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De l’imprévisible

De l’imprévisible

Les pré-visions persistent et leur fiabilité reste de l’ordre météorologique, bien loin du moyen terme et encore plus éloignées du long et très long terme.
Pourtant certaines personnes s’acharnent à les afficher comme définitives!

Ce qui bouscule, en cette période qui peut paraitre trouble alors même qu’elle n’est que « normale » c’est à dire humaine, ce qui bouscule c’est qu’il devient impossible de prévoir quoi que ce soit avec la certitude d’une réalisation certaine.

Entendons nous bien : il m’est souvent arrivé de faire une promesse en ajoutant  » sauf accident » ou « si je ne suis pas morte  » car je suis vraiment claire avec les aléas de la vie. Mais, jusqu’en mars dernier, faire tout un tas de projets et imaginer pouvoir les réaliser peu ou prou « sauf accident » façonnait mon quotidien.

En ce moment, c’est « autre chose »!

Un « truc » aussi simple que la présentation (par une personne chère) d’une thèse tel jour à telle heure en présence d’un jury invité en temps et en heure pour se réunir dans un lieu réservé peut se transformer en visio-présentation sans apéro à la suite ou en report pur et simple.
Un truc aussi simple qu’un voyage sur une île pour « voir la famille » peut être annulé par « l’air du temps » sans qu’il soit possible de placer un mot.
Un truc aussi simple que la rencontre d’une amie qui serait envisagée deux mois à l’avance peut tomber à l’eau sous un prétexte venu « d’en haut ».

Nous vivons désormais non seulement avec la conscience de l’imprévisible espiègle (celui qui est le piment de la vie) mais en plus chargés d’un poids sociétal qui empêche tout élan simple vers « plus loin ».

Dans le « monde d’avant », en temps qu’individu vivant dans une société, aller « plus loin » sur « mon » chemin, c’était y aller en ressentant davantage les bienfaits apportés par cette société que les entraves qui en sont la conséquence.

Et voilà qu’un petit amas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2ème, est venu régner en souverain couronné sur la planète!
Depuis son avènement, un jour imprécis, au fond d’un gigantesque état d’où sortent, dans d’immenses containers, la plupart des objets manufacturés que nous consommons, le petit roi a fait son chemin. S’échappant sans crier garde, il a conquis la planète et imposé sa loi.
A toute vitesse, il est devenu le plus célèbre des tas d’ARN, détrônant sans vergogne toute une faune déjà répertoriée.

Et aujourd’hui, il est impossible de prévoir quoi que ce soit sans tenir compte de la présence avérée ou parcellaire de sa majesté SRAS-Cov-2ème.

L’imprévisible n’est plus vraiment ce joyeux petit piment qui peut débarquer quand tout a été prévu.
L’imprévisible est devenu « d’état » et c’est un boulet à traîner pour qui souhaite encore prévoir une évasion à plus longue échéance que les prévisions météorologiques fiables.

Il est devenu très urgent, pour vivre encore et aller plus loin encore, il est devenu urgent de relativiser, de placer chaque fait sur sa bonne échelle.
Car pour avancer en confiance, il est nécessaire de s’épargner les chocs contre les panneaux d’interdiction, indispensable de lever les pieds pour éviter les innombrables infox et vital de garder une vue sur l’horizon.

Lundi 14 septembre 2020, bientôt 20 semaines après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est encore et toujours « en vigilance » et chaque jour il est possible d’entendre égrainer les chiffres au sujet du nombre de personnes « non malades » mais « testées positives ». S’y ajoute maintenant le comptage de quelques décès quotidiens en lien avec la Covid. Il est actuellement interdit de circuler dans ma ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.

Individualisme

C’est dans l’air du temps!

C’est dans l’air du temps, les citoyens sont prévenus de toutes parts, souvent avec un ton assez paternaliste : il faut agir collectivement!

Collectivement!

