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Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…

Au bout de la pensée

Plus que quelque jours sur l’île car tout passe et tout lasse. Un autre vie m’attend au loin et d’autres encore et aucun paradis ne parait plus beau que la vraie vie, ses haut et ses bas, ses horreurs et ses beautés, ses joies et ses tristesses.

Hier matin, levée à l’aube comme d’habitude je n’avais pas grand chose à écrire, je suis partie tôt réveiller ma pirogue.

Les bistrots de la plage étaient aux mains de ceux qui nettoient et rangent, les touristes dormaient encore.

Dans le sous-sol d’hôtel où reposent planches et pirogues, le ballet des femmes de ménage s’intensifiaient. Tandis que je chargeais mon « outil de loisir » sur son chariot, elles vérifiaient la charge de leur « outil de travail » et passaient devant moi en poussant leur caddie rempli de draps blancs. Je les saluais aimablement et elles me répondaient en souriant mais nous faisions, à ce moment précis, partie de deux mondes parallèles, la communication était impossible.

Plongée dans le développement de l’hypothèse qui avait émergé à cette croisée des chemins, j’arrivais sur la plage , m’agaçant de voir des pailles trainer sur la descente, je posais une nouvelle hypothèse et quelques instants plus tard, je ramais en rangeant une liste des arguments.

Les nuages se dissipaient dans le ciel.
Pas un souffle de vent ne ridait la baie.
Je tirais bien droit et seul le bruit du flotteur déplaçant l’eau chantait à mes oreilles au rythme des coups de pagaie.
Je mettais le cap vers le Puertito, à l’extrémité de l’ile d’en face.

Comment ma mère s’invita t-elle dans mes pensées?
je ne sais pas.
La paix envahissante certainement.
Je voyais s’éteindre la braise, seule, sans bruit, simplement.
Loin de toute pollution, du plastique des perfusions, des drogues et des usines à mourir.
Elle est partie comme elle a vécu, sans « déranger personne ».
Je l’imaginais alors dans son cercueil en sapin, le moins cher, à son image.
Ce « prêt à emballer » où les dentelles sont chinoises et le vernis pas vraiment bio, elle qui n’aimait ni le « synthétique qui gratte » ni les « odeurs de chimie ».
Je l’imaginais dans son cercueil avec sa couche plastique et je me disais que les morts polluent aussi de nos jours.
Et je revoyais ma mère dans sa dernière ligne droite : lorsque nous lui disions en partant : « reste assise, tout va bien, à bientôt » elle répondait le seul truc sensé qui lui restait : « De toute manière, est-ce que j’ai le choix? »
Elle n’a jamais eu le choix, elle n’a jamais, jamais osé faire un choix sinon celui de suivre.

Et la vie entra en grand tralala dans mes pensées tandis que j’approchais déjà des vagues énormes qui s’abattaient sur le rivage, encore vierges de surfeurs à cette heure matinale.

Un nouveau flot de pensées arrivait, bien rangé, sur tapis rouge comme à l’entrée d’un grand théâtre, bien habillé, prêt à briller à passer en premier à s’occuper du « qu’en dira-t-on » et à se selfifier parce qu’il faut en bien en parler sur les réseaux sociaux…

J’ai pris large pour éviter le déferlement des vagues.
Le Puertito dormait encore.
Le vent aussi.
Seule la grosse houle ronde passait à grande vitesse.
Une irrésistible envie de voir l’autre côté de l’île me prit.
J’étais en maillot de bain, sans le « matériel de sécurité » bien français mais en toute possession de toute ma tête.
La folie est le piment de la vie.

La folie, et plus loin la folle sagesse sont si différentes de l’inconscience!

J’entrais sur la façade tournée vers le large.
Ici il ne reste que la solitude.
Mes pensées m’abandonnèrent.
Je scrutais le plan d’eau, les oiseaux, l’écume au loin.
J’étais prête à faire demi-tour, à rentrer bien sagement par le chemin sage
En cas de nécessité.

