâte de vivre, de danser la suite, plus légère que jamais.
Joyeusement présente,
Absente sans malice,
Définitivement joueuse.

Empreintes et Traces

Je me souviens du jour où C. m’avait invitée pour une deuxième séance photo.

Afin d’illustrer un ouvrage, j’avais sollicité son art et notre connivence : il s’agissait de poser des instants sur pellicule, puis de les transposer sur papier argentique avant de les porter chez l’imprimeur, tout un processus presque désuet qui était d’une grande importance à mon coeur.

Pour l’aventure, elle avait prévu plusieurs rouleaux de 12 poses chacun. Après la première séance, il lui restait un rouleau indemne : douze images potentielles et peut-être aucune.
Nos exigences étaient ce qu’elles étaient.
Elle avait une idée en tête et j’avais envie de la suivre.

Quand je regarde aujourd’hui ce souvenir, il me vient une grande quantité d’émotions joyeuses et intenses.
Ce fut son idée.
Elle avait tout préparé.
Elle avait pensé la mise en scène dans les moindres détails.
Il restait l’imprévu de la lumière
Et celui de l’inspiration du moment précis
Où la pellicule allait être impressionnée.
Moment intensément subtil.

J’ai laissé une trace sur le parquet tout neuf.
Une seule.
Et puis, elle l’a effacé à grande eau.
La séance était terminée.

Il reste l’empreinte de ce passage
Et les émotions qui me traversent en regardant les images
Sont les impalpables reflets de cette empreinte.

Combien de fois, lors de mes randonnées, combien de fois dans chacune de mes aventures, combien de fois me suis-je retournée afin de vérifier que je ne laissais pas de traces?
Ou alors des traces si infimes que le vent et le ciel allaient s’empresser de les effacer…