Et agir collectivement pour répondre à l’injonction telle qu’elle est délivrée, c’est agir individuellement tous de la même manière, en abandonnant la notion d’individu pour passer à celle de personne, c’est à dire en restant masqué!

C’est compliqué « tout ça »!
Car alors que l’individualisation est souvent recommandée, l’individualisme est souvent reproché.
L’individualisme, conquête de notre époque, allègrement conjugué à toutes les sauces, trimbale généralement une connotation plutôt négative.
Je dirais de plus en plus négative et j’ajouterais que dans le contexte actuel, certains regards en disent long et jettent un jugement vraiment très négatif aux individus soupçonnés d’individualisme . (Je conseille une balade dans l’ouvrage de Marie-France Piguet : Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, CNRS Editions, 2018, ISBN: 9782271095237)

C’est compliqué dans notre système de croyances où il y a un début et une fin , où donc le blanc n’est pas le noir, où l’ombre n’a rien à voir avec la lumière, où c’est l’un mais pas l’autre tandis qu’ailleurs, dans d’autres systèmes de pensée, il est super simple d’envisager le noir ET le blanc, l’ombre ET la lumière, l’un et l’autre absolument intriqués et tout à fait indissociables.

Ce matin, je lis cette question sur le FB d’une relation : « Mais dites moi, comment gérez vous tout cela ?
Moi je ne crois plus personne, et plus l’histoire avance et plus je fais en sorte de vivre le plus sereinement partout où je suis, masqué ou pas… »

Comment gérer?
Gérer moi-je, moi-individu?
Gérer mon personnage, moi, la citoyenne bien insérée dans une société qui me parait vraiment assez correcte par rapport à bien d’autres que j’ai pu côtoyer en vrai?
Gérer « tout cela »?

Alors, d’abord, « tout cela », je laisse tomber, je n’ai aucun pouvoir pour « gérer » ce qui est indéfinissable, je suis tout juste capable de considérer la présence constante de l’imprévisible, de savoir qu’il fait partie de chacune de mes aventures ; mon passage de vie entre la naissance et la mort étant définitivement la plus grande et la plus longue aventure, celle qui contient les autres.

Comment gérer « moi-je » ?
Comme d’habitude, en étant qui je suis : exigeante, scientifique, gamine, curieuse, espiègle, solitaire, etc.
Comment est-ce que cette « gestion » se traduit dans mon quotidien?
Et bien j’écoute la radio le matin et je regarde la fenêtre qui donne à voir le monde le soir. Entre les deux, je suis fascinée par la vie en direct live et j’essaye de garder toutes les miettes, toutes les étoiles que je rencontre afin de m’en nourrir pour mieux comprendre ce que disent les médias.
Et puis, nez au vent, je cherche la lumière, les ouvertures, les possibles contournements et ils existent toujours, aucune contraintes ne m’impose d’aller me cogner la tête contre les murs.
Enfin, régulièrement, je vais fouiller dans la gigantesque toile afin d’en faire émerger les « pre-print », les résultats d’études nouvelles (1) et leurs cohortes de chiffres qui me ravissent et que je torture dans tous les sens à l’aide de ma calculette. J’aime ça, c’est pas nouveau!
Ainsi, en temps qu’individu, dans la deuxième mi-temps de ma traversée de la vie, je suis comme d’habitude : sensible aux conditions météorologiques, avec des hauts et des bas, surfant sur les vagues qui se présentent, les espérant lorsqu’elles sont absentes, consciente de l’imprévisible survenue d’une super vague capable de balayer toutes mes compétences, tout à fait heureuse souvent le soir sur la plage après une journée bien remplie.

