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Que signifie « protéger » ?

Que signifie « protéger » une espèce, protéger des individus, protéger des monuments, protéger la planète, et tout et tout ?

Protéger est un mot à la mode.
Suite à ma tentative d’écriture autour des orchidées sauvages, tout en élaborant une petite prose dédiée à chaque espèce rencontrée, j’ai souvent noté « espèce protégée » et inévitablement j’ai essayé de réfléchir à cette idée de protection.
Au sujet de la « protection de la nature » j’ai lu des propositions innovantes, telles que celles exposées par Baptiste Morizot, par exemple (Raviver les braises du vivant, Acte Sud, 2020 ISBN 978-2-330-13589-8), en pensant qu’il serait certainement possible de changer de paradigme, mais que l’hypothèse de base reste la-même : une espèce humaine régnante, décidante, gérante. Même si elle s’affiche désormais « protectrice », cette espèce reste très, très invasive vis à vis des autres espèces, de la planète et donc d’elle-même.

Afin d’éviter de rentrer dans des considérations politiques au sujet, entre autre, de la liberté et de l’actualité covidienne par exemple, je vais me contenter d’avancer un peu sur le sujet de la protection… des orchidées sauvages.
Et oui, c’est ciblé.
Chacun pourra ensuite digresser, métaphorer et antropomorphiser selon son bon plaisir.

Pour commencer, j’ai dû me pencher sur la lexicographie. En effet en fonction de l’âge des bouquins que je consulte, je vois les mots apparaitre, disparaitre, se transformer en semblant signifier la même chose. Et naturellement en me baladant sur la toile, je fais la même constatation, chacun dévidant sa prose en s’appuyant sur ce qui existe et sur ce qui a existé.
Par exemple, j’ai choisi « orchidées sauvages » comme titre.
Pourquoi donc?
Parce que « sauvage » me parle, parce que j’ai moi-même un côté difficile à domestiquer et parce que c’est l’adjectif qui m’est venu au sujet de ces jolies plantes que je trouve lors de mes balades, loin des jardins où règne un jardinier.

Pourtant sur les sites bien mis à jour, il est question d’orchidées indigènes.
Indigènes?
Oui.
Une espèce dite indigène est une espèce arrivée « naturellement » à l’endroit où elle est observée. Noter que « naturellement » signifie, dans ce contexte des espèces, « en l’absence d’une intervention humaine intentionnelle ou non intentionnelle » ce qui sous-entend qu’un humain qui transporterait des graines (par exemple) dans sa chevelure (donc sans le savoir) et permettrait à ces graines de s’installer loin de l’endroit où poussait la plante qui les avait produites, serait à l’origine de l’introduction d’une plante « exotique ». ALORS qu’un oiseau qui transporterait les mêmes graines dans son plumage ne ferait que déplacer naturellement une plante peut-être endémique et pour le coup devenant indigène.
Vous suivez?
Et espiègle comme toujours, j’ai complexifié en ajoutant « exotique » et « endémique » à la sauce !

Une espèce dite endémique est avant tout une espèce indigène, débarquée sur une place vierge (île volcanique par exemple, sortie de nulle part) en ayant été transportée « naturellement » (bon, il s’agit probablement d’une époque hyper lointaine à l’échelle humaine, donc dépourvue soit d’humains soit d’avions transporteurs).
Trouvant un terrain à son goût, l’espèce s’est installée et s’est tranquillement transformée afin de s’adapter finement aux conditions locales au point qu’aujourd’hui, elle vit et prospère SEULEMENT à cet endroit là.

Parler aujourd’hui d’orchidées indigènes c’est englober les espèces qui vivent à différents endroits et aussi celles qui sont strictement attachées à un espace géographique déterminé, ceci en étant conscient que le monde bouge « naturellement » et qu’une espèce endémique n’est pas attachée à un territoire à la manière des humains avec passeport, contrôles de police et tout et tout. Donc, elle peut devenir indigène.

Et donc les histoires de protection ?

C’est une histoire principalement humaine, même si l’humain voyant le monde à travers sa propre nature est porté à décréter (dans la presse grand public) un truc du genre « les abeilles protectrices de la biodiversité », un truc qui se termine par « protégeons les abeilles »…
La notion de protection est enchainée à la notion de « dominant », de plus fort, de « qui sait mieux », de « chef », donc.

Alors, dans ma pauvre tête où tout essaye de rentrer afin de me donner la possibilité de comprendre, tout se bouscule.

Quand je vois un botaniste « gestionnaire de réserve » arracher une plante en cherchant mon regard pour affirmer  » Ahhh, les invasives, c’est insupportable » alors que je sais qu’un bon nombre d’espèces qui forment aujourd’hui des populations envahissantes ET nuisibles ont été introduites par des botanistes, je suis songeuse. (Voir un article assez exhaustif ici , vive la rédaction collaborative dans ce cas)
Quand je constate la création d’espaces artificiels qui seraient destinés à permettre le maintien d’une espèce en perdition, ça me questionne.
Quand j’entends autour de moi « On est en sursis, Il faut protéger la planète, on doit faire quelque chose », l’abondance des pronom indéfinis me fait rire!

