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Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Rêver

En guise de voeux, j’ai posé cette image, offerte à l’imagination des passants.

Afin d’en préciser l’environnement, j’ai ajouté celle-ci.

Et en ricochet, le rêve s’est invité.

Alors, je suis venue ici-même, dans mon antre de prose et j’ai cherché des éclats de « Rêve » au milieu des articles.
J’ai retrouvé ce billet là, comme un clin d’oeil au passage des étrennes que nous traversons à cette date précisément.
Pourtant il ne contient pas ce que j’ai, aujourd’hui , envie de proser au sujet du rêve.
Ou alors un peu, partiellement, en filigrane, pas tout à fait, peut-être mais plus loin.
Pour moi le mot « rêve » contient « inaccessible étoile » et si un certain Jacques s’en vient inévitablement à la suite de ces deux mots, si résonnent sa voix et différentes orchestrations, il n’en demeure pas moins que je différencie avec grande attention chaque parcelle du bazar provoqué par l’emballement des pensées qui débarquent.

Nous sommes passés d’une année à l’autre, en famille, dans un pays où la tradition exige que l’on fasse un voeu en avalant un grain de raisin à chaque coup de minuit : au total il y a donc 12 voeux pour douze grains avalés.
Afin de protéger le sommeil des enfants et aussi parce que nous préférons jouer dans les vagues que trainer dans la nuit, nous avons croqué dans les raisins à neuf heure du soir, chacun prenant la liberté de faire autant de voeux qu’il mangeait de grains, ou comme je le fis, se contentant de savourer le nectar sucré en observant les rêveurs rêver.

Ma petite fille, celle qui affiche ses six ans et ses dents de lait branlantes, accorda beaucoup d’importance à cette « cérémonie ».
Les mains jointes, les yeux levés vers le ciel, elle ouvrit la danse, psalmodiant avec la grâce toute enfantine de son âge associée à des talents cultivés de comédienne : « Je souhaite de tout mon coeur avoir cette année toutes les boites de « jouenmouvement » du monde ».
Visiblement, elle souhaitait de tout son coeur.
Visiblement, elle se voyait au milieu d’un monceau de boites à déballer.

Voilà ce que j’appelle un rêve.
… Un souhait absolument flou, irraisonné, sans résonance, absolument non réalisable, un brouillard cotonneux à saveur chamallow à texture manipulable dans tous les sens…
Un « rêve » se construit à partir du réel, tout comme les songes se construisent pendant le sommeil grâce aux bribes d’expériences vécues dans l’éveil, et il en dépasse instantanément les frontières.

L’humain sait inventer des utopies, il a des besoins, il a des désirs.
Et parfois il rêve.

Il m’arrive de penser que je suis un drôle d’animal.
Quand j’entends des gens énumérer leurs »rêves » les plus chers, les plus fous, les plus onéreux, je cherche quels sont les miens.
Je cherche en vain.
J’ai des besoins d’air, d’eau, de nourriture.
J’ai des désirs.
Des désirs simples, de vents, d’océans, de gourmandises, de mouvements.
Ils donnent un sens au fil de ma vie.
Ils tendent le fil, le cours de mon existence
Au point de la rendre vibrante
Juste comme j’en ai besoin
Sans risquer la chute.

Prudente je suis, peut-être parce que j’ai toujours entendu dire qu’à trop rêver on peut tomber de haut!

Prudente et pourtant pas sage!

Empreintes et Traces

Je me souviens du jour où C. m’avait invitée pour une deuxième séance photo.

Afin d’illustrer un ouvrage, j’avais sollicité son art et notre connivence : il s’agissait de poser des instants sur pellicule, puis de les transposer sur papier argentique avant de les porter chez l’imprimeur, tout un processus presque désuet qui était d’une grande importance à mon coeur.

Pour l’aventure, elle avait prévu plusieurs rouleaux de 12 poses chacun. Après la première séance, il lui restait un rouleau indemne : douze images potentielles et peut-être aucune.
Nos exigences étaient ce qu’elles étaient.
Elle avait une idée en tête et j’avais envie de la suivre.

