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De l’importance de l’imperfection

Qu’est-ce que l’imperfection?
Du côté de la lexicographie, c’est l’antonyme du mot « perfection ».
Et la perfection est l’état de ce qui est parfait!

P A R F A I T

En plongeant dans les dédales de l’origine, en allant jusqu’à toucher la source, j’ai rapidement trouvé que ce qui est parfait fut à l’origine ce qui était achevé.
Ni plus, ni moins.

Il existerait donc un moment précis où il serait possible de parler de perfection.
Tout autour de ce moment précis, il n’y aurait qu’imperfection, puisque le mouvement est vital et que tout mouvement est non achèvement.

A l’instar de la vie, la perfection est un état tout à fait instable et c’est donc l’imperfection qui nous oblige, nous pousse, nous entraine sans cesse.
A quel moment, à l’aide de quel biais cognitif, avons nous sociétalement posé une obligation de perfection? De perfection qui serait en soi un but définitif envisageable et inaliénable ?

Désormais, dans de nombreux pays, la mise au monde d’un enfant s’effectue après une sélection drastique. Grâce à la technologie, toute imperfection du foetus (remarquable ce mot appliqué au foetus, être en devenir par définition) est traitée, souvent par élimination. Chaque nouveau-né doit être « parfait », mis au monde dans des conditions « parfaites » et commence alors la danse de ceux qui ont la charge de l’élever de manière « parfaite ».
Car aujourd’hui, certainement du fait des progrès technologiques, nous faisons un amalgame entre perfection et « sans défaut », lisse, normal, que dis-je? Mieux que normal! Parfait quoi!

Et me voilà plongée dans un abîme de perplexité.

Dans un tourbillon de réflexions naissant instantanément du « bougement » de mes raisonnements clignotent des scintillements d’idées qui me racontent combien le malaise est gigantesque pour toutes les personnes qui ont besoin d’un temps d’immobilisation afin de « comprendre » (prendre avec soi selon l’étymologie) les notions de complexité, d’infinitude, d’imperfection et donc de mouvements absolument indispensables pour pouvoir parler de la vie.

De la Vie aussi.

La Vie, notre vie à chacun, capable de créer l’imprévisible à tout bout de champ, créatrice, résiliente, inventive, est parfois tragique, parfois joyeuse, souvent joueuse, jamais « méchante », définitivement imparfaite.

J’ai la conviction que la fatigue apparait lorsque disparait le mouvement, lorsque la perfection est atteinte et qu’il devient urgent de ne plus respirer afin de la conserver.
D’une pirouette, j’en viens à me demander si le paradis n’est pas pire invention que l’enfer. Car il paraitrait qu’une fois au paradis, tout est parfait.

Donc achevé.


Individualisme

C’est dans l’air du temps!

C’est dans l’air du temps, les citoyens sont prévenus de toutes parts, souvent avec un ton assez paternaliste : il faut agir collectivement!

Collectivement!

Et agir collectivement pour répondre à l’injonction telle qu’elle est délivrée, c’est agir individuellement tous de la même manière, en abandonnant la notion d’individu pour passer à celle de personne, c’est à dire en restant masqué!

C’est compliqué « tout ça »!
Car alors que l’individualisation est souvent recommandée, l’individualisme est souvent reproché.
L’individualisme, conquête de notre époque, allègrement conjugué à toutes les sauces, trimbale généralement une connotation plutôt négative.
Je dirais de plus en plus négative et j’ajouterais que dans le contexte actuel, certains regards en disent long et jettent un jugement vraiment très négatif aux individus soupçonnés d’individualisme . (Je conseille une balade dans l’ouvrage de Marie-France Piguet : Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, CNRS Editions, 2018, ISBN: 9782271095237)

C’est compliqué dans notre système de croyances où il y a un début et une fin , où donc le blanc n’est pas le noir, où l’ombre n’a rien à voir avec la lumière, où c’est l’un mais pas l’autre tandis qu’ailleurs, dans d’autres systèmes de pensée, il est super simple d’envisager le noir ET le blanc, l’ombre ET la lumière, l’un et l’autre absolument intriqués et tout à fait indissociables.

Ce matin, je lis cette question sur le FB d’une relation : « Mais dites moi, comment gérez vous tout cela ?
Moi je ne crois plus personne, et plus l’histoire avance et plus je fais en sorte de vivre le plus sereinement partout où je suis, masqué ou pas… »

Comment gérer?
Gérer moi-je, moi-individu?
Gérer mon personnage, moi, la citoyenne bien insérée dans une société qui me parait vraiment assez correcte par rapport à bien d’autres que j’ai pu côtoyer en vrai?
Gérer « tout cela »?

