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Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

Communiquer

Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Rêver

En guise de voeux, j’ai posé cette image, offerte à l’imagination des passants.

Afin d’en préciser l’environnement, j’ai ajouté celle-ci.

Et en ricochet, le rêve s’est invité.

Alors, je suis venue ici-même, dans mon antre de prose et j’ai cherché des éclats de « Rêve » au milieu des articles.
J’ai retrouvé ce billet là, comme un clin d’oeil au passage des étrennes que nous traversons à cette date précisément.
Pourtant il ne contient pas ce que j’ai, aujourd’hui , envie de proser au sujet du rêve.
Ou alors un peu, partiellement, en filigrane, pas tout à fait, peut-être mais plus loin.
Pour moi le mot « rêve » contient « inaccessible étoile » et si un certain Jacques s’en vient inévitablement à la suite de ces deux mots, si résonnent sa voix et différentes orchestrations, il n’en demeure pas moins que je différencie avec grande attention chaque parcelle du bazar provoqué par l’emballement des pensées qui débarquent.

Nous sommes passés d’une année à l’autre, en famille, dans un pays où la tradition exige que l’on fasse un voeu en avalant un grain de raisin à chaque coup de minuit : au total il y a donc 12 voeux pour douze grains avalés.
Afin de protéger le sommeil des enfants et aussi parce que nous préférons jouer dans les vagues que trainer dans la nuit, nous avons croqué dans les raisins à neuf heure du soir, chacun prenant la liberté de faire autant de voeux qu’il mangeait de grains, ou comme je le fis, se contentant de savourer le nectar sucré en observant les rêveurs rêver.

Ma petite fille, celle qui affiche ses six ans et ses dents de lait branlantes, accorda beaucoup d’importance à cette « cérémonie ».
Les mains jointes, les yeux levés vers le ciel, elle ouvrit la danse, psalmodiant avec la grâce toute enfantine de son âge associée à des talents cultivés de comédienne : « Je souhaite de tout mon coeur avoir cette année toutes les boites de « jouenmouvement » du monde ».
Visiblement, elle souhaitait de tout son coeur.
Visiblement, elle se voyait au milieu d’un monceau de boites à déballer.

Voilà ce que j’appelle un rêve.
… Un souhait absolument flou, irraisonné, sans résonance, absolument non réalisable, un brouillard cotonneux à saveur chamallow à texture manipulable dans tous les sens…
Un « rêve » se construit à partir du réel, tout comme les songes se construisent pendant le sommeil grâce aux bribes d’expériences vécues dans l’éveil, et il en dépasse instantanément les frontières.

L’humain sait inventer des utopies, il a des besoins, il a des désirs.
Et parfois il rêve.

Il m’arrive de penser que je suis un drôle d’animal.
Quand j’entends des gens énumérer leurs »rêves » les plus chers, les plus fous, les plus onéreux, je cherche quels sont les miens.
Je cherche en vain.
J’ai des besoins d’air, d’eau, de nourriture.
J’ai des désirs.
Des désirs simples, de vents, d’océans, de gourmandises, de mouvements.
Ils donnent un sens au fil de ma vie.
Ils tendent le fil, le cours de mon existence
Au point de la rendre vibrante
Juste comme j’en ai besoin
Sans risquer la chute.

Prudente je suis, peut-être parce que j’ai toujours entendu dire qu’à trop rêver on peut tomber de haut!

Prudente et pourtant pas sage!

Empreinte (1)

Pour beaucoup de « bonnes raisons » ce mot là, empreinte, est à mon coeur joyeusement léger et chargé de sens à la fois.
En cherchant dans les articles publiés ce que j’ai déjà raconté à ce sujet, je n’ai pas trouvé grand chose, c’est donc ce billet là que je mets en lien, ce billet là précisément parce qu’il commence à dater, il vient d’un peu loin, empreinte d’un temps déjà dépassé.

Plus récemment, pour une série d’articles commandés un ami avait souhaité poser quelques lignes à mon sujet, et j’avais parlé de cette émotion subtile qui flotte, lorsqu’au passage, une empreinte se découvre
« Marcher dans les immensités minérales, naviguer au milieu des ergs puis reprendre pied sur les espèces de croûtes que le vent dégage à son gré, y apercevoir des fragments de poteries ou de pierres taillées, entendre le murmure des humains qui y sont passés autrefois , toucher leurs empreintes subtiles et penser qu’en un instant, en un souffle, tout cela disparaîtra à nouveau, englouti par le sable…c’est cela qui me donne de l’émotion… l’idée que nous ne sommes que de passage… un passage dans lequel je m’applique à régulièrement faire le tri, n’accumulant ni photos ni papiers…. Je préfère les étoiles, elles sont des parts de mon âme, légères, impalpables, non consumables. »

Ce jour là, je ne me doutais pas que j’allais une fois de plus découvrir des fragments de poteries, dans une autre « immensité minérale », sur une île parcourue passionnément depuis 10 ans.

