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Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.

Faire plus avec autant


Les bisounours distribuent les leçons de morale qui ne tiennent pas debout : par exemple il serait possible de faire plus avec moins!

En 1789, dans son Traité Elémentaire de Chimie, Antoine Lavoisier écrivait :
« On voit que, pour arriver à la solution de ces deux questions, il fallait d’abord bien connaître l’analyse et la nature du corps susceptible de fermenter, et les produits de la fermentation ; car rien ne se crée, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l’opération ; que la qualité et la quantité des principes est la même, et qu’il n’y a que des changements, des modifications. »
En 1970, j’ai compris les équations chimiques grâce à la maxime « rien ne se perd, rien ne se crée ». Quelle que soit la complexité des molécules à « inventer », il fallait faire avec ce qu’on avait sous la main et si quelques électrons pouvaient se balader librement, jamais il ne disparaissaient, jamais il ne sortaient par magie.

Dans le discours ambiant, l’utopie galopante consiste à dire : il est possible de faire plus avec moins ! Et je viens de vérifier, il y a pléthore de sites remplis de pubs qui expliquent comment consommer des trucs nouveaux dans le but de réussir à faire plus avec moins.
C’est un peu du genre : achetez une machine à pop-corn, vous aurez un bol mieux rempli avec votre maïs quotidien.
Non… Ils n’osent pas, ce serait un peu gros !
Quoique… ni la subtilité, ni la modération n’étant des armes de vente massive, je me suis vraiment amusée à lire ces sites « populaires ».

Car, bien entendu, personne n’est disposé à faire moins avec moins.
De surcroit, l’ensemble des populations qui commencent tout juste à entrevoir le potentiel jouissif de la consommation accélérée est enthousiaste à l’idée de faire plus avec plus. Comment leur en vouloir?

Pour nous, les enfants gâtés de la planète, réussir à faire plus avec pas moins ce qui revient à faire plus avec autant est déjà un énooooooorme challenge.

Mais…
Mais s’insurgent les bisounours, il faut se restreindre, il est urgent de se serrer la ceinture!

C’est qu’ils ignorent ou feignent d’ignorer la réalité de la vraie vie : tout annonce de disette encourage à stocker! Le corps lui-même, sous l’effet du mental est ainsi disposé : il suffit de lui faire croire qu’il pourrait manquer pour que l’appel de la gourmandise se fasse impérieux.
De fait, plus la menace de « manquer » est agitée, plus il est « physiologiquement » logique de consommer.
C’est la vie.

Il faut être en confiance, il faut être bien installé et ne manquer de rien pour commencer à songer au confort envisageable avec moins que plus.

Etant dans cette position de nantie raisonnable, j’ai acheté du tissus pour torchons et dans la quantité prévue pour couper trois torchons, j’en ai coupé quatre.
Ayant observé depuis de nombreuses années que les torchons partent dans la machine à laver avant d’être vraiment sales, je pense que les confectionner plus petits ne changera pas la vie familiale.

Violence


Nul doute que ce mot résonne aux oreilles de chacun.
Violence.
Du latin violentus.
Et instantanément, chacun sens monter une émotion forte en écho d’un ou plusieurs souvenirs, d’une ou plusieurs visions, d’une ou plusieurs lectures, d’une ou plusieurs oeuvres d’art.

Je suis encore incapable de déterminer précisément dans quel ouvrage je me suis lancée.
Je sais que pendant quelques semaines ou quelques mois, chaque nouvelle journée qui s’affichera sur la calendrier m’offrira un moment où il faudra que je me fasse une douce violence pour avancer plus loin sur le projet.

C’est qu’il y a pas moins de 25 chapitres, suivant l’ordre de l’alphabet, de A comme Averti à Z comme Zeste en passant par E comme Empreinte, I comme Idéal et V comme… Violence.

Il y aura peut-être ici quelques éclaboussures ?
Peut-être pas.

