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La grâce de la curiosité


Curiosité

Voici un simple mot qui entraine l’imagination (enfin la mienne) sur les chemins les plus éclectiques.
Pour commencer ce billet j’en retiendrai deux qui tendent un fil sur lequel évoluer car l’un est à l’opposé de l’autre.
Paradoxe quand tu nous tiens!
Donc il y a l’insatiable curiosité enfantine peuplée de « pourquoi? », de « à quoi ça sert? », de « comment on fait? », cette curiosité qu’il est de bon ton de dompter qu’il s’agisse de la mettre en spectacle autant que de la mettre en cage.
Car n’est-il pas dit que la curiosité est un vilain défaut?

Enfant, chercheur, explorateur est une voie dans laquelle il est vain de compter sur les autres pour avancer alors même que ce sont les autres qui nous incitent à aller plus loin.

La curiosité est une grâce.
Et donc, la curiosité est un vilain défaut.

C’est précisément parce que je considère la curiosité comme une grâce capable de m’émerveiller, de m’entrainer plus loin et plus haut que je suis chagrine quand je me trouve face à des personnes qui attendent une « réponse épicétou » à des interrogations qu’il est facile de formuler sur la toile.
La toile ? Mon ami google, par exemple!
Je lui pose une question (comment construire un mur) et instantanément (0,40′) je suis face à environ 19 200 000 résultats !
Magique, non ?

A défaut d’avoir besoin de dompter ma curiosité, j’ai réussi à dresser le moteur de recherche (alias mon ami google) et magie encore, je trouve assez rapidement les sources où m’abreuver.

Ce matin par exemple.
Alors que je vais ramer demain en compagnie d’un ami en train de changer son fusil d’épaule, j’étais curieuse d’en savoir plus avant même de le rencontrer.
J’ai tapoté trois mots et sur les 23 200 000 résultats annoncés en 0,48′, à la troisième ligne, il y avait un article de juin 2017 sur lequel j’ai cliqué.
Et j’ai débarqué dans une caverne merveilleuse, tel Ali baba après seulement trois mots « sésame ouvre toi ».
Il y avait, caché là, des traces d’Heidegger, Maldiney, mais aussi Nishida Kitaro, Kimura Bin et tant d’autres liés dans une sauce très érudite éclairée par de multiples liens bibliographiques.

Et en plongeant dans la caverne, transgressant sans la moindre frayeur l’invitation platonicienne qui invite à en sortir (livre VII de La République), je ne pouvais que m’émerveiller de chaque reflet qui apparaissait.
L’un était l’écho du propos écrit hier à l’attention d’une amie.
L’autre me ravissait, confortant l’invitation lancée pour la journée du 12 janvier.
Et naissait l’envie d’explorer encore plus loin.
Et revenait des idées laissées en plan parce qu’il y a toujours des priorités…
… Qu’il est probablement temps de laisser germer.

J’aime être curieuse.
Exploratrice solitaire
Infiniment dépendante de la présence…
… Du monde et de ses habitants.

La curiosité est certainement une grâce,
Dans la mesure où une certaine forme de liberté offre constamment la possibilité d’entrer et de sortir.
Et qu’il s’agisse de le faire par en haut, en rampant ou à l’aide d’un pas de côté,
Je reconnais qu’il y a là une certaine forme de combat contre « l’éducation normale ».
« Education normale » ! Voici un concept qui ouvre sur environ 212 000 000 résultats en 0,44′ puis sur 79 100 000 autre 0,48′ après et encore 79 100 000, 0,48 secondes plus tard. Tout ceci seulement en français. Que je tapote en anglais et en espagnol et se dessinent à la fois l’infini, le néant et le chaos.

Je vais aller ramer!

12 août 2018


Ont  beau m’émerveiller
Les fables du temps où l’on croyait
Que le ciel et la terre s’unissent à l’horizon,
Les fables du vieux temps
Où nos aïeux vivaient au gré de la nature,
Je préfère les soleils de ce temps où
Malgré nos danses d’un pas en avant et deux en arrière
Nous vibrons au rythme du monde.
Kouam Tawa, Sais-tu où va le soleil, Editions de la Martinière, 2015,
ISBN 978-2-7324-3844-3

Dans la soirée du 11, j’avais remarqué que le ciel semblait balayé de tous ses nuages. Au Sommet de l’Haleakala, l’observatoire était bien visible, minuscule tache blanche miroitant les dernières lueurs du jour. Et s’il y avait un endroit de Maui qui m’avait laissée sur ma faim, c’était bien ce volcan là.

