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Transmission

Transmettre : faire passer d’une personne à l’autre

Et nous voilà bien avancés quand il s’agit de pondre un petit billet au sujet de « la transmission », donc au sujet de l’action de transmettre.
Transmettre ?
Quoi?

Plus important que le verbe est le « quoi » !
Car, rien dans la lexicographie ne donne une quelconque piste à ce sujet.
En descendant au rayon mécanique, il est possible de découvrir que la transmission est l’opération par laquelle un mouvement est transmis d’un élément à l’autre.
Dans le rayon physique, il s’agit de la propagation d’un phénomène…physique…

J’avais besoin d’aller regarder le dictionnaire pour circonscrire le sujet et me voilà guère plus avancée.
J’entends déjà les commentaires.

J’entends déjà les commentaires,
il suffirait de presque rien
Peut-être dix années de moins
(…)
Mais pourquoi faire du cinéma,
Fillette allons regarde-moi,
Et vois les rides qui nous séparent.
A quoi bon jouer la comédie

Amusant cette chanson qui fait surface… La petite musique danse dans ma tête…
Mais là n’est pas le sujet.
Quoique, il s’agit, dans bien dans ce texte de « transmettre » quelque chose!
Non?

Donc.
L’idée de ce billet a germé, faisant suite à une question trouvée dans ma boite mail : « la transmission au long cours… C’est aussi une de mes préoccupations du moment. Sans être nostalgique, comment donner des racines, ancrer nos jeunes dans les expériences passées? »
une question ravivée par la grâce de quelques mots sur FB.

Je pense sincèrement que seuls les plus-vieux-moins -jeunes pensent à cette histoire de transmission.
Car dans le « quoi » que jamais ils ne précisent, il y a une question métaphysique « Que restera t-il de moi-je, demain, très bientôt, quand je serai plus là? »
Les enfants, les ados, dans leur toute puissance vivante n’explorent pas ces questions avec autant d’angoisse que les plus-vieux-moins-jeunes. Ils se nourrissent d’exemples et d’expériences vécue à leur manière avec ce dont ils peuvent disposer, en famille, entre « potes » et dans le monde.
Parmi les graines mises à leur portée, certaines poussent ou pousseront, d’autres non. Comme dans la nature, certaines graines ont besoin du passage du feu pour germer, d’autres ont seulement besoin d’eau et certaines ont besoin de beaucoup d’attention.
L’attention, pour pouvoir la prodiguer, il faut du temps et le temps est denrée rare par le temps qui court.

Grand-mère, je ne me préoccupe jamais une seule seconde de « quoi »  je transmets à mes petits enfants.
Je sais ce que j’ai gardé de mes parents, de mes grands-parents, c’est ce dont j’ai eu besoin pour arriver là.  Ils étaient tranquillement eux-mêmes comme ceux de leur génération, ils ne vivaient pas à crédit, ils n’étaient pas envieux des riches, ils ne se plaignaient pas le samedi midi après 45 heures de boulot et si je les entendais parfois fatigués, c’était parce que le printemps était arrivé et qu’ils venaient de retourner à la bêche le jardin qui allait en partie nous nourrir.
J’ignore complètement ce que les enfants garderont de moi.
Alors, pourquoi me poserai-je la question de ce que garderons mes petits enfants ?
Peut-être le nom des fleurs?
Le sens des vagues?
Un brin de folie?
La couleur de mon laptop?
Le goût d’une herbe sauvage ?
La traversée de la ville en tram ?
Quelle importance ?

Il me parait tellement vain de chercher un « quoi » alors même que j’ignore tout de demain, donc des besoins qui seront les leurs.

