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Je sais, je sais!

Oui, je sais, je sais.

Qui n’a jamais entendu ces mots sortir de la bouche d’un enfant haut comme trois pommes?
Qui n’a jamais entendu la version un tantinet plus agacée partant du haut d’un teenager dégingandé ?
Et qui n’a jamais lu ici ou là des affirmations péremptoires sur autant de sujets que de personnes capables de dire « moi je sais »?

Enfant, j’usais et abusais de cette locution : « je sais ».
Si je m’en souviens si bien c’est que je me souviens du jour où j’ai cessé de la proférer. Je devais avoir six ou sept ans et mon père, certainement à bout d’arguments m’avait sèchement cloué le bec en disant « Non, tu ne sais pas ».
Dans ma tête d’enfant, ce moment résonne encore comme une chance. Il m’avait fort à propos bousculée et une quantité de nouvelles portes s’étaient instantanément ouvertes.
Car, en disant « je sais » à cet âge là je revendiquais, non pas un quelconque savoir, mais plutôt la possibilité de découvrir par moi même.
Je refusais le tout cuit, le prêt à croire, la soumission à un quelconque discours et j’avais envie de faire mes propres expériences, grappillant ça et là.

Quand vint le temps de l’adolescence, je savais un certain nombre de choses.
Plus de douze ans d’expérience dans une vie, c’est pas rien, n’est-ce pas ?

Par exemple il était clair que ma meilleure amie était la solitude.

Pour autant, j’avais soif d’apprendre partout (sauf à l’école, c’est notable).
J’étais de ces personnes qui répondent un hâtif « oui » aux conseils et autres « enseignements académiques » tout en pensant « je ferai ce que je veux », « je vais vérifier ce que tu racontes ».

Cependant, j’avais la certitude d’avoir déjà quelques connaissances dans de multiples domaines et j’étais plutôt du genre à la ramener quand les circonstances me le permettaient.
Et en même temps, une petite voix me chantait « non tu ne sais pas ».
C’était une chanson douce, paisible, et parce qu’elle était là, elle me permettait d’avancer mes pions avec grand sérieux et sans vraiment me prendre au sérieux.

Avec le temps qui est passé, j’ai eu l’immense chance de rencontrer des personnes extra-ordinaires. Et il devenait vraiment clair que j’étais une minuscule « sachante » par rapport à elles.
Pourtant, à force d’être à leurs côtés et sans comprendre quel rôle m’était assigné, je constatais à l’envi que ces personnes là étaient en quête de savoir, remettant sans cesse en question le leur ; que ces personnes étaient fort enclines à partager leurs questions, qu’elles avaient peu de réponses ou alors des réponses du genre « Aujourd’hui, ceci est connu et tout peu changer très vite en fonction des découvertes à venir. »
Ces personnes étaient admirables à mes yeux et j’avais vraiment envie de leur ressembler bien que je n’aie ni leur étoffe, leur niveau intellectuel, ni leur expérience.

Aujourd’hui, le temps poursuit inexorablement son avancée.
Je marche paisiblement vers mon ultime naissance.
Je connais le nombre d’expériences qui m’ont fait devenir qui je suis.
Je suis définitivement capable de dire « Je l’ignore » ou « J’en sais rien » en me sentant parfaitement bien, tout à fait à ma place.
Je navigue de question en question comme je mets un pied devant l’autre, tranquille et sans hâte, curieuse et avide d’apprendre encore, de partager mes questionnements et de cueillir ceux des autres.

J’ai bien compris qu’il existe des personnes qui considèrent, à leur idée, ce que je raconte.
Certaines imaginent « elle sait », d’autres pensent vraiment fort : « elle parle d’un sujet sans le connaitre aussi bien que moi ».

Ma réalité est autre.

Je dirais que je suis certainement beaucoup trop fascinée par ce monde en mouvement pour avoir envie de me bloquer, de m’immobiliser définitivement sur d’éphémères certitudes et encore moins pour « croire » confortablement ce qui se raconte.

Dès que je ne bouge plus, je me sens insécure.

Et oui, parfois, c’est fatigant, je sais!

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.

