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Sagesse

Qu’est-ce que la sagesse ?

Au fond de mon ventre, c’est l’image d’une petite fille sur une photo d’école maternelle en 1960, sérieuse, les bras croisés sur la table comme on lui avait demandé de faire, bien coiffée, le tablier bien tiré « comme il faut » et regardant bien l’objectif selon la recommandation du photographe… Une image, quoi… Sage comme une image, c’est ce qui me vient en entendant le mot « sagesse ».

Je sais qu’il existe d’autre sens à ce mot, je sais « ça », c’est déjà ça!

Ce matin, je suis partie me balader en me disant que la sagesse, c’est pas mon fort.

Ce matin, il n’y avait pas un souffle de vent sur le village où j’avais dormi.
En dépassant les dernières maisons, je pouvais voir une grande flaque d’eau abandonnée par la marée. elle était aussi lisse qu’un miroir. En suivant mon chemin, je la contournais et en la contournant, je voyais défiler à la surface du miroir aussi bien le paysage alentours que le ciel.
Un oiseau est venu se poser au bord de la flaque, en picorant le sable, il dessina une ride autour de lui, une mini vaguelette qui engendra un autre cercle, en poussant un autre puis un autre, tant et tant que la surface de la flaque en était transformée, marquée par ces cercles absolument concentriques qui finissaient par s’échouer sur le sable.

J’ai marché encore.
Devant moi, les deux éoliennes qui d’habitude, soumises au souffle du vent, tournent de concert étaient immobiles, stoppées chacune dans une direction, semblant attendre que le vent donne à nouveau un ordre fort pour s’aligner et se remettre à tourner.

 

J’ai marché encore.
Pas très loin.
Là, un creux dans les rocher,
Un creux à l’abri des vagues,
Découvert par le jusant
Plein d’une eau parfaitement limpide,
Un creux était là,
Qui m’appelait
Comme si là, se trouvaient toutes les réponses
A toutes les questions
Qui me troublaient.

Une heure plus tard, je faisais surface.
Il était temps de rentrer.

Dans ma tête se côtoyaient, des vagues et un miroir, la lave si noire, le corail tellement blanc, la montagne et le ciel, l’objet et son reflet, l’oiseau qui passe dans le ciel et sur le miroir à la même vitesse et s’efface et reste en mémoire comme les sons, les odeurs, les couleurs, les ombres, les lumières…

J’ai pensé un instant, que peut-être la sagesse n’est rien de plus qu’une recette très personnelle dont chacun garde le secret, une recette qui permet de trouver l’équilibre quand tout s’agite un peu trop fort, une recette qui permet de faire croire aux personnes crédules que rien ne bouge, que tout est simple et lisse comme une image…

Chercher la source

Hier matin.
Sur la page d’un « ami » FB,
Le titre était ronflant et il faisait écho à mes convictions.
En plus, il était en anglais, c’est dire s’il paraissait sérieux à mes yeux de gauloise.
J’ai donc remonté le fil.
L’article était à minima en lien avec le titre, c’était moins pire que parfois.
En le parcourant en diagonale mais attentivement, j’en tirais un nom mais pas de sources plus précises.
La publicité était bien là et comme d’habitude d’autres titres conduisaient vers des billets d’une teneur tout aussi douteuse, la couleur tonitruante des images attirant la curiosité comme la lumière attire les papillons.
Il m’a fallu environ 30′ pour trouver la « new research » qui « claimait » dans le titre.
30′ c’est hyper long.
Généralement je trouve en deux secondes.
C’est que la recherche « nouvelle » datait de 2011… C’est drôle.
Comme d’habitude, c’est une recherche un peu bidon qui avançe des statistiques très générales à partir de l’étude d’un échantillon de… 16 personnes… Le monde entier, quoi!