Chercher la source

Hier matin.
Sur la page d’un « ami » FB,
Le titre était ronflant et il faisait écho à mes convictions.
En plus, il était en anglais, c’est dire s’il paraissait sérieux à mes yeux de gauloise.
J’ai donc remonté le fil.
L’article était à minima en lien avec le titre, c’était moins pire que parfois.
En le parcourant en diagonale mais attentivement, j’en tirais un nom mais pas de sources plus précises.
La publicité était bien là et comme d’habitude d’autres titres conduisaient vers des billets d’une teneur tout aussi douteuse, la couleur tonitruante des images attirant la curiosité comme la lumière attire les papillons.
Il m’a fallu environ 30′ pour trouver la « new research » qui « claimait » dans le titre.
30′ c’est hyper long.
Généralement je trouve en deux secondes.
C’est que la recherche « nouvelle » datait de 2011… C’est drôle.
Comme d’habitude, c’est une recherche un peu bidon qui avançe des statistiques très générales à partir de l’étude d’un échantillon de… 16 personnes… Le monde entier, quoi!

L’article partagé par l’ami FB n’est pas daté, mais tiré d’une « open source », un article à peine meilleur daté de deux mois en arrière, lequel fait toujours allusion à la même « new research » datant de 2011
Bref. N’ayant pas de temps à perdre, j’ai stoppé là une curiosité qui relevait du futile.
Sans aucune illusion.
Il y aura encore maintes duplications interprétatives de cette « source » lointaine que personnes n’est jamais allé regarder plus loin que « l’abstract ».
Et toutes mettront « à la une » une belle image et un titre ronflant pour vendre du temps de cerveau disponible aux publicitaires!
Et les personnes friandes de ce qui a trait à leur microcosme se précipiteront pour partager, affichant, en fait, seulement et rien de plus que leur conviction (le titre du billet) sans autre preuve tangible que leur croyance, tout en étant fière de « voir » leur croyance validée sur la toile!

Pourquoi parler de « ça ».
Parce que : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/13/ca-doit-se-savoir-alter-sante-libre-info-un-seul-homme-derriere-un-reseau-de-desinformation_5382951_4355770.html
et aussi :

Pour Info – Un homme aux multi-sites Fake News

En fait, je n’ai jamais été capable de me contenter de « croire ».

Derrière les titres, il y a généralement un site qui raconte parfois, une histoire même pas en rapport avec le titre et, qui toujours balance une tonne de publicité. Je reste sans voix à chaque fois et encore plus quand la personne qui m’y a conduit « en partageant » est une personne que j’apprécie.
Ca me rend triste.

Est-il possible d’apprendre aux enfants et aux ados à chercher les sources quand, parent, on est  (ou parait être ?) crédule ?
Est-il possible d’apprendre aux enfants à ne partager que ce dont-ils sont certains, que ce qu’ils ont eux-même créé plutôt que ce qui ne leur appartient pas et ce qu’ils ne maitrisent pas?
Je ne sais pas.
Certains enfant naissent-ils avec un goût pour la recherche, l’exploration et l’aventure autonome plus fort que d’autres ?
Je ne sais pas.

 

D comme Dard ou D comme Douleur

J’ai croisé ce matin un petit billet qui m’a rappelé un souvenir extra-ordinaire.
Il y a bien longtemps, j’avais fait partie d’une équipe médicale qui avait accepté, non sans difficultés, l’idée de laisser naître un enfant qui n’avait que quelques heures de vie devant lui.
Sa mère étant une de nos collègues, personne jusqu’au plus haut grade de l’administration n’avait eu le courage de s’opposer avec force à son projet.
Il est clair que l’aréopage à la tête du service avait, depuis des mois, validé une opération relevant de ce que personne n’ose vraiment nommer « le tri sélectif ».
Il est vrai qu’au point où nous en sommes dans notre société, ce tri, relève d’une nouvelle écologie.
Là n’est ni l’heure ni l’endroit pour en débattre.

Cette femme et son compagnon ont donc achevé leur grossesse, donné naissance « dans la douleur » et accompagné leur enfant pendant ses quelques heures de vie avant de pleurer toutes les larmes des peines multipliées.
Et nous, nous étions là.
Difficile de savoir exactement « pourquoi » et affirmer que nous étions là « parce qu’elle l’avait demandé » est une manière de détourner la question.

J’ai croisé ce matin un petit billet écrit de la main d’une femme qui elle aussi a choisi d’enfanter sans dopage « anti-douleur », et d’accompagner son enfant jusqu’à le laisser partir.