Alors, d’abord, « tout cela », je laisse tomber, je n’ai aucun pouvoir pour « gérer » ce qui est indéfinissable, je suis tout juste capable de considérer la présence constante de l’imprévisible, de savoir qu’il fait partie de chacune de mes aventures ; mon passage de vie entre la naissance et la mort étant définitivement la plus grande et la plus longue aventure, celle qui contient les autres.

Comment gérer « moi-je » ?
Comme d’habitude, en étant qui je suis : exigeante, scientifique, gamine, curieuse, espiègle, solitaire, etc.
Comment est-ce que cette « gestion » se traduit dans mon quotidien?
Et bien j’écoute la radio le matin et je regarde la fenêtre qui donne à voir le monde le soir. Entre les deux, je suis fascinée par la vie en direct live et j’essaye de garder toutes les miettes, toutes les étoiles que je rencontre afin de m’en nourrir pour mieux comprendre ce que disent les médias.
Et puis, nez au vent, je cherche la lumière, les ouvertures, les possibles contournements et ils existent toujours, aucune contraintes ne m’impose d’aller me cogner la tête contre les murs.
Enfin, régulièrement, je vais fouiller dans la gigantesque toile afin d’en faire émerger les « pre-print », les résultats d’études nouvelles (1) et leurs cohortes de chiffres qui me ravissent et que je torture dans tous les sens à l’aide de ma calculette. J’aime ça, c’est pas nouveau!
Ainsi, en temps qu’individu, dans la deuxième mi-temps de ma traversée de la vie, je suis comme d’habitude : sensible aux conditions météorologiques, avec des hauts et des bas, surfant sur les vagues qui se présentent, les espérant lorsqu’elles sont absentes, consciente de l’imprévisible survenue d’une super vague capable de balayer toutes mes compétences, tout à fait heureuse souvent le soir sur la plage après une journée bien remplie.

Comment ensuite gérer la personne inscrite en temps que citoyenne pensante et agissante dans la société française?
Simplement en connaissant les règlements, les lois, les chiffres que nul n’est sensé ignorer. Tout est à ce jour accessible sur la toile, inutile d’aller chercher les interprétations, voire les interprétations de traduction d’interprétations, je file à la source, je suis une inconditionnelle des sources limpides.
Simplement en me tenant à l’écart des chapelles, de tous ces sites et lieux où des « maitres » expliquent qu’il faut les croire plutôt que de croire le « maître » d’à côté.
Simplement en faisant à ma manière ce que la société exige de ma part. Il faut donner un papier, je donne le papier ; il faut porter un « couvre-nez-bouche », je porte un « couvre-nez-bouche », il faut réduire les contacts, je suis une solitaire entraînée.

Et vivre sereinement ?
Tout dépend de la définition du mot « sérénité », non?

Ce qui me plait, c’est de m’asseoir le soir après une journée bien remplie, de me poser avec la satisfaction de l’avoir bien remplie. Alors, par expérience, je sais que la nuit sera paisible quoiqu’il arrive… Imprévisible compris!

(1) A noter que les tests PCR donnant seulement une image immédiate du statut (porteur du SRAS-Cov-2 ou non porteur) d’un individu donné, certaines catégories professionnelles sont testées régulièrement (jusqu’à plusieurs fois par semaine), ce qui donnera certainement lieu à une étude épidémiologique spécifique.
Il y a aussi une étude lancée depuis mai sur un grand échantillon de personnes concernant le statut sérologique.
Il faut du temps pour comprendre…


Vendredi 21 Aout 2020, 16 semaines et 4 jours après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est en vigilance et chaque jour il est possible d’entendre que le nombre de personnes « non malades » mais « testées positives » est en augmentation. Il devient de plus en plus difficile de circuler en ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.





Un homme comme les autres

La langue française ayant parfois ses insuffisances, j’aurais peut-être dû écrire « un humain comme les autres ».
De quoi est-il question?
De ce hérissement permanent qui est le mien chaque fois que je sens le venin de la guerre, la respiration mécanique et sans nuances des partisans, l’envol des jugements militants qui servent le pouvoir et non l’égalité, et non l’équité.
Voilà pour la généralité.

Moi,
Moi-je
Emoi, je me suis toujours sentie un homme comme les autres, depuis l’enfance.
Jamais je n’ai considéré mon corps genré au féminin ni comme une aide, ni comme un empêchement.
Toujours, j’ai étudié ce que j’avais à étudier, j’ai pratiqué les sports qui m’attiraient, j’ai fréquenté les personnes qui me plaisaient, sans jamais considérer ni leur genre, ni leur couleur qu’elle soit politique, de peau, d’yeux, de cheveux ou de vêtements.
Je suis une humaine comme les autres et je joue ma vie dans la cours des humains, bassement humaine, fièrement humaine.

