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Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

Communiquer

Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Empreinte (2)


2019 s’achève.
Avec ce billet, je termine le triptyque « Empreinte – Empreintes et Traces – Empreinte ».
Alors, il sera l’heure de m’envoler à nouveau pour passer la frontière et sauter vers 2020.

L’avenir est totalement inconnu, tout à fait imprévisible.
Il est certainement tout tracé en fonction des pas qui le précédent.
Traces et passages racontent le mouvement, la danse que la vie mène.
A mes yeux, l’empreinte est moins palpable souvent, elle apporte un enseignement, un appui, un point fixe qui permet de chercher plus loin.

(Et oui, je suis allée regarder fouiller autant dans la lexicographie que dans l’étymologie avant de trop m’avancer)

Désormais, depuis le début de l’année qui s’achève et dans « l’ordre des choses » de la lignée familiale, je suis la prochaine sur la liste des départs vers l’infini.
Il en va ainsi lorsque « papa-maman » ont abandonné leur présence terrestre.
L’imprévu peut jouer des tours, l’imprévu est ce qu’il est : il faut le considérer mais il est impossible à prévoir!

De mes parents, il reste des traces et des empreintes, un héritage pourrait-on affirmer.
Avec l’héritage en argent comptant, j’ai acquis un appartement et je suis en train de le transformer en nid à ma mesure, juste et précisément à « ma mesure », à mon seul goût, à mes sens uniques, sans partage. Pas à pas, à coups de scie, de marteau et de chèques, je l’ajuste à mon être bien.

Dans le même temps, je libère l’espace de la maison (celle du fond de l’impasse) d’une multitude de traces que les enfants n’auront pas la charge d’effacer : ces accumulations d’objets qui n’ont pas d’autre sens que la consommation reposant sur le goût pour la possession inculqué de manière transgénérationnelle.
Il y aurait une petite chanson humaine qui dirait :
« J’ai donc je suis.
J’abandonne, donc je m’estompe
Je laisse donc je disparais. »

Et alors… qu’est donc l’empreinte?

J’ai hâte de vivre, de danser la suite, plus légère que jamais.
Joyeusement présente,
Absente sans malice,
Définitivement joueuse.

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

Au clair de la lune

Impossible de passer à côté, même en étant dans la lune, de toutes part les médias en parlent : il y a cinquante ans, les gamines de mon âge ont entendu grésiller une langue étrangère dans le poste de radio et c’était un pas de géant pour l’humanité.

Il y a cinquante ans, tout était permis.
En France les femmes mariées n’avaient pas encore obtenu l’autorité parentale mais elles y travaillaient tandis que la pilule enfin légalisée permettait aux plus délurées de chanter « sex, peace and love » sans peur du lendemain.
Dans mon quartier l’épicerie du coin s’était transformée en « libre service » ce qui permettait de dépenser plus en imaginant faire des économies.
Dans nos assiettes, le « congelé » faisait son apparition : le poisson pané était une nouveauté incontournable, tout comme les petits pois, à déguster bien verts et bien craquants sans se fatiguer ni à les cueillir ni à les écosser.
A la maison, il n’y avait ni télévision ni téléphone mais j’avais lu « 2001: l’odyssée de l’espace ».

Tout était permis, surtout les rêves.

Alors, qu’un humain aille se promener sur la lune, c’était à la fois extra-ordinaire et assez normal.

Aujourd’hui, tout est interdit.
La France est pétrifiée de peur.
Peur de tout,
Peur de rien,
Il semble que seule « la loi » puisse rassurer,
La « bonne » loi, évidemment!

