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Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Empreinte (2)


2019 s’achève.
Avec ce billet, je termine le triptyque « Empreinte – Empreintes et Traces – Empreinte ».
Alors, il sera l’heure de m’envoler à nouveau pour passer la frontière et sauter vers 2020.

L’avenir est totalement inconnu, tout à fait imprévisible.
Il est certainement tout tracé en fonction des pas qui le précédent.
Traces et passages racontent le mouvement, la danse que la vie mène.
A mes yeux, l’empreinte est moins palpable souvent, elle apporte un enseignement, un appui, un point fixe qui permet de chercher plus loin.

(Et oui, je suis allée regarder fouiller autant dans la lexicographie que dans l’étymologie avant de trop m’avancer)

Désormais, depuis le début de l’année qui s’achève et dans « l’ordre des choses » de la lignée familiale, je suis la prochaine sur la liste des départs vers l’infini.
Il en va ainsi lorsque « papa-maman » ont abandonné leur présence terrestre.
L’imprévu peut jouer des tours, l’imprévu est ce qu’il est : il faut le considérer mais il est impossible à prévoir!

De mes parents, il reste des traces et des empreintes, un héritage pourrait-on affirmer.
Avec l’héritage en argent comptant, j’ai acquis un appartement et je suis en train de le transformer en nid à ma mesure, juste et précisément à « ma mesure », à mon seul goût, à mes sens uniques, sans partage. Pas à pas, à coups de scie, de marteau et de chèques, je l’ajuste à mon être bien.

Dans le même temps, je libère l’espace de la maison (celle du fond de l’impasse) d’une multitude de traces que les enfants n’auront pas la charge d’effacer : ces accumulations d’objets qui n’ont pas d’autre sens que la consommation reposant sur le goût pour la possession inculqué de manière transgénérationnelle.
Il y aurait une petite chanson humaine qui dirait :
« J’ai donc je suis.
J’abandonne, donc je m’estompe
Je laisse donc je disparais. »

Et alors… qu’est donc l’empreinte?

J’ai hâte de vivre, de danser la suite, plus légère que jamais.
Joyeusement présente,
Absente sans malice,
Définitivement joueuse.

Empreintes et Traces

Je me souviens du jour où C. m’avait invitée pour une deuxième séance photo.

Afin d’illustrer un ouvrage, j’avais sollicité son art et notre connivence : il s’agissait de poser des instants sur pellicule, puis de les transposer sur papier argentique avant de les porter chez l’imprimeur, tout un processus presque désuet qui était d’une grande importance à mon coeur.

Pour l’aventure, elle avait prévu plusieurs rouleaux de 12 poses chacun. Après la première séance, il lui restait un rouleau indemne : douze images potentielles et peut-être aucune.
Nos exigences étaient ce qu’elles étaient.
Elle avait une idée en tête et j’avais envie de la suivre.

Quand je regarde aujourd’hui ce souvenir, il me vient une grande quantité d’émotions joyeuses et intenses.
Ce fut son idée.
Elle avait tout préparé.
Elle avait pensé la mise en scène dans les moindres détails.
Il restait l’imprévu de la lumière
Et celui de l’inspiration du moment précis
Où la pellicule allait être impressionnée.
Moment intensément subtil.

J’ai laissé une trace sur le parquet tout neuf.
Une seule.
Et puis, elle l’a effacé à grande eau.
La séance était terminée.

Il reste l’empreinte de ce passage
Et les émotions qui me traversent en regardant les images
Sont les impalpables reflets de cette empreinte.

Combien de fois, lors de mes randonnées, combien de fois dans chacune de mes aventures, combien de fois me suis-je retournée afin de vérifier que je ne laissais pas de traces?
Ou alors des traces si infimes que le vent et le ciel allaient s’empresser de les effacer…

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

La Loire, émoi (2)

Pressée par la course de la vie, j’avais assez peu préparé cette randonnée.

