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On est où, là?

On est où, là?
Dans quel temps?
Dans quel monde?
Est-ce la guerre?
La tempête?
La folie?

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, les bras m’en tombent!
Je pensais avoir la tête sur les épaules, savoir regarder haut et loin, être responsable, un peu érudite, pas totalement stupide et voilà que j’en doute.
Si nous sommes en guerre, alors nous sommes dans le brouillard de guerre.
Si nous sommes en pleine tempête, si les instruments habituels sont cassés, alors, il faut naviguer à vue, sortir les antennes, s’accrocher et se laisser aller à l’espoir de toucher à nouveau terre un jour.
Et si nous sommes devenus fous, alors,
Tout peut arriver.
Tout.

Donc rien.

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, j’en perds la tête!
Tout le monde a un avis sur tout.
Les vrais penseurs ne savent rien.
Les opportunistes montent sur la scène.
Le monde tremble et se réconforte
A coup de chocolat, de pâtisseries maison et de footing transgressif
A coup de consommation, de jetable et de téléphone portable!

J’ai besoin de silence,
De poésie, de beauté
Dans ce passage dense
Dépourvu d’identité

8 avril 2020 J+22 du début d’un étrange film réalisé à l’aveugle, sans scenario et à la chute inconnue… Film cependant internationalement diffusé sous forme de série à suspens.

Questions

L’instant d’avant je me disais que je n’avais rien à dire, donc rien à écrire ( aparté : en fait j’ai mille choses à écrire mais j’attends de pouvoir entrer dans mon antre pour le faire…) et l’instant d’ensuite vint une question et l’instant de maintenant je suis devant le clavier.
La vie est espiègle, imprévue et à saisir comme elle se présente, c’est une de ses réalités.

En ce moment les questions affluent.
Celles des enfants dont les parents n’avaient pas toujours mesuré l’abondance.
Celles des adultes dont je viens, juste à l’instant passé, de mesurer à quel point ce sont souvent des question d’enfant.

Donc, pour des raisons d’étiquettes diverses et variées qui me sont attribuées un peu par hasard, il est fréquent que je sois questionnée, particulièrement par les temps qui courent.
Et, comme je demeure une gamine, il n’est pas rare que mes réponses soient des questions.

Pourtant j’ai quelques certitudes.
Par exemple, je suis convaincue que les enfants sont des enfants.
Pas des adultes.
Par exemple, j’ai l’intime conviction que les enfants qui réitèrent une question à longueur de temps sont en attente de quelque chose que les adultes, perchés dans leurs préoccupations d’adulte, ne réussissent pas à combler, fusse à coup de « google mon ami » ou de « eureka.com ».
Je suis certaine que les enfants méritent des questions en reflet de leurs questions.
Les « réponses » sont trop souvent de terribles prisons.
C’est mon avis d’exploratrice au long cours.
Avec beaucoup d’humilité, notez le : NP5 sur l’échelle d’évaluation des publications sérieuses ou grade C c’est selon, autrement dit niveau de preuve faible à très faible, intime conviction pas plus.

Hier encore j’ai été assaillie de questions par tous les moyens envisageables.
Quand le propos est du genre « tu penses quoi de ça » et que le « ça » contient à ma vue pas moins d’une dizaine de questions sans compter les sous questions (oui, oui, je lis toujours « tout »), je balance mon humeur de l’instant en trois mots et je propose un RV téléphonique pour décortiquer le sujet en direct live.
Pour, in fine, tenter de questionner « la » question sous-jacente.

Et là, alors que j’en étais à l’instant d’avant, vint l’instant d’ensuite avec LA question qui me projeta devant le clavier que je tapote en cet instant :

« Comment se fait-il que la majorité des personnes à qui je propose une discussion ne donnent jamais suite ? »

Et dans la merveilleuse lumière de ce matin comme les autres, comme une illumination, une nouvelle question est venue se poser sur mon épaule pour murmurer à mon oreille :

« Serait-il possible d’imaginer que ces personnes qui me sollicitent en écrivant « que penses-tu de ça » n’attendent que quelques mots du genre « je suis tout à fait d’accord »? »
Une réponse quoi!
Un peu à l’image des enfants qui ont besoin d’être confortés par l’avis des adultes.
Et dans ce cas, je ne suis rien d’autre que l’étiquette que ces personnes m’ont attribué, une étiquette qui aurait été collée par hasard, comme une éclaboussure de reflet.

