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Le temps passé

Passer du temps à trier le temps passé.

Voilà… s’il fallait définir ou résumer le boulot qui consiste à vider une maison, ce sont ces mots précis que j’utiliserais : passer du temps à trier le temps passé!

Soulever la poussière amassée sans que personne ne s’en préoccupe,
Découvrir l’improbable dans les coins les plus obscurs,
Déplier des kilos de papiers jaunis venant « d’avant avant » et précieusement stockés,
… pour servir… à rien!
Constater le bazar amoncelé et mesurer ce besoin auquel personne ne déroge,
Trouver d’étonnants objets*,
Caresser des dentelles non-mécaniques en fil 100% bio non labellisé,
Ecouter à nouveau des histoires raconter le temps passé,
Ecouter les histoires,
Et passer le temps,
A traverser les vies,
Banales,
Tout en triant,
Pour jeter… beaucoup et encore plus… mais surtout dans le bon container!

Et imaginer demain.
Imaginer les jeunes d’aujourd’hui devant ce même labeur,
Demain.

Demain cet inconnu.

Quelle traces de « mon » temps passé laisseront une empreinte et combien de temps sera passé à les abandonner aux vents d’après?

C’est l’inconnu!
Et c’est « tout » ce qui fait que j’aime intensément l’aventure offerte par la vie,
Joyeusement imprévisible, joueuse avec ses propres règles,
Chaque instant surprenante,
Et merveilleuse,
Parce que surprenante!




* La cuillère à absinthe, par exemple. J’ai adoré découvrir son usage et ressentir une certaine ivresse en « voyant » les mouvements de l’opalescente boisson en train de se préparer.

Entre-deux


Depuis longtemps, je suis particulièrement sensible à ce qui se passe dans les espaces où il est habituel de ne rien décrire.

Ces espaces sont multiples, ce sont des espaces temps, des espaces lieux, des espaces palpables ou indicibles. Ils sont omniprésents et n’emportent que rarement notre attention.
Lors d’un voyage, par exemple il est habituel de considérer uniquement ce qui s’est passé « là-bas » et ce qui se passe, se passait ou se passera « ici ».
Dans les aéroports, je me laisse volontiers flotter dans l’entre-deux qui est constitué par l’attente des bagages.
Je me souviens des reproches qui m’accueillaient parfois à la porte de sortie « Ben dis donc, tu as pris tout ton temps! »
Oui, j’avais pris tout mon temps, j’avais eu besoin de sentir, de ressentir, de laisser monter tout ce qui est à enregistrer dans l’espace « qui n’a pas d’importance », dans cet endroit où il ne se passe apparemment rien d’autre que le défilement des valises sur un tapis et pourtant tant et tant.
Qu’elle est difficile à comprendre cette non-hâte. (autre exemple, celui de l’ultime bivouac de 2012)

L’exemple de la mise au monde d’un enfant est tout aussi éclairant. Les projecteurs sont dirigés vers la gestation, puis vers le nouveau-né.
J’ai toujours été touchée par l’entre-deux, c’est à dire ce moment absolument remarquable où une partie du corps de l’enfant est sortie quand l’autre est encore à l’intérieur de la mère. Le petit humain est encore foetus d’un côté et déjà bébé de l’autre. J’ai toujours pensé que c’est un moment liminal entre la naissance et la mort, un moment dont la puissance est formidable. Un moment où s’exprime la Vie toute entière.
Et en routine, c’est à ce moment que se concentrent toutes les paniques, toutes les hâtes, au point d’annihiler au maximum tout ressenti de l’espace fascinant qu’il représente.

Et que se passe t-il dans l’espace entre deux personnes?
Dans ce « rien » qui est tout sauf du vide.
Certaines personnes, même inconnues l’une de l’autre peuvent s’approcher très près l’une de l’autre, face à face sans ressentir le moindre trouble. D’autres ont besoin de conserver une distance pour se sentir à l’aise, comme s’il existait « un truc » impossible à compresser entre elles et l’autre.
Je me suis beaucoup amusée à observer « ça » tout le temps de l’évolution du règne de sir Sars-Cov 2ème : alors que des obligations de distances étaient partout affichées, les « entre-deux » étaient très très variables, sans doute à la mesure du ressenti des personnes, au-delà d’un quelconque raisonnement.

En réfléchissant plus attentivement, le titre de ce site m’a sauté aux yeux : passage!

Oui, entre deux, il y a bien le passage de l’un à l’autre et c’est tout à fait ce qui est important.

Dans un bouquin, en 2008, j’avais écrit ces mots :
« Le plus grand enseignement que j’ai reçu d’un maitre en yoga fut celui qu’il ne donnait pas »
C’est à dire que ce que j’avais appris était tout entier contenu entre nos deux présences et la réalité de ce qui nous avait rassemblé.
Juste une page avant, il y avait « ça » :
« (…)
Et je pense au grand écart du funambule entre les racines et les ailes
Donner la vie ?
Jeter dans l’entre-deux ?

