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Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

Rien ne gagne, rien ne se perd, tout se transforme

Allez, c’est la saison.

Pour éviter de « perdre » du temps en ville, pour bénéficier d’un choix « plus grand » voire pour profiter de meilleurs prix (perso, le prix n’est pas un critère) il est devenu normal de faire ses achats « grâce » à internet.

Je résume.
A défaut de faire une marche revigorante de 30mn en direction du centre ville, je passe 30mn à feuilleter mon écran, à chercher dans le monde entier le « truc » dont je veux absolument disposer dans l’instant.
Oui, il faut bien l’avouer, passer par internet est souvent la conséquence d’un « je veux et tout de suite et que ça saute ». Le simple fait de valider une commande procure immédiatement une sensation de « ça c’est fait » participant à la détente. Sans aucune surprise, beaucoup de personnes deviennent « addict » un peu comme aux drogues, le sucre en particulier. C’est le principe de la récompense!

Mais contrairement à ce qui se passe après avoir pris l’air en ville et être revenue les mains vides parfois, les bras chargés d’autre fois ; contrairement à ces balades assez peu polluantes, une fois passée la commande sur le web, une fois ressentie la sensation de « travail » accompli, l’aventure commence.

Bien évidemment j’ai cliqué sur « livraison gratuite à domicile ».

L’attente commence.

Comme j’habite dans mon époque, j’ai dressé tous les liens possibles pour connaitre le jour d’arrivée et en conséquence je reçois plein de messages pour m’indiquer la progression de l’objet désiré.

L’attente se poursuit.

Le jour dit, comme je ne suis pas du genre à rester plantée devant la fenêtre, je trouve dans la boite à lettres un avis de passage et…pas de colis.
C’est que de nos jours, la défiance étant de rigueur, il n’est pas question de laisser un colis « n’importe où » sans consignes précises.
C’est que de nos jours, le temps des livreurs étant archi compté, il est beaucoup plus rapide de déposer un avis dans la boite aux lettres que de sonner « pour rien ».
C’est que de nos jours, beaucoup de boutiques n’arrivent plus à survivre en ville mais plein de services de distribution tournent à plein régime.

C’est une loi que nous apprenions en chimie dans le temps quand il fallait jouer avec les atomes: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Et bien, vivre avec son temps, c’est pareil.

Car, finalement, il va falloir que j’aille chercher mon colis au mieux à la Poste (c’est pas loin mais il y a toujours la queue) au pire dans un « centre relai ». Bien entendu, il y a des dizaines de « centre relai » et pas toujours à côté et pas toujours exempts de « faire la queue » et parfois il est même nécessaire d’y aller en voiture car je vous met au défis de transporter certains colis sous le bras… et que même que c’était « la bonne raison » pour le faire livrer à domicile!

Bon…
C’est la saison.

Et soyez rassurés, dans quelques semaines, en payant un peu plus, il sera possible d’avoir l’assurance d’être livré même le 24 au soir… En espérant que le livreur fera signe en passant devant chez vous à toute vitesse!

C’est quoi le jeu?

Je sais pas vous mais ce genre de « chaine » me met mal à l’aise, certainement en raison des « injonctions paradoxales like » qu’elle contient.
Jusqu’ici j’ai joué la rebelle, soit en ignorant ces « jeux » de mes « amis » facebookiens soit en répondant un truc et toujours sans « prendre le temps » de « copier » le texte sur « ma » page!
Pfffff
Notez le nombre de guillemets nécessaires pour souligner la relativité des mots utilisés.
Bref.

Désormais, je mettrai le lien de ce billet en « réponse » lorsque j’aurais lu une publication sans photo, Ce sera « mon » acte pour « montrer » que je l’ai bien lu comme l’exige la première injonction, précisant que « c’est l’idée », donc l’objectif du message.

C’est que je n’ai pas envie de finir « brève expérience sociale »!
Moi qui suis une non-collectionneuse « d’amis facebook »,
Moi qui suis la première à regretter les « partages sporadiques » qui ne racontent rien
Moi qui prends TOUJOURS le temps de lire.
Moi… je n’ai aucune envie de me sentir jugée… par… un texte qui fait surface ici et là de temps en temps poussé par une mystérieux tempo.

Alors, je mettrai ce lien.

Car je lis.
En avançant dans le texte,
J’arrive à l’injonction suivante : « je veux » dit le texte!
Wahoooooo, ça rigole pas.
« Je veux que TU fasses un commentaire sur MOI »

Oups… « réunion entre amis » c’était écrit en préambule…
Ben dis donc, les réunions entre amis avec des tututu dois faire pour et moimoimoi, c’est particulier quand même.
A moins que ce ne soit révélateur de ce qu’est devenue « l’amitié » à force d’être nommée à tort et à travers, un peu à l’image du verbe aimer dans « La grammaire est une chanson douce » D’Erik Orsenna.

Mais ce n’est pas fini.
Encore une injonction : si tu fais la même chose que moi, je ferai la même chose que toi…
On se croirait dans la cours de récréation de l’école primaire, vous ne trouvez pas?

Et arrive, la merveilleuse chute qui rend fou.
Oui pour finir!
Car j’ai été sage jusque là, j’ai suivi « l’idée » du départ, j’ai lu jusqu’au bout un texte sans photo.
La récompense?
Ben y’en a pas.
Pire, si je ne réponds pas à l’injonction n°2, le texte affirme que je vais tout faire foirer.
« Ruiner l’expérience »
Quoi?
C’était une expérience?
Et moi je vais la ruiner?