Les histoires de protection demeurent des histoires de supériorité ressentie, de domination réfléchie, concertée et réalisée à la mode humaine. Souvent j’aurais plaisir à sentir un peu plus d’humilité, une plus grande conscience, chez toutes ces personnes, qui chacune à leur échelle, à leur niveau se sentent investies d’un rôle protecteur.
Trouver l’équilibre entre les deux injonctions sociétales que sont « protection » et « respect », chercher puis trouver cet équilibre sur le plan individuel, sur tous les autres plans plus généraux est certainement une aventure à nulle autre pareille.



Reconnaitre les orchidées lors des balades (2)

Un point de vue plus personnel dans ce deuxième billet.

Difficile d’affirmer ce qui me conduit à repérer les orchidées sauvages au milieu des autres végétaux.
J’ai l’habitude de marcher en regardant où je mets les pieds, comme j’ai l’habitude de marcher en regardant au loin, en me réjouissant autant de l’immensité que du subtil bruissement des insectes, du plissement des roches que de l’infinie palette des tailles et des couleurs offertes par les végétaux.

Parfois je ne vois rien, absorbée par l’absence de pensée, je marche.
Seule.
(A noter que marcher en groupe est une autre histoire. Etant reliée au groupe, si petit soit-il, mon attention à l’environnement est forcément moindre, obligatoirement modifiée, impacté, biaisée par la/les présences. Cette considération est factuelle, excluant tout jugement, elle se contente de placer le contexte de ce billet)

Et cependant, même dans ces moments où ma conscience est en état second, des éclats de lumière touchent certaines terminaisons nerveuses au point de m’arrêter, parfois de revenir sur mes pas. Curieuse, j’ai besoin de comprendre ce qui m’a ainsi touchée. Abandonnant l’immensité, laissant de côté toute complexité, je me penche très simplement sur l’instant et je zoome au plus proche à la recherche d’une source génératrice d’éclat.
Les orchidées sauvages me font cet effet là.

C’est toujours une surprise.
Mes connaissances sont limitées et si dans d’autres balades, je suis activement à la recherche d’une espèce avec toutes ses particularités, sachant la nommer en la trouvant puisque, justement je la cherche ; me trouver face à une orchidée que je suis incapable de nommer est à la fois un cadeau et un challenge. A partir de l’instant où je la vois, je deviens exploratrice, notant chaque détail afin d’en savoir plus à son sujet.
Et, il faut bien reconnaitre que le plus passionnant de l’histoire, c’est l’agrandissement nécessaire de l’expérience, un agrandissement qui semble possible jusqu’à l’infini, donc fascinant et enthousiasmant.
Je comprends que d’autres pourraient ressentir du découragement et négliger l’affaire.
Je comprends.
Et je suis ainsi, apprendre, comprendre le plus loin possible est une raison de vivre, une bonne raison d’avancer encore, j’ignore jusqu’où mais j’y vais.

Donc, devant une belle inconnue, il est urgent d’enregistrer des images. Dans ma mémoire et afin d’éviter d’inévitables mélanges, quiproquos ou fausses interprétations, sur la carte mémoire d’un APN.
Avant de mettre le mode « macro » en action, il faut envisager l’environnement, puis la partie aérienne de la plante en entier. Alors, je peux passer aux détails et afin de pouvoir les examiner tranquillement une fois à la maison, j’essaye toujours de « voir » sous différents angles.
Et ce qui est remarquable, c’est que c’est toujours insuffisant… une fois au loin.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’avère que les classifications évoluent et se complexifient au fil du temps.
Ceci parce que des spécialistes chercheurs spécialisés, non satisfaits d’aller regarder à la loupe jusqu’aux racines comme c’était l’usage au 19ème siècle, s’immiscent jusqu’au coeur de l’ADN, certains étant satisfaits seulement le jour où leur nom peut s’associer à « une nouvelle découverte »!
Pour l’amatrice que je suis, il est vain de lutter.
J’ai seulement besoin d’un nom d’espèce. Peu m’importe la variété quand il faudrait de trop infimes détails pour la déterminer, prendre le risque de raconter n’importe quoi à qui me prendrait pour plus savante que je suis est non-envisageable.

Dans les fiches établies sur ce site au nom de chacune des espèces que j’ai côtoyé, je me fais plaisir en racontant une anecdote ou une autre. Ainsi, il me plait de « partager » ce qu’est ma quête. Une quête solitaire, individuelle, vitale parce que philosophique, riche de multiples digressions, source de métaphores, de réflexions sociétales, de raisonnements complexes et d’infinis questionnements.
Pour commencer, j’invite cependant toujours la rigueur. En toute choses, je sais qu’il est nécessaire de partir d’une base avant de s’envoler.
Il y a toujours un lien vers un site de référence, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel où, avec une bonne dose de patience (je sais de quoi je parle) les personnes curieuses pourront découvrir un grand nombre d’informations.

