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Ces changements là (2)

Direction le Nord Cotentin à l’ouest de Cherbourg pour commencer.

En prenant la décision de m’aventurer « dans le nord » j’acceptais la possibilité de fraicheur autant que la probabilité de pluies et de brumes.
La voiture s’étant imposée en temps que simplissime et minimaliste « camping-car », je savais pouvoir dormir au sec, évitant tout pliage de tente mouillée au petit matin.
Le soucis du poids d’un sac a dos de « randonnée autonome au long cours » devenant accessoire, je pouvais même embarquer un petit réchaud afin de me préparer un café chaud le matin et une soupe le soir, deux actions très dopantes et énergisantes en cas de météorologie défavorable.
Pour le reste je suis restée avec mes habitudes : aucun stock notable (sauf les noisettes) en nourriture ni en eau, vêtements de base, couverture de survie, couteau de poche, peigne et brosse à dents.
A noter que tout en acceptant la possibilité de pluie battante sur toute une journée de marche, j’ai quand même investi dans une véritable cape de pluie (la plus légère quand même) en matière top haut de gamme, donc à un prix top élevé : impossible d’avoir rien sans rien. Et sur ce point particulier, ce fut vraiment une bonne idée d’investissement (je me demande quand même dans quelle mesure la « mode post-covidienne de randonnée » n’a pas boosté les « créateurs » de confort pour bobo : je n’avais pas vu ce produit là avec cette technicité là auparavant. Certes, je n’avais pas cherché!)

J’avais un souvenir très précis du Cotentin, des souvenirs délicieux même, remontant à une époque lointaine où nous y avions résidé. En conséquence, je savais précisément où trouver les « à pic », la vie sauvage et aussi les points de ravitaillement faciles d’accès loins des embouteillages.
Les deux premières journées furent parfaites.
Les paysages collaient avec mes souvenirs tant que je regardais du côté de la mer.
La chaleur était là, les grandes marées faisaient leur show, j’ai marché tranquille deux fois trente bornes et…
… Et il n’y avait plus de falaises!

Que faire alors?
Dilemme : rejoindre la Bretagne sans attendre ou trainer encore un peu en Cotentin?

J’ai déplié les cartes.
Faire un choix judicieux en début de balade, alors même que j’étais à peine rentrée dans le rythme, s’avérait délicat. Je tenais à une bonne répartition des trajets motorisés, autrement dit, mon goût pour une certaine rigueur dans l’improvisation me disait que des beaux pointillés se doivent d’être réguliers.
J’ai replié les cartes.
Et déplié, et replié.
Ma décision était prise : aller faire un tour à Chausey que je ne connais pas.
Autre avantage de la voiture, sans soucis de recharge de smartphone, j’ai pu réserver illico en ligne, avant d’avoir le temps de changer d’avis.

Le troisième jour fut donc un jour entre parenthèse, un jour ilien dans un univers entièrement dédié aux touristes, dans un univers d’où l’âme s’est quasiment envolée.
Ce fut une expérience.
Et j’aime les expériences.
J’ai fait deux fois le tour de l’île, j’ai marché d’une île à l’autre grâce à la marée basse de grande marée, j’ai fait des tas de cailloux, écouté les oiseaux voler, marché encore, cherchant jusqu’à l’ultime moment où être pour éviter d’être au milieu « des autres », puis il fut l’heure du dernier bateau, de la voiture et de la route jusqu’à un parking sauvage au bord de l’eau, en Bretagne!

A suivre

Dactylorhiza Praetermissa

Décrit par Karoly Rezso Soo en 1962

L’orchis oublié, la dactylorhize négligée, ces noms usuels éclairent la toute la complexité d’identification qui règne à l’intérieur du genre Dactylorhiza.
Ce genre fut le principal objet d’étude pour le botaniste hongrois Karoly Rezso Soo, ceci après que le botaniste hollandais Pieter Vermeulen (1899-1981) ait posé (en 1947) les nouvelles bases qui distinguaient définitivement ce genre de celui des orchis.