« Nous disions de la continuation vécue, à la fois mue et freinée par l’organe-obstacle, qu’elle ressemble au cycliste : elle tient en équilibre parce qu’elle roule, et elle tombe à droite ou à gauche lorsqu’elle s’arrête. »

Puis,

« L’action tombe en avant et sa solution évoque l’image d’une chute continuellement ajournée. Dans l’aventure de l’action s’accomplit à tout moment le miracle continué : de danger en danger et d’instant en instant, la chute est sans cesse reportée, le commencement sans cesse reconduit. L’action est le rebondissement continué d’une aventure toujours initiale, d’une initiation toujours aventureuse, et nous la vivons comme un beau danger… car elle n’est autre que le mystère du recommencement »

Propos de Vladimir Jankélévitch « Quelque part dans l’inachevé » de Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Gallimard 1978, ISBN 978-2-07-029783


Quel rapport avec l’actualité puisque c’est toujours en me heurtant à un fait d’actualité que je réagis en écrivant?

Deux pour aujourd’hui.

1 – A la fin des années 70, j’ai eu la chance d’acquérir le statut de « cavalière », c’est à dire que j’étais l’équivalent féminin de « gentleman » et que je pouvais, à l’égal des jockeys professionnels mais avec un statut amateur (c’est à dire sans être rémunérée, donc pour mon seul bon plaisir), monter en course des chevaux de courses. Ma plus grande fierté était la suivante : j’avais acquis ce statut sur mes seules compétences équestres et sans la moindre concession.
C’était et c’est encore une fierté parce que toutes les autres (rares à l’époque) « cavalières » avaient un peu « forcé » la chance en usant de leurs charmes. Et, notez bien que ce n’est pas parce que j’en aurais été incapable que je leur en voulais : chacun est libre d’utiliser les compétences qui sont le siennes pour arriver à son but.
Par contre, je considère que faire un choix doit conduire à assumer ce choix.



2 – Hier, portée par un brin colérique, j’ai fabriqué un mouchoir à élastique (que certains confondent avec un mouchoir de poche, voire avec un masque chirurgical) parce qu’il parait que désormais, il sera interdit d’aller acheter de quoi manger sans être déguisée, mi-effacée à la mode des « biens-pensants ».
Et peu importe si je fréquente des lieux quasi-déserts à des heures creuses dans une ville où les miasmes ne sont pas légion. Si c’est la loi nationale, simplement parce que je suis un citoyen comme les autres, je devrai m’y soumettre, aussi stupide la loi soit-elle.
Parce que la « loi » pour tous est toujours liberticide pour chacun, parce que la « sécurité » pour tous conjuguée à trop grande échelle ne fait que spolier le sens critique et la raison individuelle.



Ainsi la va vie.
Et il suffit d’aller de l’avant pour éviter de s’arrêter,
Pour surtout ne pas tomber
D’un côté
Ou de l’autre.

Comprendre

Un des premiers bouquins récupérés chez le libraire après que la liberté nous ait été rendue *, fut un bouquin de Mickaël Launay. C’est une fois de plus la « faute » de ma station radio préférée!

Je l’ai dévoré!
Passionnément.
Je me suis revue élève de lycée,
Puis étudiante.
Et j’ai découvert un peu plus loin,
Le mode de fonctionnement qui est le mien,
Si loin de l’application des recettes,
Même réputées immanquables!

C’est que j’ai viscéralement besoin de comprendre, c’est à dire de capter, d’expérimenter à travers mes propres sens, d’intégrer dans les arcanes de mes pensées sans la moindre concession à la crédulité.
Depuis aussi loin que je peux regarder dans mes souvenirs.
Comprendre.

Et… lors de mon parcours scolaire, puis universitaire, j’ai souvent été confrontée à l’incompréhension. Dans ce qui m’était proposé, il y avait beaucoup de recettes.
J’étais capable de touiller, de ratatouiller, de recracher si besoin.
Sans aucune satisfaction.
Donc sans enthousiasme.
Sans plaisir.
D’autant moins que de plaisir il n’en était jamais question.
Je me suis vite lassée
J’ai décroché
Retenté
Raccroché les wagons
Pour passer.
J’ai capté l’importance de la rigueur,
Cultivé la réserve,
Et enregistré mes ignorances.
J’ai beaucoup appris.
De ce qui ne fut jamais inscrit dans les programmes.