Liberté, Egalité, Fraternité

Trois mots mâchouillés à toutes les sauces
Ensemble, il constituent la devise des républiques de France et d’Haïti.

Par les temps qui courent, soumis que nous sommes à la présence toute puissante et envahissante du SRAS-Cov-2, le mot « liberté » revient très souvent. Il est question de La Liberté, de Nos libertés et aussi de Ma liberté, ce qui revient à parler de manière presque aussi vague que d’avancer un pourcentage sans annoncer sur quoi est calculé le chiffre annoncé. Ce billet est une troisième occasion de visiter ce mot un peu plus précisément.
Il est question de « liberté » et toujours en terme d’absence, en terme de recul, de limitation, etc.
La première j’ai parlé de mise en liberté conditionnelle après le grand confinement.

Pourtant, je me sens vraiment libre.
Libre d’écrire tout ce que je veux, même si ça sert à rien.
Libre d’aller acheter à manger ailleurs que chez l’épicier 24h/24h qui est le plus proche de chez moi.
Libre de sortir 20 fois par jour si ça me chante.
Libre de rouler en vélo, le nez au vent.
Et je me sens tellement libre que je fais la liste de toutes les obligations dans lesquelles il est facile de s’engouffrer sans s’en apercevoir.
Par exemple en vélo : le casque est obligatoire seulement pour les enfants, j’ai décidé qu’à mon âge, il était plus important de vivre libre qu’en soumission volontaire à la peur, j’ai donc éliminé le port du casque en vélo. Et ce faisant, j’ai bien regardé autour de moi et j’ai vu toutes les personnes qui font quotidiennement des « trucs » absolument pas obligatoires et se privent ainsi volontairement de « liberté ». J’en connais même qui font des stages spirituels et s’enferment dans de toutes petites cellules en respectant scrupuleusement les ordres des « gurus » aussi longtemps que dure la période qu’elles sont même aller jusqu’à payer! Il y a des gens qui payent pour être privé de liberté, si, si…
Incroyable, non?
Bon, je vais pas écrire dix pages.

Je passe au mot « égalité ».
J’ai même pas envie de disserter pour comparer égalité avec équité.
Sommes nous égaux ? Oui en temps qu’humains au milieu d’autres humains. Un humain est un humain : bipède doté de mains aux pouces opposables, d’une tête surdimensionnée et de sens peu performants.
Une mairie gère les humains qui habitent autour.
Point.
Pas le temps de digresser trop loin.
Ce que j’ai remarqué ces derniers temps au sujet de l’égalité, c’est que chacun revendiquant son individualité exige aussi le « tout le monde pareil » et je pense en conséquence qu’avec de pareilles injonctions paradoxales, il est assez « normal » d’arriver à la folie.

Enfin le mot « fraternité ».
C’est quand même un concept!
Car il faut définir une « famille » humaine pour en arriver au terme de fraternité, non?
La famille humaine serait donc l’ensemble des humains habitant la planète terre (notre « domus »). Et là j’entends déjà le grand éclat de rire qui sort des maisons abritant une famille nombreuse (en France c’est une famille de trois enfants et plus) , car il est quand même super fréquent de s’étriper pour pas grand chose au sein d’une famille. Donc imaginer une belle fraternité lisse et merveilleuse entre 70 millions de personnes (la population de la France) ou plus relève vraiment de l’utopie.

Alors, c’est vraiment « pas juste », les humains ne sont ni égaux ni fraternels et ils sont OBLIGES de vivre ensemble! Encore une privation de liberté… une de plus.

Comme penser toutes ces questions est épuisant, ce matin, j’avais besoin de m’évader.
Un peu après l’aube, j’ai pris mes bâtons de marche, j’ai laissé ma montre, j’ai délibérément renoncé à remplir une attestation avec un mensonge et je suis sortie sans masque, dans le vent, sous la pluie battante.
Je suis sortie pour aller le long de la Loire aussi loin que j’en avais besoin, aussi longtemps que mes vieux os seraient épargnés par la pénétration de l’eau.
J’ai marché pendant presque deux heures.
J’ai marché dans l’eau des flaques profondes, j’ai écouté le chant puissant des bourrasque, je me suis arrêtée devant les envolées de feuilles mortes, j’ai laissé flotter mon regard au milieu des remous du grand fleuve à marée haute.
J’étais « tout », j’étais libre, heureuse.
Simplement.
Et je l’étais parce que dès l’instant où j’avais fait ce choix, en toute liberté, je m’étais dit que devoir acquitter 135 euros serait fort peu payer.
Finalement je n’ai pas déboursé un seul centime.
Ce matin, la ville était déserte.