Un reflet de quoi?

D’un besoin vital de se fondre dans un moule?
D’un besoin vital d’assurance?
D’un besoin vital qui inciterait à choisir un camp?
Est-ce… ?
Etc


Quand l’imagination fout le camp, s’installent les croyances

Mercredi dernier, comme le précédent, A (6ans) et J (bientôt 4 ans) ont fait une entrée tonitruante dans le salon.
Ils n’avaient pas fini de se déchausser que déjà ils exigeaient avec véhémence : « Mamoune, on joue à inventer des trucs avec tes legos? »

Et bien évidemment j’étais d’accord.

Pour l’instant leurs constructions sont simples mais déjà ils savent parfaitement mettre les briques et personnages à la disposition de leur imagination.
Après quelques tâtonnements, après quelques échecs fracassants donnant lieu à de bruyantes expressions de désespérance, A. avait su créer des assemblages à sa mesure et les promenaient dans toute la maison, du haut des meubles au bas du parquet en racontant une histoire dont elle seule avait la trame.
J., lui, me tendait les pièces techniques qu’il trouvait en fouillant parmi les milliers de pièces en vrac (oui, quatre enfants gâtés, ça fait des milliers de pièces et une maman cool, ça fait des pièces tout de suite et définitivement en vrac).
Pour atteindre son premier objectif, il fallait que je l’aide à construire un truc tout à fait improbable où tout était mobile dans tous les sens. Une fois réalisé la dépendance et testé le résultat, il changea de film et seul, il installa un face à face entre des gnous (les petits chevaux) et un groupe de chevaliers (les bonhommes divers et variés) : dans son scenario les gnous sont paisiblement en train de paitre (sic) et puis d’un coup, ils foncent sur les chevaliers et les font voler. La partie se joua une fois, deux, fois, cinq fois avant de le lasser.

Pourquoi cette anecdote ?
Parce que je trouve indispensable cette « éducation » à l’imagination dans notre société où tout est formidablement programmé, tout, jusqu’à l’assemblage des « lego » actuellement vendus.
Peut-être aussi parce que je constate, à travers mon expérience actuelle de relookage d’un appartement, que je suis une « cliente » étrange dans la mesure où je me moque des dessins en 3D, dans la mesure où j’invente au fur et à mesure, dans la mesure où refusant les recettes trop faciles, j’en exige d’autre, mettant la main à la pâte facilement quand il s’agit de trouver une solution « pas toute faite ». Et si j’ai conscience de cette « étrangeté », c’est bien parce que le reflet m’en est renvoyé, n’est-ce pas?

Evolution.

Je n’avais pas de jouets « en plastique » dans mon enfance, mais une copine d’école m’invitait parfois et j’étais ravie de jouer avec les simples briques rouge et blanche. je construisais principalement des maisons solides et les quelques briques translucides faisaient office de fenêtre.
Au fil du temps, de « vraies » fenêtres sont apparues, puis même des volets et des portes qui s’ouvraient et se fermaient.
La génération de mes gars a « profité » de l’apparition des pièces électrisées, puis technicisées.
Les petits d’aujourd’hui ont accès aux version legoïsées des châteaux les plus complexes, entre rose bonbon et vert camouflage, au point que chaque pièce est difficilement utilisable dans une construction non planifiée par le magistral inventeur du jouet à consommer sans modération.

Cette histoire d’évolution « naturelle » est à méditer à l’aune de toutes les histoires d’épidémie quelle qu’elles soient.
Trop de sécurité, trop de précision, trop de « c’est comme ça et pas autrement » contribue à tuer l’imagination.
Et l’imagination, capacité enfantine indispensable s’il en est, l’imagination se tarit.
Et sans imagination, il est bien souvent difficile de s’adapter.

Je croise avec tristesse une foule d’enfants vieux avant d’avoir eu le temps de grandir, appliqués à reproduire l’exemple qu’ils ont sous les yeux, effrayés par la mort, terrifiés à l’idée du manque, incapables d’envisager une solution palpable née de leur propre fait.
Et une fois plus grand, ces sans-enfance, trop fréquemment sans la moindre expérience imaginative, ne savent que suivre, exiger, désespérer.