J’ai obtenu un certains nombre de « certificats d’apprentissage »!

Ceci parce qu’un jour, j’ai fini par comprendre que le système impose de ne pas chercher à comprendre, il impose de se contenter d’exécuter : l’explication est simple, il serait question pour tous et chacun d’atteindre un certain confort.
C’est un objectif productiviste.

J’ai fini par comprendre un certain nombre de fonctionnements de notre société.
Alors, j’ai enfin pu commencer à apprendre, à comprendre vraiment, à ma manière, avec enthousiasme, passion, émerveillement, boulimie parfois et toujours avec gourmandise.
Et j’ai aussi compris que ça ne sert absolument à rien.
C’est seulement pour mon plaisir
Définitivement à la marge
Rebelle
Avec deux ailes.


* en raison d’un minuscule paquet d’ARN, la vie de l’ensemble du pays a été suspendue à partir du 17 mars 2020 à 12h jusqu’au 11 mai 2020 23h59.
A ce jour, 8 juillet 2020, pas un jour ne passe sans qu’il soit rappelé qu’une ombre plane sur l’humanité sous forme d’un petit amas d’ARN nommé SRAS-Cov-2…
A ce jour, c’est un truc qui reste impossible à comprendre pour moi.
Comprendre…
Avec deux ailes!

Mascarade ou la toute-puissance de l’apparence

Un individu est venu s’installer au fond de l’impasse en plein milieu des semaines d’interdiction de bouger qui viennent de nous être imposées.
Le 18 avril.
Précisément.

Un individu, entier, transparent, passionnant, passionné, perdu, déboussolé, avide de paix et de re-construction.

Certaines circonstances obligent tranquillement.
Naviguer à la marge est une manière de respirer qui me colle à la peau et peu importent les règles imposées et peu importent les risques associés, les uns comme les autres communément agités par en haut afin de limiter… de limiter… dans tous les sens!
Peu importe.
Je dispose d’une balance invisible sur laquelle je pose le « pour », « le contre » avec attention. Et, tout en écrivant cette phrase, je vois la balance évoquée par Christian Bobin dans le livre « Ressusciter » auquel je fais souvent référence :
« J’écris avec une balance minuscule comme celles qu’utilisent les bijoutiers.
Sur un plateau je dépose l’ombre et sur l’autre la lumière.
Un gramme de lumière fait contrepoids à plusieurs kilos d’ombre. »

Je transgresse quand j’en ai besoin.
En conscience.

Une personne est venue s’installer aurais-je pu écrire!

Sauf que par les temps qui courent, sauf que face à la mascarade ambiante, croisant chaque jour des gens bâillonnés de bleu, de blanc de vert ou de multicolore se promenant sur le trottoir désert, regard dans le vague, sauf que par ces temps je me dois d’éviter le mot « personne* » lorsque je parle de quelqu’un qui s’est démasqué.

* personne : Du lat. d’orig. étrusque persona «masque de l’acteur» d’où à l’époque chrét. «visage, face»; «rôle [au théâtre], caractère, personnage; personnalité, personne, individu»; aussi terme de gramm., où il traduit le gr. π ρ ο ́ σ ω π ο ν «face, figure» et aussi «masque de théâtre» et «personne (terme de gramm.)»; pour le sens 3 att. en lat. chrét., v. Blaise Lat. chrét.

Entre Little Bird ( Lequel à repris son envol depuis que j’ai remis les pieds dans l’océan) et ce compagnon/colocataire de passage, j’ai royalement invité mille et une réflexions aussi passionnantes qu’improbables à venir danser au milieu de mes pensées débridées.
L’heure n’était pas à l’écriture.

Ce matin, quelques bribes s’imposent allègrement.
Avec le sourire.
Des brins espiègles jouent en enfonçant les portes ouvertes
Par des soucis tellement communs
Cultivés sur le fil des apparences,
Insidieusement liberticides.

Car
Que penser de « l’authentique », de « réplique à l’ancienne », du « vrai faux », du « faux vrai » qui s’imposent dans tous les pans de notre existence du 21ème siècle?
Que penser de ces véritables parquets en faux bois ou en carrelage?
Que penser de la « fausse viande » destinée à ceux qui dédaignent la chair animale?
Que penser de la moutarde à l’ancienne sortie de l’usine après examen à la loupe?
Que penser ?

Ce que je sais c’est que la moutarde me monte au nez souvent.
Ce que je sais c’est que le choix du sol « véritable » de mon antre fut une aventure que je n’avais pas eu à traverser lors des précédentes constructions.
Ce que je sais c’est que je n’ai pas besoin de fausse viande pour m’efforcer à la paix.