Les espèces existantes en Loire-Atlantique, département où la présence des orchidées sauvages est suffisamment rare pour faciliter leur reconnaissance, ne m’avaient pas permis d’expérimenter le doute tel qu’il m’est tombé dessus en découvrant les espèces d’autres régions.
Peu à peu, j’ai compris combien l’approche est déroutante sur le terrain. Les espèces présentent une très grande variabilité, s’hybrident super facilement, s’adaptent constamment. J’imagine facilement les interminables conversations entre spécialistes, argumentant en faveur de l’une ou de l’autre à coup d’analyses statistiques, moléculaires et génétiques.

Alors, je fais simple.
Je considère la date de rencontre (certaines espèces sont toujours précoces, d’autres toujours tardives), le lieu (certaines espèces résident uniquement au sud ou seulement au nord, exclusivement en montagnes ou toujours en plaine) l’environnement (certaines espèces adorent pousser les pieds dans l’eau, d’autres apprécient les milieux plutôt acide ou plutôt alcalin) et les traits les plus grossiers de l’aspect (largeur du labelle, découpe particulière, dessins caractéristiques, couleur unique ou non)
Ainsi avec seulement ces trois points, je peux écarter des espèces, me concentrer sur des possibles. Il me reste, en cas de doute, à demander l’avis de personnes plus expérimentées, tout en sachant que les plus savantes ne sont pas toujours celles qui hésitent le moins.

Pour revenir à l’orchis oublié, je l’ai vu en Bretagne du nord, dans les dépressions dunaires humides, à la toute fin du mois de juin. Il m’en fait voir de toutes les couleurs, j’en ai tout un catalogue d’images que je peux regarder inlassablement sans être et capable d’en préférer une à une autre.

Entre hier et demain

C’est absolument constant, nous vivons entre hier et demain.
Entre l’instant d’avant et l’instant d’après nous allons, imperturbablement perchés sur le fil tendu entre nos paradoxes, entre là-bas et plus loin.

Et pourtant, le monde s’agite, se débat entre les guerres qui définissent des gagnants et des perdants, des guerres toutes aussi légitimes les unes que les autres puisqu’il est toujours question de se défendre, uniquement de se défendre, coûte que coûte.

A côté de ça, de grandes dégoulinades utopistes remplies de bisounours, de licornes, de petits coeurs virtuels ou de chatons scintillants disent que nous sommes également importants, que le monde est solidaire, que la paix est un objectif, que etc.

Je suis entre le paragraphe1 et le paragraphe 2 et je suis là aussi.

Hier, je suis restée de longues minutes au pied de grands arbres encore dénudés par l’hiver.
Les racines dans l’eau, les troncs enveloppés de mousses, il s’étirent vers le ciel et attiraient mon regard.
Une étrange cacophonie s’était emparée du lieu et en y prêtant attention, il était possible de distinguer des claquements de bec, des frôlements d’ailes, des frémissements de branches, le tout au milieu du concert des hérons huant à tue-tête.

Au début, j’étais seule dans la ville, comme égarée sur un chemin de terre trop boueux pour les promeneurs citadins.
Quelques instants plus tôt, je les avais côtoyé, la plupart, dépourvus de bouche et de nez, parlaient cependant, qui à leur compagnon de balade, qui à un invisible correspondant.
Solitaire et démasquée, j’allais mon chemin.
Je savais que c’était le « bon » moment pour aller assister au ballet des grands hérons.

L’instant d’après, j’avais décollé, incapable de sentir où se situaient mes limites corporelles, j’étais comme immobilisée, accaparée par tous mes sens, plantée dans l’essentiel.
Et puis une voix m’a fait atterrir : un homme était posé à côté et il disait : « C’est le meilleur endroit. C’est beau, hein? Ils sont en train de retaper leur nid. »

J’ai sorti mon smartphone, capté 8 secondes de vidéo, envoyé les images vers « my story » d’un réseau qu’on dit social et j’ai pris le chemin de retour.

Demain, à cette heure, il est hautement probable que je serai dans l’image qui précède ce texte, ou plutôt dans le paysage mouvant et sonore qui fut immobilisé l’année dernière, il y a plus d’un an, alors que personne au monde ne pouvait imaginer que nous serions aujourd’hui dans la monde tel qu’il nous semble aujourd’hui.
C’est assez fascinant à observer.
Passionnant.

