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On est où, là?

On est où, là?
Dans quel temps?
Dans quel monde?
Est-ce la guerre?
La tempête?
La folie?

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, les bras m’en tombent!
Je pensais avoir la tête sur les épaules, savoir regarder haut et loin, être responsable, un peu érudite, pas totalement stupide et voilà que j’en doute.
Si nous sommes en guerre, alors nous sommes dans le brouillard de guerre.
Si nous sommes en pleine tempête, si les instruments habituels sont cassés, alors, il faut naviguer à vue, sortir les antennes, s’accrocher et se laisser aller à l’espoir de toucher à nouveau terre un jour.
Et si nous sommes devenus fous, alors,
Tout peut arriver.
Tout.

Donc rien.

Que se passe t-il, je n’y comprends rien, j’en perds la tête!
Tout le monde a un avis sur tout.
Les vrais penseurs ne savent rien.
Les opportunistes montent sur la scène.
Le monde tremble et se réconforte
A coup de chocolat, de pâtisseries maison et de footing transgressif
A coup de consommation, de jetable et de téléphone portable!

J’ai besoin de silence,
De poésie, de beauté
Dans ce passage dense
Dépourvu d’identité

8 avril 2020 J+22 du début d’un étrange film réalisé à l’aveugle, sans scenario et à la chute inconnue… Film cependant internationalement diffusé sous forme de série à suspens.

Questions

L’instant d’avant je me disais que je n’avais rien à dire, donc rien à écrire ( aparté : en fait j’ai mille choses à écrire mais j’attends de pouvoir entrer dans mon antre pour le faire…) et l’instant d’ensuite vint une question et l’instant de maintenant je suis devant le clavier.
La vie est espiègle, imprévue et à saisir comme elle se présente, c’est une de ses réalités.

En ce moment les questions affluent.
Celles des enfants dont les parents n’avaient pas toujours mesuré l’abondance.
Celles des adultes dont je viens, juste à l’instant passé, de mesurer à quel point ce sont souvent des question d’enfant.

Donc, pour des raisons d’étiquettes diverses et variées qui me sont attribuées un peu par hasard, il est fréquent que je sois questionnée, particulièrement par les temps qui courent.
Et, comme je demeure une gamine, il n’est pas rare que mes réponses soient des questions.

Pourtant j’ai quelques certitudes.
Par exemple, je suis convaincue que les enfants sont des enfants.
Pas des adultes.
Par exemple, j’ai l’intime conviction que les enfants qui réitèrent une question à longueur de temps sont en attente de quelque chose que les adultes, perchés dans leurs préoccupations d’adulte, ne réussissent pas à combler, fusse à coup de « google mon ami » ou de « eureka.com ».
Je suis certaine que les enfants méritent des questions en reflet de leurs questions.
Les « réponses » sont trop souvent de terribles prisons.
C’est mon avis d’exploratrice au long cours.
Avec beaucoup d’humilité, notez le : NP5 sur l’échelle d’évaluation des publications sérieuses ou grade C c’est selon, autrement dit niveau de preuve faible à très faible, intime conviction pas plus.

Hier encore j’ai été assaillie de questions par tous les moyens envisageables.
Quand le propos est du genre « tu penses quoi de ça » et que le « ça » contient à ma vue pas moins d’une dizaine de questions sans compter les sous questions (oui, oui, je lis toujours « tout »), je balance mon humeur de l’instant en trois mots et je propose un RV téléphonique pour décortiquer le sujet en direct live.
Pour, in fine, tenter de questionner « la » question sous-jacente.

Et là, alors que j’en étais à l’instant d’avant, vint l’instant d’ensuite avec LA question qui me projeta devant le clavier que je tapote en cet instant :

« Comment se fait-il que la majorité des personnes à qui je propose une discussion ne donnent jamais suite ? »

Et dans la merveilleuse lumière de ce matin comme les autres, comme une illumination, une nouvelle question est venue se poser sur mon épaule pour murmurer à mon oreille :

« Serait-il possible d’imaginer que ces personnes qui me sollicitent en écrivant « que penses-tu de ça » n’attendent que quelques mots du genre « je suis tout à fait d’accord »? »
Une réponse quoi!
Un peu à l’image des enfants qui ont besoin d’être confortés par l’avis des adultes.
Et dans ce cas, je ne suis rien d’autre que l’étiquette que ces personnes m’ont attribué, une étiquette qui aurait été collée par hasard, comme une éclaboussure de reflet.

Un reflet de quoi?