Aujourd’hui, j’ai ouvert le chapitre 22 qui commence par V.
V comme Violence.
Oui, je fais ce que je veux, dans l’ordre qui m’inspire, en fonction de ce que je lis, de ce que j’entends, de ce que je ressens.
Il n’y a qu’une limite que je m’impose : faire rentrer chaque chapitre dans un chapitre et éviter d’en faire un livre entier!
Et pour « ça » il faut que j’use de la force et que je me fasse violence!

Humeur du jour

Et donc je suis allée à Paris.
Et donc, j’ai rapporté de nouveaux projets.
Et, ça, c’est assez drôle car en ce moment il y a plein de projets qui débarquent.

L’année dernière à la même époque, je faisais le ménage, certaine que j’étais que les boucles était bouclées dans pas mal de domaines.
Là, je sais plus trop.
Un flottement est perceptible, assez semblable avec celui vécu l’année dernière,
A la même époque.
Aussi joyeux qu’il était chagrin, il m’emporte.

Parmi ce débarquement de projets, il y en a qui parlent d’écrire.
C’est le coté comique de ma vie que j’étale aujourd’hui ici et sans  vergogne.
Un comique de répétition.
Ecrire!
Publier!!

Quand le monde de l’édition est plus terrifiant que jamais.

Avec l’avènement de l’impression à la demande, tout se publie, à toute vitesse et sans autre risque que celui  de l’imposture.
Car, si le nombre de titres publié a été multiplié par deux depuis la fin du 20ème siècle, le nombre de lecteurs est à la baisse.
« Il y a énormément de livres qui se vendent à moins de 500 exemplaires, tous éditeurs confondus, de Gallimard à Grasset en passant par P.O.L. Et dans ces livres-là, beaucoup ne dépassent pas les 250 exemplaires vendus. En fait, ce n’est pas rare qu’un livre se vende à moins de 100 exemplaires »

Je suis tellement claire avec ce fait,  et depuis si longtemps que j’en suis venue à modifier la page d’accueil de ce site. Pour mémoire, créé en 2008, cet espace était destiné à promouvoir un titre particulier… Je vous laisse deviner lequel!

Les plus fidèles personnes qui passent ici ne peuvent ignorer la répétition de mes questionnements quasi existentiels au sujet de l’écriture et de la publication.
Ces questionnements naissent logiquement de ma non-crédulité pathologique associée avec une curiosité tout aussi pathologique qui mène à une certaine forme de connaissance.

Mon père disait « la vie est un éternel recommencement » et je me suis appropriée cette petite phrase en la projetant de manière multidimensionnelle  sur l’écran de mon imagination débridée. Une imagination incapable de faire un roman mais super douée pour transformer mon environnement en dessin animé géant, entre humour noir, réalité augmentée et joyeuses comédies. Donc, oui sur une espèce de spirale qui représenterait la vie, il est normal de passer devant la même verticale à chaque enroulement. Toujours la même verticale, mais jamais le même point!

Me voilà donc partie en plongée, en immersion.
Ca se terminera comme ça,
Mais pas au même point!

C’est la vie!


Découvrir cette phrase sur FB ce matin était une douce surprise.
Ce livre de C.Bobin qui n’est pas dans ma bibliothèque, je l’ai découvert en septembre, il trainait dans un gite d’étape (voir le lien « escapade 2017 »).
Il est évident que cette phrase précise n’avait aucune chance de m’interpeller à ce moment précis où j’étais tellement remplie par la marche accomplie et tellement loin d’une quelconque fatigue. L’heure était à la lenteur, à l’approche de mon objectif, j’avais même encore ralenti!

J’étais à Paris, vendredi dernier.
Déambulant dans les rues alors que la mission qui m’y avait conduite était réalisée, je me contentais de survivre.
Histoire de grappiller de l’espace humain, je tentais de capter avec insistance la vie des gens que je croisais, la vie des boutiques, des boutiquiers (j’ai acheté des livres…), des passants pressés, errants avec ou sans domicile fixe. Je n’avais que « ça » à faire en attendant le train retour.