Dès le réveil, inspirant l’air limpide du haut des marches du petit cottage, j’ai vite levé les yeux : Haleakala était entièrement découvert. Le temps de m’étirer, d’avaler quelques fruits, de préparer un sac de randonnée et hop,  j’étais au volant de mon carrosse, en route pour le sommet de l’île à plus de 3000m d’altitude.

Haleakala : la maison du soleil (légende polynésienne du demi-dieu Maui)

Le ciel était clair, le ciel restait clair et dans ma tête, j’étais certaine qu’il resterait clair toute la journée.
Cette fois-ci, il y avait un gardien à l’entrée du parc et j’ai acquitté sans regret les 25 dollars exigés. (Lorsque nous étions montés en fin d’A-M, le gardien avait terminé son horaire et le débiteur de cartes bancaires était hors-fonction)

Après l’entrée, il reste un bon paquets de kilomètres avant le sommet.

En voyant un couple faire du stop au plus mauvais endroit d’un virage, je fus surprise et peu encline à les charger. Il m’a fallu quelques secondes pour constater que j’étais seule sur la route, qu’il n’y avait aucun danger alentours et que tout bien pesé, vu le gigantisme de mon carrosse, il était indécent de les laisser là. J’ai attendu qu’ils me rejoignent en courant, ravis et se confondant en remerciements.
Ils étaient argentins, de Buenos Aires : jeunes, elle portant rasta colorées et tatouages de mauvaise qualité, lui moins spectaculaire dans son apparence et plus effacé dans la conversation.
Nous avons beaucoup discuté et même quasiment philosophé dans un anglo-espagnol tout à fait remarquable. C’était franchement cool.

Au parking, ils sont partis de leur côté vers l’observatoire et moi, du mien : dans le volcan.

Rien n’avait changé depuis le jour où je l’avais découvert, sinon l’orientation des rayons du soleil.
Les couleurs, l’air léger, les reliefs, tout dans « la maison du soleil » me tendait les bras et j’étais impatiente de dépasser le seuil déjà franchi la semaine d’avant.

Il serait totalement vain d’essayer la moindre description permettant d’en mettre plein la vue. Les photographies elles-mêmes sont tellement plates, tellement trop petites, tellement dépourvues de matières.
Là-bas, la palette des couleurs est incroyable : du bleu au noir, du vert au rouge, de l’ocre au blanc, de la transparence limpide de l’air aux reflets irisés de la lave, de l’argent des rares plantes au doré de la terre, du velours des sables infiniment affinés aux pics acérés des sculptures éoliennes.
Là-bas, c’est un paysage à 360° et des sensations des pieds à la tête.
C’est indescriptible, comme tous ces lieux où se rejoignent la terre et le ciel, le tonnerre du feu et l’ombre du silence, l’histoire d’hier et de demain.

Je m’y suis promenée libre, planant de ci de là, comme sous l’effet d’une drogue puissante.

Parfois, à deux endroits précisément, deux ou trois personnes sont passées ou stationnaient. C’étaient des français. Parler était comme une manière de redescendre sur terre tout en pensant déjà au décollage suivant.
C’étaient des français venant d’Amérique pour les premiers et de Nice pour les second.
Le volcan et la route d’Hana sont les deux endroits incontournables pour ceux qui « font » Maui en deux-trois jours. Ce qui est certain, c’est que ces français là étaient allés plus loin que les autres touristes et ça m’a fait plaisir.

Tout a une fin, même les « voyages » entre deux mondes.
Prendre une autre dose, c’est prendre le risque de se perdre, il faut toujours savoir arrêter. Redescendre, s’incliner sont des nécessités dictées par le rythme de la vie, par les vagues, par le cycle du soleil, par l’appel de la faim aussi.

J’ai enfourché la route, guettant le moindre détail, la moindre direction qui pouvait m’appeler pour rester encore un peu.