Quand je regarde aujourd’hui ce souvenir, il me vient une grande quantité d’émotions joyeuses et intenses.
Ce fut son idée.
Elle avait tout préparé.
Elle avait pensé la mise en scène dans les moindres détails.
Il restait l’imprévu de la lumière
Et celui de l’inspiration du moment précis
Où la pellicule allait être impressionnée.
Moment intensément subtil.

J’ai laissé une trace sur le parquet tout neuf.
Une seule.
Et puis, elle l’a effacé à grande eau.
La séance était terminée.

Il reste l’empreinte de ce passage
Et les émotions qui me traversent en regardant les images
Sont les impalpables reflets de cette empreinte.

Combien de fois, lors de mes randonnées, combien de fois dans chacune de mes aventures, combien de fois me suis-je retournée afin de vérifier que je ne laissais pas de traces?
Ou alors des traces si infimes que le vent et le ciel allaient s’empresser de les effacer…

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

La Loire, émoi (2)

Pressée par la course de la vie, j’avais assez peu préparé cette randonnée.

Le matin même du départ, j’ai fourré dans mon sac l’indispensable (tente, duvet, matelas, sac à eau, j’ai pesé (afin de « bien » choisir) avec attention les vêtements « de ville » qu’il allait falloir trimballer histoire de voyager décemment à l’aller comme au retour (un collant et une chemise).
J’ai enfilé mes chaussures minimalistes, endossé la micro doudoune sans manches et j’allais fermer la maison quand j’ai réalisé que je n’avais plus une seule montre en état de fonctionnement, sinon celle très prestigieuse qui est réservée aux jours où je joue « la grande dame »!
OK, pas de montre, ça évitera une marque de bronzage, ai-je pensé en souriant.

Pour la première fois, je m’aventurais sur un parcours aléatoire sans l’avoir vraiment réfléchi. Comme d’habitude sans gps ni carte, j’étais définitivement prête pour me perdre et pour vivre très paisiblement ce qui était à vivre.
La Loire était le fil et la raison, c’était largement suffisant pour ma tranquillité d’esprit.

J’avais lu en diagonale que la boucle sur laquelle je m’invitais se marche en 15 jours, en ajoutant un jour pour saluer une copine, j’étais juste!
Comme d’habitude, j’avais oublié un détail : quand je suis seule, je me réveille pour avancer, j’avance jusqu’à l’apparition du crépuscule, je mange froid, je dors et je me réveille pour avancer plus loin. C’est là mon simple bonheur.
De fait, les étapes soigneusement pensées pour les personnes qui sont moins longtemps sur le chemin ne correspondent pas vraiment à mon avancée!

En visitant chaque donjon, en étant affable à chaque occasion, en me « perdant » de nombreuses heures grâce aux variantes du GR, j’étais au sommet de la boucle programmée dès le milieu du cinquième jour.
C’est alors, que j’ai décidé d’aller à la source.

Et c’est en avançant vers « la » source que j’ai pris en pleine face l’illusion d’une source unique, l’illusion d’un commencement tellement confortable pour notre raisonnement binaire d’occidentaux qui ne parlent qu’en termes de début/fin, blanc/noir, bien/mal.

La Loire n’a pas plus de « source » que les autres cours d’eau, elle commence à exister au moment où elle commence à être utilisée par les humains, c’est tout.

Pour une « sauvage » elle est d’ailleurs très apprivoisée, depuis très tôt et depuis très, très longtemps.

J’ai finalement fait demi-tour avant la « source » touristique, l’histoire de Loire que je découvrais était bien plus passionnante que les pancartes aguicheuses, elle m’entrainait plus loin et plus haut sur des pistes que j’avais pressenti et qu’enfin je pouvais expérimenter.

Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.

Des rives

Sept ans après 2012, à l’occasion du VAN, la place Royale a quitté son déguisement du Mont Gerbier des joncs et s’est laissée envahir par une armée des statues.

