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Plus loin et la relativité

Un chapitre chaque jour, au moins un chapitre!
Quelle raison me pousse à exiger pour moi seule un point final en septembre ?
Est-ce par mimétisme ?
Dix ans après, j’élimine consciencieusement les points de suspensions dont j’avais tellement abusé. Ce qui était encore ouvert aux questions s’est fermé, le temps a fait son oeuvre, d’autres questions sont venues et d’autres points restent suspendus, mais ailleurs!
Face à une prose dont je n’ai jamais été fière, je pointe les tournures malhabiles, les croisements et les défauts en sachant trop bien que je ne suis pas guérie, que j’en commets sans cesse et que dix ans supplémentaires ne procurent pas le talent qui n’existe pas.
C’est à la fois passionnant et riche.
Exaltant.
Le plus loin d’hier est dépassé,
Il fait parti du passé.
J’efface les points de suspension.
Et j’écris tout à neuf.
Tout
Presque tout,
Sans vraiment réussir à déterminer une intention
Sinon celle de tenter
Une fois de plus
Vers plus loin,
Je sais pas où!

Humeur du jour

Et donc je suis allée à Paris.
Et donc, j’ai rapporté de nouveaux projets.
Et, ça, c’est assez drôle car en ce moment il y a plein de projets qui débarquent.

L’année dernière à la même époque, je faisais le ménage, certaine que j’étais que les boucles était bouclées dans pas mal de domaines.
Là, je sais plus trop.
Un flottement est perceptible, assez semblable avec celui vécu l’année dernière,
A la même époque.
Aussi joyeux qu’il était chagrin, il m’emporte.

Parmi ce débarquement de projets, il y en a qui parlent d’écrire.
C’est le coté comique de ma vie que j’étale aujourd’hui ici et sans  vergogne.
Un comique de répétition.
Ecrire!
Publier!!

Quand le monde de l’édition est plus terrifiant que jamais.

Avec l’avènement de l’impression à la demande, tout se publie, à toute vitesse et sans autre risque que celui  de l’imposture.
Car, si le nombre de titres publié a été multiplié par deux depuis la fin du 20ème siècle, le nombre de lecteurs est à la baisse.
« Il y a énormément de livres qui se vendent à moins de 500 exemplaires, tous éditeurs confondus, de Gallimard à Grasset en passant par P.O.L. Et dans ces livres-là, beaucoup ne dépassent pas les 250 exemplaires vendus. En fait, ce n’est pas rare qu’un livre se vende à moins de 100 exemplaires »

Je suis tellement claire avec ce fait,  et depuis si longtemps que j’en suis venue à modifier la page d’accueil de ce site. Pour mémoire, créé en 2008, cet espace était destiné à promouvoir un titre particulier… Je vous laisse deviner lequel!

Les plus fidèles personnes qui passent ici ne peuvent ignorer la répétition de mes questionnements quasi existentiels au sujet de l’écriture et de la publication.
Ces questionnements naissent logiquement de ma non-crédulité pathologique associée avec une curiosité tout aussi pathologique qui mène à une certaine forme de connaissance.

Mon père disait « la vie est un éternel recommencement » et je me suis appropriée cette petite phrase en la projetant de manière multidimensionnelle  sur l’écran de mon imagination débridée. Une imagination incapable de faire un roman mais super douée pour transformer mon environnement en dessin animé géant, entre humour noir, réalité augmentée et joyeuses comédies. Donc, oui sur une espèce de spirale qui représenterait la vie, il est normal de passer devant la même verticale à chaque enroulement. Toujours la même verticale, mais jamais le même point!

Me voilà donc partie en plongée, en immersion.
Ca se terminera comme ça,
Mais pas au même point!

C’est la vie!


Découvrir cette phrase sur FB ce matin était une douce surprise.
Ce livre de C.Bobin qui n’est pas dans ma bibliothèque, je l’ai découvert en septembre, il trainait dans un gite d’étape (voir le lien « escapade 2017 »).
Il est évident que cette phrase précise n’avait aucune chance de m’interpeller à ce moment précis où j’étais tellement remplie par la marche accomplie et tellement loin d’une quelconque fatigue. L’heure était à la lenteur, à l’approche de mon objectif, j’avais même encore ralenti!

J’étais à Paris, vendredi dernier.
Déambulant dans les rues alors que la mission qui m’y avait conduite était réalisée, je me contentais de survivre.
Histoire de grappiller de l’espace humain, je tentais de capter avec insistance la vie des gens que je croisais, la vie des boutiques, des boutiquiers (j’ai acheté des livres…), des passants pressés, errants avec ou sans domicile fixe. Je n’avais que « ça » à faire en attendant le train retour.