Ce qui me fait rire c’est de penser que des gars sont allés sur la lune grâce à l’argent des impôts payés par les américains, les gars ont fait des selfies, ils les ont envoyé au monde entier, puis, ils ont laissé les détritus éparpillés sur place parce que personne n’avait eu l’idée d’aller poser une poubelle sur la lune (trop sauvage le coin, trop loin, trop beau), ils sont remonté dans leur véhicule, et hop, ils sont rentrés en héros et on en parle encore.
C’était tellement « super » que d’autres y sont allés, laissant aussi leurs ordures avant de revenir.
Finalement, c’est exactement comme les touristes qui vont pique-niquer dans un coin désert, ils arrivent avec des sachets pleins de nourriture prête à être ingurgitée, il la bouffent, il se baladent un peu (pas trop loin, c’est fatigant) puis ils laissent leurs détritus (ben oui, c’est trop lourd à remporter, quoi!) et ni vu ni connus…

Vous ne me croyez pas?
Au total, il y a sur la lune 180 tonnes de matos divers abandonnées après six « missions » humaines.
180 tonnes!
Dont trois jeeps, des balles de golf, des sachets d’excréments et d’urines, 12 paires de bottes spatiales et j’en passe.

Et donc, c’est pas grave…
C’est pas plus « grave » que tout le matos en orbite autour de la planète bleue…
C’est normal même.
Ne sont-ce pas des espèces de héros qui laissent trainer « tout ça »?

L’humain est décidément un animal exceptionnel, tellement doué pour produire du superflu en étant convaincu que c’est absolument indispensable.

L’humain est décidément un formidable animal, capable de penser que ce qui est à tout le monde n’est factuellement pas vraiment à quelqu’un, donc probablement à personne et donc disponible pour « tout le monde » mais pas tout à fait parce que « tout le monde » c’est seulement « moi » et surtout pas « le concurrent »!

Allez, la vie est juste merveilleuse,
Je vais lancer un fil jusqu’à la lune, je danserai dessus en riant
Comme je joue sur l’arc en ciel de mes perplexités,
Tranquille et libre dans ma tête,
En cueillant des étoiles de bonheur.

Tous les chemins mènent à Rome (10)

Dimanche 22 septembre 2013 : Principina a mare – Ansedonia

Une peu avant l’aube, j’ai été réveillée par le silence.
Ce n’était pas du tout ce qui était prévu par la météo, en deux secondes, j’ai saisi la chance qui s’offrait, hop, hop, hop, il fallait plier très vite et prendre la mer pour passer la zone sans abris avant que le vent ne se lève à nouveau.

Je me suis pressée comme jamais et 45 mn après, je partais avec un seul objectif : faire 10km puis faire le point et envisager la suite.
La suite ? c’était au loin la presqu’ile de Monte Argentario avec quelques questions suspendues: Contourner? Passer par la lagune? Envisager un long portage?  
Je n’avais aucun plan précis en vue.

En longeant la longue zone marécageuse du delta de l’Ombrone puis les plages du parc naturel d’Uccellina, j’étais vraiment heureuse d’avoir été stoppée à temps par le vent de la veille. J’avais ainsi évité le risque de me trouver coincée dans ce coin très beau, mais infréquentable et probablement envahi par les moustiques.

Un frémissement de brise se fit sentir en arrivant au pied des falaises, mais je me retrouvais presque instantanément à l’abri du relief.
Le paysage était magnifique.
Le calme était idyllique.

Arrivée à Talamone, j’ai trouvé une crique idéale pour une pause casse-croute. J’avais parcouru la distance espérée et j’avais plusieurs choix à envisager.
Le vent s’établissait peu à peu et je pouvais tourner la carte dans tous les sens, j’en était certaine, il m’offrait un idéal downwind en direction de Monte Argentario.
Donc… Quelque soit ma décision de contourner ou non, les conditions étaient idéales pour y aller!
Hop, hop, hop, let’s go. Quelques instants plus tard, les moutons se multipliaient à la surface de l’eau, je naviguais au portant, délicieusement.

Evidemment, ces conditions étant bien installées, elles excluaient, de fait l’idée de contourner la presqu’ile. J’avais vraiment la flemme de me payer le ressac le long des falaises sur tout le pourtour, d’autant plus que j’imaginais bien quelle pouvait être sa puissance sur la côte au vent.
J’entrai donc dans le canal.