Une fois encore j’ai noté que nous ne voyons que ce que nous cherchons à voir.

Dans le désert d’erg, marcher seule consistait à naviguer comme dans le brouillard, la moindre aspérité devenant « point fixe » sur lequel je pouvais m’appuyer pour avancer sans perdre la boussole. Regarder au loin, c’était le vertige assuré. Alors, je regardais mes pieds… enfin juste devant mes pieds et quand apparaissaient les empreintes des humains passés, la rencontre était intense, la rencontre provoquait une cascade de reconnaissances qui m’emportait plus loin encore.

Dans le désert de reg, marcher consiste à regarder alternativement au près et au loin afin de choisir les passages les plus praticables. Le « point fixe » est dans ce cas, celui qui donne de l’assurance au pas, le regard vagabonde, va et vient, oubliant les détails qui ne sont pas utiles à la progression.

Il faut alors ralentir et chercher les détails.
Un coquillage à plusieurs kilomètres de la plage devient un indice.
Une collection de coquillages pose question.
Le regard se fait plus aigu.
L’énigme impose son temps.
Alors, si la chance s’invite, des empreintes se révèlent.
Et danse les sens, et vient l’émotion,
Joyeuse, légère
Chargée de sens
Tourbillonnante,
Envoutante.

Et tandis qu’émerveillée, je deviens soudain danseuse sur un fil s’étirant entre le présent et l’infini, entre palpable et impalpable , chante l’interprétation du poème persan de Djalàl Al-Din Rùmi :
« Il a caché le vent et montré la poussière
Comment la poussière pourrait-elle s’élever d’elle-même?
Tu vois pourtant la poussière et pas le vent !.. »

Ainsi est ce que je nomme « empreinte ».
Les mots laissent aussi leur marque,
C’est ce qui les rends tellement importants
Aussi.

Les fleurs coupées (bis)

Il faut le dire, je reçois moins de bouquets, donc je suis moins souvent soumise aux pensées contradictoires qui m’entrainent dans des abysses perplexes.

En tapotant dans le moteur de recherche de ce site, j’ai sorti en quelques secondes la version de 2018 au sujet des fleurs coupées et j’en ai profité pour, à l’instar de ce que fait si « bien » FB remonter quelques souvenirs en sautant de liens en liens.

C’est que les fleurs, illustrent joliment les « avancées » de notre société.
J’avais commencé la journée en écoutant les propos, merveilleusement biaisés, d’un insoumis démagogue venu parler du bonheur avec l’intelligence qui est la sienne quand il s’agit d’arroser le plus largement possible pour favoriser l’épanouissement médiatique de ses propos.

Puis, venait l’heure du passage obligé au « supermarché ».
Là, en tête de gondole, des dizaines de bouquets attendaient les acheteurs.
Affublés d’un sticker fluo, ils se vendaient à « moitié prix » du prix que sont prêts à payer les passants d’un supermarché entre le fromage et les légumes dont ils ont besoin pour se nourrir.

Mon premier regard fut presque dédaigneux, de ce dédain qui nous pousse trop souvent à mépriser ceux qui se soldent ou se rabaissent plutôt que « d’exploiter » tout leur potentiel. Mon deuxième regard, alors que je me rendais à la caisse pour régler mes maigres dépenses, fut beaucoup plus bienveillant.
Derrière les fleurs multicolores, je voyais le travail des femmes, leur exploitation mondialisée, un voyage en avion, un passage dans les frigos hollandais et j’imaginais déjà les « invendus » dans la benne à déchet, ce « coin obscur » de la grande consommation où est balancé le travail des humains pour relancer le travail d’autres humains dans une nouvelle industrie qu’on nomme « recyclage ».
En un quart de minute, devant la lumière blafarde du « scan lib » qui me permet de faire les courses sans trop d’exercices de musculation, je voyais défiler le monde, je l’entendais grouiller en mode hypersonique.
Alors, je me suis approchée, j’ai caressé les bouquets pour dénicher le mien, celui qui allait « trôner » sur la table du salon pendant quelques jours, celui qui serait une manière bien à moi de poser une couronne sur la tête des femmes, de ces femmes lointaines qui sacrifient leur temps et leur santé pour quelques sous, détruisant sans en avoir conscience l’environnement qui les avait nourries jusque là simplement parce qu’un salaire c’est un espoir de « mieux vivre ».