Les enfants d’aujourd’hui sont ainsi éduqués : il FAUT « tout » leur expliquer « en vrai » et en même temps, il est « normal » de leur faire croire à l’existence du père-noël.
J’en frémis.
Car les explications « en vrai » sont toujours délivrées une fois passées au filtres d’une compréhension approximative quand elles ne sont pas mâtinée d’illusions.
J’en frémis.
Car les croyances se multiplient et se colportent à très grande vitesse, dans tous les domaines.
J’en frémis.

Le « père » de Rahan s’en est allé hier.
Combien de personnes de ma génération ont une jour porté la « collier de Crao » trouvé dans Pif gadget, devenant instantanément l’homme préhistorique aux cheveux de feu, essayant de « voler » d’une branche à l’autre du cerisier, tentant d’allumer du feu sans allumettes, combattant le chat du voisin comme s’il s’agissait d’un fauve monstrueux, et rentrant finalement à l’heure du goûter, souvent piteux, boueux, mais toujours heureux d’avoir sauvé le monde et sans se tourmenter outre mesure de la présence cinglante du «  »martinet » qui allait peut-être sanctionner « les bétises » réalisées au cours des diverses expérimentations ?

Le temps coule, tout bouge, tout évolue.
Aujourd’hui est aujourd’hui puisque nous l’avons ainsi construit. Ensemble.

Il reste que je suis encore et toujours à la marge, heureuse d’entrainer mes petits enfants dans les expérimentations du réel les plus improbables, semant des graines avec eux, espérant qu’en voyant un jour deux graines semées faire germer deux plantes différentes, ils soient assez « adaptable » pour réfléchir et questionner ce qu’ils ont mal appris auprès de personnes bien-intentionnées. Car, oui, dans le système de reproduction sexué, pour les plantes comme pour les animaux, c’est une demi-graine qui s’allie avec une demi-graine pour donner vie à un nouvel individu!

Sur mesure

Ma fascination pour le vivant se cultive sur le lit de la complexité, avec ma manière de toujours regarder au large et précisément à la fois, arrosé par une manie venant je ne sais d’où qui consiste à toujours tout détricoter pour mieux avancer.
A noter qu’en utilisant le verbe « détricoter », j’évite joyeusement la notion « philosophico-littéraire » de déconstruction en me contentant de tirer humblement sur les fils du tricot!

Dans le même timing, les travaux avancent (au point que je commence à voir l’horizon de l’emménagement dans un nouvel environnement) et je suis sollicitée pour participer à une assemblée restreinte où il sera question de conjuguer les mots « méthodologie », « consensus » et « formalisé » (au point que je plonge encore et encore le nez dans la toile sans fond)
Inévitablement, ma réflexion va bon train, factuellement écartelée, m’entrainant comme d’habitude à danser en équilibre entre mes idées et celles des autres, entre ma réalité perçue à travers mes sens et le bon sens tant vanté par les autres.

Autant dire que, et peut-être est-ce seulement l’approche du changement de la saison qui fait monter la sève et chanter les oiseaux, autant dire que je suis en ce moment proche du sommet de la courbe d’énergie consentie à la hauteur de mes nombreux printemps.

Tout est lié.
« Tout » est un tissage, c’est à dire une multitude de fils entrecroisés selon différentes techniques parfois extrêmement rigoureuses d’autre fois plus fantaisistes.

Dans quelques semaines, probablement plus d’un mois, je pourrai entrer « chez moi ».

Comme d’habitude, je resterai intarissable au sujet des « petits riens », de ces passages de lumière créés de toute pièce, des kilos de gravats évacués, des éclats de verre soigneusement incrusté dans la chaux, de ce bleu si profond qui me parle autant de l’océan, de la petite gentiane des montagnes que de la vulgaire centaurée, mauvaise herbe bien connue par les céréaliers portés sur la blondeur intégrale, mauvaise herbe que je protège dans mon jardin.

Bientôt, je vais entrer dans cet espace sur mesure, à ma mesure, dans cet espace particulier que j’ai rendu bavard à force de dialoguer en sa compagnie, bavard à force de le confronter aux ouvriers (j’ai pas noté le passage d’ouvrières!), bavard à force de scruter son passé à l’aune du mien.

L’autre jour, tandis que je passais pour « le suivi », découvrant la couleur en place, j’ai été submergée par une immense dégoulinade d’émotions. Sitôt rentrée, j’ai interrogé la toile, cherchant à mettre de la raison dans l’improbable, essayant en vain de trouver un lien entre une longueur d’onde (celle de la couleur bleue choisie) et une autre (celle d’une note de musique qui tintait sans présence réelle).
J’ai dû me rendre à l’évidence, il n’y a scientifiquement aucun lien, en avais-je jamais douté?
C’est que l’émotion n’est rien de plus qu’une dégoulinade hormonale sur mesure.
Une production cérébrale à la mesure de l’activité cérébrale de chaque personne.
L’illusion fait son job et produit encore plus d’illusions.

