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Empreinte (2)


2019 s’achève.
Avec ce billet, je termine le triptyque « Empreinte – Empreintes et Traces – Empreinte ».
Alors, il sera l’heure de m’envoler à nouveau pour passer la frontière et sauter vers 2020.

L’avenir est totalement inconnu, tout à fait imprévisible.
Il est certainement tout tracé en fonction des pas qui le précédent.
Traces et passages racontent le mouvement, la danse que la vie mène.
A mes yeux, l’empreinte est moins palpable souvent, elle apporte un enseignement, un appui, un point fixe qui permet de chercher plus loin.

(Et oui, je suis allée regarder fouiller autant dans la lexicographie que dans l’étymologie avant de trop m’avancer)

Désormais, depuis le début de l’année qui s’achève et dans « l’ordre des choses » de la lignée familiale, je suis la prochaine sur la liste des départs vers l’infini.
Il en va ainsi lorsque « papa-maman » ont abandonné leur présence terrestre.
L’imprévu peut jouer des tours, l’imprévu est ce qu’il est : il faut le considérer mais il est impossible à prévoir!

De mes parents, il reste des traces et des empreintes, un héritage pourrait-on affirmer.
Avec l’héritage en argent comptant, j’ai acquis un appartement et je suis en train de le transformer en nid à ma mesure, juste et précisément à « ma mesure », à mon seul goût, à mes sens uniques, sans partage. Pas à pas, à coups de scie, de marteau et de chèques, je l’ajuste à mon être bien.

Dans le même temps, je libère l’espace de la maison (celle du fond de l’impasse) d’une multitude de traces que les enfants n’auront pas la charge d’effacer : ces accumulations d’objets qui n’ont pas d’autre sens que la consommation reposant sur le goût pour la possession inculqué de manière transgénérationnelle.
Il y aurait une petite chanson humaine qui dirait :
« J’ai donc je suis.
J’abandonne, donc je m’estompe
Je laisse donc je disparais. »

Et alors… qu’est donc l’empreinte?

J’ai hâte de vivre, de danser la suite, plus légère que jamais.
Joyeusement présente,
Absente sans malice,
Définitivement joueuse.

Empreintes et Traces

Je me souviens du jour où C. m’avait invitée pour une deuxième séance photo.

Afin d’illustrer un ouvrage, j’avais sollicité son art et notre connivence : il s’agissait de poser des instants sur pellicule, puis de les transposer sur papier argentique avant de les porter chez l’imprimeur, tout un processus presque désuet qui était d’une grande importance à mon coeur.

Pour l’aventure, elle avait prévu plusieurs rouleaux de 12 poses chacun. Après la première séance, il lui restait un rouleau indemne : douze images potentielles et peut-être aucune.
Nos exigences étaient ce qu’elles étaient.
Elle avait une idée en tête et j’avais envie de la suivre.

Quand je regarde aujourd’hui ce souvenir, il me vient une grande quantité d’émotions joyeuses et intenses.
Ce fut son idée.
Elle avait tout préparé.
Elle avait pensé la mise en scène dans les moindres détails.
Il restait l’imprévu de la lumière
Et celui de l’inspiration du moment précis
Où la pellicule allait être impressionnée.
Moment intensément subtil.

J’ai laissé une trace sur le parquet tout neuf.
Une seule.
Et puis, elle l’a effacé à grande eau.
La séance était terminée.

Il reste l’empreinte de ce passage
Et les émotions qui me traversent en regardant les images
Sont les impalpables reflets de cette empreinte.

Combien de fois, lors de mes randonnées, combien de fois dans chacune de mes aventures, combien de fois me suis-je retournée afin de vérifier que je ne laissais pas de traces?
Ou alors des traces si infimes que le vent et le ciel allaient s’empresser de les effacer…

Empreinte (1)

Pour beaucoup de « bonnes raisons » ce mot là, empreinte, est à mon coeur joyeusement léger et chargé de sens à la fois.
En cherchant dans les articles publiés ce que j’ai déjà raconté à ce sujet, je n’ai pas trouvé grand chose, c’est donc ce billet là que je mets en lien, ce billet là précisément parce qu’il commence à dater, il vient d’un peu loin, empreinte d’un temps déjà dépassé.