Entre la naissance et la mort
Où les lisières sont invisibles
Où se dansera la mémoire
D’une existence pleine et contenue
Toute entière
Dans une promesse »

J’aime les lire aujourd’hui et constater que le sens reste le même.

Alors me vient l’image si précieuse d’un duvet posé à la surface de l’eau, sur l’immensité d’un lac ou de l’océan.
Combien de fois ai-je stoppé ma course pour m’y arrêter, pour observer, fascinée ?

Car, en s’approchant très près, sous le duvet si léger, la trace de la présence de l’interface est visible, un léger creux, une surface non horizontale à la surface de l’eau supposée la plus horizontale.
Entre l’eau et la plume il « se passe quelque chose » sans que ni l’eau ni la plume n’aient une quelconque intention.
Entre l’eau et la plume il se passe quelque chose qui existe, qui est observable seulement parce que c’est cette eau là, ce jour là et cette plume là à cet instant précis.

Oui, ça me fascine. C’est une émotion, c’est à dire un précieux mouvement de mes pensées qui entre en scène à la vue d’un duvet posé à la surface de l’eau.
Chaque fois, dans les arcanes de mon cerveau se forment instantanément et simultanément plusieurs dessins animés sur le thème de l’interface, de l’entre-deux, chacun reprenant des objets (ou des personnages) de différents gabarits et de masses diverses situés dans des conditions (météorologiques, temporelles) variables ou spécifiques.

Tant et si peu

Impossible d’oublier cette si merveilleuse aventure!

Bientôt sept années seront écoulées depuis sa réalisation et pourtant, chaque grain de chaque instant vit encore dans chacune de mes cellules.

Le mois dernier, là-bas sur « mon » île, j’ai rencontré une personne dont j’ignorais tout de l’existence. Avant qu’elle ne me soit présentée, j’avais entendu dire qu’elle me connaissait.
C’est toujours étrange de se trouver dans cette situation, d’entendre dire qu’une personne qui vous est inconnue vous connait.

De quand, de quoi, que connaissait-elle « de moi » cette personne ?

L’unique piste que j’avais était « Escuela Nautica » et j’avais beau creuser mes souvenirs à cet endroit précis, rien ne remontait.
J’étais impatiente d’en savoir plus.
Tellement impatiente que pas plus de deux minutes s’écoulèrent entre le moment où je le vis et le moment où je lui posai la question.
« Oui, je t’ai vu, c’était quand tu partais avec ta planche! » Répondit-il en souriant.

Instantanément, en entendant ces mots, le temps se rembobina et je revoyais ce jour de départ sans tambours ni trompettes et je l’imaginais passant par là, sur le port de ce petit village où tout le monde connais tout le monde. Je l’imaginais en parler à sa soeur, plus tard et j’allais jusqu’à imaginer que sa soeur avait pu lui dire que j’étais la mère d’un de ces potes!
Ainsi il me « connaissait »!
Amusée, j’ai dû balbutier un truc du genre : « Ooooh… oui, oui, je me souviens de cette aventure » et j’ai embrayé sur autre chose. Non, en fait, il m’ a demandé de « faire le GPS » pour aller sur notre lieu de randonnée. Et « ça » c’était un « truc » super important qu’il me confiait. Non seulement il est pilote dans la vraie vie, mais en plus il est accro de la haute technologie. J’ai donc « fait GPS » avec ma plus douce voix et sans même penser à sortir mon téléphone. De toute manière, il ignorait où je l’emmenais, donc il suivait!
En toute confiance!

Pour l’anecdote : De retour en France, jai appris par mon fils, qu’il avait discuté avec lui (par hasard) le veille de cette petite randonnée et qu’ils avaient ensemble parié sur le fait que j’allais sûrement le faire sortir de sa zone de confort. C’est drôle d’avoir une réputation! Heureusement que je ne savais rien. J’ignore ce que j’aurais pu en faire.

Ce jour dont il avait été question, ce jour où je partis, fut plus exceptionnel pour les personnes qui m’y voyaient que pour moi qui prenait le large.
Je me souviens avoir tranquillement arrimé mes bagages sur la planche, sans la moindre inquiétude. J’avais bien étudié les conditions météorologiques, le temps était super calme jusqu’à l’horizon et je partais moins loin que l’horizon puisque j’allais simplement « là-bas », sur l’île d’en face. Le temps était clair, il me suffisait de viser le phare, là-bas, de l’autre côté, il n’y avait que 20 kilomètres d’océan à traverser.

Tant et si peu.

J’ignorais ce que me prévoyait l’imprévisible, j’ignorais ce qu’il y avait en approchant le phare et ce qu’il y avait de l’autre côté. J’avais décidé de commencer le tour de là-bas par la côte ouest, la « plus méchante » celle qui reçoit le vent du large, la houle du large, la puissance de l’immensité dans toute sa puissance. J’ignorais où j’allais dormir.
J’étais tout à fait sereine. j’avais une petite provision d’eau, j’avais des vivres et ma planche était à mes yeux un confortable navire.

Tant et si peu.