C’est le bouquet! (2)

(Image tirée de la médiathèque et datant de 2019)

Comme je l’avais écrit à la fin de l’article précédant, il régnait un certain tintamarre dans ma tête entre « faut pas pousser », une conférence à préparer pour dans longtemps et les questions d’actualité.
Une zone de vacances étant à l’approche, il devenait nécessaire de faire le ménage afin qu’une musique plus paisible puisse m’offrir la chance d’être plus sereine.
Il F A L L A I T donc urgemment que je rencontre la réalisatrice du film, que je lui parle en direct live, que je sente, que je dise, que je ressente suffisamment pour faire taire une partie des questions débarquées suite à tous les fils déjà tirés et occasionnant le brouhaha consécutif.
En insistant un peu, j’ai obtenu un créneau hier à 17h.
La journée avait été chargée et ce n’est qu’avant de partir que j’ai découvert un @ qui, comme part hasard faisait suite au visionnage du sacré film.
 » Alors, le soir, je loue le documentaire et là… surprise! Te voilà! Je déguste avec plaisir cette scène bien tournée où je reconnais ta façon de poser des mots doux sur des choses simples. »
Il était trop tard et trop nuit pour que je file en vélo au rendez vous, la piste étant trop couvertes de feuilles pour m’y risquer sans risques.
Enfermée dans la voiture, les yeux rivés sur le GPS pour éviter les plus gros embouteillages, j’ai laissé s’élargir ce message et l’ensemble de ce qu’il contenait comme autant d’échos à ce que je pense profondément depuis bien longtemps.

La rencontre fut cordiale.
Comme je m’y attendais un peu, la réalisatrice fut étonnée d’entendre que j’avais été bousculée par son attitude cavalière. A la manière des personnes qu’elle pourrait facilement juger pour leur empressement à agir sans explication, elle me disait « oui, oui je comprends » avec son corps qui disait  » y’a quand même pas mort d’homme, et puis j’ai eu une super idée en utilisant ces images inutilisées, non? »
La rencontre fut néanmoins très cordiale.
Et surtout, elle a tout à fait rempli le rôle que je lui avait attribuée : boucler une boucle, passer d’un bouquet à l’autre et en sortir rassérénée.

Le sommeil paisible de la nuit dernière fut à la hauteur du calme revenu.

Et ce matin s’est ouvert sur les restes éparpillés.
Comme il faut impérativement recycler et surtout ne rien jeter, je me suis mise à l’ouvrage devant le clavier.
Je suis à nouveau partie à l’aventure à travers les incroyables pages souterraines hébergées par le géant FB affichant désormais un sigle infini en face du préfixe « méta », c’est un signe encourageant, cet infini tout puissant, n’est-ce pas? Et hop, voilà que je digresse à nouveau.

Donc, comme il FAUT montrer patte blanche pour entrer dans les espaces de blanches brebis où je n’ai jamais posé les pieds, il a bien fallu que je sorte des étiquettes.
C’est que les jeunes reines qui règnent sur ces essaims contemporains ignorent tout de mes passages lointains, de ces pas alignés à la marge dans la préhistoire de l’internet. A l’époque, nous étions une poignée à converser autour du monde, à écrire de looooooongs messages, remplis de mot complexes qu’il fallait prendre le temps de lire sur le grand écran d’un lourd PC familial. Désormais, tout se « fait » en quelques lignes sur l’écran du smartphone, il faut vivre avec son temps!

Me voyant déjà pareille au vieux loup dans la bergerie, voilà que je ne sais plus trop sur quel pied danser et il va pourtant falloir que je sorte un discours qui à la fois me ressemble et à la fois ne blesse pas, pas trop en tout cas.

Me voilà, à l’orée d’une prise de distance, dansant sur le fil tendu entre mes propres paradoxes.
Bouquet final!

PS : l’image utilisée fut déjà utilisée, elle avait donné lieu à un article au sujet des « fleurs coupées »

Ces changements là (1)

En 2019, au retour de ma balade annuelle, je m’étais posé la question de la prochaine, remplie d’envies mais vide d’inspirations quant aux régions de France dont la découverte à petits pas pourrait se révéler tentante.

C’était avant d’être mise devant le fait accompli d’une « pandémie » jouant sur les nerfs entre obligations et interdictions de tous ordres : l’imprévisible qui pimente habituellement ma vie de manière aimablement espiègle est brutalement tombé sur l’ensemble de la population sans distinction. Sans en être touchée en temps qu’individu, je fus néanmoins atteinte en temps que partie de la population ; de fait j’ai choisi de laisser passer l’année 2020 sans rien prévoir.