Dans le VAN 2019, pour imaginer la Loire, il faut aller dans la petite salle du LU où se tient une exposition de photographies.

Sans hésiter, je suis montée à la rencontre des images.

Comme souvent, habituée que je suis à ressentir les émotions grâce au « direct live » de la vie et donc en cent dimensions, les images superbes et lisses me parurent presque fades.
Une bande son enrichissait le décor avec la « réalité » de l’environnement sonore capté dans l’estuaire.
Etrangement, cette installation contribuait à produire dans mes pensées des situations bizarres lorsque le décalage entre l’image qui passait sous mes yeux et le bruit qui entrait simultanément dans mes oreilles faisait exploser ma propre expérimentation en éclats absurdes.
C’était pourtant une histoire de Loire.
J’y étais allée à la rencontre d’une inspiration, d’une respiration et de l’inconnu aussi.

Je suis ressortie en emportant le livre tout juste publié par les auteurs de l’exposition.
Des rives, Voyage dans l’estuaire de la Loire, Guy-Pierre Chomette et Franck Tombs, Editions 303, 2009, ISBN 979-10-93572-42-0

Et le bouquin m’a entrainée délicieusement.
Je suis partie dans l’histoire, sur les berges, retrouvant ce que je connais déjà et découvrant, sans surprise, toute en reconnaissance, l’immensité de ce que j’ignorais.
Je notais en particulier que mes partances se font régulièrement soit au fil du courant, soit sur la rive sud. De la rive nord je ne connais pas grand chose.

Me voilà donc partie, pour quelques temps, à la découverte de mes propres points de vue sur cette rive là.
Aujourd’hui, sous le soleil dégoulinant comme du plomb fondu, je suis allée jusqu’à Couéron.
La Loire était bruyante, le courant descendant affrontait allègrement le vent montant et une multitudes de petites crêtes d’écumes éclaboussaient le flot couleur de vase claire.
Cette Loire là est celle qui m’inspire le plus.
En chemin, il y avait, en plus, la chaleur torride de l’été.
Des souvenirs sont remontés de fort loin, de l’Atar ou des environs de Dakar, de ces jours où comme aujourd’hui la sueur dégoulinait dans mon dos aussi consciencieusement qu’elle perlait sur mon front. Sur mes lèvres, je pouvais goûter le sel accumulé comme je le fais quand je navigue dans les embruns et j’étais à la fois ici et loin, la source et l’estuaire, le fleuve et l’océan, le monde et la solitude. Quelle aventure!

Avant de rebrousser chemin, je n’ai pas tenté de résister à l’appel : il fallait que je m’approche au plus près de ce flot formidable.
Le soleil avait fait le job : en chauffant à blanc les enrochements, il avait asséché quelques parcelles et telle une funambule débutante, bras écartés afin de garder l’équilibre, je pouvais passer d’un bloc à l’autre, sans grâce et sans salir mes sandales.

Une fois au ras de l’eau, j’étais dans un spectacle son et lumières à nul autre pareil.
Un spectacle incapable de me lasser.
Souvent, je renonce aux feux d’artifices et autres « gourmandises » consommables, trop éphémères à mes yeux.
Au bord de l’eau, chaque instant qui me ravit est un instant qui me rapproche de l’inéluctable fin, c’est pareil.
C’est pareil à une différence près : j’ai l’impression d’avoir le choix et de pouvoir décider sans compter qu’il y a encore un peu de rab à déguster!

Tous les chemins mènent à Rome


En août 2013, il était temps d’informer la communauté française du SUP au sujet de mon idée de balade annuelle.
Pour rappel, le Stand Up Paddle (SUP) était encore balbutiant dans nos contrées et le dictionnaire de la langue française ne l’avait pas déjà catalogué sous l’étrange terme « paddle » qui est de mise aujourd’hui dans l’hexagone et seulement là. C’est un étrange reflet de la méconnaissance de la langue de Shakespeare dans la belle France. Je souris chaque fois que j’entends des gens me raconter comment ils sont tombé de « leur paddle » ou le choix de « paddle gonflable » qu’il viennent d’effectuer! C’est cocasse à mes oreilles.