D’après les papiers, le canal allait me permettre de rejoindre Orbetello. Je le suivais donc au delà des parkings à bateaux et le plus loin possible, c’est à dire jusqu’à lire : « réserve de pêche, navigation interdite » devant un barrage. A joelle rien d’impossible. J’ai commencé par me restaurer et j’ai franchi le barrage à pieds mais sans vergogne et je me suis retrouvée dans la lagune, direction Orbetello!
Je ne sais pas quelle espèce de poissons était « réservée », mais c’étaient de belles bêtes plutôt énormes qui semblaient se réveiller sur mon passage, me saluant à coup de simple ou double salto fort bruyants avec moultes éclaboussures.  
Je visais la « route digue » mais aucun pont, aucun passage par l’eau ne se dessinait à l’horizon. Je commençais à imaginer un nouveau portage. Mais plus j’avançais et plus la possibilité d’un passage « à plat ventre » sous la digue se précisait.
Ni une ni deux, arrivée au ras de la ville, sous l’oeil surpris des passants, je me dirigeais vers la digue, je m’allongeais sur la planche, la tête bien à l’abri de mon sac (je me disais que si le sac touchait, il me protègerait  et j’avais tout le temps de faire un demi-tour, certes peu glorieux, mais tout à fait safe) Et banco, ça passait LARGEMENT!  
J’étais dans la deuxième lagune. Il restait à en sortir. 
Il y avait un club nautique et une « petite foule » en train de suivre une régate d’optimist. J’ai accosté.
A nouveau, je dois noter que l’accueil fut chaleureux. En découvrant la raison de ma présence dans le coin, les gens étaient enthousiasmés. C’est ainsi qu’une dame me signala l’existence d’un canal de sortie « là-bas ».
Je remarquais illico l’orientation idéale, pile poil « downwind ». Je ne comprenais rien à la logique du vent, mais le fait était là  
Au pire, si le canal était « bouché », il y avait 300m de terre plein à franchir à pieds. A joelle rien d’impossible, c’était le jeu du jour et il était trop tentant. Hop, hop, hop, je repartais sans aucune idée précise de ce que j’allais faire une fois « au bout ».

Inutile de dire que la traversée fut rapide.
Il restait à trouver le canal.
Premier essai : raté. J’ai simplement réussi à faire décoller une nuée de flamants roses  et il a bien fallu constater que j’étais dans une impasse.
Après un demi-tour, face au vent, j’ai entrepris de lorgner du côté de la zone de pisciculture que j’avais dédaigné du fait de la présence de bâtiments, de filets et autres bassins à remous. 
Un filet masquait l’entrée d’un canal.
Hop, j’y filais, me glissant entre les mailles des larges trous.
Au bout un barrage, du même type que celui que j’avais déjà franchi.
Bis repetita.
 
Une fois à pied d’oeuvre, c’est à dire planche amarrée et prête au débarquement des bagages, j’ai entendu un bruit de moteur  En levant les yeux, j’ai vu un gros 4×4 sur le barrage. Au point où j’en étais, à l’heure où nous en étions, mon élan fut à peine stoppé, je grimpais sur le terre-plein et je demandais à l’homme qui était descendu de voiture quel était le chemin pour rejoindre la mer.  
Comme il m’expliquait qu’il fallait retourner d’où je venais, je tentais de lui expliquer d’où je venais… Justement!
Et hop, je sortais de mon sac, la carte où se pointaient mes étapes et je lui mettais sous le nez l’attestation très officielle de la FFS!
Tatatadammmmmm, ce fut un laisser-passer magique! L’homme me montra le bon canal à prendre (il y avait un croisement de canaux de l’autre côté du barrage).
Il y avait un lourd portail électrique à franchir, qu’il ouvrit. Et comme s’il fallait à tout prix passer très vite, il m’aida au transbordement de tout le bazar. Puis il monta dans son 4×4 et s’en fut à ses affaires.
Je prenais le large sans hâte, souriant à l’idée de la scène qui venait de se dérouler.