Dès l’aube de cette année 2021, j’ai eu un colossal besoin de verticalité minérale. Privée de mes balades en zone désertique fuerteventurienne, j’ai touché le manque.
Car, la région nantaise, pour inspirante qu’elle soit, n’offre guère de hauteurs, d’autant moins que les conditions météorologiques fraiches et pluvieuses laissait la végétation s’étaler à profusion, me plongeant dans un univers entre verts clairs et gris foncés que la seule présence des fleurs ne suffisait pas à illuminer.
Certes, l’océan n’a pas cessé de m’offrir la possibilité de larges respirations, repoussant l’horizon et agrandissant le ciel au lointain de mes pensées, mais j’ai vraiment eu besoin de bouger vers plus loin, plus haut.

En juillet, une fenêtre de ciel bleu m’a poussée vers le massif pyrénéen, histoire de découvrir des hauteurs que j’avais renoncé à traverser en 2017, décidant en ce temps là, que si la pluie cachait tout sous son rideau brumeux, il était inutile de lutter. Ce fut aussi l’occasion pour tester la capacité de ma nouvelle voiture (la même mais en version « cinq portes ») à devenir un hébergement à la fois souple, mobile et… sec.

Juillet est passé.
J’ai envisagé des pistes de balades.
Le temps a galopé.

Libérée des « obligations familiales » mais contrainte par d’autres, j’ai vu septembre se rapprocher, les jours décliner, le soleil se refroidir sans avoir pris de décision. Il fallait pourtant plonger entre le 5 et le 16, choisir une trajectoire, un point de chute et surtout arrêter d’hésiter.

J’ai décidé.
La voiture serait mon alliée contre le temps trop restreint, en faveur de mes besoins de hauteur et de minéral.
D’une traite, j’allais « monter » tout au nord du Cotentin.
En pointillé, j’allais marcher au moins 25km par jour le long des côtes normandes puis bretonnes.
En obligation, j’allais chercher chaque soir un parking sauvage avec vue sur le large.

Ce changement là, ce changement en faveur du pointillé est apparemment un changement de style, apparemment seulement et chacun sait qu’il faut éviter de se fier aux apparences!

A suivre.

Ces changements là (2)

Direction le Nord Cotentin à l’ouest de Cherbourg pour commencer.

En prenant la décision de m’aventurer « dans le nord » j’acceptais la possibilité de fraicheur autant que la probabilité de pluies et de brumes.
La voiture s’étant imposée en temps que simplissime et minimaliste « camping-car », je savais pouvoir dormir au sec, évitant tout pliage de tente mouillée au petit matin.
Le soucis du poids d’un sac a dos de « randonnée autonome au long cours » devenant accessoire, je pouvais même embarquer un petit réchaud afin de me préparer un café chaud le matin et une soupe le soir, deux actions très dopantes et énergisantes en cas de météorologie défavorable.
Pour le reste je suis restée avec mes habitudes : aucun stock notable (sauf les noisettes) en nourriture ni en eau, vêtements de base, couverture de survie, couteau de poche, peigne et brosse à dents.
A noter que tout en acceptant la possibilité de pluie battante sur toute une journée de marche, j’ai quand même investi dans une véritable cape de pluie (la plus légère quand même) en matière top haut de gamme, donc à un prix top élevé : impossible d’avoir rien sans rien. Et sur ce point particulier, ce fut vraiment une bonne idée d’investissement (je me demande quand même dans quelle mesure la « mode post-covidienne de randonnée » n’a pas boosté les « créateurs » de confort pour bobo : je n’avais pas vu ce produit là avec cette technicité là auparavant. Certes, je n’avais pas cherché!)

J’avais un souvenir très précis du Cotentin, des souvenirs délicieux même, remontant à une époque lointaine où nous y avions résidé. En conséquence, je savais précisément où trouver les « à pic », la vie sauvage et aussi les points de ravitaillement faciles d’accès loins des embouteillages.
Les deux premières journées furent parfaites.
Les paysages collaient avec mes souvenirs tant que je regardais du côté de la mer.
La chaleur était là, les grandes marées faisaient leur show, j’ai marché tranquille deux fois trente bornes et…
… Et il n’y avait plus de falaises!

Que faire alors?
Dilemme : rejoindre la Bretagne sans attendre ou trainer encore un peu en Cotentin?