Comment ensuite gérer la personne inscrite en temps que citoyenne pensante et agissante dans la société française?
Simplement en connaissant les règlements, les lois, les chiffres que nul n’est sensé ignorer. Tout est à ce jour accessible sur la toile, inutile d’aller chercher les interprétations, voire les interprétations de traduction d’interprétations, je file à la source, je suis une inconditionnelle des sources limpides.
Simplement en me tenant à l’écart des chapelles, de tous ces sites et lieux où des « maitres » expliquent qu’il faut les croire plutôt que de croire le « maître » d’à côté.
Simplement en faisant à ma manière ce que la société exige de ma part. Il faut donner un papier, je donne le papier ; il faut porter un « couvre-nez-bouche », je porte un « couvre-nez-bouche », il faut réduire les contacts, je suis une solitaire entraînée.

Et vivre sereinement ?
Tout dépend de la définition du mot « sérénité », non?

Ce qui me plait, c’est de m’asseoir le soir après une journée bien remplie, de me poser avec la satisfaction de l’avoir bien remplie. Alors, par expérience, je sais que la nuit sera paisible quoiqu’il arrive… Imprévisible compris!

(1) A noter que les tests PCR donnant seulement une image immédiate du statut (porteur du SRAS-Cov-2 ou non porteur) d’un individu donné, certaines catégories professionnelles sont testées régulièrement (jusqu’à plusieurs fois par semaine), ce qui donnera certainement lieu à une étude épidémiologique spécifique.
Il y a aussi une étude lancée depuis mai sur un grand échantillon de personnes concernant le statut sérologique.
Il faut du temps pour comprendre…


Vendredi 21 Aout 2020, 16 semaines et 4 jours après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est en vigilance et chaque jour il est possible d’entendre que le nombre de personnes « non malades » mais « testées positives » est en augmentation. Il devient de plus en plus difficile de circuler en ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.





Peur

« Il est étrange », disait Courteline, « qu’un seul terme désigne : la peur de la mort, la peur de la souffrance, la peur du ridicule, la peur d’être cocu et la peur des souris, ces divers sentiments de l’âme n’ayant aucun rapport entre eux ».

Mais de quoi est-il question alors dans tous ces articles où le mot « peur » est agité ?

Ce mot « peur » ressemble à tant d’autres mots vagues et s’approche du mot « aimer » en ce sens qu’il signifie tant qu’il ne signifie plus rien de bien précis!

Les gens ont peur.
« On » fait peur aux gens.
La peur engendre le pouvoir.
Etc…

De quoi est-il question dans l’actualité du moment?
Toujours du même invisible tas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2.
Il se déplacerait dans des gouttelettes expectorées
Et même dans l’air…
A la mode de tous les tas d’ARN de son genre, quoi!
Et ils sont légions.
Mais, les médias peinent à se débarrasser, de lui spécialement, ce SRAS-Cov-2 précisément.
Il faut dire qu’en raison de l’entrée tonitruante qu’il a fait dans nos vies, allant jusqu’à nous priver de la liberté de circuler pendant deux mois (Du 17 mars au 11 mai 2020), il est vraiment difficile de le dégommer.

J’ignore tout du « comment » ce sacré SRAS-Cov-2 s’y est pris pour troubler à ce point l’intelligence et le bon sens collectif, mais le fait est qu’il agit en révélateur puissant.

En premier, c’est la peur de l’inconnu qui frappa.
Il fallait s’écarter afin d’éviter son souffle.
Puis, devant l’incrédulité du peuple incapable de bouger devant l’invisible,
Il fut décrété qu’afin d’éviter l’asphyxie des services de réanimation nationaux, il fallait s’enfermer chez soi.
Bien.
Lorsque les réanimations respirèrent dans les quelques endroits où elles avaient failli expirer, il fut envisagé d’entrouvrir les portes afin que le peuple puisse sortir un peu.
A ce moment là, il était visible que l’économie du pays était exsangue et qu’il était temps de passer à sa réanimation à elle.
Bien.
Après le peur de l’inconnu, c’était à nouveau la peur de l’inconnu qui s’installait.
A moins qu’après la peur de mourir ce ne soit la peur de la mort qui ait pointé le bout du nez.
La peur de « plus comme avant »
La peur de « plus de boulot »
La peur de « pas de vacances »
Et quoi d’autre?