Le matin même du départ, j’ai fourré dans mon sac l’indispensable (tente, duvet, matelas, sac à eau, j’ai pesé (afin de « bien » choisir) avec attention les vêtements « de ville » qu’il allait falloir trimballer histoire de voyager décemment à l’aller comme au retour (un collant et une chemise).
J’ai enfilé mes chaussures minimalistes, endossé la micro doudoune sans manches et j’allais fermer la maison quand j’ai réalisé que je n’avais plus une seule montre en état de fonctionnement, sinon celle très prestigieuse qui est réservée aux jours où je joue « la grande dame »!
OK, pas de montre, ça évitera une marque de bronzage, ai-je pensé en souriant.

Pour la première fois, je m’aventurais sur un parcours aléatoire sans l’avoir vraiment réfléchi. Comme d’habitude sans gps ni carte, j’étais définitivement prête pour me perdre et pour vivre très paisiblement ce qui était à vivre.
La Loire était le fil et la raison, c’était largement suffisant pour ma tranquillité d’esprit.

J’avais lu en diagonale que la boucle sur laquelle je m’invitais se marche en 15 jours, en ajoutant un jour pour saluer une copine, j’étais juste!
Comme d’habitude, j’avais oublié un détail : quand je suis seule, je me réveille pour avancer, j’avance jusqu’à l’apparition du crépuscule, je mange froid, je dors et je me réveille pour avancer plus loin. C’est là mon simple bonheur.
De fait, les étapes soigneusement pensées pour les personnes qui sont moins longtemps sur le chemin ne correspondent pas vraiment à mon avancée!

En visitant chaque donjon, en étant affable à chaque occasion, en me « perdant » de nombreuses heures grâce aux variantes du GR, j’étais au sommet de la boucle programmée dès le milieu du cinquième jour.
C’est alors, que j’ai décidé d’aller à la source.

Et c’est en avançant vers « la » source que j’ai pris en pleine face l’illusion d’une source unique, l’illusion d’un commencement tellement confortable pour notre raisonnement binaire d’occidentaux qui ne parlent qu’en termes de début/fin, blanc/noir, bien/mal.

La Loire n’a pas plus de « source » que les autres cours d’eau, elle commence à exister au moment où elle commence à être utilisée par les humains, c’est tout.

Pour une « sauvage » elle est d’ailleurs très apprivoisée, depuis très tôt et depuis très, très longtemps.

J’ai finalement fait demi-tour avant la « source » touristique, l’histoire de Loire que je découvrais était bien plus passionnante que les pancartes aguicheuses, elle m’entrainait plus loin et plus haut sur des pistes que j’avais pressenti et qu’enfin je pouvais expérimenter.

La Loire, émoi (1)

23 septembre 2019

Quand je regarde les images j’entends encore la Loire d’en haut qui fredonne et le frémissement de la végétation sur son passage, le vol des papillons, la danse des oiseaux.
Je respire encore l’air limpide, la couleur de la mousse et les éclats de granit.
Mes doigts se souviennent de la densité du basalte, du mouvement de l’eau, de l’accroche des ronces et du jus des baies.

La Loire de Nantes, troublée par son alliance avec l’océan, à quelques encablures de s’y fondre, déroule son flot chocolat qui se ride où se lisse au fil de son dialogue avec les marées et les vents.

La haut, il y avait de l’enfance, de l’insouciance, de l’espièglerie, des exclamations et des silences quand ici ne subsiste qu’une apparence calme et rangée de fleuve citadin moderne, sous contrôle et totalement géré.

Pourtant de même qu’une petite fille insoumise se complait encore dans mon corps assagi par le temps, La Loire qui passe à Nantes est riche de tout ce qu’elle a rencontré depuis là-haut et n’existe dans toutes ses dimensions qu’à travers son voyage singulier.

A la différence des humains qu’il n’a eu de cesse de relier, le grand fleuve a dessiné une profonde empreinte dans le paysage, de ce genre d’empreinte qui ne s’efface pas si vite que celle du passage d’une personne.
Il n’en est pas fier, ni faussement humble, ni abusivement prétentieux.
Là est toute la différence entre un fleuve et un humain.
La puissance de l’un met en exergue la fragilité de l’autre,
Et pas l’inverse!