Au jour d’aujourd’hui, beaucoup diraient que c’est « la double peine ».
Au jour d’aujourd’hui, les soignants harcelés au quotidien afin d’évaluer les douleurs et de les éradiquer autant que possible, ces soignants qui font de leur mieux comprennent difficilement que des personnes « recherchent » la douleur dans une situation où « elle ne sert à rien ».

Car aujourd’hui, ce qui est important c’est de « savoir à quoi ça sert ».

Qu’un sportif, soit-il médicalement amélioré pour repousser le seuil de la douleur, expose sur les réseaux sociaux sa face grimaçante sous les dards de son effort non-humain au moment où il franchit en vainqueur la ligne d’arrivée et c’est un héros.

Qu’une personne lambda, accepte la vie, ses fleurs et ses épines nous parait beaucoup plus incongru. Qu’en plus ce soit « pour rien » soulève des tas de questions.

Parce que nous en sommes là : franchir une ligne d’arrivée en vainqueur est un but, d’autant plus que la ligne est bien rémunérée par les retombées publicitaires escomptées.

Avant d’ouvrir le laptop, ce matin, j’avais en tête une petite prose autour du thème : la face du monde a changé le jour où le lait en poudre est devenu moins cher que le lait récolté frais directement à la source.
Je pense que je ne suis pas si loin du sujet!

La grâce de la curiosité


Curiosité

Voici un simple mot qui entraine l’imagination (enfin la mienne) sur les chemins les plus éclectiques.
Pour commencer ce billet j’en retiendrai deux qui tendent un fil sur lequel évoluer car l’un est à l’opposé de l’autre.
Paradoxe quand tu nous tiens!
Donc il y a l’insatiable curiosité enfantine peuplée de « pourquoi? », de « à quoi ça sert? », de « comment on fait? », cette curiosité qu’il est de bon ton de dompter qu’il s’agisse de la mettre en spectacle autant que de la mettre en cage.
Car n’est-il pas dit que la curiosité est un vilain défaut?

Enfant, chercheur, explorateur est une voie dans laquelle il est vain de compter sur les autres pour avancer alors même que ce sont les autres qui nous incitent à aller plus loin.

La curiosité est une grâce.
Et donc, la curiosité est un vilain défaut.

C’est précisément parce que je considère la curiosité comme une grâce capable de m’émerveiller, de m’entrainer plus loin et plus haut que je suis chagrine quand je me trouve face à des personnes qui attendent une « réponse épicétou » à des interrogations qu’il est facile de formuler sur la toile.
La toile ? Mon ami google, par exemple!
Je lui pose une question (comment construire un mur) et instantanément (0,40′) je suis face à environ 19 200 000 résultats !
Magique, non ?

A défaut d’avoir besoin de dompter ma curiosité, j’ai réussi à dresser le moteur de recherche (alias mon ami google) et magie encore, je trouve assez rapidement les sources où m’abreuver.

Ce matin par exemple.
Alors que je vais ramer demain en compagnie d’un ami en train de changer son fusil d’épaule, j’étais curieuse d’en savoir plus avant même de le rencontrer.
J’ai tapoté trois mots et sur les 23 200 000 résultats annoncés en 0,48′, à la troisième ligne, il y avait un article de juin 2017 sur lequel j’ai cliqué.
Et j’ai débarqué dans une caverne merveilleuse, tel Ali baba après seulement trois mots « sésame ouvre toi ».
Il y avait, caché là, des traces d’Heidegger, Maldiney, mais aussi Nishida Kitaro, Kimura Bin et tant d’autres liés dans une sauce très érudite éclairée par de multiples liens bibliographiques.

Et en plongeant dans la caverne, transgressant sans la moindre frayeur l’invitation platonicienne qui invite à en sortir (livre VII de La République), je ne pouvais que m’émerveiller de chaque reflet qui apparaissait.
L’un était l’écho du propos écrit hier à l’attention d’une amie.
L’autre me ravissait, confortant l’invitation lancée pour la journée du 12 janvier.
Et naissait l’envie d’explorer encore plus loin.
Et revenait des idées laissées en plan parce qu’il y a toujours des priorités…
… Qu’il est probablement temps de laisser germer.