C’est la troisième fois que je vais décoller en avion depuis la dernière fois du mois de février 2020.
Cette fois-ci, en plus d’avoir dû générer un QR Code spécifique, il a fallu aller se faire gratter la fosse nano-pharingée et attendre le résultat. Après avoir été soulagée de voir le vol maintenu, il fallait dépasser ce « test » pour commencer à penser que le décollage allait pouvoir se faire.
Pour l’instant mon carnet jaune de vaccination international ne vaut rien sinon pour la fièvre jaune, logique : jaune = jaune
Puisque nous sommes tous égaux de cette égalité d’état qui figure aux frontons des mairies de France et de Navarre, il va bien falloir que je sois solidaire avec mes compagnons de voyage et comme eux, je vais subir un nouveau grattage de la fosse nano-pharingée pour avoir le droit de revenir dans quinze jours.
C’est le prix à payer.
Ca me fait rire
Un peu jaune quand même!

Aujourd’hui, je suis entre hier et demain.
Il faut vivre avec son temps disait ma grand-mère.
Je suis maintenant grand-mère.
Et je répète : vivons avec notre temps, en paix avec nous-même, dans notre temps.

Samedi 20-02-2021
Trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience. La mode est aux Variants et à la Vaccination, il reste maintenant W, X, Y et Z.
La suite est toujours plus loin.

De l’imprévisible

De l’imprévisible

Les pré-visions persistent et leur fiabilité reste de l’ordre météorologique, bien loin du moyen terme et encore plus éloignées du long et très long terme.
Pourtant certaines personnes s’acharnent à les afficher comme définitives!

Ce qui bouscule, en cette période qui peut paraitre trouble alors même qu’elle n’est que « normale » c’est à dire humaine, ce qui bouscule c’est qu’il devient impossible de prévoir quoi que ce soit avec la certitude d’une réalisation certaine.

Entendons nous bien : il m’est souvent arrivé de faire une promesse en ajoutant  » sauf accident » ou « si je ne suis pas morte  » car je suis vraiment claire avec les aléas de la vie. Mais, jusqu’en mars dernier, faire tout un tas de projets et imaginer pouvoir les réaliser peu ou prou « sauf accident » façonnait mon quotidien.

En ce moment, c’est « autre chose »!

Un « truc » aussi simple que la présentation (par une personne chère) d’une thèse tel jour à telle heure en présence d’un jury invité en temps et en heure pour se réunir dans un lieu réservé peut se transformer en visio-présentation sans apéro à la suite ou en report pur et simple.
Un truc aussi simple qu’un voyage sur une île pour « voir la famille » peut être annulé par « l’air du temps » sans qu’il soit possible de placer un mot.
Un truc aussi simple que la rencontre d’une amie qui serait envisagée deux mois à l’avance peut tomber à l’eau sous un prétexte venu « d’en haut ».

Nous vivons désormais non seulement avec la conscience de l’imprévisible espiègle (celui qui est le piment de la vie) mais en plus chargés d’un poids sociétal qui empêche tout élan simple vers « plus loin ».

Dans le « monde d’avant », en temps qu’individu vivant dans une société, aller « plus loin » sur « mon » chemin, c’était y aller en ressentant davantage les bienfaits apportés par cette société que les entraves qui en sont la conséquence.

Et voilà qu’un petit amas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2ème, est venu régner en souverain couronné sur la planète!
Depuis son avènement, un jour imprécis, au fond d’un gigantesque état d’où sortent, dans d’immenses containers, la plupart des objets manufacturés que nous consommons, le petit roi a fait son chemin. S’échappant sans crier garde, il a conquis la planète et imposé sa loi.
A toute vitesse, il est devenu le plus célèbre des tas d’ARN, détrônant sans vergogne toute une faune déjà répertoriée.

Et aujourd’hui, il est impossible de prévoir quoi que ce soit sans tenir compte de la présence avérée ou parcellaire de sa majesté SRAS-Cov-2ème.

L’imprévisible n’est plus vraiment ce joyeux petit piment qui peut débarquer quand tout a été prévu.
L’imprévisible est devenu « d’état » et c’est un boulet à traîner pour qui souhaite encore prévoir une évasion à plus longue échéance que les prévisions météorologiques fiables.

Il est devenu très urgent, pour vivre encore et aller plus loin encore, il est devenu urgent de relativiser, de placer chaque fait sur sa bonne échelle.
Car pour avancer en confiance, il est nécessaire de s’épargner les chocs contre les panneaux d’interdiction, indispensable de lever les pieds pour éviter les innombrables infox et vital de garder une vue sur l’horizon.