En bas, j’ai croisé une immense file de voitures au péage.  Un grand nombre de personnes attendaient leur tour de passage pour monter contempler le coucher du soleil. Selon mes calculs, celles qui étaient en queue étaient en retard.
Allaient-elles déjà attendre le lever du soleil ?

Je ne le saurais jamais.

En passant devant le supermarket d’Haiku, j’ai tenté un détour, à la recherche d’une friandise.
J’ai été incapable de rien trouver à la hauteur de ce que je cherchais.
Je ne savais pas ce que je cherchais.

Il était tard.
Je n’avais besoin de rien.

De la compétition


La compétition!
Encore un mot tellement ouvert qu’il faudrait plusieurs chapitres pour argumenter sans même en venir à bout.
Lutte? Pour qui, pour quoi?
Rivalité? Sur quel sujet? Dans quel objectif?
Interaction? Entre quoi? entre qui?
Et j’en reste à la seule langue française pour éviter d’entrainer mes réflexions sur la voie de la mondialisation, des interprétations parfois hâtives qui compliquent la lecture des ouvrages ré-écrits par les traducteurs.
Car la compétition est partout.
Du commencement à la fin
N’est-ce pas un spermatozoïde et un seul qui pénètre la membrane ovulaire à l’issu d’une course périlleuse où ils sont des millions au départ?

Car qu’est-ce que la vie sinon une lutte de chaque instant et de chacune de nos cellules?
Car qu’est-ce que la vie sinon une interaction constante avec notre environnement?
Car la vie est-elle possible sans rivalités, sans frustrations, sans victoires petites ou grandes?

Hier, il y avait une compétition sportive sur la côte vendéenne.

Nous étions trois joyeux lurons,
Heureux de revoir les copains du monde,
De lancer ces « Salut », « Hi » ou « Ola »
Qui n’ont de fraternels que l’apparence
Dans l’instant des retrouvailles au coeur de l’instant.

Car après l’âpre bataille,
Après les congratulations,
Chacun monte dans sa voiture et revenant à sa vraie vie,
Referme la parenthèse.

Nous étions trois, en marge.
Ravis, joueurs, décontractés.
Quand ceux qui venaient pour en découdre,
Gagner des sous, empocher une sélection
Mesurer le résultat de leur TRAVAIL d’entrainement
Ramaient sur le support officiel,
Nous étions là avec nos va’a!
Ravis, joueurs, décontractés.

Et c’était super délicieux sous le soleil,
Contre le courant de grande marée,
Dans le vent de travers!
Et nous avons conclu en mangeant des frites,
Devant une bière!
Et le plus merveilleux, dans mes yeux,
C’était le réel bonheur de E.T, l’ancien pro
Qui ayant maintes fois repoussé ses limites
Sa battant contre lui-même quand d’autres souhaitaient se battre contre lui,
Qui repoussant encore et toujours ses limites
Dans d’autres aventures,
Nous avait proposé un simple jeu, pour le fun.
Y être, en marge
Sur le même parcours,
En sentir le décor,
Toucher ce « ensemble » tellement addictif
Respecter la mise en scène,
Sans laisser de trace,
Et se sentir libres en même temps.

A la marge… les gars devant, je suis derrière!

Le jardin et la politique


Et hop, dès ces quatre mots posés en guise de titre, mes réflexions s’envolent dans tous les sens alors même que j’imaginais pouvoir ainsi les contenir sous un seul angle.
Car qu’est que le jardin?
Est-il préférable d’utiliser l’article « le » ou l’article « un », et pourquoi pas « les » ou « des »?
Car que signifie le mot politique et d’où vient-il?
Est-il préférable d’y adjoindre un article? Défini ou indéfini?
Car pourquoi utiliser une conjonction de coordination?
Laquelle?
Est-il préférable d’utiliser un signe de ponctuation?
Lequel?

Quatre mots et tant de possibles, tant de visions, cent différences, autant de semblances,
Aucune certitude.

Pourtant je répète que le jardin est un livre ouvert.
Mon livre préféré.
Avec celui de l’océan
Et celui du vent et du ciel
Et tous ces livres où l’ombre et la lumière interdisent
Une lecture en noir sur blanc.

J’imaginais être en mesure d’aborder « le jardin et la politique » comme j’aborde une plage, simplement en pointant l’étrave de ma pirogue dans la « bonne direction », puis en ramant avec détermination.
Las.