Le vent restait muet.
Déjà la pointe envoyait ses ondes en vrac, transformant la flatitude en matelas mouvant de manière désordonnée.
En tirant large, je pouvais passer, j’en étais certaine.
Je sentais l’adrénaline monter et la dégoulinade simultanée d’hormones excitantes circuler le long de mon dos.
J’avançais plus loin.
Loin des déferlantes assourdissantes
Proche des déferlantes magnifiques,
J’entrais sur le flot bruissant comme un torrent de montagne,
Cet effet particulier généré par l’effet de pointe.
A cet instant précis mes copains de pirogues traversèrent mes pensées,
Eux qui parfois avouaient serrer les fesse au passage de la pointe de chez nous.

Je redoublais d’énergie pour avancer contre le courant.
Au loin j’aperçus le cata des touristes.
Il était très au large.
Connaissant l’obligation que se fait le capitaine de frôler l’île au plus près pour le bonheur des passagers, je redoublais de prudence.
La grande houle ronde atlantique envoie de manière sporadique des séries plus énormes que les autres et il faut s’en préserver : tirer au large au juste milieu.

Le bonheur de ces instants là est indescriptible.
C’est comme croquer dans une pièce en chocolat doré,
Déguster pile et face dans le même instant
Le doute et la confiance rassemblés
Sans concurrence, sans bataille

Juste là.

Au bout de toutes les pensées.
Au moment précis ou tombent les pensées
Au moment formidable où la vie enfin se vit
Sans fards.


Ces rêves qui se laissent attraper

Sans rêves, jamais ma vie n’aurait été ce qu’elle est
Je suis une infatigable rêveuse en ce sens que je cours sans cesse à la poursuite de rêves fous.

Rêver est non-suffisant, il faut de la constance, de la tranquillité, une infinie persévérance car les rêves sont comme les papillons, ils ne se laissent pas facilement attraper intacts et bien vivants.

Sur cette île de désert et d’océan dont je connais mille recoins, une chose me manquait dont je rêvais depuis plusieurs années : la possibilité d’aller sur l’eau, chaque jour, seule, à ma guise, la possibilité de m’évader à volonté … en quelque sorte.
Dix ans que j’attendais ce moment.
Dix ans.

Voilà qui est fait.

J’ai attrapé ce rêve le jour même de mon arrivée.
Je l’ai attrapé comme je fais toujours, en lui courant après.
Je regardais l’océan quand j’ai vu deux pirogues entrer dans la rade.
Deux pirogues!
Jamais je n’en avais vu autant à la fois par ici!
Elles se dirigeaient vers une plage centrale, au pied des restaurants.
Je les ai suivies du regard, j’ai hâté le pas espérant les voir de plus près, sans vraiment savoir ce que je cherchais sinon rêver je ne savais pas vraiment quoi.
Tout allait très vite et malgré mon pas empressé, lorsque je suis arrivée près de la plage, ce fut pour voir deux gars en sortir leur pirogue sur l’épaule.
Ni une ni deux, comme je le faisais gamine, comme je l’ai toujours fait, j’ai suivi mon rêve, j’ai suivi les gars dans la rue, puis dans le parking souterrain où ils s’engouffrèrent.
L’avantage quand on est gamine depuis plus longtemps que les autres, c’est que la timidité est moindre. J’ai commencé par observer, mais il n’a pas fallut plus d’une minute pour que je demande : « Ces pirogues sont-elles à louer? »
Elles ne l’étaient pas, mais il y avait une piste, un nom à taper sur le clavier sans plus de précisions.
Et hop!
Le lendemain j’avais rendez-vous au bistrot du coin.
Et hop, le soir même j’avais la clé du local et une pirogue à disposition pour quelques euros symboliques.
Et hop, le lendemain je partais vers ce que j’aime le plus, une session seule sur l’océan, dans cet entre-deux à nul autre pareil où la houle est grande et le rivage lointain, où l’eau perd ses nuances turquoise pour passer à l’outremer, où je deviens moins qu’un point à l’horizon pour qui aurait la folie de s’user les yeux à me chercher.
Seule contre le vent, seule avec lui.
Seule à fleur l’eau.
La houle est belle au milieu du channel,
Ce matin, dans les creux, les montagnes disparaissaient.

Le rêve.
Si longtemps non-attendu.
Le rêve s’est réalisé.
Ce rêve là, comme tant d’autres déjà.