Et, voyant les centaines de personnes attablées en terrasse, les centaines de personnes consommant avec compulsion, les centaines de personnes avalant d’improbables aliments, marchant, clavardant, isolées dans leurs bulles, en voyant tous ces gens, en tongs ou collet serré, tous ces gens si différents et cependant « parisiens » je sentais à quel point la capitale est intensément fatigante.
En miroir à ma fatigue intensément ressentie de manière passagère, je compatissais avec toutes ces personnes pour qui « consommer » est le seul remède à leur stress. Consommer plus et plus vite, de tout, de rien sans le moindre repos puisque le repos lui-même est consommable, donc limité.

J’ai traversé Paris à pieds.
J’avais le temps.
J’ai traversé pour commencer le plus grand espace vert parisien : le Père Lachaise.
Les touristes y galopaient, le nez sur le plan qu’ils avaient acheté à la « bonne » entrée.
C’est très agité, le Père Lachaise.
Puis, j’ai longé des rues et des rues, alternant la marche à l’ombre avec la marche au soleil en fonction de mon besoin.
Je suis arrivée à la gare avec trois heures d’avance.

Pour passer le temps, j’ai pris un ticket dans le rayon « guichet-départ ce jour ».
je n’avais que ça à faire.
Arrivée « à mon tour » devant la guichetière désabusée,
J’ai appris ce que je savais, mon billet n’était pas échangeable, il était trop bon marché!
J’avais cependant gagné du temps, environ 30mn pour 20 numéros!
J’ai fait un saut au low-coast alimentaire d’en face, puis une bouteille d’eau dans une main, un infâme sandwich dans l’autre, je suis allée m’asseoir face à la gare.
Depuis le matin et la belle conversation avec mon éditrice, aucun autre mot que « bonjour, merci, bonne journée/bon courage » n’était sorti de ma bouche.
Et là, sur les gradins jonchés de papiers gras et de canettes vides, j’ai observé les échanges entre un black énervé, une ancienne sdf (à ce qu’elle a dit) et un black hyper cool.
Tranquille.
Tranquille en attendant l’heure du train.
Et,
Le black énervé est venu s’asseoir à mon côté.
Et… Ce fut la deuxième conversation de la journée.
Tranquille.
Elle aurait pu devenir interminable.

Puis, l’heure du train est arrivée.
J’étais fatiguée.
Réveillée depuis cinq heures du matin, je pensais à ma couette et à son lointain abris qui ne serraient accessible que sur le coup de minuit.
J’étais fatiguée.
J’ai acheté des bonbons… Le sucre est une drogue puissante qui permet de lutter contre la fatigue… et le stress…

Ce vendredi passé, le temps vécu à non-vivre fut très long à mon goût.
Trop long.
J’avais, longtemps avant, décidé d’économiser sur le prix du billet.
C’était un choix.
La prochaine fois, il faudra me payer cher pour une telle aventure.
J’ai définitivement besoin de vivre dans un espace qui respire une vie plus vive.

Douter sans aucun doute

Illustration choisie pas par hasard mais parce que deux bouquins de cet auteur viennent de revenir à la maison.

Le doute est une attitude philosophique et les citations sont innombrables.
Les proverbes de même.
Impossible de compter le nombre de fois où j’ai pondu un p’tit billet au sujet du doute, il est même fort probable que quelques bribes de ces réflexions aient eu l’audace de s’immiscer dans plus d’un de mes livres.

C’est que contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, le doute est indispensable et très très bénéfique. Le doute est une porte ouverte vers plus loin et plus haut, une porte largement ouverte.
Non, en fait, le doute est le seuil.
Le seuil à franchir pour passer.
Et bien évidemment c’est la présence du seuil qui est effrayante.

Regardez les enfants qui commencent à marcher, regardez les buter sur les seuils de porte et recommencer et tenter et finalement passer fiers et glorieux, sous les encouragement des parents téméraires.
Oui, il existe aussi des parents timorés, sans la moindre confiance dans les capacités de leurs enfants et ces parents là « portent » les bambins, leur évitant la chute pensent-il sans douter un instant du bien fondé de leur « protection ». Mais ceci est une digression de plus!
A l’autre bout de la ligne de vie,
Regardez les vieillards, si fragiles, si tremblants si peu sûrs qu’ils ne franchissent plus le seuil de chez eux, s’enfermant, se recroquevillant sur des certitudes déjà passées ou inventées, comme pour éviter de regarder l’inéluctable réalité de leur « à venir ».
Ni les enfants ni les vieillards ne doivent trop douter, c’est vital pour eux.

