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Changer de disque

Les enfants sont terriblement insistants parfois.

En tout cas, je l’étais dramatiquement,
Et mon frère aussi.
Lorsqu’elle était à bout, ma mère s’écriait :
« Vous pouvez pas changer de disque? »
Et dire que « ça marchait » serait s’avancer, mais il est clair que nous entendions son ras le bol et qu’avec une certaine inertie, nous finissions par appuyer sur pause.

J’aimerai pouvoir crier aussi « Vous pouvez pas changer de disque? » à la radio, y compris à mes animateurs préférés, aux billettistes, à toutes les personnes qui passent et repassent sur le devant de la scène médiatique.
Car, même si la scène médiatique qui entre dans mon salon est de l’ordre du théâtre de poche tant je la restreins, elle me tape un peu sur le système. (encore une expression de ma défunte mère)

Notre monde va mal
Notre monde va si mal
Avec ce monde qui va mal


Pfffff, c’est la méthode Coué ou quoi?

Que nous ayons été des enfants gâtés jamais satisfaits est une chose.
Que nous ayons été des enfants frustrés de « pas pouvoir faire n’importe quoi » est une chose.
Que nous soyons tous passés par la phase adolescente où les parents n’étaient que des emmerdeurs que nous sollicitions cependant sans cesse pour financer pas mal de « trucs » est une chose.

Mais, quoi ?
Ne sommes nous pas des adultes?

Et franchement, le monde n’est-il pas enthousiasmant, rempli de surprises, toujours prêt à nous surprendre?

Le monde va bien.
Le monde est le monde,
Sans états d’âmes,
Le monde a besoin qu’on lui foute la paix.


Et si moi, individuellement, je peux parfois avoir envie de plus de lumière, de plus d’océan, d’une plus grande chaleur, de plus de falaises brutes, de plus de fleurs, de plus de contemplation et que le moment n’est pas le bon, je « prends mon mal en patience » (troisième expression qui vient de loin).

Je sais qu’il n’y a pas de lumière sans ombre,
Je sais aussi que sans mouvement la vie s’éteint.
Je sais que jouer avec moins que rien et s’amuser de presque tout fait monter…

… Des étoiles dans les yeux des enfants!

Et « ça » fait mon bonheur.

Changer de disque.
C’est urgent!

Quête d’absolu

C’est généralement le matin que j’écris, riche de l’inspiration nocturne.

Ce dimanche, j’avais décidé d’envoyer un peu de prose à une personne récemment croisée, pas vraiment une inconnue, pas déjà une connaissance, une personne qui m’avait pourtant adressée une autre personne afin que je lui fasse part d’une parcelle d’un supposé « savoir ».
La transmission est à la mode.
Une certaine forme de transmission qui, à mes yeux ressemble davantage à une forme de commerce.
Sauf, que pour qui est aussi peu douée que moi pour le commerce, donc sans étiquette et sans rien à vendre, c’est open bar.
Open bar?
Pas tout à fait.
Le bénévolat contient en sa définition et dans ses racines tout à fait autre chose que la gratuité, un bénévole est une personne « qui le veut bien » avant tout, qui donne un sens à son action.

Je devais quelques explications à cette personne qui me « recommande », quelques explications puisque, à la suite d’une longue réflexion, j’ai repoussé l’idée d’une rencontre et donc l’idée de « transmettre » comme elle avait pu imaginer que j’allais le faire.

En 2007, j’avais écrit « Aucune escalade, aucune aventure n’est jamais gratuite, ni en terme d’efforts, ni en terme de finance. Un des leurres de notre société se situe là, dans une propension à laisser croire que le rêve est d’accès facile, offert sur un plateau. » et c’est amusant de retrouver aujourd’hui ces lignes avec lesquelles je suis toujours d’accord.

C’est que je reste en quête d’absolu.

Alors, pour expliquer à mon interlocutrice, j’ai usé de métaphores, selon mon habitude.
Et comme je parlais de galet, de ce simple caillou qu’il est commun de trouver beau soit parce qu’il est usé en forme de coeur, soit parce qu’il offre une rondeur quasi parfaite, soit parce que son grain lissé nous émeut , soit parce que…etc, j’ai soudain pensé à ces énormes galets de sable fossile trouvés loin du passage des humains sur « mon » île.

