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De l’importance de l’imperfection

Qu’est-ce que l’imperfection?
Du côté de la lexicographie, c’est l’antonyme du mot « perfection ».
Et la perfection est l’état de ce qui est parfait!

P A R F A I T

En plongeant dans les dédales de l’origine, en allant jusqu’à toucher la source, j’ai rapidement trouvé que ce qui est parfait fut à l’origine ce qui était achevé.
Ni plus, ni moins.

Il existerait donc un moment précis où il serait possible de parler de perfection.
Tout autour de ce moment précis, il n’y aurait qu’imperfection, puisque le mouvement est vital et que tout mouvement est non achèvement.

A l’instar de la vie, la perfection est un état tout à fait instable et c’est donc l’imperfection qui nous oblige, nous pousse, nous entraine sans cesse.
A quel moment, à l’aide de quel biais cognitif, avons nous sociétalement posé une obligation de perfection? De perfection qui serait en soi un but définitif envisageable et inaliénable ?

Désormais, dans de nombreux pays, la mise au monde d’un enfant s’effectue après une sélection drastique. Grâce à la technologie, toute imperfection du foetus (remarquable ce mot appliqué au foetus, être en devenir par définition) est traitée, souvent par élimination. Chaque nouveau-né doit être « parfait », mis au monde dans des conditions « parfaites » et commence alors la danse de ceux qui ont la charge de l’élever de manière « parfaite ».
Car aujourd’hui, certainement du fait des progrès technologiques, nous faisons un amalgame entre perfection et « sans défaut », lisse, normal, que dis-je? Mieux que normal! Parfait quoi!

Et me voilà plongée dans un abîme de perplexité.

Dans un tourbillon de réflexions naissant instantanément du « bougement » de mes raisonnements clignotent des scintillements d’idées qui me racontent combien le malaise est gigantesque pour toutes les personnes qui ont besoin d’un temps d’immobilisation afin de « comprendre » (prendre avec soi selon l’étymologie) les notions de complexité, d’infinitude, d’imperfection et donc de mouvements absolument indispensables pour pouvoir parler de la vie.

De la Vie aussi.

La Vie, notre vie à chacun, capable de créer l’imprévisible à tout bout de champ, créatrice, résiliente, inventive, est parfois tragique, parfois joyeuse, souvent joueuse, jamais « méchante », définitivement imparfaite.

J’ai la conviction que la fatigue apparait lorsque disparait le mouvement, lorsque la perfection est atteinte et qu’il devient urgent de ne plus respirer afin de la conserver.
D’une pirouette, j’en viens à me demander si le paradis n’est pas pire invention que l’enfer. Car il paraitrait qu’une fois au paradis, tout est parfait.

Donc achevé.


Liberté chérie (bis)

Liberté!
Voilà un mot dont il est beaucoup question en ce moment.
J’avais proposé ici un billet à propos de ma réflexion sur le sujet en début de 2019.

Dans la série des billets tagués « Covid-19 » et à partir de ce billet précisément, j’ai saisi la liberté d’utiliser ce mot « liberté » et chacun a pu le lire à sa manière, librement.

L I B E R T E : sept lettres dont six différentes
F R E E D O M : sept lettres dont six différentes
L I B E R T A D : huit lettres

Ces assemblages de signes (lettres), que signifient-ils dénués de qualificatifs, sans contexte, posés là, noir sur blanc ?
Je ne sais pas.
Un assemblage de lettres forme un mot et qu’est-ce qu’un mot perdu sur une page? Qu’est-ce qu’un mot martelé, crié, imposé, isolé ?
C’est un mot.

Parler au nom d’un mot!
Parler « au nom de la liberté »!
N’est-ce pas parler de tout?
Ou de rien?

De quoi est-il question?

D’une étroite passerelle?
De l’immensité du ciel?
D’un espace de terre pour reprendre pied?
D’un abîme dans le quel il faut se jeter?