Mais tout ceci serait de moindre intérêt si d’un coup, je n’avais compris un mystère qui me questionnait.
Le mystère était le suivant :
En écoutant les gens exprimer leurs souhaits, leurs rêves et leurs désirs les plus fous dans le cadre par exemple où il seraient susceptibles de gagner beaucoup d’argent « pour réaliser leurs rêves », je me suis infiniment souvent posée la question de savoir ce que je répondrais à leur place. Et chaque fois, j’ai fait chou blanc.
Rien.
Pas une seule idée de « rêve à réaliser »!
Moi qui passe mon temps à rêver plus loin!

C’est que rêver est une épreuve d’endurance,
Une aventure qui ne se vend ni ne s’achète.
Rêver, c’est courir après les papillons,
Patiemment, tranquillement, avec beaucoup d’assiduité,
Et quand parfois l’un d’eux vient se poser,
Juste là, à portée de main,
C’est retenir son souffle et avancer et oser
Sans y croire, sans douter
Et l’attraper tout entier, bien vivant
Le rêve.

Le chemin des asphodèles

Voilà un chemin que mes pas suivent et suivent à nouveau sans jamais se lasser.

Je l’appelle le chemin des asphodèles peut-être par analogie avec la « plaine des asphodèles » , peut-être parce que c’est un poème, une méditation sans but ni objet, une ballade inlassablement fascinante.

Si je suis pressée, je boucle la boucle en moins d’une heure.
Si rien ne presse, j’avance de détours en détours.

C’est un livre écrit très fin.
Depuis des années, j’en tourne obstinément les pages, diaphanes comme de papier bible, sans être capable d’y retrouver ni un chapitre, ni un vers à l’endroit où je pensais l’avoir enregistré.
Je le déroule dans un sens en partant du pont des forges ou dans l’autre en commençant au moulin.

Forges et moulins ont disparus depuis longtemps mais ni les trépidations des groupes déboulant accrochés à leur bâtons, ni la patience des pêcheurs chasseurs de vifs n’effacent leurs traces quand je passe, dans ces heures creuses où ma solitude est reine de l’espace.

Sur ce chemin se mêle la vie des hommes à celle de la nature.

Ici une fontaine capte une source sur le chemin ancestral de Nantes à Rennes.
Là, resté planté sur le bord du chemin, un châtaignier presque millénaire qui ne demande rien.
Il a probablement tendu ses fruits aux passants de longues années durant et ces derniers temps, il est affublé d’une pancarte. Comment ne pas sourire en pensant à ceux qui cliquent un selfie devant la plaque ?
Il est clair que l’arbre n’est qu’un arbre.
Plus loin quelques ruines racontent la persistance de l’impermanence.
Ici le labeur fut de rigueur durant des siècles, puis l’industrie a invité le travail jusqu’à fournir des boulets aux esclaves, la farine a tout recouvert de blanc jusqu’à ce que le feu ne gagne et que ne sévisse l’abandon, jusqu’à ce que le souvenir l’emporte, déposant ça et là un barbecue ou une pancarte.
L’avenir est encore à vivre.

Hier, j’avais quartier libre et le soleil était au rendez-vous.
J’ai rencontré la très clandestine en robe blanche alors que je ne l’attendais pas.
Au détour d’un arc du rivage, un noir cormoran tout trempé décolla à grand bruit, estompant le frisson majestueux d’un grand héron en vol.
J’ai écouté pousser les jonquilles transperçant le tapis automnal, deviné la place des asphodèles, caressé la grande consoude encore minuscule, humé l’air clair se reflétant de tout son bleu sur l’eau sombre. Puis j’ai poussé jusqu’au pavage hérité d’un temps plus lointain encore que celui de la naissance du châtaignier du bord du chemin.
Là où l’ornière est dessinée, j’ai entendu le grincement des charrettes et la voix des hommes jurant de jurons d’autrefois.
Les nuages voilaient déjà l’astre déclinant, il fut temps de rejoindre mes pénates.

Je hâtais le pas, toutes pensées dissoutes.
Et tandis qu’au dessus de ma tête la hâte des automobilistes me ramenait à l’instant présent, je notais à quel point la connaissance est indispensable à la reconnaissance.



Recette, un point de vue actuel

Cette année, enfants et petits enfants avaient prévu de coloniser mon univers le temps du matin de Noël.

Il me fallait trouver un fil conducteur pour inventer un « brunch de Noël ».

