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Entre hier et demain

C’est absolument constant, nous vivons entre hier et demain.
Entre l’instant d’avant et l’instant d’après nous allons, imperturbablement perchés sur le fil tendu entre nos paradoxes, entre là-bas et plus loin.

Et pourtant, le monde s’agite, se débat entre les guerres qui définissent des gagnants et des perdants, des guerres toutes aussi légitimes les unes que les autres puisqu’il est toujours question de se défendre, uniquement de se défendre, coûte que coûte.

A côté de ça, de grandes dégoulinades utopistes remplies de bisounours, de licornes, de petits coeurs virtuels ou de chatons scintillants disent que nous sommes également importants, que le monde est solidaire, que la paix est un objectif, que etc.

Je suis entre le paragraphe1 et le paragraphe 2 et je suis là aussi.

Hier, je suis restée de longues minutes au pied de grands arbres encore dénudés par l’hiver.
Les racines dans l’eau, les troncs enveloppés de mousses, il s’étirent vers le ciel et attiraient mon regard.
Une étrange cacophonie s’était emparée du lieu et en y prêtant attention, il était possible de distinguer des claquements de bec, des frôlements d’ailes, des frémissements de branches, le tout au milieu du concert des hérons huant à tue-tête.

Au début, j’étais seule dans la ville, comme égarée sur un chemin de terre trop boueux pour les promeneurs citadins.
Quelques instants plus tôt, je les avais côtoyé, la plupart, dépourvus de bouche et de nez, parlaient cependant, qui à leur compagnon de balade, qui à un invisible correspondant.
Solitaire et démasquée, j’allais mon chemin.
Je savais que c’était le « bon » moment pour aller assister au ballet des grands hérons.

L’instant d’après, j’avais décollé, incapable de sentir où se situaient mes limites corporelles, j’étais comme immobilisée, accaparée par tous mes sens, plantée dans l’essentiel.
Et puis une voix m’a fait atterrir : un homme était posé à côté et il disait : « C’est le meilleur endroit. C’est beau, hein? Ils sont en train de retaper leur nid. »

J’ai sorti mon smartphone, capté 8 secondes de vidéo, envoyé les images vers « my story » d’un réseau qu’on dit social et j’ai pris le chemin de retour.

Demain, à cette heure, il est hautement probable que je serai dans l’image qui précède ce texte, ou plutôt dans le paysage mouvant et sonore qui fut immobilisé l’année dernière, il y a plus d’un an, alors que personne au monde ne pouvait imaginer que nous serions aujourd’hui dans la monde tel qu’il nous semble aujourd’hui.
C’est assez fascinant à observer.
Passionnant.

C’est la troisième fois que je vais décoller en avion depuis la dernière fois du mois de février 2020.
Cette fois-ci, en plus d’avoir dû générer un QR Code spécifique, il a fallu aller se faire gratter la fosse nano-pharingée et attendre le résultat. Après avoir été soulagée de voir le vol maintenu, il fallait dépasser ce « test » pour commencer à penser que le décollage allait pouvoir se faire.
Pour l’instant mon carnet jaune de vaccination international ne vaut rien sinon pour la fièvre jaune, logique : jaune = jaune
Puisque nous sommes tous égaux de cette égalité d’état qui figure aux frontons des mairies de France et de Navarre, il va bien falloir que je sois solidaire avec mes compagnons de voyage et comme eux, je vais subir un nouveau grattage de la fosse nano-pharingée pour avoir le droit de revenir dans quinze jours.
C’est le prix à payer.
Ca me fait rire
Un peu jaune quand même!

Aujourd’hui, je suis entre hier et demain.
Il faut vivre avec son temps disait ma grand-mère.
Je suis maintenant grand-mère.
Et je répète : vivons avec notre temps, en paix avec nous-même, dans notre temps.

Samedi 20-02-2021
Trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience. La mode est aux Variants et à la Vaccination, il reste maintenant W, X, Y et Z.
La suite est toujours plus loin.

Vive l’aventure!

Chaque année, je prends un soin particulier en préparant des aventures à nulles autres pareilles, j’évalue les parcours, les accidents de terrain, les possibilités de trouver de l’eau, de la nourriture, de me perdre, de me blesser, bref, de prendre des risques que d’autres ne prendraient pas.

Pour cette année, j’ai pas encore trouvé.