Le SUP était balbutiant et la toile était moins bien garnie en divers récits qu’aujourd’hui, j’avais l’impression de débroussailler et d’être un peu à l’avant garde en partant à l’aventure debout sur ma planche.
C’est donc en ces termes que j’ai lancé l’annonce sur le forum où j’avais raconté la descente de la Loire l’année précédente :

« Il est temps de dévoiler la balade prévue
Comme l’année dernière, il ne s’agit ni d’un défi, ni d’un record à établir, simplement d’une aventure tranquille comme je les aime.
Ce sera en mer, sans bateau suiveur, sans assistance programmée à terre, sans balise, sans téléphone, sans alerte tonitruante : juste quelques lignes dans le forum, une pagaie, une planche, une bonne femme et quelques bagages… Comme d’habitude », quoi !  

Après avoir parcouru debout le grand fleuve sauvage, ce sont les côtes du berceau de notre civilisation que je vais longer sur l’air de « Tous les chemins mènent à Rome ». Actuellement, la signification retenue par le dictionnaire pour cette expression est la suivante :   » De multiples moyens sont envisageables pour parvenir à une même fin. » 
Il semble que ce soit Alain de Lille qui ait affirmé en premier : « Mille viae ducunt homines per saecula Romam qui Dominum toto quaerere corde voluut. » (« Mille routes conduisent depuis des siècles à Rome les hommes qui désirent rechercher le Maître de tout leur cœur. ») mais finalement peu importe !  

Sans chercher à plagier le titre du dernier livre de JC.Rufin, je dirais que je suis toujours à la recherche d’immortelles randonnées.  

Donc voilà le projet : partir de Marseille et rallier Rome à coups pagaies, un millier de kilomètres, une multitude de marinas, des paysages extraordinaires, des plages privées à gogo, le tumulte de la méditerranée, deux ports gigantesques à passer, des centaines de points d’interrogation et une seule démangeaison : vivement le jour du départ ! »


Le 25 Septembre 2013 – 17:17, je reprenais contact avec le forum.

« Me voila au cyber espace dans une des rues un peu glauques de Roma Termini (gare centrale de Rome), question contrastes, je suis gâtée  
Je ne prends pas le temps de lire en détail tous les messages que vous avez écrit, mais je vous remercie d’avoir suivi l’aventure.
Je me suis vraiment régalée avec des conditions de mer TRES variées et je suis super heureuse d’avoir eu la chance de vivre ça!
Marseille-Rome sur un « engin de plage », non seulement c’est vraiment possible, mais, en plus ce fut bien souvent carrément magique, comme se retrouver invitée à boire un café sur un yacht, hier en plein milieu d’un immense downwind. J’en n’avais même pas rêvé, et hop, hop,hop, c’est arrivé    
J’ai un certain nombres de photos, j’espère qu’elles rendront les instants que je souhaitais partager  
Dès ce soir 23h, le périple va se poursuivre, de rame en rame (de train, en train) avec pas moins de cinq changements pour arriver à mon point de départ, récupérer la voiture et prendre le temps de répondre a vous questions, une fois rentrée à Nantes  
A bientôt. »


Nous sommes en aout 2019 et je recopie ici ce souvenir.
Ce faisant, une foule d’images remontent dans ma mémoire, et autant d’émotions.

Avec la distance posée par le temps, je peux dire que ce cheminement fut un fantastique périple à ma rencontre. La descente de la Loire m’avait beaucoup appris, chercher à atteindre Rome fut cent fois plus riche d’enseignements tant l’imprévisible était au détour du chemin comme sur une voie royale.

Dans les pages qui suivent, je retouche à peine le récit que j’avais fait à l’époque, le laissant rempli avec les anecdotes parfois futiles qui me semblaient importantes à raconter.

Il me semble que « les petits riens » font la force d’une aventure. je vous laisse en juger!