C’était la première fois que je voyais « ça ».
Des galets de sable, couleur de sable, posés sur le sable à la limite des vagues d’automne entre les galets de basaltes encore mal adoucis.

Les caressant, mille pensées me traversaient : ils seraient très vite à nouveau bousculés, réduits en morceaux, de retour à leur état de sable, les grains millénaires se mêlant au grains contemporains pour finir ensemble roulés par les vagues jusqu’à devenir poussière et encore moins, disparaissant aux yeux humain. Et bien sûr il y avait exactement au même moment les images d’un formidable volcan, soulevant la plage des milliers d’années plus tôt, la compactant sous une pluie minérale en fusion, rajoutant des strates et une nouvelle montagne par dessus. Puis venait le vent jouant avec les embruns, sculptant la montagne, patiemment, mettant à jour le sable enfermé, fragilisant les affleurements jusqu’à ce qu’ils se cassent, dévalent la pente, arrivent sur la plage où les vagues s’en emparent pour les rouler, les adoucir, les arrondir… et les offrir ce jour là à mes yeux émerveillés. Il y avait du fracas, du chaos, du feu, du silence, de l’eau et tant et tant, une phénoménale quantité d’évènements ordinaires.
Tout était là, condensé dans le même instant, et circulant en même temps avec une incroyable fluidité au point de me toucher jusqu’au centre de chaque cellule.

Ce jour là j’ai eu le bonheur de toucher une minuscule parcelle d’absolu.
Et j’ai bien conscience que sur la photo, il n’y a rien d’autre à voir que de vulgaires galets.

Tant et si peu

Impossible d’oublier cette si merveilleuse aventure!

Bientôt sept années seront écoulées depuis sa réalisation et pourtant, chaque grain de chaque instant vit encore dans chacune de mes cellules.

Le mois dernier, là-bas sur « mon » île, j’ai rencontré une personne dont j’ignorais tout de l’existence. Avant qu’elle ne me soit présentée, j’avais entendu dire qu’elle me connaissait.
C’est toujours étrange de se trouver dans cette situation, d’entendre dire qu’une personne qui vous est inconnue vous connait.

De quand, de quoi, que connaissait-elle « de moi » cette personne ?

L’unique piste que j’avais était « Escuela Nautica » et j’avais beau creuser mes souvenirs à cet endroit précis, rien ne remontait.
J’étais impatiente d’en savoir plus.
Tellement impatiente que pas plus de deux minutes s’écoulèrent entre le moment où je le vis et le moment où je lui posai la question.
« Oui, je t’ai vu, c’était quand tu partais avec ta planche! » Répondit-il en souriant.

Instantanément, en entendant ces mots, le temps se rembobina et je revoyais ce jour de départ sans tambours ni trompettes et je l’imaginais passant par là, sur le port de ce petit village où tout le monde connais tout le monde. Je l’imaginais en parler à sa soeur, plus tard et j’allais jusqu’à imaginer que sa soeur avait pu lui dire que j’étais la mère d’un de ces potes!
Ainsi il me « connaissait »!
Amusée, j’ai dû balbutier un truc du genre : « Ooooh… oui, oui, je me souviens de cette aventure » et j’ai embrayé sur autre chose. Non, en fait, il m’ a demandé de « faire le GPS » pour aller sur notre lieu de randonnée. Et « ça » c’était un « truc » super important qu’il me confiait. Non seulement il est pilote dans la vraie vie, mais en plus il est accro de la haute technologie. J’ai donc « fait GPS » avec ma plus douce voix et sans même penser à sortir mon téléphone. De toute manière, il ignorait où je l’emmenais, donc il suivait!
En toute confiance!

Pour l’anecdote : De retour en France, jai appris par mon fils, qu’il avait discuté avec lui (par hasard) le veille de cette petite randonnée et qu’ils avaient ensemble parié sur le fait que j’allais sûrement le faire sortir de sa zone de confort. C’est drôle d’avoir une réputation! Heureusement que je ne savais rien. J’ignore ce que j’aurais pu en faire.