En attendant, voilà que « le hasard » m’a offert la possibilité de vivre un « truc » simple, à la porté de tout un chacun. En y réfléchissant l’idée qui s’est agrandie fut la suivante : ce qui est important c’est l’extra-ordinaire, si pour moi il est ordinaire d’aller ramer sur l’océan seule, en pirogue polynésienne, un jour de soleil glacial, il est parfois extra-ordinaire de me conduire « normalement »!
Et cette idée a tout de suite mis du piment dans la sauce.
Donc,
Comme d’habitude, j’ai méticuleusement préparé mon aventure. J’ai méticuleusement évalué les risques et j’ai même envisagé l’imprévisible. 

La force de l’expérience faisant que j’ai survécu à pas mal de prises de risque.
– A l’ingurgitation de kilos de bonbons gélatineux dont le goût est parfois explosif, de délicieux bonbons mélangeant sans honte du sucre bien bien sucré avec de la gélatine et pire des additifs comme par exemple du 2-hydroxy-1-(4-sulfonate-1-naphtylazo)-6,8-naphtalène disulfonate trisodique.
– A la décoration de mon corps, parfois loin des « salons » ripolinés et sans jamais connaître la composition des encres qui s’incrustaient dans ma peau.
– Et tant et tant, comme, accessoirement aller acheter au comptant ma dose de N-(4-hydroxyphényl)acétamide + polyvinylpyrrolidone + sodiumcarboxyméthylamidone + amidon prégélatinisé + magnésium stéarate + talc chez le dealer officiel du coin de la rue.

Bref, je suis de nature confiante.

Alors, je suis partie à l’aventure, faire « comme tout le monde » alors que paradoxalement, dans cette histoire, j’ai simplement l’impression d’être un colibri marginal.

J’ai bravement coché les cases qu’on me demandait de cocher pour obtenir « la » dose promise. Sans en avoir une preuve vraiment scientifique, j’ai même déclaré une absence de réaction allergique à « ACL-0315 ((4hydroxybutyl) azanediyl)bis(hexane-6,1-diyl)bis(2-hexyldecanoate) » et consoeurs.

Moi qui regarde attentivement les étiquettes qui précisent l’origine biologique des carottes qui vont dans ma soupe, moi qui lit passionnément les listes de produits naturellement chimiques contenus dans les mixtures qui n’empêchent pas d’avoir la peau ridée, j’ose affirmer que j’ai été un peu légère sur ce coup là. 

Certains pourront alléguer que j’avais tellement besoin de prendre des risques, pour un peu d’adrénaline au milieu de la grisaille, que je me suis laissée aveugler. Bien sûr, j’ai une pensée pour l’ensemble des « éveillleurs de conscience » qui sur un ton aussi paternalisant que bienveillant savent si bien mettre en garde sur l’air de « Tu viendras pas te plaindre, je t’ai prévenue » !

Oui, j’ai toujours été rebelle !
Et aventurière.

Donc, profitant d’un passe-droit, aujourd’hui j’ai couru vers l’ancienne gare routière.

A l’instant où j’écris, je ne suis pas encore fluorescente et je ne ressens rien.
C’est normal.
L’aventure, ça se vit dans l’instant, une fois que c’est fait… C’est fait !

Je regrette seulement un truc, c’est de n’avoir pas pu profiter de la dérogation de sortie après le couvre-feu!
Franchement partager la ville déserte avec les livreurs de pizzas et les promeneurs de chiens, c’est aussi de l’extra-ordinaire, non?

Lundi 11 janvier 2021, trop longtemps après la sortie du grand confinement, trop longtemps après l’entrée dans un interminable carême sans horizon, trop longtemps depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème. 
Les médias soufflent le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience.
La suite est toujours plus loin.

Un homme comme les autres

La langue française ayant parfois ses insuffisances, j’aurais peut-être dû écrire « un humain comme les autres ».
De quoi est-il question?
De ce hérissement permanent qui est le mien chaque fois que je sens le venin de la guerre, la respiration mécanique et sans nuances des partisans, l’envol des jugements militants qui servent le pouvoir et non l’égalité, et non l’équité.
Voilà pour la généralité.