Sur les bancs du collège, entre enfance et adolescence, je laissais vagabonder mes idées en ouvrant la cage aux oiseaux (Prévert) et en chantonnant ma liberté (Moustaki).
Sagement sanglée dans la blouse imposée, tranquillement assise à la place assignée, je regardais les profs sans les voir, je cueillais leurs propos pour m’envoler sans prévenir.
L’atterrissage était parfois brutal!
Mon nom (pas de prénom à l’époque) vibrait dans l’air de la classe accroché à une injonction : « Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire? » et la suite était très binaire.
Sois je pouvais répéter et je récupérais une « mauvaise note d’avertissement » pour « insolence » sois j’étais incapable de répéter et je récupérais une « mauvaise note » destinée à « m’apprendre à suivre »!

J’ai appris.
J’ai compris.
J’ai cherché.
j’ai trouvé.

Un chemin qui est différent et qui me ressemble.
Grâce à toutes ces mauvaises notes, je suis devenue très rapidement une « élève très moyenne » sur les bulletins trimestriels. Les apparences, conjuguées à la puissance de la moyenne mathématique, me rangeaient dans « la norme » et c’était une véritable protection.

Car, dans notre monde très binaire de « pour » et de « contre » il me fallait un fil à suivre, un fil d’équilibriste tendu entre une utopie et la réalité, entre un mot qui ne signifie rien lorsqu’il est seul (liberté) et un mot qui prend tout son sens lorsque la société veille (liberté).

Plus d’un demi-siècle plus tard, en regardant l’actualité, les « pour » et les « contre » qui manifestent, qui s’étripent parfois, qui campent sur leurs positions toujours, je ressens la même solitude qu’autrefois, que celle qui m’a assaillie dès la sortie de l’enfance, et je me dis c’est peut-être la marque d’une certaine liberté de pensée et d’une certaine liberté d’agir.



Individualisme

C’est dans l’air du temps!

C’est dans l’air du temps, les citoyens sont prévenus de toutes parts, souvent avec un ton assez paternaliste : il faut agir collectivement!

Collectivement!

Et agir collectivement pour répondre à l’injonction telle qu’elle est délivrée, c’est agir individuellement tous de la même manière, en abandonnant la notion d’individu pour passer à celle de personne, c’est à dire en restant masqué!

C’est compliqué « tout ça »!
Car alors que l’individualisation est souvent recommandée, l’individualisme est souvent reproché.
L’individualisme, conquête de notre époque, allègrement conjugué à toutes les sauces, trimbale généralement une connotation plutôt négative.
Je dirais de plus en plus négative et j’ajouterais que dans le contexte actuel, certains regards en disent long et jettent un jugement vraiment très négatif aux individus soupçonnés d’individualisme . (Je conseille une balade dans l’ouvrage de Marie-France Piguet : Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, CNRS Editions, 2018, ISBN: 9782271095237)

C’est compliqué dans notre système de croyances où il y a un début et une fin , où donc le blanc n’est pas le noir, où l’ombre n’a rien à voir avec la lumière, où c’est l’un mais pas l’autre tandis qu’ailleurs, dans d’autres systèmes de pensée, il est super simple d’envisager le noir ET le blanc, l’ombre ET la lumière, l’un et l’autre absolument intriqués et tout à fait indissociables.

Ce matin, je lis cette question sur le FB d’une relation : « Mais dites moi, comment gérez vous tout cela ?
Moi je ne crois plus personne, et plus l’histoire avance et plus je fais en sorte de vivre le plus sereinement partout où je suis, masqué ou pas… »

Comment gérer?
Gérer moi-je, moi-individu?
Gérer mon personnage, moi, la citoyenne bien insérée dans une société qui me parait vraiment assez correcte par rapport à bien d’autres que j’ai pu côtoyer en vrai?
Gérer « tout cela »?

Alors, d’abord, « tout cela », je laisse tomber, je n’ai aucun pouvoir pour « gérer » ce qui est indéfinissable, je suis tout juste capable de considérer la présence constante de l’imprévisible, de savoir qu’il fait partie de chacune de mes aventures ; mon passage de vie entre la naissance et la mort étant définitivement la plus grande et la plus longue aventure, celle qui contient les autres.