J’ai déplié les cartes.
Faire un choix judicieux en début de balade, alors même que j’étais à peine rentrée dans le rythme, s’avérait délicat. Je tenais à une bonne répartition des trajets motorisés, autrement dit, mon goût pour une certaine rigueur dans l’improvisation me disait que des beaux pointillés se doivent d’être réguliers.
J’ai replié les cartes.
Et déplié, et replié.
Ma décision était prise : aller faire un tour à Chausey que je ne connais pas.
Autre avantage de la voiture, sans soucis de recharge de smartphone, j’ai pu réserver illico en ligne, avant d’avoir le temps de changer d’avis.

Le troisième jour fut donc un jour entre parenthèse, un jour ilien dans un univers entièrement dédié aux touristes, dans un univers d’où l’âme s’est quasiment envolée.
Ce fut une expérience.
Et j’aime les expériences.
J’ai fait deux fois le tour de l’île, j’ai marché d’une île à l’autre grâce à la marée basse de grande marée, j’ai fait des tas de cailloux, écouté les oiseaux voler, marché encore, cherchant jusqu’à l’ultime moment où être pour éviter d’être au milieu « des autres », puis il fut l’heure du dernier bateau, de la voiture et de la route jusqu’à un parking sauvage au bord de l’eau, en Bretagne!

A suivre

Ces Changements là (3)

Bretagne nord.
Beaucoup de noms de villes me sont familiers mais je ne connaissais pas du tout cette région : débarquer dans un lieu à la faveur d’une compétition, c’est vivre en vase clôt le temps de la compétition et reprendre la route à la hâte dès que l’évènement se termine, c’est comme aller à un RV par le métro, il est possible de reconnaitre la station de métro mais rien de plus.

Je n’avais jamais vraiment noté que la Bretagne du Nord longe les côtes de la Manche, dans mon imaginaire « Bretagne » rime avec « Atlantique » et je me suis trouvée face à l’évidence : la côte nord n’est pas la Bretagne que j’imagine.
L’affluence des touristes, sous le soleil dont j’ai profité, lui donnais un air méditerranéen tout comme les variations du bleu de l’eau.
La Manche est un passage.
Les courants forts chantent comme autant de torrents suivant l’heure de la marée, ce sont eux qui animent le flot et que le vent s’en mêle, l’écume peut survenir.

J’aime la chanson du courant autant que les merveilleux dessins mouvants qui courent à la surface, offrant une immensité à la palette des bleus reflétant le ciel. Je peux rester longtemps penchée sur le spectacle.

A la recherche de rochers, je suis passée d’une pointe à l’autre, pestant contre l’invasion des camping-cars lorsque le soir venu je cherchais un emplacement loin du monde. Souvent parqués derrières des barrières, alignés les uns contre les autres comme dans un parking de supermarché, ils font masse et me posaient plein de questions, m’obligeant à fuir et à chercher plus loin. Certains soirs, j’ai tourné plus d’une heure, ce qui était beaucoup plus facile en voiture qu’à pied, bien que peu écologique.

Cette côte Nord de la Bretagne m’a offert, c’est certain, un bon nombre de clichés.
Les paysages?
J’ai été déçue parfois, déçue lorsque la réalité me sautait aux yeux, tellement différente des « cartes postales » piochées sur la toile.
Et puis, il y avait vraiment beaucoup de monde, trop à mon goût.
Et puis, voir ce « monde » se précipiter sur le « point de vue » de la carte postale pour y faire au choix un selfie, au choix une nouvelle carte postale me déprimait.
Et puis, et puis…

Oui, j’ai vu de beaux rochers.
J’ai appris aussi : les fours à goémon (destinés à la fabrication d’iode), les carrières de granit sur l’estran (construction des phares, des cathédrales et des maisons), ces rappels historiques qui me donnaient une vision de la vie des habitants d’autrefois, me ramenant aux humains d’aujourd’hui et à mes infinis questionnements.

En conclusion « j’ai fait » la Bretagne du Nord.
A la fin du septième jour, je n’avais qu’une hâte : passer à l’ouest!