Moi,
Moi-je
Emoi, je me suis toujours sentie un homme comme les autres, depuis l’enfance.
Jamais je n’ai considéré mon corps genré au féminin ni comme une aide, ni comme un empêchement.
Toujours, j’ai étudié ce que j’avais à étudier, j’ai pratiqué les sports qui m’attiraient, j’ai fréquenté les personnes qui me plaisaient, sans jamais considérer ni leur genre, ni leur couleur qu’elle soit politique, de peau, d’yeux, de cheveux ou de vêtements.
Je suis une humaine comme les autres et je joue ma vie dans la cours des humains, bassement humaine, fièrement humaine.

« Nous disions de la continuation vécue, à la fois mue et freinée par l’organe-obstacle, qu’elle ressemble au cycliste : elle tient en équilibre parce qu’elle roule, et elle tombe à droite ou à gauche lorsqu’elle s’arrête. »

Puis,

« L’action tombe en avant et sa solution évoque l’image d’une chute continuellement ajournée. Dans l’aventure de l’action s’accomplit à tout moment le miracle continué : de danger en danger et d’instant en instant, la chute est sans cesse reportée, le commencement sans cesse reconduit. L’action est le rebondissement continué d’une aventure toujours initiale, d’une initiation toujours aventureuse, et nous la vivons comme un beau danger… car elle n’est autre que le mystère du recommencement »

Propos de Vladimir Jankélévitch « Quelque part dans l’inachevé » de Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Gallimard 1978, ISBN 978-2-07-029783


Quel rapport avec l’actualité puisque c’est toujours en me heurtant à un fait d’actualité que je réagis en écrivant?

Deux pour aujourd’hui.

1 – A la fin des années 70, j’ai eu la chance d’acquérir le statut de « cavalière », c’est à dire que j’étais l’équivalent féminin de « gentleman » et que je pouvais, à l’égal des jockeys professionnels mais avec un statut amateur (c’est à dire sans être rémunérée, donc pour mon seul bon plaisir), monter en course des chevaux de courses. Ma plus grande fierté était la suivante : j’avais acquis ce statut sur mes seules compétences équestres et sans la moindre concession.
C’était et c’est encore une fierté parce que toutes les autres (rares à l’époque) « cavalières » avaient un peu « forcé » la chance en usant de leurs charmes. Et, notez bien que ce n’est pas parce que j’en aurais été incapable que je leur en voulais : chacun est libre d’utiliser les compétences qui sont le siennes pour arriver à son but.
Par contre, je considère que faire un choix doit conduire à assumer ce choix.



2 – Hier, portée par un brin colérique, j’ai fabriqué un mouchoir à élastique (que certains confondent avec un mouchoir de poche, voire avec un masque chirurgical) parce qu’il parait que désormais, il sera interdit d’aller acheter de quoi manger sans être déguisée, mi-effacée à la mode des « biens-pensants ».
Et peu importe si je fréquente des lieux quasi-déserts à des heures creuses dans une ville où les miasmes ne sont pas légion. Si c’est la loi nationale, simplement parce que je suis un citoyen comme les autres, je devrai m’y soumettre, aussi stupide la loi soit-elle.
Parce que la « loi » pour tous est toujours liberticide pour chacun, parce que la « sécurité » pour tous conjuguée à trop grande échelle ne fait que spolier le sens critique et la raison individuelle.



Ainsi la va vie.
Et il suffit d’aller de l’avant pour éviter de s’arrêter,
Pour surtout ne pas tomber
D’un côté
Ou de l’autre.

Comprendre

Un des premiers bouquins récupérés chez le libraire après que la liberté nous ait été rendue *, fut un bouquin de Mickaël Launay. C’est une fois de plus la « faute » de ma station radio préférée!

Je l’ai dévoré!
Passionnément.
Je me suis revue élève de lycée,
Puis étudiante.
Et j’ai découvert un peu plus loin,
Le mode de fonctionnement qui est le mien,
Si loin de l’application des recettes,
Même réputées immanquables!

C’est que j’ai viscéralement besoin de comprendre, c’est à dire de capter, d’expérimenter à travers mes propres sens, d’intégrer dans les arcanes de mes pensées sans la moindre concession à la crédulité.
Depuis aussi loin que je peux regarder dans mes souvenirs.
Comprendre.

