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Point faible

Il y a tout juste une semaine le départ de la première étape du Vendée Va’a se préparait.

Comme avant chaque course, l’équipe a fait un cercle et chacun a dit un petit mot.

Depuis la veille, depuis notre arrivée sur le site j’avais au bord des lèvres une petite phrase toute prête, une petite phrase qui venait en point d’orgue après les mois passés, les heures d’entrainement consenties et toute la préparation qui avait contribué à créer une équipe à la hauteur de l’évènement.

Le poids des mots étant ce qu’il est, ma conscience des mots étant ce qu’elle est, j’ai gardé pour moi la petite phrase toute prête et je n’ai partagé que du convenu.

L’équipe avança comme un seul homme.
Trois jours de suite.
Sur chacune des trois étapes.
Passionnément.
Joyeusement.

Comme prévu, chacun toucha son point faible mais l’alliance de tous les points forts contribua à la réussite du rêve que nous avions fomenté : terminer honorablement, sans subir et en restant toujours au contact.

Mon point faible, puisque c’est l’objet de ce billet, mon point faible est toujours le même, c’est cette volonté qui me pousse à danser sur le fil tendu entre mes paradoxes, cette exigence qui me contraint sans cesse à faire le grand écart, parfois jusqu’à la douleur vive. Alors des larmes s’échappent, des larmes à masquer tant que la représentation est publique et des larmes qui coulent parfois en silence dans la solitude du face à face.

Prendre un point faible à bras le corps est nécessaire quand tout nous pousse à aller plus loin.
Mais prendre un point faible à bras le corps est vraiment difficile tant il fuit, glisse et s’enfuit prestement.

Dimanche soir, j’ai essayé de le coincer sous la douche : la cabine bien fermée il ne pouvait même pas s’envoler et la musique de l’eau rebondissante masquait le tintamarre de la bataille.

J’ai presque réussi! L’immobiliser était un peu difficile sous l’eau.
Alors, je suis sortie au sec.
Et puis j’ai réussi.

Alors, j’ai tenu fermement ce foutu point faible prisonnier, exhibé sous mes yeux derrière ses grilles et je l’ai examiné sous toutes les coutures histoire de mieux comprendre avant de le relâcher. Car c’est pas si méchant, un point faible, et encore moins quand il est bien connu!
N’est-ce pas?

Et magie, magie, hier en écoutant ma radio préférée du matin, la lumière est venue balayer le coupable. C’est qu’il fallait que j’élargisse mon regard : comme toujours il faut considérer l’ensemble car rien n’arrive « à cause » d’un truc précis mais en raison d’un faisceau conjoncturel.

Il était question d’introversion et cette phrase retenait mon attention : « Dans La force des discrets, sous-titré Le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard (éditions JCLattès), Susan Cain explique que « les introvertis vivant dans le monde de l’idéal extraverti sont, comme des femmes dans un monde d’hommes, bafoués pour un trait de caractère indissociable de leur identité profonde ».
Il était question du sexisme dans le sport en présence de l’excellente Béatrice Barbusse qui exprimait avec une diplomatie toute universitaire le fond de mon expérience.

Cette paire associé à ma réflexion forma alors une éclatante trinité!
Plus loin reste à vivre, toujours plus riche, à ma rencontre.
Car plus j’approche de la fin, plus l’infini affirme sa présence.

Et bien entendu, aucune chapelle ne m’appelle!
Ce serait bien trop simple
Et tellement dépourvu d’adrénaline!



Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…

Tout pareil

Par les temps qui courent, tout concourt à nous faire perdre notre latin en comparant des choses et des faits qui ne se mélangeaient pas, autrefois, dans mes leçons de calcul.

Je me souviens qu’il fallait additionner les choses qui allaient ensemble, que les fleurs allaient avec les fleurs et les poissons avec les poissons, que la sommes des unes pouvait égaler la sommes des uns sans que les deux sommes ne soient équivalentes puisque dans un cas il y avait des fleurs et dans l’autre il y avait des poissons.
A l’époque, ces « leçons » tombaient dès l’âge où succombaient les premières dents de lait, bien avant « l’âge de raison » qui était fermement établi à sept ans, allez savoir pourquoi !

J’observe les enfants avec fascination.
Les adultes ne sont-ils pas tous d’anciens enfants ?

Et sans la moindre interprétation,
Je note leur goût intense pour « faire tout pareil ».

Faire « tout pareil » ?
C’est à dire?

