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Passionnément la vie

Comprendre signifie « prendre avec soi ».
Impossible de prendre avec soi ce qui nous échappe.
Il est pourtant possible de se laisser toucher.

Patience, passion, pathos ces trois fleurs ont une racine commune dans le grand livre de l’étymologie : dans notre monde contemporain, elles ont des parfums si différents qu’il est facile de l’oublier.

Ces dernières semaines j’étais prête pour faire un peu de rangement.
Ranger, c’est trier et classer et inévitablement jeter ce qui doit l’être.

Cinquante ans en arrière, quand j’affirmais vivre comme si je devais mourir le lendemain, c’était pour chanter que j’étais favorablement disposée en vue de goûter à toutes les gourmandises offertes par la vie. Je n’avais à l’époque qu’un maigre bagage, une minuscule boite à trésors et tant à expérimenter, à apprendre, à vivre passionnément.
J’ai gardé ce cap.
La vie est un risque qui m’est tombé dessus le jour de ma naissance, et dont j’explore encore chaque saveur … à ma manière, sans la moindre bataille, toujours émerveillée et consciente de la multiplicité fascinante de ses formes autant que de l’imprévisible qui rôde.

Mais avec le temps mon bagage s’est enrichi et alourdi aussi.
Les passages de vie se sont succédé, les uns par dessus les autres, se complétant parfois sans jamais s’annuler l’un l’autre.
Je me suis trouvée encombrée par mille questions, par des centaines d’obligations qui semblent incontournables et des dizaines de résolutions qui sont autant de « points fixes » dont je ne souhaite pas me débarrasser.

Aujourd’hui, quand j’affirme vivre comme si je devais mourir demain, c’est plus que jamais croquer dans la vie mais c’est aussi ranger, trier, jeter, c’est agrandir mon espace afin que je puisse y trouver la multitudes des possibles encore à ma portée. C’est aussi penser à l’empreinte qu’inexorablement ma disparition laissera.
Ce faisant, emportant sans le moindre regret mon passé dans les décharges sélectionnées pour leur capacité de tri anonyme, je pense à ce monde qui nous englue dans son confort, dans sa pseudo sécurité et nous pousse à plonger dans les grandes vagues d’émotions concoctées par les médias afin que nous nous sentions « humains » par écran interposé, tellement virtuellement, en fait!
Ce monde qui nous encombre avec ses accumulations insensées nées sur le vide abyssal de nos oublis et non-espérances assemblées.

J’ai gardé quelques objets comme autant de métaphores dont j’ai encore besoin :
Un sac vide que je m’étais offert comme d’autres s’offrent une plaque dorée.
Une boite à outils du passé, infiniment utilisable, tellement différente du « consommable » actuel, ces « trucs jetables » que nul écologiste ne remet encore en question.
Les outils sont le prolongement de la réflexion et donc le prolongement des mains qui se mettent au service de la réflexion. Merleau Ponti disait « toucher, c’est se toucher » : j’en suis persuadée, quelles que soient les circonstances, l’environnement et les faits.

J’ai jeté des quantités de papier et autant d’images.

J’ai gardé les étoiles, elles sont des parts de mon âme, inséparables de mon être, légères, impalpables, non consumables.


Le temps des cerises

Ces cerises là sont les premières de toute la région.
La manne est en libre service pour les oiseaux.

Impatients de se gaver, ils occupent l’arbre, picorent, cueillent et emportent même jusque par dessus les terrains voisins.
C’est que rien ne vaut les cerises fraîches.

Alors, remplir un panier relève de l’exploit pour un simple humain incapable d’atteindre les sommets.

J’ai toujours connu la saveur des cerises fraiches : mon grand père jardinier avait célébré ma naissance en plantant un cerisier au beau milieu du jardin encore vierge de mes parents. Autant dire que les cerises font partie de mon histoire.

La semaine dernière, en compétition avec un nuage de merles gourmands, j’étais un brin nostalgique et en attrapant un par un ces précieux fruits je ne boudais pas mon plaisir.
Je pense que c’est la première fois que je prends autant de plaisir à la cueillette.
Sans doute était-ce parce que c’est la dernière fois.

Avec la vente de la maison d’un côté, avec la construction d’une maison neuve de l’autre côté, je perds toute chance d’avoir à nouveau des cerises fraiches à profusion.