Plus récemment, pour une série d’articles commandés un ami avait souhaité poser quelques lignes à mon sujet, et j’avais parlé de cette émotion subtile qui flotte, lorsqu’au passage, une empreinte se découvre
« Marcher dans les immensités minérales, naviguer au milieu des ergs puis reprendre pied sur les espèces de croûtes que le vent dégage à son gré, y apercevoir des fragments de poteries ou de pierres taillées, entendre le murmure des humains qui y sont passés autrefois , toucher leurs empreintes subtiles et penser qu’en un instant, en un souffle, tout cela disparaîtra à nouveau, englouti par le sable…c’est cela qui me donne de l’émotion… l’idée que nous ne sommes que de passage… un passage dans lequel je m’applique à régulièrement faire le tri, n’accumulant ni photos ni papiers…. Je préfère les étoiles, elles sont des parts de mon âme, légères, impalpables, non consumables. »

Ce jour là, je ne me doutais pas que j’allais une fois de plus découvrir des fragments de poteries, dans une autre « immensité minérale », sur une île parcourue passionnément depuis 10 ans.

Une fois encore j’ai noté que nous ne voyons que ce que nous cherchons à voir.

Dans le désert d’erg, marcher seule consistait à naviguer comme dans le brouillard, la moindre aspérité devenant « point fixe » sur lequel je pouvais m’appuyer pour avancer sans perdre la boussole. Regarder au loin, c’était le vertige assuré. Alors, je regardais mes pieds… enfin juste devant mes pieds et quand apparaissaient les empreintes des humains passés, la rencontre était intense, la rencontre provoquait une cascade de reconnaissances qui m’emportait plus loin encore.

Dans le désert de reg, marcher consiste à regarder alternativement au près et au loin afin de choisir les passages les plus praticables. Le « point fixe » est dans ce cas, celui qui donne de l’assurance au pas, le regard vagabonde, va et vient, oubliant les détails qui ne sont pas utiles à la progression.

Il faut alors ralentir et chercher les détails.
Un coquillage à plusieurs kilomètres de la plage devient un indice.
Une collection de coquillages pose question.
Le regard se fait plus aigu.
L’énigme impose son temps.
Alors, si la chance s’invite, des empreintes se révèlent.
Et danse les sens, et vient l’émotion,
Joyeuse, légère
Chargée de sens
Tourbillonnante,
Envoutante.

Et tandis qu’émerveillée, je deviens soudain danseuse sur un fil s’étirant entre le présent et l’infini, entre palpable et impalpable , chante l’interprétation du poème persan de Djalàl Al-Din Rùmi :
« Il a caché le vent et montré la poussière
Comment la poussière pourrait-elle s’élever d’elle-même?
Tu vois pourtant la poussière et pas le vent !.. »

Ainsi est ce que je nomme « empreinte ».
Les mots laissent aussi leur marque,
C’est ce qui les rends tellement importants
Aussi.

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…

Au bout de la pensée

Plus que quelque jours sur l’île car tout passe et tout lasse. Un autre vie m’attend au loin et d’autres encore et aucun paradis ne parait plus beau que la vraie vie, ses haut et ses bas, ses horreurs et ses beautés, ses joies et ses tristesses.

Hier matin, levée à l’aube comme d’habitude je n’avais pas grand chose à écrire, je suis partie tôt réveiller ma pirogue.

Les bistrots de la plage étaient aux mains de ceux qui nettoient et rangent, les touristes dormaient encore.

Dans le sous-sol d’hôtel où reposent planches et pirogues, le ballet des femmes de ménage s’intensifiaient. Tandis que je chargeais mon « outil de loisir » sur son chariot, elles vérifiaient la charge de leur « outil de travail » et passaient devant moi en poussant leur caddie rempli de draps blancs. Je les saluais aimablement et elles me répondaient en souriant mais nous faisions, à ce moment précis, partie de deux mondes parallèles, la communication était impossible.

Plongée dans le développement de l’hypothèse qui avait émergé à cette croisée des chemins, j’arrivais sur la plage , m’agaçant de voir des pailles trainer sur la descente, je posais une nouvelle hypothèse et quelques instants plus tard, je ramais en rangeant une liste des arguments.