Ce sont des fleurs coupées…

Rien ne gagne, rien ne se perd, tout se transforme

Allez, c’est la saison.

Pour éviter de « perdre » du temps en ville, pour bénéficier d’un choix « plus grand » voire pour profiter de meilleurs prix (perso, le prix n’est pas un critère) il est devenu normal de faire ses achats « grâce » à internet.

Je résume.
A défaut de faire une marche revigorante de 30mn en direction du centre ville, je passe 30mn à feuilleter mon écran, à chercher dans le monde entier le « truc » dont je veux absolument disposer dans l’instant.
Oui, il faut bien l’avouer, passer par internet est souvent la conséquence d’un « je veux et tout de suite et que ça saute ». Le simple fait de valider une commande procure immédiatement une sensation de « ça c’est fait » participant à la détente. Sans aucune surprise, beaucoup de personnes deviennent « addict » un peu comme aux drogues, le sucre en particulier. C’est le principe de la récompense!

Mais contrairement à ce qui se passe après avoir pris l’air en ville et être revenue les mains vides parfois, les bras chargés d’autre fois ; contrairement à ces balades assez peu polluantes, une fois passée la commande sur le web, une fois ressentie la sensation de « travail » accompli, l’aventure commence.

Bien évidemment j’ai cliqué sur « livraison gratuite à domicile ».

L’attente commence.

Comme j’habite dans mon époque, j’ai dressé tous les liens possibles pour connaitre le jour d’arrivée et en conséquence je reçois plein de messages pour m’indiquer la progression de l’objet désiré.

L’attente se poursuit.

Le jour dit, comme je ne suis pas du genre à rester plantée devant la fenêtre, je trouve dans la boite à lettres un avis de passage et…pas de colis.
C’est que de nos jours, la défiance étant de rigueur, il n’est pas question de laisser un colis « n’importe où » sans consignes précises.
C’est que de nos jours, le temps des livreurs étant archi compté, il est beaucoup plus rapide de déposer un avis dans la boite aux lettres que de sonner « pour rien ».
C’est que de nos jours, beaucoup de boutiques n’arrivent plus à survivre en ville mais plein de services de distribution tournent à plein régime.

C’est une loi que nous apprenions en chimie dans le temps quand il fallait jouer avec les atomes: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Et bien, vivre avec son temps, c’est pareil.

Car, finalement, il va falloir que j’aille chercher mon colis au mieux à la Poste (c’est pas loin mais il y a toujours la queue) au pire dans un « centre relai ». Bien entendu, il y a des dizaines de « centre relai » et pas toujours à côté et pas toujours exempts de « faire la queue » et parfois il est même nécessaire d’y aller en voiture car je vous met au défis de transporter certains colis sous le bras… et que même que c’était « la bonne raison » pour le faire livrer à domicile!

Bon…
C’est la saison.

Et soyez rassurés, dans quelques semaines, en payant un peu plus, il sera possible d’avoir l’assurance d’être livré même le 24 au soir… En espérant que le livreur fera signe en passant devant chez vous à toute vitesse!

C’est quoi le jeu?

Je sais pas vous mais ce genre de « chaine » me met mal à l’aise, certainement en raison des « injonctions paradoxales like » qu’elle contient.
Jusqu’ici j’ai joué la rebelle, soit en ignorant ces « jeux » de mes « amis » facebookiens soit en répondant un truc et toujours sans « prendre le temps » de « copier » le texte sur « ma » page!
Pfffff
Notez le nombre de guillemets nécessaires pour souligner la relativité des mots utilisés.
Bref.

Désormais, je mettrai le lien de ce billet en « réponse » lorsque j’aurais lu une publication sans photo, Ce sera « mon » acte pour « montrer » que je l’ai bien lu comme l’exige la première injonction, précisant que « c’est l’idée », donc l’objectif du message.

C’est que je n’ai pas envie de finir « brève expérience sociale »!
Moi qui suis une non-collectionneuse « d’amis facebook »,
Moi qui suis la première à regretter les « partages sporadiques » qui ne racontent rien
Moi qui prends TOUJOURS le temps de lire.
Moi… je n’ai aucune envie de me sentir jugée… par… un texte qui fait surface ici et là de temps en temps poussé par une mystérieux tempo.

