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Humeur du jour

Et donc je suis allée à Paris.
Et donc, j’ai rapporté de nouveaux projets.
Et, ça, c’est assez drôle car en ce moment il y a plein de projets qui débarquent.

L’année dernière à la même époque, je faisais le ménage, certaine que j’étais que les boucles était bouclées dans pas mal de domaines.
Là, je sais plus trop.
Un flottement est perceptible, assez semblable avec celui vécu l’année dernière,
A la même époque.
Aussi joyeux qu’il était chagrin, il m’emporte.

Parmi ce débarquement de projets, il y en a qui parlent d’écrire.
C’est le coté comique de ma vie que j’étale aujourd’hui ici et sans  vergogne.
Un comique de répétition.
Ecrire!
Publier!!

Quand le monde de l’édition est plus terrifiant que jamais.

Avec l’avènement de l’impression à la demande, tout se publie, à toute vitesse et sans autre risque que celui  de l’imposture.
Car, si le nombre de titres publié a été multiplié par deux depuis la fin du 20ème siècle, le nombre de lecteurs est à la baisse.
« Il y a énormément de livres qui se vendent à moins de 500 exemplaires, tous éditeurs confondus, de Gallimard à Grasset en passant par P.O.L. Et dans ces livres-là, beaucoup ne dépassent pas les 250 exemplaires vendus. En fait, ce n’est pas rare qu’un livre se vende à moins de 100 exemplaires »

Je suis tellement claire avec ce fait,  et depuis si longtemps que j’en suis venue à modifier la page d’accueil de ce site. Pour mémoire, créé en 2008, cet espace était destiné à promouvoir un titre particulier… Je vous laisse deviner lequel!

Les plus fidèles personnes qui passent ici ne peuvent ignorer la répétition de mes questionnements quasi existentiels au sujet de l’écriture et de la publication.
Ces questionnements naissent logiquement de ma non-crédulité pathologique associée avec une curiosité tout aussi pathologique qui mène à une certaine forme de connaissance.

Mon père disait « la vie est un éternel recommencement » et je me suis appropriée cette petite phrase en la projetant de manière multidimensionnelle  sur l’écran de mon imagination débridée. Une imagination incapable de faire un roman mais super douée pour transformer mon environnement en dessin animé géant, entre humour noir, réalité augmentée et joyeuses comédies. Donc, oui sur une espèce de spirale qui représenterait la vie, il est normal de passer devant la même verticale à chaque enroulement. Toujours la même verticale, mais jamais le même point!

Me voilà donc partie en plongée, en immersion.
Ca se terminera comme ça,
Mais pas au même point!

Ecouter pousser les fleurs (1)

Tout d’abord, Adèle est née.
Et puis, la nuit suivante, en écoutant parler dans une émission radiophonique, j’ai entendu des mots de maïeutique.

Une vague, puis une autre.

Une vague, puis une autre et au loin peut-être une belle série.
Tous les surfeurs savent qu’il faut ramer, aller au devant de la série, se positionner au pic…
Sans prendre ce risque là, il est vain de rêver aux grosses vagues!

Je me suis positionnée, j’ai envoyé un message.
La réponse est arrivée, j’étais bien placée, il suffisait d’attendre.

Mercredi matin, aucun avis n’était venu à l’encontre des prévisions prévues.
La bonne heure était là.
En marchant, je m’étonnais une fois de plus de l’absence d’attente, donc de tension.
J’étais tranquillement prête à prendre la vague, à me laisser glisser en acceptant aussi bien l’idée d’une grosse gamelle que celle d’une belle émotion, voire l’idée de… rien.

En fait je me rendais à un rendez-vous dont j’ignorais tout sinon un lieu et un horaire.

Une fois dans la place, j’ai aperçu une personne qui pouvait être celle du RV.
La même personne que celle qui avait parlé de mise au monde au milieu de la nuit,
Celle de « mon » RV donc!
Elle était fort occupée cette personne, postée devant un écran de laptop sur le comptoir de la réception.
J’ai envoyé un SMS pour signaler ma présence.

RIen.

Quelques minutes plus tard, elle rentrait dans l’ascenseur.

Bien installée dans mon fauteuil, je ne perdais pas une miette de cette palpitante aventure.

L’heure tournait et dépassait l’heure dite.
Une personne sortit de l’ascenseur.
Elle prit un siège à proximité, consulta son portable, jeta un oeil alentours et replongea dans son portable.
Visiblement elle attendait.