L’article partagé par l’ami FB n’est pas daté, mais tiré d’une « open source », un article à peine meilleur daté de deux mois en arrière, lequel fait toujours allusion à la même « new research » datant de 2011
Bref. N’ayant pas de temps à perdre, j’ai stoppé là une curiosité qui relevait du futile.
Sans aucune illusion.
Il y aura encore maintes duplications interprétatives de cette « source » lointaine que personnes n’est jamais allé regarder plus loin que « l’abstract ».
Et toutes mettront « à la une » une belle image et un titre ronflant pour vendre du temps de cerveau disponible aux publicitaires!
Et les personnes friandes de ce qui a trait à leur microcosme se précipiteront pour partager, affichant, en fait, seulement et rien de plus que leur conviction (le titre du billet) sans autre preuve tangible que leur croyance, tout en étant fière de « voir » leur croyance validée sur la toile!

Pourquoi parler de « ça ».
Parce que : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/13/ca-doit-se-savoir-alter-sante-libre-info-un-seul-homme-derriere-un-reseau-de-desinformation_5382951_4355770.html
et aussi :

Pour Info – Un homme aux multi-sites Fake News

En fait, je n’ai jamais été capable de me contenter de « croire ».

Derrière les titres, il y a généralement un site qui raconte parfois, une histoire même pas en rapport avec le titre et, qui toujours balance une tonne de publicité. Je reste sans voix à chaque fois et encore plus quand la personne qui m’y a conduit « en partageant » est une personne que j’apprécie.
Ca me rend triste.

Est-il possible d’apprendre aux enfants et aux ados à chercher les sources quand, parent, on est  (ou parait être ?) crédule ?
Est-il possible d’apprendre aux enfants à ne partager que ce dont-ils sont certains, que ce qu’ils ont eux-même créé plutôt que ce qui ne leur appartient pas et ce qu’ils ne maitrisent pas?
Je ne sais pas.
Certains enfant naissent-ils avec un goût pour la recherche, l’exploration et l’aventure autonome plus fort que d’autres ?
Je ne sais pas.

 

7 août 2018

Oui, d’un vol à venir, je forme le présent
En le faisant sortir d’un passé nonchalant
Et voici mon toujours qui débarque à ma plume
Avec ce qu’il y faut de soleil et de brumes
Jules Supervielle, Oublieuse Mémoire (1949) dans La Fable du monde suivi de Oublieuse mémoire, Editions Gallimard, 1987, ISBN 978-20703244-1-5

Je me suis réveillée en pleine forme après quelques heures d’un bon sommeil.
En pleine forme et en sachant ce que j’allais faire de ma journée.

Marcher.
Marcher où aucun touriste ne marche
Marcher à la découverte de la vie des gens

Il fallait surtout que j’expérimente les possibilités locales en matière de marche à pied.
En effet, j’avais une dizaine de jours devant moi dont je ne voulais rien « perdre ».
En effet, des centaines de questions étaient nées au cours des visites des semaines précédentes et j’en attendais au moins autant en réponse.
De fait, je savais qu’il y aurait une décision à prendre rapidement : voiture ou pas voiture ?

Je suis partie le long de la route.
Le bas côté est large et il était facile d’avancer en sécurité sans être frôlée par les voitures.
De surcroit, la plupart des automobilistes roulent tranquillement et en plus, il n’y a pratiquement pas de poids lourds.

Là, j’étais seule, face à moi-même.

Je suis sortie à la première intersection. Depuis le premier jour où nous avions passé cet endroit, j’étais curieuse de savoir ce qu’il y avait « dessous ».
J’ai découvert un nid d’habitations sous la bannière verte sang et or qui décore les « monuments » autochtones. C’était aussi un entassement de vieilles carcasses, des chiens pelés hurlant au bout de leur chaine pour signaler mon passage, des personnes maigres portant des fringues éculées qui écartaient le rideau servant de porte pour « voir » ce qui provoquait un tel chahut.
Jusqu’au bord du bord de l’eau, il y avait une succession de véhicules rouillés transformés en habitations. Certains disposaient même d’un jardinet soigneusement clôturé à leur abord.
Penser que ce lieu précisément est le départ du « maliko run », qu’au fond de cette baie précisément, embarquent ceux dont l’unique préoccupation, les jours de vent, consiste à se faire pousser par les éléments, juchés sur quelques onéreux jouets en carbone dessinait dans mes réflexions un abîme aussi formidable que les falaises du volcan plongeant dans l’océan.

