Les sens de l’être (12)

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En forme de dialogue, avec un bon nombre d’allusions aux précédents billets ….

«  C’est étonnant, cette lecture rapide me renvoie à un mot : mouvement.  »

Un ami m’avait interpellé au sujet de la mobilité/immobilité et notre conclusion provisoire fut la suivante  : «  Je pense en effet qu’on parle de la même chose. On est d’accord pour dire qu’un mouvement s’exprime grâce à l’appui d’un point fixe, stable.  »

Et oui, de mon point de vue, il ne s’agit que de passages : d’un état vers l’autre, d’une posture vers une autre, d’une échelle vers l’autre, d’un instant vers un autre, d’une expérimentation vers une autre, d’un lieu vers un autre, d’un battement cardiaque vers le suivant, d’un système vers l’autre, d’un battement de cils vers le battement de cils suivant… Donc, il ne s’agit « que » de mouvements, en effet.

«  J’ai vu beaucoup de gens reproduire des postures spéciales, mais, … Rien ne les habitait à part cette volonté de faire, de faire la même chose qu’ils avaient vu et qui semblait être la voie. Le début de l’histoire c’est peut être un mouvement fou, un mouvement incroyablement spectaculaire qui permet “La Posture”, celle qui est figée et qui plonge celui qui la vit dans un tourbillon incessant du vide et du bonheur qu’il provoque.  »

Oui, la simple reproduction de postures peut devenir le chemin, elle peut n’être qu’une route à traverser, elle peut aussi inciter à tourner en rond dans une impasse.

Dans le livre de la première image (édité en 1928), j’aime lire : « Il serait difficile de trouver ailleurs un système d’institutions qui tende aussi résolument à exclure l’étranger ». J’aime lire ceci, parce que la Yoga vient de l’Inde, parait-il, et qu’il demeure une aventure de là-bas, née d’une histoire, d’une évolution. Tout ce que nous pouvons interpréter et lier à notre sauce occidentale du 21ème siècle n’est qu’une posture supplémentaire, suspendue dans le vide d’une mondialisation plus actuelle que jamais.

Dans l’art indien, « on » retrouve ce genre de posture :

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Et « hâtivement », « on » en arrive à la conclusion que le « hatha yoga » serait ancestral

J’ai vu des centaines de personnes assises dans cette « posture », particulièrement dans les pays où il est commun d’être assis au sol pour travailler : c’est un moyen commode pour ne pas être gêné à cause des jambes.

Par contre, alors même que Shiva est souvent associé à la pratique du yoga, la danse de « Shiva nataraja » n’est jamais proposée lors des séances, « on » lui préfère des répétitions de « salutation au soleil » dont il n’existe aucune trace en Inde ancestrale…

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Clairement, j’ose avancer (et je ne suis pas la seule) que c’est la curiosité des occidentaux,  leur attirance grandissante pour la spiritualité indienne et leur recherche de rites exotiques qui encouragea, jusqu’au coeur de l’Inde, la floraison d’un certain « yoga » avec d’infinies adaptations et autant de variantes que les occidentaux pouvaient en espérer.
Le billet « Les sens de l’être (9) » , longtemps resté en suspens, est une tentative d’explication hâtive.
Les sources du Yoga sont celles que j’ai abordées dans le billet (6), il n’y est pas plus question de posture qu’il n’est question de posture dans la Bible ou le Coran, alors même que les messes sont maintenant parfaitement ritualisées (debout, assis, à genoux selon le moment) et que la prière musulmane « salâh » fut codifiée en interprétant les « hadîth » (voir ici par exemple)

«  La photo ne nous permet juste de voir une infime partie de la forme.  »

Oui. Et ce n’est pas un hasard si la photographie est aujourd’hui largement utilisée, voire détournée, dans le but de stimuler nos émotions les plus primaires en excitant uniquement le sens de la vue.

En proposant des photographies/images de postures dans la nature, dans des endroits choisis, dans un environnement géologiquement parlant, chaque image étant une histoire en elle-même, j’aurais espéré élargir les points de vue. Je concède que les « histoires » ne sont que le fruit de mon imagination galopante.

«  Quelle serait la forme mouvementée qui précède la forme fixe du yoga ?  »

Il existe une multitude de réponses possibles parce qu’il existe de nombreux univers tissés ensemble, chacun selon sa propre échelle de référence.
Une fois de plus, je me réfère aux écrits déjà posés, ceux de Mircéa Eliade interprétant les aphorisme de Patanjali, par exemple.

«  Dans l’Inde, (…) Ainsi, seul est appréciée et recherchée la connaissance métaphysique (vidyà, jňana, prajňâ), c’est à dire la connaissance des réalités ultimes  ; car elle seule procure la délivrance. C’est, en effet, par la «  connaissance  » que, se dégageant des illusions du monde des phénomènes, l’homme se «  réveille  ». «  Par la connaissance  », cela veut dire  : par la pratique de la retraite – ce qui aura pour effet de lui faire retrouver son propre centre, de le faire coïncider avec son «  esprit véritable  » (purusha, âtman). (…) L’importance considérable que toutes les métaphysiques indiennes, et jusqu’à cette technique de l’ascèse et cette méthode de contemplation qu’est le Yoga, accordent à la «  connaissance  », s’explique facilement si l’on tien compte des causes de la souffrance humaine. La misère de la vie humaine n’est pas due à une punition divine, ni à un péché originel, mais à l’ignorance. Non pas n’importe quelle ignorance, mais seulement l’ignorance de la vraie nature de l’esprit, l’ignorance qui nous fait confondre l’esprit avec l’expérience psycho-mentale, qui nous fait attribuer des «  qualités  » et des prédicats à ce principe éternel et autonome qu’est l’esprit  ; bref, une ignorance d’ordre métaphysique. Il est donc naturel que ce soit une connaissance métaphysique qui vienne supprimer cette ignorance. (…)

La cause et l’origine de cette association de l’esprit et de l’expérience, ce sont là deux aspects d’un problème que le Sâmkya et le Yoga tiennent pour insoluble, parce que dépassant la capacité actuelle de compréhension humaine. (…) La cause ainsi que l’origine de cette association paradoxale du Soi et de la Vie (c’est à dire de la «  matière  »), seul un instrument de connaissance autre que le buddhi* et n’impliquant aucunement la matière, pourrait parvenir à les comprendre. Or, une telle connaissance est impossible dans l’actuelle condition humaine. Elle ne se «  révèle  » qu’à celui qui a dépassé la condition humaine  ; l’intellect n’a aucune part à cette révélation, qui est plutôt la connaissance de soi-même, du Soi lui-même.

* buddhi  :  terme de philosophie indienne désignant la capacité d’intelligence liée à la réflexion et la discrimination.

Pour conclure ce billet sans acrobatie, voici une nouvelle image, celle d’une posture entièrement inventée pour le « hatha yoga » de chez nous. En « posant » devant un tunnel de lave datant de plus de 5000 ans, j’ai senti un long poème qui chantait au rythme des pulsations du sang dans mes veines, celui de la terre.

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