Un jour, il y a six ou huit mois, j’ai retenu mon rire en voyant un petit garçon essayer de s’asseoir sur une chaise playmobil.
C’était bien une chaise et une chaise est, en effet, prévue pour s’asseoir.

Pas plus tard qu’avant hier, une petite fille du même âge que le petit garçon en question, provoqua elle aussi mon hilarité intérieure.

Elle commence à savoir sauter et aime entrainer cette nouvelle facilité.
Cherchant un nouveau jeu à lui proposer, j’ai placé sur le sable un joli bloc de basalte bien carré d’environ vingt centimètres de haut, et joignant l’exemple à la parole, je lui ai montré qu’il était possible de monter dessus et de sauter.
Conséquemment, elle a choisi une joli petit galet noir, l’a placé à côté du bloc, a posé ses deux pieds « dessus » ( c’est à dire que le galet a disparu en enfonçant dans le sable) et a effectué un très gracieux saut à pieds joints.
J’ai applaudi à son exploit, elle avait sauté!
Nous avons ri, ensemble.
Et comme le jeu lui plaisait,
Elle a cherché un autre galet en me précisant bien qu’il était « enoooooorme » (lire en español pour le plaisir de la musique)
Puis, elle a posé autant que possible ses pieds dessus m’intimant l’ordre de faire la même action sur le bloc que j’avais moi-même posé sur le sable.
Et à « 3 » nous avons sauté ensemble!

Faire « tout pareil » ?
Vouloir « tout pareil » ?
Exiger tout, pareil…
C’est à dire ?

Et l’âge de « raison »… C’est quand ?

Haute voltige

ISBN 978 2226114112, Editions Albin Michel, 2000

Il y a cet extrait en illustration.
Et il y a l’ouvrage en entier avec son quatrième de couverture :
« Entre le désir profond de se lier, de s’engager corps et âme, et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, d’échapper à tout lien, quel tohu-bohu !
Or, pour vivre ces exigences contradictoires et d’égal dignité sans être écartelé, il n’y a aucun secours à attendre ni de la philosophie, ni de la morale, ni d’aucun savoir constitué.
IL est probable que les seuls modèles adaptés pour nous permettre d’avancer sont la haute voltige et l’art du funambule. « 

Et il y avait Christiane, la voix de Christiane, la voie qu’elle incarnait, humblement, passionnément.

Mais là n’est pas ce qui m’amène devant le clavier.
Ce qui m’amène, c’est l’éloge de l’engagement et autres folies.
L’engagement!
Quel engagement ?
Ce « truc », par exemple, ce « truc » qui prend vie le jour où un enfant pointe le bout de son nez et où nous affirmons que cet enfant est le nôtre.
C’est un jour sacré, qui au delà de tous les textes profanes ou spirituels, nous oblige à nous engager, corps et âme.

Combien de fois dans ma vie, accueillant la vie à mains nues, combien de fois ai-je formulé des bons voeux, silencieusement, consciencieusement, m’imaginant « bonne fée » capable de contrecarrer le sort jeté par la Carabosse.
Car dans mon imagination où les dessins animés se succèdent, il y a, penché sur chaque berceau un bon paquet de fées pas toujours bienveillantes et ce, sans même parler de la vie bien réelle dans laquelle débarquent les enfants.
Combien de fois ?
Tout en connaissant l’immensité de ma non-puissance…
Tant de fois !

Après avoir pris conscience en vivance et à la bonne heure, de la notion d’assemblée bienveillante, assemblée capable de former un filet protecteur sous chaque funambule de haute voltige, silencieusement, consciencieusement lors des jours sacrés où un engagement prenait son vol, je rajoutais ce voeu là : qu’une assemblée de qualité soit présente pour permettre à cette/ces personne(s) de s’élever.

Et aujourd’hui encore, quand des parents restant engagés auprès de leurs enfants devenus adolescents, se trouvent propulsés dans des numéros de haute voltige qu’ils n’avaient jamais imaginé, je pense à l’importance d’une assemblée invisible assez forte pour tisser un filet protecteur, je pense à la toute puissance du temps si précieux et tellement nécessaire au tissage.

Bien plus loin que les recettes toutes faites, que la philosophie ou la morale, je sais que l’unique différence entre une personne d’expérience et une personne novice, c’est que la personne d’expérience est tombée un nombre de fois bien supérieur au nombre d’essais effectués par la novice.
Et je sais aussi qu’il faut beaucoup de patience parce que la chance n’est jamais pressée…
Parce que la chance, c’est autre chose que le hasard!