D’ici à affirmer que nous sommes globalement plus souvent des enfants ou des vieillards qui s’ignorent, avançant sans aucun doute en suivant le derrière du mouton de devant, il n’y a qu’un pas que je refuse de faire!
Vous me connaissez, je vais éviter d’enfoncer les portes ouvertes!

Par contre qu’une porte soit entre-baillée, qu’une porte me paraisse close et hop, j’ai envie de regarder ce qui se passe derrière.
Et quand je passe le seuil, c’est toujours avec une dégoulinade de joie!

Hier par exemple, il fallait que je téléphone pour lever un doute.
Un doute que j’avais tranquillement cultivé depuis quelques jours.
Cultivé?
Oui, j’avais en premier « laissé faire ».
Et puis depuis la veille, alors que la graine germait, je remettais tout en question.
Tout.
Je doutais.
J’avais besoin d’éclairer le projet, de ne pas y laisser pousser des ronces dans lesquelles je risquais de me prendre les pieds.
Donc j’ai téléphoné pour « en savoir plus ».
Evidemment, à l’autre bout du fil la personne tout en entendant correctement fut un tantinet étonnée.
Me connaissant surprenante, étant pressée de surcroit, il fallait laisser un peu de temps de réflexion.
L’une doutait
L’autre doutait
Et ça c’était super.

Et quand le soir j’ai trouvé le message qui levait le doute, ce fut juste délicieux.
Il y a toujours une espèce de jubilation à passer le seuil.
J’ai partagé cette joie avec la personne, cette personne qui avait elle aussi franchi le pas vers l’inconnu.

L’inconnu.
C’est là que nous nous rencontrerons en live.
Par expérience je sais qu’il y aura des instants magiques.
Je n’en doute pas, c’est mon côté gamine facile à émerveiller
Et pourtant,
Sans en douter,
Je suis incapable de dire où et quand ces instants vont miroiter.
C’est finalement un peu comme partir à la chasse aux orchidées sauvages!

Explorateurs d’inconnu (2)

Qu’est-ce que l’inconnu?
Pendant des siècles, les explorateurs sont partis sans savoir ce qu’ils allaient rencontrer, ils partaient au devant de terres, de personnes, de sensations dont ils n’avaient aucune idée préalable.

Aujourd’hui, il y a tellement de « choses » connues. Il suffit de taper un mot sur un clavier posé devant un écran pour trouver, sans bouger de chez soi, des images nous laissant imaginer « plus loin ».
Aujourd’hui, il y a tellement de « choses » planifiées. Il y a tellement d’invitations pour « aider » à planifier! Tenez, même votre enterrement est planifiable! Bon, ni le jour ni l’heure je vous l’accorde… pas encore! Ouf, il reste un peu de suspens!
Aujourd’hui, ce n’est plus l’étrange qui fait peur, l’étrange étranger, le cygne noir, ni même les nouveautés (quoique…), car presque tout est déjà-vu. Tout, y compris les « sauvages » plus du tout sauvages filmés à côté des vedettes dans des voyages en « terre inconnue » où tout est scénarisé à l’avance.
Non. Plus que jamais, ce qui fait peur c’est l’idée qu’on se fait de ce qui pourrait arriver si quelque chose arrivait!
Nous en sommes là.

Et cependant, il est encore vraiment possible d’aller explorer l’inconnu.
Car l’inconnu est au détour du chemin, tellement relatif qu’aucune prévision ni aucune planification n’a jamais réussi à le cerner.

C’était la semaine dernière.
Le ciel était couvert de nuages que l’absence de vent ne chassait pas.
En compagnie d’un sac à dos bien accroché et d’une paire de bâtons jumeaux, je suis partie dans une vallée que l’eau a patiemment dessiné à travers le basalte multimillénaire.
J’avais un peu préparé le chemin : la parenthèse n’étant que de deux jours, il m’avait semblé nécessaire de ne pas trop tergiverser quant à la direction à choisir.
Je suis tellement gourmande que j’étais tentée de tous les côtés par tous les sens. Un choix préalable simplifiait donc le choix final et apaisait les tourbillons de curiosité qui s’élevaient.