Lundi 14 septembre 2020, bientôt 20 semaines après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est encore et toujours « en vigilance » et chaque jour il est possible d’entendre égrainer les chiffres au sujet du nombre de personnes « non malades » mais « testées positives ». S’y ajoute maintenant le comptage de quelques décès quotidiens en lien avec la Covid. Il est actuellement interdit de circuler dans ma ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.

Individualisme

C’est dans l’air du temps!

C’est dans l’air du temps, les citoyens sont prévenus de toutes parts, souvent avec un ton assez paternaliste : il faut agir collectivement!

Collectivement!

Et agir collectivement pour répondre à l’injonction telle qu’elle est délivrée, c’est agir individuellement tous de la même manière, en abandonnant la notion d’individu pour passer à celle de personne, c’est à dire en restant masqué!

C’est compliqué « tout ça »!
Car alors que l’individualisation est souvent recommandée, l’individualisme est souvent reproché.
L’individualisme, conquête de notre époque, allègrement conjugué à toutes les sauces, trimbale généralement une connotation plutôt négative.
Je dirais de plus en plus négative et j’ajouterais que dans le contexte actuel, certains regards en disent long et jettent un jugement vraiment très négatif aux individus soupçonnés d’individualisme . (Je conseille une balade dans l’ouvrage de Marie-France Piguet : Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, CNRS Editions, 2018, ISBN: 9782271095237)

C’est compliqué dans notre système de croyances où il y a un début et une fin , où donc le blanc n’est pas le noir, où l’ombre n’a rien à voir avec la lumière, où c’est l’un mais pas l’autre tandis qu’ailleurs, dans d’autres systèmes de pensée, il est super simple d’envisager le noir ET le blanc, l’ombre ET la lumière, l’un et l’autre absolument intriqués et tout à fait indissociables.

Ce matin, je lis cette question sur le FB d’une relation : « Mais dites moi, comment gérez vous tout cela ?
Moi je ne crois plus personne, et plus l’histoire avance et plus je fais en sorte de vivre le plus sereinement partout où je suis, masqué ou pas… »

Comment gérer?
Gérer moi-je, moi-individu?
Gérer mon personnage, moi, la citoyenne bien insérée dans une société qui me parait vraiment assez correcte par rapport à bien d’autres que j’ai pu côtoyer en vrai?
Gérer « tout cela »?

Alors, d’abord, « tout cela », je laisse tomber, je n’ai aucun pouvoir pour « gérer » ce qui est indéfinissable, je suis tout juste capable de considérer la présence constante de l’imprévisible, de savoir qu’il fait partie de chacune de mes aventures ; mon passage de vie entre la naissance et la mort étant définitivement la plus grande et la plus longue aventure, celle qui contient les autres.

Comment gérer « moi-je » ?
Comme d’habitude, en étant qui je suis : exigeante, scientifique, gamine, curieuse, espiègle, solitaire, etc.
Comment est-ce que cette « gestion » se traduit dans mon quotidien?
Et bien j’écoute la radio le matin et je regarde la fenêtre qui donne à voir le monde le soir. Entre les deux, je suis fascinée par la vie en direct live et j’essaye de garder toutes les miettes, toutes les étoiles que je rencontre afin de m’en nourrir pour mieux comprendre ce que disent les médias.
Et puis, nez au vent, je cherche la lumière, les ouvertures, les possibles contournements et ils existent toujours, aucune contraintes ne m’impose d’aller me cogner la tête contre les murs.
Enfin, régulièrement, je vais fouiller dans la gigantesque toile afin d’en faire émerger les « pre-print », les résultats d’études nouvelles (1) et leurs cohortes de chiffres qui me ravissent et que je torture dans tous les sens à l’aide de ma calculette. J’aime ça, c’est pas nouveau!
Ainsi, en temps qu’individu, dans la deuxième mi-temps de ma traversée de la vie, je suis comme d’habitude : sensible aux conditions météorologiques, avec des hauts et des bas, surfant sur les vagues qui se présentent, les espérant lorsqu’elles sont absentes, consciente de l’imprévisible survenue d’une super vague capable de balayer toutes mes compétences, tout à fait heureuse souvent le soir sur la plage après une journée bien remplie.