Comme prévu, après environ 1 km, je sentais la mer s’approcher. Encore un virage, et je m’attendais à la découvrir.
Mais,
Un mur barrait le chemin, de part en part.
Un mur? Pas tout à fait… un mur barrage… et j’en étais certaine, ça passait « à plat ventre », une fois de plus.
J’ai quand même attendu d’être passée pour prendre la photo! (la deuxième en début de ce billet)
Quelle immense sentiment de bonheur que celui qui m’envahissait : j’avais l’impression d’avoir atteint la libération!

Le fin de la journée ne pouvait qu’être émerveillement et c’est ce qu’il advint.

J’étais remplie de gratitude après l’incroyable journée que je venais de passer. En m’endormant, j’en étais encore étonnée. J’étais partie, le matin, pour une dizaine de kilomètres et le soir après bien plus, j’avais réussi à franchir sans effort le dernier « obstacle » du trajet vers Rome.
C’était juste délicieux.

Lundi 23 septembre 2013 : Ansedonia –  Tarquinia Lido

C’est vers le sud que j’ai regardé en ouvrant mes « volets »  
Là-bas, au loin, mon arrivée se précisait.
Tous les obstacles semblaient passés. Je ne doutais quasiment plus de pouvoir y arriver. Dans certains scenarii pessimistes, je m’étais même convaincue qu’arriver à Civitavecchia (le port des paquebots à destination de Rome) serait satisfaisant.
Et Civitavecchia était à portée de pagaie, donc Fregene était un objectif raisonnable pour la semaine qui s’ouvrait.
Mieux et cerise sur le gâteau, j’avais désormais toutes les chances en main, je pouvais arriver à temps pour vivre la BOP (super évènement californien où ET était de la partie) en direct devant mon ordinateur.
Evidemment, je nageais en plein paradoxe, car si je me voyais déjà à la maison devant l’ordinateur, je n’avais pas du tout envie d’en finir avec ce trip, j’avais envie de ne pas en perdre une miette, envie de prolonger un maximum.
J’ai donc instantanément débranché mon disque dur de cerveau têtu tourbillonnant bouillonnant.
 
Pour commencer, il fallait viser la cheminée rouge et blanche d’une centrale électrique. Peu ou prou, je m’avançais inexorablement vers un retour à la civilisation.  
Une plage était située au pied de la centrale dans une dernière crique juste avant une mini pointe, puis des barbelés signalaient la zone industrielle. Au pied de l’immense cheminée, les bâtiments clignotaient, sifflaient, ronchonnaient.
Enfin, s’ouvrait une plage de sable noire, couverte de cadavres aux troncs blanchis. En ne regardant que le côté plage, en coupant bâtiments, cheminée et barbelés, la vue avait un certain charme

Il faisait une chaleur torride sur ce sable noir, je n’ai pas traîné.

S’ensuivit un long cheminement le long d’une interminable plage quasi déserte.

La brise thermique ne tarda pas à se lever. Afin de l’éviter, autant pour allonger le temps, que pour couper la monotonie de la progression, je m’arrêtais sur une des plages de Montalto Marina.
L’accueil sur « Antonio Spiaggia » fut des plus chaleureux. J’ai bien senti que le propriétaire (un surfeur romain) aurait vraiment aimé que je reste pour la nuit sur « sa » plage, il m’offrait un bel espace, une douche et un énorme paquet de sandwiches avec tout ce dont je pouvais rêver comme soda à boire.
J’ai commencé par faire une balade, dans une marina vidée de ses touristes, il n’y avait RIEN à voir!
Il n’y avait pas grand chose à faire non plus  J’ai longé le front de mer, et pour exciter ma gourmandise, j’ai regardé du côté des quelques glaciers qui restaient ouverts. Pour passer le temps, j’ai finalement choisi l’association  citron/framboise.
Après une sieste à l’ombre, la brise commençait à faiblir, j’ai repris la mer.
La journée s’achevait.
J’envoyai les news à Michel où je m’avançais en hypothèses : « Si les pressions restent hautes, il me reste deux étapes; ça sent la grande ville, on entend les avions aller et venir. »
Et je regardais une fois de plus vers l’arrière, comme pour mesurer le chemin parcouru. Au loin Monte Argentario et Isola del Giglio (là où gît encore le Costa Concordia)