Comment gérer « moi-je » ?
Comme d’habitude, en étant qui je suis : exigeante, scientifique, gamine, curieuse, espiègle, solitaire, etc.
Comment est-ce que cette « gestion » se traduit dans mon quotidien?
Et bien j’écoute la radio le matin et je regarde la fenêtre qui donne à voir le monde le soir. Entre les deux, je suis fascinée par la vie en direct live et j’essaye de garder toutes les miettes, toutes les étoiles que je rencontre afin de m’en nourrir pour mieux comprendre ce que disent les médias.
Et puis, nez au vent, je cherche la lumière, les ouvertures, les possibles contournements et ils existent toujours, aucune contraintes ne m’impose d’aller me cogner la tête contre les murs.
Enfin, régulièrement, je vais fouiller dans la gigantesque toile afin d’en faire émerger les « pre-print », les résultats d’études nouvelles (1) et leurs cohortes de chiffres qui me ravissent et que je torture dans tous les sens à l’aide de ma calculette. J’aime ça, c’est pas nouveau!
Ainsi, en temps qu’individu, dans la deuxième mi-temps de ma traversée de la vie, je suis comme d’habitude : sensible aux conditions météorologiques, avec des hauts et des bas, surfant sur les vagues qui se présentent, les espérant lorsqu’elles sont absentes, consciente de l’imprévisible survenue d’une super vague capable de balayer toutes mes compétences, tout à fait heureuse souvent le soir sur la plage après une journée bien remplie.

Comment ensuite gérer la personne inscrite en temps que citoyenne pensante et agissante dans la société française?
Simplement en connaissant les règlements, les lois, les chiffres que nul n’est sensé ignorer. Tout est à ce jour accessible sur la toile, inutile d’aller chercher les interprétations, voire les interprétations de traduction d’interprétations, je file à la source, je suis une inconditionnelle des sources limpides.
Simplement en me tenant à l’écart des chapelles, de tous ces sites et lieux où des « maitres » expliquent qu’il faut les croire plutôt que de croire le « maître » d’à côté.
Simplement en faisant à ma manière ce que la société exige de ma part. Il faut donner un papier, je donne le papier ; il faut porter un « couvre-nez-bouche », je porte un « couvre-nez-bouche », il faut réduire les contacts, je suis une solitaire entraînée.

Et vivre sereinement ?
Tout dépend de la définition du mot « sérénité », non?

Ce qui me plait, c’est de m’asseoir le soir après une journée bien remplie, de me poser avec la satisfaction de l’avoir bien remplie. Alors, par expérience, je sais que la nuit sera paisible quoiqu’il arrive… Imprévisible compris!

(1) A noter que les tests PCR donnant seulement une image immédiate du statut (porteur du SRAS-Cov-2 ou non porteur) d’un individu donné, certaines catégories professionnelles sont testées régulièrement (jusqu’à plusieurs fois par semaine), ce qui donnera certainement lieu à une étude épidémiologique spécifique.
Il y a aussi une étude lancée depuis mai sur un grand échantillon de personnes concernant le statut sérologique.
Il faut du temps pour comprendre…


Vendredi 21 Aout 2020, 16 semaines et 4 jours après la mise en « liberté conditionnelle » suite au « grand confinement« . Le pays est en vigilance et chaque jour il est possible d’entendre que le nombre de personnes « non malades » mais « testées positives » est en augmentation. Il devient de plus en plus difficile de circuler en ville sans porter le dernier accessoire à la mode : un couvre nez-bouche, chacun étant libre de se déguiser en « chirurgien » ou en créateur.
La suite, comme toujours, reste inconnue.





Little Bird vit sa vie (5)

11 mai 2020, sur les ondes il n’est question que d’un seul mot « déconfinement ».

Avec l’oiseau, alors que nous avions été « confinés », nous nous sommes envolés dès que possible.
Sagement, sans transgresser la moindre règle, le moindre décret, la moindre loi, nous avons profité de l’éloignement des limites.
Comme prévu, la liberté reste très conditionnelle. Les limites sont encore là et si un néologisme vient d’être créé pour faire écho à la décision prise, au plus haut de l’Etat, un beau soir de mars, nous rions ensemble devant ce mot qui n’a pas de sens : déconfinement!
Non seulement les limites restent encore sérieusement changées, réduisant, transformant une liberté que nous ne retrouverons peut-être jamais, mais en plus s’il est désormais possible de sortir, il est exigé de rester près et loin à la fois.

Au delà de nos conversations sans fin, au delà de nos questionnements sans réponses, hier nous avons pu regarder l’horizon.