Il est bien probable que l’âge de mes petits-enfants y fut pour quelque chose, des souvenirs et des saveurs d’enfance sont venues titiller mes papilles, une folle envie de re-goûter certaines pâtisseries familiales fit surface.

Il fallait trouver des recettes.

(A noter la lointaine étymologie de ce mot « recette » puisée dans le latin « recipere » c’est à dire recevoir…)

Pour les contenir, j’avais en stock tous les « bons moules » d’origine, c’est une histoire de famille, nous sommes conservateurs pour certaines choses importantes à nos yeux.
Il restait à définir les ingrédients à mélanger, donc à trouver sur la toile les images qui correspondaient aux souvenirs qui titillaient mes papilles.
Pour deux recettes, ce fut facile.
Pour celle du « gâteau aux noisettes de Noël de mon enfance », ce fut une autre histoire.
Malgré la perfection des moteurs de recherche, sans me souvenir du nom précis de ce gâteau là, je n’ai pas réussi à trouver autre chose qu’une image approchante.
J’ai fait appel à mon frère qui fut incapable de trouver chez notre mère un papier portant le titre « gâteau aux noisettes ».
Je me suis donc contentée de l’image approchante trouvée sur la toile et j’ai rempli le moule ancestral avec le mélange indiqué pour le plus grand bonheur des « testeurs » du jour J.

C’est après les fêtes que me trouvant en compagnie de mon frère chez maman, nous avons sorti le dossiers « recettes » pour regarder à nouveau.
« Tu vois, il n’y a pas de gâteau aux noisettes, j’ai déjà récupéré la recette du gâteau marbré mais c’est tout… »
Et têtue, je lui ai pris le dossier des mains, j’ai tournée les feuilles volantes une à une et j’ai trouvé LA recette, comprenant au même instant comment il avait été impossible de trouver « gâteau aux noisettes » puisqu’il n’y avait que « rehruken »!

Mais le plus merveilleux fut le souffle tourbillonnant qui emporta mes pensées, les faisant danser, funambules étoilées sur un fil tendu entre si loin et aujourd’hui, ouvrant sur un plus loin que mon imagination est incapable de mettre en dessin animé bien qu’elle le pressente intensément.

J’avais entre les mains une carte de mécanographie datant des années 50 (avant de nous donner naissance, maman travaillait dans un service de mécanographie et comme certains récupèrent aujourd’hui des rames de papier au bureau, elle récupérait ces cartes multicolores et chiffrées qui ont enchanté mes bricolages enfantins)
Bleue sur orange, je touchais avec émotion l’écriture de mon père.
Me revenait en trombe l’image du fourneau à bois de la maison d’Alsace où il avait passé ses vacances, la même maison dans laquelle j’avais débarqué du haut de l’âge de ma petite-fille aujourd’hui.
Je sentais sur mes joues froidies par l’hiver de l’est, la chaleur moite de la cuisine en pleine activité et un bouquet odorant assaillaient mes narines, odeur d’épices, des pâtisseries saupoudrées de sucre glace, du bois qui flambe, du ragout qui mijote, et en arrière plan le relent de la cave-garde-manger jouxtant la cuisine, la cave et son exhalaison de terre à chaque ouverture de porte, la cave où s’amoncelaient les salaisons, les viandes fumées, les pommes de terres et les bouteilles de vin empoussiérées comme autant de trésors assurant la réussite de la fête.
J’entendais la voix et l’accent chantant de la grand-tante expliquant à maman, que là, maintenant le mélange pâteux était juste parfait, que non, elle ne sait pas quelle quantité de farine elle a mis, que « ça se voit », que « ça se sent quand c’est bon ». Et elle rajoutait une bonne rasade de schnaps, et elle pétrissait avec ses grosses mains, rouges et brillantes de beurre, et elle finissait toujours par nous mettre dehors, elle avait tant à faire, elle seule « savait » faire.

En découvrant sur cette carte, bleue sur orange, l’écriture de mon père, je l’imaginais demandant la recette de ce gâteau à sa mère puisqu’elle savait elle aussi le faire, tenant la recette de sa soeur qui la tenait de sa mère. Je l’imaginais, mon père mandaté par ma mère, exigeant des quantités un tantinet précises et j’imaginais ma grand-mère essayer d’évaluer des quantités à mettre en mémoire.