Ce jour dont il avait été question, ce jour où je partis, fut plus exceptionnel pour les personnes qui m’y voyaient que pour moi qui prenait le large.
Je me souviens avoir tranquillement arrimé mes bagages sur la planche, sans la moindre inquiétude. J’avais bien étudié les conditions météorologiques, le temps était super calme jusqu’à l’horizon et je partais moins loin que l’horizon puisque j’allais simplement « là-bas », sur l’île d’en face. Le temps était clair, il me suffisait de viser le phare, là-bas, de l’autre côté, il n’y avait que 20 kilomètres d’océan à traverser.

Tant et si peu.

J’ignorais ce que me prévoyait l’imprévisible, j’ignorais ce qu’il y avait en approchant le phare et ce qu’il y avait de l’autre côté. J’avais décidé de commencer le tour de là-bas par la côte ouest, la « plus méchante » celle qui reçoit le vent du large, la houle du large, la puissance de l’immensité dans toute sa puissance. J’ignorais où j’allais dormir.
J’étais tout à fait sereine. j’avais une petite provision d’eau, j’avais des vivres et ma planche était à mes yeux un confortable navire.

Tant et si peu.

De l’avion, je regarde toujours ce passage.
A chaque voyage.
L’autre jour, deux ferries s’y croisaient, deux minuscules points.
Alors, j’ai pensé qu’un jour, j’avais été, dans ces parages, bien moins que ces points blancs, tout a fait invisible, en fait.

Tant et si peu.

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.

C’est le bouquet! (2)

(Image tirée de la médiathèque et datant de 2019)

Comme je l’avais écrit à la fin de l’article précédant, il régnait un certain tintamarre dans ma tête entre « faut pas pousser », une conférence à préparer pour dans longtemps et les questions d’actualité.
Une zone de vacances étant à l’approche, il devenait nécessaire de faire le ménage afin qu’une musique plus paisible puisse m’offrir la chance d’être plus sereine.
Il F A L L A I T donc urgemment que je rencontre la réalisatrice du film, que je lui parle en direct live, que je sente, que je dise, que je ressente suffisamment pour faire taire une partie des questions débarquées suite à tous les fils déjà tirés et occasionnant le brouhaha consécutif.
En insistant un peu, j’ai obtenu un créneau hier à 17h.
La journée avait été chargée et ce n’est qu’avant de partir que j’ai découvert un @ qui, comme part hasard faisait suite au visionnage du sacré film.
 » Alors, le soir, je loue le documentaire et là… surprise! Te voilà! Je déguste avec plaisir cette scène bien tournée où je reconnais ta façon de poser des mots doux sur des choses simples. »
Il était trop tard et trop nuit pour que je file en vélo au rendez vous, la piste étant trop couvertes de feuilles pour m’y risquer sans risques.
Enfermée dans la voiture, les yeux rivés sur le GPS pour éviter les plus gros embouteillages, j’ai laissé s’élargir ce message et l’ensemble de ce qu’il contenait comme autant d’échos à ce que je pense profondément depuis bien longtemps.

La rencontre fut cordiale.
Comme je m’y attendais un peu, la réalisatrice fut étonnée d’entendre que j’avais été bousculée par son attitude cavalière. A la manière des personnes qu’elle pourrait facilement juger pour leur empressement à agir sans explication, elle me disait « oui, oui je comprends » avec son corps qui disait  » y’a quand même pas mort d’homme, et puis j’ai eu une super idée en utilisant ces images inutilisées, non? »
La rencontre fut néanmoins très cordiale.
Et surtout, elle a tout à fait rempli le rôle que je lui avait attribuée : boucler une boucle, passer d’un bouquet à l’autre et en sortir rassérénée.

Le sommeil paisible de la nuit dernière fut à la hauteur du calme revenu.