En fait j’ai rien compris.

Pas la peine de dire merci, merci de quoi, merci de qui!

En fait j’ai pas le temps, je ne suis définitivement qu’une « brève expérience sociale » et une solitaire, une vieille ronchon qui ne comprend rien aux « réunions entre amis ».

Allez, je sors.
Bizzzz

PS : « injonction paradoxale like » c’est comme « morphine like » c’est un truc dangereux bien que la composition paraisse plus anodine que « injonction paradoxale » ou « morphine »
😀

A propos de rien

Il parait que je n’ai pas alimenté la page depuis un bout de temps.

Voilà que ce matin, le passage d’un petit rien sur un page des réseaux sociaux m’a donné un souffle d’inspiration et l’envie d’écrire quelques lignes.

Pas simple d’illustrer mon propos, car si « rien » est réellement une absence, rendre l’absence présente, c’est lui donner vie, lui donner sens et donc elle devient « quelque chose », donc autre chose que ce qui saute à l’idée quand le mot « rien » est utilisé.

D’abord, plutôt que de le parodier, je renvoie au merveilleux texte du magnifique Raymond Devos.
Ensuite, comme d’habitude, je vais moi aussi parler pour ne rien dire!

C’est un peu comme le sujet de la gratuité cet « à propos de rien ».

Ce matin donc j’ai lu que des personnes sont spécialistes dans l’offre de « cadeaux pour rien ».

Personnellement, en bonne spécialiste du refus des injonctions, j’ai une forte propension à offrir aux personnes chères des pensées et/ou des objets sans attendre « une occasion officielle ». A noter que je viens d’écrire « personnes chères », donc personnes qui ont un « prix » à mes yeux. J’ai fortement conscience de ce « détail » : la vie en société impose un ordre, un sens, des remerciements parfois, en tout cas quelque chose qui est autre-chose que « rien » et/ou « gratuit ».
Donc…
S’il y a un moment où je suis assez non-patiente c’est bien ce temps qui passe entre l’instant où j’ai envie de faire plaisir à une personne, envie d’envoyer un signe de reconnaissance, voire besoin de signifier un remerciement, et l’instant où mon envie se retrouve en face du besoin précis de la personne « visée ».

J’ai observé que lorsque ce temps s’allonge, mon plaisir initial se dilue.

J’ai observé aussi que les jeunes enfants sont dénués de filtres, ils sont capables de jouer avec un carton et des bouts de ficelle et de dédaigner le « truc » qui était censé leur faire plaisir comme ils sont capables de tout déballer « pour le plaisir » de finalement jeter leur dévolu sur le seul « truc » qui leur fait réellement plaisir dans l’instant.
Néanmoins, afin de les inciter à rentrer dans le cadre sociétal avec les règles inhérentes, les enfants innocents seront sommés de remercier, y compris pour les « trucs » qui ne leur plaisent visiblement pas. Et l’argument sera souvent « c’est pour faire plaisir »!
Ainsi, au fur et à mesure du temps de vie qui s’écoule, les filtres s’élaborent, et il devient de bon ton de « mentir » en affirmant un plaisir là où il n’en existe pas toujours.

Et ce n’est pas rien!

1er octobre 1977


Et oui, en ce jour où pendant des années fut célébrée la fille benjamine d’un horloger et d’une dentellière normande (à la tête d’un « fratrie » de neufs filles dont toutes les survivantes finirent au couvent, le couple fut béatifié en 2008) la mode contemporaine célèbre les salades en tout genre.

Et oui, en 1977, une société typiquement américaine décida de promouvoir la vie, de développer joie et compassion en faisant razzia sur la verdure.
Il fallait y penser!

Et aujourd’hui, en ce bel automne 2019, j’ai ouvert ma page FB pour découvrir les ricochets qui font des ronds sur l’eau du grand fleuve des algorithmes mis au monde histoire de pousser les consommateurs à consommer toujours plus.

Entre amusement et irritation, j’ai lu la cohorte des suiveurs émoi et moi et moi.
Et moi, je me suis dit que ça valait bien un petit billet!
Puisque c’est dans l’air du temps, puisqu’il est de bonne guerre de donner son avis même si tout le monde s’en fout, même si personne ne lit.
Car sur FB, connaissez-vous grand monde qui pousse le vice jusqu’à lire ce que racontent chaque passant sous un lien?
« Alors, moi, je … Moi, je… Nous, on… Chez nous c’est… etc, etc… »

Bon, il suffit d’avoir du temps à perdre, non?

Et bien donc, moi, M O I je pose mon avis ici où il dormira aussi longtemps que le site survivra.

Depuis avant 1977, je n’apprécie pas la viande.
Sans doute avais-je dû ingurgiter trop de « bons » steack dans cet après guerre où les parents jugeaient indispensable pour leurs enfant ce dont ils avaient tellement manqué sous l’occupation.
A moins que je n’aie été dégoutée par ce « rouge saignant » qu’on me faisait avaler comme un remède pour me donner des forces l’année de « maladie » où j’en manquais cruellement au long cours.
A moins que ce ne soit la convergence d’une multitude de petits riens qui m’ait entrainée à ne plus jamais inviter la chair des animaux dans mes repas : un certain pacifisme, une pratique sportive intense, une véritable attirance pour la philosophie indienne en faveur de « la libération », un gout revendiqué pour une certaine « originalité », etc.