Histoire de me dégourdir les jambes, je me suis levée, j’ai traversé le hall pour la saluer.
« Bonjour, vous attendez quelqu’un?
-Oui
-OK, parce que j’attends aussi quelqu’un et je sais pas qui…
-Oh… Moi je sais qui j’attends, donc c’est pas vous.
-Parfait, merci »

J’ai adoré!
Vraiment.

Et je suis retournée m’asseoir.
M’inspirant d’un scenario de film d’espionnage, j’ai ouvert le guide des spectacles pour avoir l’air absorbée par la lecture.
En fait, tous mes sens étaient en alerte, prêts à capter le moindre frémissement.

Une personne sortit de l’ascenseur, celle qui y était entrée peu après mon débarquement sur les lieux.
Elle vint parler silencieusement à celle qui attendait.
Une énigme se résolvait.

C’était sans compter sur une volte face tranquille.
Tout sourire, l’inconnu s’approcha vers moi.
Sa voix était douce, paisible.
« Joelle, en fait, j’ai un problème… en fait… on arrive aujourd’hui…
– Oui… normal…
– Est-ce qu’on pourrait décaler de 50mn?
-Oui… j’vais aller manger… j’vais aller voir une expo…
– On dit 14h ici.
-OK »

Tout à fait fière de mon talent de physionomiste, j’ai ramassé mon sac pour m’en aller vers le LU.
Ce faisant, je suivais les deux hommes que je n’avais pas du tout l’intention de suivre.

Las… L’expo était encore fermée.
J’en ai profiter pour laisser quelques sous à la librairie, puis j’ai cherché une autre occupation pour passer le temps.
Je n’avais pas faim.
J’ai marché.
Une petite porte bleue m’attira.
Une affiche fort simple y était collée : « En réalité je n’ai trouvé que du sable »
Je suis entrée.
C’était à mon goût, tout était à mon goût :  les dessins, les couleurs, les questions autant que le concept lui-même.

En réalité, je n’ai trouvé que du sable…
Je souriais à ces mots qui en entrainaient d’autres, tout comme un vent doux soulève la poussière dans le désert, découvrant des trésors, sculptant délicatement l’infinité du sable.

J’étais au coeur de l’aventure.

Aussi accro à la haute technologie que tout explorateur contemporain, je consultais néanmoins régulièrement mon téléphone.
Un nouveau message disait : « Finalement, on pourrait se retrouver au LU! »

Je suis partie pour une nouvelle traversée.

Un héron m’arrêta tout net.
Fier comme un coq, il était cramponné à la rambarde, regardant dans le vide, au dessus de l’eau noir sortant du tunnel.
Magnifique.
J’ai fait un pas de plus.
Il a fait semblant de s’en aller.
je suis restée sans bouger.
Il est resté.
A trois mètres.

Puis, il était temps d’avancer.
Il s’est envolé!

(A suivre)

Je suis une râleuse, c’est clair!


Les « souvenirs » qui s’affichent sur mon écran chaque matin m’amusent!

Il y sept ans, j’écrivais comme j’écris chaque jour.
J’écrivais pour le plaisir d’écrire, comme depuis que j’ai appris à écrire.

J’étais une toute petite fille qui griffonnait sans cesse, en liberté, joyeusement, histoire d’enfiler des mots et d’en faire des phrases et des histoires que j’allais fièrement montrer à l’institutrice qui savait me féliciter… J’étais si petite qu’elle ne pouvait guère rester insensible, elle s’appelait Mademoiselle Martin, elle avait des cheveux courts coupés comme ceux de Mireille Mathieu qui n’existait pas encore en version disque.
J’étais dans la classe « des moyens » parce que ma grande taille faisait que j’étais ridicule dans la classe des « bébés ».
On disait comme « ça » : tu vas aller chez les « bébés », chez les « moyens » puis chez les « grands ».
A l’époque la terminologie propre à l’école maternelle actuelle n’avait pas cours.

J’ai donc commencé ma scolarité en sautant la classe des bébés!