Pourtant, ce matin, me sentant despote en pleine possession de mon règne sur le jardin, j’étais au coeur du chapitre politique du ce grand livre.
Sans cesse,  je déplace des populations, j’en détruis certaines, j’en contiens d’autres dans de jolis pots brillants, je rase, je dédaigne, je non-respecte, je protège, je valorise, je porte aux nues je voue aux gémonies, etc.
En deux mots : je règne.

Et si je règne… C’est évidemment pour « le bien » de cette communauté végétale…
Enfin, c’est pour leur bien, parce que leur bien est mon désir, mon plaisir, mon besoin.
Pfff, encore des mots à définir, à préciser, des mots que je joue à pile ou face sans savoir d’avance sur quelle face chacun les verra tomber.

Quelle aventure.
Et, Ô combien j’admire parfois les personnes qui n’ont que noir et blanc dans leur vocabulaire.
Noir et blanc, bien et mal, oui et non.
Et, Ô combien dans le même instant, je suis en joie de n’avoir pas d’autre choix que de ramer sans cesse.
Ramer vers plus loin, vers l’inconnu,
Poussée vers d’inabordable rivages,
Aventurière de cap en cap,
Me délectant de baies accueillantes et de courants contraires, d’eau limpides et de vagues déferlantes,
Inexorablement en mouvement,
Je reste vivante.

Alternances


L
e spectacle des iris qui s’épanouissent me ravit.
Il y a d’abord les feuilles, simples, élancées, volontiers diaphanes dans le soleil rasant.
Il y a ensuite le bouton, élancé, simple, épuré.
La fleur s’ouvre d’un coup et il est absolument impossible d’en saisir l’ensemble.
Sa grandeur oblige
Sa symétrie est relative, trois est un chiffre non-pair
Son parfum est subtil, à nul autre pareil.
Puis, la fleur passe, elle se ferme, se recroqueville, sèche et tombe.
Il reste une tige, élancée, simple laissant chanter dans la brise un calice marcescent élégamment froissé.
Vient la fin de saison et l’absence.
De longs mois plus tard
Pointent les nouvelles feuilles
Et l’espoir.

Amoureuse des mots
Je les redoute.
( Redouter, vient de l’ancien français douter, c’est à dire craindre… De quoi élargir la dissertation au sujet du … doute)
Je les crains car je connais leur versatilité,
Je sais leur envol lorsque je les abandonne
Et j’ignore tout du sens
Qui leur sera donné
A l’endroit où ils atterrissent parfois.

Amoureuse des mots
Des fleurs
Du mouvement
De la Vie

Il s’en fallut de peu pour que je laisse aujourd’hui
Seulement une image
En reflet, au sujet de l’alternance
De tout, de chaque vivance et de chaque instant
De cette alternance
Qui fait mon bonheur
Intense.

La chasse


Rien de mieux pour loisirer que de partir à la chasse.
Loisirer?
Oui, l’opposé de « trepallium », du « travail » tellement à la mode, voire même de l’ouvrage à la sueur du front!
Loisirer, c’est seulement pour le plaisir et c’est totalement inutile.
Loisirer c’est quand le garde-manger est bien plein, quand la maison est bien rangée, quand les papiers sont en ordre.
Alors… Partir à la chasse est très délassant!

Il y a la chasse aux champignons, la chasse aux papillons, la chasse aux belles images, la chasse à rien et en ce moment la chasse aux orchidées sauvages.

Le truc le plus important pour un chasseur sachant chasser, c’est de rapporter une « proie ».
La « proie » est destinée à être partagée afin que chacun puisse « profiter » des talents du chasseur sachant chacher, du chasseur sassant chasser, bref… Du marcheur qui sait ramer!
De « moi-je » en somme!

Et le bonheur actuel est tout entier dans la haute technologie, dans les réseaux sociaux et dans cette possibilité de partage virtuel dont je fais grand usage, en exploratrice chercheuse sageuse que je suis.

J’y retourne aujourd’hui.
Désolée la saison est courte.

Oui, chasser est délassant pour la tête.
Il suffit de marcher en dehors des chemins,
Il suffit de déployer ses antennes
Et de regarder avant de poser les pieds.