Et voilà que des années plus tard, j’avais en main, cette carte dont les collègues servaient en particulier « de fichiers historiques » lors des balbutiement de l’informatique. Je me disais qu’aujourd’hui les cartes mémoires aux circuit microscopiques imprimés en 3D n’auraient probablement pas autant de charmes dans un jour lointain.

Et mes yeux s’attardèrent sur « une heure à surveiller, à four moyen » et ravie, je savais que je savais déjà tout ça, que je l’ai reçu il y a longtemps, que je le cultive avec attention, que la réussite c’est autre chose que les chiffres appliqués, parce que tout dépend toujours du vent, des conditions météorologiques, des éléments à dispositions et des outils dont je dispose.

J’ai cuit un nouveau mélange adapté de cette recette retrouvée et nous l’avons partagé lors d’un thé avec les enfants.

Et je l’ai cuit une fois de plus avant hier, y ajoutant la couche de chocolat que j’avais vu ma grand-tante y ajouter un lointain jour de l’Avent des années 60.

Et nous l’avons partagé… au coeur de Nantes… tandis que la perception lointaine d’un bruissement d’hélicoptère racontait le chahut dans la ville.

Prendre en main

Combien de personnes à chaque coin de rue, à chaque détour de média, combien de personnes se plaignent de subir, de ne plus rien maitriser, de se sentir impuissante?
Combien?

C’est que par la grâce de la distribution à bas coût d’énergies non-humaines, tant de « choses » indispensables à la vie quotidienne se « font toutes seules »!
Jusqu’au changement d’heure et de date…
Pour tant de monde, elle a disparu l’époque où il fallait changer à la main l’heure d’une montre, oubliée l’époque où il fallait ouvrir un nouvel agenda. Tout est dans le smartphone, tout est automatique, il n’y a plus rien à faire et pour occuper le temps ainsi dégagé, il n’y a pluka cliquer frénétiquement, sporadiquement du bout d’un doit plus ou moins énervé, cliquer pour « partager », pour valider, pour pétitionner, cliquer…
Et ainsi la vie nous échappe.
Et pour la re-prendre en main, tant de publicités vantent les mérites de « trucs » faciles qu’il suffit d’acheter et qui « ne demandent aucun effort », sinon celui de « l’autre », de « l’état » ou de je ne sais quelle toute-puissance.

Et si…
Et si tout simplement nous entrions à nouveau dans l’effort juste à notre portée ?
Et si chaque matin, petit à petit nous prenions notre vie en main ?
Notre vie telle que nous nous l’imposerions nous même, une vie pleine d’autant de petits riens qu’une vraie carte écrite à l’encre de nos propres mots, qu’un agenda pesant son poids ouvrant chaque jour une page vierge à compléter, qu’une montre qui fait tic-tac au rythme des battements de notre coeur, qu’une orange pas pressée dont il faut extraire le jus, qu’un légume encore noir de terre acheté sur le marché à un de ces maraîchers qui vous explique que la terre est basse, etc…

Dans le monde médical, il existe un terme qui a perdu son sens étymologique : rééducation.
Ce terme est utilisé à tout bout de champ, doctement « Je vais vous prescrire des séances de « rééducation », c’est pris en charge, ça ne vous coûtera rien. »
Qu’est donc la ré-éducation quand l’éducation n’a pas vu le jour?

Moi, moi-je, moi…je suis certaine, par éducation (ben oui, je suis d’un autre siècle!), que tout a un prix, que le moindre petit effort participe à la qualité de mon épanouissement et que chaque petit acte acté en conscience est un grand pas vers plus loin. Les nouvelles technologies peuvent débarquer, je peux même les apprivoiser passionnément, ce qui est ancré reste.

Ce matin, j’ai ouvert un nouvel agenda.
Il n’attendait que ce jour.
Et j’ai aimé l’ouvrir sur plein de projets bien palpables.

Heureux qui sait être seul

« On » a dit qu’ils avaient faim.
J’ai scruté les yeux, les joues, les attitudes et les tours de taille et je n’ai pas lu le manque de nourriture.
Puis « on » a dit qu’ils avaient besoin de se sentir « pas seuls ».
J’ai observé les insultes, les propos, les mouvements et j’ai vu les camps se former.
Exprimaient-elles leur faim de non-solitude, ces personnes qui illuminaient les médias d’un halo fluo synthétique et bruyant ?
Les chercheurs de toutes les Universités se précipitèrent à leur chevet pour sortir en avant première une explication argumentée plus originale que celle du voisin. Là encore des camps s’érigèrent.
Je me suis réfugiée dans le silence harmonieux de la nature profonde, fuyant brouhaha, cacophonie et combats.