Dimanche 15 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de quinze jours après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2.
La suite est toujours plus loin.


Hurler avec les loups

(Comme toujours, il y a un lien entre l’image et mon propos)

Et je me suis vue hurler avec les loups!
L’instinct grégaire est vraiment fort, constitutif de notre humanité, et donc de mon être.

C’est qu’en début de cette deuxième période de limitation de « libertés » il y a dans l’air un souffle de rouspétance.
La soumission de l’ensemble de la population aux ordres « venus d’en haut » est indissociable de son goût actuellement porté au paroxysme pour ce genre de question/réponse : « Pourquoi lui et pas moi? Je veux que « toi-la haut » tu fasses quelque chose pour « moi-je » parce que je le vaux bien »

Donc, que certains commerces soient ouverts et immédiatement d’autres devraient l’être.
Certaines activités sont permises et/où limitées et d’autres devraient s’en inspirer.
Ainsi il suffit d’ouvrir une page sur les réseaux sociaux pour voir qui s’insurger de la fermeture de la « culture », qui de la trop faible ouverture des « sports de plein air », qui du manque de possibilité d’acheter des fleurs alors qu’il est par ailleurs possible de se gaver de chocolats ou de tout un tas de nourritures absolument non indispensables.
Bref.
J’ai bien failli hurler avec les loups!
Particulièrement parce que je suis actuellement obligée de laisser ma pirogue sur son étagère!
Post hoc, ergo propter hoc.

Ouf, je me suis reprise à temps.

Car, sérieusement, qui parle de culture? Les personnes qui disposent d’une bibliothèque digne de ce nom peuvent avec joie relire l’intégrale de Spinoza, se plonger dans la noirceur de Zola, s’enivrer avec la Provence de Giono ou s’endormir en essayant de déchiffrer un roman en langue étrangère non suffisamment pratiquée.

Car sérieusement, de quoi est-il question en terme d’activité physique? Les personnes qui ont l’habitude de s’agiter physiquement peuvent aller faire leurs courses essentielles (et parfois très loin) à pieds ou en vélo.

Car sérieusement, des végétaux poussent partout dans la ville, il suffit de se baisser à peine pour faire un bouquet! OUI me direz vous, mais j’aurais voulu offrir des roses!!!! Oui, vais-je vous répondre et à quand date la dernière fois où tu as acheté des roses chez le fleuriste du coin de la rue ? Honnêtement ?

Et puis, plus loin, alors que le web nous offre la plus grande bibliothèque du monde (même que plus grand monde n’achète des livres papier à ce qu’il était dit les années d’avant 2020), alors qu’en un clic il est possible de visiter plein de musées, alors que sur canapé il est possible de parler avec une amie à l’autre bout de la planète, c’est quoi ce délire de tout d’un coup ronchonner parce que « ils » nous enlève ce que nous n’utilisons pas vraiment… en fait ?
Sincèrement ?

Et puis, plus loin aussi, qui peut imaginer que le mec qui a passé sa journée à courir sur une structure métallique, en plein air, pour construire un immeuble dans lequel son salaire de m…de ne lui permet pas de rêver, que ce mec est forcément impatient de pratiquer « un sport de plein air » après son travail de forçat ?

N’est-ce pas un tantinet élitiste que d’hurler avec les loups sur ces sujets là ?

Je rêve à l’idée de voir des gens dits « cultivés » capables d’adaptation, d’imagination, de non démagogie comme je rêve à l’idée de voir atterrir tous les soi disant sportifs qui dépensent autant d’argent dans leur matos que certains travailleurs en dépensent en sueur véritable sans en tirer de quoi vivre dignement.

Et au delà des rêves, j’organise au quotidien ma vie de nantie avec ce qui m’est offert.
Je me déplace en vélo, le nez au vent, le sourire aux lèvres.
Je marche autant que je le souhaite.
Je respecte les consignes en remplissant autant de bons de sorties que nécessaire.
Je garde mes distances et même je me lave les mains avant de préparer à manger.
Je fais tout bien

Et je le fais seule, sans demander de « dérogation » pour « moi-je » même si le soleil me manque, même si le sel va me manquer bientôt.
Je vais chercher des piments où j’en trouve.
Je vais décrocher des étoiles où il y en a.

Un jour de mon enfance lointaine, j’avais décrété que je devais vivre comme si j’allais mourir le lendemain, donc avec gourmandise, curiosité, passion et hâte.
J’ai largement dépassé la mi-temps de ce qui m’est accordé de vie et moins que jamais je ne vais gaspiller ce qui est offert. Pas question de cracher dans la soupe, pas question de me mêler à la meute, il n’y a pas de temps à perdre, il me reste tant à apprendre avant demain.

Mardi 3 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, lendemain du jour des morts, cinq jours après l’entrée dans un carême contemporain décrété au nom du SRAS-Cov-2.
Dans ma ville comme ailleurs en France, la population est assez soumise à cette nouvelle religion et chacun fait dans son coin ce qu’il croit « bon » de faire et de ne pas faire.