Et… lors de mon parcours scolaire, puis universitaire, j’ai souvent été confrontée à l’incompréhension. Dans ce qui m’était proposé, il y avait beaucoup de recettes.
J’étais capable de touiller, de ratatouiller, de recracher si besoin.
Sans aucune satisfaction.
Donc sans enthousiasme.
Sans plaisir.
D’autant moins que de plaisir il n’en était jamais question.
Je me suis vite lassée
J’ai décroché
Retenté
Raccroché les wagons
Pour passer.
J’ai capté l’importance de la rigueur,
Cultivé la réserve,
Et enregistré mes ignorances.
J’ai beaucoup appris.
De ce qui ne fut jamais inscrit dans les programmes.

J’ai obtenu un certains nombre de « certificats d’apprentissage »!

Ceci parce qu’un jour, j’ai fini par comprendre que le système impose de ne pas chercher à comprendre, il impose de se contenter d’exécuter : l’explication est simple, il serait question pour tous et chacun d’atteindre un certain confort.
C’est un objectif productiviste.

J’ai fini par comprendre un certain nombre de fonctionnements de notre société.
Alors, j’ai enfin pu commencer à apprendre, à comprendre vraiment, à ma manière, avec enthousiasme, passion, émerveillement, boulimie parfois et toujours avec gourmandise.
Et j’ai aussi compris que ça ne sert absolument à rien.
C’est seulement pour mon plaisir
Définitivement à la marge
Rebelle
Avec deux ailes.


* en raison d’un minuscule paquet d’ARN, la vie de l’ensemble du pays a été suspendue à partir du 17 mars 2020 à 12h jusqu’au 11 mai 2020 23h59.
A ce jour, 8 juillet 2020, pas un jour ne passe sans qu’il soit rappelé qu’une ombre plane sur l’humanité sous forme d’un petit amas d’ARN nommé SRAS-Cov-2…
A ce jour, c’est un truc qui reste impossible à comprendre pour moi.
Comprendre…
Avec deux ailes!

Le monde d’après

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. » (Christian Bobin, Ressusciter, Gallimard, 2003)

Il suffit d’ouvrir la radio (j’suis pas très télé!) pour entendre s’égrainer des listes de chiffres, de statistiques, de probabilités. Depuis quelques temps, avec la même tactique comptable, le sujet a viré, passant du décompte des morts au décompte de l’argent public emprunté à la pelle, voire à celui du nombre de manifestants suivant des rassemblements interdits!
De grâce, il n’en est jamais question dans ces échos là.
Pourtant grâce il y a.

Depuis que j’ai réussi a exfiltrer ma pirogue du hangar dans laquelle elle avait été confinée d’urgence, avant même que je n’aie pu lever le petit doigt pour lui éviter le pire, elle se promène entre le jardin du Cormier et la plage, tranquille, sans « désinfectation » avant de tremper dans l’eau, avec un simple dessalage en rentrant au jardin.

Depuis ce moment, mon « monde d’après », c’est 120 km AR 3 fois par semaine pour m’adonner au plaisir de n’avoir que l’horizon en point de vue.
Après moi le déluge… je suis juste humaine comme tout un chacun.

Soyez rassurés, hors ces 360 km par semaine, je n’use que les freins de mon vélo et je renforce mes petits mollets car j’ai abandonné la facilitation électrique au profit de la légèreté d’une bicyclette basique.

Et donc, je suis plus que jamais chercheuse à la poursuite d’une grâce insaisissable!

Hier par exemple, en posant mon va’a au bord de l’eau :
Dans la lumière matinale,
Je n’ai eu de cesse que de capter l’essentiel.
J’ai écouté le souffle du vent, admiré le soleil dansant à la surface de l’eau, aimé toucher la douceur sur mes épaules nues,
L’instant fut magique et merveilleux.
Juste devant des goélands pêchaient, dans un joyeux désordre, en apparence bien organisé.
J’ai pointé mon bateau dans leur direction, je l’ai posé sur le flot et tout en le poussant vers le large, j’ai posé dans l’élan mon arrière train sur le siège.
Puis…
Museau au vent, j’ai frémis de joie.
J’ai mesuré deux des plus précieux privilèges dont je dispose : un lien indéfectible avec la solitude et un goût intense pour la liberté.
L’un ne va pas sans l’autre.
Puis, en douceur j’ai posé le premier coup de pagaie.
Pas un humain à l’horizon.
Seulement le vent, le ciel et l’océan.
Je suis partie face au vent, face au jusant, frôlant les rochers à la quête d’un contre-courant porteur.
Simple bonheur.
J’ai pensé aux copains soumis aux contraintes citadines, aux limitations de libertés d’aller et venir autour des bateaux.
J’ai pensé au monde.
J’ai pensé à tout.
Puis à rien.
Et j’ai décollé!
Quelque part à l’interface entre l’eau et le ciel.
Dans un monde parallèle que je connais bien et donc j’ignore tout.
Etait ce un coup de folle sagesse proposé par la grâce?