De l’avion, je regarde toujours ce passage.
A chaque voyage.
L’autre jour, deux ferries s’y croisaient, deux minuscules points.
Alors, j’ai pensé qu’un jour, j’avais été, dans ces parages, bien moins que ces points blancs, tout a fait invisible, en fait.

Tant et si peu.

Joindre

Bien plus au sud que je ne le suis dans mon quotidien nantais, loin de l’agitation citadine qui résonne sans bruit jusqu’au fond de mon antre, je suis en ce moment sur « mon » île.
Là, le soleil darde, le vent balaie, le bleu règne entre les moutons blancs qui s’égrainent dans le ciel et la houle qui écume en s’écrasant sur le rivage.
Là, en quelques pas, j’accède au désert.

Avec le temps qui passe et l’âge qui gagne, je suis plus gourmande que jamais, comme s’il était essentiel de prendre ce qui est offert, consciencieusement, de m’en nourrir, de tresser, de tisser sans fin avec attention chaque brin d’une toile complexe afin d’en toucher toujours mieux la simple simplicité.

Partir marcher, dormir dans un pli de montagne ou dans dans le recoin d’une plage puis marcher encore, voilà un luxe qui me ravit.

Depuis plusieurs années, j’avais envie de partir explorer un massif situé à l’est de l’île, une zone dépourvue de sentiers, certes traversée par quelques pistes, mais globalement déserte. Car, le tourisme se développant à grande vitesse, il y a de moins en moins de coins qui échappent aux explorateurs intrusifs, ceux-là qui aiment laisser des traces et qui se précipitent ensuite pour mettre leurs images sur les plans go.ogle. Si cette zone montagneuse reste réservée, je sens bien qu’elle est en sursis.

Difficile de marcher plus de deux jours en autonomie car ici l’eau douce potable est une création humaine, sortie tout droit de l’usine de désalinisation. Il faut donc emporter la quantité nécessaire à la survie confortable et la porter et en supporter le poids à chaque instant.
Je suis minimaliste, parce que c’est ainsi que je garde la liberté de gambader : moins de trois litres d’eau pour deux jours, de quoi manger (du pain et du fromage), une mini-tente et un duvet, un pull pour le soir, une brosse à dent, mon APN et ça roule.

Une fois de plus ce fut magique.

J’ai suivi des sentiers de chèvres en sachant qu’ils débouchent seulement sur des sentiers de chèvres, parfois en extrême bordure de falaise, là où le passage se réduit souvent à une dizaines de centimètres contenant difficilement ma trace et risquant de s’ébouler sans prévenir. Suivre ce genre de sentier, c’est toujours se questionner en paix, s’apprêter à faire demi-tour, évaluer une possible sortie escaladée par « le haut » et néanmoins considérer le choix possible d’avancer plus loin avec sagesse, sans adrénaline dangereuse, juste calme et déterminée, sur le fil comme un funambule.
Jamais je n’encouragerais personne à faire de même, pas plus que je me risquerais sur les traces de certaines jeunes téméraires dont je n’ai plus du tout l’âge.

Et si d’aventure une personne souhaitait « me suivre » et découvrir ces lieux que j’Aime, je choisirais avec tout mon coeur un chemin accessible pour la plus grande sécurité du « couple » ainsi formé.

Car, en toute circonstance, danser sur un fil est un exercice solitaire, unique, exécuté dans l’instant d’un jour donné.

Maintes fois, j’ai pensé à ce que je lis en ce moment sur ces « pages secrètes » d’un réseau sociale tentaculaire, ce que je lis au sujet du passage de vie qui consiste à mettre un enfant au monde.
Je me sens tellement à côté, tout en étant dans ce monde, à cette époque là.
Je cherche l’entre-deux.
Je cherche à joindre ce qui semble injoignable.
La terre et le ciel tellement différents et pourtant absolument en continuité.
L’avant et l’aujourd’hui sans commune mesure et pourtant indissociables.
Le moins pire pour le plus grand nombre et le meilleur auquel chacun aspire.

Ce fut magique une fois de plus.
Indescriptible car ce qui se vit est de l’ordre de l’intime.
L’essentiel ne se partage pas.

Que dire donc?
Peut-être décrire l’instant super fugace?
Cet instant où je mastiquais mon pain sec, assise sous la pleine lune, les jambes étendues devant moi sur le sable du « barranco » sec. J’ai à peine senti un effleurement, j’ai baissé mon regard pour voir une minuscule gerboise aller son chemin. Elle venait de passer sur ma jambe sans me voir, sans me prendre en compte, elle allait son chemin de gerboise et moi, j’étais là.


PS : L’image où je figure fut prise à un autre moment.
A mon retour, en effet, j’ai partagé mes découvertes. Et puisque que ce site, bien qu’invisible pour les passants, était approchable, pas trop loin d’une piste accessible en voiture, nous avons décidé d’y aller ensemble.