Comment ensuite gérer la personne inscrite en temps que citoyenne pensante et agissante dans la société française?
Simplement en connaissant les règlements, les lois, les chiffres que nul n’est sensé ignorer. Tout est à ce jour accessible sur la toile, inutile d’aller chercher les interprétations, voire les interprétations de traduction d’interprétations, je file à la source, je suis une inconditionnelle des sources limpides.
Simplement en me tenant à l’écart des chapelles, de tous ces sites et lieux où des « maitres » expliquent qu’il faut les croire plutôt que de croire le « maître » d’à côté.
Simplement en faisant à ma manière ce que la société exige de ma part. Il faut donner un papier, je donne le papier ; il faut porter un « couvre-nez-bouche », je porte un « couvre-nez-bouche », il faut réduire les contacts, je suis une solitaire entraînée.

Et vivre sereinement ?
Tout dépend de la définition du mot « sérénité », non?

Ce qui me plait, c’est de m’asseoir le soir après une journée bien remplie, de me poser avec la satisfaction de l’avoir bien remplie. Alors, par expérience, je sais que la nuit sera paisible quoiqu’il arrive… Imprévisible compris!

(1) A noter que les tests PCR donnant seulement une image immédiate du statut (porteur du SRAS-Cov-2 ou non porteur) d’un individu donné, certaines catégories professionnelles sont testées régulièrement (jusqu’à plusieurs fois par semaine), ce qui donnera certainement lieu à une étude épidémiologique spécifique.
Il y a aussi une étude lancée depuis mai sur un grand échantillon de personnes concernant le statut sérologique.
Il faut du temps pour comprendre…


Vendredi 21 Aout 2020, 16 semaines et 4 jours après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est en vigilance et chaque jour il est possible d’entendre que le nombre de personnes « non malades » mais « testées positives » est en augmentation. Il devient de plus en plus difficile de circuler en ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.





Peur

« Il est étrange », disait Courteline, « qu’un seul terme désigne : la peur de la mort, la peur de la souffrance, la peur du ridicule, la peur d’être cocu et la peur des souris, ces divers sentiments de l’âme n’ayant aucun rapport entre eux ».

Mais de quoi est-il question alors dans tous ces articles où le mot « peur » est agité ?

Ce mot « peur » ressemble à tant d’autres mots vagues et s’approche du mot « aimer » en ce sens qu’il signifie tant qu’il ne signifie plus rien de bien précis!

Les gens ont peur.
« On » fait peur aux gens.
La peur engendre le pouvoir.
Etc…

De quoi est-il question dans l’actualité du moment?
Toujours du même invisible tas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2.
Il se déplacerait dans des gouttelettes expectorées
Et même dans l’air…
A la mode de tous les tas d’ARN de son genre, quoi!
Et ils sont légions.
Mais, les médias peinent à se débarrasser, de lui spécialement, ce SRAS-Cov-2 précisément.
Il faut dire qu’en raison de l’entrée tonitruante qu’il a fait dans nos vies, allant jusqu’à nous priver de la liberté de circuler pendant deux mois (Du 17 mars au 11 mai 2020), il est vraiment difficile de le dégommer.

J’ignore tout du « comment » ce sacré SRAS-Cov-2 s’y est pris pour troubler à ce point l’intelligence et le bon sens collectif, mais le fait est qu’il agit en révélateur puissant.

En premier, c’est la peur de l’inconnu qui frappa.
Il fallait s’écarter afin d’éviter son souffle.
Puis, devant l’incrédulité du peuple incapable de bouger devant l’invisible,
Il fut décrété qu’afin d’éviter l’asphyxie des services de réanimation nationaux, il fallait s’enfermer chez soi.
Bien.
Lorsque les réanimations respirèrent dans les quelques endroits où elles avaient failli expirer, il fut envisagé d’entrouvrir les portes afin que le peuple puisse sortir un peu.
A ce moment là, il était visible que l’économie du pays était exsangue et qu’il était temps de passer à sa réanimation à elle.
Bien.
Après le peur de l’inconnu, c’était à nouveau la peur de l’inconnu qui s’installait.
A moins qu’après la peur de mourir ce ne soit la peur de la mort qui ait pointé le bout du nez.
La peur de « plus comme avant »
La peur de « plus de boulot »
La peur de « pas de vacances »
Et quoi d’autre?

