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Effet miroir

Miroir, mon beau miroir…

Qu’il soit question de l’interroger ou de passer derrière, le miroir est un maître adoré ou détesté.

Le miroir tel que nous le connaissons est né au cours du 19ème siècle.

Ce fut auparavant un objet de luxe réservé à l’aristocratie et si Rabelais, visionnaire, rêvait d’en voir dans toutes les chambres de l’abbaye de Thélème, il fallut attendre le 18ème siècle pour que les maison bourgeoises citadines en soient équipées.

Aujourd’hui, le miroir a envahi notre environnement, de la rue à nos sacs à main en passant par la salle de bain et plusieurs pièces des appartements.

Jamais les reflets n’ont eu autant d’importance.

Questionnés sous tous les angles, leur précision appelle un verdict précis que de nombreux professionnels ont le pouvoir de poser.
Du coiffeur au psychanalyste en passant par les publicitaires, combien sont-ils a « jouer » avec les reflets et l’effet miroir?

Ce qui me fascine, c’est la lumière.
C’est son passage
Son cheminement
Son impermanence.

Et je sais depuis longtemps que la lumière n’existe qu’en compagnie des ombres.

Le monde d’après

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. » (Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2003)

Il suffit d’ouvrir la radio (j’suis pas très télé!) pour entendre s’égrainer des listes de chiffres, de statistiques, de probabilités. Depuis quelques temps, avec la même tactique comptable, le sujet a viré, passant du décompte des morts au décompte de l’argent public emprunté à la pelle, voire à celui du nombre de manifestants suivant des rassemblements interdits!
De grâce, il n’en est jamais question dans ces échos là.
Pourtant grâce il y a.

Depuis que j’ai réussi a exfiltrer ma pirogue du hangar dans laquelle elle avait été confinée d’urgence, avant même que je n’aie pu lever le petit doigt pour lui éviter le pire, elle se promène entre le jardin du Cormier et la plage, tranquille, sans « désinfectation » avant de tremper dans l’eau, avec un simple dessalage en rentrant au jardin.

Depuis ce moment, mon « monde d’après », c’est 120 km AR 3 fois par semaine pour m’adonner au plaisir de n’avoir que l’horizon en point de vue.
Après moi le déluge… je suis juste humaine comme tout un chacun.

Soyez rassurés, hors ces 360 km par semaine, je n’use que les freins de mon vélo et je renforce mes petits mollets car j’ai abandonné la facilitation électrique au profit de la légèreté d’une bicyclette basique.

Et donc, je suis plus que jamais chercheuse à la poursuite d’une grâce insaisissable!

Hier par exemple, en posant mon va’a au bord de l’eau :
Dans la lumière matinale,
Je n’ai eu de cesse que de capter l’essentiel.
J’ai écouté le souffle du vent, admiré le soleil dansant à la surface de l’eau, aimé toucher la douceur sur mes épaules nues,
L’instant fut magique et merveilleux.
Juste devant des goélands pêchaient, dans un joyeux désordre, en apparence bien organisé.
J’ai pointé mon bateau dans leur direction, je l’ai posé sur le flot et tout en le poussant vers le large, j’ai posé dans l’élan mon arrière train sur le siège.
Puis…
Museau au vent, j’ai frémis de joie.
J’ai mesuré deux des plus précieux privilèges dont je dispose : un lien indéfectible avec la solitude et un goût intense pour la liberté.
L’un ne va pas sans l’autre.
Puis, en douceur j’ai posé le premier coup de pagaie.
Pas un humain à l’horizon.
Seulement le vent, le ciel et l’océan.
Je suis partie face au vent, face au jusant, frôlant les rochers à la quête d’un contre-courant porteur.
Simple bonheur.
J’ai pensé aux copains soumis aux contraintes citadines, aux limitations de libertés d’aller et venir autour des bateaux.
J’ai pensé au monde.
J’ai pensé à tout.
Puis à rien.
Et j’ai décollé!
Quelque part à l’interface entre l’eau et le ciel.
Dans un monde parallèle que je connais bien et donc j’ignore tout.
Etait ce un coup de folle sagesse proposé par la grâce?

Beaucoup, beaucoup plus loin, les remous d’une pointe m’ont ramenée à la réalité, j’étais en face du clocher de Sainte-Marie.
Il était temps de rentrer.

Poussée par le vent, portée par la jusant, caressée par le soleil montant vers son zénith, j’avançais rapidement alors que j’allais sans hâte vers le reste de la journée.
Retrouver les gens, la vie « normale », les chiffres des kilomètres sur le compteur de la voiture, la quantité de carburant restant, les prix de la nourriture au supermarché, le nombre de mails tombés en mon absence.
Des chiffres et des nombres.