J’aime être curieuse.
Exploratrice solitaire
Infiniment dépendante de la présence…
… Du monde et de ses habitants.

La curiosité est certainement une grâce,
Dans la mesure où une certaine forme de liberté offre constamment la possibilité d’entrer et de sortir.
Et qu’il s’agisse de le faire par en haut, en rampant ou à l’aide d’un pas de côté,
Je reconnais qu’il y a là une certaine forme de combat contre « l’éducation normale ».
« Education normale » ! Voici un concept qui ouvre sur environ 212 000 000 résultats en 0,44′ puis sur 79 100 000 autre 0,48′ après et encore 79 100 000, 0,48 secondes plus tard. Tout ceci seulement en français. Que je tapote en anglais et en espagnol et se dessinent à la fois l’infini, le néant et le chaos.

Je vais aller ramer!

Faire plus avec autant


Les bisounours distribuent les leçons de morale qui ne tiennent pas debout : par exemple il serait possible de faire plus avec moins!

En 1789, dans son Traité Elémentaire de Chimie, Antoine Lavoisier écrivait :
« On voit que, pour arriver à la solution de ces deux questions, il fallait d’abord bien connaître l’analyse et la nature du corps susceptible de fermenter, et les produits de la fermentation ; car rien ne se crée, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l’opération ; que la qualité et la quantité des principes est la même, et qu’il n’y a que des changements, des modifications. »
En 1970, j’ai compris les équations chimiques grâce à la maxime « rien ne se perd, rien ne se crée ». Quelle que soit la complexité des molécules à « inventer », il fallait faire avec ce qu’on avait sous la main et si quelques électrons pouvaient se balader librement, jamais il ne disparaissaient, jamais il ne sortaient par magie.

Dans le discours ambiant, l’utopie galopante consiste à dire : il est possible de faire plus avec moins ! Et je viens de vérifier, il y a pléthore de sites remplis de pubs qui expliquent comment consommer des trucs nouveaux dans le but de réussir à faire plus avec moins.
C’est un peu du genre : achetez une machine à pop-corn, vous aurez un bol mieux rempli avec votre maïs quotidien.
Non… Ils n’osent pas, ce serait un peu gros !
Quoique… ni la subtilité, ni la modération n’étant des armes de vente massive, je me suis vraiment amusée à lire ces sites « populaires ».

Car, bien entendu, personne n’est disposé à faire moins avec moins.
De surcroit, l’ensemble des populations qui commencent tout juste à entrevoir le potentiel jouissif de la consommation accélérée est enthousiaste à l’idée de faire plus avec plus. Comment leur en vouloir?

Pour nous, les enfants gâtés de la planète, réussir à faire plus avec pas moins ce qui revient à faire plus avec autant est déjà un énooooooorme challenge.

Mais…
Mais s’insurgent les bisounours, il faut se restreindre, il est urgent de se serrer la ceinture!

C’est qu’ils ignorent ou feignent d’ignorer la réalité de la vraie vie : tout annonce de disette encourage à stocker! Le corps lui-même, sous l’effet du mental est ainsi disposé : il suffit de lui faire croire qu’il pourrait manquer pour que l’appel de la gourmandise se fasse impérieux.
De fait, plus la menace de « manquer » est agitée, plus il est « physiologiquement » logique de consommer.
C’est la vie.

Il faut être en confiance, il faut être bien installé et ne manquer de rien pour commencer à songer au confort envisageable avec moins que plus.

Etant dans cette position de nantie raisonnable, j’ai acheté du tissus pour torchons et dans la quantité prévue pour couper trois torchons, j’en ai coupé quatre.
Ayant observé depuis de nombreuses années que les torchons partent dans la machine à laver avant d’être vraiment sales, je pense que les confectionner plus petits ne changera pas la vie familiale.

1er Août 2018

Dans la perpétuelle mouvance du monde, dans l’infinie fluctuation des apparences, dans le transfert permanent d’énergie et d’informations, l’être âgé ne cherche plus de poignée où se cramponner ni de patère où suspendre son chapeau. Dans une souveraine dérive, il se donne au flux, devient flux.
La vieillesse est une révolution mentale.