Tous les chemins mènent à Rome (12)

Mercredi 25 septembre 2013 : Marina di San Nicola – Fregene – Rome

Dernier bivouac
Dernier matin, regard tourné vers l’horizon, en direction du but, désormais bien visible.
Dernière mise à l’eau avec tout ce « bazar », le minimum à la fois indispensable et largement suffisant pour affronter toutes les situations qui s’offraient.
A chaque départ je regardais derrière « de peur » d’oublier quelque chose, à chaque départ, juste après ce coup d’oeil en arrière, j’étais heureuse en me disant que TOUT tenait à si peu de chose, prenant à la fois tant d’importance et si peu de place.

Je longeais la plage et la ville était en filigrane, en fond sonore et visuel. Tout au long du trajet, des hommes s’affairaient à enlever les corps-morts qui maintenaient en place les bouées de l’été.
J’avais l’impression « qu’on » pliait derrière moi, j’arrivais vers mon but et le spectacle était terminé

Fregene est une petite ville de banlieue, une petite station balnéaire sans immeubles en front de mer. Il fallait trouver la plage « Miraggio » sur laquelle j’avais prévu d’arriver, j’ai donc longé très lentement la succession des plages privées encore endormies, cependant visiblement plus luxueuses les unes que les autres.
Pourquoi « Miraggio » et pas une autre?
Certainement parce que s’y tient un club de SUP.
Quand j’avais croisé celui qui l’anime, lors d’une compétition à la fin juin, je lui avais fait part de mon projet italien/romain. Il l’avait accueilli avec un enthousiasme tout méditerranéen.
Au fil des semaines et des messages sans réponse, mon inquiétude était tombée, l’accueil serait tel que je le souhaitais « sans tambour ni trompette ».  

Cette plage restait cependant « la » plage que je devais viser parce qu’il fallait bien décider d’un point d’atterrissage.  

Il ne fait aucun doute que j’avais fait le bon choix. Bien qu’arrivant « comme tombée de la lune », j’ai trouvé sur cette plage un « salvataggio » incroyablement cordial et compréhensif, maîtrisant parfaitement la langue de Molière.
Le « hasard » fait décidément parfaitement son boulot!  

Les « champions » locaux étant en partance pour la BOP c’est un « associé » qui se retrouva, au saut du lit et après un appel téléphonique surprise, avec mon encombrante arrivée à gérer.
Il choisit finalement de ne pas déléguer l’affaire, bien qu’il eut visiblement de nombreux autres chats à fouetter!  
Il me restait à l’attendre.
Avant de le voir arriver, j’ai eu tout à loisir le temps de ranger mon matos, de prendre une douche froide, de m’habiller en citadine et de manger le pain qui me restait et même d’aller remercier le gars de la plage m’avait vu débarquer. Il m’avait bien aidée en téléphonant à « l’associé » pour lui expliquer ce dont j’avais besoin : rentrer à la maison!

Peu après, « l’associé » me posait en haut d’un passage souterrain qu’il fallait franchir pour atteindre la billetterie de la gare de banlieue et retournait à ses affaires.
La planche était restée au club.
Je n’avais plus que mes deux sacs et mes deux pagaies pour terminer le voyage, j’étais à nouveau en autonomie et sans assistance.  
Il me restait une pomme, des amandes, une canette et tout le temps qu’il fallait : à la mi-journée, les trains ne passaient que chaque 45 mn et j’en avais raté un!