En fin de journée, enfin, j’ai poussé la porte de mon hâvre, au coeur de Nantes.
Délicieusement.
Malicieusement, le numéro de la rue est le numéro qui fut celui de la rue où est né mon père et où j’allais visiter mes grands parents, c’est aussi le numéro de la maison où habitaient mes parents.
Dans une ancestrale tradition, c’est le nombre symbolique de l’alliance.


Mercredi 10 juin 2002, huit jour après la deuxième phase de remise en liberté conditionnelle, un mois avant la fin programmée de l’état d’urgence sanitaire établi en France le 23 mars 2020, cinq mois probables sous un couperet liberticide conservé!

Little Bird vit sa vie (3)

Hier, le jardin respirait joyeusement sous un ciel plombé.
La pluie est arrivée dans l’après-midi, bienfaitrice attendue,
Elle est tombée du ciel.
Avec Little Bird nous nous sommes confinés devant l’écran que nous avions un peu abandonné ces derniers jours où le soleil nous attirait irrésistiblement à l’extérieur.

Jamais à cours d’imagination, nous avons inventé un jeu « chercher l’erreur ».
Les écrans défilaient et l’oiseau piaillait « encore, encore » comme savent si bien le faire les enfants.
Et puis est arrivé l’écran masqué.
Et Little Bird est resté sans voix.
Que se passait-il dans sa tête de bois?
Car il a la tête dure, le volatile et quand il est certain de quelque chose, c’est pas vraiment facile de l’inciter à s’incliner.
A son image, je restais silencieuse.
Les questions, au dessus de nos têtes, se précipitaient dans une sarabande muette et endiablée.

Au bout d’un interminable instant, Little Bird laissa échapper dans un murmure :
« Facile, c’est le touareg l’erreur : lui, il a besoin de se protéger à la fois du soleil brulant et du sable piquant soulevé par le vent »

Et il s’est tu.
Dehors, la pluie tambourinait sur la véranda.
J’entendais la trotteuse de ma montre égrainer les secondes.
Interminables
Perdues dans mes pensées,
J’étais incapable de trouver la moindre répartie,
Mon pauvre oiseau semblait tellement bousculé.

C’est lui qui reprit la main.
« Il est pas drôle ton jeu, on arrête »
Et m’entrainant vers le réfrigérateur en quête de réconfort,
Il ajouta en haussant les épaules :
« Bon, on va pas se mettre à disserter au sujet de l’Invisible, ni au sujet de ce qu’on voit, de se qu’on a envie de voir, de ce qu’on jette pour oublier et de ce qui nous revient qu’on le veuille ou non, hein? Ca me fatigue d’avance! »

On s’est fait une tartine de fromage sur du bon pain et l’affaire était dans le sac.

Lundi 20 avril 2020 : le régime des « bons de sortie » limitant la liberté persiste, dans le brouillard au loin la liberté conditionnelle est annoncée pour le 11 mai. Dans la rue les gens sortent un peu plus. Aux arrêts de bus, les masques volent au vent, dans les caniveaux, ils flottent comme des bateaux ivres.

Instant présent

Impossible d’échapper à la rumeur du monde.
Heureusement, car elle est riche d’enseignements pour qui est curieux et à l’écoute de tout ce qui la fabrique, à chaque instant.

Ce matin, en France deux « actualités » surnagent dans un soucis « d’information ».

De nos jours plus que jamais, offerts en pâture universelle, les mots eux-mêmes perdent leur sens et leur latin! Cette constatation est un aparté!

Ce matin, en France, deux actualités écrasent de tout leur poids tous les instants présents du monde : le COVID19 et le 49.3!
L’un était absolument imprévisible, aucune manifestation n’avait été prévue pour tenter de l’écarter, aucune imagination ne l’avait proposé à l’indignation populaire.
L’autre était prévu depuis un bout de temps, je peux même imaginer que pas mal de personnes le désiraient ardemment, présentant des centaines d’amendements au sujet de simples tournures de phrases dans le seul but assumé « d’obstructionner » et donc de provoquer la venue de l’article et donc de pouvoir « logiquement » s’en indigner. Je parle de mon imagination, notez le.
Le fait est que j’ai entendu des personnes s’insurger sans vergogne, parlant même de « surprise » devant l’apparition « subite » et que je n’ai pu m’empêcher de voir des gamins feignant la surprise devant l’objet de leur délit!
Et oui, mon imagination est galopante, ce n’est pas un scoop!

A part ça… il pleut.

Donc l’actualité dégoulinante prise en charge par la téléréalité qui se repait de fange en tout genre nous parle d’un côté, de la gestion « d’un truc inattendu » qui se dissémine progressivement, d’un autre côté elle parle de la surprise « d’un truc attendu » qui a débarqué hier soir.