« L’autre monde » qui est au bout de la lorgnette des médias serait-il définitivement soumis à une injonction du genre « deviens qui tu n’es pas »?




On est où, là?

On est où, là?
Dans quel temps?
Dans quel monde?
Est-ce la guerre?
La tempête?
La folie?

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, les bras m’en tombent!
Je pensais avoir la tête sur les épaules, savoir regarder haut et loin, être responsable, un peu érudite, pas totalement stupide et voilà que j’en doute.
Si nous sommes en guerre, alors nous sommes dans le brouillard de guerre.
Si nous sommes en pleine tempête, si les instruments habituels sont cassés, alors, il faut naviguer à vue, sortir les antennes, s’accrocher et se laisser aller à l’espoir de toucher à nouveau terre un jour.
Et si nous sommes devenus fous, alors,
Tout peut arriver.
Tout.

Donc rien.

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, j’en perds la tête!
Tout le monde a un avis sur tout.
Les vrais penseurs ne savent rien.
Les opportunistes montent sur la scène.
Le monde tremble et se réconforte
A coup de chocolat, de pâtisseries maison et de footing transgressif
A coup de consommation, de jetable et de téléphone portable!

J’ai besoin de silence,
De poésie, de beauté
Dans ce passage dense
Dépourvu d’identité

8 avril 2020 J+22 du début d’un étrange film réalisé à l’aveugle, sans scenario et à la chute inconnue… Film cependant internationalement diffusé sous forme de série à suspens.

Questions

L’instant d’avant je me disais que je n’avais rien à dire, donc rien à écrire ( aparté : en fait j’ai mille choses à écrire mais j’attends de pouvoir entrer dans mon antre pour le faire…) et l’instant d’ensuite vint une question et l’instant de maintenant je suis devant le clavier.
La vie est espiègle, imprévue et à saisir comme elle se présente, c’est une de ses réalités.

En ce moment les questions affluent.
Celles des enfants dont les parents n’avaient pas toujours mesuré l’abondance.
Celles des adultes dont je viens, juste à l’instant passé, de mesurer à quel point ce sont souvent des question d’enfant.

Donc, pour des raisons d’étiquettes diverses et variées qui me sont attribuées un peu par hasard, il est fréquent que je sois questionnée, particulièrement par les temps qui courent.
Et, comme je demeure une gamine, il n’est pas rare que mes réponses soient des questions.

Pourtant j’ai quelques certitudes.
Par exemple, je suis convaincue que les enfants sont des enfants.
Pas des adultes.
Par exemple, j’ai l’intime conviction que les enfants qui réitèrent une question à longueur de temps sont en attente de quelque chose que les adultes, perchés dans leurs préoccupations d’adulte, ne réussissent pas à combler, fusse à coup de « google mon ami » ou de « eureka.com ».
Je suis certaine que les enfants méritent des questions en reflet de leurs questions.
Les « réponses » sont trop souvent de terribles prisons.
C’est mon avis d’exploratrice au long cours.
Avec beaucoup d’humilité, notez le : NP5 sur l’échelle d’évaluation des publications sérieuses ou grade C c’est selon, autrement dit niveau de preuve faible à très faible, intime conviction pas plus.

Hier encore j’ai été assaillie de questions par tous les moyens envisageables.
Quand le propos est du genre « tu penses quoi de ça » et que le « ça » contient à ma vue pas moins d’une dizaine de questions sans compter les sous questions (oui, oui, je lis toujours « tout »), je balance mon humeur de l’instant en trois mots et je propose un RV téléphonique pour décortiquer le sujet en direct live.
Pour, in fine, tenter de questionner « la » question sous-jacente.

Et là, alors que j’en étais à l’instant d’avant, vint l’instant d’ensuite avec LA question qui me projeta devant le clavier que je tapote en cet instant :

« Comment se fait-il que la majorité des personnes à qui je propose une discussion ne donnent jamais suite ? »

Et dans la merveilleuse lumière de ce matin comme les autres, comme une illumination, une nouvelle question est venue se poser sur mon épaule pour murmurer à mon oreille :

« Serait-il possible d’imaginer que ces personnes qui me sollicitent en écrivant « que penses-tu de ça » n’attendent que quelques mots du genre « je suis tout à fait d’accord »? »
Une réponse quoi!
Un peu à l’image des enfants qui ont besoin d’être confortés par l’avis des adultes.
Et dans ce cas, je ne suis rien d’autre que l’étiquette que ces personnes m’ont attribué, une étiquette qui aurait été collée par hasard, comme une éclaboussure de reflet.