D’un besoin vital de se fondre dans un moule?
D’un besoin vital d’assurance?
D’un besoin vital qui inciterait à choisir un camp?
Est-ce… ?
Etc


Pré-Vision

L’autre soir, considérant la journée achevée dans le contexte extra-ordinaire imposé au monde entier par un nanoscopique être vivant, je me disais que je n’avais pas grand chose à changer par rapport à mes habitudes.
De nature très solitaire donc seule, je n’embrasse guère, je ne vois que les personnes à voir, je ne sors pas dans la foule et je passe du temps au jardin. Depuis des dizaines d’années je me lève sans avoir une journée type à dérouler, l’imprévu est ma tasse de thé, l’urgence le piment indispensable et la navigation à vue, une certaine manière de respirer.
Il a fallu que je creuse un peu pour enfin trouver une différence :
Depuis dimanche, je ne regarde plus les prévisions météorologiques!
C’est fou, non?
Moi qui ai soigneusement rangé dans mes préférés plusieurs sites bien pointus sur le sujet, voilà que je les laisse tomber.
Incroyable!
Constater par ce fait à quel point ma vie est bouleversée par l’actualité m’a rendue songeuse.
C’était vraiment pas prévu.

Et alors…

Et alors, tout ce qui ressemble de près ou de loin à une prévision s’est agglutiné dans mon cerveau, se rassemblant de manière exponentielle pour finalement former une très longue chaine d’ARN* qui s’est mise à danser une sarabande endiablée.
*ARN : Arrangement Représentatif Nuancé

Et alors…

J’ai bien dormi!

Au matin, branle-bas de combat, il fallait que je sois prête très très tôt.
Hop, hop, j’ai avalé mon café et hop hop hop j’ai enfourché mon cheval d’acier.
Seule dans la ville, enchantée par les oiseaux du printemps,
J’ai bien décollé
Les mots se sont alignés
Les prévisions ont bien rigolé
La philosophie a débarqué.

Bien…
Les prévisions météorologiques ayant été à la source de cette intense et délicieuse masturbation intellectuelle, j’y reviens.
Il existe de nombreux « modèles météorologiques » et il n’est pas rare que je passe de l’un à l’autre quand j’ai vraiment besoin de savoir où aller naviguer (pour emmener un groupe ou pour organiser une compétition nautique par exemple) : GFS, WRF, ARPEGE, AROME mais aussi Harmonie, NWW3, ICON, IRLAM, GWAM, etc…
C’est dire à quel point pré-voir au 21èe siècle ne relève plus de la seule lecture dans les ronds de fumée, dans le marc de café, dans les tripes de poulet ou dans les boules de cristal.

OK…

Pendant le 20ème siècle, en étudiant à l’université, j’avais été sommée de bien comprendre (étymologiquement « prendre avec soi », intégrer pour de vrai) ce qu’est un diagnostic (Du grec ancien διαγνωστικός, diagnostikós , « capable de discerner ») et comment y arriver. Il était question de s’appuyer sur l’ensemble des signes fournis par une anamnèse la plus exhaustive possible, d’examiner la situation sous tous les angles, à l’aide de plusieurs sens (odorat, toucher, vision, audition) et in fine de proposer une probabilité avant d’envisager un pronostic à court terme (probable mais impossible à prouver factuellement à 100%) puis à moyen et long terme.
Je pensais avoir bien compris tout en ayant pris conscience de la difficulté extrême de l’exercice, de la notion de probabilité infiniment présente et de la quasi impossibilité de s’engager sur le long terme sans accepter d’incessants mouvements qui remettent mille fois mille questions sur le tapis.
Las ! Face à la pratique de ceux qui étaient censés me montrer l’exemple, j’étais face à un abîme. Parfois en moins de trois minutes, j’entendais tomber un verdict, je voyais s’écrire une solution et invariablement une main se tendait qui disait « et bien voilà, ça fera xxx Francs (oui, le Francs avait cours le siècle dernier), on se revoit la semaine prochaine pour vérifier tout ça »
Et la semaine suivante xxx Francs étaient à nouveau exigés en échange de seulement deux minutes… « logique puisqu’on se connait maintenant, hein! »

Ma « folie » déjà bien acceptée me murmurait à l’oreille qu’il fallait plus que jamais me protéger face aux injonctions paradoxales, qu’il était nécessaire de savoir mettre un masque en m’adressant à l’aréopage désigné pour me juger, de savoir quand me cacher et quand m’exposer en sécurité, d’apprendre encore plus loin comment bouger autour des points fixes, pour garder ma liberté de penser, de naviguer à vue et d’agir.
Ma « folie », notez le, car il est évident que la « normalité » est étrangère à ma consistance. Une « normalité » que je connais cependant, au point qu’elle ne m’effraye pas et que je peux à 100% être capable de la considérer en toute bienveillance, y compris dans mon miroir!