Prendre en main

Combien de personnes à chaque coin de rue, à chaque détour de média, combien de personnes se plaignent de subir, de ne plus rien maitriser, de se sentir impuissante?
Combien?

C’est que par la grâce de la distribution à bas coût d’énergies non-humaines, tant de « choses » indispensables à la vie quotidienne se « font toutes seules »!
Jusqu’au changement d’heure et de date…
Pour tant de monde, elle a disparu l’époque où il fallait changer à la main l’heure d’une montre, oubliée l’époque où il fallait ouvrir un nouvel agenda. Tout est dans le smartphone, tout est automatique, il n’y a plus rien à faire et pour occuper le temps ainsi dégagé, il n’y a pluka cliquer frénétiquement, sporadiquement du bout d’un doit plus ou moins énervé, cliquer pour « partager », pour valider, pour pétitionner, cliquer…
Et ainsi la vie nous échappe.
Et pour la re-prendre en main, tant de publicités vantent les mérites de « trucs » faciles qu’il suffit d’acheter et qui « ne demandent aucun effort », sinon celui de « l’autre », de « l’état » ou de je ne sais quelle toute-puissance.

Et si…
Et si tout simplement nous entrions à nouveau dans l’effort juste à notre portée ?
Et si chaque matin, petit à petit nous prenions notre vie en main ?
Notre vie telle que nous nous l’imposerions nous même, une vie pleine d’autant de petits riens qu’une vraie carte écrite à l’encre de nos propres mots, qu’un agenda pesant son poids ouvrant chaque jour une page vierge à compléter, qu’une montre qui fait tic-tac au rythme des battements de notre coeur, qu’une orange pas pressée dont il faut extraire le jus, qu’un légume encore noir de terre acheté sur le marché à un de ces maraîchers qui vous explique que la terre est basse, etc…

Dans le monde médical, il existe un terme qui a perdu son sens étymologique : rééducation.
Ce terme est utilisé à tout bout de champ, doctement « Je vais vous prescrire des séances de « rééducation », c’est pris en charge, ça ne vous coûtera rien. »
Qu’est donc la ré-éducation quand l’éducation n’a pas vu le jour?

Moi, moi-je, moi…je suis certaine, par éducation (ben oui, je suis d’un autre siècle!), que tout a un prix, que le moindre petit effort participe à la qualité de mon épanouissement et que chaque petit acte acté en conscience est un grand pas vers plus loin. Les nouvelles technologies peuvent débarquer, je peux même les apprivoiser passionnément, ce qui est ancré reste.

Ce matin, j’ai ouvert un nouvel agenda.
Il n’attendait que ce jour.
Et j’ai aimé l’ouvrir sur plein de projets bien palpables.

Heureux qui sait être seul

« On » a dit qu’ils avaient faim.
J’ai scruté les yeux, les joues, les attitudes et les tours de taille et je n’ai pas lu le manque de nourriture.
Puis « on » a dit qu’ils avaient besoin de se sentir « pas seuls ».
J’ai observé les insultes, les propos, les mouvements et j’ai vu les camps se former.
Exprimaient-elles leur faim de non-solitude, ces personnes qui illuminaient les médias d’un halo fluo synthétique et bruyant ?
Les chercheurs de toutes les Universités se précipitèrent à leur chevet pour sortir en avant première une explication argumentée plus originale que celle du voisin. Là encore des camps s’érigèrent.
Je me suis réfugiée dans le silence harmonieux de la nature profonde, fuyant brouhaha, cacophonie et combats.

A la mémoire, m’est revenu ce moment magique où à l’aube de la naissance de la toile, j’avais découvert qu’à l’autre bout du monde « une autre » personne exerçait son art dans le même état d’esprit que je le faisais alors et je m’étais sentie tellement moins seule !
(un petit détour s’impose par ici )
A la suite de cette découverte, j’avais vaillamment testé les rassemblements qui se vantaient d’assemblées chantant le même son de cloche microcosmique.
Et… Je me suis immédiatement sentie incommensurable seule au milieu de ces personnes.
C’est que je suis incapable de choisir un camp, d’autant plus incapable que choisir un camp signifie dénigrer un ou des autres camps.