C’est le bouquet! (2)

(Image tirée de la médiathèque et datant de 2019)

Comme je l’avais écrit à la fin de l’article précédant, il régnait un certain tintamarre dans ma tête entre « faut pas pousser », une conférence à préparer pour dans longtemps et les questions d’actualité.
Une zone de vacances étant à l’approche, il devenait nécessaire de faire le ménage afin qu’une musique plus paisible puisse m’offrir la chance d’être plus sereine.
Il F A L L A I T donc urgemment que je rencontre la réalisatrice du film, que je lui parle en direct live, que je sente, que je dise, que je ressente suffisamment pour faire taire une partie des questions débarquées suite à tous les fils déjà tirés et occasionnant le brouhaha consécutif.
En insistant un peu, j’ai obtenu un créneau hier à 17h.
La journée avait été chargée et ce n’est qu’avant de partir que j’ai découvert un @ qui, comme part hasard faisait suite au visionnage du sacré film.
 » Alors, le soir, je loue le documentaire et là… surprise! Te voilà! Je déguste avec plaisir cette scène bien tournée où je reconnais ta façon de poser des mots doux sur des choses simples. »
Il était trop tard et trop nuit pour que je file en vélo au rendez vous, la piste étant trop couvertes de feuilles pour m’y risquer sans risques.
Enfermée dans la voiture, les yeux rivés sur le GPS pour éviter les plus gros embouteillages, j’ai laissé s’élargir ce message et l’ensemble de ce qu’il contenait comme autant d’échos à ce que je pense profondément depuis bien longtemps.

La rencontre fut cordiale.
Comme je m’y attendais un peu, la réalisatrice fut étonnée d’entendre que j’avais été bousculée par son attitude cavalière. A la manière des personnes qu’elle pourrait facilement juger pour leur empressement à agir sans explication, elle me disait « oui, oui je comprends » avec son corps qui disait  » y’a quand même pas mort d’homme, et puis j’ai eu une super idée en utilisant ces images inutilisées, non? »
La rencontre fut néanmoins très cordiale.
Et surtout, elle a tout à fait rempli le rôle que je lui avait attribuée : boucler une boucle, passer d’un bouquet à l’autre et en sortir rassérénée.

Le sommeil paisible de la nuit dernière fut à la hauteur du calme revenu.

Et ce matin s’est ouvert sur les restes éparpillés.
Comme il faut impérativement recycler et surtout ne rien jeter, je me suis mise à l’ouvrage devant le clavier.
Je suis à nouveau partie à l’aventure à travers les incroyables pages souterraines hébergées par le géant FB affichant désormais un sigle infini en face du préfixe « méta », c’est un signe encourageant, cet infini tout puissant, n’est-ce pas? Et hop, voilà que je digresse à nouveau.

Donc, comme il FAUT montrer patte blanche pour entrer dans les espaces de blanches brebis où je n’ai jamais posé les pieds, il a bien fallu que je sorte des étiquettes.
C’est que les jeunes reines qui règnent sur ces essaims contemporains ignorent tout de mes passages lointains, de ces pas alignés à la marge dans la préhistoire de l’internet. A l’époque, nous étions une poignée à converser autour du monde, à écrire de looooooongs messages, remplis de mot complexes qu’il fallait prendre le temps de lire sur le grand écran d’un lourd PC familial. Désormais, tout se « fait » en quelques lignes sur l’écran du smartphone, il faut vivre avec son temps!

Me voyant déjà pareille au vieux loup dans la bergerie, voilà que je ne sais plus trop sur quel pied danser et il va pourtant falloir que je sorte un discours qui à la fois me ressemble et à la fois ne blesse pas, pas trop en tout cas.

Me voilà, à l’orée d’une prise de distance, dansant sur le fil tendu entre mes propres paradoxes.
Bouquet final!

PS : l’image utilisée fut déjà utilisée, elle avait donné lieu à un article au sujet des « fleurs coupées »

Que signifie « protéger » ?

Que signifie « protéger » une espèce, protéger des individus, protéger des monuments, protéger la planète, et tout et tout ?

Protéger est un mot à la mode.
Suite à ma tentative d’écriture autour des orchidées sauvages, tout en élaborant une petite prose dédiée à chaque espèce rencontrée, j’ai souvent noté « espèce protégée » et inévitablement j’ai essayé de réfléchir à cette idée de protection.
Au sujet de la « protection de la nature » j’ai lu des propositions innovantes, telles que celles exposées par Baptiste Morizot, par exemple (Raviver les braises du vivant, Acte Sud, 2020 ISBN 978-2-330-13589-8), en pensant qu’il serait certainement possible de changer de paradigme, mais que l’hypothèse de base reste la-même : une espèce humaine régnante, décidante, gérante. Même si elle s’affiche désormais « protectrice », cette espèce reste très, très invasive vis à vis des autres espèces, de la planète et donc d’elle-même.

Afin d’éviter de rentrer dans des considérations politiques au sujet, entre autre, de la liberté et de l’actualité covidienne par exemple, je vais me contenter d’avancer un peu sur le sujet de la protection… des orchidées sauvages.
Et oui, c’est ciblé.
Chacun pourra ensuite digresser, métaphorer et antropomorphiser selon son bon plaisir.