J’ai poursuivi ma quête sous la falaise, passant de pierre en pierre, de bloc en bloc, attentive aux possibles éboulis. Quand il fut impossible d’avancer davantage, je suis restée un bon moment concentrée sur la construction d’un improbable montage de fer et de pierres, bercé par le puissant grondement d’un méchant shore-break : il ne faisait aucun doute que malgré le ciel bleu, une perturbation était au loin, la houle montait.

Après avoir fait le chemin dans l’autre sens, il était temps de viser Hookipa, d’y arriver comme on débarque d’un autre monde, sans voiture, de faire cette expérience là et d’observer alentours guidée par les sens tout à fait particuliers qui apparaissent dans l’éloge de la lenteur.

Etant partie équipée de mon seul appareil photo, je n’avais ni eau ni vivres. En fait,  je n’avais pas prévu de « trainer » aussi longtemps et  il fallait bien constater que je m’étais laissée portée par une joyeuse curiosité. Il fallait donc que je passe à la maison pour étancher la soif qui s’agrandissait et me sustenter un minimum.
ce fut fait.
Et hop, je suis partie de l’autre côté de la route, plongeant dans le premier chemin venu, transgressant l’impressionnante pancarte interdisant le passage.
Là, au milieu des hautes cannes qui chantaient dans le vent, j’imaginai un monde disparu : celui des plantations, des travailleurs harassés, de la coupe. Mes souvenirs d’autres îles sucrières remontaient jusqu’à l’odeur âcre du brûlé qui précède la récolte, jusqu’à la saveur douce du bâton végétal dans lequel on croque.  La découverte d’un cimetière chinois abandonné ne fit que stimuler mon imagination.
Je n’ai pas réussi à atteindre la côte, barrée par de belles propriétés.

Sur le chemin du retour, j’ai visité Haiku, le village le plus proche de mon logement, découvrant l’école tellement ouverte et fermée à la fois.
Sans GPS, sans carte, malgré les routes sinueuses et les croisements silencieux, j’ai retrouvé sans peine la propriété de mes hôtes. Au fond de leur jardin, il n’y avait que paix, calme et douceur.

Après une journée complète de marche, ayant exploré la droite et la gauche, j’ai décidé que je n’avais pas d’autre choix raisonnable que de louer une voiture.
J’ai ouvert le laptop.
Je me laissais encore deux jours d’exploration lente et je réservai pour le vendredi une « petite voiture économique ».

Alternances


L
e spectacle des iris qui s’épanouissent me ravit.
Il y a d’abord les feuilles, simples, élancées, volontiers diaphanes dans le soleil rasant.
Il y a ensuite le bouton, élancé, simple, épuré.
La fleur s’ouvre d’un coup et il est absolument impossible d’en saisir l’ensemble.
Sa grandeur oblige
Sa symétrie est relative, trois est un chiffre non-pair
Son parfum est subtil, à nul autre pareil.
Puis, la fleur passe, elle se ferme, se recroqueville, sèche et tombe.
Il reste une tige, élancée, simple laissant chanter dans la brise un calice marcescent élégamment froissé.
Vient la fin de saison et l’absence.
De longs mois plus tard
Pointent les nouvelles feuilles
Et l’espoir.

Amoureuse des mots
Je les redoute.
( Redouter, vient de l’ancien français douter, c’est à dire craindre… De quoi élargir la dissertation au sujet du … doute)
Je les crains car je connais leur versatilité,
Je sais leur envol lorsque je les abandonne
Et j’ignore tout du sens
Qui leur sera donné
A l’endroit où ils atterrissent parfois.

Amoureuse des mots
Des fleurs
Du mouvement
De la Vie

Il s’en fallut de peu pour que je laisse aujourd’hui
Seulement une image
En reflet, au sujet de l’alternance
De tout, de chaque vivance et de chaque instant
De cette alternance
Qui fait mon bonheur
Intense.

A comme Absolu


Décidément la vie est captivante.

J’aime ses clins d’oeil, les reflets en ricochet, les échos qui rebondissent et l’imprévisible tellement bien organisé.