A propos des vacances 2015 et 2016


En 2015 j’avais d’abord imaginé un trip outre atlantique dans le lointain Canada.
Comme là-bas les étendues sont immenses et la population dispersée, il fallait absolument que j’ai l’assistance de « complices » sur le terrain afin d’espérer ne serait-ce que me nourrir. J’avais lancé un appel aux personnes que je connaissais sur place.
Lucide, j’avais posé une espèce d’ultimatum dans mon planning : sans nouvelles en mars, il était vain de poursuivre le projet.
En mars, point de nouvelles.
Il fallait que je change mon fusil d’épaule.
Partie comme j’étais à solliciter une certaine assistance,
Partie comme j’étais à affronter le froid et la verdure,
Je lorgnais du côté des Alpes.
Sitôt le message envoyé en direction de la Suisse, sitôt le retour enthousiaste tombait dans ma boite mail.
Top là.
2015 serait l’année des lacs alpins, du Lac Léman et de la partie du Rhône qui le précède comme de celle qui le suit. L’arrivée se ferait à Lyon où j’avais prévu de participer en SUP (et sans bagages) à un grand rassemblement de pagaies.

La vie étant espiègle, à peine avais-je tout bien calé que je recevais un message du Québec. Une personne me proposait l’assistance de son mari pilote d’hélicoptère!
Il était trop tard.
Ce fut un grand bien pour mes principes où la simplicité et l’écologie sont au centre. Quelle mouche m’avait donc piqué de vouloir partir si loin!

A quelques heures de « chez moi », seule au milieu des montagnes, sur des lacs plus ou moins connus, j’ai ramé par étape ou par jeu et mes vacances furent parfaites.

Et 2016 s’en vint.
Il fallait que je trouve une nouvelle aventure pour remplir mes vacances d’étoiles.
J’étais désormais convaincue qu’il est inutile de chercher loin.
Le Rhône que j’avais commencé à suivre dès l’amont du Lac Léman, chuchotait à mes oreilles des berceuses d’enfance.
Lyon n’est-elle pas ma ville de naissance?
Et qui parle de Lyon parle aussi de la Saône, n’est-ce pas?
Et la Saône fait aussi partie de mes souvenirs d’enfance.
J’avais un début de fil, un début d’aventure, mais le trajet était bien trop court!
C’est à ce point de réflexion que j’ai tilté : il me restait à explorer une partie des côtes françaises de la Méditerranée et tant qu’à faire, pourquoi ne pas pousser jusqu’en Catalogne et rejoindre Barcelone ?
J’ai pris une règle et je l’ai posé sur la carte de France au niveau de Nantes. Presqu’en face, tout à l’est sur la Saône, j’ai trouvé le joli port fluvial de Chalon-sur-Saône : c’est là-bas qu’il fallait que je parte.

Et ce fut fait.

De la Saône, je suis passée au Rhône à la confluence lyonnaise, puis du grand Rhône je suis passée aussi souvent que possible sur le vieux-Rhône beaucoup plus bucolique.
Je suis arrivée au pied du célèbre Pont d’Avignon sous lequel plus personne ne danse, j’ai longé Beaucaire, puis j’ai bifurqué sur le « petit Rhône » qui se balade en Camargue jusqu’à ce que s’ouvre devant ma planche le canal du Rhône à Sète.
Là-bas, la grande Bleue attendait mon arrivée.


J’ai caboté de caps en criques et j’ai fini par arriver au coeur de Barcelone.

Ce fut une fois de plus une grande et belle aventure, remplie d’imprévus, de surprises joyeuses et de rencontres avec les fondements de ma personne.

Une fois rentrée, j’ai vraiment eu l’impression, d’avoir bouclé une nouvelle boucle de l’infinie spirale qui s’appelle la Vie.

Après trois années de trip, avec des milliers de kilomètres au compteur, ma belle planche Earth était fatiguée. Je savais qu’il était impossible de compter sur elle une année de plus.
A défaut d’investir à nouveau, il fallait désormais que j’invente une autre manière de voyager lentement.
Et pourquoi ne pas m’en aller tout simplement à pieds et sac au dos?