Emotion
Museau au vent
Frémissant

Les rafales étaient glaciales
Sous le ciel chargé
L’océan dansait
Au loin, très au loin, encore plus loin
Il y avait l’horizon,
L’inconnu,
L’aventure.
Au loin, très loin, toujours plus loin,
Il y a !

12 mai 2020, jour 1 après la mise en « liberté conditionnelle » : il est possible d’aller et venir plus loin que le kilomètre imposé depuis trop longtemps.

Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.

A propos des vacances

La vie de maman active est plus que nulle autre une vie où il faut user de super pouvoirs afin de rester dans la danse.
Consciente de ce fait, aspirant souvent à des espaces « rien qu’à moi » longtemps cantonnés dans la compétition sportive, donc loin de tout repos, j’avais posé l’idée d’une pause nécessaire.
Pensant que l’adolescence se termine aux alentours de l’âge de la majorité civile, j’avais dit à qui voulait m’entendre que j’allais lever le pied une fois que notre dernier fils aurait atteint vingt ans.
Soit en 2010.
J’ai fait preuve de patience, le simple fait d’avoir noté cette date m’apaisait et me permettait de cultiver la patience.

Ce n’est qu’en 2012 que le temps a commencé à s’élargir, s’ouvrant sur de nouveaux possibles et de véritables vacances.
Enfin, je pouvais disposer de quelques semaines vidées des habitudes quotidiennes, libérées des personnes connues, enfin je pouvais vivre quelques semaines sans la moindre routine, uniquement riche des incontournables contraintes inhérentes à mes seuls choix.

En 2012, je suis montée à la source, j’ai déboulé une centaine de kilomètres à pieds puis debout sur un frêle esquif, j’ai suivi le fil de l’eau, et j’ai fini sur la plage.
Heureuse.
En solitaire.
Autonome.
Je n’avais qu’une envie : recommencer.
Il fallait attendre les prochaines vacances, celles que je m’accordais enfin : les miennes, rien qu’à moi sans personnes sur qui veiller, sans personne à suivre sinon moi-même!

En 2013, j’ai vérifié que tous les chemins mènent à Rome.


En 2014, je suis partie explorer des îles au large des côtes africaines.


En 2015
, j’ai décidé de porter ma planche à proximité des sommets en explorant les lacs alpins.

En 2016, de rivière en fleuve et en méditerranée, je suis allée jusqu’à Barcelone.

Et alors, je n’ai plus eu la moindre imagination pour donner un sens à une quelconque randonnée « debout sur l’eau ». Les plus belles « choses » doivent se terminer pour que d’autres puissent naître.

La planche elle-même était fatiguée, incapable de repartir. Je l’ai accroché au mur.

Puis, j’ai envisagé la marche, les sentiers et leurs détours, le sac toujours trop lourd aussi léger soit-il, les chemins plein d’empreintes où le monde tintinnabulle à travers une multitude d’itinéraires.

En 2017, mon escapade reliait la méditerranée à l’atlantique.

En 2018, pour le plaisir de suivre un de nos fils dans un de ses exercices, j’ai fait un pas de côté et abandonné la solitude en partant vers Hawaï à la découverte de l’inconnu.

En 2019, La Loire m’appelait et je suis partie à sa rencontre dans ses gorges les plus sauvages, dans son lit le mieux caché. Ce fut une merveilleuse randonnée qui m’a entrainée sur des versants magiques que je n’espérais même pas.

La suite est à vivre, plus loin!

Des rives

Sept ans après 2012, à l’occasion du VAN, la place Royale a quitté son déguisement du Mont Gerbier des joncs et s’est laissée envahir par une armée des statues.

Dans le VAN 2019, pour imaginer la Loire, il faut aller dans la petite salle du LU où se tient une exposition de photographies.

Sans hésiter, je suis montée à la rencontre des images.

Comme souvent, habituée que je suis à ressentir les émotions grâce au « direct live » de la vie et donc en cent dimensions, les images superbes et lisses me parurent presque fades.
Une bande son enrichissait le décor avec la « réalité » de l’environnement sonore capté dans l’estuaire.
Etrangement, cette installation contribuait à produire dans mes pensées des situations bizarres lorsque le décalage entre l’image qui passait sous mes yeux et le bruit qui entrait simultanément dans mes oreilles faisait exploser ma propre expérimentation en éclats absurdes.
C’était pourtant une histoire de Loire.
J’y étais allée à la rencontre d’une inspiration, d’une respiration et de l’inconnu aussi.