Hier soir, en compagnie d’un très érudit compagnon, je découvrais le vent mis en scène, le vent testé, mesuré, appliqué, numérisé, le vent « visibilisé »!

« Comment la poussière pourrait-elle s’élever d’elle-même?
…Tu vois pourtant la poussière et pas le vent »

Visiteuse VIP, j’apprenais avec avidité, comme il est si facile d’apprendre dans les yeux des autres, à travers la parole vivante et multidimensionnelle de ceux qui savent.
Apprendre toujours plus et plus loin est une quête, une quête que je ne peux concevoir sans la présence présente des autres.
Alors, après m’être abreuvée directement à leur source, la curiosité peut m’entrainer dans les entrailles de la toile, au milieu des pages des livres spécialisés. J’ai besoin de douter pour préciser, pour avancer, pour enregistrer.
Une question entraine cent questions et c’est avec ravissement que je me laisse emporter dans ces explorations où le temps n’existe plus, car entre l’infiniment petit et l’infiniment grand il est soluble dans sa propre relativité.

Dans le « nuage de tags » visible à côté des billets ici abandonnés, le mot « absolu » arrive en tête non seulement grâce à son « A » mais surtout parce que de nombreux billets sont ainsi « tagués ».
La quête de l’absolu m’habite joyeusement.
Que dis-je?
Elle dirige mes pas, mes recherches, mes actions.
Elle les dirige parce que « c’est comme ça » pour moi.
Et c’est une direction amicale, douce, joyeuse, plaisante à laquelle je me soumets de bonne grâce.

Pourtant, parce que le temps tellement relatif est si drastiquement affiché sur nos montres, il est un fait que des choix s’imposent quand les journées ne font que 24h.

Alors, quand ce matin, une chère amie pose la question « Lit-on toujours pour apprendre? » je me la pose franchement entre quatre yeux.
Et d’autres questions surgissent en réponse.
Des questions au sujet du plaisir, au sujet de mes exigences, au sujet de mes quêtes et de ce qui m’attire inexorablement vers la source, puis la source de la source et encore plus loin, dans tous les sens.
Et je regarde la pile de bouquins sur mon bureau et l’absence remarquable de « romans ».

Les romans, les dessins animés, les films fleurissent spontanément sans que je les convoque. Ils apparaissent, impalpables,  principalement lorsque je marche, lorsque je rame, lorsque mes mains sont occupées à sculpter, à attendre, à bricoler, à jardiner.
Ils sont toujours d’un richesse incroyable, ciselés dans le moindre détail, turbulents, imprévisibles. Je les vis dans une multitude de dimensions qui dépasse largement et celles du papier parfois si parfaitement glacé et celles des images si magnifiquement léchées.

Bien entendu, je lis avec grande bienveillance les ouvrages de littérature, les romans qui me sont offerts ou ceux qui me sautent dans la main de gares en aéroports.
Bien entendu, je vais au cinéma parfois, rendant hommage à quelques réalisateurs de talent qui savent me faire flotter bien au delà de la salle noire.
Mais ce sont autant d’escapades ravissantes qui me ramènent à la quête de l’absolu, cette quête que je conçois uniquement constituée de rencontres « en live », d’expériences sur le terrain et de lectures appliquées.

C’est comme ça depuis si longtemps que je ne cherche plus à me contrarier!

Ecouter pousser les fleurs (2)

Le héron s’est envolé.
En entendant huer des cris rauques, j’ai levé les yeux. Ils étaient trois, tournoyant au dessus du bassin Saint Félix.
Le conflit était déjà réglé lorsque j’entrai au Lieu Unique.

J’ai pris un café au comptoir avant de m’avancer vers « la » personne.
Il était temps de monter au pic,
Je n’avais aucun moyen d’évaluer ni la hauteur, ni la puissance de la vague.
Je savais seulement que j’étais au bon endroit à la bonne heure et que la suite était à vivre.