Je me souviens encore au creux de mon ventre de ce jour où ma mère m’a emmenée à l’école, juste après mes quatre ans : j’étais super heureuse de franchir le porche, de découvrir les odeurs, de marcher dans le grand couloir carrelé, je me sentais grande.
Mais quand, arrivée à la porte de la classe des « bébés » où j’étais admise sur la bonne parole de mon année de naissance, quand l’institutrice m’a toisée de pied en cap et a déclaré que j’étais trop grande, je me suis sentie très, très petite.
Heureusement, Mademoiselle Martin fut extrêmement bienveillante, elle le fut certainement aussi à l’égard de ma mère qui s’est sentie rassurée en m’abandonnant pour la matinée.

C’est drôle ce que je viens d’écrire, c’est très loin du propos que je venais poser sur l’air de « je suis une râleuse »… Mais pas si loin en fait.

Car, si je remonte dans ces souvenirs là avant de revenir à ceux d’il y a sept ans puis à aujourd’hui, je revois la suite en accéléré.
D’abord, l’entrée à « la grande école », mes rebellions puis l’entrée au lycée.
(le collège n’était pas encore inventé, le lycée commençait en 6ème… Wahooooo, j’suis vraiment une vieille gamine!!!!)
L’entrée au lycée posa un point final sur ma liberté littéraire : les sujet étaient imposés, et je n’avais plus aucune marge de manoeuvre sinon dans les versions latines où je laissais décoller mon imagination : quand je « tombais » juste j’avais une excellente note quand je partais sur un contre-sens, j’avais zéro.
Mathématiquement je suis devenue une « élève moyenne ». Comme quoi, il est possible de rentrer dans la norme, c’est simplement une question de temps!

Très normalement, je suis devenue une râleuse et je suis restée constante. Car le français est râleur parait-il et je suis française, donc tout va bien. Je suis dans la norme.

Sauf que, depuis que je suis devenue un peu moins petite, je suis irritée par tous ces gens qui passent leur temps à rouspéter sans jamais rien faire d’autre que rouspéter, pire, en créant un fond de commerce sur leur incapacité à rien faire d’autre, donc en se montrant capables de monter une entreprise sur… du vent!
Et quand je suis irritée, tout naturellement, je gratte où ça me démange et je joue avec les mots!

Car les mots sont restés mes amis.
Ce qui me séduit dans leur présence ce sont leurs infinies nuances.
Je dois certainement beaucoup au prof de latin.
Car si elle m’a fait rentrer en dessous de la moyenne en alternant les zéros et les « huit-neuf », elle m’a entrainée dans la vision poétique dès le premier jour de classe.
Car cette fantasque Madame Millet donnait son cours de latin dans la plus belle classe de l’établissement, au rez-de-chaussé du bâtiment qui, avant de devenir établissement scolaire, avait été une grande maison bourgeoise.
Nous avions cours de latin dans une belle pièce claire pourvue de trois grandes fenêtres donnant sur le parc. Le premier mot de rentrée de ce prof, du moins celui que j’ai retenu, fut « Vous verrez : quand fleurissent les marronniers, c’est splendide!« .
J’ai passé les « années collège » à attendre la splendeur en regardant par la fenêtre pendant les cours de latin.
En même temps, je me délectais de chaque incartade étymologique. Ce qui me passionnait en cours de latin, au delà du fait qu’à l’époque on disait que c’était la langue des « docteurs », ce qui me passionnait c’était ce qui liait le français que je parlais couramment au latin que je découvrais dans la douleur des zéros accumulés.
Pour résumer, dans cette classe, il y avait les racines et les fleurs.
Et… c’est ce poème qui m’accompagna définitivement.

Il y a sept ans, j’écrivais.
Aujourd’hui j’écris.

C’est mon plaisir et ma manière de ranger les pensées, chaque matin avant de plonger dans le quotidien.
En prenant mon café, je regarde les râleurs qui s’expriment sur la toile. Je bondis parfois, souvent, en lisant ce qui se raconte, ce qui se colporte en un clic, les partis pris, les publi-informations qui fusent comme autant de vérités sans source, les sources pas sérieuses citées pour « faire sérieux »…
Et ça me laisse souvent triste.
Et ça me donne envie de réagir, de faire réagir, de questionner…
Et c’est tellement en vain.
Et alors, se lève une vague joyeuse,
Et alors il y a les fleurs et les racines et l’insouciance qui surnagent
Il suffit de poser des mots comme les enfants enfilent des perles,
Pour le plaisir du jeu!