Christiane Singer, Les âges de la vie, Editions Albin Michel, 1984, ISBN 2-226-04829-1

En aparté : Christiane Singer n’a jamais vécu la grande vieillesse, elle est passée de l’autre côté de la vie à 64 ans, presque mon âge de maintenant.
Elle avait écrit « les âges de la vie » plus de vingt ans avant sa mort, elle était dans la force de l’âge. En ré-ouvrant ce livre, c’est avec une grande émotion que j’ai croisé cette phrase qui va si bien avec ce que j’ai à vous raconter aujourd’hui.
Christiane, je la connaissais, j’ai bien connu sa voix, sa sensibilité, sa vision du monde. Affirmer qu’elle fut une inspiration n’est pas mentir. La première fois que je l’ai rencontrée, elle avait tout juste cinquante ans, avec douze ans de moins, j’étais une gamine!

Cette balade annuelle était « toute autre » dès le départ, non seulement extrêmement lointaine, donc écologiquement absolument insensée mais de surcroit seule à plusieurs, carte bancaire toujours en train de chauffer et voiture à volonté. Rien à voir avec mes « habituel » trips en autonomie, où je me nourris de manière frugale, où je me branche ultra-rarement, où je me déplace en faisant l’éloge de la lenteur. R I E N à voir!
Et c’est dans ce rien que j’avais tout à découvrir!
Et j’en ai fait des découvertes.
Le terrain le plus riche n’était autre que « moi ».
Un « moi » puisant dans des ressources insoupçonnées l’énergie, le recul et le simple bonheur de fonctionner à l’envers de sa « normale ».

Car je ne décidais rien, c’était un choix, une volonté de ma part.
Remarquablement, j’étais souvent tout à fait incapable d’émettre un avis, une idée.
Quand après avoir fouillé les propositions touristiques, S. disait « On pourrait faire ça, ça te va? » je n’avais pas d’autre réponse que « Tu as envie de faire ça? Alors, OK ».

Et en réfléchissant, je me disais que c’était une autre manière d’avancer au gré du vent, du ciel et des courants.
Que même, peut-être, dans ce non-faire, ces non-intentions, j’étais plus que jamais dans le vent, dans le ciel et dans les courants.

Fascinante découverte.

Ce 1er août, nous sommes partis dans une première direction et ma mémoire ne sait plus du tout laquelle (rassurez vous, c’est facile à retrouver) parce que le vent n’a pas besoin de savoir dans quelle direction il souffle, n’est-ce pas? Il souffle et c’est tout.

Ce dont je me souviens parfaitement, c’est de mon quasi-mutisme : n’ayant aucune intention, je n’avais rien à dire, c’est à dire rien à exprimer intentionnellement.

Fascinante découverte.

Et puis, il y eu mon émerveillement devant la beauté des coraux, en meilleur état et beaucoup plus variés que ceux que j’avais déjà pu voir.
Et puis, un bonheur dense se présenta à la vue des tortues, à la vue de leur lent ballet, si lent, si paisible, si imprévisible que je fus transportée infiniment loin vers plus haut.

Pas très touristique cette journée là, direz-vous.

Chacun son point de vue, n’est-ce pas?

 

Plus loin et la relativité

Un chapitre chaque jour, au moins un chapitre!
Quelle raison me pousse à exiger pour moi seule un point final en septembre ?
Est-ce par mimétisme ?
Dix ans après, j’élimine consciencieusement les points de suspensions dont j’avais tellement abusé. Ce qui était encore ouvert aux questions s’est fermé, le temps a fait son oeuvre, d’autres questions sont venues et d’autres points restent suspendus, mais ailleurs!
Face à une prose dont je n’ai jamais été fière, je pointe les tournures malhabiles, les croisements et les défauts en sachant trop bien que je ne suis pas guérie, que j’en commets sans cesse et que dix ans supplémentaires ne procurent pas le talent qui n’existe pas.
C’est à la fois passionnant et riche.
Exaltant.
Le plus loin d’hier est dépassé,
Il fait parti du passé.
J’efface les points de suspension.
Et j’écris tout à neuf.
Tout
Presque tout,
Sans vraiment réussir à déterminer une intention
Sinon celle de tenter
Une fois de plus
Vers plus loin,
Je sais pas où!