Une heure plus tard, nous nous sommes salués sur l’idée d’un nouveau RV à la fin du printemps.
En passant j’avais noté les mains fines, parlantes et sensibles de mon interlocuteur.
J’avais aussi souri à l’intérieur en constatant sa prise de notes semblable à la mienne.
Une prise de note sur papier volant attrapé au vol quand l’urgence de noter le nécessite.
Une prise de note en « puzzle » où les petits carrés côtoient les rectangles plus ou moins allongés, à l’endroit et à l’envers parce que la feuille se remplie et que le moindre espace est utilisé.
Tout en répondant à ses questions, je le regardais.
Je voyais des reflets silencieux passer dans ses yeux, je le voyais alternativement écrire ou écouter.
Consciemment, Je posais des « blancs » observant ses « relances » et, en même temps, je l’imaginais en train de jouer avec ce puzzle dans le but de ranger ses réflexions.
Je me voyais dans cet exercice si souvent exécuté après un recueil de données, tournant ma feuille dans tous les sens, barrant d’un trait diagonal chaque carré exploité…
« La prochaine fois, si tu veux bien, je ferai un enregistrement » avait-il conclu avant de me saluer en ajoutant : « Si tu viens au spectacle, tu verras comment je travaille »

Je suis partie tout droit vers l’exposition.
« Le point de vue de nulle part – semiconductor »
Il faudra que j’y retourne, j’ai adoré!
Ne suis-je pas une spécialiste en matière de point de vue de nulle part?

L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Je me moque de savoir si un nouveau contact verra le jour ou non.
Je ne connais rien de plus au sujet des objectifs artistiques de cette personne et j’ai la conviction qu’il ne sait pas encore quel sera l’usage donné aux matériaux collectés.
Quelque chose murmure que nous étions l’un et l’autre en train d’écouter pousser les fleurs.
Et même en écoutant avec beaucoup d’attention, il reste impossible de savoir à quoi ressemblera la fleur, il reste même impossible de savoir si elle verra ou non le jour.

L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Mais… je suis curieuse et n’ayant pas de programme spécial pour le vendredi soir, j’avais décidé d’aller écouter « l’aparté », un entretien entre lui et la directrice du théâtre.
En ligne, je n’avais pas pu trouver de place libre pour le spectacle. D’abord rien ne me disait que j’avais envie d’aller au spectacle, je suis tellement plus fan du spectacle de la vraie vie que des montages bien léchés et tellement trop conceptuels.

Arrivée dans le hall, cinq minutes avant l’heure, je l’ai vu.
Il terminait son sandwich en se léchant les doigts.
Nos regards se sont croisés et j’ai fait un signe de la main comme j’aurais fait « coucou » à un enfant.
Chacun a fait un pas vers l’autre.
« Tu t’es perdue? »
J’ai pas compris cette question. J’ai répondu :
« Je suis venue à pieds »
Il a enchainé :
« Tu viens voir le spectacle?
-Ben non, seulement l’aparté
-Faut que tu viennes au spectacle »
Et il m’entraina devant la billetterie pour trouver une solution.

Il ne me restait plus qu’à envoyer un sms à la maison pour dire que j’allai rentrer plus tard que prévu et qu’il fallait, en conséquence, fermer les volets.

Le plus amusant dans l’histoire, c’est qu’il s’est mis à pleuvoir et que la question de rentrer à pieds, soit 45mn sous le pluie sans équipement spécial, se posait.

Donc quand, me dirigeant vers la bar pour boire une bière en attendant le spectacle, une dame me demanda : « On s’est déjà vues, non? » tout en déclinant sa spécialité ; j’ai saisi l’occasion en rétorquant : « Je sais pas... En conférence, c’est possible… Au fait, je cherche quelqu’un pour me ramener à la maison après le spectacle… Je suis venue à pieds et il pleut... » et hop, le problème du retour était résolu.
Deux minutes plus tard, son homme la rejoignait dans la queue vers les bières et les frites.
Immédiatement nous nous sommes captés sur la même longueur d’ondes… Une histoire de vie, de mise au monde de respect réciproque… encore… toujours…
Cet homme là, j’en avais beaucoup entendu parler sans jamais le rencontrer ni avoir envie de le rencontrer. C’est la faim et la soif qui nous a déposés l’un à côté de l’autre ce soir là!
Dans le même temps, la directrice du théâtre s’approchait avec l’idée de me présenter… comme par hasard… aux deux personnes avec qui je parlais déjà.
Que dire sinon que j’ai parfois l’impression de surfer dans un monde parallèle!
Et qu’ajouter sinon que j’aime ça?