Alors, je mettrai ce lien.

Car je lis.
En avançant dans le texte,
J’arrive à l’injonction suivante : « je veux » dit le texte!
Wahoooooo, ça rigole pas.
« Je veux que TU fasses un commentaire sur MOI »

Oups… « réunion entre amis » c’était écrit en préambule…
Ben dis donc, les réunions entre amis avec des tututu dois faire pour et moimoimoi, c’est particulier quand même.
A moins que ce ne soit révélateur de ce qu’est devenue « l’amitié » à force d’être nommée à tort et à travers, un peu à l’image du verbe aimer dans « La grammaire est une chanson douce » D’Erik Orsenna.

Mais ce n’est pas fini.
Encore une injonction : si tu fais la même chose que moi, je ferai la même chose que toi…
On se croirait dans la cours de récréation de l’école primaire, vous ne trouvez pas?

Et arrive, la merveilleuse chute qui rend fou.
Oui pour finir!
Car j’ai été sage jusque là, j’ai suivi « l’idée » du départ, j’ai lu jusqu’au bout un texte sans photo.
La récompense?
Ben y’en a pas.
Pire, si je ne réponds pas à l’injonction n°2, le texte affirme que je vais tout faire foirer.
« Ruiner l’expérience »
Quoi?
C’était une expérience?
Et moi je vais la ruiner?

En fait j’ai rien compris.

Pas la peine de dire merci, merci de quoi, merci de qui!

En fait j’ai pas le temps, je ne suis définitivement qu’une « brève expérience sociale » et une solitaire, une vieille ronchon qui ne comprend rien aux « réunions entre amis ».

Allez, je sors.
Bizzzz

PS : « injonction paradoxale like » c’est comme « morphine like » c’est un truc dangereux bien que la composition paraisse plus anodine que « injonction paradoxale » ou « morphine »
😀

A propos de rien

Il parait que je n’ai pas alimenté la page depuis un bout de temps.

Voilà que ce matin, le passage d’un petit rien sur un page des réseaux sociaux m’a donné un souffle d’inspiration et l’envie d’écrire quelques lignes.

Pas simple d’illustrer mon propos, car si « rien » est réellement une absence, rendre l’absence présente, c’est lui donner vie, lui donner sens et donc elle devient « quelque chose », donc autre chose que ce qui saute à l’idée quand le mot « rien » est utilisé.

D’abord, plutôt que de le parodier, je renvoie au merveilleux texte du magnifique Raymond Devos.
Ensuite, comme d’habitude, je vais moi aussi parler pour ne rien dire!

C’est un peu comme le sujet de la gratuité cet « à propos de rien ».

Ce matin donc j’ai lu que des personnes sont spécialistes dans l’offre de « cadeaux pour rien ».

Personnellement, en bonne spécialiste du refus des injonctions, j’ai une forte propension à offrir aux personnes chères des pensées et/ou des objets sans attendre « une occasion officielle ». A noter que je viens d’écrire « personnes chères », donc personnes qui ont un « prix » à mes yeux. J’ai fortement conscience de ce « détail » : la vie en société impose un ordre, un sens, des remerciements parfois, en tout cas quelque chose qui est autre-chose que « rien » et/ou « gratuit ».
Donc…
S’il y a un moment où je suis assez non-patiente c’est bien ce temps qui passe entre l’instant où j’ai envie de faire plaisir à une personne, envie d’envoyer un signe de reconnaissance, voire besoin de signifier un remerciement, et l’instant où mon envie se retrouve en face du besoin précis de la personne « visée ».

J’ai observé que lorsque ce temps s’allonge, mon plaisir initial se dilue.

J’ai observé aussi que les jeunes enfants sont dénués de filtres, ils sont capables de jouer avec un carton et des bouts de ficelle et de dédaigner le « truc » qui était censé leur faire plaisir comme ils sont capables de tout déballer « pour le plaisir » de finalement jeter leur dévolu sur le seul « truc » qui leur fait réellement plaisir dans l’instant.
Néanmoins, afin de les inciter à rentrer dans le cadre sociétal avec les règles inhérentes, les enfants innocents seront sommés de remercier, y compris pour les « trucs » qui ne leur plaisent visiblement pas. Et l’argument sera souvent « c’est pour faire plaisir »!
Ainsi, au fur et à mesure du temps de vie qui s’écoule, les filtres s’élaborent, et il devient de bon ton de « mentir » en affirmant un plaisir là où il n’en existe pas toujours.