Beaucoup, beaucoup plus loin, les remous d’une pointe m’ont ramenée à la réalité, j’étais en face du clocher de Sainte-Marie.
Il était temps de rentrer.

Poussée par le vent, portée par la jusant, caressée par le soleil montant vers son zénith, j’avançais rapidement alors que j’allais sans hâte vers le reste de la journée.
Retrouver les gens, la vie « normale », les chiffres des kilomètres sur le compteur de la voiture, la quantité de carburant restant, les prix de la nourriture au supermarché, le nombre de mails tombés en mon absence.
Des chiffres et des nombres.

En fin de journée, enfin, j’ai poussé la porte de mon hâvre, au coeur de Nantes.
Délicieusement.
Malicieusement, le numéro de la rue est le numéro qui fut celui de la rue où est né mon père et où j’allais visiter mes grands parents, c’est aussi le numéro de la maison où habitaient mes parents.
Dans une ancestrale tradition, c’est le nombre symbolique de l’alliance.


Mercredi 10 juin 2002, huit jour après la deuxième phase de remise en « liberté conditionnelle », un mois avant la fin programmée de l’état d’urgence sanitaire établi en France le 23 mars 2020, cinq mois probables sous un couperet « sécuritaire donc liberticide » conservé!

Little Bird vit sa vie (1)

Hier il était sous l’orage, trempé et heureux.

Passage imprévu.

Un énorme nuage noir était arrivé sous son propre vent,
Occultant l’azur qui régnait en maitre auparavant.
Dans les rues désertes, les rares passants se pressaient,
Tête baissée.
Le tonnerre grondait, d’énormes gouttes venaient exploser
Sur le macadam en ruisseau transformé.

Et nous étions là, au coeur de cette formidable énergie soudain libérée.

Tranquilles.
Heureux.

Dans l’instant, il me murmura qu’il était délicieux de sentir la vraie vie.

Et puis, il se rapprocha, un peu chagrin.
Il me confia qu’il est déjà fatigué de devoir subir les fenêtres artificielles, le monde qui suit sans savoir où il va, qui applaudit parce que le voisin le fait, qui accuse parce qu’il entend que c’est à la mode, et qui a peur, et qui transgresse pour survivre ou pour exister.
Il ajouta que rien n’est gratuit, rien ; que les gens ne pensent qu’à eux et encouragent ce qui peut leur être utile, que la compassion est un mot vidé de sens, que l’opportunisme est en pleine forme autant que la défiance et qu’il est triste chaque fois qu’il y pense.

Ensemble nous avons regardé le ciel.
Le nuage noir restait bien noir.
Tout autour le ciel était limpide.

Alors, très vite, l’oiseau radieux
Retourna sous la pluie qui chantait.
Et je l’ai suivi, parce que lui, j’aime le suivre.
Et nous avons dansé.

L’énergie était palpable
Véritable
Elle avait un goût d’océan.

12 avril 2020, J+26 après la réduction de vie sociale imposée, on attend une espèce de liberté conditionnelle, l’espoir fait vivre.

Le retour de Little bird

(image réalisée dans la rue sans trucage)

Et bien il était grand temps qu’il atterrisse pour m’aider à réfléchir ce Little Bird.
Il a fallu qu’il revienne se blottir dans ma poche pour que je mesure à quel point j’avais besoin de son regard afin de naviguer en paix au coeur de ce temps étrange.

Par quel mystère a t-il débarqué dans la ville?
Il était posé devant le commissariat central, je l’ai immédiatement reconnu!
J’étais en vélo, le temps que je stoppe, il s’était envolé et regardait par dessus le parapet, visiblement inquiet.