Et ce matin s’est ouvert sur les restes éparpillés.
Comme il faut impérativement recycler et surtout ne rien jeter, je me suis mise à l’ouvrage devant le clavier.
Je suis à nouveau partie à l’aventure à travers les incroyables pages souterraines hébergées par le géant FB affichant désormais un sigle infini en face du préfixe « méta », c’est un signe encourageant, cet infini tout puissant, n’est-ce pas? Et hop, voilà que je digresse à nouveau.

Donc, comme il FAUT montrer patte blanche pour entrer dans les espaces de blanches brebis où je n’ai jamais posé les pieds, il a bien fallu que je sorte des étiquettes.
C’est que les jeunes reines qui règnent sur ces essaims contemporains ignorent tout de mes passages lointains, de ces pas alignés à la marge dans la préhistoire de l’internet. A l’époque, nous étions une poignée à converser autour du monde, à écrire de looooooongs messages, remplis de mot complexes qu’il fallait prendre le temps de lire sur le grand écran d’un lourd PC familial. Désormais, tout se « fait » en quelques lignes sur l’écran du smartphone, il faut vivre avec son temps!

Me voyant déjà pareille au vieux loup dans la bergerie, voilà que je ne sais plus trop sur quel pied danser et il va pourtant falloir que je sorte un discours qui à la fois me ressemble et à la fois ne blesse pas, pas trop en tout cas.

Me voilà, à l’orée d’une prise de distance, dansant sur le fil tendu entre mes propres paradoxes.
Bouquet final!

PS : l’image utilisée fut déjà utilisée, elle avait donné lieu à un article au sujet des « fleurs coupées »

Ces changements là (2)

Direction le Nord Cotentin à l’ouest de Cherbourg pour commencer.

En prenant la décision de m’aventurer « dans le nord » j’acceptais la possibilité de fraicheur autant que la probabilité de pluies et de brumes.
La voiture s’étant imposée en temps que simplissime et minimaliste « camping-car », je savais pouvoir dormir au sec, évitant tout pliage de tente mouillée au petit matin.
Le soucis du poids d’un sac a dos de « randonnée autonome au long cours » devenant accessoire, je pouvais même embarquer un petit réchaud afin de me préparer un café chaud le matin et une soupe le soir, deux actions très dopantes et énergisantes en cas de météorologie défavorable.
Pour le reste je suis restée avec mes habitudes : aucun stock notable (sauf les noisettes) en nourriture ni en eau, vêtements de base, couverture de survie, couteau de poche, peigne et brosse à dents.
A noter que tout en acceptant la possibilité de pluie battante sur toute une journée de marche, j’ai quand même investi dans une véritable cape de pluie (la plus légère quand même) en matière top haut de gamme, donc à un prix top élevé : impossible d’avoir rien sans rien. Et sur ce point particulier, ce fut vraiment une bonne idée d’investissement (je me demande quand même dans quelle mesure la « mode post-covidienne de randonnée » n’a pas boosté les « créateurs » de confort pour bobo : je n’avais pas vu ce produit là avec cette technicité là auparavant. Certes, je n’avais pas cherché!)

J’avais un souvenir très précis du Cotentin, des souvenirs délicieux même, remontant à une époque lointaine où nous y avions résidé. En conséquence, je savais précisément où trouver les « à pic », la vie sauvage et aussi les points de ravitaillement faciles d’accès loins des embouteillages.
Les deux premières journées furent parfaites.
Les paysages collaient avec mes souvenirs tant que je regardais du côté de la mer.
La chaleur était là, les grandes marées faisaient leur show, j’ai marché tranquille deux fois trente bornes et…
… Et il n’y avait plus de falaises!

Que faire alors?
Dilemme : rejoindre la Bretagne sans attendre ou trainer encore un peu en Cotentin?

J’ai déplié les cartes.
Faire un choix judicieux en début de balade, alors même que j’étais à peine rentrée dans le rythme, s’avérait délicat. Je tenais à une bonne répartition des trajets motorisés, autrement dit, mon goût pour une certaine rigueur dans l’improvisation me disait que des beaux pointillés se doivent d’être réguliers.
J’ai replié les cartes.
Et déplié, et replié.
Ma décision était prise : aller faire un tour à Chausey que je ne connais pas.
Autre avantage de la voiture, sans soucis de recharge de smartphone, j’ai pu réserver illico en ligne, avant d’avoir le temps de changer d’avis.