Le jardin et la politique


Et hop, dès ces quatre mots posés en guise de titre, mes réflexions s’envolent dans tous les sens alors même que j’imaginais pouvoir ainsi les contenir sous un seul angle.
Car qu’est que le jardin?
Est-il préférable d’utiliser l’article « le » ou l’article « un », et pourquoi pas « les » ou « des »?
Car que signifie le mot politique et d’où vient-il?
Est-il préférable d’y adjoindre un article? Défini ou indéfini?
Car pourquoi utiliser une conjonction de coordination?
Laquelle?
Est-il préférable d’utiliser un signe de ponctuation?
Lequel?

Quatre mots et tant de possibles, tant de visions, cent différences, autant de semblances,
Aucune certitude.

Pourtant je répète que le jardin est un livre ouvert.
Mon livre préféré.
Avec celui de l’océan
Et celui du vent et du ciel
Et tous ces livres où l’ombre et la lumière interdisent
Une lecture en noir sur blanc.

J’imaginais être en mesure d’aborder « le jardin et la politique » comme j’aborde une plage, simplement en pointant l’étrave de ma pirogue dans la « bonne direction », puis en ramant avec détermination.
Las.

Pourtant, ce matin, me sentant despote en pleine possession de mon règne sur le jardin, j’étais au coeur du chapitre politique du ce grand livre.
Sans cesse,  je déplace des populations, j’en détruis certaines, j’en contiens d’autres dans de jolis pots brillants, je rase, je dédaigne, je non-respecte, je protège, je valorise, je porte aux nues je voue aux gémonies, etc.
En deux mots : je règne.

Et si je règne… C’est évidemment pour « le bien » de cette communauté végétale…
Enfin, c’est pour leur bien, parce que leur bien est mon désir, mon plaisir, mon besoin.
Pfff, encore des mots à définir, à préciser, des mots que je joue à pile ou face sans savoir d’avance sur quelle face chacun les verra tomber.

Quelle aventure.
Et, Ô combien j’admire parfois les personnes qui n’ont que noir et blanc dans leur vocabulaire.
Noir et blanc, bien et mal, oui et non.
Et, Ô combien dans le même instant, je suis en joie de n’avoir pas d’autre choix que de ramer sans cesse.
Ramer vers plus loin, vers l’inconnu,
Poussée vers d’inabordable rivages,
Aventurière de cap en cap,
Me délectant de baies accueillantes et de courants contraires, d’eau limpides et de vagues déferlantes,
Inexorablement en mouvement,
Je reste vivante.

Douter sans aucun doute

Illustration choisie pas par hasard mais parce que deux bouquins de cet auteur viennent de revenir à la maison.

Le doute est une attitude philosophique et les citations sont innombrables.
Les proverbes de même.
Impossible de compter le nombre de fois où j’ai pondu un p’tit billet au sujet du doute, il est même fort probable que quelques bribes de ces réflexions aient eu l’audace de s’immiscer dans plus d’un de mes livres.

C’est que contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, le doute est indispensable et très très bénéfique. Le doute est une porte ouverte vers plus loin et plus haut, une porte largement ouverte.
Non, en fait, le doute est le seuil.
Le seuil à franchir pour passer.
Et bien évidemment c’est la présence du seuil qui est effrayante.

Regardez les enfants qui commencent à marcher, regardez les buter sur les seuils de porte et recommencer et tenter et finalement passer fiers et glorieux, sous les encouragement des parents téméraires.
Oui, il existe aussi des parents timorés, sans la moindre confiance dans les capacités de leurs enfants et ces parents là « portent » les bambins, leur évitant la chute pensent-il sans douter un instant du bien fondé de leur « protection ». Mais ceci est une digression de plus!
A l’autre bout de la ligne de vie,
Regardez les vieillards, si fragiles, si tremblants si peu sûrs qu’ils ne franchissent plus le seuil de chez eux, s’enfermant, se recroquevillant sur des certitudes déjà passées ou inventées, comme pour éviter de regarder l’inéluctable réalité de leur « à venir ».
Ni les enfants ni les vieillards ne doivent trop douter, c’est vital pour eux.