La peur est un « truc » complètement irraisonné et c’est ce qui lui donne toute sa puissance et c’est ce qui donne tous les pouvoirs aux personnes qui l’agitent, quel que soit la manière de s’y prendre, contre vents et marées parfois!

Quand, perchée sur mon vélo, sans casque et en tongs (oui, c’est l’été) quand donc perchée sur mon vélo je slalome d’un trottoir à l’autre, parfois entre les voitures, la présence du risque est toujours présente dans mes pensées. Le risque de chuter, le risque de mal tomber, le risque de mourir même. Et rien ne m’empêche de poursuivre mon chemin.
Parfois juchée sur un passage étroit, je me plais à imaginer que ce passage est situé au dessus d’un ravin et je ris au souvenir d’expériences passées.
Car j’en ai passé des ravins et des cascades, marchant parfois la peur au ventre sur des planches mal jointes, imaginant malgré leur largeur respectable que mes pas allaient faillir à la ligne droite pour me précipiter dans le vide…
Car, la peur échappe à la raison!
Combien de fois ai-je eu besoin de la raison pour passer de l’autre côté?
Combien de fois ai-je dû me concentrer pour me souvenir de ma joie à marcher droit sur un sentier de 50cm et me convaincre que sur un pont de plus de 200cm de large, je pouvais tout aussi joyeusement marcher droit?
Même sans garde-fou, même sans rambardes, sans la moindre corde.
Combien de fois?
Seule face à moi même.
Car jamais nul gourou, nul tout puissant n’aurait pu résoudre MON problème en agissant de quelque manière.
Je reste persuadée que l’expérience « pour de vrai » est l’unique solution qui vaille.

Et d’une pirouette de l’intellect, me voilà projetée au milieu de notre société où trop d’expériences sont virtuelles, uniquement visuelles, uniquement suggérées tandis que le corps abritant l’intelligence est affalé dans un canapé trop mou.

Alors, là, juste ici et maintenant, je deviens pressée d’abandonner le banc de bois qui me sert d’assise devant le bureau bas sur lequel est posé le laptop. Je vais marcher, chevaucher mon vélo, aller nez au vent, chercher les expériences et les vivre, c’est une urgence vitale.

Et bien entendu, citoyenne de la ville, je vais respecter les lois et les décrets : j’habite ce monde.

Samedi 1er aout 2020, deux mois et deux dizaines de jours après la « remise en liberté » surveillée, il est obligatoire de se masquer avant d’entrer chez le boulanger. La suite est à vivre, elle est inconnue pour l’instant.

Effet miroir

Miroir, mon beau miroir…

Qu’il soit question de l’interroger ou de passer derrière, le miroir est un maître adoré ou détesté.

Le miroir tel que nous le connaissons est né au cours du 19ème siècle.

Ce fut auparavant un objet de luxe réservé à l’aristocratie et si Rabelais, visionnaire, rêvait d’en voir dans toutes les chambres de l’abbaye de Thélème, il fallut attendre le 18ème siècle pour que les maison bourgeoises citadines en soient équipées.

Aujourd’hui, le miroir a envahi notre environnement, de la rue à nos sacs à main en passant par la salle de bain et plusieurs pièces des appartements.

Jamais les reflets n’ont eu autant d’importance.

Questionnés sous tous les angles, leur précision appelle un verdict précis que de nombreux professionnels ont le pouvoir de poser.
Du coiffeur au psychanalyste en passant par les publicitaires, combien sont-ils a « jouer » avec les reflets et l’effet miroir?

Ce qui me fascine, c’est la lumière.
C’est son passage
Son cheminement
Son impermanence.

Et je sais depuis longtemps que la lumière n’existe qu’en compagnie des ombres.