La peur est un « truc » complètement irraisonné et c’est ce qui lui donne toute sa puissance et c’est ce qui donne tous les pouvoirs aux personnes qui l’agitent, quel que soit la manière de s’y prendre, contre vents et marées parfois!

Quand, perchée sur mon vélo, sans casque et en tongs (oui, c’est l’été) quand donc perchée sur mon vélo je slalome d’un trottoir à l’autre, parfois entre les voitures, la présence du risque est toujours présente dans mes pensées. Le risque de chuter, le risque de mal tomber, le risque de mourir même. Et rien ne m’empêche de poursuivre mon chemin.
Parfois juchée sur un passage étroit, je me plais à imaginer que ce passage est situé au dessus d’un ravin et je ris au souvenir d’expériences passées.
Car j’en ai passé des ravins et des cascades, marchant parfois la peur au ventre sur des planches mal jointes, imaginant malgré leur largeur respectable que mes pas allaient faillir à la ligne droite pour me précipiter dans le vide…
Car, la peur échappe à la raison!
Combien de fois ai-je eu besoin de la raison pour passer de l’autre côté?
Combien de fois ai-je dû me concentrer pour me souvenir de ma joie à marcher droit sur un sentier de 50cm et me convaincre que sur un pont de plus de 200cm de large, je pouvais tout aussi joyeusement marcher droit?
Même sans garde-fou, même sans rambardes, sans la moindre corde.
Combien de fois?
Seule face à moi même.
Car jamais nul gourou, nul tout puissant n’aurait pu résoudre MON problème en agissant de quelque manière.
Je reste persuadée que l’expérience « pour de vrai » est l’unique solution qui vaille.

Et d’une pirouette de l’intellect, me voilà projetée au milieu de notre société où trop d’expériences sont virtuelles, uniquement visuelles, uniquement suggérées tandis que le corps abritant l’intelligence est affalé dans un canapé trop mou.

Alors, là, juste ici et maintenant, je deviens pressée d’abandonner le banc de bois qui me sert d’assise devant le bureau bas sur lequel est posé le laptop. Je vais marcher, chevaucher mon vélo, aller nez au vent, chercher les expériences et les vivre, c’est une urgence vitale.

Et bien entendu, citoyenne de la ville, je vais respecter les lois et les décrets : j’habite ce monde.

Samedi 1er aout 2020, deux mois et deux dizaines de jours après la « remise en liberté » surveillée, il est obligatoire de se masquer avant d’entrer chez le boulanger. La suite est à vivre, elle est inconnue pour l’instant.

Effet miroir

Miroir, mon beau miroir…

Qu’il soit question de l’interroger ou de passer derrière, le miroir est un maître adoré ou détesté.

Le miroir tel que nous le connaissons est né au cours du 19ème siècle.

Ce fut auparavant un objet de luxe réservé à l’aristocratie et si Rabelais, visionnaire, rêvait d’en voir dans toutes les chambres de l’abbaye de Thélème, il fallut attendre le 18ème siècle pour que les maison bourgeoises citadines en soient équipées.

Aujourd’hui, le miroir a envahi notre environnement, de la rue à nos sacs à main en passant par la salle de bain et plusieurs pièces des appartements.

Jamais les reflets n’ont eu autant d’importance.

Questionnés sous tous les angles, leur précision appelle un verdict précis que de nombreux professionnels ont le pouvoir de poser.
Du coiffeur au psychanalyste en passant par les publicitaires, combien sont-ils a « jouer » avec les reflets et l’effet miroir?

Ce qui me fascine, c’est la lumière.
C’est son passage
Son cheminement
Son impermanence.

Et je sais depuis longtemps que la lumière n’existe qu’en compagnie des ombres.

Le monde d’après

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. » (Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2003)

Il suffit d’ouvrir la radio (j’suis pas très télé!) pour entendre s’égrainer des listes de chiffres, de statistiques, de probabilités. Depuis quelques temps, avec la même tactique comptable, le sujet a viré, passant du décompte des morts au décompte de l’argent public emprunté à la pelle, voire à celui du nombre de manifestants suivant des rassemblements interdits!
De grâce, il n’en est jamais question dans ces échos là.
Pourtant grâce il y a.