A part ça…il pleut!

Le ciel est si bas à l’instant, et d’un gris tellement plombé que je pourrais croire qu’il va me tomber sur la tête. Mais je sais que cette croyance eschatologique est invalidée depuis des siècles.
Dans l’instant présent et malgré les vrombissements du tonnerre indiquant la présence de la foudre dans le coin (c’est vrai, juste à l’instant, comme pour venir en aide à mon inspiration en perte de souffle!), dans l’instant présent, il y a des milliers de faits qui se déroulent dans le monde, je tape sur mon clavier, accueillant les mots qui se bousculent et tentant d’en faire les phrases tout en pensant à la peinture blanche qui m’attend et au rayon de soleil prévu dans l’après-midi.
J’ai prévu d’aller sur l’eau pour en profiter.
Mais sans surprise, je suis prête à changer d’avis et à m’adapter.

Pour l’instant, la pluie tambourine gaillardement sur le toit!

Et si on parlait d’à venir?

En voyant cette image, je fais un bond de trente ans en arrière.

A la maison, nous avions un ordinateur portable qui pesait aussi lourd que plusieurs noix de cocos fraiches. Il était cependant plus facile à attraper que celles qui étaient en haut du palmier qui habitait notre jardin de l’époque.

Sur écran noir, il affichait des caractères oranges et les enfants jouaient à « tetris » chacun leur tour lorsque nous leur laissions approcher ce nouveau « compagnon de boulot ».
Evidemment, il n’y avait pas de connexion, avec aucun réseau, sinon au bureau.
Le « www » était officiellement proclamé à la fin de 1990 mais pas vraiment accessible au commun des mortels!
Les salariés bossaient officiellement 40 heures par semaine. Le smic horaire s’élevait à 29,91 francs soit l’équivalent de 4,56 euros et le RSA n’avait pas encore été inventé.

Cerise sur le gâteau de ce temps lointain perdu dans un siècle achevé, nous n’imaginions pas un instant pouvoir un jour tapoter sur le clavier d’un « ordinateur » plus petit et moins lourd qu’un carnet d’adresse pour sac à main de jeune fille.

A quoi rêvions nous?
Certainement ni à la « retraite » ni à celle de nos enfants.

Un copain nous avait gentiment fait remarqué que nous avions prénommé Brice avec le même prénom qu’un écologiste réputé et nous lui avions fait remarquer que son fils s’appelait François. Personne n’aurait pu parier que Jacques, Nicolas, encore François puis Emmanuel laisseraient leur empreinte dans l’illustre série, ni que les verts se multiplieraient dans tous les sens et sur tous les bords d’un monde consommant à tout va.

C’est que s’il est commun de tirer des plans sur la comète, l’avenir est absolument inconnu.

Quand j’entends roder la rumeur au sujet de l’inconnu à venir, quand je vois des banderoles s’insurgeant au sujet de plans prévus pour dans trente ans, comment ne pas m’interroger ?

Il y a trente printemps de ça, j’ignorais absolument tout de ce que sont aujourd’hui mes enfants, comme j’ignore tout aujourd’hui de ce que nous serons demain, de notre environnement, du régime politique, de l’état des lieux qui nous sont familiers.

La vie n’existe que concomitante avec le changement et le mouvement.
Je me demande fréquemment quel élan morbide pousse tant de personnes à souhaiter que « rien ne change ».
Je me pose tout aussi fréquemment une question au sujet de l’illusion dans la quelle vivent tant de personnes qui déclarent avoir le pouvoir de « tout changer ».


Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

Communiquer

Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Empreinte (2)


2019 s’achève.
Avec ce billet, je termine le triptyque « Empreinte – Empreintes et Traces – Empreinte ».
Alors, il sera l’heure de m’envoler à nouveau pour passer la frontière et sauter vers 2020.

L’avenir est totalement inconnu, tout à fait imprévisible.
Il est certainement tout tracé en fonction des pas qui le précédent.
Traces et passages racontent le mouvement, la danse que la vie mène.
A mes yeux, l’empreinte est moins palpable souvent, elle apporte un enseignement, un appui, un point fixe qui permet de chercher plus loin.

(Et oui, je suis allée regarder fouiller autant dans la lexicographie que dans l’étymologie avant de trop m’avancer)

Désormais, depuis le début de l’année qui s’achève et dans « l’ordre des choses » de la lignée familiale, je suis la prochaine sur la liste des départs vers l’infini.
Il en va ainsi lorsque « papa-maman » ont abandonné leur présence terrestre.
L’imprévu peut jouer des tours, l’imprévu est ce qu’il est : il faut le considérer mais il est impossible à prévoir!