Jamais?
Pas tout à fait.

Car, si un jour j’ai laissé les chevaux dans leur pré plutôt que de les embêter avec mes exigences de cavalière, si une certaine non-violence me parait indispensable à chaque détour du quotidien, l’observation du monde m’a appris que les idées simples sont fausses, toujours.
En particulier les idées simplement extrêmes.
Refuser d’honorer un repas préparé avec attention en se drapant dans un « désolée, je mange pas de ça » me parait une explosion de violence inouïe à l’encontre d’un hôte. Et, en temps que voyageuse curieuse, aimante des personnes croisées, je n’ai de cesse que d’engranger tout ce qui alimente mon optimisme en agrandissant la bienveillance à laquelle j’aspire.

Il y a quelques semaines, traversant un village d’Auvergne en fin d’après-midi, j’ai vu devant moi un homme qui portait une brassée d’herbe pour ses lapins. J’allais dans sa direction, mon sac sur le dos, les pensées vagabondes. J’avais grappillé des raisins sur une treille, ramassé une pomme tombée et j’étais riche de bon pain et de fromage local. Mais en cette fin de journée estivale, je n’aurai pas craché sur quelques tomates de jardin, sur quelque salade moins « sauvage » que celle des pissenlits ou de la mauve dont je faisais bombance en chemin.
Alors que j’arrivais à la hauteur de l’homme et que je le saluais, il arrivait devant chez lui.
« Avez-vous besoin d’eau? » me proposa t-il, enchainant avec la sempiternelle question au sujet du chemin que je parcourais.
Et nous avons parlé.
Et il a rempli ma gourde.
Et sa femme est sortie regarder ce qui se passait, interpellée par cette soudaine animation devant sa porte.
Alors, le bonhomme s’est éclipsé sur un « attendez, je reviens » qui laissais pressentir qu’il allait me donner un « truc ».
Je rêvais encore de tomates, de ces tomates que je voyais derrières les grillages des potagers bien entretenus, de ces tomates qui me faisaient saliver en souvenir de celles que j’avais abandonné dans mon jardin nantais.
Alors, le bonhomme est ressorti. Sur sa main bien a plat, il me présentait une belle tranche de lard qu’il venait de couper.
« C’est du bon, c’est moi qui le fabrique. J’ai mis une seule tranche, ça vous fera pour ce soir, j’en mets pas plus car avec cette chaleur « ça » va pas se conserver »
Il souriait de ce sourire étoilé qui nait du don.
je l’ai remercié, du fond du coeur. J’ai soigneusement rangé le trésor et la marche m’a reprise.

Une fois ma tente montée, une fois glissée dans mon duvet, comme chaque soir, j’ai entrepris de me nourrir. J’ai gardé le fromage pour le lendemain et j’ai fait bombance avec le lard.

Ce soir là, je me suis nourrie de bonté, de générosité et d’un sourire plein d’étoiles.
Et c’était juste délicieux.

Ce monde là

Ce monde là, dans lequel nous sommes embarqués, parfois sans le voir…

Jeudi 19 septembre 2019

Ma balade annuelle se terminait, à l’heure prévue je montais dans le TGV.
Dans une main j’avais un totebag contenant ce qui devait rester à portée de main, dans l’autre un sachet repas vendu à prix d’or chez Paulo qui assure que c’est « de qualité » comme depuis 1889!
Dans le dos mon sac à dos était allégé, délesté de sa réserve d’eau et de nourriture.

Le ciel était bleu et les jambes me démangeaient.

Connectée à la wifi de la Compagnie Nationale, j’entrais en douceur dans le retour. Commençant par le tri des messages reçus et non lus depuis plus de quinze jours, j’ai ensuite remonté le fil des conversations sportives sur Messenger tout en cherchant des yeux le Rhône et en laissant vagabonder mes pensées en goguette, puis j’ai fait un tour sur Google afin d’évaluer le temps de trajet entre gare de Lyon et gare Montparnasse, enfin j’ai rangé tout ce bazar pour somnoler inconfortablement.

Le ciel était bleu.
J’avais besoin de marcher encore.

Gare de Lyon, ma décision était prise : plutôt que d’attendre, plutôt que de me laisser emporter dans la course du Métro parisien, j’allais prendre l’air, poursuivre l’aventure jusqu’au bout, c’est à dire sans gps, sans guide, au feeling et en demandant mon chemin.
Quatre kilomètres à parcourir dans Paris, c’était pas la mer à boire!

Trois policiers avaient plaqué un homme contre le mur de la gare, le quatrième ne faisait rien. Je l’abordai et juste après m’être enquise de sa disponibilité pour une question, j’ai balancé la question :
« Par où partir d’ici pour rejoindre la gare Montparnasse à pied ?
– Le plus simple c’est le métro!
– Oui et je voudrais y aller à pieds.
– Wahoooooo, mais c’est tout à fait à l’opposé, c’est vraiment loin… (Puis reluquant mon sac à dos) bon, il semble que ça ne vous effraie pas. Vous avez un téléphone? (joignant le regard à la parole, il constata mes mains dénuées d’un quelconque greffon) … Je sais pas quoi vous dire, c’est pas du tout dans ce quartier et en plus c’est de l’autre côté de la Seine!
– Ok et elle est où la Seine?
– Par là.
– Super. Merci et bon courage. « 

Une fois l’autre côté de la Seine, alors que j’avais pris toutes les informations nécessaires en regardant une carte devant une station de métro, je ne résistais pas au plaisir de demander à nouveau, deux géomètres tiraient des plans sur la comète et je les ai interpelé :
« Pour aller gare Montparnasse, je vais dans quelle direction?
– Ben, il faut prendre le métro…
– Oui, mais j’ai envie d’y aller à pieds et j’ai le temps car mon train est prévu dans plus d’une heure.
– Ah oui, je comprends, alors prenez un taxi ou commandez un « uber », ça ira plus vite.
– Merci, je pense que je vais partir par là, bon courage!