Pour commencer, j’ai dû me pencher sur la lexicographie. En effet en fonction de l’âge des bouquins que je consulte, je vois les mots apparaitre, disparaitre, se transformer en semblant signifier la même chose. Et naturellement en me baladant sur la toile, je fais la même constatation, chacun dévidant sa prose en s’appuyant sur ce qui existe et sur ce qui a existé.
Par exemple, j’ai choisi « orchidées sauvages » comme titre.
Pourquoi donc?
Parce que « sauvage » me parle, parce que j’ai moi-même un côté difficile à domestiquer et parce que c’est l’adjectif qui m’est venu au sujet de ces jolies plantes que je trouve lors de mes balades, loin des jardins où règne un jardinier.

Pourtant sur les sites bien mis à jour, il est question d’orchidées indigènes.
Indigènes?
Oui.
Une espèce dite indigène est une espèce arrivée « naturellement » à l’endroit où elle est observée. Noter que « naturellement » signifie, dans ce contexte des espèces, « en l’absence d’une intervention humaine intentionnelle ou non intentionnelle » ce qui sous-entend qu’un humain qui transporterait des graines (par exemple) dans sa chevelure (donc sans le savoir) et permettrait à ces graines de s’installer loin de l’endroit où poussait la plante qui les avait produites, serait à l’origine de l’introduction d’une plante « exotique ». ALORS qu’un oiseau qui transporterait les mêmes graines dans son plumage ne ferait que déplacer naturellement une plante peut-être endémique et pour le coup devenant indigène.
Vous suivez?
Et espiègle comme toujours, j’ai complexifié en ajoutant « exotique » et « endémique » à la sauce !

Une espèce dite endémique est avant tout une espèce indigène, débarquée sur une place vierge (île volcanique par exemple, sortie de nulle part) en ayant été transportée « naturellement » (bon, il s’agit probablement d’une époque hyper lointaine à l’échelle humaine, donc dépourvue soit d’humains soit d’avions transporteurs).
Trouvant un terrain à son goût, l’espèce s’est installée et s’est tranquillement transformée afin de s’adapter finement aux conditions locales au point qu’aujourd’hui, elle vit et prospère SEULEMENT à cet endroit là.

Parler aujourd’hui d’orchidées indigènes c’est englober les espèces qui vivent à différents endroits et aussi celles qui sont strictement attachées à un espace géographique déterminé, ceci en étant conscient que le monde bouge « naturellement » et qu’une espèce endémique n’est pas attachée à un territoire à la manière des humains avec passeport, contrôles de police et tout et tout. Donc, elle peut devenir indigène.

Et donc les histoires de protection ?

C’est une histoire principalement humaine, même si l’humain voyant le monde à travers sa propre nature est porté à décréter (dans la presse grand public) un truc du genre « les abeilles protectrices de la biodiversité », un truc qui se termine par « protégeons les abeilles »…
La notion de protection est enchainée à la notion de « dominant », de plus fort, de « qui sait mieux », de « chef », donc.

Alors, dans ma pauvre tête où tout essaye de rentrer afin de me donner la possibilité de comprendre, tout se bouscule.

Quand je vois un botaniste « gestionnaire de réserve » arracher une plante en cherchant mon regard pour affirmer  » Ahhh, les invasives, c’est insupportable » alors que je sais qu’un bon nombre d’espèces qui forment aujourd’hui des populations envahissantes ET nuisibles ont été introduites par des botanistes, je suis songeuse. (Voir un article assez exhaustif ici , vive la rédaction collaborative dans ce cas)
Quand je constate la création d’espaces artificiels qui seraient destinés à permettre le maintien d’une espèce en perdition, ça me questionne.
Quand j’entends autour de moi « On est en sursis, Il faut protéger la planète, on doit faire quelque chose », l’abondance des pronom indéfinis me fait rire!

Les histoires de protection demeurent des histoires de supériorité ressentie, de domination réfléchie, concertée et réalisée à la mode humaine. Souvent j’aurais plaisir à sentir un peu plus d’humilité, une plus grande conscience, chez toutes ces personnes, qui chacune à leur échelle, à leur niveau se sentent investies d’un rôle protecteur.
Trouver l’équilibre entre les deux injonctions sociétales que sont « protection » et « respect », chercher puis trouver cet équilibre sur le plan individuel, sur tous les autres plans plus généraux est certainement une aventure à nulle autre pareille.



Reconnaitre les orchidées lors des balades (2)

Un point de vue plus personnel dans ce deuxième billet.

Difficile d’affirmer ce qui me conduit à repérer les orchidées sauvages au milieu des autres végétaux.
J’ai l’habitude de marcher en regardant où je mets les pieds, comme j’ai l’habitude de marcher en regardant au loin, en me réjouissant autant de l’immensité que du subtil bruissement des insectes, du plissement des roches que de l’infinie palette des tailles et des couleurs offertes par les végétaux.