A suivre

Ces Changements là (fin)

Dès mon arrivée à l’ouest, le soir à l’heure de trouver « une bonne place » j’ai senti la respiration océanique.
Alors, j’ai pu palper la différence, comprendre ce que j’avais ressenti tout le long de ma balade manchoise.
Les métaphores et les comparaisons s’amoncelaient dans mes pensées.
Si je devais citer deux fleurs qui me plaisent, je pouvais affirmer que la Bretagne nord me faisait penser à une pivoine et celle de l’ouest à une rose : mêmes couleurs, parfums assez semblables, mais graphismes différents et des épines pour la rose.
Si je devais citer des peintres qui me plaisent, je pensais à Dali pour la côte nord, à Dali pour se peintures lisses et surréelles, arrivée à l’ouest, ce sont les années torturées de Van Gogh qui rentraient dans la danse.
Je pensais à la vie des gens autrefois, des vies tellement différentes selon leur lieu d’habitation et leurs activités qu’elle devait forcément dessiner leur physique de manière différente, rondeurs et courbes douces pour les nordistes, traits secs et creusés pour les Finistériens.

Car, oui, j’entrais au bout du monde, là où se finissait la terre, là où commençait l’inconnu redoutable. Plus question de contrebande, d’échanges avec les îles d’en face par ici, il s’agit de navigations au long cours, de naufrages, de trépassés, de courage et d’aventures mille fois renouvelées.
Le nombre de chapelles et de calvaires est là pour souligner cette évidence : dans cette région, les humains devaient avoir la foi bien accrochée pour avancer dans la vie.

Il me restait trois jours.
Trois jours à vivre intensément.
Trois jours à marcher sur les crêtes, à me couler dans les ombres des criques improbables, à m’incliner, à respirer de tout mon être.

Le dernier jour s’est achevé à la crêperie, celle tenue par la femme d’un jardinier au grand coeur.
Le lendemain, j’ai roulé vers Nantes avec une idée fixe en tête : il faut que je retourne là-bas, au bout du monde, il faut que j’aille explorer l’immensité de ce qui est resté invisible.

Liberté et Individualisme

Liberté et individualisme!
C’est un sujet d’actualité.

En 1992, Robin Dunbar publiait une étude dans laquelle il « définissait » un nombre idéal d’individus pouvant s’entendre au sein d’un groupe. Au delà de ce nombre (évalué entre 100 et 230 pour l’humain) il est nécessaire d’envisager une structure lourde, hiérarchisée, gouvernementale et il y a inévitablement des mécontents.
Nous en somme arrivés à cette structure lourde au niveau mondial, très lourde tant les humains se sont multipliés selon une courbe exponentielle.

La société qui protégeait les individus semble, à entendre certains, être devenue dictatoriale au point de les empêcher d’exprimer librement leurs particularités individuelles.
Il suffit de regarder naitre chaque année les nouveaux groupes sensés défendre de nouvelles particularités pour en être convaincu.
Ainsi en créant des petits groupes l’espoir existe de pouvoir s’entendre.
Que le groupe s’agrandisse trop au delà du nombre de Dunbar et hop, une sécession devient inéluctable et ceux-là mêmes qui ne cessent d’exiger « une société démocratique » (concept assez flou qui serait à définir) s’empressent de mettre en oeuvre un règne qui déteste « l’autre », juge arbitrairement et détourne toute tentative de discussion pour se draper dans des croyances/certitudes extrêmement rigides.

Le mot « liberté » est porté haut sans autre définition, sans essai de le situer dans un environnement, sans essai de hiérarchisation des échelles…de liberté.
Ce mot, à la manière du verbe « aimer » est définitivement malade, à force d’être utilisé à tort et à travers, il ne signifie plus rien.
Le mot « individualisme », lui, n’apparait jamais sur les banderoles portées lors des défilés de rue. Les personnes circulant groupées ont peut-être l’impression (trompeuse) de faire partie d’un collectif?

Personnellement, je reste « un homme comme les autres » avec mes points forts et mes points faibles. Très récemment, dans un magazine sportif, il fut fait allusion à ma personne, d’abord au féminin quand il s’agissait d’abriter et d’apporter du réconfort, puis au masculin quand il s’agissait de reconnaitre un statut… d’aventurier. Cette anecdote est venue confirmer mon point de vue singulier : je suis un homme comme les autres, un individu, une personne que les autres adaptent à leur point de vue individuel en fonction de ce qui fait sens pour eux. Cette « liberté » là, de penser et de parler existe bel et bien.
De même la société est une réalité.
En temps qu’individu, nous avons chacun besoin de la société pour survivre, pour apprendre, pour exister même.
Et chaque société, depuis la nuit des temps, pose des règles et des lois. Chaque société construit ces règles et ces lois sur des croyances et des partis pris, toujours afin de maintenir un équilibre protecteur. Evidemment, règles et lois reposent sur un discours dominant toujours critiquable, même depuis l’avènement de la « démocratie » dans nos contrées, car il s’agit de définir « ensemble » le moins pire pour le plus grand nombre, donc jamais le meilleur pour chaque individu.
Pourtant chacun reste libre de chercher le meilleur pour lui-même.
Seul.