Un reflet de quoi?

D’un besoin vital de se fondre dans un moule?
D’un besoin vital d’assurance?
D’un besoin vital qui inciterait à choisir un camp?
Est-ce… ?
Etc


Quand l’imagination fout le camp, s’installent les croyances

Mercredi dernier, comme le précédent, A (6ans) et J (bientôt 4 ans) ont fait une entrée tonitruante dans le salon.
Ils n’avaient pas fini de se déchausser que déjà ils exigeaient avec véhémence : « Mamoune, on joue à inventer des trucs avec tes legos? »

Et bien évidemment j’étais d’accord.

Pour l’instant leurs constructions sont simples mais déjà ils savent parfaitement mettre les briques et personnages à la disposition de leur imagination.
Après quelques tâtonnements, après quelques échecs fracassants donnant lieu à de bruyantes expressions de désespérance, A. avait su créer des assemblages à sa mesure et les promenaient dans toute la maison, du haut des meubles au bas du parquet en racontant une histoire dont elle seule avait la trame.
J., lui, me tendait les pièces techniques qu’il trouvait en fouillant parmi les milliers de pièces en vrac (oui, quatre enfants gâtés, ça fait des milliers de pièces et une maman cool, ça fait des pièces tout de suite et définitivement en vrac).
Pour atteindre son premier objectif, il fallait que je l’aide à construire un truc tout à fait improbable où tout était mobile dans tous les sens. Une fois réalisé la dépendance et testé le résultat, il changea de film et seul, il installa un face à face entre des gnous (les petits chevaux) et un groupe de chevaliers (les bonhommes divers et variés) : dans son scenario les gnous sont paisiblement en train de paitre (sic) et puis d’un coup, ils foncent sur les chevaliers et les font voler. La partie se joua une fois, deux, fois, cinq fois avant de le lasser.

Pourquoi cette anecdote ?
Parce que je trouve indispensable cette « éducation » à l’imagination dans notre société où tout est formidablement programmé, tout, jusqu’à l’assemblage des « lego » actuellement vendus.
Peut-être aussi parce que je constate, à travers mon expérience actuelle de relookage d’un appartement, que je suis une « cliente » étrange dans la mesure où je me moque des dessins en 3D, dans la mesure où j’invente au fur et à mesure, dans la mesure où refusant les recettes trop faciles, j’en exige d’autre, mettant la main à la pâte facilement quand il s’agit de trouver une solution « pas toute faite ». Et si j’ai conscience de cette « étrangeté », c’est bien parce que le reflet m’en est renvoyé, n’est-ce pas?

Evolution.

Je n’avais pas de jouets « en plastique » dans mon enfance, mais une copine d’école m’invitait parfois et j’étais ravie de jouer avec les simples briques rouge et blanche. je construisais principalement des maisons solides et les quelques briques translucides faisaient office de fenêtre.
Au fil du temps, de « vraies » fenêtres sont apparues, puis même des volets et des portes qui s’ouvraient et se fermaient.
La génération de mes gars a « profité » de l’apparition des pièces électrisées, puis technicisées.
Les petits d’aujourd’hui ont accès aux version legoïsées des châteaux les plus complexes, entre rose bonbon et vert camouflage, au point que chaque pièce est difficilement utilisable dans une construction non planifiée par le magistral inventeur du jouet à consommer sans modération.

Cette histoire d’évolution « naturelle » est à méditer à l’aune de toutes les histoires d’épidémie quelle qu’elles soient.
Trop de sécurité, trop de précision, trop de « c’est comme ça et pas autrement » contribue à tuer l’imagination.
Et l’imagination, capacité enfantine indispensable s’il en est, l’imagination se tarit.
Et sans imagination, il est bien souvent difficile de s’adapter.

Je croise avec tristesse une foule d’enfants vieux avant d’avoir eu le temps de grandir, appliqués à reproduire l’exemple qu’ils ont sous les yeux, effrayés par la mort, terrifiés à l’idée du manque, incapables d’envisager une solution palpable née de leur propre fait.
Et une fois plus grand, ces sans-enfance, trop fréquemment sans la moindre expérience imaginative, ne savent que suivre, exiger, désespérer.

Les enfants d’aujourd’hui sont ainsi éduqués : il FAUT « tout » leur expliquer « en vrai » et en même temps, il est « normal » de leur faire croire à l’existence du père-noël.
J’en frémis.
Car les explications « en vrai » sont toujours délivrées une fois passées au filtres d’une compréhension approximative quand elles ne sont pas mâtinée d’illusions.
J’en frémis.
Car les croyances se multiplient et se colportent à très grande vitesse, dans tous les domaines.
J’en frémis.