Hier soir, j’ai fait le tour de mes connaissances amicales sur FB : je suis allée regarder par la fenêtre ce qu’avaient raconté dernièrement toutes celles qui n’apparaissent pas au milieu des pubs qui inondent mon « fil d’actualité » quasiment dépourvu « d’abonnements ». J’y ai trouvé les petits groupes habituels qui likent, valident et « moi-jesent » (du verbe moi-jeser…) comme il est d’usage de le faire entre adhérents du même parti.

Alors… je suis joyeusement revenue à ma couture remplie d’étoiles, à la confection des paquets cadeaux, à la préparation des menus de partage… et surtout à ma solitude préférée, grouillante de tant de mondes et de mille tendres pensées vers tant de personnes, chacune ayant son camp, ses convictions, ses activités, ses moi-je, ses agacements et ses bonheurs sur lesquels je n’ai absolument rien à dire.

Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.

Vie quotidienne

Chaque fois que je sors de « chez moi », de ma ville, de mon pays, j’ai besoin de voir « tout », c’est à dire de trouver, au delà des clichés touristiques, ce qui fait le quotidien des personnes qui vivent « ailleurs ».
Les écoles et les centres de soins sont les endroits stratégiques qui donnent le ton.
Inévitablement, je vais en explorer les abords. Il n’est pas rare que j’entre carrément pour mieux visiter et « sentir » l’ambiance.

Ces jours-ci, dans le village du Northshore d’une île ne vivant que par le tourisme, j’ai la chance de pouvoir entrer dans la « Escuela Infantil Municipal » puisqu’à l’heure des parents, je vais y chercher ma petite fille.
Chez nous, on parlerait plutôt de crèche puisque cette « Escuela » est destinée uniquement aux enfants de 3 mois à 3 ans dont les parents travaillent. Ici, c’est écrit « Escuela » au dessus de l’entrée.
Et ici, dès la « moyenne section » de la crèche, c’est à dire dès que les bambins marchent, l’uniforme est la règle dans les écoles. Ainsi quand on va au parc, il est possible de savoir d’où sortent les enfants qui y jouent : c’est écrit sur leur tee-shirt!

Ma petite fille reste à la crèche chaque jour, du lundi au vendredi, de 10 heures à 15 heures.

15h, c’est l’heure des parents!
Et comme devant toutes les écoles de France et de Navarre, certains parents attendent devant la porte en bavardant et d’autres se racontent leur vie à la sortie.

Ainsi, les parents des plus de deux ans échangent-ils souvent au sujet de l’école dans laquelle ils vont « mettre » leur enfant l’année prochaine.
Et c’est vraiment très amusant pour moi d’entendre leurs soucis.

Car, ici, c’est un village sur une île.
Car, ici, la délinquance frôle les 0%.
Car, ici, les habitants sont arrivés de partout : d’Europe ( Espagne continentale, Italie et Allemagne principalement), d’Afrique du nord (principalement Mauritanie, le Sahara occidental est tout proche à vol d’oiseau, donc … à la nage… ou en bateau), d’Amérique du sud (principalement Argentine peut-être en raison des racines italiennes des argentins?)
Car ici, beaucoup, beaucoup de personnes sont parfaitement bilingues, voire trilingues et plus.

Logiquement, les parents rêvent pour leurs enfants.
Et logiquement leurs rêves sont multilingues et multicultures.

Et… probablement comme « partout », le choix de l’établissement d’enseignement « obligatoire » semble vraiment stratégique.
Ici, l’école du centre du village, la plus proche du vieux village où est située l’unique  « Escuela Infantil Municipal » est celle où devant l’entrée et la sortie se rassemblent la grande majorité des mauritaniennes, drapées dans leurs merveilleux voiles translucides et multicolores.
Etrangement  cette école maternelle (on est encore loin de l’université!) ne fait pas l’unanimité parmi les personnes qui rêvent d’un avenir multilingue et multiculture pour leurs enfants.

Ca me fait sourire.

L’année prochaine, c’est devant l’école maternelle que j’irai écouter ce qui se raconte.
Peu importe l’uniforme que portera ma petite fille, j’irai ensuite au parc ou à la plage pour jouer avec elle, sans me préoccuper de ce que pensent les « locaux » au sujet de l’écusson brodé sur son tee-shirt.

Et dans mon regard, le monde est et restera multicolore, passionnément.