Et, voyant les centaines de personnes attablées en terrasse, les centaines de personnes consommant avec compulsion, les centaines de personnes avalant d’improbables aliments, marchant, clavardant, isolées dans leurs bulles, en voyant tous ces gens, en tongs ou collet serré, tous ces gens si différents et cependant « parisiens » je sentais à quel point la capitale est intensément fatigante.
En miroir à ma fatigue intensément ressentie de manière passagère, je compatissais avec toutes ces personnes pour qui « consommer » est le seul remède à leur stress. Consommer plus et plus vite, de tout, de rien sans le moindre repos puisque le repos lui-même est consommable, donc limité.

J’ai traversé Paris à pieds.
J’avais le temps.
J’ai traversé pour commencer le plus grand espace vert parisien : le Père Lachaise.
Les touristes y galopaient, le nez sur le plan qu’ils avaient acheté à la « bonne » entrée.
C’est très agité, le Père Lachaise.
Puis, j’ai longé des rues et des rues, alternant la marche à l’ombre avec la marche au soleil en fonction de mon besoin.
Je suis arrivée à la gare avec trois heures d’avance.

Pour passer le temps, j’ai pris un ticket dans le rayon « guichet-départ ce jour ».
je n’avais que ça à faire.
Arrivée « à mon tour » devant la guichetière désabusée,
J’ai appris ce que je savais, mon billet n’était pas échangeable, il était trop bon marché!
J’avais cependant gagné du temps, environ 30mn pour 20 numéros!
J’ai fait un saut au low-coast alimentaire d’en face, puis une bouteille d’eau dans une main, un infâme sandwich dans l’autre, je suis allée m’asseoir face à la gare.
Depuis le matin et la belle conversation avec mon éditrice, aucun autre mot que « bonjour, merci, bonne journée/bon courage » n’était sorti de ma bouche.
Et là, sur les gradins jonchés de papiers gras et de canettes vides, j’ai observé les échanges entre un black énervé, une ancienne sdf (à ce qu’elle a dit) et un black hyper cool.
Tranquille.
Tranquille en attendant l’heure du train.
Et,
Le black énervé est venu s’asseoir à mon côté.
Et… Ce fut la deuxième conversation de la journée.
Tranquille.
Elle aurait pu devenir interminable.

Puis, l’heure du train est arrivée.
J’étais fatiguée.
Réveillée depuis cinq heures du matin, je pensais à ma couette et à son lointain abris qui ne serraient accessible que sur le coup de minuit.
J’étais fatiguée.
J’ai acheté des bonbons… Le sucre est une drogue puissante qui permet de lutter contre la fatigue… et le stress…

Ce vendredi passé, le temps vécu à non-vivre fut très long à mon goût.
Trop long.
J’avais, longtemps avant, décidé d’économiser sur le prix du billet.
C’était un choix.
La prochaine fois, il faudra me payer cher pour une telle aventure.
J’ai définitivement besoin de vivre dans un espace qui respire une vie plus vive.

La chasse


Rien de mieux pour loisirer que de partir à la chasse.
Loisirer?
Oui, l’opposé de « trepallium », du « travail » tellement à la mode, voire même de l’ouvrage à la sueur du front!
Loisirer, c’est seulement pour le plaisir et c’est totalement inutile.
Loisirer c’est quand le garde-manger est bien plein, quand la maison est bien rangée, quand les papiers sont en ordre.
Alors… Partir à la chasse est très délassant!

Il y a la chasse aux champignons, la chasse aux papillons, la chasse aux belles images, la chasse à rien et en ce moment la chasse aux orchidées sauvages.