En fouillant le web dans le but de constituer une liste d’arguments à transporter prochainement vers la capitale, j’ai crocheté ensemble ce qui se joue ces jours-ci.
Un mouvement.
Des passages.
Une formidable toute puissance.
Une terrible impuissance.

Et alors, j’ai clairement entrevu le frisson, celui qui monte lorsque je suis face à moi-même.
Au milieu du désert, loin sur l’océan, au coeur de l’effort, dans le noir absolu (celui d’une grotte par exemple) ou soumise à l’aveuglement d’un éblouissement, je me suis si souvent trouvée confrontée à ce face à face que je finis par le connaitre un peu.
Et il est notable que ce qui est connu n’effraie point.
Et ce qui n’effraie point s’apprivoise.
Tranquillement.

C’est le temps passé à créer des liens qui donne du sens, n’est-ce pas ?
(Et, là, je suis en train de plagier un célèbre Renard! Arffffff )




Point fixe et points de suspension

Il y a un bon bout de temps que je n’ai rien raconté au sujet des postures.
Dans la semaine, par deux fois, j’ai ressenti l’envie pressante de m’installer pour seulement « être là ».

Ce fut en premier dans le centre d’un cercle qui m’attira irrésistiblement.
Je l’ai repéré de loin.
Le cercle était parfaitement dessiné, absolument circulaire, comme s’il avait été tracé avec un immense compas.
Dans un environnement très minéral, absolument désert, j’étais comme une gamine à qui une gourmandise est proposée, incapable de refuser. En approchant, il s’avéra que les cercles concentriques si parfaits correspondaient aux marques laissées par les temps d’évaporation d’une mare.

Sans avoir besoin de tester, je savais que le centre allait être mou, de consistance vaseuse et que j’allais sortir de la posture marquée par la vase. Loin de me rebuter, l’exercice me paraissait plein d’enseignements.
J’ai pris soin de choisir une pierre pour marquer le centre exact et y placer mon postérieur.

Puis, nus pieds, contournant le cercle avec attention afin de ne pas le maculer, je me suis dirigée vers le centre, traçant de fait une ligne. Là, mes pieds disparaissaient dans la vase. J’ai posé la pierre qui s’enfonça pour ne laisser visible que le sommet plat d’une de ses faces, juste ce qu’il me fallait pour « entrer » la posture choisie.
Je suis restée un bon moment, posant des points de suspension dans ma respiration afin de « flotter » au mieux sur la terre meuble. J’entendais dans chacune de mes cellules résonner l’écho de chacune des bulles d’air qui sortaient de la terre.
Je ne saurais dire après quelle durée je suis sortie par la ligne droite pré-tracée, reposant chaque pied dans chaque trace, presque honteuse d’avoir « souillé » un dessin si impeccable.

Hier était un autre jour.
Après plus de deux heures passés sur l’eau, seule entre calme plat et vagues assourdissantes, nous sommes partis à deux vers une plage de l’ouest.
La lumière était sublime.
La houle, pourtant « petite » en apparence, s’abattait sur les rochers avec une force inouïe, me laissant mieux comprendre le fort courant que j’avais dû patiemment « remonter » le matin en tournant la pointe du Phare à Lobos, et toute la concentration que j’avais eu besoin de déployer sur chacun des points fixes que la pagaie agrippait à chaque « coup de rame ».

Une fois encore, je fus irrésistiblement attirée.
Par « un sommet » cette fois.
Et au sommet, il me plait de planter une posture verticale.

Les paquets de mer arrivaient au rythme des séries, leur explosion faisait vibrer le roc et vaporisait les embruns dans le vent.
C’était à la fois fantastique et fascinant.
Comme d’habitude, j’ai choisi avec attention l’endroit ou poser un pied de manière « presque » confortable si tant est qu’une surface non plane puisse être tout à fait confortable.
Et pas comme d’habitude, j’ai raté mon projet à plusieurs reprises.
L’esprit accaparé par le spectacle son et lumière, j’en oubliai la notion de point fixe indispensable!