Et c’est ce qui est amusant car qui possède un cerisier sait à quel point il est « peu cueilli », sait à quel point les cerises « se perdent » et à quel point il est facile de rouspéter lorsqu’elles finissent par joncher le sol en laissant évaporer une odeur caractéristique de « kirsch ».

Je me souviens précisément des injonctions maternelles : « Voilà un panier, va cueillir des cerises, attention, je veux les cerises avec leur queue! » . Et, je prenais le panier en soupirant, en levant les yeux au ciel, puis, je l’accrochais à une branche avant de grimper dans l’arbre et de manger plein de cerises arrachées de leur pédoncule.
Pour avoir bonne conscience j’en mettais quelques unes dans le panier mais si peu.
J’étais plus efficace quand il était question de préparer un clafoutis, car alors l’équeutage était indispensable et il suffisait de deux minutes pour arracher quelques poignées.

Et oui… Cueillir des cerises pour les offrir, cueillir des cerises pour les conserver ne serait-ce que quelques heures nécessite de les « cueillir avec la queue » et là, c’est la galère!
Une galère que les heureux détenteurs d’un cerisier at home n’ont absolument pas besoin de se farcir pour jouir de la saveur à nulle autre pareille de la cerise fraichement cueillie.

J’ai soigneusement coupé la moitié du précieux prolongement de celles que j’ai courageusement sauvées l’autre jour. Puis, je les ai tendrement serrées les unes contre les autres dans un bocal, autour d’une belle gousse de vanille fendue. J’ai ensuite regardé le sucre les recouvrir de reflets mordorés et s’immiscer dans le moindre interstice puis j’ai versé une bonne eau de vie par dessus le tout avant de bien fermer le couvercle.

Lors des fêtes de fin d’année nous partagerons en famille le goût désuet d’une gourmandise que seul le temps passé additionné du temps qui passe peut entièrement révéler.



Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…

Le chemin des asphodèles

Voilà un chemin que mes pas suivent et suivent à nouveau sans jamais se lasser.

Je l’appelle le chemin des asphodèles peut-être par analogie avec la « plaine des asphodèles » , peut-être parce que c’est un poème, une méditation sans but ni objet, une ballade inlassablement fascinante.

Si je suis pressée, je boucle la boucle en moins d’une heure.
Si rien ne presse, j’avance de détours en détours.

C’est un livre écrit très fin.
Depuis des années, j’en tourne obstinément les pages, diaphanes comme de papier bible, sans être capable d’y retrouver ni un chapitre, ni un vers à l’endroit où je pensais l’avoir enregistré.
Je le déroule dans un sens en partant du pont des forges ou dans l’autre en commençant au moulin.

Forges et moulins ont disparus depuis longtemps mais ni les trépidations des groupes déboulant accrochés à leur bâtons, ni la patience des pêcheurs chasseurs de vifs n’effacent leurs traces quand je passe, dans ces heures creuses où ma solitude est reine de l’espace.

Sur ce chemin se mêle la vie des hommes à celle de la nature.

Ici une fontaine capte une source sur le chemin ancestral de Nantes à Rennes.
Là, resté planté sur le bord du chemin, un châtaignier presque millénaire qui ne demande rien.
Il a probablement tendu ses fruits aux passants de longues années durant et ces derniers temps, il est affublé d’une pancarte. Comment ne pas sourire en pensant à ceux qui cliquent un selfie devant la plaque ?
Il est clair que l’arbre n’est qu’un arbre.
Plus loin quelques ruines racontent la persistance de l’impermanence.
Ici le labeur fut de rigueur durant des siècles, puis l’industrie a invité le travail jusqu’à fournir des boulets aux esclaves, la farine a tout recouvert de blanc jusqu’à ce que le feu ne gagne et que ne sévisse l’abandon, jusqu’à ce que le souvenir l’emporte, déposant ça et là un barbecue ou une pancarte.
L’avenir est encore à vivre.

Hier, j’avais quartier libre et le soleil était au rendez-vous.
J’ai rencontré la très clandestine en robe blanche alors que je ne l’attendais pas.
Au détour d’un arc du rivage, un noir cormoran tout trempé décolla à grand bruit, estompant le frisson majestueux d’un grand héron en vol.
J’ai écouté pousser les jonquilles transperçant le tapis automnal, deviné la place des asphodèles, caressé la grande consoude encore minuscule, humé l’air clair se reflétant de tout son bleu sur l’eau sombre. Puis j’ai poussé jusqu’au pavage hérité d’un temps plus lointain encore que celui de la naissance du châtaignier du bord du chemin.
Là où l’ornière est dessinée, j’ai entendu le grincement des charrettes et la voix des hommes jurant de jurons d’autrefois.
Les nuages voilaient déjà l’astre déclinant, il fut temps de rejoindre mes pénates.