Vécu, analogie, métaphore et… Passage


L’arbre et la pirogue…

Les captifs de la toile ont peut-être déjà croisé une histoire d’arbre et de pirogue qui se partage en un clic sur l’air de « mouais, c’est pas mal ce truc ! Je vais partager et hop, c’est quoi le suivant? » C’est signé « mythe mélanésien de l’île de Vanuatu »…
A la source, il y a un travail effectué en vue d’une thèse de recherche de Joël Bonnemaison, et c’est un peu plus complexe que la métaphore colportée ne le laisse entendre.
Comme d’habitude quoi!

Sous nos latitudes, il y a belle lurette que les pirogues monoxyles sont rentrées dans les musées quand elle ne sont pas l’oeuvre récente de quelques gentils bricoleurs qui jouent avec le bois plus qu’ils ne navigueront jamais.

Je possède une pirogue, elle est en « composite », c’est à dire que c’est un assemblage de tissus en fibre de verre et de résines polyester… Pas vraiment des « trucs » directement cueillis dans la nature, donc…

Pourtant, ma pirogue, un va’a sans gouvernail, je la compare volontiers à un cheval qu’il faut apprivoiser, un « truc vivant » plus puissant que moi.
Car elle m’emporte, elle décide de sa trajectoire sur les vagues, elle n’obéit jamais à des ordres simples et tranchants, elle a besoin d’être habitée, elle a besoin que je sois « avec » elle, que je l’apprivoise à chaque sortie, que mes propositions soient douces et déterminées.
Les moments de grâce sont ceux où je suis à la fois moi, l’océan et la pirogue !
Ils existent.
Et comment en parler sinon en usant de métaphores?

Ce long préambule pour essayer de décrire le lendemain d’une « organisation » réalisée.
Qui osera lire et suivre chacun des liens jusque dans ses profondeurs pourra peut-être un peu comprendre. Un peu seulement! 😉

Dimanche soir, de retour dans la vie « normale » il y eut comme toujours un « vidage de carte mémoire ».
C’est subtil ce genre de vidage.
La symptomatologie  est claire et précise : j’arrive face à une personne en disant « je voulais te dire quelque chose à propos de l’évènement et je sais plus du tout ce que c’était ».
Il y a un instant de silence où j’essaye de rembobiner, un regard probablement vide, le mot FIN qui flash devant mes yeux et hop, j’actualise sur le temps présent.
Tout ce que j’avais consciencieusement enregistré en double, à la fois sur le laptop et dans ma mémoire, tout ce qui s’était amoncelé au point d’encombrer mon bureau, ma chambre et mes pensées s’envole instantanément sans être perdu pour autant.

Et qui dit vidage, dit vidange.
Aucune vie n’est jamais vide tant qu’elle est vivante!
Qui dit vidange parle aussi de remplissage, non?

Donc, le lundi était jour de remplissage.
Imaginez un réservoir qui se remplit à grande vitesse, imaginez le flot qui entre, imaginez les turbulences qui se créent au contact des parois, imaginez les vagues, imaginez une vaine tentative pour réguler le débit, le trop plein qui guette… imaginez mon lundi!

Puis, le calme revint en surface, il revint d’autant plus apparent que tout était rangé : le matos, la maison, mon bureau en bois et mon bureau virtuel.

Invisibles aux yeux, inaudibles, il ne persiste que doux frémissement intérieur, intense et bien connu. Il n’est que pensées qui tournent, vagues de questions qui déferlent inlassablement, bosquets qui ramifient à foison, envie d’écrire, doutes, hésitations, certitude de solitude.
Ma routine, quoi!

Très chers paradoxes


J’aime résumer l’état de bien-être à un état dans lequel je suis en équilibre entre mes paradoxes.
J’aime aussi affirmer que je suis funambule entre deux mondes : le mien et celui des autres.
Et j’ajoute que plus le fil est tendu plus le mouvement est facile et que sans mouvement, la vie n’existe plus.