Je suis ressortie en emportant le livre tout juste publié par les auteurs de l’exposition.
Des rives, Voyage dans l’estuaire de la Loire, Guy-Pierre Chomette et Franck Tombs, Editions 303, 2009, ISBN 979-10-93572-42-0

Et le bouquin m’a entrainée délicieusement.
Je suis partie dans l’histoire, sur les berges, retrouvant ce que je connais déjà et découvrant, sans surprise, toute en reconnaissance, l’immensité de ce que j’ignorais.
Je notais en particulier que mes partances se font régulièrement soit au fil du courant, soit sur la rive sud. De la rive nord je ne connais pas grand chose.

Me voilà donc partie, pour quelques temps, à la découverte de mes propres points de vue sur cette rive là.
Aujourd’hui, sous le soleil dégoulinant comme du plomb fondu, je suis allée jusqu’à Couéron.
La Loire était bruyante, le courant descendant affrontait allègrement le vent montant et une multitudes de petites crêtes d’écumes éclaboussaient le flot couleur de vase claire.
Cette Loire là est celle qui m’inspire le plus.
En chemin, il y avait, en plus, la chaleur torride de l’été.
Des souvenirs sont remontés de fort loin, de l’Atar ou des environs de Dakar, de ces jours où comme aujourd’hui la sueur dégoulinait dans mon dos aussi consciencieusement qu’elle perlait sur mon front. Sur mes lèvres, je pouvais goûter le sel accumulé comme je le fais quand je navigue dans les embruns et j’étais à la fois ici et loin, la source et l’estuaire, le fleuve et l’océan, le monde et la solitude. Quelle aventure!

Avant de rebrousser chemin, je n’ai pas tenté de résister à l’appel : il fallait que je m’approche au plus près de ce flot formidable.
Le soleil avait fait le job : en chauffant à blanc les enrochements, il avait asséché quelques parcelles et telle une funambule débutante, bras écartés afin de garder l’équilibre, je pouvais passer d’un bloc à l’autre, sans grâce et sans salir mes sandales.

Une fois au ras de l’eau, j’étais dans un spectacle son et lumières à nul autre pareil.
Un spectacle incapable de me lasser.
Souvent, je renonce aux feux d’artifices et autres « gourmandises » consommables, trop éphémères à mes yeux.
Au bord de l’eau, chaque instant qui me ravit est un instant qui me rapproche de l’inéluctable fin, c’est pareil.
C’est pareil à une différence près : j’ai l’impression d’avoir le choix et de pouvoir décider sans compter qu’il y a encore un peu de rab à déguster!

Simplement la Loire (2)

Depuis que je suis devenue « nantaise », ça me prend comme ça, sans crier gare, j’ai un besoin de Loire.

C’est une question d’équilibre.

Je suis née au bord du Rhône, un fleuve au masculin.
J’ai poussé, je suis partie, j’ai voyagé et le Rhône est resté dans son lit, un lit actuellement entièrement dessiné par les projets des hommes. De son lit ancestral, il ne reste que des empreintes de passage.
La Loire, un fleuve au féminin, était autrefois la concurrente du Rhône dans les livres de géographie.
En effet si le Rhône était le champion du débit, la Loire était la championne de la longueur.
La Loire serpente encore à sa place, parfois retenue, jamais détournée, alternativement librement débordante, pleine ou à l’étiage, elle est un des derniers fleuves sauvages d’Europe.

Ma famille maternelle était ligérienne (Roanne) tandis que ma famille paternelle s’est construite sur les berges du Rhône, à l’endroit précis où l’Ardèche vient s’y mêler, l’Ardèche étant le nom du département dans lequel la Loire prend sa source.
Il est bien probable que rien de « tout ça » ne soit sans effet palpable, n’est-ce pas?

« N’oublie pas les chevaux écumants du passé » écrivit C.Singer dont j’entends encore la voix de sagesse (Editions Albin Michel, 2005, 9782226159991) et je n’oublie pas et je la revois, souriante, lorsqu’elle expliquait :
 » c’est la différence qui crée le mouvement qui crée la vie. « 

Il est certain que la Loire me permet de toucher, à travers une gigantesque métaphore, la dynamique de ma vie, toutes ses différences, le calme et le chaos, le chaud et le froid, la clarté et l’obscurité.