Je hâtais le pas, toutes pensées dissoutes.
Et tandis qu’au dessus de ma tête la hâte des automobilistes me ramenait à l’instant présent, je notais à quel point la connaissance est indispensable à la reconnaissance.



Liberté chérie

Depuis quelques semaines, le mercredi je suis obligée (parce que j’ai accepté ce choix proposé) d’assurer la garde de mes petits enfants de 13h30 à 17h30, après ça, je suis obligée (parce que j’aime ça une fois que j’y suis) de rejoindre mes copains d’entrainement, de ramer sur l’eau noire dans la nuit sombre.

Hier, pendant la sieste des diablotins, j’ai feuilleté un livre de recettes qui trainait sur le canapé du salon des enfants. Un bouquin signé par un gars, qui sur son site, écrit en titre sous son nom qu’il est l’un des principaux enseignant de méditation en France.

J’aime toujours feuilleter les livres de recettes et celui-ci m’a tout de suite attirée, moi qui raconte depuis tellement longtemps (avant même que le gars sus-cité n’ouvre son « école ») que je médite et que je pratique le yoga (en ce sens que « yoga » signifie avant tout « joindre ») en épluchant mes carottes!

Liberté!

Liberté du fronton républicain

Liberté chérie…

J’ai commencé par vérifier qu’aucun billet ne porte déjà ce titre sur ce blogue.
Rien dans le moteur de recherche intégré, rien : c’est qu’à l’image du verbe « aimer » dans le bouquin d’Orsenna le mot est bien fatigué, trop utilisé qu’il est dans tous les sens. J’ai décidé très souvent de lui éviter une nouvelle charge. Je cède à la facilité aujourd’hui, j’espère que la « liberté » ne m’en voudra pas trop.

Puis, j’ai fait un inévitable détours vers la lexicographie, histoire de voir de quoi j’allais parler.

Il ne me restait plus qu’à examiner les racines, ce qui fut fait jusqu’au coeur du célèbre « Gaffiot » bien connu des latinistes.
Et c’est là que j’ai trouvé une première question à mes questions.
Si l’état de liberté a pris naissance par rapport à l’état d’esclavage, puisque l’esclavage est officiellement aboli en France en 1848, la liberté n’existe plus. C’est toujours la même histoire de l’ombre et de la lumière, du côté pile et du côté face, impossible de séparer l’un de l’autre ou l’une de l’un…. Vous suivez?

Alors, de quoi parle t-on avec ce mot précis « liberté » ?
Probablement de tout et de rien.

Et d’ailleurs, pour en revenir au principal-enseignant-de-la-méditation-en-France que j’ai découvert hier entre deux coussins pleins de plumes, j’ai relevé quelques « vérités » qui échappent à mon raisonnement.
Par exemple, j’ai lu noir sur blanc :  » Je suis horrifié par la sagesse telle qu’elle nous est présentée, y compris dans les médias grand public : un moyen validé scientifiquement pour nous aider à nous réfugier dans une petite zone de confort. mais la sagesse n’est en cela, qu’une forme de consumérisme. (…) Comme si elle était à l’extérieur de nous. »
Là, je suis d’accord
Et la ligne suivante « Foutez vous la paix, et vous découvrirez que la sagesse est déjà en vous »
Je suis toujours d’accord.
Le « truc » qui me chiffonne, c’est que le gars vende des tonnes de livres « best-sellers », donc « grand public » par définition, pour expliquer que rien n’est dans les livres.
Bon, je suis mauvaise langue, il propose aussi plein de stages et surtout un paquet de conférences-tout-à -fait-bénévoles accessibles sur une chaine vidéo bien connue.
Et là je dois dire que j’ai été bluffée, je continue a être d’accord avec lui et en plus, après quelques minutes de visionnage, j’avais deux choix possibles :
1° continuer à me laisser hypnotiser par sa personne et m’endormir rapidement, loin de toutes questions et des encombrements de ma cervelle.
2° appuyer sur stop et aller bricoler au jardin pour méditer et penser à la fois.

Tout ou rien.
Une histoire de liberté en somme.

J’ai choisi 2°.