A la mémoire, m’est revenu ce moment magique où à l’aube de la naissance de la toile, j’avais découvert qu’à l’autre bout du monde « une autre » personne exerçait son art dans le même état d’esprit que je le faisais alors et je m’étais sentie tellement moins seule !
(un petit détour s’impose par ici )
A la suite de cette découverte, j’avais vaillamment testé les rassemblements qui se vantaient d’assemblées chantant le même son de cloche microcosmique.
Et… Je me suis immédiatement sentie incommensurable seule au milieu de ces personnes.
C’est que je suis incapable de choisir un camp, d’autant plus incapable que choisir un camp signifie dénigrer un ou des autres camps.

Hier soir, j’ai fait le tour de mes connaissances amicales sur FB : je suis allée regarder par la fenêtre ce qu’avaient raconté dernièrement toutes celles qui n’apparaissent pas au milieu des pubs qui inondent mon « fil d’actualité » quasiment dépourvu « d’abonnements ». J’y ai trouvé les petits groupes habituels qui likent, valident et « moi-jesent » (du verbe moi-jeser…) comme il est d’usage de le faire entre adhérents du même parti.

Alors… je suis joyeusement revenue à ma couture remplie d’étoiles, à la confection des paquets cadeaux, à la préparation des menus de partage… et surtout à ma solitude préférée, grouillante de tant de mondes et de mille tendres pensées vers tant de personnes, chacune ayant son camp, ses convictions, ses activités, ses moi-je, ses agacements et ses bonheurs sur lesquels je n’ai absolument rien à dire.

Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.

Transmission

Transmettre : faire passer d’une personne à l’autre

Et nous voilà bien avancés quand il s’agit de pondre un petit billet au sujet de « la transmission », donc au sujet de l’action de transmettre.
Transmettre ?
Quoi?

Plus important que le verbe est le « quoi » !
Car, rien dans la lexicographie ne donne une quelconque piste à ce sujet.
En descendant au rayon mécanique, il est possible de découvrir que la transmission est l’opération par laquelle un mouvement est transmis d’un élément à l’autre.
Dans le rayon physique, il s’agit de la propagation d’un phénomène…physique…

J’avais besoin d’aller regarder le dictionnaire pour circonscrire le sujet et me voilà guère plus avancée.
J’entends déjà les commentaires.

J’entends déjà les commentaires,
il suffirait de presque rien
Peut-être dix années de moins
(…)
Mais pourquoi faire du cinéma,
Fillette allons regarde-moi,
Et vois les rides qui nous séparent.
A quoi bon jouer la comédie

Amusant cette chanson qui fait surface… La petite musique danse dans ma tête…
Mais là n’est pas le sujet.
Quoique, il s’agit, dans bien dans ce texte de « transmettre » quelque chose!
Non?

Donc.
L’idée de ce billet a germé, faisant suite à une question trouvée dans ma boite mail : « la transmission au long cours… C’est aussi une de mes préoccupations du moment. Sans être nostalgique, comment donner des racines, ancrer nos jeunes dans les expériences passées? »
une question ravivée par la grâce de quelques mots sur FB.

Je pense sincèrement que seuls les plus-vieux-moins -jeunes pensent à cette histoire de transmission.
Car dans le « quoi » que jamais ils ne précisent, il y a une question métaphysique « Que restera t-il de moi-je, demain, très bientôt, quand je serai plus là? »
Les enfants, les ados, dans leur toute puissance vivante n’explorent pas ces questions avec autant d’angoisse que les plus-vieux-moins-jeunes. Ils se nourrissent d’exemples et d’expériences vécue à leur manière avec ce dont ils peuvent disposer, en famille, entre « potes » et dans le monde.
Parmi les graines mises à leur portée, certaines poussent ou pousseront, d’autres non. Comme dans la nature, certaines graines ont besoin du passage du feu pour germer, d’autres ont seulement besoin d’eau et certaines ont besoin de beaucoup d’attention.
L’attention, pour pouvoir la prodiguer, il faut du temps et le temps est denrée rare par le temps qui court.