Alors, quand je constate aujourd’hui les prévisions faites par la vox populi à l’aune de ce qu’elle capte des prévisions météorologiques proposées à la télé genre  » Il va pas faire beau, demain il va pleuvoir (sortez vos parapluies) et il fera à nouveau beau », quand je vois la montée en flèche des ventes de parapluies (même au noir à ce qui se dit) et de toutes les recettes promettant une solution pour ne pas se mouiller les pieds, je me sens plus que jamais seule, impuissante et complètement folle!
Et le pire, c’est que j’en suis réjouie!


Bas les masques

Bas les masques
Sur le fil tendu entre nos paradoxes
L’équilibre semble difficile
Chacun se raccroche à ce qu’il peut
Et tombe le masque

Bas les masques
Dans la complexité de nos différences
La sécurité semble menacée
Chacun regarde son nombril
Et tombent les masques

Bas les masques
Les plus proches deviennent suspects
Les plus lointains sont applaudis
Chacun sur ses certitudes se replie
Démasqué

Bas les masques
Les sorties sont interdites
L’imagination est obligatoire
Chacun est face à la réalité
Et choisit un masque

Ou pas!


19 mars 2020 à J-2 du printemps et J+2 du « restez chez vous »

Instant présent

Impossible d’échapper à la rumeur du monde.
Heureusement, car elle est riche d’enseignements pour qui est curieux et à l’écoute de tout ce qui la fabrique, à chaque instant.

Ce matin, en France deux « actualités » surnagent dans un soucis « d’information ».

De nos jours plus que jamais, offerts en pâture universelle, les mots eux-mêmes perdent leur sens et leur latin! Cette constatation est un aparté!

Ce matin, en France, deux actualités écrasent de tout leur poids tous les instants présents du monde : le COVIT19 et le 49.3!
L’un était absolument imprévisible, aucune manifestation n’avait été prévue pour tenter de l’écarter, aucune imagination ne l’avait proposé à l’indignation populaire.
L’autre était prévu depuis un bout de temps, je peux même imaginer que pas mal de personnes le désiraient ardemment, présentant des centaines d’amendements au sujet de simples tournures de phrases dans le seul but assumé « d’obstructionner » et donc de provoquer la venue de l’article et donc de pouvoir « logiquement » s’en indigner. Je parle de mon imagination, notez le.
Le fait est que j’ai entendu des personnes s’insurger sans vergogne, parlant même de « surprise » devant l’apparition « subite » et que je n’ai pu m’empêcher de voir des gamins feignant la surprise devant l’objet de leur délit!
Et oui, mon imagination est galopante, ce n’est pas un scoop!

A part ça… il pleut.

Donc l’actualité dégoulinante prise en charge par la téléréalité qui se repait de fange en tout genre nous parle d’un côté, de la gestion « d’un truc inattendu » qui se dissémine progressivement, d’un autre côté elle parle de la surprise « d’un truc attendu » qui a débarqué hier soir.

A part ça…il pleut!

Le ciel est si bas à l’instant, et d’un gris tellement plombé que je pourrais croire qu’il va me tomber sur la tête. Mais je sais que cette croyance eschatologique est invalidée depuis des siècles.
Dans l’instant présent et malgré les vrombissements du tonnerre indiquant la présence de la foudre dans le coin (c’est vrai, juste à l’instant, comme pour venir en aide à mon inspiration en perte de souffle!), dans l’instant présent, il y a des milliers de faits qui se déroulent dans le monde, je tape sur mon clavier, accueillant les mots qui se bousculent et tentant d’en faire les phrases tout en pensant à la peinture blanche qui m’attend et au rayon de soleil prévu dans l’après-midi.
J’ai prévu d’aller sur l’eau pour en profiter.
Mais sans surprise, je suis prête à changer d’avis et à m’adapter.

Pour l’instant, la pluie tambourine gaillardement sur le toit!

Un intense besoin de consommation

Il faut bien l’avouer, je fais partie de la génération qui est allègrement passée d’une société chiche, économe et sans crédit à la société actuelle où consommer est une addiction et vivre à crédit un travers commun.
Je fais partie de cette génération qui a vécu le changement petit à petit, sans vraiment le conscientiser, un peu comme la grenouille s’adapte au refroidissement (ou au réchauffement) de l’eau sans le prendre en compte jusqu’au jour où elle se retrouve congelée ou brulée vive.