Fait divers


Un cerisier en fin de vie sauvagement abattu

D’après les voisins, un  CAT  de type louche stationnait dans le coin depuis quelques jours.
Ce matin à 10h30 précises, un vrombissement a résonné dans l’impasse.
Sous les yeux de la voisine dépitée, après avoir avalé en deux coups de godets le vieux mur au pied duquel des marguerites avaient élu domicile, le monstre s’est dirigé droit sur le pauvre vieux cerisier.
Après lui avoir arraché les branches, il s’est attaqué au tronc et l’a déraciné sans plus attendre.
Le vieux cerisier a résisté un instant.
Le monstre s’est cabré, a repris son souffle et l’a achevé.
Il l’a ensuite chargé à bord d’un camion.
A l’heure qu’il est personne ne sait où il l’a emporté.

Au delà du fait divers,
Je me suis questionnée au sujet de l’émotion qui, un instant, me submergea.
Ce cerisier était mon voisin depuis que j’habite ici.
Avant d’habiter dans le coin, c’est lui qui marquait le bout de l’impasse et je le saluais en arrivant chez la grand-mère qui nous a légué la maison.
Souvent, à l’ombre du cerisier, une autre grand-mère jardinait, désherbant ici, agitant la belle terre noir là, arrachant quelques pommes de terre plus loin. Elle portait un grand tablier bleu et le chapeau de paille qui allait avec.
Ce jardin voisin avait toute une histoire que je connais.

Combien de fois ai-je écris que le jardin est un livre ouvert?

Aujourd’hui encore je peux le répéter à qui voudrait l’entendre.

J’ai eu besoin de sortir, d’aller marcher pour reprendre pied et trouver réponse à quelques questions.
Il est clair que c’est la rapidité de l’intervention qui m’a troublée. Que cet arbre ait eu plus de cinquante ans de vie, peut-être soixante dix, que vaillamment il ait fleuri à chaque printemps, offrant ses fruits dorés chaque été et que moins de deux minutes aient suffi à l’anéantir dépasse l’entendement basiquement humain du fond de mes tripes.
Quiconque aurait eu à l’abattre de ses mains aurait dû y consacrer des heures et des heures et encore davantage pour extraire les racines.

Combien parlent de combat? Combien, dans de multiples domaines, souhaitent d’utopiques combats « à armes égales »?
Le jardin est un livre ouvert, un livre de philosophie, un livre de vraie vie, j’aime tant l’observer, même les jours comme aujourd’hui où l’émotion est intense.

Le silence est revenu.
Une odeur de terre fraichement remuée flotte à coté de l’odeur des mousses arrachées, du lichen déchiqueté et du gas-oil consommé.
Le silence?
Que nenni.
Les oiseaux sont là par dizaine, ils sont en train de faire bombance : un festin leur est offert.
Un festin de laves et de lombrics.

Et chantent les oiseaux et va la vie!
C’est le printemps!

Les étrennes


Pavé de fin d’année

Il est bien probable que toutes les personnes de ma génération ont gardé en mémoire un poème proposé en deux strophes qui commençait ainsi :

« – Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
(…) »

Peut-être que parmi ces personnes, certaines ont, comme je l’ai fait, assidument fréquenté les poètes.
Ainsi au gré d’une navigation auprès du bateau ivre, ces personnes ont sûrement découvert que la gaîté des étrennes vendue par l’éducation nationale était factice.
Car, le très long récit en vers proposé par Arthur Rimbaud était en fait nommé « Les étrennes des orphelins », une histoire triste.
Une triste histoire avec laquelle les médias d’aujourd’hui seraient ravis d’ouvrir le JT, juste avant d’embrayer et d’accélérer sur les histoires de gueule de bois, d’indigestion et de régime minceur.

Un peu d’histoire historique raconte qu’avant le débarquement de Santa Klaus fin décembre (Entre Saint Nicolas (début décembre) et le passage des rois (début janvier))  qui a progressivement transformé la distribution de friandises enfantines en avalanche de paquets cadeaux pour tous, c’était à l’occasion du changement d’année calendaire que s’échangeaient « joujoux, bonbons habillés d’or, étincelants bijoux ».
A la fin du 19ème siècle, le « truc » à la mode c’était le livre d’étrennes, les éditeurs ne manquaient pas d’idées pour profiter de l’aubaine.
Les « beaux livres » ont doucement supplanté les « livres d’étrenne », ils furent largement distribués sous les sapins naissants du 20ème siècle.
A l’aube du 21ème siècle, la mondialisation galopante autant que l’évolution des techniques d’impression ont banalisé les livres au point qu’ils ne constituent  plus un cadeau de prix, mais parfois un cadeau par défaut de « mieux ».