Et ce n’est pas rien!

1er octobre 1977


Et oui, en ce jour où pendant des années fut célébrée la fille benjamine d’un horloger et d’une dentellière normande (à la tête d’un « fratrie » de neufs filles dont toutes les survivantes finirent au couvent, le couple fut béatifié en 2008) la mode contemporaine célèbre les salades en tout genre.

Et oui, en 1977, une société typiquement américaine décida de promouvoir la vie, de développer joie et compassion en faisant razzia sur la verdure.
Il fallait y penser!

Et aujourd’hui, en ce bel automne 2019, j’ai ouvert ma page FB pour découvrir les ricochets qui font des ronds sur l’eau du grand fleuve des algorithmes mis au monde histoire de pousser les consommateurs à consommer toujours plus.

Entre amusement et irritation, j’ai lu la cohorte des suiveurs émoi et moi et moi.
Et moi, je me suis dit que ça valait bien un petit billet!
Puisque c’est dans l’air du temps, puisqu’il est de bonne guerre de donner son avis même si tout le monde s’en fout, même si personne ne lit.
Car sur FB, connaissez-vous grand monde qui pousse le vice jusqu’à lire ce que racontent chaque passant sous un lien?
« Alors, moi, je … Moi, je… Nous, on… Chez nous c’est… etc, etc… »

Bon, il suffit d’avoir du temps à perdre, non?

Et bien donc, moi, M O I je pose mon avis ici où il dormira aussi longtemps que le site survivra.

Depuis avant 1977, je n’apprécie pas la viande.
Sans doute avais-je dû ingurgiter trop de « bons » steack dans cet après guerre où les parents jugeaient indispensable pour leurs enfant ce dont ils avaient tellement manqué sous l’occupation.
A moins que je n’aie été dégoutée par ce « rouge saignant » qu’on me faisait avaler comme un remède pour me donner des forces l’année de « maladie » où j’en manquais cruellement au long cours.
A moins que ce ne soit la convergence d’une multitude de petits riens qui m’ait entrainée à ne plus jamais inviter la chair des animaux dans mes repas : un certain pacifisme, une pratique sportive intense, une véritable attirance pour la philosophie indienne en faveur de « la libération », un gout revendiqué pour une certaine « originalité », etc.

Jamais?
Pas tout à fait.

Car, si un jour j’ai laissé les chevaux dans leur pré plutôt que de les embêter avec mes exigences de cavalière, si une certaine non-violence me parait indispensable à chaque détour du quotidien, l’observation du monde m’a appris que les idées simples sont fausses, toujours.
En particulier les idées simplement extrêmes.
Refuser d’honorer un repas préparé avec attention en se drapant dans un « désolée, je mange pas de ça » me parait une explosion de violence inouïe à l’encontre d’un hôte. Et, en temps que voyageuse curieuse, aimante des personnes croisées, je n’ai de cesse que d’engranger tout ce qui alimente mon optimisme en agrandissant la bienveillance à laquelle j’aspire.

Il y a quelques semaines, traversant un village d’Auvergne en fin d’après-midi, j’ai vu devant moi un homme qui portait une brassée d’herbe pour ses lapins. J’allais dans sa direction, mon sac sur le dos, les pensées vagabondes. J’avais grappillé des raisins sur une treille, ramassé une pomme tombée et j’étais riche de bon pain et de fromage local. Mais en cette fin de journée estivale, je n’aurai pas craché sur quelques tomates de jardin, sur quelque salade moins « sauvage » que celle des pissenlits ou de la mauve dont je faisais bombance en chemin.
Alors que j’arrivais à la hauteur de l’homme et que je le saluais, il arrivait devant chez lui.
« Avez-vous besoin d’eau? » me proposa t-il, enchainant avec la sempiternelle question au sujet du chemin que je parcourais.
Et nous avons parlé.
Et il a rempli ma gourde.
Et sa femme est sortie regarder ce qui se passait, interpellée par cette soudaine animation devant sa porte.
Alors, le bonhomme s’est éclipsé sur un « attendez, je reviens » qui laissais pressentir qu’il allait me donner un « truc ».
Je rêvais encore de tomates, de ces tomates que je voyais derrières les grillages des potagers bien entretenus, de ces tomates qui me faisaient saliver en souvenir de celles que j’avais abandonné dans mon jardin nantais.
Alors, le bonhomme est ressorti. Sur sa main bien a plat, il me présentait une belle tranche de lard qu’il venait de couper.
« C’est du bon, c’est moi qui le fabrique. J’ai mis une seule tranche, ça vous fera pour ce soir, j’en mets pas plus car avec cette chaleur « ça » va pas se conserver »
Il souriait de ce sourire étoilé qui nait du don.
je l’ai remercié, du fond du coeur. J’ai soigneusement rangé le trésor et la marche m’a reprise.