J’ai connu le débarquement de la bouteille d’eau potable en plastique, une eau meilleure que celle du robinet, la publicité affirmait qu’en ingurgitant une bouteille de 1500ml par jour, la taille fine était assurée : buvez-éliminer qu’elle disait! Les incitations à consommer de l’époque n’y allaient pas par quatre chemins, les banquiers disaient « votre argent m’intéresse » et les vendeurs d’eau en bouteille disaient « buvez-pissez » car évidemment plus une personne s’abreuve sans besoin, plus elle va aux toilettes et en passant… plus elle tire la chasse… dilapidant du même coup son argent et la précieuse eau potable qui sert à nettoyer les toilettes!
Quelle vie merveilleuse!
Sans le savoir nous étions tous devenus des nababs en puissance, balançant par les fenêtres l’argent qui semblait fait « pour ça » quand il n’était pas fait pour permettre aux banquiers de croitre.
Et ça continue, encore et encore!

Je fais partie de cette génération.
D’autres personne sont nées après, directement dans la consommation galopante.
Pour autant, faire partie d’une génération ne signifie pas s’y fondre. A la différence d’une grenouille à cervelle de batracien, j’ai reçu le don formidable de la pensée et sensibles aux injonctions parentales, je n’ai jamais « balancé l’argent par la fenêtre », j’ai beaucoup jardiné, beaucoup bricolé, beaucoup récupéré et je continu, sans crédit, car si je n’ai pas les moyens, c’est que c’est au dessus de mes moyens!
Basique.
Impossible d’être qui je ne suis pas.
Les nababs ne m’ont jamais fait rêver, pas plus que les princes et les richissimes qui me paraissent parfois si pauvres.
Peut-être que la jalousie a oublié de s’encrer dans mes gènes?
je ne sais pas.

Tout ce verbiage pour en arriver à l’humeur du matin.

Il n’est pas une journée sans voir apparaitre une vidéo, un article ou un commentaire au sujet de la dangerosité d’un produit ou d’un autre.
Pas un jour sans que soit montrée du doigt notre culpabilité d’occidentaux cupides et pollueurs.
Pas un jour sans qu’un produit « nouveau » et forcément merveilleux ne vienne remplacer un objet « ancien » et obligatoirement toxique. « Ancien » signifiant généralement « vieux de trois jours, trois mois ou trois ans »!

Vivre est aujourd’hui plus que jamais une situation à haut risque.
A haut risque!
Quel risque?
Mourir?
Devenir malade?
Vieillir?
En tout cas « ça » fait peur!

Je peux comprendre.
Je peux même comprendre que les plus faibles exigent la confection de lois protectrices.

Ce que je peux pas comprendre c’est comment des revendiquants et autres militants peuvent impunément brûler publiquement des tonnes de pneus (mais qui donc leur offre ?) et autres trucs toxiques (mobilier urbain, poubelles, palettes traitées, etc) sans choquer personne, ces mêmes personnes qui sont affolées à l’idée de recevoir un coronavirus dans un paquet apportant de Chine un « truc » aussi inutile qu’indispensable.

Penser est à double tranchant, redoutable.
Obéir est confortable, admirable.
Suivre me parait détestable.
Devancer est par expérience tentable
Mais est-ce recommandable ?

Et si on parlait d’à venir?

En voyant cette image, je fais un bond de trente ans en arrière.

A la maison, nous avions un ordinateur portable qui pesait aussi lourd que plusieurs noix de cocos fraiches. Il était cependant plus facile à attraper que celles qui étaient en haut du palmier qui habitait notre jardin de l’époque.

Sur écran noir, il affichait des caractères oranges et les enfants jouaient à « tetris » chacun leur tour lorsque nous leur laissions approcher ce nouveau « compagnon de boulot ».
Evidemment, il n’y avait pas de connexion, avec aucun réseau, sinon au bureau.
Le « www » était officiellement proclamé à la fin de 1990 mais pas vraiment accessible au commun des mortels!
Les salariés bossaient officiellement 40 heures par semaine. Le smic horaire s’élevait à 29,91 francs soit l’équivalent de 4,56 euros et le RSA n’avait pas encore été inventé.

Cerise sur le gâteau de ce temps lointain perdu dans un siècle achevé, nous n’imaginions pas un instant pouvoir un jour tapoter sur le clavier d’un « ordinateur » plus petit et moins lourd qu’un carnet d’adresse pour sac à main de jeune fille.

A quoi rêvions nous?
Certainement ni à la « retraite » ni à celle de nos enfants.