Je reviens à ce jour des étrennes, ce jour de l’an neuf, et plus précisément à la nuit qui précède.
Dans notre actuelle vie d’occidentaux dans le vent, il est « normal » de prévoir et préparer un réveillon.
« Normal » étant une donnée statistique plantée au sommet d’une courbe de Gauss, de chaque côté du sommet tout est possible, bien que ce soit considéré comme un écart à la norme.
Bien entendu plus l’écart est visible sur la courbe, plus le risque de tomber dans « l’anormalité » grandit.
Pourtant je considère que se situer à la marge n’engage en rien l’appartenance de quiconque à la vie de la société.

Tout est tellement relatif.

Je m’aperçois en écrivant ce billet dans le contexte écologique que j’habite, que le fait d’être cette année en France, loin du soleil et des grandes randonnées en terre sauvage exacerbe mon sentiment « d’anormalité » relative.

Me voici donc en train de chercher « un truc » pour meubler ce passage qui semble incontournable.
Pour l’instant tout ce que je vois alentours ressemble à des sorties de secours ouvertes sur des microcosmes fermés.
Il faut avouer que ma vision de la débâcle obligée de fin d’année est dénuée d’objectivité.
J’ai été marquée par ma déambulation dans les rues parisiennes fin 1975. J’assurai alors une partie équestre du spectacle « Ben-Hur » .  Tandis que les gens venaient au spectacle pour ouvrir leur réveillon, nous finissions « le boulot »  (c’est à dire les soins aux chevaux et notre démaquillage) sur les coups de minuit. De fait,  je me suis retrouvée dans la rue « après » et c’était pour voir à travers les vitres des restaurants des dizaines de personnes  comateuses au milieu des serpentins et cotillons qui jonchaient le sol.
Pas de quoi rêver… Pas pour moi, en tout cas.

Et là, maintenant, tandis que mon hyper-connexion fait miroiter de tous les côtés des passages rêvés entre amis, me reviennent ces souvenirs qui disent que je suis, en quelque sorte, étrangère à ces festivités.

Pas pour moi les soirées gastronomiques à exploser la panse
Pas pour moi les soirées soufis à psalmodier le Mathnawi
Pas pour moi les soirées shootées sous les tables
Pas pour moi les soirées Bollywood à chanter Hare krschna
Pas pour moi les soirées Djeun’s entre retraités
Pas pour moi les soirées « paix sur terre » à réciter les Psaumes
Pas pour moi
Pas pour moi…

Il est un fait que je suis à la marge sur bien des points!
Et pourtant, je garde espoir de voir le changement d’année calendaire se faire même si je ne « fais rien » de notable.

Ménage d’automne


Le nettoyage d’automne se poursuit.
Initié dès le printemps, abandonné pendant l’été, il reprend de plus belle.

Oui, parce que l’automne plane depuis le début de l’année comme un passage de vie inéluctable vers l’inconnu, il fallait que je m’allège de tout un encombrant passé.

Du côté de ma bibliothèque privée, celle qui niche dans mon antre, à portée de main et à l’écart « des autres », j’avais besoin d’un déclic fort pour que le processus s’enclenche.
Que des amies aient besoin d’ouvrages pour enrichir un espace thématique et voilà, c’était parti.

Attachée aux livres et aux écrits comme je le suis, il n’aurait pas été facile de trier sans ce coup de pouce.

Déclic nécessaire,
Coup de pouce bien reçu,
Effet domino immédiat!

Facilement émerveillée, tranquillement fascinée, paisiblement enchantée, je suis toujours sous le charme lorsque j’observe les réactions en chaine.
Quelles qu’elles soient.
Noire, blanche, entre gris clair et gris foncée ou aux couleurs de l’arc en ciel.

Enclenchée dans la matinée, la réaction a pris fin avec la tombée du jour.
La poubelle destinée à la récupération des matières recyclables s’est remplie.
Trois arbres à livres du quartier se sont remplumés.
Une caisse débordante attend sagement le passage des amies.
Et…
La bibliothèque est dépoussiérée.

Aucun titre n’est perdu malgré ce ménage.
Abandonner une multitudes d’ouvrages lus et offrir une nouvelle vie au papier de tous les tapuscrits d’études consciencieusement léchés, est parfaitement compatible avec leur conservation.
Chacun de ces ouvrages a participé, un jour, à me nourrir.