M’est revenue une des conversations enregistrées lors de l’escapade pyrénéenne.
Un jeune gars m’interpellait au sujet de la liberté que je revendiquais en me disant : mais si vraiment tu es libre, tu pourrais arrêter de marcher et te poser dans un endroit que tu trouves beau et y rester… » Et je lui avais expliqué que mon point de vue au sujet de la liberté était autre, que j’avais librement fait le choix de partir seule pendant un mois pour aller de la mer à l’océan, et que là, maintenant je devais aller au bout de ce choix avant d’en définir librement un nouveau »

Liberté chérie… quelle aventure!

Heureux qui sait être seul

« On » a dit qu’ils avaient faim.
J’ai scruté les yeux, les joues, les attitudes et les tours de taille et je n’ai pas lu le manque de nourriture.
Puis « on » a dit qu’ils avaient besoin de se sentir « pas seuls ».
J’ai observé les insultes, les propos, les mouvements et j’ai vu les camps se former.
Exprimaient-elles leur faim de non-solitude, ces personnes qui illuminaient les médias d’un halo fluo synthétique et bruyant ?
Les chercheurs de toutes les Universités se précipitèrent à leur chevet pour sortir en avant première une explication argumentée plus originale que celle du voisin. Là encore des camps s’érigèrent.
Je me suis réfugiée dans le silence harmonieux de la nature profonde, fuyant brouhaha, cacophonie et combats.

A la mémoire, m’est revenu ce moment magique où à l’aube de la naissance de la toile, j’avais découvert qu’à l’autre bout du monde « une autre » personne exerçait son art dans le même état d’esprit que je le faisais alors et je m’étais sentie tellement moins seule !
(un petit détour s’impose par ici )
A la suite de cette découverte, j’avais vaillamment testé les rassemblements qui se vantaient d’assemblées chantant le même son de cloche microcosmique.
Et… Je me suis immédiatement sentie incommensurable seule au milieu de ces personnes.
C’est que je suis incapable de choisir un camp, d’autant plus incapable que choisir un camp signifie dénigrer un ou des autres camps.

Hier soir, j’ai fait le tour de mes connaissances amicales sur FB : je suis allée regarder par la fenêtre ce qu’avaient raconté dernièrement toutes celles qui n’apparaissent pas au milieu des pubs qui inondent mon « fil d’actualité » quasiment dépourvu « d’abonnements ». J’y ai trouvé les petits groupes habituels qui likent, valident et « moi-jesent » (du verbe moi-jeser…) comme il est d’usage de le faire entre adhérents du même parti.

Alors… je suis joyeusement revenue à ma couture remplie d’étoiles, à la confection des paquets cadeaux, à la préparation des menus de partage… et surtout à ma solitude préférée, grouillante de tant de mondes et de mille tendres pensées vers tant de personnes, chacune ayant son camp, ses convictions, ses activités, ses moi-je, ses agacements et ses bonheurs sur lesquels je n’ai absolument rien à dire.

Danser sur le fil


Nous sommes à ce jour plus de sept milliards de terriens (population mondiale)

Ce genre de billet mijote depuis des jours et des jours.
Comment essayer d’en partager le fumet quand le nombre d’ingrédients mis dans le bouillon dépasse l’entendement?
Suivant l’air du temps, penchée sur la casserole, je capte une exhalaison plus qu’une autre et tenter d’en décrire les subtilités reviendrait à fausser ce dont j’ai envie de débattre.
Suivant la lumière passante, penchée sur la casserole, je capte certains borborygmes plus que d’autres et décrire ceux qui m’éclatent à la figure reviendrait à fausser la saveur de ce que je ressens.
Que je me penche sur la casserole les pieds sur terre ou la tête dans les étoiles, et mon point de vue se trouve complètement tourneboulé, comment alors poser l’impression de mon vertige sans que le trouble précipitant n’opacifie le propos ?

Car, il est un fait certain : je suis bien debout sur mon fil, debout sur ce fil tendu entre mes paradoxes. Le fil est parfois tendu à la limite de la rupture et il tient cependant et je danse avec joie. D’autre fois, il est d’une souplesse déconcertante, a tel point qu’il est difficile d’y marcher sans risquer un faux pas et cependant je marche.

Vers plus loin…

Nous sommes plus de sept milliards de terriens.