Grand-mère, je ne me préoccupe jamais une seule seconde de « quoi »  je transmets à mes petits enfants.
Je sais ce que j’ai gardé de mes parents, de mes grands-parents, c’est ce dont j’ai eu besoin pour arriver là.  Ils étaient tranquillement eux-mêmes comme ceux de leur génération, ils ne vivaient pas à crédit, ils n’étaient pas envieux des riches, ils ne se plaignaient pas le samedi midi après 45 heures de boulot et si je les entendais parfois fatigués, c’était parce que le printemps était arrivé et qu’ils venaient de retourner à la bêche le jardin qui allait en partie nous nourrir.
J’ignore complètement ce que les enfants garderont de moi.
Alors, pourquoi me poserai-je la question de ce que garderons mes petits enfants ?
Peut-être le nom des fleurs?
Le sens des vagues?
Un brin de folie?
La couleur de mon laptop?
Le goût d’une herbe sauvage ?
La traversée de la ville en tram ?
Quelle importance ?

Il me parait tellement vain de chercher un « quoi » alors même que j’ignore tout de demain, donc des besoins qui seront les leurs.

Chercher la source

Hier matin.
Sur la page d’un « ami » FB,
Le titre était ronflant et il faisait écho à mes convictions.
En plus, il était en anglais, c’est dire s’il paraissait sérieux à mes yeux de gauloise.
J’ai donc remonté le fil.
L’article était à minima en lien avec le titre, c’était moins pire que parfois.
En le parcourant en diagonale mais attentivement, j’en tirais un nom mais pas de sources plus précises.
La publicité était bien là et comme d’habitude d’autres titres conduisaient vers des billets d’une teneur tout aussi douteuse, la couleur tonitruante des images attirant la curiosité comme la lumière attire les papillons.
Il m’a fallu environ 30′ pour trouver la « new research » qui « claimait » dans le titre.
30′ c’est hyper long.
Généralement je trouve en deux secondes.
C’est que la recherche « nouvelle » datait de 2011… C’est drôle.
Comme d’habitude, c’est une recherche un peu bidon qui avançe des statistiques très générales à partir de l’étude d’un échantillon de… 16 personnes… Le monde entier, quoi!

L’article partagé par l’ami FB n’est pas daté, mais tiré d’une « open source », un article à peine meilleur daté de deux mois en arrière, lequel fait toujours allusion à la même « new research » datant de 2011
Bref. N’ayant pas de temps à perdre, j’ai stoppé là une curiosité qui relevait du futile.
Sans aucune illusion.
Il y aura encore maintes duplications interprétatives de cette « source » lointaine que personnes n’est jamais allé regarder plus loin que « l’abstract ».
Et toutes mettront « à la une » une belle image et un titre ronflant pour vendre du temps de cerveau disponible aux publicitaires!
Et les personnes friandes de ce qui a trait à leur microcosme se précipiteront pour partager, affichant, en fait, seulement et rien de plus que leur conviction (le titre du billet) sans autre preuve tangible que leur croyance, tout en étant fière de « voir » leur croyance validée sur la toile!

Pourquoi parler de « ça ».
Parce que : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/13/ca-doit-se-savoir-alter-sante-libre-info-un-seul-homme-derriere-un-reseau-de-desinformation_5382951_4355770.html
et aussi :

Pour Info – Un homme aux multi-sites Fake News

En fait, je n’ai jamais été capable de me contenter de « croire ».

Derrière les titres, il y a généralement un site qui raconte parfois, une histoire même pas en rapport avec le titre et, qui toujours balance une tonne de publicité. Je reste sans voix à chaque fois et encore plus quand la personne qui m’y a conduit « en partageant » est une personne que j’apprécie.
Ca me rend triste.

Est-il possible d’apprendre aux enfants et aux ados à chercher les sources quand, parent, on est  (ou parait être ?) crédule ?
Est-il possible d’apprendre aux enfants à ne partager que ce dont-ils sont certains, que ce qu’ils ont eux-même créé plutôt que ce qui ne leur appartient pas et ce qu’ils ne maitrisent pas?
Je ne sais pas.
Certains enfant naissent-ils avec un goût pour la recherche, l’exploration et l’aventure autonome plus fort que d’autres ?
Je ne sais pas.