Avec quelques indications et un peu de chance,
Au milieu de l’exubérante flore printanière
Se dresse une timide belle
Qui s’en distingue par son absence de souplesse
Par sa prétention à la différence
Par sa présence étonnante
Fascinante
Merveilleuse
Silencieuse.
Alors le temps s’arrête.
La « proie » est là,
Le face à face est impitoyable
il faut choisir la capture ou l’ignorance
Prendre une photo ou aller plus loin.

Parfois comme hier, la chasse est organisée pour profiter du paysage
Dans un endroit que j’aime intensément
Et qui m’embarque dans une énergie ravissante
Forçant mon regard à naviguer entre très loin et très près,
Au dedans même souvent.

Et pour partager aussi un peu du croustillant dont je ne saurais me lasser
Immanquablement
C’est l’aventure.
Quand fatiguée d’essuyer le vent et la pluie, je demande un raccourci
Après trois heures de marche
Quand le brave gars m’indique une direction
Et qu’un sentier se dessine,
Je fonce, confiante.
Et en confiance, j’avance, car le sentier s’ouvre à travers les broussailles.
Pas de soucis pour ma tenue plutôt citadine
Mes sandales de marche assurent le pas et l’absence de sac à dos
Facilite l’avancée.
Et me voilà contournant un plan d’eau
Et me voilà escaladant
Et me voilà traversant la voie ferrée
A un endroit où seuls passent les fugitifs et les animaux
Et me voilà bloquée par un grillage, cherchant la faille
La trouvant et me glissant sous le grillage en rampant
Comme d’autres humains l’ont fait et le feront.
Et La Loire est au bout
Et flotte un sourire
Typiquement joellien!

Des reflets


C’était dimanche sur la Loire.
Le vent était faible et non nul.
Le courant à cet endroit précis était faible et non nul.

De l’image, il ne reste (sur l’image ci-dessus) que la partie reflétée.
Connaissant l’ensemble,
Sachant exactement l’intention qui était la mienne
A l’instant précis où je l’ai effectué la mise en boite,
Il me serait facile de commenter les reflets
De les commenter en faisant référence
A l’image de départ.
Avec autant de plaisir, il m’est possible
De décoller sur les reflets eux-mêmes
De me contenter de disserter au sujet des couleurs
De leur précision ou de leur dispersion.

Reflets, échos
Je les cherche
Je les attends.
Passionnément.

J’expérimente le monde en observant inlassablement
Les reflets, les échos,
Comme j’observe l’écoulement de l’eau ou de l’air
Les turbulences, les calmes et les silences.
Il est probable que la science physique aurait pu me passionner
Si je n’avais pas eu l’impression d’une embrouille
Si les expériences avaient été en premier des poèmes
Plutôt que de me contraindre à n’en retenir que des équations
Tellement trop étroites!

Alors, imaginez

J’aime écrire.
Les mots débarquent de manière fluide,
Ils coulent, découlent, rebondissent, tourbillonnent.
Je les pose « noir sur blanc » comme autant d’équations très sérieuses.
En appuyant sur la touche « publier », je donne un coup de pied dans le tas,
Les mots s’envolent,
Les phrases en sont troublées comme la surface de l’eau est troublée
Par le moindre souffle
Et au loin, des personnes lisent
Et découvrent des reflets qui leur parlent.
Et m’en parlent
Et racontent
Noir sur blanc
Des mots qui s’envolent au loin
Et que je lis
Que je lie
Et relie en relisant
A la texture et la couleur que j’avais choisi
A un instant donné
De capturer.

Et  c’est ainsi que je comprends chaque jour un peu mieux
Toujours plus loin
Du meilleur à l’extraordinaire.

Et… poussent les fleurs

C’est normal,
Il suffit de les écouter!

Ca fait combien d’années que je griffonne sur des papiers?
A l’encre bleue, à l’encre noire
Ca fait combien d’années que je tapote sur un clavier ?
Un clavier qwerty,  un clavier azerty ou un peu paumé
Quelle importance?

Le truc, c’est que je raconte toujours la même chose
D’une manière ou d’une autre
Mais jamais pareil
Parce que le temps est singulier
Toujours différent
Parce que les personnes sont uniques
Jamais les mêmes.
Et puis, je ne sais faire que suivre,
Suivre mes idées, l’air du temps et parfois les gens,
Suivre… vers plus loin!