Les nuages se dissipaient dans le ciel.
Pas un souffle de vent ne ridait la baie.
Je tirais bien droit et seul le bruit du flotteur déplaçant l’eau chantait à mes oreilles au rythme des coups de pagaie.
Je mettais le cap vers le Puertito, à l’extrémité de l’ile d’en face.

Comment ma mère s’invita t-elle dans mes pensées?
je ne sais pas.
La paix envahissante certainement.
Je voyais s’éteindre la braise, seule, sans bruit, simplement.
Loin de toute pollution, du plastique des perfusions, des drogues et des usines à mourir.
Elle est partie comme elle a vécu, sans « déranger personne ».
Je l’imaginais alors dans son cercueil en sapin, le moins cher, à son image.
Ce « prêt à emballer » où les dentelles sont chinoises et le vernis pas vraiment bio, elle qui n’aimait ni le « synthétique qui gratte » ni les « odeurs de chimie ».
Je l’imaginais dans son cercueil avec sa couche plastique et je me disais que les morts polluent aussi de nos jours.
Et je revoyais ma mère dans sa dernière ligne droite : lorsque nous lui disions en partant : « reste assise, tout va bien, à bientôt » elle répondait le seul truc sensé qui lui restait : « De toute manière, est-ce que j’ai le choix? »
Elle n’a jamais eu le choix, elle n’a jamais, jamais osé faire un choix sinon celui de suivre.

Et la vie entra en grand tralala dans mes pensées tandis que j’approchais déjà des vagues énormes qui s’abattaient sur le rivage, encore vierges de surfeurs à cette heure matinale.

Un nouveau flot de pensées arrivait, bien rangé, sur tapis rouge comme à l’entrée d’un grand théâtre, bien habillé, prêt à briller à passer en premier à s’occuper du « qu’en dira-t-on » et à se selfifier parce qu’il faut en bien en parler sur les réseaux sociaux…

J’ai pris large pour éviter le déferlement des vagues.
Le Puertito dormait encore.
Le vent aussi.
Seule la grosse houle ronde passait à grande vitesse.
Une irrésistible envie de voir l’autre côté de l’île me prit.
J’étais en maillot de bain, sans le « matériel de sécurité » bien français mais en toute possession de toute ma tête.
La folie est le piment de la vie.

La folie, et plus loin la folle sagesse sont si différentes de l’inconscience!

J’entrais sur la façade tournée vers le large.
Ici il ne reste que la solitude.
Mes pensées m’abandonnèrent.
Je scrutais le plan d’eau, les oiseaux, l’écume au loin.
J’étais prête à faire demi-tour, à rentrer bien sagement par le chemin sage
En cas de nécessité.

Le vent restait muet.
Déjà la pointe envoyait ses ondes en vrac, transformant la flatitude en matelas mouvant de manière désordonnée.
En tirant large, je pouvais passer, j’en étais certaine.
Je sentais l’adrénaline monter et la dégoulinade simultanée d’hormones excitantes circuler le long de mon dos.
J’avançais plus loin.
Loin des déferlantes assourdissantes
Proche des déferlantes magnifiques,
J’entrais sur le flot bruissant comme un torrent de montagne,
Cet effet particulier généré par l’effet de pointe.
A cet instant précis mes copains de pirogues traversèrent mes pensées,
Eux qui parfois avouaient serrer les fesse au passage de la pointe de chez nous.

Je redoublais d’énergie pour avancer contre le courant.
Au loin j’aperçus le cata des touristes.
Il était très au large.
Connaissant l’obligation que se fait le capitaine de frôler l’île au plus près pour le bonheur des passagers, je redoublais de prudence.
La grande houle ronde atlantique envoie de manière sporadique des séries plus énormes que les autres et il faut s’en préserver : tirer au large au juste milieu.

Le bonheur de ces instants là est indescriptible.
C’est comme croquer dans une pièce en chocolat doré,
Déguster pile et face dans le même instant
Le doute et la confiance rassemblés
Sans concurrence, sans bataille

Juste là.

Au bout de toutes les pensées.
Au moment précis ou tombent les pensées
Au moment formidable où la vie enfin se vit
Sans fards.


Le chemin des asphodèles

Voilà un chemin que mes pas suivent et suivent à nouveau sans jamais se lasser.