Le « père » de Rahan s’en est allé hier.
Combien de personnes de ma génération ont une jour porté la « collier de Crao » trouvé dans Pif gadget, devenant instantanément l’homme préhistorique aux cheveux de feu, essayant de « voler » d’une branche à l’autre du cerisier, tentant d’allumer du feu sans allumettes, combattant le chat du voisin comme s’il s’agissait d’un fauve monstrueux, et rentrant finalement à l’heure du goûter, souvent piteux, boueux, mais toujours heureux d’avoir sauvé le monde et sans se tourmenter outre mesure de la présence cinglante du «  »martinet » qui allait peut-être sanctionner « les bétises » réalisées au cours des diverses expérimentations ?

Le temps coule, tout bouge, tout évolue.
Aujourd’hui est aujourd’hui puisque nous l’avons ainsi construit. Ensemble.

Il reste que je suis encore et toujours à la marge, heureuse d’entrainer mes petits enfants dans les expérimentations du réel les plus improbables, semant des graines avec eux, espérant qu’en voyant un jour deux graines semées faire germer deux plantes différentes, ils soient assez « adaptable » pour réfléchir et questionner ce qu’ils ont mal appris auprès de personnes bien-intentionnées. Car, oui, dans le système de reproduction sexué, pour les plantes comme pour les animaux, c’est une demi-graine qui s’allie avec une demi-graine pour donner vie à un nouvel individu!

Sur mesure

Ma fascination pour le vivant se cultive sur le lit de la complexité, avec ma manière de toujours regarder au large et précisément à la fois, arrosé par une manie venant je ne sais d’où qui consiste à toujours tout détricoter pour mieux avancer.
A noter qu’en utilisant le verbe « détricoter », j’évite joyeusement la notion « philosophico-littéraire » de déconstruction en me contentant de tirer humblement sur les fils du tricot!

Dans le même timing, les travaux avancent (au point que je commence à voir l’horizon de l’emménagement dans un nouvel environnement) et je suis sollicitée pour participer à une assemblée restreinte où il sera question de conjuguer les mots « méthodologie », « consensus » et « formalisé » (au point que je plonge encore et encore le nez dans la toile sans fond)
Inévitablement, ma réflexion va bon train, factuellement écartelée, m’entrainant comme d’habitude à danser en équilibre entre mes idées et celles des autres, entre ma réalité perçue à travers mes sens et le bon sens tant vanté par les autres.

Autant dire que, et peut-être est-ce seulement l’approche du changement de la saison qui fait monter la sève et chanter les oiseaux, autant dire que je suis en ce moment proche du sommet de la courbe d’énergie consentie à la hauteur de mes nombreux printemps.

Tout est lié.
« Tout » est un tissage, c’est à dire une multitude de fils entrecroisés selon différentes techniques parfois extrêmement rigoureuses d’autre fois plus fantaisistes.

Dans quelques semaines, probablement plus d’un mois, je pourrai entrer « chez moi ».

Comme d’habitude, je resterai intarissable au sujet des « petits riens », de ces passages de lumière créés de toute pièce, des kilos de gravats évacués, des éclats de verre soigneusement incrusté dans la chaux, de ce bleu si profond qui me parle autant de l’océan, de la petite gentiane des montagnes que de la vulgaire centaurée, mauvaise herbe bien connue par les céréaliers portés sur la blondeur intégrale, mauvaise herbe que je protège dans mon jardin.

Bientôt, je vais entrer dans cet espace sur mesure, à ma mesure, dans cet espace particulier que j’ai rendu bavard à force de dialoguer en sa compagnie, bavard à force de le confronter aux ouvriers (j’ai pas noté le passage d’ouvrières!), bavard à force de scruter son passé à l’aune du mien.

L’autre jour, tandis que je passais pour « le suivi », découvrant la couleur en place, j’ai été submergée par une immense dégoulinade d’émotions. Sitôt rentrée, j’ai interrogé la toile, cherchant à mettre de la raison dans l’improbable, essayant en vain de trouver un lien entre une longueur d’onde (celle de la couleur bleue choisie) et une autre (celle d’une note de musique qui tintait sans présence réelle).
J’ai dû me rendre à l’évidence, il n’y a scientifiquement aucun lien, en avais-je jamais douté?
C’est que l’émotion n’est rien de plus qu’une dégoulinade hormonale sur mesure.
Une production cérébrale à la mesure de l’activité cérébrale de chaque personne.
L’illusion fait son job et produit encore plus d’illusions.