Avez vous remarqué que les plus « anti-système », les plus écolos, les plus anarchistes, les plus complotistes, les plus « contre » sont ceux qui utilisent le plus facilement les réseaux sociaux pour s’exprimer, pour rabattre le monde vers leurs sites, leurs croyances, leurs publicités propres?

En écrivant sur ce blog, en acquittant chaque année des droits d’hébergement, je me suis donné les moyen d’une certaine indépendance.

Mais, le monde est ainsi fait qu’il est impossible de lui échapper. Les réseaux sociaux nous captent et eux seuls transmettent des signaux qui nous attrapent à grande vitesse.
Ce matin, j’ai donc lancé un nouvel essai « pour vivre avec mon temps » en pensant à ma grand-mère qui était fière de s’adapter rapidement aux changements apportés par le siècle derniers.
Rien n’est gratuit, je sais qu’en ouvrant un groupe sur FB, je participe au fonctionnement d’un géant, j’impose des publicités à mes lecteurs, je leur mets sous le nez des propositions de « semblables » (là je rigole un peu en imaginant ce que FB peut trouver qui me ressemble!!!), prenant le risque de les inviter à glisser plus loin, plus loin, à s’embourber, à tout abandonner et surtout à m’abandonner, « moi-je »!
Qu’importe, tout est expérimentation et j’aime ça.

Les paradoxes sont les moteurs de notre vivance, c’est un fait et j’avance sans jamais me lasser de les observer.

Ainsi, hier au supermarché, une image surréaliste est entrée dans mon champ de vision.
Une femme jeune, parfaitement maquillée, entièrement drapée dans une « robe » beige d’excellente qualité, une robe qui l’enveloppait de par dessus les cheveux jusque par dessus les pieds, était dans le même rayon que celui où je m’empressais de passer.
Elle prenait son temps, poussant son chariot déjà bien rempli et bavardant « toute seule ».
Toute seule?
Non.
Un magnifique téléphone pommé assorti à sa robe était glissé contre son oreille et fermement maintenu par la grâce des plis de tissus qui enveloppaient sa tête.

Malicieuse, j’imaginais instantanément qu’un être transcendant avait prévu cette situation et avait même transmis ses intentions auprès d’un messager obligeant.
Ainsi cette recette était exclusivement réservée aux femmes afin de leur permettre de bavarder de tout et de rien partout et n’importe quand, y compris au supermarché en poussant un chariot chargé de produits ultra-transformés.
Trop fort!

De la ponctuation

Lorsqu’il s’agit de s’exprimer à travers l’écrit, il est d’usage d’intercaler des signes de ponctuation entre les mots afin de favoriser une meilleure « écoute » pour le lecteur.
De manière récente, il est devenu possible d’introduire des idéogrammes (on appelle ça  « emoji » en langage facebookien), des « sticker » et même des « gif » en plus des traditionnels signes de ponctuation.
De fait, il serait possible d’imaginer que la communication écrite est en passe de devenir de plus en plus précise, c’est à dire, de plus en plus semblable à la communication parlée.

Las !

En se complexifiant, la communication se dilue.
Je me demande si nos pensées ne suivent pas le même chemin, stimulées qu’elles sont de toutes parts, dans toutes les dimensions et tous les sens ?

La ponctuation, pour revenir au sujet de ce billet, est chose subtile dans le monde mondial. En effet, les règles sont différentes d’une langue à l’autre et parfois il n’en existe même pas. (un digest ici )

Pour « moi-je », il est plus facile de lire et de comprendre les personnes que je connais en vrai : les attitudes, les intonations, les paradoxes sont inscrits en filigrane dans ce que je lis d’elles.
C’est aussi le cas pour les personnes non accessibles, les grandes figures, les auteurs renommés : le fait de les entendre parler (vous connaissez ma radio préférée ? … On y parle beaucoup, beaucoup! ) m’incite à les lire sous des angles constamment renouvelés.