Ces dernier temps
C’est le printemps

L’an passé en avril,
J’écrivais ça… et plein d’autres réflexions
Puis, j’ai fait le ménage,
Puis j’ai fait imprimer une nouvelle carte avec seulement mon prénom,
Devenant « sans étiquette » et sans nom
Et je me suis sentie super sereine.

C’est que depuis longtemps
Trop longtemps
Si longtemps
J’étais vraiment à l’étroit entre le nom de mon père
Et le nom de mon époux,
Entre une casquette et une autre et d’autres encore
Mais aucune à ma ressemblance
Toutes n’étaient qu’apparences.

Il y avait un bout de temps que j’étais incapable de répondre
A la question « Et? Tu fais quoi? »
(Proposition de traduction : « En fait c’est quoi ton boulot? Ton métier, ta profession, quoi?)
Une question qui est posée en routine
Au point que la réponse n’a pas d’importance
Sûrement pas plus d’importance que le bulletin des prévisions météorologiques
Parce que finalement ce qui compte c’est ce qu’on gagne dans l’histoire.

Comment expliquer en un seul mot ou en cochant une case ce qui me permet de gagner ma vie?
Je sais pas faire.

Après « stare » et « Adèle est née« ,  tout en écoutant pousser les fleurs, en passant de long moments au téléphone ou devant le clavier, en buvant du thé et du café en bonne compagnie, en voyant pleins de projets  non-attendus se dessiner, après deux jours passés à prendre soin du jardin,
J’ai enfin trouvé la réponse.
La réponse qui est celle qui me ressemble et ne rentre dans aucune case.
La « bonne » réponse,
Celle dont tout le monde se moque parce que ce qui est vraiment important c’est d’en savoir plus au sujet des prévisions météorologiques.

Stare

Stare…

Les mots sont fascinants!
Stare.
Ce mot là, si vous le chercher, vous pourrez le trouver en latin et aussi en anglais.
Ils sont impossibles à confondre à l’écoute, mais à l’écrit… ils le sont!

Après une semaine entre parenthèses, une semaine passée à liquider tous les bouquins dont la lecture était en cours, une semaine passée la tête vide à l’image de la plage lorsque la vague se retire, j’ai senti qu’une nouvelle vague se levait et n’allait pas tarder à venir mettre de l’eau dans mon moulin.
Samedi, sur le trottoir, en ville, je marchais nez au vent, sourire aux lèvres.

Stare… le mot s’est invité.

Il s’est invité en latin précédé de ce ob- qui lui donne un sens bien précis que l’évolution de la langue française associe avec un autre, issu lui, du prénom de l’aînée des Pléïades, la « petite mère », ce nom doux traditionnellement accordé aux grands-mères…

Dans l’instant, toutes mes pensées s’accordèrent sur le fait que, décidément, je n’avais jamais rien fait d’autre que d’être celle que je suis, que, décidément, il était vain de chercher à m’en détourner, que, définitivement je devais être celle-là plantée sur ses convictions jusque dans les actes, jusqu’à ce « laisser faire », jusqu’à « être », être juste, juste là.

Et c’est alors que « stare » débarqua sur la musique de la langue de Shakespeare!
Allez savoir pourquoi?
Allez chercher par quels détours?

Ce fut un bon moment passé en compagnie de ma solitude, que ce moment où s’alignaient les interprétations possibles de ce mot, pointant fortement ce « semblable et différent » qui me tient à coeur.

Alors, comme une cerise sur le gâteau, une petite phrase récemment lue vint s’afficher derrière mes yeux (ben, oui, devant mes yeux, il n’y avait que la ville, le trottoir, les passants…).
Cette petite phrase disait :  » L’histoire de la médecine est l’histoire de la dialectique entre le faire et le penser, et de la façon de prendre des décisions en situation d’opacité » et quelques lignes en dessous j’avais consciencieusement noté un « truc » que j’ignorais : « Dans l’aire sémitique, un médecin était alors appelé al-Hakim, « le sage » ou « le praticien de la sagesse », un synonyme de philosophe ».

A ce moment, j’étais à proximité de l’endroit où j’avais rendez-vous et le ciel devenait menaçant.