Parfois je ne vois rien, absorbée par l’absence de pensée, je marche.
Seule.
(A noter que marcher en groupe est une autre histoire. Etant reliée au groupe, si petit soit-il, mon attention à l’environnement est forcément moindre, obligatoirement modifiée, impacté, biaisée par la/les présences. Cette considération est factuelle, excluant tout jugement, elle se contente de placer le contexte de ce billet)

Et cependant, même dans ces moments où ma conscience est en état second, des éclats de lumière touchent certaines terminaisons nerveuses au point de m’arrêter, parfois de revenir sur mes pas. Curieuse, j’ai besoin de comprendre ce qui m’a ainsi touchée. Abandonnant l’immensité, laissant de côté toute complexité, je me penche très simplement sur l’instant et je zoome au plus proche à la recherche d’une source génératrice d’éclat.
Les orchidées sauvages me font cet effet là.

C’est toujours une surprise.
Mes connaissances sont limitées et si dans d’autres balades, je suis activement à la recherche d’une espèce avec toutes ses particularités, sachant la nommer en la trouvant puisque, justement je la cherche ; me trouver face à une orchidée que je suis incapable de nommer est à la fois un cadeau et un challenge. A partir de l’instant où je la vois, je deviens exploratrice, notant chaque détail afin d’en savoir plus à son sujet.
Et, il faut bien reconnaitre que le plus passionnant de l’histoire, c’est l’agrandissement nécessaire de l’expérience, un agrandissement qui semble possible jusqu’à l’infini, donc fascinant et enthousiasmant.
Je comprends que d’autres pourraient ressentir du découragement et négliger l’affaire.
Je comprends.
Et je suis ainsi, apprendre, comprendre le plus loin possible est une raison de vivre, une bonne raison d’avancer encore, j’ignore jusqu’où mais j’y vais.

Donc, devant une belle inconnue, il est urgent d’enregistrer des images. Dans ma mémoire et afin d’éviter d’inévitables mélanges, quiproquos ou fausses interprétations, sur la carte mémoire d’un APN.
Avant de mettre le mode « macro » en action, il faut envisager l’environnement, puis la partie aérienne de la plante en entier. Alors, je peux passer aux détails et afin de pouvoir les examiner tranquillement une fois à la maison, j’essaye toujours de « voir » sous différents angles.
Et ce qui est remarquable, c’est que c’est toujours insuffisant… une fois au loin.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’avère que les classifications évoluent et se complexifient au fil du temps.
Ceci parce que des spécialistes chercheurs spécialisés, non satisfaits d’aller regarder à la loupe jusqu’aux racines comme c’était l’usage au 19ème siècle, s’immiscent jusqu’au coeur de l’ADN, certains étant satisfaits seulement le jour où leur nom peut s’associer à « une nouvelle découverte »!
Pour l’amatrice que je suis, il est vain de lutter.
J’ai seulement besoin d’un nom d’espèce. Peu m’importe la variété quand il faudrait de trop infimes détails pour la déterminer, prendre le risque de raconter n’importe quoi à qui me prendrait pour plus savante que je suis est non-envisageable.

Dans les fiches établies sur ce site au nom de chacune des espèces que j’ai côtoyé, je me fais plaisir en racontant une anecdote ou une autre. Ainsi, il me plait de « partager » ce qu’est ma quête. Une quête solitaire, individuelle, vitale parce que philosophique, riche de multiples digressions, source de métaphores, de réflexions sociétales, de raisonnements complexes et d’infinis questionnements.
Pour commencer, j’invite cependant toujours la rigueur. En toute choses, je sais qu’il est nécessaire de partir d’une base avant de s’envoler.
Il y a toujours un lien vers un site de référence, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel où, avec une bonne dose de patience (je sais de quoi je parle) les personnes curieuses pourront découvrir un grand nombre d’informations.

Les ultimes phases du cycle visible

Dès l’automne, nous avions guetté l’apparition des premières rosettes
En fin d’hiver, nous avons vu s’étirer les futures hampes florales.
Le printemps est la saison d’observation des différentes fleurs.
L’été arrive tout juste que vient la fin du cycle visible pour les espèces le plus précoces.

Plus que toute autre plante, l’orchidée vit entre visible et invisible.

Généralement la floraison s’effectue du bas de la hampe vers le haut. Il en va de même pour la « fanaison ». Les premières fleurs ont séché quand s’épanouissent celles du sommet.
Au fil de l’avancement du temps, il est possible d’observer les ovaires qui gonflent après avoir été fécondés. Certains, à défaut d’avoir été fécondés commencent à se dessécher.
Un jour, il ne reste plus que des enveloppes vides, les graines se sont envolées, d’autant plus loin que des conditions météorologiques sèches se sont alliées aux vents pour assurer un transport efficace.
En l’absence de tonte et/ou de piétinement, la hampe totalement sèche et vidée de ses graines peut persister longtemps. Parfois l’observateur averti peut ainsi deviner la présence de la vie en train de s’activer sous terre.