Reconnaitre les orchidées lors des balades (2)

Un point de vue plus personnel dans ce deuxième billet.

Difficile d’affirmer ce qui me conduit à repérer les orchidées sauvages au milieu des autres végétaux.
J’ai l’habitude de marcher en regardant où je mets les pieds, comme j’ai l’habitude de marcher en regardant au loin, en me réjouissant autant de l’immensité que du subtil bruissement des insectes, du plissement des roches que de l’infinie palette des tailles et des couleurs offertes par les végétaux.

Parfois je ne vois rien, absorbée par l’absence de pensée, je marche.
Seule.
(A noter que marcher en groupe est une autre histoire. Etant reliée au groupe, si petit soit-il, mon attention à l’environnement est forcément moindre, obligatoirement modifiée, impacté, biaisée par la/les présences. Cette considération est factuelle, excluant tout jugement, elle se contente de placer le contexte de ce billet)

Et cependant, même dans ces moments où ma conscience est en état second, des éclats de lumière touchent certaines terminaisons nerveuses au point de m’arrêter, parfois de revenir sur mes pas. Curieuse, j’ai besoin de comprendre ce qui m’a ainsi touchée. Abandonnant l’immensité, laissant de côté toute complexité, je me penche très simplement sur l’instant et je zoome au plus proche à la recherche d’une source génératrice d’éclat.
Les orchidées sauvages me font cet effet là.

C’est toujours une surprise.
Mes connaissances sont limitées et si dans d’autres balades, je suis activement à la recherche d’une espèce avec toutes ses particularités, sachant la nommer en la trouvant puisque, justement je la cherche ; me trouver face à une orchidée que je suis incapable de nommer est à la fois un cadeau et un challenge. A partir de l’instant où je la vois, je deviens exploratrice, notant chaque détail afin d’en savoir plus à son sujet.
Et, il faut bien reconnaitre que le plus passionnant de l’histoire, c’est l’agrandissement nécessaire de l’expérience, un agrandissement qui semble possible jusqu’à l’infini, donc fascinant et enthousiasmant.
Je comprends que d’autres pourraient ressentir du découragement et négliger l’affaire.
Je comprends.
Et je suis ainsi, apprendre, comprendre le plus loin possible est une raison de vivre, une bonne raison d’avancer encore, j’ignore jusqu’où mais j’y vais.

Donc, devant une belle inconnue, il est urgent d’enregistrer des images. Dans ma mémoire et afin d’éviter d’inévitables mélanges, quiproquos ou fausses interprétations, sur la carte mémoire d’un APN.
Avant de mettre le mode « macro » en action, il faut envisager l’environnement, puis la partie aérienne de la plante en entier. Alors, je peux passer aux détails et afin de pouvoir les examiner tranquillement une fois à la maison, j’essaye toujours de « voir » sous différents angles.
Et ce qui est remarquable, c’est que c’est toujours insuffisant… une fois au loin.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’avère que les classifications évoluent et se complexifient au fil du temps.
Ceci parce que des spécialistes chercheurs spécialisés, non satisfaits d’aller regarder à la loupe jusqu’aux racines comme c’était l’usage au 19ème siècle, s’immiscent jusqu’au coeur de l’ADN, certains étant satisfaits seulement le jour où leur nom peut s’associer à « une nouvelle découverte »!
Pour l’amatrice que je suis, il est vain de lutter.
J’ai seulement besoin d’un nom d’espèce. Peu m’importe la variété quand il faudrait de trop infimes détails pour la déterminer, prendre le risque de raconter n’importe quoi à qui me prendrait pour plus savante que je suis est non-envisageable.

Dans les fiches établies sur ce site au nom de chacune des espèces que j’ai côtoyé, je me fais plaisir en racontant une anecdote ou une autre. Ainsi, il me plait de « partager » ce qu’est ma quête. Une quête solitaire, individuelle, vitale parce que philosophique, riche de multiples digressions, source de métaphores, de réflexions sociétales, de raisonnements complexes et d’infinis questionnements.
Pour commencer, j’invite cependant toujours la rigueur. En toute choses, je sais qu’il est nécessaire de partir d’une base avant de s’envoler.
Il y a toujours un lien vers un site de référence, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel où, avec une bonne dose de patience (je sais de quoi je parle) les personnes curieuses pourront découvrir un grand nombre d’informations.