De cette actualité instantanée et durable à la fois

« Qu’est-ce que l’éternité ? Pas un temps infini (car alors ce serait terriblement ennuyeux) mais un présent qui reste présent. C’est donc le présent même, dont nous sommes ordinairement séparés par le regret ou la nostalgie, l’espoir ou la crainte. L’éternité n’est pas l’immuabilité, mais la perduration toujours actuelle du devenir. Non la permanence, mais l’impermanence en acte et en vérité ! Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant, ce que nul ne peut, mais d’habiter le présent qui dure et change. Quel que jour qu’on soit, c’est toujours aujourd’hui. Quelle que soit l’heure, c’est toujours maintenant. Et ce perpétuel maintenant est l’éternité même. C’est cela, que la philosophie m’a aidé à penser, la méditation m’aide à le vivre, y compris quand je fais tout autre chose que méditer ! On ne court le plus souvent qu’après l’avenir. Mais on ne court qu’au présent. »
Entretiens entre André Comte-Sponville et François L’Yvonnet, C’est chose tendre que la vie, Albin Michel, 2015, ISBN 978-2226314895

La routine a repris.
Après être passée par « Les matins » de France Culture, c’est l’heure du café.
Là, je parcours les réseaux sociaux comme j’ouvrirais une fenêtre sur le monde.

Et c’est (presque) toujours un moment triste, un moment qui m’émotionne du côté de la souffrance. Il arrive que j’ai besoin de réagir et le mur sur lequel « ça » tombe peut parfois trembler, bien que je fasse toujours tout pour me retenir.

C’est que j’ai beaucoup de difficultés à accepter le vide exposé sur les réseaux sociaux.
Et quand le vide fait le plein, c’est à la limite du supportable pour « moi-je ».
C’est d’autant plus difficile lorsque je le vois ce genre d’affichage sur la page d’une personne que j’estime pour son intelligence, son sens critique, son regard large.

Que se passe t-il donc?

Sur le plan pratique, je retire du fil d’actualité les personnes qui me font trop souvent bondir, de fait la publicité s’installe à leur place.
Et de fait, je reste calme.
Mais de fait, ma fenêtre est moins ouverte.

Que se passe t-il donc?

Sur un autre plan, je m’interroge.
Par quel tour de magie, par quelle intention, une information instantanée peut-elle durer et se propager, sans varier d’une once, pendant des heures, des jours parfois?
Jusqu’à l’essoufflement.
Jusqu’à ce qu’une autre information instantanée prenne la pas, anéantissant la précédente, la jetant aux oubliettes sans la moindre considération pour le temps d’affichage dont elle a courageusement fait preuve.

Et petit à petit je comprends que c’est le fil virtuel trop impalpable entre instantané/fragile et durable/certain qui me fait souffrir.

Ce qui se propage sur les réseaux sociaux à grand coup d’émoticônes et de partages compulsifs ne correspond en rien au présent et pourtant un sacré paquet de monde veut croire que c’est le présent.

Je peux pas.

Deux poids, deux mesures

Deux poids, deux mesures affirme le dicton?
Et certainement beaucoup plus de deux,
J’ajoute!

Ainsi en est-il du temps qui passe.

« Voilà une semaine que je suis rentré(e) et j’ai l’impression que ça fait une éternité »
Qui n’a jamais été traversé(e) par cette réflexion?

Pourtant, rien n’existe moins que le temps.
Pourtant rien ne se mesure plus incessamment que le temps.

Nous avons inventé de quoi mesurer le temps avec une précision folle parce que nous avons inventé la notion de temps, le temps perdu, le temps passé, et le temps gagné.
C’est fou, non?

Et la relativité?
On la pose où?
On s’en fout.
Quand ça nous arrange.
N’est-ce pas étrange,
Cette réalité?

Je me souviens d’un temps où passaient des nouveaux-nés, entre mes mains.
Je me souviens de LA minute.
LA minute après laquelle il est convenu de délivrer une note.
Une première note,
En évaluation d’un score.
LE score qui marque à vie la qualité d’entrée dans le monde
Désormais calculé selon la plus rigoureuse norme.

Et je me souviens de cette minute absolument interminable pendant laquelle le naissant se déplisse, se déploie, se colore et enfin respire.
Une minute qui parfois semble plus longue qu’une heure à attendre sur la quai d’une gare.