Une fois ma tente montée, une fois glissée dans mon duvet, comme chaque soir, j’ai entrepris de me nourrir. J’ai gardé le fromage pour le lendemain et j’ai fait bombance avec le lard.

Ce soir là, je me suis nourrie de bonté, de générosité et d’un sourire plein d’étoiles.
Et c’était juste délicieux.

Ce monde là

Ce monde là, dans lequel nous sommes embarqués, parfois sans le voir…

Jeudi 19 septembre 2019

Ma balade annuelle se terminait, à l’heure prévue je montais dans le TGV.
Dans une main j’avais un totebag contenant ce qui devait rester à portée de main, dans l’autre un sachet repas vendu à prix d’or chez Paulo qui assure que c’est « de qualité » comme depuis 1889!
Dans le dos mon sac à dos était allégé, délesté de sa réserve d’eau et de nourriture.

Le ciel était bleu et les jambes me démangeaient.

Connectée à la wifi de la Compagnie Nationale, j’entrais en douceur dans le retour. Commençant par le tri des messages reçus et non lus depuis plus de quinze jours, j’ai ensuite remonté le fil des conversations sportives sur Messenger tout en cherchant des yeux le Rhône et en laissant vagabonder mes pensées en goguette, puis j’ai fait un tour sur Google afin d’évaluer le temps de trajet entre gare de Lyon et gare Montparnasse, enfin j’ai rangé tout ce bazar pour somnoler inconfortablement.

Le ciel était bleu.
J’avais besoin de marcher encore.

Gare de Lyon, ma décision était prise : plutôt que d’attendre, plutôt que de me laisser emporter dans la course du Métro parisien, j’allais prendre l’air, poursuivre l’aventure jusqu’au bout, c’est à dire sans gps, sans guide, au feeling et en demandant mon chemin.
Quatre kilomètres à parcourir dans Paris, c’était pas la mer à boire!

Trois policiers avaient plaqué un homme contre le mur de la gare, le quatrième ne faisait rien. Je l’abordai et juste après m’être enquise de sa disponibilité pour une question, j’ai balancé la question :
« Par où partir d’ici pour rejoindre la gare Montparnasse à pied ?
– Le plus simple c’est le métro!
– Oui et je voudrais y aller à pieds.
– Wahoooooo, mais c’est tout à fait à l’opposé, c’est vraiment loin… (Puis reluquant mon sac à dos) bon, il semble que ça ne vous effraie pas. Vous avez un téléphone? (joignant le regard à la parole, il constata mes mains dénuées d’un quelconque greffon) … Je sais pas quoi vous dire, c’est pas du tout dans ce quartier et en plus c’est de l’autre côté de la Seine!
– Ok et elle est où la Seine?
– Par là.
– Super. Merci et bon courage. « 

Une fois l’autre côté de la Seine, alors que j’avais pris toutes les informations nécessaires en regardant une carte devant une station de métro, je ne résistais pas au plaisir de demander à nouveau, deux géomètres tiraient des plans sur la comète et je les ai interpelé :
« Pour aller gare Montparnasse, je vais dans quelle direction?
– Ben, il faut prendre le métro…
– Oui, mais j’ai envie d’y aller à pieds et j’ai le temps car mon train est prévu dans plus d’une heure.
– Ah oui, je comprends, alors prenez un taxi ou commandez un « uber », ça ira plus vite.
– Merci, je pense que je vais partir par là, bon courage!

Et pour le fun, encore un peu plus loin, j’ai fait le point avec un passant qui attendait que le feu piéton verdisse en sa faveur :
« Bonjour. Gare Montparnasse, c’est bien par là?
– Oui, tout droit. La station de métro est juste devant vous.
– J’ai envie d’y aller à pieds…
– Vous êtes bien courageuse, c’est super loin. (un instant de réflexion) Remarquez, en fait je suis en train de marcher pour aller à La Sorbonne et ça me fera 30mn de marche au total… »
Et nous avons cheminé ensemble sur quelques centaines de mètres.

Et plus j’approchais de la gare et plus nombreux étaient les piétons tirant leur bagage sur le trottoir.

Le ciel était bleu, c’était une super belle journée pour marcher.