La chute de l’espoir

Quand je raconte ma vie scolaire dans une école de banlieue Lyonnaise en affirmant que nous étions seulement 6 filles sur 45 à faire notre entrée au Lycée après le CM2 (oui, le collège n’était pas encore inventé, le lycée commençait en 6ème), j’ai l’impression que personne ne peut me croire.
En retrouvant ce Diplôme que mon père a obtenu sans mention à l’âge de 15 ans, c’est une trace de la société moderne qui vient s’afficher sur ce blog-note à l’image de la société postmoderne que nous habitons aujourd’hui.

L’agitation actuelle faisant les choux gras des médias, je ne peux y échapper et une fois de plus je constate que les camps se construisent, chacun s’arque-boutant sans nuance sur un mot ou un autre, incapable de s’asseoir pour réfléchir et envisager la réalité sous un autre angle que celui du combat.
L’espèce humaine est certainement l’une des espèces animales la plus combative, la plus cruelle et le pacifisme n’est de mise que dans les livres quand il n’y a vraiment rien d’autre à faire.
Ce n’est pas le sujet de ce billet, je vais en venir au fait.

Le fait, c’est qu’après avoir échafaudé des espoirs, les empilant l’un sur l’autre par dessus le vide pendant des années et des années, tout est en train de se casser la figure.

Mon père avait fait mieux que son propre père, lequel n’avait pas décroché ce prestigieux diplôme. Oui, « prestigieux » : je me souviens de fermes familiales au sol en terre battu où ces diplômes soigneusement encadrés trônaient accrochés au dessus de l’âtre, parsemés de crottes de mouches.

Mes parents n’avaient qu’une idée fixe pour nous : que nous n’ayons pas à revivre la guerre qu’ils venaient de traverser et que nous « fassions mieux qu’eux ». Mai 68 ayant contribué à lever beaucoup de verrous, le meilleur était permis :  le Brevet, le Baccalauréat (on disait le mot en entier à l’époque et il y en avait plein la bouche d’éloge et/ou d’envie), l’Université, et plus loin pourquoi pas l’une ou l’autre des quelques prestigieuses Grande Ecole ?

Loin de moi l’idée d’affirmer que subir les espoirs des parents était chose facile.

Néanmoins, l’espoir était là, partout, tout alentours et bien palpable et il tissait un filet invisible qui nous poussait à regarder plus loin, plus haut et vaillamment.

Et tout s’est emballé!
Beaucoup de filles de ma génération ne se sont pas contentées de « faire un peu mieux » que leur mère, beaucoup de garçons ne se sont pas contentés de « faire un peu mieux » que leur père. Nous avons poussé loin nos études et bousculé « la tradition ».

Je vais éviter de  brosser le tableau de ce que j’observe aujourd’hui dans la société sur laquelle j’ouvre ma fenêtre chaque matin.

Je connais les aventures de mes fils.

Aux dernières nouvelles, après huit ans d’études et beaucoup d’errances, le plus jeunes semble trouver une voie et cherche du côté du jardinage biologique. « Jardinier », comme mon arrière grand-père ! Je suis tellement fière et heureuse de le voir enfin donner (peut-être) un sens à sa vie avec ce choix.

Et pour en revenir à l’actualité, quand les gens s’affrontent et se crispent sur certains mots, ils en oublient la voie du milieu, dissertant au sujet des sources d’énergie pour faire rouler leur char plutôt que de poser le problème, plutôt que d’envisager l’à venir avec désespoir ( je suis lectrice passionnée de Comte-Sponville) et donc plein de possibles : avoir une boulangerie proche et donc marcher à pied pour acheter le pain quotidien, viser un simple diplôme de fin d’étude (mes parents lisaient énormément et écrivaient sans aucune fôte d’ortaugrafe) et aller à l’école en vélo, se nourrir au fil des saisons et de la production locale, le tout sans négliger le nourriture spirituelle, etc…

Mais que tout ceci est simple à écrire pour qui, comme moi a réussi un long passage de vie.

Comme tout ceci est simple à prêcher pour ceux qui vivent grâce à leurs prêches.

Comment donc, bon nombre de grands enfants trop gâtés, comment donc tant de personnes préférant les liens d’argent aux liens familiaux, comment donc ces personnes croulant sous les crédits sur l’air de « tu possèdes donc tu es », comment donc toutes ces personnes peuvent-elle comprendre et entendre que demain est toujours différent d’aujourd’hui et encore plus d’hier ?