Les mots sont fascinants, la connaissance est une source merveilleuse de rencontres, de découvertes passionnantes, de détails qui titillent d’autres détails dont peu de personnes ne se soucient.
Au milieu de la ville, je retrouvais les sensations laissées au milieu des cailloux et les émotions ressenties en découvrant les fragiles sculptures de sable travaillées par le vent et les embruns.

Et la pluie se fit battante et toutes les pensées s’envolèrent comme autant d’oiseaux qui filent s’abriter. Il n’y avait plus qu’une urgence : rentrer dans le « temple » des « petits-choux », retrouver l’ami, boire un thé chaud, déguster une friandise et refaire le monde à travers nos expériences.
Ce qui fut fait, passionnément.

De l’ile aux enfants à la jungle virtuelle

Après quatre semaines partagées entre marches solitaires et marches accompagnées,
Après quatre semaines sur une île où l’horizon est si proche que ma curiosité doit se contenter d’insignifiants détails pour se nourrir insatiablement,
Après ces quatre semaines,
Et la suivante,
Il y eut « la semaine sur l’île aux enfants ».
L’île aux enfants?
Oui, et sans aucune marionnette, seulement en compagnie de A, J, L, et la présence bienveillante de Y et V.
Quand je parle d’enfant,  je ne propose aucune définition chiffrée, je parle plutôt d’un passage de vie où l’impact sociétal est minimaliste,  où tout peut arriver et particulièrement l’imprévisible.
Quand j’écris « présence bienveillante », c’est afin de mieux éclairer tout l’espace de liberté offert pour laisser s’exprimer la puissance de l’imprévisible tranquille.

Mon contact avec « le monde » se limitait à la recherche de victuailles à « l’HyperDino » du coin de la rue qui tient plus de la supérette que de l’hypermarché suburbain.

Bien évidemment, les livres était à mon chevet.

Dans cette « bulle » où n’existe que la réalité brute, fusse la réalité d’un moment totalement imaginaire, dans cet espace temps soumis à la seule météorologie du ciel, c’est à dire celle qui vient sans prévenir, celle qui mouille, qui décoiffe, qui bouscule sans la moindre arrière pensée, là tout n’est qu’enseignement et apprentissage partagé.
Simple.
Inutile de signifier que le ciel est bleu, il suffit de lever les yeux, il est là et chacun se moque bien de le décrire, de lui donner couleur ou consistance : il est là.
Inutile d’expliquer le vent, il suffit de sortir, d’aller contre ou avec : il est là.
Inutile de commenter la force des vagues, il suffit de marcher sur la plage, de se faire mouiller, de se laisser happer, d’attendre sans lutter, de reprendre pied et de marcher à nouveau.
Inutile d’utiliser les mots « savants » et « universitaires » inutile de traduire en mal-interprétant, il suffit de sourire en entendant A parler d’algorithmes, en saisissant un « merci » sorti par mystère de la bouche de L. et un « mas » venant de J. désirant faire un tour de plus… de sourire, comme une complice, une compagne, une passante… et chacun se sent entièrement compris, dans l’instant et ce qu’il contient.

Alors, en atterrissant dans la jungle aéroportuaire, puis dans la jungle urbaine, puis dans la jungle de derrière l’écran du laptop, en atterrissant là-dedans… il me faut fermer les écoutilles, il faut obliger mes sens à « rentrer dans la norme », à voir « comme tout le monde », à « entendre » sans trop sursauter, à sentir sans irritation, à éviter de me laisser toucher de trop près, etc, etc…
Et s’il « faut », si c’est absolument nécessaire, c’est bien parce que la vraie vie est ailleurs.

Entendons nous bien, oui, elle est aussi dans la jungle la « vraie vie », oui. Elle n’a pas de limite si précise autre que métaphorique, oui, je sais cela.
Mais tout en le sachant, j’ai besoin, à chaque « retour » d’une piqûre de rappel et sans doute est-ce lié à l’âge qui avance, cette piqûre est à nouveau douloureuse.
Plus que devant la « misère dans le monde », la « guerre », « les injustices faites aux minorités », la « souffrance animale » et tout « ces trucs conceptuels » privés de réalité proche et palpable, j’ai mal et j’ai de la tristesse en constatant à quel point l’effet du « rouleau compresseur » sociétal est puissant.