Le monde d’après

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. » (Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2003)

Il suffit d’ouvrir la radio (j’suis pas très télé!) pour entendre s’égrainer des listes de chiffres, de statistiques, de probabilités. Depuis quelques temps, avec la même tactique comptable, le sujet a viré, passant du décompte des morts au décompte de l’argent public emprunté à la pelle, voire à celui du nombre de manifestants suivant des rassemblements interdits!
De grâce, il n’en est jamais question dans ces échos là.
Pourtant grâce il y a.

Depuis que j’ai réussi a exfiltrer ma pirogue du hangar dans laquelle elle avait été confinée d’urgence, avant même que je n’aie pu lever le petit doigt pour lui éviter le pire, elle se promène entre le jardin du Cormier et la plage, tranquille, sans « désinfectation » avant de tremper dans l’eau, avec un simple dessalage en rentrant au jardin.

Depuis ce moment, mon « monde d’après », c’est 120 km AR 3 fois par semaine pour m’adonner au plaisir de n’avoir que l’horizon en point de vue.
Après moi le déluge… je suis juste humaine comme tout un chacun.

Soyez rassurés, hors ces 360 km par semaine, je n’use que les freins de mon vélo et je renforce mes petits mollets car j’ai abandonné la facilitation électrique au profit de la légèreté d’une bicyclette basique.

Et donc, je suis plus que jamais chercheuse à la poursuite d’une grâce insaisissable!

Hier par exemple, en posant mon va’a au bord de l’eau :
Dans la lumière matinale,
Je n’ai eu de cesse que de capter l’essentiel.
J’ai écouté le souffle du vent, admiré le soleil dansant à la surface de l’eau, aimé toucher la douceur sur mes épaules nues,
L’instant fut magique et merveilleux.
Juste devant des goélands pêchaient, dans un joyeux désordre, en apparence bien organisé.
J’ai pointé mon bateau dans leur direction, je l’ai posé sur le flot et tout en le poussant vers le large, j’ai posé dans l’élan mon arrière train sur le siège.
Puis…
Museau au vent, j’ai frémis de joie.
J’ai mesuré deux des plus précieux privilèges dont je dispose : un lien indéfectible avec la solitude et un goût intense pour la liberté.
L’un ne va pas sans l’autre.
Puis, en douceur j’ai posé le premier coup de pagaie.
Pas un humain à l’horizon.
Seulement le vent, le ciel et l’océan.
Je suis partie face au vent, face au jusant, frôlant les rochers à la quête d’un contre-courant porteur.
Simple bonheur.
J’ai pensé aux copains soumis aux contraintes citadines, aux limitations de libertés d’aller et venir autour des bateaux.
J’ai pensé au monde.
J’ai pensé à tout.
Puis à rien.
Et j’ai décollé!
Quelque part à l’interface entre l’eau et le ciel.
Dans un monde parallèle que je connais bien et donc j’ignore tout.
Etait ce un coup de folle sagesse proposé par la grâce?

Beaucoup, beaucoup plus loin, les remous d’une pointe m’ont ramenée à la réalité, j’étais en face du clocher de Sainte-Marie.
Il était temps de rentrer.

Poussée par le vent, portée par la jusant, caressée par le soleil montant vers son zénith, j’avançais rapidement alors que j’allais sans hâte vers le reste de la journée.
Retrouver les gens, la vie « normale », les chiffres des kilomètres sur le compteur de la voiture, la quantité de carburant restant, les prix de la nourriture au supermarché, le nombre de mails tombés en mon absence.
Des chiffres et des nombres.

En fin de journée, enfin, j’ai poussé la porte de mon hâvre, au coeur de Nantes.
Délicieusement.
Malicieusement, le numéro de la rue est le numéro qui fut celui de la rue où est né mon père et où j’allais visiter mes grands parents, c’est aussi le numéro de la maison où habitaient mes parents.
Dans une ancestrale tradition, c’est le nombre symbolique de l’alliance.