En fouillant le web dans le but de constituer une liste d’arguments à transporter prochainement vers la capitale, j’ai crocheté ensemble ce qui se joue ces jours-ci.
Un mouvement.
Des passages.
Une formidable toute puissance.
Une terrible impuissance.

Et alors, j’ai clairement entrevu le frisson, celui qui monte lorsque je suis face à moi-même.
Au milieu du désert, loin sur l’océan, au coeur de l’effort, dans le noir absolu (celui d’une grotte par exemple) ou soumise à l’aveuglement d’un éblouissement, je me suis si souvent trouvée confrontée à ce face à face que je finis par le connaitre un peu.
Et il est notable que ce qui est connu n’effraie point.
Et ce qui n’effraie point s’apprivoise.
Tranquillement.

C’est le temps passé à créer des liens qui donne du sens, n’est-ce pas ?
(Et, là, je suis en train de plagier un célèbre Renard! Arffffff )




Point fixe et points de suspension

Il y a un bon bout de temps que je n’ai rien raconté au sujet des postures.
Dans la semaine, par deux fois, j’ai ressenti l’envie pressante de m’installer pour seulement « être là ».

Ce fut en premier dans le centre d’un cercle qui m’attira irrésistiblement.
Je l’ai repéré de loin.
Le cercle était parfaitement dessiné, absolument circulaire, comme s’il avait été tracé avec un immense compas.
Dans un environnement très minéral, absolument désert, j’étais comme une gamine à qui une gourmandise est proposée, incapable de refuser. En approchant, il s’avéra que les cercles concentriques si parfaits correspondaient aux marques laissées par les temps d’évaporation d’une mare.

Sans avoir besoin de tester, je savais que le centre allait être mou, de consistance vaseuse et que j’allais sortir de la posture marquée par la vase. Loin de me rebuter, l’exercice me paraissait plein d’enseignements.
J’ai pris soin de choisir une pierre pour marquer le centre exact et y placer mon postérieur.

Puis, nus pieds, contournant le cercle avec attention afin de ne pas le maculer, je me suis dirigée vers le centre, traçant de fait une ligne. Là, mes pieds disparaissaient dans la vase. J’ai posé la pierre qui s’enfonça pour ne laisser visible que le sommet plat d’une de ses faces, juste ce qu’il me fallait pour « entrer » la posture choisie.
Je suis restée un bon moment, posant des points de suspension dans ma respiration afin de « flotter » au mieux sur la terre meuble. J’entendais dans chacune de mes cellules résonner l’écho de chacune des bulles d’air qui sortaient de la terre.
Je ne saurais dire après quelle durée je suis sortie par la ligne droite pré-tracée, reposant chaque pied dans chaque trace, presque honteuse d’avoir « souillé » un dessin si impeccable.

Hier était un autre jour.
Après plus de deux heures passés sur l’eau, seule entre calme plat et vagues assourdissantes, nous sommes partis à deux vers une plage de l’ouest.
La lumière était sublime.
La houle, pourtant « petite » en apparence, s’abattait sur les rochers avec une force inouïe, me laissant mieux comprendre le fort courant que j’avais dû patiemment « remonter » le matin en tournant la pointe du Phare à Lobos, et toute la concentration que j’avais eu besoin de déployer sur chacun des points fixes que la pagaie agrippait à chaque « coup de rame ».

Une fois encore, je fus irrésistiblement attirée.
Par « un sommet » cette fois.
Et au sommet, il me plait de planter une posture verticale.

Les paquets de mer arrivaient au rythme des séries, leur explosion faisait vibrer le roc et vaporisait les embruns dans le vent.
C’était à la fois fantastique et fascinant.
Comme d’habitude, j’ai choisi avec attention l’endroit ou poser un pied de manière « presque » confortable si tant est qu’une surface non plane puisse être tout à fait confortable.
Et pas comme d’habitude, j’ai raté mon projet à plusieurs reprises.
L’esprit accaparé par le spectacle son et lumière, j’en oubliai la notion de point fixe indispensable!

C’est seulement après avoir tenté deux trois fois de changer la place de mon pied, après avoir tenté deux trois fois de changer de jambe que d’un coup j’ai réussi, avec une facilité déconcertante.
A l’instant même je réalisai que j’avais accroché mon regard sur une arrête rocheuse, juste devant moi. De fait je tenais debout, grâce à ce lien virtuel.
Juste avant, c’était impossible car le vent et l’océan me trimbalaient ostensiblement.

En bas, le photographe visait les cascades et il est amusant de constater sur sa succession d’images qu’il ne me voyait pas.
En haut, pendant deux fois cinq longues minutes, je fus le roc, le vent et l’eau.
Juste magique…