Et pour le fun, encore un peu plus loin, j’ai fait le point avec un passant qui attendait que le feu piéton verdisse en sa faveur :
« Bonjour. Gare Montparnasse, c’est bien par là?
– Oui, tout droit. La station de métro est juste devant vous.
– J’ai envie d’y aller à pieds…
– Vous êtes bien courageuse, c’est super loin. (un instant de réflexion) Remarquez, en fait je suis en train de marcher pour aller à La Sorbonne et ça me fera 30mn de marche au total… »
Et nous avons cheminé ensemble sur quelques centaines de mètres.

Et plus j’approchais de la gare et plus nombreux étaient les piétons tirant leur bagage sur le trottoir.

Le ciel était bleu, c’était une super belle journée pour marcher.

Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.

Au clair de la lune

Impossible de passer à côté, même en étant dans la lune, de toutes part les médias en parlent : il y a cinquante ans, les gamines de mon âge ont entendu grésiller une langue étrangère dans le poste de radio et c’était un pas de géant pour l’humanité.

Il y a cinquante ans, tout était permis.
En France les femmes mariées n’avaient pas encore obtenu l’autorité parentale mais elles y travaillaient tandis que la pilule enfin légalisée permettait aux plus délurées de chanter « sex, peace and love » sans peur du lendemain.
Dans mon quartier l’épicerie du coin s’était transformée en « libre service » ce qui permettait de dépenser plus en imaginant faire des économies.
Dans nos assiettes, le « congelé » faisait son apparition : le poisson pané était une nouveauté incontournable, tout comme les petits pois, à déguster bien verts et bien craquants sans se fatiguer ni à les cueillir ni à les écosser.
A la maison, il n’y avait ni télévision ni téléphone mais j’avais lu « 2001: l’odyssée de l’espace ».

Tout était permis, surtout les rêves.

Alors, qu’un humain aille se promener sur la lune, c’était à la fois extra-ordinaire et assez normal.

Aujourd’hui, tout est interdit.
La France est pétrifiée de peur.
Peur de tout,
Peur de rien,
Il semble que seule « la loi » puisse rassurer,
La « bonne » loi, évidemment!

Ce qui me fait rire c’est de penser que des gars sont allés sur la lune grâce à l’argent des impôts payés par les américains, les gars ont fait des selfies, ils les ont envoyé au monde entier, puis, ils ont laissé les détritus éparpillés sur place parce que personne n’avait eu l’idée d’aller poser une poubelle sur la lune (trop sauvage le coin, trop loin, trop beau), ils sont remonté dans leur véhicule, et hop, ils sont rentrés en héros et on en parle encore.
C’était tellement « super » que d’autres y sont allés, laissant aussi leurs ordures avant de revenir.
Finalement, c’est exactement comme les touristes qui vont pique-niquer dans un coin désert, ils arrivent avec des sachets pleins de nourriture prête à être ingurgitée, il la bouffent, il se baladent un peu (pas trop loin, c’est fatigant) puis ils laissent leurs détritus (ben oui, c’est trop lourd à remporter, quoi!) et ni vu ni connus…

Vous ne me croyez pas?
Au total, il y a sur la lune 180 tonnes de matos divers abandonnées après six « missions » humaines.
180 tonnes!
Dont trois jeeps, des balles de golf, des sachets d’excréments et d’urines, 12 paires de bottes spatiales et j’en passe.

Et donc, c’est pas grave…
C’est pas plus « grave » que tout le matos en orbite autour de la planète bleue…
C’est normal même.
Ne sont-ce pas des espèces de héros qui laissent trainer « tout ça »?

L’humain est décidément un animal exceptionnel, tellement doué pour produire du superflu en étant convaincu que c’est absolument indispensable.

L’humain est décidément un formidable animal, capable de penser que ce qui est à tout le monde n’est factuellement pas vraiment à quelqu’un, donc probablement à personne et donc disponible pour « tout le monde » mais pas tout à fait parce que « tout le monde » c’est seulement « moi » et surtout pas « le concurrent »!

Allez, la vie est juste merveilleuse,
Je vais lancer un fil jusqu’à la lune, je danserai dessus en riant
Comme je joue sur l’arc en ciel de mes perplexités,
Tranquille et libre dans ma tête,
En cueillant des étoiles de bonheur.