Tous les chemins mènent à Rome


En août 2013, il était temps d’informer la communauté française du SUP au sujet de mon idée de balade annuelle.
Pour rappel, le Stand Up Paddle (SUP) était encore balbutiant dans nos contrées et le dictionnaire de la langue française ne l’avait pas déjà catalogué sous l’étrange terme « paddle » qui est de mise aujourd’hui dans l’hexagone et seulement là. C’est un étrange reflet de la méconnaissance de la langue de Shakespeare dans la belle France. Je souris chaque fois que j’entends des gens me raconter comment ils sont tombé de « leur paddle » ou le choix de « paddle gonflable » qu’il viennent d’effectuer! C’est cocasse à mes oreilles.

Le SUP était balbutiant et la toile était moins bien garnie en divers récits qu’aujourd’hui, j’avais l’impression de débroussailler et d’être un peu à l’avant garde en partant à l’aventure debout sur ma planche.
C’est donc en ces termes que j’ai lancé l’annonce sur le forum où j’avais raconté la descente de la Loire l’année précédente :

« Il est temps de dévoiler la balade prévue
Comme l’année dernière, il ne s’agit ni d’un défi, ni d’un record à établir, simplement d’une aventure tranquille comme je les aime.
Ce sera en mer, sans bateau suiveur, sans assistance programmée à terre, sans balise, sans téléphone, sans alerte tonitruante : juste quelques lignes dans le forum, une pagaie, une planche, une bonne femme et quelques bagages… Comme d’habitude », quoi !  

Après avoir parcouru debout le grand fleuve sauvage, ce sont les côtes du berceau de notre civilisation que je vais longer sur l’air de « Tous les chemins mènent à Rome ». Actuellement, la signification retenue par le dictionnaire pour cette expression est la suivante :   » De multiples moyens sont envisageables pour parvenir à une même fin. » 
Il semble que ce soit Alain de Lille qui ait affirmé en premier : « Mille viae ducunt homines per saecula Romam qui Dominum toto quaerere corde voluut. » (« Mille routes conduisent depuis des siècles à Rome les hommes qui désirent rechercher le Maître de tout leur cœur. ») mais finalement peu importe !  

Sans chercher à plagier le titre du dernier livre de JC.Rufin, je dirais que je suis toujours à la recherche d’immortelles randonnées.  

Donc voilà le projet : partir de Marseille et rallier Rome à coups pagaies, un millier de kilomètres, une multitude de marinas, des paysages extraordinaires, des plages privées à gogo, le tumulte de la méditerranée, deux ports gigantesques à passer, des centaines de points d’interrogation et une seule démangeaison : vivement le jour du départ ! »


Le 25 Septembre 2013 – 17:17, je reprenais contact avec le forum.

« Me voila au cyber espace dans une des rues un peu glauques de Roma Termini (gare centrale de Rome), question contrastes, je suis gâtée  
Je ne prends pas le temps de lire en détail tous les messages que vous avez écrit, mais je vous remercie d’avoir suivi l’aventure.
Je me suis vraiment régalée avec des conditions de mer TRES variées et je suis super heureuse d’avoir eu la chance de vivre ça!
Marseille-Rome sur un « engin de plage », non seulement c’est vraiment possible, mais, en plus ce fut bien souvent carrément magique, comme se retrouver invitée à boire un café sur un yacht, hier en plein milieu d’un immense downwind. J’en n’avais même pas rêvé, et hop, hop,hop, c’est arrivé    
J’ai un certain nombres de photos, j’espère qu’elles rendront les instants que je souhaitais partager  
Dès ce soir 23h, le périple va se poursuivre, de rame en rame (de train, en train) avec pas moins de cinq changements pour arriver à mon point de départ, récupérer la voiture et prendre le temps de répondre a vous questions, une fois rentrée à Nantes  
A bientôt. »


Nous sommes en aout 2019 et je recopie ici ce souvenir.
Ce faisant, une foule d’images remontent dans ma mémoire, et autant d’émotions.

Avec la distance posée par le temps, je peux dire que ce cheminement fut un fantastique périple à ma rencontre. La descente de la Loire m’avait beaucoup appris, chercher à atteindre Rome fut cent fois plus riche d’enseignements tant l’imprévisible était au détour du chemin comme sur une voie royale.