Le troisième jour fut donc un jour entre parenthèse, un jour ilien dans un univers entièrement dédié aux touristes, dans un univers d’où l’âme s’est quasiment envolée.
Ce fut une expérience.
Et j’aime les expériences.
J’ai fait deux fois le tour de l’île, j’ai marché d’une île à l’autre grâce à la marée basse de grande marée, j’ai fait des tas de cailloux, écouté les oiseaux voler, marché encore, cherchant jusqu’à l’ultime moment où être pour éviter d’être au milieu « des autres », puis il fut l’heure du dernier bateau, de la voiture et de la route jusqu’à un parking sauvage au bord de l’eau, en Bretagne!

A suivre

Dactylorhiza Praetermissa

Décrit par Karoly Rezso Soo en 1962

L’orchis oublié, la dactylorhize négligée, ces noms usuels éclairent la toute la complexité d’identification qui règne à l’intérieur du genre Dactylorhiza.
Ce genre fut le principal objet d’étude pour le botaniste hongrois Karoly Rezso Soo, ceci après que le botaniste hollandais Pieter Vermeulen (1899-1981) ait posé (en 1947) les nouvelles bases qui distinguaient définitivement ce genre de celui des orchis.

Les espèces existantes en Loire-Atlantique, département où la présence des orchidées sauvages est suffisamment rare pour faciliter leur reconnaissance, ne m’avaient pas permis d’expérimenter le doute tel qu’il m’est tombé dessus en découvrant les espèces d’autres régions.
Peu à peu, j’ai compris combien l’approche est déroutante sur le terrain. Les espèces présentent une très grande variabilité, s’hybrident super facilement, s’adaptent constamment. J’imagine facilement les interminables conversations entre spécialistes, argumentant en faveur de l’une ou de l’autre à coup d’analyses statistiques, moléculaires et génétiques.

Alors, je fais simple.
Je considère la date de rencontre (certaines espèces sont toujours précoces, d’autres toujours tardives), le lieu (certaines espèces résident uniquement au sud ou seulement au nord, exclusivement en montagnes ou toujours en plaine) l’environnement (certaines espèces adorent pousser les pieds dans l’eau, d’autres apprécient les milieux plutôt acide ou plutôt alcalin) et les traits les plus grossiers de l’aspect (largeur du labelle, découpe particulière, dessins caractéristiques, couleur unique ou non)
Ainsi avec seulement ces trois points, je peux écarter des espèces, me concentrer sur des possibles. Il me reste, en cas de doute, à demander l’avis de personnes plus expérimentées, tout en sachant que les plus savantes ne sont pas toujours celles qui hésitent le moins.

Pour revenir à l’orchis oublié, je l’ai vu en Bretagne du nord, dans les dépressions dunaires humides, à la toute fin du mois de juin. Il m’en fait voir de toutes les couleurs, j’en ai tout un catalogue d’images que je peux regarder inlassablement sans être et capable d’en préférer une à une autre.

Entre hier et demain

C’est absolument constant, nous vivons entre hier et demain.
Entre l’instant d’avant et l’instant d’après nous allons, imperturbablement perchés sur le fil tendu entre nos paradoxes, entre là-bas et plus loin.

Et pourtant, le monde s’agite, se débat entre les guerres qui définissent des gagnants et des perdants, des guerres toutes aussi légitimes les unes que les autres puisqu’il est toujours question de se défendre, uniquement de se défendre, coûte que coûte.

A côté de ça, de grandes dégoulinades utopistes remplies de bisounours, de licornes, de petits coeurs virtuels ou de chatons scintillants disent que nous sommes également importants, que le monde est solidaire, que la paix est un objectif, que etc.

Je suis entre le paragraphe1 et le paragraphe 2 et je suis là aussi.

Hier, je suis restée de longues minutes au pied de grands arbres encore dénudés par l’hiver.
Les racines dans l’eau, les troncs enveloppés de mousses, il s’étirent vers le ciel et attiraient mon regard.
Une étrange cacophonie s’était emparée du lieu et en y prêtant attention, il était possible de distinguer des claquements de bec, des frôlements d’ailes, des frémissements de branches, le tout au milieu du concert des hérons huant à tue-tête.