La suite est encore plus loin.

De l’importance de l’imperfection

Qu’est-ce que l’imperfection?
Du côté de la lexicographie, c’est l’antonyme du mot « perfection ».
Et la perfection est l’état de ce qui est parfait!

P A R F A I T

En plongeant dans les dédales de l’origine, en allant jusqu’à toucher la source, j’ai rapidement trouvé que ce qui est parfait fut à l’origine ce qui était achevé.
Ni plus, ni moins.

Il existerait donc un moment précis où il serait possible de parler de perfection.
Tout autour de ce moment précis, il n’y aurait qu’imperfection, puisque le mouvement est vital et que tout mouvement est non achèvement.

A l’instar de la vie, la perfection est un état tout à fait instable et c’est donc l’imperfection qui nous oblige, nous pousse, nous entraine sans cesse.
A quel moment, à l’aide de quel biais cognitif, avons nous sociétalement posé une obligation de perfection? De perfection qui serait en soi un but définitif envisageable et inaliénable ?

Désormais, dans de nombreux pays, la mise au monde d’un enfant s’effectue après une sélection drastique. Grâce à la technologie, toute imperfection du foetus (remarquable ce mot appliqué au foetus, être en devenir par définition) est traitée, souvent par élimination. Chaque nouveau-né doit être « parfait », mis au monde dans des conditions « parfaites » et commence alors la danse de ceux qui ont la charge de l’élever de manière « parfaite ».
Car aujourd’hui, certainement du fait des progrès technologiques, nous faisons un amalgame entre perfection et « sans défaut », lisse, normal, que dis-je? Mieux que normal! Parfait quoi!

Et me voilà plongée dans un abîme de perplexité.

Dans un tourbillon de réflexions naissant instantanément du « bougement » de mes raisonnements clignotent des scintillements d’idées qui me racontent combien le malaise est gigantesque pour toutes les personnes qui ont besoin d’un temps d’immobilisation afin de « comprendre » (prendre avec soi selon l’étymologie) les notions de complexité, d’infinitude, d’imperfection et donc de mouvements absolument indispensables pour pouvoir parler de la vie.

De la Vie aussi.

La Vie, notre vie à chacun, capable de créer l’imprévisible à tout bout de champ, créatrice, résiliente, inventive, est parfois tragique, parfois joyeuse, souvent joueuse, jamais « méchante », définitivement imparfaite.

J’ai la conviction que la fatigue apparait lorsque disparait le mouvement, lorsque la perfection est atteinte et qu’il devient urgent de ne plus respirer afin de la conserver.
D’une pirouette, j’en viens à me demander si le paradis n’est pas pire invention que l’enfer. Car il paraitrait qu’une fois au paradis, tout est parfait.

Donc achevé.


Peur

« Il est étrange », disait Courteline, « qu’un seul terme désigne : la peur de la mort, la peur de la souffrance, la peur du ridicule, la peur d’être cocu et la peur des souris, ces divers sentiments de l’âme n’ayant aucun rapport entre eux ».

Mais de quoi est-il question alors dans tous ces articles où le mot « peur » est agité ?

Ce mot « peur » ressemble à tant d’autres mots vagues et s’approche du mot « aimer » en ce sens qu’il signifie tant qu’il ne signifie plus rien de bien précis!

Les gens ont peur.
« On » fait peur aux gens.
La peur engendre le pouvoir.
Etc…

De quoi est-il question dans l’actualité du moment?
Toujours du même invisible tas d’ARN dénommé SRAS-Cov-2.
Il se déplacerait dans des gouttelettes expectorées
Et même dans l’air…
A la mode de tous les tas d’ARN de son genre, quoi!
Et ils sont légions.
Mais, les médias peinent à se débarrasser, de lui spécialement, ce SRAS-Cov-2 précisément.
Il faut dire qu’en raison de l’entrée tonitruante qu’il a fait dans nos vies, allant jusqu’à nous priver de la liberté de circuler pendant deux mois (Du 17 mars au 11 mai 2020), il est vraiment difficile de le dégommer.

J’ignore tout du « comment » ce sacré SRAS-Cov-2 s’y est pris pour troubler à ce point l’intelligence et le bon sens collectif, mais le fait est qu’il agit en révélateur puissant.

En premier, c’est la peur de l’inconnu qui frappa.
Il fallait s’écarter afin d’éviter son souffle.
Puis, devant l’incrédulité du peuple incapable de bouger devant l’invisible,
Il fut décrété qu’afin d’éviter l’asphyxie des services de réanimation nationaux, il fallait s’enfermer chez soi.
Bien.
Lorsque les réanimations respirèrent dans les quelques endroits où elles avaient failli expirer, il fut envisagé d’entrouvrir les portes afin que le peuple puisse sortir un peu.
A ce moment là, il était visible que l’économie du pays était exsangue et qu’il était temps de passer à sa réanimation à elle.
Bien.
Après le peur de l’inconnu, c’était à nouveau la peur de l’inconnu qui s’installait.
A moins qu’après la peur de mourir ce ne soit la peur de la mort qui ait pointé le bout du nez.
La peur de « plus comme avant »
La peur de « plus de boulot »
La peur de « pas de vacances »
Et quoi d’autre?