Le truc le plus important pour un chasseur sachant chasser, c’est de rapporter une « proie ».
La « proie » est destinée à être partagée afin que chacun puisse « profiter » des talents du chasseur sachant chacher, du chasseur sassant chasser, bref… Du marcheur qui sait ramer!
De « moi-je » en somme!

Et le bonheur actuel est tout entier dans la haute technologie, dans les réseaux sociaux et dans cette possibilité de partage virtuel dont je fais grand usage, en exploratrice chercheuse sageuse que je suis.

J’y retourne aujourd’hui.
Désolée la saison est courte.

Oui, chasser est délassant pour la tête.
Il suffit de marcher en dehors des chemins,
Il suffit de déployer ses antennes
Et de regarder avant de poser les pieds.

Avec quelques indications et un peu de chance,
Au milieu de l’exubérante flore printanière
Se dresse une timide belle
Qui s’en distingue par son absence de souplesse
Par sa prétention à la différence
Par sa présence étonnante
Fascinante
Merveilleuse
Silencieuse.
Alors le temps s’arrête.
La « proie » est là,
Le face à face est impitoyable
il faut choisir la capture ou l’ignorance
Prendre une photo ou aller plus loin.

Parfois comme hier, la chasse est organisée pour profiter du paysage
Dans un endroit que j’aime intensément
Et qui m’embarque dans une énergie ravissante
Forçant mon regard à naviguer entre très loin et très près,
Au dedans même souvent.

Et pour partager aussi un peu du croustillant dont je ne saurais me lasser
Immanquablement
C’est l’aventure.
Quand fatiguée d’essuyer le vent et la pluie, je demande un raccourci
Après trois heures de marche
Quand le brave gars m’indique une direction
Et qu’un sentier se dessine,
Je fonce, confiante.
Et en confiance, j’avance, car le sentier s’ouvre à travers les broussailles.
Pas de soucis pour ma tenue plutôt citadine
Mes sandales de marche assurent le pas et l’absence de sac à dos
Facilite l’avancée.
Et me voilà contournant un plan d’eau
Et me voilà escaladant
Et me voilà traversant la voie ferrée
A un endroit où seuls passent les fugitifs et les animaux
Et me voilà bloquée par un grillage, cherchant la faille
La trouvant et me glissant sous le grillage en rampant
Comme d’autres humains l’ont fait et le feront.
Et La Loire est au bout
Et flotte un sourire
Typiquement joellien!

La vie d’artiste

Copyright C.B, artiste non déclaré

Ainsi va la vie d’artiste, que le talent ne porte pas de nom mais se contente de laisser fleurir l’émotion à la grâce de l’instant.

A l’instant même où cette photo s’est affichée en grand écran sur mon laptop, le frisson qui se levait grandit encore. La légende indiquait « trouvé sur le net » sans le moindre copyright associé.

A mes yeux, une image aussi belle ne pouvait cependant qu’être l’oeuvre d’un artiste au regard de poète, un artiste patient sachant accrocher la lumière quand elle passe et disposant, en plus, de moyens techniques très pointus.
Rien qu’à l’idée de penser que cette merveilleuse photo allait être partagée, que d’autres allaient peut-être se vanter de l’avoir créée, je sentais poindre l’épée de l’injustice.
Et l’injustice est mon ennemie, le « truc » qui me fait sortir de mes gonds en toute circonstance.

Il me fallait trouver la source, féliciter et honorer celui/celle qui avait capté, affiné et partagé ce chef d’oeuvre (de mon point de vue), j’étais incapable de me contenter d’un « trouvé sur le net » pour tout un tas de raisons très résonnantes, donc raisonnables.

L’enquête fut lancée illico.
Et l’affaire fut très rapidement résolue, j’ai pu féliciter l’auteur en direct.

Pour autant j’ai poursuivi la navigation dans le ressac conséquent levé par diverses réflexions dont j’ai le secret.