Je me suis approchée sur la pointe des pieds, redoutant de le voir plonger, sous l’effet d’un vent de surprise.
Il ne bougeait pas.
Hop, d’un geste prompt ressurgit du passé, je l’ai pris en main, caressé avec tendresse et hop, je l’ai mis dans une poche que j’ai consciencieusement refermée.

Une fois à la maison, il a vite retrouvé ses marques, c’est comme si nous ne nous étions jamais quittés!

Il m’a raconté à quel point il ne comprenait plus rien à ce monde.
Alors, cousu de silences, de mélodies et de poésies, nous avons refait notre monde juste à nous.
L’heure a tourné.
L’heure d’une nouvelle sortie « dehors » sonnait.
J’ai essayé de lui expliquer les rues terriblement vides ; les petites archi-vieilles, celles qui ont actuellement interdiction formelle de mourir, jacassant à distance l’une de l’autre ; le gars masqué qui ôte son masque pour parler avec une personne de sa diaspora ; les passants tête baissée, les affiches sur les devantures, etc.
Je suis pas certaine d’avoir pu lui permettre de comprendre la situation d’un seul coup d’oeil.
D’ailleurs, lorsque je lui ai proposé d’aller discuter avec une passante masquée, histoire de lui prouver que c’était bien une humaine qui était derrière, il accepta avec joie, persuadé que c’était une « soignante ». Ne lui avais-je pas expliqué que cet accessoire est aussi inutile, en balade, pour lui que pour moi ?
Il s’empressa de poser la question « toi, tu soignes les gens, n’est-ce pas? »
Et ben non.
Alors, logiquement il demanda « tu es malade? »
Et ben non.
« Tu as peur »
Oh…. Que oui!
Et hop, Little bird se retrouva prestement posé par terre!
Il en avait vu d’autres et il a bien gardé la tête sur les épaules.
Soucieuse, je lui ai expliqué qu’il fallait que je le « décontamine » après ce passage sur des gants improbables.
Il s’est laissé faire, tristement.

J’ai bien l’impression qu’il va falloir un bout de temps et mille questions avant qu’il ne trouve le courage de s’envoler à nouveau!
Ou pas!

Le jardin et la politique (bis)

Bis repetita placent affirme un aphorisme.

Affirmer que j’en suis certaine serait une plaisanterie, et cependant je ne me lasse jamais de répéter, parfois dans la minute, parfois dans le temps et tant pis si je lasse, je passe et re-passe, ça me dépasse!
Un billet fut publié il y a un peu moins de deux ans sur le même sujet, je m’abstiendrai donc d’une répétition à l’identique car je suis bien certaine que chaque personne visitant dans l’instant est déjà en train de cliquer sur le lien.

Nous vivons en ce moment une aventure remarquable.
Impossible de dire qu’elle nous est « tombée » dessus tant elle n’existe qu’en raison de la diffusion simplement naturelle d’un germe minuscule qui nous somme en révélant que l’essentiel est probablement à la fois plus simple et plus complexe que ce qui se dit au cinéma ou dans les bandes dessinées.
Aventurière dans l’âme, aventurière de la vie et aventurière au long cours, me voici donc soumise, comme plusieurs milliards de personnes dans le monde, à ce qu’il fut décidé de nommer « confinement » tandis que les plus précis parlent de « distanciation sociale ».
Et voilà donc qu’entre mes va-et-vient habituels, je dois respecter une obligation : rester au fond de l’impasse et me contenter de la vue sur le jardin.
Très vite j’ai réalisé qu’en fait ma vie actuelle était finalement assez semblable à ma vie habituelle.
Il faut bien dire que « ma » vie est assez particulière, assez différente depuis des lustres de la vie « normale » de la plupart de mes voisins (en fait, j’ignore presque tout de la vie réelle de mes voisins… Ne donnons nous pas à voir ce que nous souhaitons donner à voir?)
Et puis, très vite, j’ai bien noté qu’il y avait une énooooorme différence qui se fait chaque jour plus remarquable : la réaction des autres face à l’aventure.

Et donc le jardin?

Pas d’impatience, j’y viens.
Le jardin est un livre ouvert, c’est « mon » livre préféré, celui qui fait référence lorsque mes lectures paraissent trop étroites pour éclairer mes questions incessantes.

Car au jardin, la politique est à l’oeuvre.
Et parce que je règne sur « mon » jardin, je suis responsable de la politique que je mène et j’en constate les effets à cours, moyen et long terme.