Au début, j’étais seule dans la ville, comme égarée sur un chemin de terre trop boueux pour les promeneurs citadins.
Quelques instants plus tôt, je les avais côtoyé, la plupart, dépourvus de bouche et de nez, parlaient cependant, qui à leur compagnon de balade, qui à un invisible correspondant.
Solitaire et démasquée, j’allais mon chemin.
Je savais que c’était le « bon » moment pour aller assister au ballet des grands hérons.

L’instant d’après, j’avais décollé, incapable de sentir où se situaient mes limites corporelles, j’étais comme immobilisée, accaparée par tous mes sens, plantée dans l’essentiel.
Et puis une voix m’a fait atterrir : un homme était posé à côté et il disait : « C’est le meilleur endroit. C’est beau, hein? Ils sont en train de retaper leur nid. »

J’ai sorti mon smartphone, capté 8 secondes de vidéo, envoyé les images vers « my story » d’un réseau qu’on dit social et j’ai pris le chemin de retour.

Demain, à cette heure, il est hautement probable que je serai dans l’image qui précède ce texte, ou plutôt dans le paysage mouvant et sonore qui fut immobilisé l’année dernière, il y a plus d’un an, alors que personne au monde ne pouvait imaginer que nous serions aujourd’hui dans la monde tel qu’il nous semble aujourd’hui.
C’est assez fascinant à observer.
Passionnant.

C’est la troisième fois que je vais décoller en avion depuis la dernière fois du mois de février 2020.
Cette fois-ci, en plus d’avoir dû générer un QR Code spécifique, il a fallu aller se faire gratter la fosse nano-pharingée et attendre le résultat. Après avoir été soulagée de voir le vol maintenu, il fallait dépasser ce « test » pour commencer à penser que le décollage allait pouvoir se faire.
Pour l’instant mon carnet jaune de vaccination international ne vaut rien sinon pour la fièvre jaune, logique : jaune = jaune
Puisque nous sommes tous égaux de cette égalité d’état qui figure aux frontons des mairies de France et de Navarre, il va bien falloir que je sois solidaire avec mes compagnons de voyage et comme eux, je vais subir un nouveau grattage de la fosse nano-pharingée pour avoir le droit de revenir dans quinze jours.
C’est le prix à payer.
Ca me fait rire
Un peu jaune quand même!

Aujourd’hui, je suis entre hier et demain.
Il faut vivre avec son temps disait ma grand-mère.
Je suis maintenant grand-mère.
Et je répète : vivons avec notre temps, en paix avec nous-même, dans notre temps.

Samedi 20-02-2021
Trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience. La mode est aux Variants et à la Vaccination, il reste maintenant W, X, Y et Z.
La suite est toujours plus loin.

De l’imprévisible

De l’imprévisible

Les pré-visions persistent et leur fiabilité reste de l’ordre météorologique, bien loin du moyen terme et encore plus éloignées du long et très long terme.
Pourtant certaines personnes s’acharnent à les afficher comme définitives!

Ce qui bouscule, en cette période qui peut paraitre trouble alors même qu’elle n’est que « normale » c’est à dire humaine, ce qui bouscule c’est qu’il devient impossible de prévoir quoi que ce soit avec la certitude d’une réalisation certaine.

Entendons nous bien : il m’est souvent arrivé de faire une promesse en ajoutant  » sauf accident » ou « si je ne suis pas morte  » car je suis vraiment claire avec les aléas de la vie. Mais, jusqu’en mars dernier, faire tout un tas de projets et imaginer pouvoir les réaliser peu ou prou « sauf accident » façonnait mon quotidien.

En ce moment, c’est « autre chose »!