Il faut avouer que cette question de la définition du  « statut d’artiste »  flotte souvent, entre deux eaux au milieu des pensées en vadrouille.
Un seul billet avait vu le jour à ce sujet jusqu’à présent.
En voici en second.

Mais tout d’abord, alors que je vais m’abstenir de définir le mot « artiste » (afin d’épargner des lignes de surcroit non exhaustives) je partage une réflexion au sujet du statut de héros. Pour certaines personnes, certains artistes ne sont-ils pas portés au nues comme leurs héros du quotidien ?

Finalement tout est dit en quatre minutes!

Mais… je suis bavarde!

Il était une époque pas si lointaine où rien ne valait mieux qu’un boulot fixe, un petit gagne-pain régulier sans beaucoup d’ambition et cependant indispensable. Les parents rêvaient en imaginant leur rejeton prendre la relève de la petite affaire familiale.
Aucun de leurs rêves les plus fous ne voyaient la « vie d’artiste » comme une chance pour l’à venir.
C’est qu’il n’y avait aucune différence, ou si peu, entre la vie d’artiste et celle de saltimbanque, de bohémien, de sans domicile fixe, de sans le sou, de pauvre hère.
Et voilà que nous sommes entrés dans un nouveau siècle.
Et voilà que dès qu’un enfant chante mieux que faux, on le voit déjà sous les sunlight
Et voilà que dès trois vers posés sans disharmonie, on pense déjà à en faire un recueil à succès.
Et voilà que dès les premiers coups de pinceaux, dès les premières notes envolées, beaucoup se rêvent artistes à nul autre pareil, donc very succefull!

Et c’est la précipitation.
Et c’est la voie.
D’aucuns y voient une chance de gagner beaucoup d’argent à l’horizon.
Car, c’est une réalité, les « grands » artistes sont assez semblables à des « chefs d’entreprise » et disposent de nombreuses personnes travaillant dans leur ombre.

Las.
Les places sont rares, très rares.

Les artistes qui ont pignon sur rue restent l’exception. Quant à passer à la postérité, quant à survivre 50, 100 ou mille ans, c’est encore une autre histoire!
Comme pour les héros, ce ne sont pas des humains qui sont portés au statut d’artiste, c’est seulement l’histoire qui s’écrit/s’écrira à leur sujet, une histoire faite pour se propager et attirer et faire parler ou rêver au long cours.

Pourtant,

Pourtant, dans ce monde mondial,
Sur la toile gigantesque virtuellement tressée, pas un jour ne passe sans que je croise des oeuvres que je peux sans conteste nommer « oeuvre d’art ».

Quid des « artistes » alors?
Et quelle différence entre artiste et artisan?
Ne sommes nous pas tous, un jour ou ‘autre, artiste/poète, artisan/bricoleur, artiste/bricoleur voire poète/artisan?
J’en suis certaine!

Le « métier » d’artiste oblige à produire. C’est alimentaire, puis, c’est aussi une lutte contre l’oubli, une lutte pour la survie du « métier ».
La production s’associe difficilement avec la grâce.
Avec la constance de l’état de grâce.

Les anonymes, eux sont libres, libres de poser leurs regards, leurs notes, leurs pinceaux, libres de les promener, de les exposer sans le moindre risque, les anonymes exercent un métier ou une activité qui n’a rien à voir avec leur don artistique , un métier simple ou glorieux, une activité nourrissante ou marginale, peu importe.

Ils sont financièrement libres et c’est ce qui permet à la grâce de poser son coup de patte.
Compter ne sert à rien dans ce domaine.
Il n’est question que d’élan, de passion, de plaisir.

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. »
Christian Bobin, Ressusciter, Editions Gallimard 2001, ISBN 2-07-042710-2

Précipitations


Ah combien les précipitations peuvent faire baisser la tête, quand bien même l’herbe alentours est parfaitement verte!

Oui, le jardin m’inspire, c’est certain.