La peur est un « truc » complètement irraisonné et c’est ce qui lui donne toute sa puissance et c’est ce qui donne tous les pouvoirs aux personnes qui l’agitent, quel que soit la manière de s’y prendre, contre vents et marées parfois!

Quand, perchée sur mon vélo, sans casque et en tongs (oui, c’est l’été) quand donc perchée sur mon vélo je slalome d’un trottoir à l’autre, parfois entre les voitures, la présence du risque est toujours présente dans mes pensées. Le risque de chuter, le risque de mal tomber, le risque de mourir même. Et rien ne m’empêche de poursuivre mon chemin.
Parfois juchée sur un passage étroit, je me plais à imaginer que ce passage est situé au dessus d’un ravin et je ris au souvenir d’expériences passées.
Car j’en ai passé des ravins et des cascades, marchant parfois la peur au ventre sur des planches mal jointes, imaginant malgré leur largeur respectable que mes pas allaient faillir à la ligne droite pour me précipiter dans le vide…
Car, la peur échappe à la raison!
Combien de fois ai-je eu besoin de la raison pour passer de l’autre côté?
Combien de fois ai-je dû me concentrer pour me souvenir de ma joie à marcher droit sur un sentier de 50cm et me convaincre que sur un pont de plus de 200cm de large, je pouvais tout aussi joyeusement marcher droit?
Même sans garde-fou, même sans rambardes, sans la moindre corde.
Combien de fois?
Seule face à moi même.
Car jamais nul gourou, nul tout puissant n’aurait pu résoudre MON problème en agissant de quelque manière.
Je reste persuadée que l’expérience « pour de vrai » est l’unique solution qui vaille.

Et d’une pirouette de l’intellect, me voilà projetée au milieu de notre société où trop d’expériences sont virtuelles, uniquement visuelles, uniquement suggérées tandis que le corps abritant l’intelligence est affalé dans un canapé trop mou.

Alors, là, juste ici et maintenant, je deviens pressée d’abandonner le banc de bois qui me sert d’assise devant le bureau bas sur lequel est posé le laptop. Je vais marcher, chevaucher mon vélo, aller nez au vent, chercher les expériences et les vivre, c’est une urgence vitale.

Et bien entendu, citoyenne de la ville, je vais respecter les lois et les décrets : j’habite ce monde.

Samedi 1er aout 2020, deux mois et deux dizaines de jours après la « remise en liberté » surveillée, il est obligatoire de se masquer avant d’entrer chez le boulanger. La suite est à vivre, elle est inconnue pour l’instant.

Un homme comme les autres

La langue française ayant parfois ses insuffisances, j’aurais peut-être dû écrire « un humain comme les autres ».
De quoi est-il question?
De ce hérissement permanent qui est le mien chaque fois que je sens le venin de la guerre, la respiration mécanique et sans nuances des partisans, l’envol des jugements militants qui servent le pouvoir et non l’égalité, et non l’équité.
Voilà pour la généralité.

Moi,
Moi-je
Emoi, je me suis toujours sentie un homme comme les autres, depuis l’enfance.
Jamais je n’ai considéré mon corps genré au féminin ni comme une aide, ni comme un empêchement.
Toujours, j’ai étudié ce que j’avais à étudier, j’ai pratiqué les sports qui m’attiraient, j’ai fréquenté les personnes qui me plaisaient, sans jamais considérer ni leur genre, ni leur couleur qu’elle soit politique, de peau, d’yeux, de cheveux ou de vêtements.
Je suis une humaine comme les autres et je joue ma vie dans la cours des humains, bassement humaine, fièrement humaine.

« Nous disions de la continuation vécue, à la fois mue et freinée par l’organe-obstacle, qu’elle ressemble au cycliste : elle tient en équilibre parce qu’elle roule, et elle tombe à droite ou à gauche lorsqu’elle s’arrête. »

Puis,

« L’action tombe en avant et sa solution évoque l’image d’une chute continuellement ajournée. Dans l’aventure de l’action s’accomplit à tout moment le miracle continué : de danger en danger et d’instant en instant, la chute est sans cesse reportée, le commencement sans cesse reconduit. L’action est le rebondissement continué d’une aventure toujours initiale, d’une initiation toujours aventureuse, et nous la vivons comme un beau danger… car elle n’est autre que le mystère du recommencement »

Propos de Vladimir Jankélévitch « Quelque part dans l’inachevé » de Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Gallimard 1978, ISBN 978-2-07-029783


Quel rapport avec l’actualité puisque c’est toujours en me heurtant à un fait d’actualité que je réagis en écrivant?