Alors, il est facile pour un visiteur de s’extasier devant ce qu’il voit à l’instant où il regarde.

Alors, il est facile pour un passant de critiquer ce qui lui saute à la face lorsqu’il passe.
Et c’est particulièrement facile de trouver ce qui cloche, n’avons nous pas une forte propension à ne voir que des voitures bleues le jour où nous avons acquis une voiture bleu ? Et bien c’est pareil pour les « défauts », il suffit que les géniaux algorithmes qui gèrent les réseaux sociaux nous mettent sous le nez toujours le même son de cloche pour que nous entendions partout et à chaque instant ce son là précisément. Autrement dit, il suffit que nous soyons entièrement recouvert par une conviction ferme pour que nous en soyons imprégnés, au point de ne plus voir alentours que la même chose et son contraire!
Et oui, nous devenons très très vite des êtres extrêmement binaires « bon-pas bon ».
Et c’est le meilleur des cas, parce que je vois parfois des régressions débarquer, qui nous ramène à ces fameux « deux ans » voire à l’adolescence où plus rien n’existe que l’opposition systématique et sans nuances.

Pourtant, le jardin est un concentré de complexité.
L’équilibre y est précaire.
Qu’il pleuve
Que le soleil darde
Que le vent galope
Et immédiatement des individus souffrent
Et immédiatement des individus profitent.
Et moi, modeste jardinière sans couronne, il me faut gérer au moins pire.

Et j’entends déjà les commentaires : « Mais pourquoi as TU laissé mourir cette plante » ; « Mais pourquoi TU n’as pas arrosé quand je te l’ai dit » ; « Mais SI TU m’avais écouté, cette plante n’aurait pas envahi tout le jardin » ; « Mais SI TU …. » ; « Mais pourquoi… »; « Et maintenant TU vas faire quoi? »

Et oui, c’est la vie.
N’importe quel observateur d’un instant T sur un sujet précis peut trouver beaucoup, beaucoup de choses à critiquer dans mon jardin, il peut aussi envisager une multitude de « et si » alors qu’il est impossible de re-jouer et que je dois adapter à chaque saison, à chaque tempête et surtout ne jamais cesser d’apprendre pour avancer plus loin.
N’importe quel observateur d’un instant T peut globalement juger que ça lui plait tout en modérant sur l’air de « cette plante là, vraiment je l’aime pas ».
N’importe quel observateur, surtout si le jardin lui est totalement étranger, peut me proposer une recette simple et infaillible pour venir à bout des indésirables en un claquement de doigt.
Et oui.

Alors, comme chaque jour, du fond de mon jardin où tout se tisse au jour le jour, je contemple l’immensité qui tourne, hyper heureuse de n’avoir, en réalité, que la toute puissance d’un nanoscopique colibri… Avec deux ailes, évidemment!

Empreinte (2)


2019 s’achève.
Avec ce billet, je termine le triptyque « Empreinte – Empreintes et Traces – Empreinte ».
Alors, il sera l’heure de m’envoler à nouveau pour passer la frontière et sauter vers 2020.

L’avenir est totalement inconnu, tout à fait imprévisible.
Il est certainement tout tracé en fonction des pas qui le précédent.
Traces et passages racontent le mouvement, la danse que la vie mène.
A mes yeux, l’empreinte est moins palpable souvent, elle apporte un enseignement, un appui, un point fixe qui permet de chercher plus loin.

(Et oui, je suis allée regarder fouiller autant dans la lexicographie que dans l’étymologie avant de trop m’avancer)

Désormais, depuis le début de l’année qui s’achève et dans « l’ordre des choses » de la lignée familiale, je suis la prochaine sur la liste des départs vers l’infini.
Il en va ainsi lorsque « papa-maman » ont abandonné leur présence terrestre.
L’imprévu peut jouer des tours, l’imprévu est ce qu’il est : il faut le considérer mais il est impossible à prévoir!

De mes parents, il reste des traces et des empreintes, un héritage pourrait-on affirmer.
Avec l’héritage en argent comptant, j’ai acquis un appartement et je suis en train de le transformer en nid à ma mesure, juste et précisément à « ma mesure », à mon seul goût, à mes sens uniques, sans partage. Pas à pas, à coups de scie, de marteau et de chèques, je l’ajuste à mon être bien.