C’est l’ensemble de cette histoire, de l’invisible au visible puis du visible à l’invisible, qui est tout à fait fascinante à l’image de chacune des histoires de cycle de vie.
Maintes fois, j’ai écrit sur mes blogs que le jardin et la natures sont comme autant de livres de philosophie grand ouverts, que les faits divers observables au quotidien sont à l’image de ceux propulsés sur les écrans, ces derniers étant beaucoup moins indispensables à l’apprentissage de la Vie que l’observation de celle-ci directement sur le terrain.

Liberté, Egalité, Fraternité

Trois mots mâchouillés à toutes les sauces
Ensemble, il constituent la devise des républiques de France et d’Haïti.

Par les temps qui courent, soumis que nous sommes à la présence toute puissante et envahissante du SRAS-Cov-2, le mot « liberté » revient très souvent. Il est question de La Liberté, de Nos libertés et aussi de Ma liberté, ce qui revient à parler de manière presque aussi vague que d’avancer un pourcentage sans annoncer sur quoi est calculé le chiffre annoncé. Ce billet est une troisième occasion de visiter ce mot un peu plus précisément.
Il est question de « liberté » et toujours en terme d’absence, en terme de recul, de limitation, etc.
La première j’ai parlé de mise en liberté conditionnelle après le grand confinement.

Pourtant, je me sens vraiment libre.
Libre d’écrire tout ce que je veux, même si ça sert à rien.
Libre d’aller acheter à manger ailleurs que chez l’épicier 24h/24h qui est le plus proche de chez moi.
Libre de sortir 20 fois par jour si ça me chante.
Libre de rouler en vélo, le nez au vent.
Et je me sens tellement libre que je fais la liste de toutes les obligations dans lesquelles il est facile de s’engouffrer sans s’en apercevoir.
Par exemple en vélo : le casque est obligatoire seulement pour les enfants, j’ai décidé qu’à mon âge, il était plus important de vivre libre qu’en soumission volontaire à la peur, j’ai donc éliminé le port du casque en vélo. Et ce faisant, j’ai bien regardé autour de moi et j’ai vu toutes les personnes qui font quotidiennement des « trucs » absolument pas obligatoires et se privent ainsi volontairement de « liberté ». J’en connais même qui font des stages spirituels et s’enferment dans de toutes petites cellules en respectant scrupuleusement les ordres des « gurus » aussi longtemps que dure la période qu’elles sont même aller jusqu’à payer! Il y a des gens qui payent pour être privé de liberté, si, si…
Incroyable, non?
Bon, je vais pas écrire dix pages.

Je passe au mot « égalité ».
J’ai même pas envie de disserter pour comparer égalité avec équité.
Sommes nous égaux ? Oui en temps qu’humains au milieu d’autres humains. Un humain est un humain : bipède doté de mains aux pouces opposables, d’une tête surdimensionnée et de sens peu performants.
Une mairie gère les humains qui habitent autour.
Point.
Pas le temps de digresser trop loin.
Ce que j’ai remarqué ces derniers temps au sujet de l’égalité, c’est que chacun revendiquant son individualité exige aussi le « tout le monde pareil » et je pense en conséquence qu’avec de pareilles injonctions paradoxales, il est assez « normal » d’arriver à la folie.

Enfin le mot « fraternité ».
C’est quand même un concept!
Car il faut définir une « famille » humaine pour en arriver au terme de fraternité, non?
La famille humaine serait donc l’ensemble des humains habitant la planète terre (notre « domus »). Et là j’entends déjà le grand éclat de rire qui sort des maisons abritant une famille nombreuse (en France c’est une famille de trois enfants et plus) , car il est quand même super fréquent de s’étriper pour pas grand chose au sein d’une famille. Donc imaginer une belle fraternité lisse et merveilleuse entre 70 millions de personnes (la population de la France) ou plus relève vraiment de l’utopie.

Alors, c’est vraiment « pas juste », les humains ne sont ni égaux ni fraternels et ils sont OBLIGES de vivre ensemble! Encore une privation de liberté… une de plus.

Comme penser toutes ces questions est épuisant, ce matin, j’avais besoin de m’évader.
Un peu après l’aube, j’ai pris mes bâtons de marche, j’ai laissé ma montre, j’ai délibérément renoncé à remplir une attestation avec un mensonge et je suis sortie sans masque, dans le vent, sous la pluie battante.
Je suis sortie pour aller le long de la Loire aussi loin que j’en avais besoin, aussi longtemps que mes vieux os seraient épargnés par la pénétration de l’eau.
J’ai marché pendant presque deux heures.
J’ai marché dans l’eau des flaques profondes, j’ai écouté le chant puissant des bourrasque, je me suis arrêtée devant les envolées de feuilles mortes, j’ai laissé flotter mon regard au milieu des remous du grand fleuve à marée haute.
J’étais « tout », j’étais libre, heureuse.
Simplement.
Et je l’étais parce que dès l’instant où j’avais fait ce choix, en toute liberté, je m’étais dit que devoir acquitter 135 euros serait fort peu payer.
Finalement je n’ai pas déboursé un seul centime.
Ce matin, la ville était déserte.