Une fois dans le train, en moins de 5mn c’était l’entrée et la traversée de Rome. En passant au dessus du Tibre, j’ai pensé que j’avais été bien inspirée de ne pas tenter d’y naviguer, la couleur de l’eau n’était pas vraiment attirante.  
La gare centrale Roma Termini est gigantesque.
Dans la rue, j’ai posé une photo en souvenir.

Puis, j’ai traîné mes sacs bien lourds vers le guichet où l’employé tenait absolument à me vendre le billet le moins cher, j’ai déposé les bagages à la consigne et j’ai traîné mes guêtres (enfin mes tongs) en ville.  
Guère motivée par le tourisme monumental, j’ai cédé devant les gourmandises sucrées.
La journée s’achevait.
Après un passage dans un cybercafé, je suis retournée à la gare.
Il n’était plus question d’attendre que le vent se calme, il fallait attendre l’arrivée du train de nuit… C’était déjà presque une autre histoire.


Etiquettes


Hier, tandis que je pliais les vêtements de ma petite fille (5 ans) après qu’elle se soit changée pour le cours de danse, j’ai constaté que sa jupe portait encore l’étiquette du magasin.
J’imaginais A. au petit matin, fouillant dans son tiroir, choisissant la jupe qui lui plaisait et l’enfilant prestement sans rien demander. Depuis, elle se promenait, sans le moindre soucis et sans que personne ne le sache, avec une étiquette cartonnée battant sa petite croupe.
Si sa maman est accro aux belles étiquettes de « bonne » marque des rues chics, la fillette n’en a que faire, ce qui lui importe c’est la couleur, les froufrous et aussi l’harmonie : j’ai été admirative en la voyant enfiler « pour sortir » le cardigan jaune citron qui trainait dans l’entrée, il était tout a fait assorti aux couleurs acidulées et printanières de la jupe qu’elle avait choisi pour accompagner sa journée et ses maintes acrobaties en skate, vélo ou escalade dans les arbres… sans la moindre anicroche, il faut le souligner.

Ce matin, j’ai envoyé à un ami artiste le texte qu’il m’avait demandé.
Soucieux du copyright comme pour lui-même, il m’informa en retour du nom qu’il allait mettre en signature et me questionna avec cette phrase : « Souhaites-tu que je rajoute un de tes titres honorifiques? »
A quoi je répondis illico presto : « Tu sais que je ne suis rien sinon « joelle avec deux ailes »… En fait je ne sais pas vraiment qui je suis et l’étiquette qui s’affiche est en générale celle qu’on me colle. Tu fais ce qui te chante, l’important n’est-il pas ce qui fait sens pour toi ? »

Et l’ami artiste étant un véritable ami, il accrocha délicatement une merveilleuse étiquette à la signature bien carrée, une étiquette à deux titres, voletant librement dans la brise au bout d’un cordonnet que lui seul était capable d’inventer, comme un lien subtil qui nous attache sans nous entraver.

Je vais la laisser en place.
Ni pour la marque, ni pour rien,
Juste parce que toutes les acrobaties restent permises
Même avec cette étiquette!


Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…

Danser sur le fil


Nous sommes à ce jour plus de sept milliards de terriens (population mondiale)

Ce genre de billet mijote depuis des jours et des jours.
Comment essayer d’en partager le fumet quand le nombre d’ingrédients mis dans le bouillon dépasse l’entendement?
Suivant l’air du temps, penchée sur la casserole, je capte une exhalaison plus qu’une autre et tenter d’en décrire les subtilités reviendrait à fausser ce dont j’ai envie de débattre.
Suivant la lumière passante, penchée sur la casserole, je capte certains borborygmes plus que d’autres et décrire ceux qui m’éclatent à la figure reviendrait à fausser la saveur de ce que je ressens.
Que je me penche sur la casserole les pieds sur terre ou la tête dans les étoiles, et mon point de vue se trouve complètement tourneboulé, comment alors poser l’impression de mon vertige sans que le trouble précipitant n’opacifie le propos ?