Ce matin, en ouvrant ma fenêtre sur le monde, mon fil est entré en vibration mais je n’ai pas renversé mon café, j’ai tellement l’habitude de gérer l’équilibre malgré les vibrations…

C’est que ce matin, en cliquant sur le programme de « Nature Nomade, le festival Nantais des grands voyageurs » (Je me permets de ré-écrire à ma sauce le titre médiatique  « le festival des grands voyageurs nantais » car il y a surtout des « pas nantais » parmi les invités et je considère que si le festival est bel et bien nantais, les « grands voyageurs » invités ne le sont pas… Pfffff, je me fatigue souvent moi-maime… bref) donc, en ouvrant le programme proposé par un super pote, je suis tombée directement sur Thoreau!
Et alors!
C’est que ce gars là est devenu très à la mode. Je l’ai déjà cité ici même.
Et remarquablement quelque temps après l’avoir cité, j’avais surpris le dernier de mes fils en train d’arpenter la lecture de… Walden!
Alors quoi?

Et bien c’est que nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards de terriens!
Et c’est qu’à la mort de Thoreau en 1862, il y avait tout juste un milliard et demi de terriens.
Et je ne parle même pas de la « mise à la mode » de propos prêtés à des « philosophes antiques »  n’ayant laissé de traces que dans la prose de leurs « élèves », lesquels vécurent à une époque lointaine où la population mondiale n’excédait pas quelque centaines de millions de terriens!

Je sais pas ce que « les autres » vivent dans leur for intérieur, qu’il soit plutôt fort ou plutôt faible, mais des trucs tout bêtes « comme ça » me mettent en transe!
Cet acharnement à disséquer ce qui n’existe plus pour tirer des plans sur une comète qu’on ne voit pas me hérisse.
Et tous ces actes tellement « merveilleux » qui consistent à parler de « sauvetage » d’une planète qui ne nous appartient pas à travers les actes bienveillants de personnes qui sautent d’un avion à l’autre (même si parfois ils font du vélo en famille) me troublent comme est flouté l’air agité par la mise en marche des réacteurs des gros porteurs sur les « tarmac » embouteillés des grands aéroports.
Je ne sais pas, mais je sais que pour moi, ce sont des moments où je ne réussis plus à déterminer si j’ai les pieds sur terre ou si j’ai la tête dans les étoiles.

C’est simplement très inconfortable.

L’autre jour, en balade, au coeur de la nature nous parlions de cet inconfort et de la névrose ambiante. Nous en parlions tout en dansant sur nos fils respectifs, l’ami et moi. Et alors que j’avais emporté un sac pour ramasser des champignons, nous ne nous sommes  pas une seule fois baissés pour prélever les détritus qui parsèment la nature. Pire, nous avons plaisanté en notant ostensiblement ce que nous ne faisions pas, en relevant que ni pires ni meilleurs nous étions des humains d’aujourd’hui, simplement humains.
C’est que nous étions en balade poétisante et pas en expédition « nettoyage-commando-pour- sauver-la-planète-sur-facebook ».

Et vous savez quoi ?

Nous étions d’accord sur un fait : c’est parce que nous sommes vraiment conscients de l’abîme qui sépare nos paradoxes que nous sommes  en équilibre variable mais stable.

Ensemble

Ensemble

Ensemble, chacun pour soi
Ensemble contre les autres
Ensemble vers ce qui me chante

Ensemble?
Sur quelle échelle?

Il y a dans moi un truc fort et difficile à saisir, un truc qui me rend infiniment triste parfois,
Parfois lorsque je croise, je vois, je lis ces affirmations affirmant que l’autre est « mauvais » ou que l’autre est « bon », que cette personne porte mes valeurs et cette personne ne les porte pas, que « je suis pour ceci et contre cela » et que néanmoins « ensemble » est un mot merveilleux.
Triste?
Est-ce le mot juste?
Oui, définitivement.
Car je suis dans l’incapacité de comprendre.
Dans l’incapacité de comprendre comment il est possible de lier une bienveillance affichée, un goût exprimé pour la paix, de les lier avec l’expression du mépris voire de la détestation envers certains « autres ».
Donc, un malaise m’oppresse
Lorsque s’accumulent ces croisements, ces images, ces lectures.

Je sais, en temps que jardinière, que c’est l’ensemble des pétales qui dessinent la fleur,
Je sais que c’est l’ensemble des fleurs qui forme un massif
Je sais que c’est l’ensemble des habitants qui forme le jardin

Et je sais qu’il y a des indésirables que je chasse,
Et je sais que le dahlia n’a rien de commun avec l’hortensia que l’un ne pousse pas à l’ombre de l’autre,
Et je sais que je règne en tyran sur mon jardin, décidant de ce que je laisse croitre et ce que j’extermine.