Un « truc » aussi simple que la présentation (par une personne chère) d’une thèse tel jour à telle heure en présence d’un jury invité en temps et en heure pour se réunir dans un lieu réservé peut se transformer en visio-présentation sans apéro à la suite ou en report pur et simple.
Un truc aussi simple qu’un voyage sur une île pour « voir la famille » peut être annulé par « l’air du temps » sans qu’il soit possible de placer un mot.
Un truc aussi simple que la rencontre d’une amie qui serait envisagée deux mois à l’avance peut tomber à l’eau sous un prétexte venu « d’en haut ».

Nous vivons désormais non seulement avec la conscience de l’imprévisible espiègle (celui qui est le piment de la vie) mais en plus chargés d’un poids sociétal qui empêche tout élan simple vers « plus loin ».

Dans le « monde d’avant », en temps qu’individu vivant dans une société, aller « plus loin » sur « mon » chemin, c’était y aller en ressentant davantage les bienfaits apportés par cette société que les entraves qui en sont la conséquence.

Et voilà qu’un petit amas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2ème, est venu régner en souverain couronné sur la planète!
Depuis son avènement, un jour imprécis, au fond d’un gigantesque état d’où sortent, dans d’immenses containers, la plupart des objets manufacturés que nous consommons, le petit roi a fait son chemin. S’échappant sans crier garde, il a conquis la planète et imposé sa loi.
A toute vitesse, il est devenu le plus célèbre des tas d’ARN, détrônant sans vergogne toute une faune déjà répertoriée.

Et aujourd’hui, il est impossible de prévoir quoi que ce soit sans tenir compte de la présence avérée ou parcellaire de sa majesté SRAS-Cov-2ème.

L’imprévisible n’est plus vraiment ce joyeux petit piment qui peut débarquer quand tout a été prévu.
L’imprévisible est devenu « d’état » et c’est un boulet à traîner pour qui souhaite encore prévoir une évasion à plus longue échéance que les prévisions météorologiques fiables.

Il est devenu très urgent, pour vivre encore et aller plus loin encore, il est devenu urgent de relativiser, de placer chaque fait sur sa bonne échelle.
Car pour avancer en confiance, il est nécessaire de s’épargner les chocs contre les panneaux d’interdiction, indispensable de lever les pieds pour éviter les innombrables infox et vital de garder une vue sur l’horizon.

Lundi 14 septembre 2020, bientôt 20 semaines après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est encore et toujours « en vigilance » et chaque jour il est possible d’entendre égrainer les chiffres au sujet du nombre de personnes « non malades » mais « testées positives ». S’y ajoute maintenant le comptage de quelques décès quotidiens en lien avec la Covid. Il est actuellement interdit de circuler dans ma ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.

Individualisme

C’est dans l’air du temps!

C’est dans l’air du temps, les citoyens sont prévenus de toutes parts, souvent avec un ton assez paternaliste : il faut agir collectivement!

Collectivement!

Et agir collectivement pour répondre à l’injonction telle qu’elle est délivrée, c’est agir individuellement tous de la même manière, en abandonnant la notion d’individu pour passer à celle de personne, c’est à dire en restant masqué!

C’est compliqué « tout ça »!
Car alors que l’individualisation est souvent recommandée, l’individualisme est souvent reproché.
L’individualisme, conquête de notre époque, allègrement conjugué à toutes les sauces, trimbale généralement une connotation plutôt négative.
Je dirais de plus en plus négative et j’ajouterais que dans le contexte actuel, certains regards en disent long et jettent un jugement vraiment très négatif aux individus soupçonnés d’individualisme . (Je conseille une balade dans l’ouvrage de Marie-France Piguet : Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, CNRS Editions, 2018, ISBN: 9782271095237)

C’est compliqué dans notre système de croyances où il y a un début et une fin , où donc le blanc n’est pas le noir, où l’ombre n’a rien à voir avec la lumière, où c’est l’un mais pas l’autre tandis qu’ailleurs, dans d’autres systèmes de pensée, il est super simple d’envisager le noir ET le blanc, l’ombre ET la lumière, l’un et l’autre absolument intriqués et tout à fait indissociables.