Je l’appelle le chemin des asphodèles peut-être par analogie avec la « plaine des asphodèles » , peut-être parce que c’est un poème, une méditation sans but ni objet, une ballade inlassablement fascinante.

Si je suis pressée, je boucle la boucle en moins d’une heure.
Si rien ne presse, j’avance de détours en détours.

C’est un livre écrit très fin.
Depuis des années, j’en tourne obstinément les pages, diaphanes comme de papier bible, sans être capable d’y retrouver ni un chapitre, ni un vers à l’endroit où je pensais l’avoir enregistré.
Je le déroule dans un sens en partant du pont des forges ou dans l’autre en commençant au moulin.

Forges et moulins ont disparus depuis longtemps mais ni les trépidations des groupes déboulant accrochés à leur bâtons, ni la patience des pêcheurs chasseurs de vifs n’effacent leurs traces quand je passe, dans ces heures creuses où ma solitude est reine de l’espace.

Sur ce chemin se mêle la vie des hommes à celle de la nature.

Ici une fontaine capte une source sur le chemin ancestral de Nantes à Rennes.
Là, resté planté sur le bord du chemin, un châtaignier presque millénaire qui ne demande rien.
Il a probablement tendu ses fruits aux passants de longues années durant et ces derniers temps, il est affublé d’une pancarte. Comment ne pas sourire en pensant à ceux qui cliquent un selfie devant la plaque ?
Il est clair que l’arbre n’est qu’un arbre.
Plus loin quelques ruines racontent la persistance de l’impermanence.
Ici le labeur fut de rigueur durant des siècles, puis l’industrie a invité le travail jusqu’à fournir des boulets aux esclaves, la farine a tout recouvert de blanc jusqu’à ce que le feu ne gagne et que ne sévisse l’abandon, jusqu’à ce que le souvenir l’emporte, déposant ça et là un barbecue ou une pancarte.
L’avenir est encore à vivre.

Hier, j’avais quartier libre et le soleil était au rendez-vous.
J’ai rencontré la très clandestine en robe blanche alors que je ne l’attendais pas.
Au détour d’un arc du rivage, un noir cormoran tout trempé décolla à grand bruit, estompant le frisson majestueux d’un grand héron en vol.
J’ai écouté pousser les jonquilles transperçant le tapis automnal, deviné la place des asphodèles, caressé la grande consoude encore minuscule, humé l’air clair se reflétant de tout son bleu sur l’eau sombre. Puis j’ai poussé jusqu’au pavage hérité d’un temps plus lointain encore que celui de la naissance du châtaignier du bord du chemin.
Là où l’ornière est dessinée, j’ai entendu le grincement des charrettes et la voix des hommes jurant de jurons d’autrefois.
Les nuages voilaient déjà l’astre déclinant, il fut temps de rejoindre mes pénates.

Je hâtais le pas, toutes pensées dissoutes.
Et tandis qu’au dessus de ma tête la hâte des automobilistes me ramenait à l’instant présent, je notais à quel point la connaissance est indispensable à la reconnaissance.



Liberté chérie

Depuis quelques semaines, le mercredi je suis obligée (parce que j’ai accepté ce choix proposé) d’assurer la garde de mes petits enfants de 13h30 à 17h30, après ça, je suis obligée (parce que j’aime ça une fois que j’y suis) de rejoindre mes copains d’entrainement, de ramer sur l’eau noire dans la nuit sombre.

Hier, pendant la sieste des diablotins, j’ai feuilleté un livre de recettes qui trainait sur le canapé du salon des enfants. Un bouquin signé par un gars, qui sur son site, écrit en titre sous son nom qu’il est l’un des principaux enseignant de méditation en France.

J’aime toujours feuilleter les livres de recettes et celui-ci m’a tout de suite attirée, moi qui raconte depuis tellement longtemps (avant même que le gars sus-cité n’ouvre son « école ») que je médite et que je pratique le yoga (en ce sens que « yoga » signifie avant tout « joindre ») en épluchant mes carottes!

Liberté!

Liberté du fronton républicain

Liberté chérie…

J’ai commencé par vérifier qu’aucun billet ne porte déjà ce titre sur ce blogue.
Rien dans le moteur de recherche intégré, rien : c’est qu’à l’image du verbe « aimer » dans le bouquin d’Orsenna le mot est bien fatigué, trop utilisé qu’il est dans tous les sens. J’ai décidé très souvent de lui éviter une nouvelle charge. Je cède à la facilité aujourd’hui, j’espère que la « liberté » ne m’en voudra pas trop.