Et pourtant, qu’il est doux d’être ensemble
En temps qu’humains vivants sous le même ciel,
Qu’il est doux d’expérimenter ces moments suspendus
Où les différences sont autant de richesses
Dépourvues de jugements.

Et qu’il est douloureux de constater que l’instant file
Et qu’ensemble n’existe pas
Ne survit pas
Plus longtemps que le temps d’une sensation.

Bien sur, il y a les images, les vidéos, les films et les poèmes.

Si loin de la vraie vie
Qui bouge et qui change.

Violence


Nul doute que ce mot résonne aux oreilles de chacun.
Violence.
Du latin violentus.
Et instantanément, chacun sens monter une émotion forte en écho d’un ou plusieurs souvenirs, d’une ou plusieurs visions, d’une ou plusieurs lectures, d’une ou plusieurs oeuvres d’art.

Je suis encore incapable de déterminer précisément dans quel ouvrage je me suis lancée.
Je sais que pendant quelques semaines ou quelques mois, chaque nouvelle journée qui s’affichera sur la calendrier m’offrira un moment où il faudra que je me fasse une douce violence pour avancer plus loin sur le projet.

C’est qu’il y a pas moins de 25 chapitres, suivant l’ordre de l’alphabet, de A comme Averti à Z comme Zeste en passant par E comme Empreinte, I comme Idéal et V comme… Violence.

Il y aura peut-être ici quelques éclaboussures ?
Peut-être pas.

Aujourd’hui, j’ai ouvert le chapitre 22 qui commence par V.
V comme Violence.
Oui, je fais ce que je veux, dans l’ordre qui m’inspire, en fonction de ce que je lis, de ce que j’entends, de ce que je ressens.
Il n’y a qu’une limite que je m’impose : faire rentrer chaque chapitre dans un chapitre et éviter d’en faire un livre entier!
Et pour « ça » il faut que j’use de la force et que je me fasse violence!

Le jardin et la politique


Et hop, dès ces quatre mots posés en guise de titre, mes réflexions s’envolent dans tous les sens alors même que j’imaginais pouvoir ainsi les contenir sous un seul angle.
Car qu’est que le jardin?
Est-il préférable d’utiliser l’article « le » ou l’article « un », et pourquoi pas « les » ou « des »?
Car que signifie le mot politique et d’où vient-il?
Est-il préférable d’y adjoindre un article? Défini ou indéfini?
Car pourquoi utiliser une conjonction de coordination?
Laquelle?
Est-il préférable d’utiliser un signe de ponctuation?
Lequel?

Quatre mots et tant de possibles, tant de visions, cent différences, autant de semblances,
Aucune certitude.

Pourtant je répète que le jardin est un livre ouvert.
Mon livre préféré.
Avec celui de l’océan
Et celui du vent et du ciel
Et tous ces livres où l’ombre et la lumière interdisent
Une lecture en noir sur blanc.

J’imaginais être en mesure d’aborder « le jardin et la politique » comme j’aborde une plage, simplement en pointant l’étrave de ma pirogue dans la « bonne direction », puis en ramant avec détermination.
Las.

Pourtant, ce matin, me sentant despote en pleine possession de mon règne sur le jardin, j’étais au coeur du chapitre politique du ce grand livre.
Sans cesse,  je déplace des populations, j’en détruis certaines, j’en contiens d’autres dans de jolis pots brillants, je rase, je dédaigne, je non-respecte, je protège, je valorise, je porte aux nues je voue aux gémonies, etc.
En deux mots : je règne.

Et si je règne… C’est évidemment pour « le bien » de cette communauté végétale…
Enfin, c’est pour leur bien, parce que leur bien est mon désir, mon plaisir, mon besoin.
Pfff, encore des mots à définir, à préciser, des mots que je joue à pile ou face sans savoir d’avance sur quelle face chacun les verra tomber.

Quelle aventure.
Et, Ô combien j’admire parfois les personnes qui n’ont que noir et blanc dans leur vocabulaire.
Noir et blanc, bien et mal, oui et non.
Et, Ô combien dans le même instant, je suis en joie de n’avoir pas d’autre choix que de ramer sans cesse.
Ramer vers plus loin, vers l’inconnu,
Poussée vers d’inabordable rivages,
Aventurière de cap en cap,
Me délectant de baies accueillantes et de courants contraires, d’eau limpides et de vagues déferlantes,
Inexorablement en mouvement,
Je reste vivante.