Dans la prose que je produis, il y a un tas de mots et aussi un paquet de signes de ponctuation.
Les mots ont une signifiance à mes yeux et je sais que chacun les interprète ensuite en fonction de son environnement propre.
La ponctuation, selon les règles établies en langue française, est généralement posée avec attention et il n’est pas rare que je modifie après lecture (et relecture), comme je modifie certains mots et/ou leur agencement dans la phrase.
Les « emoji » sont les grains de folie qui peuvent entrainer plus loin tant leur traduction est éminemment personnelle !
J’aime les points de suspension car il sont à mes yeux une ouverture vers plus loin. Mais, je sais qu’il faut les éviter et je les évite au maximum.
Il serait nécessaire, dans les faits, de poser un point d’interrogation après chacune de mes phrases tant chaque alignement de mots constitue, de mon point de vue, un questionnement qui débouche sur un autre questionnement sans que jamais aucune réponse ne survienne en temps que réponse « certaine et définitive ». C’est évidemment non-envisageable.
Alors… J’ose imaginer que les personnes qui m’ont un jour croisé ont repéré mes inlassables questionnements.

Les enfants, bien avant l’âge de raison, affirment « je sais » et les parents les regardent de haut en affirmant à voix basse : « comment pourrais-tu savoir ? ».
C’est que les enfants sont bien dressés et que dire « va te faire foutre je vais expérimenter dans mon coin » fait partie des « interdits ».
C’est que les parents sont bien formatés et suffisamment suffisants pour oublier de douter au sujet de leur toute-puissance parentale.

Quand j’étais »petite », j’ai traversé cette période où j’ajoutais « je sais » après chaque proposition parentale. Mon père ne manquait pas de me le faire remarquer sur l’air de « madame-je-sais-tout ».
J’avais le bac en poche quand cette chanson là est entrée au hit-parade de l’époque et bien que ma note de philo ait été magnifiquement proche de zéro, je commençais à poser les questions qui n’amènent que des questions et à entrer dans un véritable « raisonnement philosophique » au sujet de la vie.

Plus de quarante ans plus tard, j’en suis seulement un peu plus loin, toujours en train d’essayer d’escalader l’arc en ciel, toujours en train d’essayer d’attraper les étoiles alors que « je sais » (= « il est scientifiquement prouvé ») que l’arc en ciel n’est qu’un effet lumineux et que les étoiles qu’on voit briller sont mortes depuis longtemps…

Jenesaispasquelleestl’histoiredelavieenvraie.

J’aime infiniment observer, explorer, observer encore, explorer plus loin.

Jesaiseulementquejesuisenpleindedanslavraievie.

La crème et le piment


Il fallait un jeu pour qu’un autre commence.

Il fallait que le fruit soit mûr pour qu’il tombe à l’instant même où j’approchais la main dessous pour le cueillir!
Les spécialistes de Jung dissertent au sujet de la synchronicité, je préfère parler de mes errances et des grands moments de bonheur aussi simples qu’une ballade égrainée par le vent qui se faufile dans le jardin.

J’imagine que toutes les personnes pour qui les mots sont autant de perles à mettre sur des fils, autant d’éclats de couleur à poser dans un tube à reflets multiples, autant de pièces à monter en pyramides improbables, j’imagine que toutes ces personnes gribouillent comme moi des textes qui s’accumulent sans jamais voir autre chose que la direction d’une archive ou d’une autre.

Quelque soit le temps passé, l’attention apportée, les ciselures essayées, je sais que le regard des passants sur les mots est généralement ultra rapide, attirés qu’il est par mille sollicitations toutes plus précises les unes que les autres,  occupé qu’il est par des requêtes multicolores créées pour séduire de manière certaine, scotché qu’il est aux invitations pressantes, aux mouvements répétitifs excitant plus fort encore une curiosité qui pourrait finir par s’émousser.

Alors, entre deux salves de mots
Je joue.

Et je viens d’inventer un nouveau jeu : laisser tomber les couleurs pour les mettre encore plus en valeur, pour les laisser à portée de l’imagination instantanée des passants pressés.

Ca commence aujourd’hui, là-bas.

Il n’y a aucune règle du jeu.