Tous les chemins mènent à Rome (3)

Vendredi 6 septembre 2013 : La Croix-Valmer (Cap Lardier) – Saint Aygulf (plage de Saint Aygulf)

Cette étape là était par avance particulière : elle me permettait de regarder « côté mer » un espace souvent parcouru « côté sentier ». En effet, c’est dans ce coin que se court la traditionnelle SUP Race cup, c’est dans ce coin qu’il FAUT rester dans les 300m, c’est dans ce coin que j’ai découvert le plaisir de monter sur une planche de SUP, etc, etc…

Pour l’anecdote, voici le souvenir de mon premier essai en SUP. C’était en 2010 lors de la SUP Race Cup où j’étais allée en spectatrice encourager mon rejeton.
Un participant suisse, qui n’avait pas froid aux yeux, m’avait prêté sa planche afin que je puisse me faire une idée au sujet de cette activité tout à fait naissante.
Je suis montée dessus sans problème et à coup de pagaie timide, j’ai décollé de la plage jusqu’à me retrouver « assez loin » avec soudain, l’apparition d’une question existentielle : « mais comment fait-on pour tourner avec ce truc? »  Comme ce n’est pas sorcier, j’ai finalement trouvé une réponse parmi d’autres. J’ai rapporté indemne la planche et, illico, j’ai acheté une première, allround pour commencer… c’était la préhistoire du SUP… Depuis, j’ai ramé par monts et par flots avec beaucoup de plaisir avant de finir par raccrocher : la maison étant un peu loin du bord de l’eau, il devenait de plus en plus pesant de mettre la planche sur le toit de la voiture. Je me contente maintenant de cultiver ma flemme sur différents va’a polynésiens, lesquels résident directement sur les berges, me dispensant au quotidien de laborieux chargements/déchargements.

Ce matin là, suite à la « visite » nocturne, j’ai bien regardé l’aspect des broussailles qui dévalaient la pente et en regardant TRES attentivement, j’ai bien vu qu’un passage se dessinait, de ces passages animaliers presque imperceptibles.
Joyeusement, j’ai pensé que je ne laissais pas de trace derrière moi, une odeur certainement (mais pas un parfum entêtant de molécules chimiques de grande marque, non, une odeur « animale » seulement détectable par les animaux) un matelas de posidonies à peine tassé, aucune empreinte, aucun déchet.

Chaque jour je suis arrivée sur un bivouac, chaque jour j’en repartais, en silence et presque sans traces, ce fut chaque jour une délicieuse expérience.

L’eau était parfaitement lisse dans le coin abrité qui m’avait accueilli, puis elle s’est mise à dansait sous le soleil levant une fois la pointe tournée, à clapoter sous le vent d’est et se désorganiser sous l’effet du ressac à chaque passage de cap, mais sans heurt pour mes petits bras. Une seule question accaparait mon esprit « Comment allais-je traverser ce foutu golfe de Saint-Tropez, cette voie à grande circulation de yacht rapides et énormes ? »

Le long de la plage de Pampelonne, il y avait de jolies vaguelettes. Je cherchais le « Tahiti plage » recommandé et je le trouvais, tout au fond, presque à la fin de la plage. Mettant pied à terre bien avant l’heure du déjeuner, j’étais face à une sandwicherie fermée. Juste un peu de patience plus loin, j’ai fait la connaissance de J. un surfeur et de sa femme, ce fut une rencontre lumineuse. J’ai ensuite croqué dans le plus énorme sandwich le plus énormément protéiné que je n’avais jamais mangé. C’était un moment magique  d’autant plus magique que l’endroit était tout a fait « décalé » par rapport au quotidien dans lequel je me plaisais déjà.

Arrivée « face à la traversée », les conseils du surfeur s’imposèrent en un clin d’oeil « traverse au large »… Yeapppp, allez, hop, c’était parti!  

Rapidement, en suivant des yeux les trajectoires des bateaux, j’ai trouvé l’emplacement du chenal et de leur passage. Je savais qu’il me faudrait être prudente en le traversant mais qu’il n’y avait pas de risque ailleurs, sinon celui de me faire remonter les bretelles à cause des « 300m ».  Mais d’expérience, je savais déjà que les patrouilles patrouillent plus volontiers près de la foule qu’au milieu de nulle part. Force est de constater, qu’il n’y a jamais personne « au milieu ».  
« finger in the nose », je suis arrivée « en face » pile poil en vue du trajet de la longue distance de la dernière SUP race Cup. Intrépide, je n’ai pas cherché à m’approcher du bord et j’ai piqué en direction des Issambres.
Au large de la plage « des cigales », un « marin » en voilier-laser, tirant des bords dans la brisounette, s’approcha de mon équipage pour tailler une bavette. Nous parlions d’écologie, de silence et de glisse lorsqu’une grosse vedette vint faire des vagues à quelques mètres.
 