Depuis que j’ai réussi a exfiltrer ma pirogue du hangar dans laquelle elle avait été confinée d’urgence, avant même que je n’aie pu lever le petit doigt pour lui éviter le pire, elle se promène entre le jardin du Cormier et la plage, tranquille, sans « désinfectation » avant de tremper dans l’eau, avec un simple dessalage en rentrant au jardin.

Depuis ce moment, mon « monde d’après », c’est 120 km AR 3 fois par semaine pour m’adonner au plaisir de n’avoir que l’horizon en point de vue.
Après moi le déluge… je suis juste humaine comme tout un chacun.

Soyez rassurés, hors ces 360 km par semaine, je n’use que les freins de mon vélo et je renforce mes petits mollets car j’ai abandonné la facilitation électrique au profit de la légèreté d’une bicyclette basique.

Et donc, je suis plus que jamais chercheuse à la poursuite d’une grâce insaisissable!

Hier par exemple, en posant mon va’a au bord de l’eau :
Dans la lumière matinale,
Je n’ai eu de cesse que de capter l’essentiel.
J’ai écouté le souffle du vent, admiré le soleil dansant à la surface de l’eau, aimé toucher la douceur sur mes épaules nues,
L’instant fut magique et merveilleux.
Juste devant des goélands pêchaient, dans un joyeux désordre, en apparence bien organisé.
J’ai pointé mon bateau dans leur direction, je l’ai posé sur le flot et tout en le poussant vers le large, j’ai posé dans l’élan mon arrière train sur le siège.
Puis…
Museau au vent, j’ai frémis de joie.
J’ai mesuré deux des plus précieux privilèges dont je dispose : un lien indéfectible avec la solitude et un goût intense pour la liberté.
L’un ne va pas sans l’autre.
Puis, en douceur j’ai posé le premier coup de pagaie.
Pas un humain à l’horizon.
Seulement le vent, le ciel et l’océan.
Je suis partie face au vent, face au jusant, frôlant les rochers à la quête d’un contre-courant porteur.
Simple bonheur.
J’ai pensé aux copains soumis aux contraintes citadines, aux limitations de libertés d’aller et venir autour des bateaux.
J’ai pensé au monde.
J’ai pensé à tout.
Puis à rien.
Et j’ai décollé!
Quelque part à l’interface entre l’eau et le ciel.
Dans un monde parallèle que je connais bien et donc j’ignore tout.
Etait ce un coup de folle sagesse proposé par la grâce?

Beaucoup, beaucoup plus loin, les remous d’une pointe m’ont ramenée à la réalité, j’étais en face du clocher de Sainte-Marie.
Il était temps de rentrer.

Poussée par le vent, portée par la jusant, caressée par le soleil montant vers son zénith, j’avançais rapidement alors que j’allais sans hâte vers le reste de la journée.
Retrouver les gens, la vie « normale », les chiffres des kilomètres sur le compteur de la voiture, la quantité de carburant restant, les prix de la nourriture au supermarché, le nombre de mails tombés en mon absence.
Des chiffres et des nombres.

En fin de journée, enfin, j’ai poussé la porte de mon hâvre, au coeur de Nantes.
Délicieusement.
Malicieusement, le numéro de la rue est le numéro qui fut celui de la rue où est né mon père et où j’allais visiter mes grands parents, c’est aussi le numéro de la maison où habitaient mes parents.
Dans une ancestrale tradition, c’est le nombre symbolique de l’alliance.


Mercredi 10 juin 2002, huit jour après la deuxième phase de remise en « liberté conditionnelle », un mois avant la fin programmée de l’état d’urgence sanitaire établi en France le 23 mars 2020, cinq mois probables sous un couperet « sécuritaire donc liberticide » conservé!

Little Bird vit sa vie (3)

Hier, le jardin respirait joyeusement sous un ciel plombé.
La pluie est arrivée dans l’après-midi, bienfaitrice attendue,
Elle est tombée du ciel.
Avec Little Bird nous nous sommes confinés devant l’écran que nous avions un peu abandonné ces derniers jours où le soleil nous attirait irrésistiblement à l’extérieur.

Jamais à cours d’imagination, nous avons inventé un jeu « chercher l’erreur ».
Les écrans défilaient et l’oiseau piaillait « encore, encore » comme savent si bien le faire les enfants.
Et puis est arrivé l’écran masqué.
Et Little Bird est resté sans voix.
Que se passait-il dans sa tête de bois?
Car il a la tête dure, le volatile et quand il est certain de quelque chose, c’est pas vraiment facile de l’inciter à s’incliner.
A son image, je restais silencieuse.
Les questions, au dessus de nos têtes, se précipitaient dans une sarabande muette et endiablée.