Dans le même temps, je libère l’espace de la maison (celle du fond de l’impasse) d’une multitude de traces que les enfants n’auront pas la charge d’effacer : ces accumulations d’objets qui n’ont pas d’autre sens que la consommation reposant sur le goût pour la possession inculqué de manière transgénérationnelle.
Il y aurait une petite chanson humaine qui dirait :
« J’ai donc je suis.
J’abandonne, donc je m’estompe
Je laisse donc je disparais. »

Et alors… qu’est donc l’empreinte?

J’ai hâte de vivre, de danser la suite, plus légère que jamais.
Joyeusement présente,
Absente sans malice,
Définitivement joueuse.

Des rives

Sept ans après 2012, à l’occasion du VAN, la place Royale a quitté son déguisement du Mont Gerbier des joncs et s’est laissée envahir par une armée des statues.

Dans le VAN 2019, pour imaginer la Loire, il faut aller dans la petite salle du LU où se tient une exposition de photographies.

Sans hésiter, je suis montée à la rencontre des images.

Comme souvent, habituée que je suis à ressentir les émotions grâce au « direct live » de la vie et donc en cent dimensions, les images superbes et lisses me parurent presque fades.
Une bande son enrichissait le décor avec la « réalité » de l’environnement sonore capté dans l’estuaire.
Etrangement, cette installation contribuait à produire dans mes pensées des situations bizarres lorsque le décalage entre l’image qui passait sous mes yeux et le bruit qui entrait simultanément dans mes oreilles faisait exploser ma propre expérimentation en éclats absurdes.
C’était pourtant une histoire de Loire.
J’y étais allée à la rencontre d’une inspiration, d’une respiration et de l’inconnu aussi.

Je suis ressortie en emportant le livre tout juste publié par les auteurs de l’exposition.
Des rives, Voyage dans l’estuaire de la Loire, Guy-Pierre Chomette et Franck Tombs, Editions 303, 2009, ISBN 979-10-93572-42-0

Et le bouquin m’a entrainée délicieusement.
Je suis partie dans l’histoire, sur les berges, retrouvant ce que je connais déjà et découvrant, sans surprise, toute en reconnaissance, l’immensité de ce que j’ignorais.
Je notais en particulier que mes partances se font régulièrement soit au fil du courant, soit sur la rive sud. De la rive nord je ne connais pas grand chose.

Me voilà donc partie, pour quelques temps, à la découverte de mes propres points de vue sur cette rive là.
Aujourd’hui, sous le soleil dégoulinant comme du plomb fondu, je suis allée jusqu’à Couéron.
La Loire était bruyante, le courant descendant affrontait allègrement le vent montant et une multitudes de petites crêtes d’écumes éclaboussaient le flot couleur de vase claire.
Cette Loire là est celle qui m’inspire le plus.
En chemin, il y avait, en plus, la chaleur torride de l’été.
Des souvenirs sont remontés de fort loin, de l’Atar ou des environs de Dakar, de ces jours où comme aujourd’hui la sueur dégoulinait dans mon dos aussi consciencieusement qu’elle perlait sur mon front. Sur mes lèvres, je pouvais goûter le sel accumulé comme je le fais quand je navigue dans les embruns et j’étais à la fois ici et loin, la source et l’estuaire, le fleuve et l’océan, le monde et la solitude. Quelle aventure!

Avant de rebrousser chemin, je n’ai pas tenté de résister à l’appel : il fallait que je m’approche au plus près de ce flot formidable.
Le soleil avait fait le job : en chauffant à blanc les enrochements, il avait asséché quelques parcelles et telle une funambule débutante, bras écartés afin de garder l’équilibre, je pouvais passer d’un bloc à l’autre, sans grâce et sans salir mes sandales.

Une fois au ras de l’eau, j’étais dans un spectacle son et lumières à nul autre pareil.
Un spectacle incapable de me lasser.
Souvent, je renonce aux feux d’artifices et autres « gourmandises » consommables, trop éphémères à mes yeux.
Au bord de l’eau, chaque instant qui me ravit est un instant qui me rapproche de l’inéluctable fin, c’est pareil.
C’est pareil à une différence près : j’ai l’impression d’avoir le choix et de pouvoir décider sans compter qu’il y a encore un peu de rab à déguster!