J’étais prête pour cette idée là!

Ces rêves qui se laissent attraper

Sans rêves, jamais ma vie n’aurait été ce qu’elle est
Je suis une infatigable rêveuse en ce sens que je cours sans cesse à la poursuite de rêves fous.

Rêver est non-suffisant, il faut de la constance, de la tranquillité, une infinie persévérance car les rêves sont comme les papillons, ils ne se laissent pas facilement attraper intacts et bien vivants.

Sur cette île de désert et d’océan dont je connais mille recoins, une chose me manquait dont je rêvais depuis plusieurs années : la possibilité d’aller sur l’eau, chaque jour, seule, à ma guise, la possibilité de m’évader à volonté … en quelque sorte.
Dix ans que j’attendais ce moment.
Dix ans.

Voilà qui est fait.

J’ai attrapé ce rêve le jour même de mon arrivée.
Je l’ai attrapé comme je fais toujours, en lui courant après.
Je regardais l’océan quand j’ai vu deux pirogues entrer dans la rade.
Deux pirogues!
Jamais je n’en avais vu autant à la fois par ici!
Elles se dirigeaient vers une plage centrale, au pied des restaurants.
Je les ai suivies du regard, j’ai hâté le pas espérant les voir de plus près, sans vraiment savoir ce que je cherchais sinon rêver je ne savais pas vraiment quoi.
Tout allait très vite et malgré mon pas empressé, lorsque je suis arrivée près de la plage, ce fut pour voir deux gars en sortir leur pirogue sur l’épaule.
Ni une ni deux, comme je le faisais gamine, comme je l’ai toujours fait, j’ai suivi mon rêve, j’ai suivi les gars dans la rue, puis dans le parking souterrain où ils s’engouffrèrent.
L’avantage quand on est gamine depuis plus longtemps que les autres, c’est que la timidité est moindre. J’ai commencé par observer, mais il n’a pas fallut plus d’une minute pour que je demande : « Ces pirogues sont-elles à louer? »
Elles ne l’étaient pas, mais il y avait une piste, un nom à taper sur le clavier sans plus de précisions.
Et hop!
Le lendemain j’avais rendez-vous au bistrot du coin.
Et hop, le soir même j’avais la clé du local et une pirogue à disposition pour quelques euros symboliques.
Et hop, le lendemain je partais vers ce que j’aime le plus, une session seule sur l’océan, dans cet entre-deux à nul autre pareil où la houle est grande et le rivage lointain, où l’eau perd ses nuances turquoise pour passer à l’outremer, où je deviens moins qu’un point à l’horizon pour qui aurait la folie de s’user les yeux à me chercher.
Seule contre le vent, seule avec lui.
Seule à fleur l’eau.
La houle est belle au milieu du channel,
Ce matin, dans les creux, les montagnes disparaissaient.

Le rêve.
Si longtemps non-attendu.
Le rêve s’est réalisé.
Ce rêve là, comme tant d’autres déjà.

Mais tout ceci serait de moindre intérêt si d’un coup, je n’avais compris un mystère qui me questionnait.
Le mystère était le suivant :
En écoutant les gens exprimer leurs souhaits, leurs rêves et leurs désirs les plus fous dans le cadre par exemple où il seraient susceptibles de gagner beaucoup d’argent « pour réaliser leurs rêves », je me suis infiniment souvent posée la question de savoir ce que je répondrais à leur place. Et chaque fois, j’ai fait chou blanc.
Rien.
Pas une seule idée de « rêve à réaliser »!
Moi qui passe mon temps à rêver plus loin!

C’est que rêver est une épreuve d’endurance,
Une aventure qui ne se vend ni ne s’achète.
Rêver, c’est courir après les papillons,
Patiemment, tranquillement, avec beaucoup d’assiduité,
Et quand parfois l’un d’eux vient se poser,
Juste là, à portée de main,
C’est retenir son souffle et avancer et oser
Sans y croire, sans douter
Et l’attraper tout entier, bien vivant
Le rêve.