Puis, j’ai fait un inévitable détours vers la lexicographie, histoire de voir de quoi j’allais parler.

Il ne me restait plus qu’à examiner les racines, ce qui fut fait jusqu’au coeur du célèbre « Gaffiot » bien connu des latinistes.
Et c’est là que j’ai trouvé une première question à mes questions.
Si l’état de liberté a pris naissance par rapport à l’état d’esclavage, puisque l’esclavage est officiellement aboli en France en 1848, la liberté n’existe plus. C’est toujours la même histoire de l’ombre et de la lumière, du côté pile et du côté face, impossible de séparer l’un de l’autre ou l’une de l’un…. Vous suivez?

Alors, de quoi parle t-on avec ce mot précis « liberté » ?
Probablement de tout et de rien.

Et d’ailleurs, pour en revenir au principal-enseignant-de-la-méditation-en-France que j’ai découvert hier entre deux coussins pleins de plumes, j’ai relevé quelques « vérités » qui échappent à mon raisonnement.
Par exemple, j’ai lu noir sur blanc :  » Je suis horrifié par la sagesse telle qu’elle nous est présentée, y compris dans les médias grand public : un moyen validé scientifiquement pour nous aider à nous réfugier dans une petite zone de confort. mais la sagesse n’est en cela, qu’une forme de consumérisme. (…) Comme si elle était à l’extérieur de nous. »
Là, je suis d’accord
Et la ligne suivante « Foutez vous la paix, et vous découvrirez que la sagesse est déjà en vous »
Je suis toujours d’accord.
Le « truc » qui me chiffonne, c’est que le gars vende des tonnes de livres « best-sellers », donc « grand public » par définition, pour expliquer que rien n’est dans les livres.
Bon, je suis mauvaise langue, il propose aussi plein de stages et surtout un paquet de conférences-tout-à -fait-bénévoles accessibles sur une chaine vidéo bien connue.
Et là je dois dire que j’ai été bluffée, je continue a être d’accord avec lui et en plus, après quelques minutes de visionnage, j’avais deux choix possibles :
1° continuer à me laisser hypnotiser par sa personne et m’endormir rapidement, loin de toutes questions et des encombrements de ma cervelle.
2° appuyer sur stop et aller bricoler au jardin pour méditer et penser à la fois.

Tout ou rien.
Une histoire de liberté en somme.

J’ai choisi 2°.

M’est revenue une des conversations enregistrées lors de l’escapade pyrénéenne.
Un jeune gars m’interpellait au sujet de la liberté que je revendiquais en me disant : mais si vraiment tu es libre, tu pourrais arrêter de marcher et te poser dans un endroit que tu trouves beau et y rester… » Et je lui avais expliqué que mon point de vue au sujet de la liberté était autre, que j’avais librement fait le choix de partir seule pendant un mois pour aller de la mer à l’océan, et que là, maintenant je devais aller au bout de ce choix avant d’en définir librement un nouveau »

Liberté chérie… quelle aventure!

Prendre en main

Combien de personnes à chaque coin de rue, à chaque détour de média, combien de personnes se plaignent de subir, de ne plus rien maitriser, de se sentir impuissante?
Combien?

C’est que par la grâce de la distribution à bas coût d’énergies non-humaines, tant de « choses » indispensables à la vie quotidienne se « font toutes seules »!
Jusqu’au changement d’heure et de date…
Pour tant de monde, elle a disparu l’époque où il fallait changer à la main l’heure d’une montre, oubliée l’époque où il fallait ouvrir un nouvel agenda. Tout est dans le smartphone, tout est automatique, il n’y a plus rien à faire et pour occuper le temps ainsi dégagé, il n’y a pluka cliquer frénétiquement, sporadiquement du bout d’un doit plus ou moins énervé, cliquer pour « partager », pour valider, pour pétitionner, cliquer…
Et ainsi la vie nous échappe.
Et pour la re-prendre en main, tant de publicités vantent les mérites de « trucs » faciles qu’il suffit d’acheter et qui « ne demandent aucun effort », sinon celui de « l’autre », de « l’état » ou de je ne sais quelle toute-puissance.