En 2012, la fontaine de la place royale de Nantes, celle sur laquelle siège l’allégorie de La Loire, était recouverte d’une structure rappelant le Mont Gerbier des joncs… Cette année là, j’étais partie à la source!
Sept ans plus tard, une discrète exposition au LU s’appelle « Des rives, voyage dans l’estuaire de la Loire ».

La source.

L’estuaire.

Cette année, je m’en vais faire une boucle dans l’entre-deux.
En marchant!
C’est décidé.

Simplement la Loire.

Post scriptum : Et comme l’idée de synchronisme me fascine immanquablement, je note avec joie qu’une personne dont je dois recueillir les propos en vue d’un projet en cours n’a pas trouvé, pour ce soir précisément, meilleure place de RV que les rives de la Loire.
Simplement la Loire…





Passionnément la vie

Comprendre signifie « prendre avec soi ».
Impossible de prendre avec soi ce qui nous échappe.
Il est pourtant possible de se laisser toucher.

Patience, passion, pathos ces trois fleurs ont une racine commune dans le grand livre de l’étymologie : dans notre monde contemporain, elles ont des parfums si différents qu’il est facile de l’oublier.

Ces dernières semaines j’étais prête pour faire un peu de rangement.
Ranger, c’est trier et classer et inévitablement jeter ce qui doit l’être.

Cinquante ans en arrière, quand j’affirmais vivre comme si je devais mourir le lendemain, c’était pour chanter que j’étais favorablement disposée en vue de goûter à toutes les gourmandises offertes par la vie. Je n’avais à l’époque qu’un maigre bagage, une minuscule boite à trésors et tant à expérimenter, à apprendre, à vivre passionnément.
J’ai gardé ce cap.
La vie est un risque qui m’est tombé dessus le jour de ma naissance, et dont j’explore encore chaque saveur … à ma manière, sans la moindre bataille, toujours émerveillée et consciente de la multiplicité fascinante de ses formes autant que de l’imprévisible qui rôde.

Mais avec le temps mon bagage s’est enrichi et alourdi aussi.
Les passages de vie se sont succédé, les uns par dessus les autres, se complétant parfois sans jamais s’annuler l’un l’autre.
Je me suis trouvée encombrée par mille questions, par des centaines d’obligations qui semblent incontournables et des dizaines de résolutions qui sont autant de « points fixes » dont je ne souhaite pas me débarrasser.

Aujourd’hui, quand j’affirme vivre comme si je devais mourir demain, c’est plus que jamais croquer dans la vie mais c’est aussi ranger, trier, jeter, c’est agrandir mon espace afin que je puisse y trouver la multitudes des possibles encore à ma portée. C’est aussi penser à l’empreinte qu’inexorablement ma disparition laissera.
Ce faisant, emportant sans le moindre regret mon passé dans les décharges sélectionnées pour leur capacité de tri anonyme, je pense à ce monde qui nous englue dans son confort, dans sa pseudo sécurité et nous pousse à plonger dans les grandes vagues d’émotions concoctées par les médias afin que nous nous sentions « humains » par écran interposé, tellement virtuellement, en fait!
Ce monde qui nous encombre avec ses accumulations insensées nées sur le vide abyssal de nos oublis et non-espérances assemblées.

J’ai gardé quelques objets comme autant de métaphores dont j’ai encore besoin :
Un sac vide que je m’étais offert comme d’autres s’offrent une plaque dorée.
Une boite à outils du passé, infiniment utilisable, tellement différente du « consommable » actuel, ces « trucs jetables » que nul écologiste ne remet encore en question.
Les outils sont le prolongement de la réflexion et donc le prolongement des mains qui se mettent au service de la réflexion. Merleau Ponti disait « toucher, c’est se toucher » : j’en suis persuadée, quelles que soient les circonstances, l’environnement et les faits.

J’ai jeté des quantités de papier et autant d’images.

J’ai gardé les étoiles, elles sont des parts de mon âme, inséparables de mon être, légères, impalpables, non consumables.


Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…