Un copain nous avait gentiment fait remarqué que nous avions prénommé Brice avec le même prénom qu’un écologiste réputé et nous lui avions fait remarquer que son fils s’appelait François. Personne n’aurait pu parier que Jacques, Nicolas, encore François puis Emmanuel laisseraient leur empreinte dans l’illustre série, ni que les verts se multiplieraient dans tous les sens et sur tous les bords d’un monde consommant à tout va.

C’est que s’il est commun de tirer des plans sur la comète, l’avenir est absolument inconnu.

Quand j’entends roder la rumeur au sujet de l’inconnu à venir, quand je vois des banderoles s’insurgeant au sujet de plans prévus pour dans trente ans, comment ne pas m’interroger ?

Il y a trente printemps de ça, j’ignorais absolument tout de ce que sont aujourd’hui mes enfants, comme j’ignore tout aujourd’hui de ce que nous serons demain, de notre environnement, du régime politique, de l’état des lieux qui nous sont familiers.

La vie n’existe que concomitante avec le changement et le mouvement.
Je me demande fréquemment quel élan morbide pousse tant de personnes à souhaiter que « rien ne change ».
Je me pose tout aussi fréquemment une question au sujet de l’illusion dans la quelle vivent tant de personnes qui déclarent avoir le pouvoir de « tout changer ».


Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

Communiquer

Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!

Rêver

En guise de voeux, j’ai posé cette image, offerte à l’imagination des passants.

Afin d’en préciser l’environnement, j’ai ajouté celle-ci.

Et en ricochet, le rêve s’est invité.

Alors, je suis venue ici-même, dans mon antre de prose et j’ai cherché des éclats de « Rêve » au milieu des articles.
J’ai retrouvé ce billet là, comme un clin d’oeil au passage des étrennes que nous traversons à cette date précisément.
Pourtant il ne contient pas ce que j’ai, aujourd’hui , envie de proser au sujet du rêve.
Ou alors un peu, partiellement, en filigrane, pas tout à fait, peut-être mais plus loin.
Pour moi le mot « rêve » contient « inaccessible étoile » et si un certain Jacques s’en vient inévitablement à la suite de ces deux mots, si résonnent sa voix et différentes orchestrations, il n’en demeure pas moins que je différencie avec grande attention chaque parcelle du bazar provoqué par l’emballement des pensées qui débarquent.

Nous sommes passés d’une année à l’autre, en famille, dans un pays où la tradition exige que l’on fasse un voeu en avalant un grain de raisin à chaque coup de minuit : au total il y a donc 12 voeux pour douze grains avalés.
Afin de protéger le sommeil des enfants et aussi parce que nous préférons jouer dans les vagues que trainer dans la nuit, nous avons croqué dans les raisins à neuf heure du soir, chacun prenant la liberté de faire autant de voeux qu’il mangeait de grains, ou comme je le fis, se contentant de savourer le nectar sucré en observant les rêveurs rêver.

Ma petite fille, celle qui affiche ses six ans et ses dents de lait branlantes, accorda beaucoup d’importance à cette « cérémonie ».
Les mains jointes, les yeux levés vers le ciel, elle ouvrit la danse, psalmodiant avec la grâce toute enfantine de son âge associée à des talents cultivés de comédienne : « Je souhaite de tout mon coeur avoir cette année toutes les boites de « jouenmouvement » du monde ».
Visiblement, elle souhaitait de tout son coeur.
Visiblement, elle se voyait au milieu d’un monceau de boites à déballer.

Voilà ce que j’appelle un rêve.
… Un souhait absolument flou, irraisonné, sans résonance, absolument non réalisable, un brouillard cotonneux à saveur chamallow à texture manipulable dans tous les sens…
Un « rêve » se construit à partir du réel, tout comme les songes se construisent pendant le sommeil grâce aux bribes d’expériences vécues dans l’éveil, et il en dépasse instantanément les frontières.

L’humain sait inventer des utopies, il a des besoins, il a des désirs.
Et parfois il rêve.

Il m’arrive de penser que je suis un drôle d’animal.
Quand j’entends des gens énumérer leurs »rêves » les plus chers, les plus fous, les plus onéreux, je cherche quels sont les miens.
Je cherche en vain.
J’ai des besoins d’air, d’eau, de nourriture.
J’ai des désirs.
Des désirs simples, de vents, d’océans, de gourmandises, de mouvements.
Ils donnent un sens au fil de ma vie.
Ils tendent le fil, le cours de mon existence
Au point de la rendre vibrante
Juste comme j’en ai besoin
Sans risquer la chute.

Prudente je suis, peut-être parce que j’ai toujours entendu dire qu’à trop rêver on peut tomber de haut!

Prudente et pourtant pas sage!