Car, il est un fait certain : je suis bien debout sur mon fil, debout sur ce fil tendu entre mes paradoxes. Le fil est parfois tendu à la limite de la rupture et il tient cependant et je danse avec joie. D’autre fois, il est d’une souplesse déconcertante, a tel point qu’il est difficile d’y marcher sans risquer un faux pas et cependant je marche.

Vers plus loin…

Nous sommes plus de sept milliards de terriens.

Ce matin, en ouvrant ma fenêtre sur le monde, mon fil est entré en vibration mais je n’ai pas renversé mon café, j’ai tellement l’habitude de gérer l’équilibre malgré les vibrations…

C’est que ce matin, en cliquant sur le programme de « Nature Nomade, le festival Nantais des grands voyageurs » (Je me permets de ré-écrire à ma sauce le titre médiatique  « le festival des grands voyageurs nantais » car il y a surtout des « pas nantais » parmi les invités et je considère que si le festival est bel et bien nantais, les « grands voyageurs » invités ne le sont pas… Pfffff, je me fatigue souvent moi-maime… bref) donc, en ouvrant le programme proposé par un super pote, je suis tombée directement sur Thoreau!
Et alors!
C’est que ce gars là est devenu très à la mode. Je l’ai déjà cité ici même.
Et remarquablement quelque temps après l’avoir cité, j’avais surpris le dernier de mes fils en train d’arpenter la lecture de… Walden!
Alors quoi?

Et bien c’est que nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards de terriens!
Et c’est qu’à la mort de Thoreau en 1862, il y avait tout juste un milliard et demi de terriens.
Et je ne parle même pas de la « mise à la mode » de propos prêtés à des « philosophes antiques »  n’ayant laissé de traces que dans la prose de leurs « élèves », lesquels vécurent à une époque lointaine où la population mondiale n’excédait pas quelque centaines de millions de terriens!

Je sais pas ce que « les autres » vivent dans leur for intérieur, qu’il soit plutôt fort ou plutôt faible, mais des trucs tout bêtes « comme ça » me mettent en transe!
Cet acharnement à disséquer ce qui n’existe plus pour tirer des plans sur une comète qu’on ne voit pas me hérisse.
Et tous ces actes tellement « merveilleux » qui consistent à parler de « sauvetage » d’une planète qui ne nous appartient pas à travers les actes bienveillants de personnes qui sautent d’un avion à l’autre (même si parfois ils font du vélo en famille) me troublent comme est flouté l’air agité par la mise en marche des réacteurs des gros porteurs sur les « tarmac » embouteillés des grands aéroports.
Je ne sais pas, mais je sais que pour moi, ce sont des moments où je ne réussis plus à déterminer si j’ai les pieds sur terre ou si j’ai la tête dans les étoiles.

C’est simplement très inconfortable.

L’autre jour, en balade, au coeur de la nature nous parlions de cet inconfort et de la névrose ambiante. Nous en parlions tout en dansant sur nos fils respectifs, l’ami et moi. Et alors que j’avais emporté un sac pour ramasser des champignons, nous ne nous sommes  pas une seule fois baissés pour prélever les détritus qui parsèment la nature. Pire, nous avons plaisanté en notant ostensiblement ce que nous ne faisions pas, en relevant que ni pires ni meilleurs nous étions des humains d’aujourd’hui, simplement humains.
C’est que nous étions en balade poétisante et pas en expédition « nettoyage-commando-pour- sauver-la-planète-sur-facebook ».

Et vous savez quoi ?

Nous étions d’accord sur un fait : c’est parce que nous sommes vraiment conscients de l’abîme qui sépare nos paradoxes que nous sommes  en équilibre variable mais stable.