Et tête baissée les gens marchent, foncent parfois.
Et tête baissée, ils tombent dans le panneau, deviennent victimes.
Victimes de « trop vite », victimes de « sans nuance », victimes d’enfermement dans leur microcosme qu’ils voient comme la réalité du monde entier.

Le monde est vaste, large, en mouvement, imprévisible, passionnant, merveilleux, formidable.

Le passé n’existe que par les histoires qu’on s’en fait, l’à venir est inconnu, le présent passe et nous échappe.
Ce qui donne sens à chaque vie, ce sont les projets. Ils se nourrissent de nos histoires passées nous entrainent dans des rêves d’avenir et accaparent le présent.

Chacun ses projets,
Faire des enfants,
Construire une maison,
Changer de peau,
Quand ce n’est pas changer le monde!
Aller plus loin…
Toujours plus loin.

Oui, toujours plus loin.
Mais, pas à pas, à vitesse humaine,
Sans hâte,
Sans précipitation.

Comment avancer?
Comment se trouver?
Sinon en laissant le temps faire son oeuvre lente?

Il est si difficile pour moi de « comprendre » tous ces gens qui s’agitent, attachés aux apparences affichées dans l’air du temps, tous ces gens qui militent (même racine que « militaire » je le rappelle)  un jour dans un camp, dans un autre le suivant, d’un genre puis d’un autre, poursuivant une idée fixe puis une autre, à toute vitesse, à très grande vitesse, formidablement impatients, soumis à la technologie,  accrochés aux voix des autres sans en mesurer l’opportunisme mercantile…

Oui. Et…


« Oui. Et que t’inspire cette vidéo? » fut le premier commentaire posé sous une vidéo partagée sur les réseaux sociaux.
Une vidéo qui laissait penser que nous construisons à chaque instant un avenir dont nous ignorons tout.

En ce moment, je raconte des contes aux enfants.
La grande dame Education Nationale a mis les contes au programme pour les petites sections d’école primaire. De fait, les fonctionnaires suivent le programme indiqué. C’est la loi de notre société.

Des contes.
Par exemple « Le petit Chaperon rouge »
Charles Perrault (1628-1703), publia en 1697 un recueil « Histoire et contes du temps passé », figeant noir sur blanc des contes qui ne circulaient jusqu’alors qu’oralement. « Le petit Chaperon rouge » faisait partie du lot.
Perrault était un moraliste, et ses contes, comme les fables de Jean de la Fontaine (1621-1695) étaient suivis d’une morale.

Dans le livre de mon enfance, l’histoire du chaperon rouge, se termine avec cette phrase :

« Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le petit Chaperon rouge, et le mangea. »

La morale n’apparait plus. Le conte est tout sec, la moralité a été supprimée par la postérité.

En 1976, Bruno Bettelheim (1903-1990)  publiait : « Psychanalyse des contes de fées« .
Psychologue et pédagogue américain d’origine autrichienne, son étude attentive des contes populaires l’avait amené a tenter de démontrer à quel point chacun d’eux reflète des conflits ou des angoisses, lesquelles apparaissent à chacun des stades spécifiques du développement. Il alla jusqu’à suggérer que les contes aident les enfants à découvrir le sens profond de la vie tout en les divertissant et en éveillant leur curiosité!

OK.
D’où probablement l’idée de mettre les contes au programme de l’Education Nationale.
Mais lesquels?
Quels contes? Avec quelle chute?

« Le petit Chaperon rouge », par exemple, rien que lui, a fait l’objet de multiples interprétations, particulièrement en ce qui concerne la fin. N’est-il pas trop cruel de « faire croire » aux enfants que les loups peuvent les manger? Ne vaudrait-il pas mieux que l’histoire puisse s’achever sur une note optimiste?
Ce sont les frères Grimm qui modifient (au 19ème siècle) la version de Perrault en faisant intervenir le chasseur.
Depuis, il existe maintes autres versions de plus en plus « gentillettes ».
Que devient alors la théorie de Bettelheim avec nos contes revus à la manière « bisounours »?