Danser sur le fil


Nous sommes à ce jour plus de sept milliards de terriens (population mondiale)

Ce genre de billet mijote depuis des jours et des jours.
Comment essayer d’en partager le fumet quand le nombre d’ingrédients mis dans le bouillon dépasse l’entendement?
Suivant l’air du temps, penchée sur la casserole, je capte une exhalaison plus qu’une autre et tenter d’en décrire les subtilités reviendrait à fausser ce dont j’ai envie de débattre.
Suivant la lumière passante, penchée sur la casserole, je capte certains borborygmes plus que d’autres et décrire ceux qui m’éclatent à la figure reviendrait à fausser la saveur de ce que je ressens.
Que je me penche sur la casserole les pieds sur terre ou la tête dans les étoiles, et mon point de vue se trouve complètement tourneboulé, comment alors poser l’impression de mon vertige sans que le trouble précipitant n’opacifie le propos ?

Car, il est un fait certain : je suis bien debout sur mon fil, debout sur ce fil tendu entre mes paradoxes. Le fil est parfois tendu à la limite de la rupture et il tient cependant et je danse avec joie. D’autre fois, il est d’une souplesse déconcertante, a tel point qu’il est difficile d’y marcher sans risquer un faux pas et cependant je marche.

Vers plus loin…

Nous sommes plus de sept milliards de terriens.

Ce matin, en ouvrant ma fenêtre sur le monde, mon fil est entré en vibration mais je n’ai pas renversé mon café, j’ai tellement l’habitude de gérer l’équilibre malgré les vibrations…

C’est que ce matin, en cliquant sur le programme de « Nature Nomade, le festival Nantais des grands voyageurs » (Je me permets de ré-écrire à ma sauce le titre médiatique  « le festival des grands voyageurs nantais » car il y a surtout des « pas nantais » parmi les invités et je considère que si le festival est bel et bien nantais, les « grands voyageurs » invités ne le sont pas… Pfffff, je me fatigue souvent moi-maime… bref) donc, en ouvrant le programme proposé par un super pote, je suis tombée directement sur Thoreau!
Et alors!
C’est que ce gars là est devenu très à la mode. Je l’ai déjà cité ici même.
Et remarquablement quelque temps après l’avoir cité, j’avais surpris le dernier de mes fils en train d’arpenter la lecture de… Walden!
Alors quoi?

Et bien c’est que nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards de terriens!
Et c’est qu’à la mort de Thoreau en 1862, il y avait tout juste un milliard et demi de terriens.
Et je ne parle même pas de la « mise à la mode » de propos prêtés à des « philosophes antiques »  n’ayant laissé de traces que dans la prose de leurs « élèves », lesquels vécurent à une époque lointaine où la population mondiale n’excédait pas quelque centaines de millions de terriens!

Je sais pas ce que « les autres » vivent dans leur for intérieur, qu’il soit plutôt fort ou plutôt faible, mais des trucs tout bêtes « comme ça » me mettent en transe!
Cet acharnement à disséquer ce qui n’existe plus pour tirer des plans sur une comète qu’on ne voit pas me hérisse.
Et tous ces actes tellement « merveilleux » qui consistent à parler de « sauvetage » d’une planète qui ne nous appartient pas à travers les actes bienveillants de personnes qui sautent d’un avion à l’autre (même si parfois ils font du vélo en famille) me troublent comme est flouté l’air agité par la mise en marche des réacteurs des gros porteurs sur les « tarmac » embouteillés des grands aéroports.
Je ne sais pas, mais je sais que pour moi, ce sont des moments où je ne réussis plus à déterminer si j’ai les pieds sur terre ou si j’ai la tête dans les étoiles.

C’est simplement très inconfortable.

L’autre jour, en balade, au coeur de la nature nous parlions de cet inconfort et de la névrose ambiante. Nous en parlions tout en dansant sur nos fils respectifs, l’ami et moi. Et alors que j’avais emporté un sac pour ramasser des champignons, nous ne nous sommes  pas une seule fois baissés pour prélever les détritus qui parsèment la nature. Pire, nous avons plaisanté en notant ostensiblement ce que nous ne faisions pas, en relevant que ni pires ni meilleurs nous étions des humains d’aujourd’hui, simplement humains.
C’est que nous étions en balade poétisante et pas en expédition « nettoyage-commando-pour- sauver-la-planète-sur-facebook ».

Et vous savez quoi ?

Nous étions d’accord sur un fait : c’est parce que nous sommes vraiment conscients de l’abîme qui sépare nos paradoxes que nous sommes  en équilibre variable mais stable.