Au bout d’un interminable instant, Little Bird laissa échapper dans un murmure :
« Facile, c’est le touareg l’erreur : lui, il a besoin de se protéger à la fois du soleil brulant et du sable piquant soulevé par le vent »

Et il s’est tu.
Dehors, la pluie tambourinait sur la véranda.
J’entendais la trotteuse de ma montre égrainer les secondes.
Interminables
Perdues dans mes pensées,
J’étais incapable de trouver la moindre répartie,
Mon pauvre oiseau semblait tellement bousculé.

C’est lui qui reprit la main.
« Il est pas drôle ton jeu, on arrête »
Et m’entrainant vers le réfrigérateur en quête de réconfort,
Il ajouta en haussant les épaules :
« Bon, on va pas se mettre à disserter au sujet de l’Invisible, ni au sujet de ce qu’on voit, de se qu’on a envie de voir, de ce qu’on jette pour oublier et de ce qui nous revient qu’on le veuille ou non, hein? Ca me fatigue d’avance! »

On s’est fait une tartine de fromage sur du bon pain et l’affaire était dans le sac.

Lundi 20 avril 2020 : le régime des « bons de sortie » limitant la liberté d’aller et venir persiste, dans le brouillard au loin, une espèce de liberté conditionnelle est annoncée pour le 11 mai. Dans la rue les gens sortent un peu plus. Aux arrêts de bus, les masques volent au vent, dans les caniveaux, ils flottent comme des bateaux ivres.

Instant présent

Impossible d’échapper à la rumeur du monde.
Heureusement, car elle est riche d’enseignements pour qui est curieux et à l’écoute de tout ce qui la fabrique, à chaque instant.

Ce matin, en France deux « actualités » surnagent dans un soucis « d’information ».

De nos jours plus que jamais, offerts en pâture universelle, les mots eux-mêmes perdent leur sens et leur latin! Cette constatation est un aparté!

Ce matin, en France, deux actualités écrasent de tout leur poids tous les instants présents du monde : le COVID19 et le 49.3!
L’un était absolument imprévisible, aucune manifestation n’avait été prévue pour tenter de l’écarter, aucune imagination ne l’avait proposé à l’indignation populaire.
L’autre était prévu depuis un bout de temps, je peux même imaginer que pas mal de personnes le désiraient ardemment, présentant des centaines d’amendements au sujet de simples tournures de phrases dans le seul but assumé « d’obstructionner » et donc de provoquer la venue de l’article et donc de pouvoir « logiquement » s’en indigner. Je parle de mon imagination, notez le.
Le fait est que j’ai entendu des personnes s’insurger sans vergogne, parlant même de « surprise » devant l’apparition « subite » et que je n’ai pu m’empêcher de voir des gamins feignant la surprise devant l’objet de leur délit!
Et oui, mon imagination est galopante, ce n’est pas un scoop!

A part ça… il pleut.

Donc l’actualité dégoulinante prise en charge par la téléréalité qui se repait de fange en tout genre nous parle d’un côté, de la gestion « d’un truc inattendu » qui se dissémine progressivement, d’un autre côté elle parle de la surprise « d’un truc attendu » qui a débarqué hier soir.

A part ça…il pleut!

Le ciel est si bas à l’instant, et d’un gris tellement plombé que je pourrais croire qu’il va me tomber sur la tête. Mais je sais que cette croyance eschatologique est invalidée depuis des siècles.
Dans l’instant présent et malgré les vrombissements du tonnerre indiquant la présence de la foudre dans le coin (c’est vrai, juste à l’instant, comme pour venir en aide à mon inspiration en perte de souffle!), dans l’instant présent, il y a des milliers de faits qui se déroulent dans le monde, je tape sur mon clavier, accueillant les mots qui se bousculent et tentant d’en faire les phrases tout en pensant à la peinture blanche qui m’attend et au rayon de soleil prévu dans l’après-midi.
J’ai prévu d’aller sur l’eau pour en profiter.
Mais sans surprise, je suis prête à changer d’avis et à m’adapter.

Pour l’instant, la pluie tambourine gaillardement sur le toit!