Pas le moindre salut.
« POLICE! ….VOUS… Vous avez un engin de plage… 300 m! c’est par là » (Note : depuis ce temps lointain, la « division 240 » a pris en compte les planches de SUP, leur accordant dans une certaine mesure le statut de « navire »)
Je n’avais pas du tout l’intention de discuter une telle autorité, cependant, je lui signifiais aimablement que me dirigeant vers les Issambres, je n’avais aucune raison d’aller « par là », c’est à dire sur la plage des cigales, c’est à dire en arrière…
« PAR LA » répéta t-il obstinément.
Je comprenais parfaitement qu’il puisse ne pas avoir l’imagination suffisante pour entrevoir le voyage d’un « engin de plage équipé de sacs marins et d’une pagaie de rechange bien visible ». Je prenais ostensiblement (et mollement cependant) la direction de la côte en lui lançant « Pas de soucis, puisque c’est le règlement, j’y vais, mais de ce coté, puisque je vais « par là » »
Il parut satisfait puisqu’il fit demi-tour dans une gerbe d’écume.
L’homme au petit voilier qui s’était prudemment écarté (il n’avait pas de gilet de flottaison) revint et notre conversation repris… tout comme notre cap vers les Issambres  … A environ… au pif 514,23 m de la ligne du bord de l’eau, autant dire au large!
Mais, soyez rassurés, citoyens : la police veille et suit ses « affaires ». Nous n’étions pas très loin d’arriver à notre destination (lui sur sa plage et moi à la pointe où se trouve un supermarket) quand un vrombrissement survint. Cette fois-ci, la vedette municipale fit un cercle complet autour de nous sans vraiment réduire sa vitesse. Je suppose que c’est un test : ceux qui ne sont pas immédiatement noyés sont censés être sur un engin de plage et DOIVENT en conséquence IMMEDIATEMENT se ranger dans les 300m!  D’ailleurs, c’est à l’orée de cette fameuse limite que se posa la vedette. En rigolant, j’imaginais le capt’aine qui faisait les « gros yeux »… Tranquillement j’ai donc ramé vers « ma » zone d’évolution, sachant que je faisais un heureux qui se coucherait tranquille en ayant accompli son boulot… C’est important de respecter les gens. Sérieusement, je le pense.

Hop, hop, hop, j’ai débarqué, fais les emplettes du jour et appelé le pote qui m’avait arraché une nouvelle promesse : lui dire où je me trouvais à 15h30!  Et bien, j’étais ici.  

Les conditions étant parfaites pour avancer facilement, je n’ai guère attendu « trop » longtemps avant de repartir.

C’est « plus loin » que j’ai été interpellé par le copain, courant sur les rochers, bondissant comme un gamin sur l’air de « Vas y, je te suis ». J’ai adoré! Il prenait des photos sous tous les angles!
Délicieux moment à nouveau, j’en souris encore.
Il m’a « suivie » jusqu’à la plage où j’ai monté mon bivouac, juste à proximité d’un restaurant de plein air, dans la région il n’y avait pas d’autre choix.

La journée était « particulière » dès le départ.
 
Samedi 7 septembre 2013 : Plage de Saint-Aygulf – Antibes (Club Nautique)

Pour pouvoir dormir à proximité d’une piste de danse, il a bien fallu que j’arrive à fermer mes oreilles avant de réussir à fermer l’oeil, et puis, le silence a fini par envahir la plage et c’est parfaitement reposée que j’émergeai de ma « chambre »  après l’aube de ce 5ème jour.

Il faut bien avouer que mon avancée n’était jamais très notable le matin. En fait je ne devenais réellement efficace qu’une fois le soleil au zénith, étant régulièrement en manque de carburant dans les premières heures de la journée.  
Je me suis adaptée : en premier, j’ai mis un tube de lait concentré dans le sac à dos (En passant aux Issambres, j’avais fait un stock!) ce qui permit, à partir de ce moment de combler « les coups de mou ».
Dès que je sentais mon coup de pagaie devenir un « automatisme inutile qui n’avançait à rien » c’est qu’il fallait remettre du « pétrole » ! 
Ensuite, j’ai trouvé un rituel pour marquer le temps d’une pause : coincer la pagaie le long des sacs, m’agenouiller, détacher le sac à dos, sortir le tube de nectar, l’ouvrir, m’en délecter, le refermer, le ranger, remettre le sac à dos, prendre une photo, décoincer la pagaie, me redresser et hop… repartir avec un tonus tout neuf.
A la réflexion, j’ai toujours fonctionné ainsi, avec des rituels qui donnent la cadence et des jeux qui provoquent l’improvisation.

Ce samedi, le jeu consistait à solliciter des gens sur l’eau afin qu’ils me photographient. (je vous fait grâce des subjonctifs imposés par la concor-danse des temps  )

J’ai demandé à Bob. Bob, sanglé dans un impeccable uniforme blanc à galons dorés, il semblait s’ennuyer ferme, appuyé contre la balustrade du rez de chaussée d’un yacht dont je tairais le nom  C’était à Cannes, dans le passage vers l’ïle Marguerite, là ou s’ancrent les plus énormes palaces flottants. Crevette au milieu des mastodontes, je fonçais néanmoins en direction de lui, Bob, dont j’ignorais encore le prénom : mon jeu du jour était-il envisageable avec lui ?
Arrivant à portée de voix, je lui demandais en anglais s’il acceptait de prendre une photo, il me répondit que c’était possible mais qu’il n’avait pas l’appareil photo. Comme je lui montrais le mien, il leva la tête en direction du deuxième étage où un homme gras était accoudé. Un signal d’acquiescement a certainement été envoyé et Bob a bombardé au point où j’ai un instant pensé qu’il allait au choix vider la batterie ou remplir la carte mémoire! Il aurait été vain de lui parler d’économies!  

Dans cette zone remarquable de la Riviera, ce samedi à la fin de l’été, l’ambiance était encore à la parade. Il y avait des bateaux qui allaient et venaient, comme autant de fusées, à proximité de la côte comme pour que personne ne puisse les rater ; le ballet était incessant.
Je n’ai pas compris s’il s’agissait de participer au concours de la plus grosse vague ou à tout autre chose. Un sentiment m’effleura : circuler avec ma planche et son chargement au milieu de cet étalage ne relevait-il point de la gageure?
Je restais néanmoins super tranquille, j’avais ma place au soleil comme tout un chacun.
D’ailleurs, pour le goûter, je n’hésitai pas à me « garer » à l’intérieur d’une piscine naturelle qui me tendait les bras, à l’aplomb d’une majestueuse résidence. (laquelle me semblait fermée et dénuée de caméras de surveillance surplombant la plage… Pas complètement folle, noméo!)