Et si…
Et si tout simplement nous entrions à nouveau dans l’effort juste à notre portée ?
Et si chaque matin, petit à petit nous prenions notre vie en main ?
Notre vie telle que nous nous l’imposerions nous même, une vie pleine d’autant de petits riens qu’une vraie carte écrite à l’encre de nos propres mots, qu’un agenda pesant son poids ouvrant chaque jour une page vierge à compléter, qu’une montre qui fait tic-tac au rythme des battements de notre coeur, qu’une orange pas pressée dont il faut extraire le jus, qu’un légume encore noir de terre acheté sur le marché à un de ces maraîchers qui vous explique que la terre est basse, etc…

Dans le monde médical, il existe un terme qui a perdu son sens étymologique : rééducation.
Ce terme est utilisé à tout bout de champ, doctement « Je vais vous prescrire des séances de « rééducation », c’est pris en charge, ça ne vous coûtera rien. »
Qu’est donc la ré-éducation quand l’éducation n’a pas vu le jour?

Moi, moi-je, moi…je suis certaine, par éducation (ben oui, je suis d’un autre siècle!), que tout a un prix, que le moindre petit effort participe à la qualité de mon épanouissement et que chaque petit acte acté en conscience est un grand pas vers plus loin. Les nouvelles technologies peuvent débarquer, je peux même les apprivoiser passionnément, ce qui est ancré reste.

Ce matin, j’ai ouvert un nouvel agenda.
Il n’attendait que ce jour.
Et j’ai aimé l’ouvrir sur plein de projets bien palpables.

Sagesse

Qu’est-ce que la sagesse ?

Au fond de mon ventre, c’est l’image d’une petite fille sur une photo d’école maternelle en 1960, sérieuse, les bras croisés sur la table comme on lui avait demandé de faire, bien coiffée, le tablier bien tiré « comme il faut » et regardant bien l’objectif selon la recommandation du photographe… Une image, quoi… Sage comme une image, c’est ce qui me vient en entendant le mot « sagesse ».

Je sais qu’il existe d’autre sens à ce mot, je sais « ça », c’est déjà ça!

Ce matin, je suis partie me balader en me disant que la sagesse, c’est pas mon fort.

Ce matin, il n’y avait pas un souffle de vent sur le village où j’avais dormi.
En dépassant les dernières maisons, je pouvais voir une grande flaque d’eau abandonnée par la marée. elle était aussi lisse qu’un miroir. En suivant mon chemin, je la contournais et en la contournant, je voyais défiler à la surface du miroir aussi bien le paysage alentours que le ciel.
Un oiseau est venu se poser au bord de la flaque, en picorant le sable, il dessina une ride autour de lui, une mini vaguelette qui engendra un autre cercle, en poussant un autre puis un autre, tant et tant que la surface de la flaque en était transformée, marquée par ces cercles absolument concentriques qui finissaient par s’échouer sur le sable.

J’ai marché encore.
Devant moi, les deux éoliennes qui d’habitude, soumises au souffle du vent, tournent de concert étaient immobiles, stoppées chacune dans une direction, semblant attendre que le vent donne à nouveau un ordre fort pour s’aligner et se remettre à tourner.

 

J’ai marché encore.
Pas très loin.
Là, un creux dans les rocher,
Un creux à l’abri des vagues,
Découvert par le jusant
Plein d’une eau parfaitement limpide,
Un creux était là,
Qui m’appelait
Comme si là, se trouvaient toutes les réponses
A toutes les questions
Qui me troublaient.

Une heure plus tard, je faisais surface.
Il était temps de rentrer.

Dans ma tête se côtoyaient, des vagues et un miroir, la lave si noire, le corail tellement blanc, la montagne et le ciel, l’objet et son reflet, l’oiseau qui passe dans le ciel et sur le miroir à la même vitesse et s’efface et reste en mémoire comme les sons, les odeurs, les couleurs, les ombres, les lumières…

J’ai pensé un instant, que peut-être la sagesse n’est rien de plus qu’une recette très personnelle dont chacun garde le secret, une recette qui permet de trouver l’équilibre quand tout s’agite un peu trop fort, une recette qui permet de faire croire aux personnes crédules que rien ne bouge, que tout est simple et lisse comme une image…