Ces Changements là (fin)

Dès mon arrivée à l’ouest, le soir à l’heure de trouver « une bonne place » j’ai senti la respiration océanique.
Alors, j’ai pu palper la différence, comprendre ce que j’avais ressenti tout le long de ma balade manchoise.
Les métaphores et les comparaisons s’amoncelaient dans mes pensées.
Si je devais citer deux fleurs qui me plaisent, je pouvais affirmer que la Bretagne nord me faisait penser à une pivoine et celle de l’ouest à une rose : mêmes couleurs, parfums assez semblables, mais graphismes différents et des épines pour la rose.
Si je devais citer des peintres qui me plaisent, je pensais à Dali pour la côte nord, à Dali pour se peintures lisses et surréelles, arrivée à l’ouest, ce sont les années torturées de Van Gogh qui rentraient dans la danse.
Je pensais à la vie des gens autrefois, des vies tellement différentes selon leur lieu d’habitation et leurs activités qu’elle devait forcément dessiner leur physique de manière différente, rondeurs et courbes douces pour les nordistes, traits secs et creusés pour les Finistériens.

Car, oui, j’entrais au bout du monde, là où se finissait la terre, là où commençait l’inconnu redoutable. Plus question de contrebande, d’échanges avec les îles d’en face par ici, il s’agit de navigations au long cours, de naufrages, de trépassés, de courage et d’aventures mille fois renouvelées.
Le nombre de chapelles et de calvaires est là pour souligner cette évidence : dans cette région, les humains devaient avoir la foi bien accrochée pour avancer dans la vie.

Il me restait trois jours.
Trois jours à vivre intensément.
Trois jours à marcher sur les crêtes, à me couler dans les ombres des criques improbables, à m’incliner, à respirer de tout mon être.

Le dernier jour s’est achevé à la crêperie, celle tenue par la femme d’un jardinier au grand coeur.
Le lendemain, j’ai roulé vers Nantes avec une idée fixe en tête : il faut que je retourne là-bas, au bout du monde, il faut que j’aille explorer l’immensité de ce qui est resté invisible.

2 réflexions sur « Ces Changements là (fin) »

  1. Isabelle

    J’aime vraiment ce blog, venir parfois sans rien voir de nouveau et puis ne pas y aller un bon moment et au retour, parceque la curiosité vient à ce moment, découvrir toute une histoire.
    J’ai longtemps aimé la montagne seulement pour les cailloux, le contact du sol, il m’arrive maintenant de prendre plaisir en forêt mais jamais autant que posée sur un rocher.

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