Mercredi 10 juin 2002, huit jour après la deuxième phase de remise en « liberté conditionnelle », un mois avant la fin programmée de l’état d’urgence sanitaire établi en France le 23 mars 2020, cinq mois probables sous un couperet « sécuritaire donc liberticide » conservé!

Little Bird vit sa vie (3)

Hier, le jardin respirait joyeusement sous un ciel plombé.
La pluie est arrivée dans l’après-midi, bienfaitrice attendue,
Elle est tombée du ciel.
Avec Little Bird nous nous sommes confinés devant l’écran que nous avions un peu abandonné ces derniers jours où le soleil nous attirait irrésistiblement à l’extérieur.

Jamais à cours d’imagination, nous avons inventé un jeu « chercher l’erreur ».
Les écrans défilaient et l’oiseau piaillait « encore, encore » comme savent si bien le faire les enfants.
Et puis est arrivé l’écran masqué.
Et Little Bird est resté sans voix.
Que se passait-il dans sa tête de bois?
Car il a la tête dure, le volatile et quand il est certain de quelque chose, c’est pas vraiment facile de l’inciter à s’incliner.
A son image, je restais silencieuse.
Les questions, au dessus de nos têtes, se précipitaient dans une sarabande muette et endiablée.

Au bout d’un interminable instant, Little Bird laissa échapper dans un murmure :
« Facile, c’est le touareg l’erreur : lui, il a besoin de se protéger à la fois du soleil brulant et du sable piquant soulevé par le vent »

Et il s’est tu.
Dehors, la pluie tambourinait sur la véranda.
J’entendais la trotteuse de ma montre égrainer les secondes.
Interminables
Perdues dans mes pensées,
J’étais incapable de trouver la moindre répartie,
Mon pauvre oiseau semblait tellement bousculé.

C’est lui qui reprit la main.
« Il est pas drôle ton jeu, on arrête »
Et m’entrainant vers le réfrigérateur en quête de réconfort,
Il ajouta en haussant les épaules :
« Bon, on va pas se mettre à disserter au sujet de l’Invisible, ni au sujet de ce qu’on voit, de se qu’on a envie de voir, de ce qu’on jette pour oublier et de ce qui nous revient qu’on le veuille ou non, hein? Ca me fatigue d’avance! »

On s’est fait une tartine de fromage sur du bon pain et l’affaire était dans le sac.

Lundi 20 avril 2020 : le régime des « bons de sortie » limitant la liberté d’aller et venir persiste, dans le brouillard au loin, une espèce de liberté conditionnelle est annoncée pour le 11 mai. Dans la rue les gens sortent un peu plus. Aux arrêts de bus, les masques volent au vent, dans les caniveaux, ils flottent comme des bateaux ivres.

Instant présent

Impossible d’échapper à la rumeur du monde.
Heureusement, car elle est riche d’enseignements pour qui est curieux et à l’écoute de tout ce qui la fabrique, à chaque instant.

Ce matin, en France deux « actualités » surnagent dans un soucis « d’information ».

De nos jours plus que jamais, offerts en pâture universelle, les mots eux-mêmes perdent leur sens et leur latin! Cette constatation est un aparté!

Ce matin, en France, deux actualités écrasent de tout leur poids tous les instants présents du monde : le COVID19 et le 49.3!
L’un était absolument imprévisible, aucune manifestation n’avait été prévue pour tenter de l’écarter, aucune imagination ne l’avait proposé à l’indignation populaire.
L’autre était prévu depuis un bout de temps, je peux même imaginer que pas mal de personnes le désiraient ardemment, présentant des centaines d’amendements au sujet de simples tournures de phrases dans le seul but assumé « d’obstructionner » et donc de provoquer la venue de l’article et donc de pouvoir « logiquement » s’en indigner. Je parle de mon imagination, notez le.
Le fait est que j’ai entendu des personnes s’insurger sans vergogne, parlant même de « surprise » devant l’apparition « subite » et que je n’ai pu m’empêcher de voir des gamins feignant la surprise devant l’objet de leur délit!
Et oui, mon imagination est galopante, ce n’est pas un scoop!