Deux pour aujourd’hui.

1 – A la fin des années 70, j’ai eu la chance d’acquérir le statut de « cavalière », c’est à dire que j’étais l’équivalent féminin de « gentleman » et que je pouvais, à l’égal des jockeys professionnels mais avec un statut amateur (c’est à dire sans être rémunérée, donc pour mon seul bon plaisir), monter en course des chevaux de courses. Ma plus grande fierté était la suivante : j’avais acquis ce statut sur mes seules compétences équestres et sans la moindre concession.
C’était et c’est encore une fierté parce que toutes les autres (rares à l’époque) « cavalières » avaient un peu « forcé » la chance en usant de leurs charmes. Et, notez bien que ce n’est pas parce que j’en aurais été incapable que je leur en voulais : chacun est libre d’utiliser les compétences qui sont le siennes pour arriver à son but.
Par contre, je considère que faire un choix doit conduire à assumer ce choix.



2 – Hier, portée par un brin colérique, j’ai fabriqué un mouchoir à élastique (que certains confondent avec un mouchoir de poche, voire avec un masque chirurgical) parce qu’il parait que désormais, il sera interdit d’aller acheter de quoi manger sans être déguisée, mi-effacée à la mode des « biens-pensants ».
Et peu importe si je fréquente des lieux quasi-déserts à des heures creuses dans une ville où les miasmes ne sont pas légion. Si c’est la loi nationale, simplement parce que je suis un citoyen comme les autres, je devrai m’y soumettre, aussi stupide la loi soit-elle.
Parce que la « loi » pour tous est toujours liberticide pour chacun, parce que la « sécurité » pour tous conjuguée à trop grande échelle ne fait que spolier le sens critique et la raison individuelle.



Ainsi la va vie.
Et il suffit d’aller de l’avant pour éviter de s’arrêter,
Pour surtout ne pas tomber
D’un côté
Ou de l’autre.

Effet miroir

Miroir, mon beau miroir…

Qu’il soit question de l’interroger ou de passer derrière, le miroir est un maître adoré ou détesté.

Le miroir tel que nous le connaissons est né au cours du 19ème siècle.

Ce fut auparavant un objet de luxe réservé à l’aristocratie et si Rabelais, visionnaire, rêvait d’en voir dans toutes les chambres de l’abbaye de Thélème, il fallut attendre le 18ème siècle pour que les maison bourgeoises citadines en soient équipées.

Aujourd’hui, le miroir a envahi notre environnement, de la rue à nos sacs à main en passant par la salle de bain et plusieurs pièces des appartements.

Jamais les reflets n’ont eu autant d’importance.

Questionnés sous tous les angles, leur précision appelle un verdict précis que de nombreux professionnels ont le pouvoir de poser.
Du coiffeur au psychanalyste en passant par les publicitaires, combien sont-ils a « jouer » avec les reflets et l’effet miroir?

Ce qui me fascine, c’est la lumière.
C’est son passage
Son cheminement
Son impermanence.

Et je sais depuis longtemps que la lumière n’existe qu’en compagnie des ombres.

Le monde d’après

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. » (Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2003)

Il suffit d’ouvrir la radio (j’suis pas très télé!) pour entendre s’égrainer des listes de chiffres, de statistiques, de probabilités. Depuis quelques temps, avec la même tactique comptable, le sujet a viré, passant du décompte des morts au décompte de l’argent public emprunté à la pelle, voire à celui du nombre de manifestants suivant des rassemblements interdits!
De grâce, il n’en est jamais question dans ces échos là.
Pourtant grâce il y a.

Depuis que j’ai réussi a exfiltrer ma pirogue du hangar dans laquelle elle avait été confinée d’urgence, avant même que je n’aie pu lever le petit doigt pour lui éviter le pire, elle se promène entre le jardin du Cormier et la plage, tranquille, sans « désinfectation » avant de tremper dans l’eau, avec un simple dessalage en rentrant au jardin.

Depuis ce moment, mon « monde d’après », c’est 120 km AR 3 fois par semaine pour m’adonner au plaisir de n’avoir que l’horizon en point de vue.
Après moi le déluge… je suis juste humaine comme tout un chacun.

Soyez rassurés, hors ces 360 km par semaine, je n’use que les freins de mon vélo et je renforce mes petits mollets car j’ai abandonné la facilitation électrique au profit de la légèreté d’une bicyclette basique.

Et donc, je suis plus que jamais chercheuse à la poursuite d’une grâce insaisissable!