Dimanche 15 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de quinze jours après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2.
La suite est toujours plus loin.


Hurler avec les loups

(Comme toujours, il y a un lien entre l’image et mon propos)

Et je me suis vue hurler avec les loups!
L’instinct grégaire est vraiment fort, constitutif de notre humanité, et donc de mon être.

C’est qu’en début de cette deuxième période de limitation de « libertés » il y a dans l’air un souffle de rouspétance.
La soumission de l’ensemble de la population aux ordres « venus d’en haut » est indissociable de son goût actuellement porté au paroxysme pour ce genre de question/réponse : « Pourquoi lui et pas moi? Je veux que « toi-la haut » tu fasses quelque chose pour « moi-je » parce que je le vaux bien »

Donc, que certains commerces soient ouverts et immédiatement d’autres devraient l’être.
Certaines activités sont permises et/où limitées et d’autres devraient s’en inspirer.
Ainsi il suffit d’ouvrir une page sur les réseaux sociaux pour voir qui s’insurger de la fermeture de la « culture », qui de la trop faible ouverture des « sports de plein air », qui du manque de possibilité d’acheter des fleurs alors qu’il est par ailleurs possible de se gaver de chocolats ou de tout un tas de nourritures absolument non indispensables.
Bref.
J’ai bien failli hurler avec les loups!
Particulièrement parce que je suis actuellement obligée de laisser ma pirogue sur son étagère!
Post hoc, ergo propter hoc.

Ouf, je me suis reprise à temps.

Car, sérieusement, qui parle de culture? Les personnes qui disposent d’une bibliothèque digne de ce nom peuvent avec joie relire l’intégrale de Spinoza, se plonger dans la noirceur de Zola, s’enivrer avec la Provence de Giono ou s’endormir en essayant de déchiffrer un roman en langue étrangère non suffisamment pratiquée.

Car sérieusement, de quoi est-il question en terme d’activité physique? Les personnes qui ont l’habitude de s’agiter physiquement peuvent aller faire leurs courses essentielles (et parfois très loin) à pieds ou en vélo.

Car sérieusement, des végétaux poussent partout dans la ville, il suffit de se baisser à peine pour faire un bouquet! OUI me direz vous, mais j’aurais voulu offrir des roses!!!! Oui, vais-je vous répondre et à quand date la dernière fois où tu as acheté des roses chez le fleuriste du coin de la rue ? Honnêtement ?

Et puis, plus loin, alors que le web nous offre la plus grande bibliothèque du monde (même que plus grand monde n’achète des livres papier à ce qu’il était dit les années d’avant 2020), alors qu’en un clic il est possible de visiter plein de musées, alors que sur canapé il est possible de parler avec une amie à l’autre bout de la planète, c’est quoi ce délire de tout d’un coup ronchonner parce que « ils » nous enlève ce que nous n’utilisons pas vraiment… en fait ?
Sincèrement ?

Et puis, plus loin aussi, qui peut imaginer que le mec qui a passé sa journée à courir sur une structure métallique, en plein air, pour construire un immeuble dans lequel son salaire de m…de ne lui permet pas de rêver, que ce mec est forcément impatient de pratiquer « un sport de plein air » après son travail de forçat ?

N’est-ce pas un tantinet élitiste que d’hurler avec les loups sur ces sujets là ?

Je rêve à l’idée de voir des gens dits « cultivés » capables d’adaptation, d’imagination, de non démagogie comme je rêve à l’idée de voir atterrir tous les soi disant sportifs qui dépensent autant d’argent dans leur matos que certains travailleurs en dépensent en sueur véritable sans en tirer de quoi vivre dignement.

Et au delà des rêves, j’organise au quotidien ma vie de nantie avec ce qui m’est offert.
Je me déplace en vélo, le nez au vent, le sourire aux lèvres.
Je marche autant que je le souhaite.
Je respecte les consignes en remplissant autant de bons de sorties que nécessaire.
Je garde mes distances et même je me lave les mains avant de préparer à manger.
Je fais tout bien

Et je le fais seule, sans demander de « dérogation » pour « moi-je » même si le soleil me manque, même si le sel va me manquer bientôt.
Je vais chercher des piments où j’en trouve.
Je vais décrocher des étoiles où il y en a.

Un jour de mon enfance lointaine, j’avais décrété que je devais vivre comme si j’allais mourir le lendemain, donc avec gourmandise, curiosité, passion et hâte.
J’ai largement dépassé la mi-temps de ce qui m’est accordé de vie et moins que jamais je ne vais gaspiller ce qui est offert. Pas question de cracher dans la soupe, pas question de me mêler à la meute, il n’y a pas de temps à perdre, il me reste tant à apprendre avant demain.

Mardi 3 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, lendemain du jour des morts, cinq jours après l’entrée dans un carême contemporain décrété au nom du SRAS-Cov-2.
Dans ma ville comme ailleurs en France, la population est assez soumise à cette nouvelle religion et chacun fait dans son coin ce qu’il croit « bon » de faire et de ne pas faire.

La suite est encore plus loin.