D’ici à affirmer que nous sommes globalement plus souvent des enfants ou des vieillards qui s’ignorent, avançant sans aucun doute en suivant le derrière du mouton de devant, il n’y a qu’un pas que je refuse de faire!
Vous me connaissez, je vais éviter d’enfoncer les portes ouvertes!

Par contre qu’une porte soit entre-baillée, qu’une porte me paraisse close et hop, j’ai envie de regarder ce qui se passe derrière.
Et quand je passe le seuil, c’est toujours avec une dégoulinade de joie!

Hier par exemple, il fallait que je téléphone pour lever un doute.
Un doute que j’avais tranquillement cultivé depuis quelques jours.
Cultivé?
Oui, j’avais en premier « laissé faire ».
Et puis depuis la veille, alors que la graine germait, je remettais tout en question.
Tout.
Je doutais.
J’avais besoin d’éclairer le projet, de ne pas y laisser pousser des ronces dans lesquelles je risquais de me prendre les pieds.
Donc j’ai téléphoné pour « en savoir plus ».
Evidemment, à l’autre bout du fil la personne tout en entendant correctement fut un tantinet étonnée.
Me connaissant surprenante, étant pressée de surcroit, il fallait laisser un peu de temps de réflexion.
L’une doutait
L’autre doutait
Et ça c’était super.

Et quand le soir j’ai trouvé le message qui levait le doute, ce fut juste délicieux.
Il y a toujours une espèce de jubilation à passer le seuil.
J’ai partagé cette joie avec la personne, cette personne qui avait elle aussi franchi le pas vers l’inconnu.

L’inconnu.
C’est là que nous nous rencontrerons en live.
Par expérience je sais qu’il y aura des instants magiques.
Je n’en doute pas, c’est mon côté gamine facile à émerveiller
Et pourtant,
Sans en douter,
Je suis incapable de dire où et quand ces instants vont miroiter.
C’est finalement un peu comme partir à la chasse aux orchidées sauvages!

Des reflets


C’était dimanche sur la Loire.
Le vent était faible et non nul.
Le courant à cet endroit précis était faible et non nul.

De l’image, il ne reste (sur l’image ci-dessus) que la partie reflétée.
Connaissant l’ensemble,
Sachant exactement l’intention qui était la mienne
A l’instant précis où je l’ai effectué la mise en boite,
Il me serait facile de commenter les reflets
De les commenter en faisant référence
A l’image de départ.
Avec autant de plaisir, il m’est possible
De décoller sur les reflets eux-mêmes
De me contenter de disserter au sujet des couleurs
De leur précision ou de leur dispersion.

Reflets, échos
Je les cherche
Je les attends.
Passionnément.

J’expérimente le monde en observant inlassablement
Les reflets, les échos,
Comme j’observe l’écoulement de l’eau ou de l’air
Les turbulences, les calmes et les silences.
Il est probable que la science physique aurait pu me passionner
Si je n’avais pas eu l’impression d’une embrouille
Si les expériences avaient été en premier des poèmes
Plutôt que de me contraindre à n’en retenir que des équations
Tellement trop étroites!

Alors, imaginez

J’aime écrire.
Les mots débarquent de manière fluide,
Ils coulent, découlent, rebondissent, tourbillonnent.
Je les pose « noir sur blanc » comme autant d’équations très sérieuses.
En appuyant sur la touche « publier », je donne un coup de pied dans le tas,
Les mots s’envolent,
Les phrases en sont troublées comme la surface de l’eau est troublée
Par le moindre souffle
Et au loin, des personnes lisent
Et découvrent des reflets qui leur parlent.
Et m’en parlent
Et racontent
Noir sur blanc
Des mots qui s’envolent au loin
Et que je lis
Que je lie
Et relie en relisant
A la texture et la couleur que j’avais choisi
A un instant donné
De capturer.

Et  c’est ainsi que je comprends chaque jour un peu mieux
Toujours plus loin
Du meilleur à l’extraordinaire.