Hier par exemple, en posant mon va’a au bord de l’eau :
Dans la lumière matinale,
Je n’ai eu de cesse que de capter l’essentiel.
J’ai écouté le souffle du vent, admiré le soleil dansant à la surface de l’eau, aimé toucher la douceur sur mes épaules nues,
L’instant fut magique et merveilleux.
Juste devant des goélands pêchaient, dans un joyeux désordre, en apparence bien organisé.
J’ai pointé mon bateau dans leur direction, je l’ai posé sur le flot et tout en le poussant vers le large, j’ai posé dans l’élan mon arrière train sur le siège.
Puis…
Museau au vent, j’ai frémis de joie.
J’ai mesuré deux des plus précieux privilèges dont je dispose : un lien indéfectible avec la solitude et un goût intense pour la liberté.
L’un ne va pas sans l’autre.
Puis, en douceur j’ai posé le premier coup de pagaie.
Pas un humain à l’horizon.
Seulement le vent, le ciel et l’océan.
Je suis partie face au vent, face au jusant, frôlant les rochers à la quête d’un contre-courant porteur.
Simple bonheur.
J’ai pensé aux copains soumis aux contraintes citadines, aux limitations de libertés d’aller et venir autour des bateaux.
J’ai pensé au monde.
J’ai pensé à tout.
Puis à rien.
Et j’ai décollé!
Quelque part à l’interface entre l’eau et le ciel.
Dans un monde parallèle que je connais bien et donc j’ignore tout.
Etait ce un coup de folle sagesse proposé par la grâce?

Beaucoup, beaucoup plus loin, les remous d’une pointe m’ont ramenée à la réalité, j’étais en face du clocher de Sainte-Marie.
Il était temps de rentrer.

Poussée par le vent, portée par la jusant, caressée par le soleil montant vers son zénith, j’avançais rapidement alors que j’allais sans hâte vers le reste de la journée.
Retrouver les gens, la vie « normale », les chiffres des kilomètres sur le compteur de la voiture, la quantité de carburant restant, les prix de la nourriture au supermarché, le nombre de mails tombés en mon absence.
Des chiffres et des nombres.

En fin de journée, enfin, j’ai poussé la porte de mon hâvre, au coeur de Nantes.
Délicieusement.
Malicieusement, le numéro de la rue est le numéro qui fut celui de la rue où est né mon père et où j’allais visiter mes grands parents, c’est aussi le numéro de la maison où habitaient mes parents.
Dans une ancestrale tradition, c’est le nombre symbolique de l’alliance.


Mercredi 10 juin 2002, huit jour après la deuxième phase de remise en « liberté conditionnelle », un mois avant la fin programmée de l’état d’urgence sanitaire établi en France le 23 mars 2020, cinq mois probables sous un couperet « sécuritaire donc liberticide » conservé!

Little Bird vit sa vie (3)

Hier, le jardin respirait joyeusement sous un ciel plombé.
La pluie est arrivée dans l’après-midi, bienfaitrice attendue,
Elle est tombée du ciel.
Avec Little Bird nous nous sommes confinés devant l’écran que nous avions un peu abandonné ces derniers jours où le soleil nous attirait irrésistiblement à l’extérieur.

Jamais à cours d’imagination, nous avons inventé un jeu « chercher l’erreur ».
Les écrans défilaient et l’oiseau piaillait « encore, encore » comme savent si bien le faire les enfants.
Et puis est arrivé l’écran masqué.
Et Little Bird est resté sans voix.
Que se passait-il dans sa tête de bois?
Car il a la tête dure, le volatile et quand il est certain de quelque chose, c’est pas vraiment facile de l’inciter à s’incliner.
A son image, je restais silencieuse.
Les questions, au dessus de nos têtes, se précipitaient dans une sarabande muette et endiablée.

Au bout d’un interminable instant, Little Bird laissa échapper dans un murmure :
« Facile, c’est le touareg l’erreur : lui, il a besoin de se protéger à la fois du soleil brulant et du sable piquant soulevé par le vent »

Et il s’est tu.
Dehors, la pluie tambourinait sur la véranda.
J’entendais la trotteuse de ma montre égrainer les secondes.
Interminables
Perdues dans mes pensées,
J’étais incapable de trouver la moindre répartie,
Mon pauvre oiseau semblait tellement bousculé.

C’est lui qui reprit la main.
« Il est pas drôle ton jeu, on arrête »
Et m’entrainant vers le réfrigérateur en quête de réconfort,
Il ajouta en haussant les épaules :
« Bon, on va pas se mettre à disserter au sujet de l’Invisible, ni au sujet de ce qu’on voit, de se qu’on a envie de voir, de ce qu’on jette pour oublier et de ce qui nous revient qu’on le veuille ou non, hein? Ca me fatigue d’avance! »

On s’est fait une tartine de fromage sur du bon pain et l’affaire était dans le sac.

Lundi 20 avril 2020 : le régime des « bons de sortie » limitant la liberté d’aller et venir persiste, dans le brouillard au loin, une espèce de liberté conditionnelle est annoncée pour le 11 mai. Dans la rue les gens sortent un peu plus. Aux arrêts de bus, les masques volent au vent, dans les caniveaux, ils flottent comme des bateaux ivres.