Dans les pages qui suivent, je retouche à peine le récit que j’avais fait à l’époque, le laissant rempli avec les anecdotes parfois futiles qui me semblaient importantes à raconter.

Il me semble que « les petits riens » font la force d’une aventure. je vous laisse en juger!


Tous les chemins mènent à Rome (9)

Jeudi 19 septembre 2013 : Forte di Biobona – San Vincenzo ( pas loin de Populano)

En lisant le SMS du soir, j’avais prévu une grasse matinée.
Réveillée à l’aube parce qu’il faut bien constater que c’est l’heure « normale » du réveil pour qui s’endort à l’heure où les oiseaux s’endorment, j’ai pris tout mon temps pour plier.

Comme prévu le vent soufflait fort, et bien évidemment « de travers ». La matinée allait donc être calme et touristique.

En aparté, seulement pour celles et ceux que ça intéresse, je me permets quelques lignes « philosophiques »
Après plus de quinze jours de ce long cheminement en solitude, je touchais enfin et complètement ce que j’espère atteindre (sans jamais y croire d’une quelconque manière) en partant pour ce genre de trip. Au delà de la découverte touristique, au delà de la rencontre humaine, au delà du plaisir des sens et de la traversée du corps, une dimension beaucoup plus « verticale » devient palpable. Elle n’est plus seulement théorie, idéal ou objectif. Elle existe, elle nous touche et on peut la toucher. De mon point de vue, elle n’arrive que sur l’air de « aide toi le ciel t’aidera » à moins que ce ne soit sur l’air de « qui ne risque rien n’a rien », sur l’air de « vouloir c’est pouvoir » ou de « tout vient à point à qui sait attendre ».
Ce dont je suis certaine c’est que j’ai besoin de partir en autonomie et sans assistance pour entrer dans cette dimension, c’est ainsi que la patience s’exerce et brave l’impatience, que la confiance s’agrandit et abat le doute, que l’attente se rompt et que l’action s’illumine.
Il y a certes de « jolies choses » à découvrir et à vivre « avec assistance », « grâce à l’énergie de ceux qui ont aidé, préparé et prévu à l’avance », mais c’est différent et jamais aussi « verticalement » intense.

J’en étais là.

Après un petit passage « en ville », j’ai fait ce que faisaient la plupart des femmes de mon âge sur cette plage : j’ai marché sur la plage en ramassant des cailloux. C’est un excellent passe temps !

Quand le vent a commencé à mollir, j’ai sollicité un gars que j’avais vu la veille, jouer en  bodyboard dans le shore-break du soir. Il était en train de ranger le matos de la plage privée que j’avais squatté pendant la nuit. Je savais que je ne pourrai pas « lancer » ma planche chargée si facilement et que nous ne serions pas trop de deux pour passer de l’autre côté des vagues.
Nous avons essayé une fois : raté
Nous avons essayé à nouveau : re-raté

Ce n’était pas la bonne heure.

Sans la moindre impatience, j’ai remonté tout mon matos et je suis repartie chasser les cailloux. J’étais vraiment dans un état d’esprit nouveau et c’était juste bon.

En fin d’après-midi, il ne restait qu’une douce brise et la mer s’était vraiment apaisée. Surtout, elle s’était organisée et les sets étaient visibles et il suffisait de « viser » entre pour prendre le large.

Et voilà… Le soleil était déjà bas. Au loin les îles se dessinaient.
J’allais bientôt pouvoir profiter de leur abri.

Au soleil couchant je me suis arrêtée, juste avant une pointe.

Découvrir de nuit ce qu’il y avait de l’autre côté n’offrait pas le moindre intérêt. Cette mini-session du jour me contentait largement.

Puis, j’ai monté la tente grâce à la lumière de la lune ronde.


Vendredi 20 septembre 2013 : San Vincenzo – Forte Rocheta (près Punta Ala) commune de Castiglione della pescaia

6h39, la lune est là. Tout est absolument calme.