Cependant, quand vint l’heure de chercher une jolie place pour planter ma tente, force était de constater que les places étaient chères et escarpées. Rançon du luxe!
En contournant le Cap D’Antibes, j’ai vu apparaître une dame en SUP gonflable. C’est elle qui se précipita à ma rencontre au point que j’ai un instant imaginé la connaitre, mais non.
Le ressac l’agitait et hop, arrivée à ma hauteur, c’est avec un « plouf » qu’elle me salua d’un grand sourire, tout juste ébrouée, accrochée au travers de son support.
J’avais faim de gourmandise, donc je lui demandais où « trouver ça » et où « trouver la place pour dormir » dans cette zone un peu particulière. Immédiatement, elle me donna les deux réponses : il y avait « là-bas », « à environ une heure pour moi » une pâtisserie exceptionnelle et juste à côté un club de voile « où les gens sont super sympa »…

Direction là-bas!  

Et, comme j’ai beaucoup de chance, il y avait « fête des piroguistes » au Club Nautique et encore mieux, mon nom n’était pas inconnu !
Devant l’abondance du buffet, je trouvais toutes les gourmandises dont j’avais besoin en plus de la chaleur de l’accueil. Au milieu de la nuit, un feu d’artifice éclata…  

Pfiouuuuu… Fin d’été et week-end sur la Riviera, nuit sonore bis repetita… 



Tous les chemins mènent à Rome (5)

Mardi 10 septembre 2013 : Arma di Taggia (à côté Piccolo Lido) – Alassio (Club Nautique)

Après un rapide petit déjeuner, j’ai plié, rangé et sécurisé tout mon matos afin de prendre, à pieds, la direction de la citée balnéaire. J’espérais que les boutiques n’ouvrent pas trop tard.
En tenue « marine », nus pieds, un p’tit sac étanche sur l’épaule (en guise de sac à main contenant toute ma fortune) et APN à la main, ce matin là, j’étais une touriste en marche!
Premier arrêt pour un cappuccino, deuxième arrêt pour des pizzas, troisième pour des fruits bio, quatrième pour des fromages de chez le fromager, cinquième chez l’opticien qui ouvrait tout juste…
… En fait, c’était la matinée pour faire chauffer la carte bancaire   

A dix heures, j’étais à nouveau sur l’eau.

Pendant ce trip j’ai vécu plusieurs fois des moments de plénitude absolue et il faut bien reconnaitre qu’ils naissaient souvent des conséquences de cette « autonomie-sans assistance » qui m’est tellement indispensable.

Etre sur ma planche au milieu d’une baie (loin du monde), sans obligations, sans pression de timing, avec  l’impression d’avoir absolument tout ce dont j’ai besoin, c’est à dire : eau, nourriture, vêtements secs, hôtel du soir avec vue sur la mer… et carte bancaire okazou (fondamentale la carte bancaire, c’est elle qui me différencie du « SDF à la rue ») est un « truc » immense dont la prise de conscience, libère dans mon dos de délicieux frissons de bonheur

Une digue apparut devant moi, juste après cette digue, j’allais passer en vue de la ville d’Impéria. A ce moment précis, j’ai décidé que le jeu du jour consistait à « faire une pointe par heure ». Le jeu s’est poursuivi toute la journée avec succès! En trois heures, j’étais donc au pied d’Impéria (pointe de San Stefano – Pointe de San Lorenzo – Imperia)

J’avançais en douceur, le paysage était magnifique. Je m’émerveillais sans compter à chaque découverte et chaque découverte me rendais impatiente d’aller voir derrière la prochaine pointe.

Certaines pointes étaient elles-mêmes des oeuvres d’art dont l’image rend très mal la dimension réelle

Une fois une pointe franchie, je visais déjà la suivante.
Il était environ 17h, c’est approximativement à mi chemin entre deux caps
que j’ai aperçu « un truc qui bougeait au ras de l’eau » dans ma direction. Ce n’était pas un SUP. Petit à petit je distinguais un kayakiste, étonnée d’un voir un à cette heure-ci car si j’avais parfois croisé des kayakistes à la pêche, ils stationnaient rarement en « milieu » de baie et jamais le soir. Petit à petit, je voyais le pagayeur, il avait un chapeau noir à large bord et mon imagination galopante s’est empressée d’y voir un « Zorro » kayakiste. Il se dirigeait droit sur « moi-je »… tatatadammmmmmm…
« Buonasera
– Buonasera… I am Joelle, do you speak english?
– Yes, yes… et je parle français aussi, vous allez où comme ça?
(ben M*rde, il est si mauvais que ça mon anglais???  )
– A Rome!  
– Et bien, moi, je vais à Bruxelles!
–  Non, mais je rigole pas, c’est vrai, je vais à Rome.
– Je ne rigole pas, je vais vraiment à Bruxelles, je vais porter une pétition au Parlement Européen etc, etc… Et toi? Je peux te tutoyer, hein? Tu fais « ça » pourquoi?
– Moi? Pour mes vacances!  
– Non… Mais tu fais quand même « ça » pour quelle que chose, non?
– OUI, je fais ça pour mes vacances. « 