De mes parents, il reste des traces et des empreintes, un héritage pourrait-on affirmer.
Avec l’héritage en argent comptant, j’ai acquis un appartement et je suis en train de le transformer en nid à ma mesure, juste et précisément à « ma mesure », à mon seul goût, à mes sens uniques, sans partage. Pas à pas, à coups de scie, de marteau et de chèques, je l’ajuste à mon être bien.

Dans le même temps, je libère l’espace de la maison (celle du fond de l’impasse) d’une multitude de traces que les enfants n’auront pas la charge d’effacer : ces accumulations d’objets qui n’ont pas d’autre sens que la consommation reposant sur le goût pour la possession inculqué de manière transgénérationnelle.
Il y aurait une petite chanson humaine qui dirait :
« J’ai donc je suis.
J’abandonne, donc je m’estompe
Je laisse donc je disparais. »

Et alors… qu’est donc l’empreinte?

J’ai hâte de vivre, de danser la suite, plus légère que jamais.
Joyeusement présente,
Absente sans malice,
Définitivement joueuse.

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

Au clair de la lune

Impossible de passer à côté, même en étant dans la lune, de toutes part les médias en parlent : il y a cinquante ans, les gamines de mon âge ont entendu grésiller une langue étrangère dans le poste de radio et c’était un pas de géant pour l’humanité.

Il y a cinquante ans, tout était permis.
En France les femmes mariées n’avaient pas encore obtenu l’autorité parentale mais elles y travaillaient tandis que la pilule enfin légalisée permettait aux plus délurées de chanter « sex, peace and love » sans peur du lendemain.
Dans mon quartier l’épicerie du coin s’était transformée en « libre service » ce qui permettait de dépenser plus en imaginant faire des économies.
Dans nos assiettes, le « congelé » faisait son apparition : le poisson pané était une nouveauté incontournable, tout comme les petits pois, à déguster bien verts et bien craquants sans se fatiguer ni à les cueillir ni à les écosser.
A la maison, il n’y avait ni télévision ni téléphone mais j’avais lu « 2001: l’odyssée de l’espace ».

Tout était permis, surtout les rêves.

Alors, qu’un humain aille se promener sur la lune, c’était à la fois extra-ordinaire et assez normal.

Aujourd’hui, tout est interdit.
La France est pétrifiée de peur.
Peur de tout,
Peur de rien,
Il semble que seule « la loi » puisse rassurer,
La « bonne » loi, évidemment!

Ce qui me fait rire c’est de penser que des gars sont allés sur la lune grâce à l’argent des impôts payés par les américains, les gars ont fait des selfies, ils les ont envoyé au monde entier, puis, ils ont laissé les détritus éparpillés sur place parce que personne n’avait eu l’idée d’aller poser une poubelle sur la lune (trop sauvage le coin, trop loin, trop beau), ils sont remonté dans leur véhicule, et hop, ils sont rentrés en héros et on en parle encore.
C’était tellement « super » que d’autres y sont allés, laissant aussi leurs ordures avant de revenir.
Finalement, c’est exactement comme les touristes qui vont pique-niquer dans un coin désert, ils arrivent avec des sachets pleins de nourriture prête à être ingurgitée, il la bouffent, il se baladent un peu (pas trop loin, c’est fatigant) puis ils laissent leurs détritus (ben oui, c’est trop lourd à remporter, quoi!) et ni vu ni connus…

Vous ne me croyez pas?
Au total, il y a sur la lune 180 tonnes de matos divers abandonnées après six « missions » humaines.
180 tonnes!
Dont trois jeeps, des balles de golf, des sachets d’excréments et d’urines, 12 paires de bottes spatiales et j’en passe.

Et donc, c’est pas grave…
C’est pas plus « grave » que tout le matos en orbite autour de la planète bleue…
C’est normal même.
Ne sont-ce pas des espèces de héros qui laissent trainer « tout ça »?

L’humain est décidément un animal exceptionnel, tellement doué pour produire du superflu en étant convaincu que c’est absolument indispensable.

L’humain est décidément un formidable animal, capable de penser que ce qui est à tout le monde n’est factuellement pas vraiment à quelqu’un, donc probablement à personne et donc disponible pour « tout le monde » mais pas tout à fait parce que « tout le monde » c’est seulement « moi » et surtout pas « le concurrent »!

Allez, la vie est juste merveilleuse,
Je vais lancer un fil jusqu’à la lune, je danserai dessus en riant
Comme je joue sur l’arc en ciel de mes perplexités,
Tranquille et libre dans ma tête,
En cueillant des étoiles de bonheur.