De la reproduction

Il serait à la fois vain et prétentieux d’écrire ici un énième billet au sujet de la reproduction de nos orchidées sauvages occidentales. Les passants les plus curieux trouveront sur la toile des informations très pointues, très globales, parfois pas vraiment justes, parfois pas tout à fait fausses et chacun prendra ce qu’il a besoin de récupérer.

Quel est donc l’objet de ce billet ?
En premier l’image qui vient en tête.
Une graine de capucine (Tropaeolum majus) quelques graines de persil (Petroselinum crispum) et un nuage de graines d’ophrys abeille (Ophrys Apifera) sont photographiés ensemble sur le plan de travail mélaminé de la cuisine.
Pas besoin d’argumenter davantage à propos la taille des graines!

Voilà ce qui inspire ce billet, au départ, une histoire de taille qui fait toute la particularité de ces plantes.
Une histoire fascinante.

Si la fleur a été fécondée, l’ovaire gonfle.
Une fois la fleur fanée, il ne reste que l’ovaire qui sèche et s’ouvre un jour, faisant échapper au vent des milliers de ces minuscules graines.
En aparté, la parabole de la graine de sénevé fut imaginée dans une époque où il fallait parler aux gens de ce qu’ils connaissaient, donc des semences habituellement utilisées tout en oubliant que la nature faisait le job seule et à sa manière. Il y aurait de joyeuses paraboles à inventer avec les graines d’orchidées!

Car, sur les milliers de graines envolées, seulement quelques unes parviendront à germer.
Portées par le vent, parfois sur des centaines de kilomètres, les graines tombent souvent en milieu hostile, servent de nourritures ou dépérissent spontanément.
Qu’une graine ait la chance d’arriver sur un biotope favorable ne suffit pas.
C’est une graine d’orchidée, pas une graine « normale ».
Elle ne dispose d’aucune réserve pour germer et il faut donc une astuce pour disposer des enzymes, des vitamines et de l’énergie (sucre) indispensable au processus de germination.
Elle a besoin d’aide.
Le plus souvent c’est un rhyzoctonia qui fera l’affaire.

(En fin de 19ème, découvrant l’association de ce filament microscopique avec la graine d’orchis (réalisant une parfaite symbiose dans les cas où « ça marche ») le botaniste Noël Bernard fit grandement avancer la connaissance des Orchidées.)

Une fois l’affaire favorablement conclue, apparait un protocorme (Du grec ancien « protos » et « kormos » soit littéralement, « ce qui vient avant le bulbe ») et l’attente commence. Selon les espèces et les conditions environnementales, il faudra compter entre 2 et 15 ans entre la germination et la floraison!
Dans tous ce temps « invisible » se succèdent plusieurs cycles végétatifs.
Enfin, un jour à la fin de l’hiver, se sentant assez remplie d’énergie, une plantule ose l’aventure, elle se hisse avec vigueur et sans aucun doute vers la lumière. Au début du printemps, une « rosette » apparait.
Dans le même élan, pendant que le bulbe initial se flétrit déjà, pompé par la formation aérienne, sous terre un nouveau bulbe se crée et emmagasine des réserves.
Tandis qu’apparait la fleur qui nous émerveille, le cycle se poursuit.
Sur le dessin suivant (dessin anonyme sans copyright), il est facile de constater que la vie de cette plante est principalement souterraine.

Après ce bref récit, il devient facile de comprendre pourquoi ces orchidées si charmantes ont besoin d’un milieu stable. Leur germination est complexe, leur croissance est super lente, elles vivent en symbiose. Tous les biotopes en permanence modifiés par les interventions humaines leur sont hostiles.

Heureusement, il reste des zones où l’humain n’a pas la capacité de gérer.
Et puis désormais, il est admis que tout faucher n’est pas une solution, ni même esthétique, que la nature pour s’exprimer a besoin de fantaisie et d’herbes folles.
Et comme les graines d’orchidées peuvent voyager sur des kilomètres, elles peuvent aussi tomber un jour dans des endroits à nouveau respectés.

Il est probable que nous n’avons pas fini d’être surpris.

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