A part ça… il pleut.

Donc l’actualité dégoulinante prise en charge par la téléréalité qui se repait de fange en tout genre nous parle d’un côté, de la gestion « d’un truc inattendu » qui se dissémine progressivement, d’un autre côté elle parle de la surprise « d’un truc attendu » qui a débarqué hier soir.

A part ça…il pleut!

Le ciel est si bas à l’instant, et d’un gris tellement plombé que je pourrais croire qu’il va me tomber sur la tête. Mais je sais que cette croyance eschatologique est invalidée depuis des siècles.
Dans l’instant présent et malgré les vrombissements du tonnerre indiquant la présence de la foudre dans le coin (c’est vrai, juste à l’instant, comme pour venir en aide à mon inspiration en perte de souffle!), dans l’instant présent, il y a des milliers de faits qui se déroulent dans le monde, je tape sur mon clavier, accueillant les mots qui se bousculent et tentant d’en faire les phrases tout en pensant à la peinture blanche qui m’attend et au rayon de soleil prévu dans l’après-midi.
J’ai prévu d’aller sur l’eau pour en profiter.
Mais sans surprise, je suis prête à changer d’avis et à m’adapter.

Pour l’instant, la pluie tambourine gaillardement sur le toit!

Et si on parlait d’à venir?

En voyant cette image, je fais un bond de trente ans en arrière.

A la maison, nous avions un ordinateur portable qui pesait aussi lourd que plusieurs noix de cocos fraiches. Il était cependant plus facile à attraper que celles qui étaient en haut du palmier qui habitait notre jardin de l’époque.

Sur écran noir, il affichait des caractères oranges et les enfants jouaient à « tetris » chacun leur tour lorsque nous leur laissions approcher ce nouveau « compagnon de boulot ».
Evidemment, il n’y avait pas de connexion, avec aucun réseau, sinon au bureau.
Le « www » était officiellement proclamé à la fin de 1990 mais pas vraiment accessible au commun des mortels!
Les salariés bossaient officiellement 40 heures par semaine. Le smic horaire s’élevait à 29,91 francs soit l’équivalent de 4,56 euros et le RSA n’avait pas encore été inventé.

Cerise sur le gâteau de ce temps lointain perdu dans un siècle achevé, nous n’imaginions pas un instant pouvoir un jour tapoter sur le clavier d’un « ordinateur » plus petit et moins lourd qu’un carnet d’adresse pour sac à main de jeune fille.

A quoi rêvions nous?
Certainement ni à la « retraite » ni à celle de nos enfants.

Un copain nous avait gentiment fait remarqué que nous avions prénommé Brice avec le même prénom qu’un écologiste réputé et nous lui avions fait remarquer que son fils s’appelait François. Personne n’aurait pu parier que Jacques, Nicolas, encore François puis Emmanuel laisseraient leur empreinte dans l’illustre série, ni que les verts se multiplieraient dans tous les sens et sur tous les bords d’un monde consommant à tout va.

C’est que s’il est commun de tirer des plans sur la comète, l’avenir est absolument inconnu.

Quand j’entends roder la rumeur au sujet de l’inconnu à venir, quand je vois des banderoles s’insurgeant au sujet de plans prévus pour dans trente ans, comment ne pas m’interroger ?

Il y a trente printemps de ça, j’ignorais absolument tout de ce que sont aujourd’hui mes enfants, comme j’ignore tout aujourd’hui de ce que nous serons demain, de notre environnement, du régime politique, de l’état des lieux qui nous sont familiers.

La vie n’existe que concomitante avec le changement et le mouvement.
Je me demande fréquemment quel élan morbide pousse tant de personnes à souhaiter que « rien ne change ».
Je me pose tout aussi fréquemment une question au sujet de l’illusion dans la quelle vivent tant de personnes qui déclarent avoir le pouvoir de « tout changer ».


Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

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Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!