7h00, La dernière étape du rangement, il ne reste plus qu’à plier la tente, emporter l’ensemble sur le rivage, tout attacher et prendre le large

Ensuite, je n’ai pas d’autre souvenir que celui d’une journée tranquille et harmonieuse. J’ai retrouvée avec bonheur une côté découpée, des rocs et quelques falaises. J’ai beaucoup photographié.
Les méduses, brunes dans le nord puis de plus en plus blanches en « descendant » furent de très fidèles compagnes, isolées ou en colonies, elles dessinaient mon chemin un peu comme les cailloux le font sur les sentiers de montagne.

Après un repas à Follonica, je suis entrée dans le spectacle. Malgré mon chargement, je n’allais pas/guère moins vite que les papillons qui parfois me frôlaient.
Mon imagination vagabondait à la vue des rochers, ils prenaient vie, devenaient personnages ou paysages décalés, véritables dessins animés au fil de mon avancée.
Aussi longtemps que je les contournais, les histoires se succédaient, le soleil y mettait sa touche.
Au bout du jour, j’ai posé mon campement sur une plage très douce.

Samedi 21 septembre 2013 : Forte Rocheta – Principina a mare

L’humidité m’avait gardée à l’abri de la tente jusqu’à ce que le soleil sorte pour de vrai. A la pointe, un château avait pris ses couleurs du jour

J’avais l’intention de faire des courses à Castiglione et il était inutile d’arriver avant l’ouverture des magasins, je me préparais donc en prenant largement mon temps.
Sur la plage, les traces des oiseaux faisaient écho aux miennes, nous étions les maîtres des lieux avant que les touristes ne débarquent.
En navigant « au long cours » sur mon trajet méditerranéen, j’avais souvent comparé cette expérience marine à l’expérience du désert (non sans penser à Théodore Monod, et au préambule de son livre « Méharées ») et devant ces empreintes sur le sable, mon esprit se remettait à disserter. Quel bavard!

Le village le plus proche était à peine réveillé, j’ai fait le plein de nourriture et je n’ai même pas pris le temps de m’offrir un capuccino, j’avais envie de retourner sur l’eau au plus vite.

Je fus plutôt bien inspirée de n’avoir point trop traîné en ville. Assez tôt le vent revint à la charge, d’abord acceptable (environ 3bft) mais je sentais bien qu’il n’avait pas l’intention d’en rester là. Il était bien évidemment en plein de travers. Quand je me suis arrêtée, les p’tits moutons faisaient leur apparition, il était plus que temps.
Je pensais qu’il s’agissait d’une brise thermique et j’avais bien l’intention d’aller plus loin dans la soirée car une petite pointe au bout de la plage me faisait des clins d’oeil.

J’ai tranquillement déjeuné, puis j’ai construit un paravent grâce à la planche et aux sacs et je me suis payé une bonne sieste. En revenant à la réalité, il fallait bien constater que ce n’était pas vraiment une brise thermique mais un bon vent établi. Les windsurfeurs consultés me le confirmèrent d’ailleurs. Je n’avais donc pas d’autre solution que de camper là en attendant la suite.

En lisant attentivement les feuillets du guide, je m’apercevais alors que derrière « la pointe » il y avait toute une zone où accoster était impossible.
Alors même que je n’étais pas contrariée (comme je l’aurais été quelques jours auparavant) à l’idée d’être scotchée contre mon gré, ce soir là, j’étais très reconnaissante.
J’avais été bien inspirée once again.
Et oui, à force de naviguer, je finis systématiquement par « décoller » un peu.

Le point météo du soir était assorti aux drapeaux qui flottaient en haut des mats : vent à l’horizon, il ne fallait pas rêver d’un long trajet pour le lendemain. J’étais prête à cette idée : les dernières étapes risquaient de se faire petit bout par petit bout.
J’avais le temps, la fin du mois était plus loin que Rome

Simplement la Loire (1)

Prélude, le 16 juin 2019

La semaine dernière un ami, un poète, un explorateur, un photographe m’avait donné rendez-vous histoire de récupérer des bribes de passages de vies à mon sujet.
Où se donner rendez-vous à Nantes sinon au bord de la Loire?
Nous avons décidé que la grue jaune serait un parfait témoin.
Le jour J, le vent soufflait en tempête, des bourrasques de pluie obscurcissaient la ville et sporadiquement le ciel se déchirait, laissant passer un éclat bleu d’azur ou un éclair de soleil transperçant.
Parmi les images des instants partagés, celle-ci est définitivement ma préférée : parfaitement non-utilisable dans le cadre imposé à l’ami, je peux la publier ici.