Je ne sais pas.

Trouver, l’autre jour, le long de la Loire, à Nantes, une minuscule petite pancarte rappelant les exactions commises pendant la Terreur m’interrogea une fois de plus sur le monde dans lequel nous vivons.
Une pancarte quasi invisible pour raconter « nous », notre pays, notre passé.
Une pancarte quasi invisible contre les grands écrans, contre les grands maux d’ailleurs et de plus loin balancés à nos faces à longueur de journée.

De nouvelles théories s’écrivent.
Peut-être seront-elles « à la mode » dans quelques temps.
Je ne sais pas.
Je sais que le temps sera déjà passé!
Ainsi va la vie, concoctée aujourd’hui sur un passé devenu flou vers un avenir inconnu.

Plans, objectifs, etc… (3)


Et, bien, moi, je suis allée lire l’histoire de la chevrette.

Je suis allée cueillir à la source, parmi l’ensemble des textes publiés par monsieur Daudet.
Des textes produits en guise de feuilleton estival pour le journal « L’évènement ».  A l’époque, le titre du feuilleton fut « Chroniques provençales » et  les épisodes prenaient vie à Clamart, en banlieue parisienne.
L’histoire de la chèvre était adressée à Pierre Gringoire, artiste lyrique à Paris.
Le texte fait partie d’un ensemble aujourd’hui publié sous un titre classique de la « littérature enfantine » :  « Les lettres de mon moulins ».

En filigrane des lignes ci-dessus, je vois des plans, des objectifs et une réalisation finale.

Dans l’histoire de la chèvre, je vois bien le plan initial de la chèvre, un plan qu’elle expose clairement à Mr Seguin, je vois bien son objectif et nous constatons ensemble la fin, c’est à dire la réalisation, c’est à dire « un truc » que la chèvre n’avait pas prévu dans son plan, un « truc » qui ne faisait absolument pas parti de son objectif déclaré.

Il est indispensable de « faire des plans ».
Il est indispensable d’avoir des objectifs.
Sans ni plans, ni objectifs, comment donner un sens à la vie?

Ou le bât blesse, c’est quand petit à petit s’instaure un sentiment de toute puissance qui souffle à l’oreille une injonction de réalisation fixée, obligatoire et sans discussion.
Nous en sommes, sociétalement parlant, à ce point.
Dans le boulot, chacun se voit imposer des objectifs, des plans pour y arriver et une obligation de réussite à la clé.
C’est un dérivé des jeux sur écran : si on appuie tout bien au bon moment sur le bon bouton, la récompense tombe inexorablement.

Sauf, que la vraie vie n’est pas un jeu vidéo.

Du coup, l’échec fait vraiment mal. Il est d’autant plus douloureusement ressenti que bien souvent, d’une manière ou d’une autre, il est indissociable de « punition » comme si l’expérience de l’échec n’était pas en elle-même une expérience suffisamment désagréable.
La souffrance est latente.

Je me pose mille questions.

Il y a l’enfant-roi à qui tout est dû.
Il y a l’éternel adolescent, ex-enfant-roi et si bien acculturé aux jeux virtuels qu’il croit à la suffisance des « clic » pour arriver à son objectif et s’énerve quand « ça ne marche pas ».
Il y a tant et tant de personnes et autant d’individus…

Ce qui me semble important c’est d’apprendre par l’expérience que le fruit tombe quand il est mur, qu’une immense patience permet de laisser filer les saisons avant que ne revienne l’époque de la cueillette, que s’incliner sous les grains et le vent permet d’avancer plus loin, que rien n’est jamais acquis et que tout reste possible, surtout l’imprévisible.

Il me semble que l’imprévisible échappe à toutes les prévisions contemporaines.