Ce matin, je lis cette question sur le FB d’une relation : « Mais dites moi, comment gérez vous tout cela ?
Moi je ne crois plus personne, et plus l’histoire avance et plus je fais en sorte de vivre le plus sereinement partout où je suis, masqué ou pas… »

Comment gérer?
Gérer moi-je, moi-individu?
Gérer mon personnage, moi, la citoyenne bien insérée dans une société qui me parait vraiment assez correcte par rapport à bien d’autres que j’ai pu côtoyer en vrai?
Gérer « tout cela »?

Alors, d’abord, « tout cela », je laisse tomber, je n’ai aucun pouvoir pour « gérer » ce qui est indéfinissable, je suis tout juste capable de considérer la présence constante de l’imprévisible, de savoir qu’il fait partie de chacune de mes aventures ; mon passage de vie entre la naissance et la mort étant définitivement la plus grande et la plus longue aventure, celle qui contient les autres.

Comment gérer « moi-je » ?
Comme d’habitude, en étant qui je suis : exigeante, scientifique, gamine, curieuse, espiègle, solitaire, etc.
Comment est-ce que cette « gestion » se traduit dans mon quotidien?
Et bien j’écoute la radio le matin et je regarde la fenêtre qui donne à voir le monde le soir. Entre les deux, je suis fascinée par la vie en direct live et j’essaye de garder toutes les miettes, toutes les étoiles que je rencontre afin de m’en nourrir pour mieux comprendre ce que disent les médias.
Et puis, nez au vent, je cherche la lumière, les ouvertures, les possibles contournements et ils existent toujours, aucune contraintes ne m’impose d’aller me cogner la tête contre les murs.
Enfin, régulièrement, je vais fouiller dans la gigantesque toile afin d’en faire émerger les « pre-print », les résultats d’études nouvelles (1) et leurs cohortes de chiffres qui me ravissent et que je torture dans tous les sens à l’aide de ma calculette. J’aime ça, c’est pas nouveau!
Ainsi, en temps qu’individu, dans la deuxième mi-temps de ma traversée de la vie, je suis comme d’habitude : sensible aux conditions météorologiques, avec des hauts et des bas, surfant sur les vagues qui se présentent, les espérant lorsqu’elles sont absentes, consciente de l’imprévisible survenue d’une super vague capable de balayer toutes mes compétences, tout à fait heureuse souvent le soir sur la plage après une journée bien remplie.

Comment ensuite gérer la personne inscrite en temps que citoyenne pensante et agissante dans la société française?
Simplement en connaissant les règlements, les lois, les chiffres que nul n’est sensé ignorer. Tout est à ce jour accessible sur la toile, inutile d’aller chercher les interprétations, voire les interprétations de traduction d’interprétations, je file à la source, je suis une inconditionnelle des sources limpides.
Simplement en me tenant à l’écart des chapelles, de tous ces sites et lieux où des « maitres » expliquent qu’il faut les croire plutôt que de croire le « maître » d’à côté.
Simplement en faisant à ma manière ce que la société exige de ma part. Il faut donner un papier, je donne le papier ; il faut porter un « couvre-nez-bouche », je porte un « couvre-nez-bouche », il faut réduire les contacts, je suis une solitaire entraînée.

Et vivre sereinement ?
Tout dépend de la définition du mot « sérénité », non?

Ce qui me plait, c’est de m’asseoir le soir après une journée bien remplie, de me poser avec la satisfaction de l’avoir bien remplie. Alors, par expérience, je sais que la nuit sera paisible quoiqu’il arrive… Imprévisible compris!

(1) A noter que les tests PCR donnant seulement une image immédiate du statut (porteur du SRAS-Cov-2 ou non porteur) d’un individu donné, certaines catégories professionnelles sont testées régulièrement (jusqu’à plusieurs fois par semaine), ce qui donnera certainement lieu à une étude épidémiologique spécifique.
Il y a aussi une étude lancée depuis mai sur un grand échantillon de personnes concernant le statut sérologique.
Il faut du temps pour comprendre…


Vendredi 21 Aout 2020, 16 semaines et 4 jours après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est en vigilance et chaque jour il est possible d’entendre que le nombre de personnes « non malades » mais « testées positives » est en augmentation. Il devient de plus en plus difficile de circuler en ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.