S’ensuivit un dialogue un peu surréaliste en plein milieu de nulle part entre un kayakiste suréquipé, chapeau de zorro surmonté d’une caméra, gps à la main, écouteurs aux oreilles et une joelle droit dans ses bottes (oui, oui, en l’écrivant, je pense à mes très belles bottes comme dans la pub de get-sup-mag, version liberty de chez l’oiseau qui plane !: Bon, bon… Je suis une fille quoi!   )
Très sympa, le gars… et il semblait sincèrement content de rencontrer mon brin de folie… Nous nous sommes salué et nous sommes partis chacun dans notre direction. Il ajouta en partant : « Tu verras, ça se fait bien « Rome », j’ai mis un mois pour arriver là »
Un rapide calcul m’horrifia  J’allais jamais y arriver à temps, j’étais partie depuis une semaine, il n’en restait « que » trois… Mais il ajouta « je fais environ 20 km par jour, aujourd’hui j’ai traîné »

Ouffffffffffffffff!   C’est donc que je vais y arriver pensais-je!  

Etonnante rencontre.

Je regardais ma montre : 15 mn de conversation, hop, hop, hop je remettais le jeu en route, allez 30mn pour atteindre la pointe, chiche ? Chiche… 

Une tortue à l’horizon ?

Juste en face de « la tortue » (Isola Gallinara) j’ai trouvé un parfait endroit bien au calme, pour poser mon bivouac du soir après cette journée tranquille.

Mercredi 11 septembre 2013 : Alassio (Club Nautique) – Vado Ligure

Je n’avais pas encore plié la tente quand Marco arriva en appelant doucement « Joelle, Joelle ».
Marco, il avait terminé son entrainement de natation la veille au soir, peu après mon installation et nous avions bavardé. Marco est un ancien véliplanchiste de l’équipe Italienne, il aime tout ce qui parle de la mer  
Là, il venait m’inviter à visiter la ville et à aller prendre un petit déjeuner « normal ».  
Ni une, ni deux, j’ai plié à toute vitesse, nous avons embarqué sacs et pagaies dans son véhicule et c’était parti pour une virée dans Alassio avec un guide passionné.

Bien nourrie par cette surprise du matin, je ne regrettai pas la « mise à l’eau » un peu retardée jusqu’à l’heure où se leva le vent et l’horrible clapot qui allait de paire.
C’était à hauteur de Pietra Ligure.
Au loin se dessinait une pointe à tourner et ne sachant pas ce qui m’attendait derrière, je décidais de me poser sur une plage et d’attendre que tout s’apaise pour avancer sans me défoncer  
C’est donc à Borgio Verezzi que je tentais (et réussissais) un splendide atterrissage surfé.  
Fière de moi j’étais.
Je sautais allègrement de la planche pour la rattraper au vol et avant même d’avoir pu arriver à en attraper le nose, les deux « sauveteurs » du « banio » m’entouraient et tentaient de tirer en vain la planche sur le sable (chargée, elle pèse un peu lourd et l’un des « sauveteurs » était une fille tandis que l’autre sortait à peine de l’adolescence  )
« Tout va bien, pas de problème » me demanda la fille en anglais (tout au long du parcours italien, je fus souvent prise pour une « américaine »… tant que je n’ouvrais pas la bouche, of course!)
« Pas de problème du tout, je viens juste pour manger un peu et me reposer parce qu’il y a trop de vent… »
« Il FAUT vous pousser, ici c’est une plage privée, vous devez aller là, là, c’est public »

Ahurie, je comprenais enfin ce comité d’accueil. J’avais visé le meilleur endroit pour surfer, mais il s’avérait que j’arrivais 150 cm trop à gauche et que c’était intolérable et qu’il fallait que je déplace tout et illico 150 cm à droite!
  
Je détachais mes bagages et la fille s’en empara pour les poser à 150cm EXACTEMENT tandis que le grand ado essayait de trainer la planche sur le sable par le leash, ce dont je le décourageais instantanément en portant moi-même la planche du genre « tire toi, je m’en occupe »  
L’incident était clôt, chacun était à sa place et tout était parfait.
J’ai déballé ma nourriture, étalé mon pique-nique et mis mon linge à sécher sur LA PLAGE PUBLIQUE, oufffff.
Je tiens à souligner que c’est l’unique fois où ce genre d’accueil m’a été réservé. En fait, après avoir discuté à droite à gauche, il est un fait que certains propriétaires de plages privées exercent sur leurs employés (donc les sauveteurs) une autorité quasi despotique qui entraine parfois les employés à faire du zèle.

J’ajoute et c’est important, que j’ai toujours reçu un accueil très bienveillant de la part des sociétaires de ces plages privées.

Le vent montait et j’étais super contente d’être sur la plage, d’autant plus qu’un orage venait en rajouter.

Une fois l’orage passé, le clapot s’est aplati et le vent est devenu carrément portant pour mon trajet, il ne fallait pas en perdre une miette. Je suis repartie, non sans faire attention à l’endroit où je posais les pieds sur la plage… mais décidément, il fallait que je me mette à l’eau dans la zone « privée ». Comme je partais, tout le monde s’en moquait.

En finissant de passer le cap qui suit Finale Ligure, je me suis félicitée de ne pas avoir pris le risque de le passer sous un grain.

Et finalement c’est en vue des installations portuaires de Vado Ligure que j’ai cherché un endroit où planter ma tente. Mine de rien, j’avais encore parcouru une belle distance ce jour là!