Ce jour de juin, la Loire chantait, soulevée par le vent sa robe éclaboussait des perles d’écume. Dans le tourbillon des rafales, il y avait toute la force de l’imprévisible.
A la surface de l’eau, les rides en étaient les reflets.
Cette Loire est celle qui m’emporte, telle un souffle sacré, dans un espace où s’invitent ensemble le passé, mon présent et plus loin.





Passionnément la vie

Comprendre signifie « prendre avec soi ».
Impossible de prendre avec soi ce qui nous échappe.
Il est pourtant possible de se laisser toucher.

Patience, passion, pathos ces trois fleurs ont une racine commune dans le grand livre de l’étymologie : dans notre monde contemporain, elles ont des parfums si différents qu’il est facile de l’oublier.

Ces dernières semaines j’étais prête pour faire un peu de rangement.
Ranger, c’est trier et classer et inévitablement jeter ce qui doit l’être.

Cinquante ans en arrière, quand j’affirmais vivre comme si je devais mourir le lendemain, c’était pour chanter que j’étais favorablement disposée en vue de goûter à toutes les gourmandises offertes par la vie. Je n’avais à l’époque qu’un maigre bagage, une minuscule boite à trésors et tant à expérimenter, à apprendre, à vivre passionnément.
J’ai gardé ce cap.
La vie est un risque qui m’est tombé dessus le jour de ma naissance, et dont j’explore encore chaque saveur … à ma manière, sans la moindre bataille, toujours émerveillée et consciente de la multiplicité fascinante de ses formes autant que de l’imprévisible qui rôde.

Mais avec le temps mon bagage s’est enrichi et alourdi aussi.
Les passages de vie se sont succédé, les uns par dessus les autres, se complétant parfois sans jamais s’annuler l’un l’autre.
Je me suis trouvée encombrée par mille questions, par des centaines d’obligations qui semblent incontournables et des dizaines de résolutions qui sont autant de « points fixes » dont je ne souhaite pas me débarrasser.

Aujourd’hui, quand j’affirme vivre comme si je devais mourir demain, c’est plus que jamais croquer dans la vie mais c’est aussi ranger, trier, jeter, c’est agrandir mon espace afin que je puisse y trouver la multitudes des possibles encore à ma portée. C’est aussi penser à l’empreinte qu’inexorablement ma disparition laissera.
Ce faisant, emportant sans le moindre regret mon passé dans les décharges sélectionnées pour leur capacité de tri anonyme, je pense à ce monde qui nous englue dans son confort, dans sa pseudo sécurité et nous pousse à plonger dans les grandes vagues d’émotions concoctées par les médias afin que nous nous sentions « humains » par écran interposé, tellement virtuellement, en fait!
Ce monde qui nous encombre avec ses accumulations insensées nées sur le vide abyssal de nos oublis et non-espérances assemblées.

J’ai gardé quelques objets comme autant de métaphores dont j’ai encore besoin :
Un sac vide que je m’étais offert comme d’autres s’offrent une plaque dorée.
Une boite à outils du passé, infiniment utilisable, tellement différente du « consommable » actuel, ces « trucs jetables » que nul écologiste ne remet encore en question.
Les outils sont le prolongement de la réflexion et donc le prolongement des mains qui se mettent au service de la réflexion. Merleau Ponti disait « toucher, c’est se toucher » : j’en suis persuadée, quelles que soient les circonstances, l’environnement et les faits.

J’ai jeté des quantités de papier et autant d’images.

J’ai gardé les étoiles, elles sont des parts de mon âme, inséparables de mon être, légères, impalpables, non consumables.