C’est seulement après avoir tenté deux trois fois de changer la place de mon pied, après avoir tenté deux trois fois de changer de jambe que d’un coup j’ai réussi, avec une facilité déconcertante.
A l’instant même je réalisai que j’avais accroché mon regard sur une arrête rocheuse, juste devant moi. De fait je tenais debout, grâce à ce lien virtuel.
Juste avant, c’était impossible car le vent et l’océan me trimbalaient ostensiblement.

En bas, le photographe visait les cascades et il est amusant de constater sur sa succession d’images qu’il ne me voyait pas.
En haut, pendant deux fois cinq longues minutes, je fus le roc, le vent et l’eau.
Juste magique…

Un intense besoin de consommation

Il faut bien l’avouer, je fais partie de la génération qui est allègrement passée d’une société chiche, économe et sans crédit à la société actuelle où consommer est une addiction et vivre à crédit un travers commun.
Je fais partie de cette génération qui a vécu le changement petit à petit, sans vraiment le conscientiser, un peu comme la grenouille s’adapte au refroidissement (ou au réchauffement) de l’eau sans le prendre en compte jusqu’au jour où elle se retrouve congelée ou brulée vive.

J’ai connu le débarquement de la bouteille d’eau potable en plastique, une eau meilleure que celle du robinet, la publicité affirmait qu’en ingurgitant une bouteille de 1500ml par jour, la taille fine était assurée : buvez-éliminer qu’elle disait! Les incitations à consommer de l’époque n’y allaient pas par quatre chemins, les banquiers disaient « votre argent m’intéresse » et les vendeurs d’eau en bouteille disaient « buvez-pissez » car évidemment plus une personne s’abreuve sans besoin, plus elle va aux toilettes et en passant… plus elle tire la chasse… dilapidant du même coup son argent et la précieuse eau potable qui sert à nettoyer les toilettes!
Quelle vie merveilleuse!
Sans le savoir nous étions tous devenus des nababs en puissance, balançant par les fenêtres l’argent qui semblait fait « pour ça » quand il n’était pas fait pour permettre aux banquiers de croitre.
Et ça continue, encore et encore!

Je fais partie de cette génération.
D’autres personne sont nées après, directement dans la consommation galopante.
Pour autant, faire partie d’une génération ne signifie pas s’y fondre. A la différence d’une grenouille à cervelle de batracien, j’ai reçu le don formidable de la pensée et sensibles aux injonctions parentales, je n’ai jamais « balancé l’argent par la fenêtre », j’ai beaucoup jardiné, beaucoup bricolé, beaucoup récupéré et je continu, sans crédit, car si je n’ai pas les moyens, c’est que c’est au dessus de mes moyens!
Basique.
Impossible d’être qui je ne suis pas.
Les nababs ne m’ont jamais fait rêver, pas plus que les princes et les richissimes qui me paraissent parfois si pauvres.
Peut-être que la jalousie a oublié de s’encrer dans mes gènes?
je ne sais pas.

Tout ce verbiage pour en arriver à l’humeur du matin.

Il n’est pas une journée sans voir apparaitre une vidéo, un article ou un commentaire au sujet de la dangerosité d’un produit ou d’un autre.
Pas un jour sans que soit montrée du doigt notre culpabilité d’occidentaux cupides et pollueurs.
Pas un jour sans qu’un produit « nouveau » et forcément merveilleux ne vienne remplacer un objet « ancien » et obligatoirement toxique. « Ancien » signifiant généralement « vieux de trois jours, trois mois ou trois ans »!

Vivre est aujourd’hui plus que jamais une situation à haut risque.
A haut risque!
Quel risque?
Mourir?
Devenir malade?
Vieillir?
En tout cas « ça » fait peur!

Je peux comprendre.
Je peux même comprendre que les plus faibles exigent la confection de lois protectrices.

Ce que je peux pas comprendre c’est comment des revendiquants et autres militants peuvent impunément brûler publiquement des tonnes de pneus (mais qui donc leur offre ?) et autres trucs toxiques (mobilier urbain, poubelles, palettes traitées, etc) sans choquer personne, ces mêmes personnes qui sont affolées à l’idée de recevoir un coronavirus dans un paquet apportant de Chine un « truc » aussi inutile qu’indispensable.

Penser est à double tranchant, redoutable.
Obéir est confortable, admirable.
Suivre me parait détestable.
Devancer est par expérience tentable
Mais est-ce recommandable ?

Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

La Loire, émoi (2)

Pressée par la course de la vie, j’avais assez peu préparé cette randonnée.

Le matin même du départ, j’ai fourré dans mon sac l’indispensable (tente, duvet, matelas, sac à eau, j’ai pesé (afin de « bien » choisir) avec attention les vêtements « de ville » qu’il allait falloir trimballer histoire de voyager décemment à l’aller comme au retour (un collant et une chemise).
J’ai enfilé mes chaussures minimalistes, endossé la micro doudoune sans manches et j’allais fermer la maison quand j’ai réalisé que je n’avais plus une seule montre en état de fonctionnement, sinon celle très prestigieuse qui est réservée aux jours où je joue « la grande dame »!
OK, pas de montre, ça évitera une marque de bronzage, ai-je pensé en souriant.

Pour la première fois, je m’aventurais sur un parcours aléatoire sans l’avoir vraiment réfléchi. Comme d’habitude sans gps ni carte, j’étais définitivement prête pour me perdre et pour vivre très paisiblement ce qui était à vivre.
La Loire était le fil et la raison, c’était largement suffisant pour ma tranquillité d’esprit.

J’avais lu en diagonale que la boucle sur laquelle je m’invitais se marche en 15 jours, en ajoutant un jour pour saluer une copine, j’étais juste!
Comme d’habitude, j’avais oublié un détail : quand je suis seule, je me réveille pour avancer, j’avance jusqu’à l’apparition du crépuscule, je mange froid, je dors et je me réveille pour avancer plus loin. C’est là mon simple bonheur.
De fait, les étapes soigneusement pensées pour les personnes qui sont moins longtemps sur le chemin ne correspondent pas vraiment à mon avancée!

En visitant chaque donjon, en étant affable à chaque occasion, en me « perdant » de nombreuses heures grâce aux variantes du GR, j’étais au sommet de la boucle programmée dès le milieu du cinquième jour.
C’est alors, que j’ai décidé d’aller à la source.

Et c’est en avançant vers « la » source que j’ai pris en pleine face l’illusion d’une source unique, l’illusion d’un commencement tellement confortable pour notre raisonnement binaire d’occidentaux qui ne parlent qu’en termes de début/fin, blanc/noir, bien/mal.

La Loire n’a pas plus de « source » que les autres cours d’eau, elle commence à exister au moment où elle commence à être utilisée par les humains, c’est tout.

Pour une « sauvage » elle est d’ailleurs très apprivoisée, depuis très tôt et depuis très, très longtemps.

J’ai finalement fait demi-tour avant la « source » touristique, l’histoire de Loire que je découvrais était bien plus passionnante que les pancartes aguicheuses, elle m’entrainait plus loin et plus haut sur des pistes que j’avais pressenti et qu’enfin je pouvais expérimenter.

La Loire, émoi (1)

23 septembre 2019

Quand je regarde les images j’entends encore la Loire d’en haut qui fredonne et le frémissement de la végétation sur son passage, le vol des papillons, la danse des oiseaux.
Je respire encore l’air limpide, la couleur de la mousse et les éclats de granit.
Mes doigts se souviennent de la densité du basalte, du mouvement de l’eau, de l’accroche des ronces et du jus des baies.

La Loire de Nantes, troublée par son alliance avec l’océan, à quelques encablures de s’y fondre, déroule son flot chocolat qui se ride où se lisse au fil de son dialogue avec les marées et les vents.

La haut, il y avait de l’enfance, de l’insouciance, de l’espièglerie, des exclamations et des silences quand ici ne subsiste qu’une apparence calme et rangée de fleuve citadin moderne, sous contrôle et totalement géré.

Pourtant de même qu’une petite fille insoumise se complait encore dans mon corps assagi par le temps, La Loire qui passe à Nantes est riche de tout ce qu’elle a rencontré depuis là-haut et n’existe dans toutes ses dimensions qu’à travers son voyage singulier.

A la différence des humains qu’il n’a eu de cesse de relier, le grand fleuve a dessiné une profonde empreinte dans le paysage, de ce genre d’empreinte qui ne s’efface pas si vite que celle du passage d’une personne.
Il n’en est pas fier, ni faussement humble, ni abusivement prétentieux.
Là est toute la différence entre un fleuve et un humain.
La puissance de l’un met en exergue la fragilité de l’autre,
Et pas l’inverse!



Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.