Pour traverser le plateau, j’ai obliqué vers le GR sagement tracé grâce à une ribambelle de pierres destinées à l’encadrer.
Mon pas était long et vif, il n’y avait rien pour surprendre le regard.
Il y avait à gauche l’océan et invisible au loin l’ancien « rio de oro » chargé d’histoires ; il y avait à droite la barrière d’un arc volcanique, laissant supposer de « l’autre côté » une vertigineuse caldeira ouverte sur l’immensité océanique soumise aux vents d’ouest ; il y avait devant un champ de cailloux et par dessus « tout ça », il y avait le ciel plombé.
Après quatre semaines de longues marches solitaires, mes réflexions étaient lissées, érodées, rien ne pouvait les retenir, elles étaient en état d’apesanteur.
Mon pas était long et vif, j’avais l’esprit totalement libre. C’était simple.
Délicieusement simple et léger.

J’avais imaginé bivouaquer à l’ouest, mais l’endroit « remarquable » ne me plaisait pas, j’ai choisi le sud, adossé au Talahijas qui abrite les restes d’un site aborigène (dont j’ignorais tout à ce moment là) et face à la mer.
Beaucoup de personnes me questionnent au sujet de ce que je « fais » lorsque je bivouaque.
Rien.
Je ne « fais » rien.
Non, je ne lis pas, non, je ne médite pas, non, je n’allume pas de feu, non, non…
Je suis présente, c’est Tout!
C’était très fort ce soir là.
J’avais remarqué quelques traces dans la montagne et j’avais la direction du lendemain en tête, c’était suffisant pour laisser flotter pensées et réflexions sans avoir à en repêcher aucune.

Diluée dans le silence où dansait au lointain le vacarme du shore-break, la nuit m’a avalée, ponctuée par quelques gouttes de pluie et quelques claques de vent remplies de sable. Au loin, le phare de la pointe lançait ses éclats que j’attrapais entre deux plongées.

Dès l’aube le voile de nuage était largement déchiré, laissant passer une lumière qui promettait d’écarter tout ombrage.

Je suis partie sur mes pas de la veille.
Les rafales de la nuit les avaient en partie effacés.
J’avançais la plupart du temps en terrain apparemment vierge.
Quel bonheur!
Tout en bas des falaises, l’océan bouillonnait.
Sans le moindre souffle, sans la moindre houle, il bouillonnait.
C’est que le flot venait frapper, avec une énergie monumentale, contre le mur d’un ancestral effondrement, formant un puissant ressac qui s’opposant à la respiration océanique de base, organisait dans un ordre aléatoire des tourbillons dont la simple vision était terrifiante de forces titanesques.

J’étais seule au monde, dans un paysage d’eau et de feu, de vacarme et de silence, de chaos, d’harmonie et d’obscurités chatoyantes.

Tellement, tellement remplie de gratitude…

Et quand au loin de mon regard, j’ai aperçu que le sentier de chèvre que je suivais disparaissait, j’ai du même coup compris qu’il était parti à la mer avec tout un pan de montagne.
Il se dessinait pourtant, au loin, plus loin.
Je me sentais capable d’escalader, de passer plus haut pour aller là-bas.
Là-bas vers la plage de sable blond, dans le creux de la caldeira effondrée, là-bas vers Cofete, là-bas où il était possible de faire le plein d’eau potable.
J’ai escaladé.
De plus en plus bas, la férocité du tumulte marin murmurait que le moindre faux-pas était inexorablement fatal, que ma petite balise de secours était « rien », que j’étais seule, bourrée d’adrénaline délicieuse, infiniment consciente, merveilleusement vivante.

J’ai découvert l’inconnu, ce qu’aucune photo ne montre, la beauté simple, délicate, grandiose, vertigineuse.
Tous les sens aux aguets, j’avançais, mètre après mètre.
Enfin, un minuscule sentier m’offrit une surface de déambulation plus stable, presque sécurisante bien que toujours à flanc de falaise.
Une centaine de mètres plus loin j’arrivais sur un plateau où plus aucune empreinte n’était dessinée.
En avançant, j’ai soulevé l’affolement des oiseaux marins qui se préparaient à nicher.
Ils s’envolaient à mon approche, ils tournoyaient, de plus en plus nombreux. Les cris de panique attiraient les cris de panique, tirait de leur trous les plus sourds agrandissant la foule qui me survolait, inquiète et non violente.
Lentement, je me suis hâtée vers le haut, escaladant une fois de plus pour fuir le vacarme, toute puissante cette fois-ci, car j’avais la capacité de tout apaiser.
C’est par le haut que je devais sortir, il n’y avait donc pas d’autre issue.

Et l’heure avançait.
Soudain aller jusqu’à Cofete que je connaissais me sembla terriblement fade.
Passer encore une montagne, à force de maintes acrobaties, pour aller me noyer parmi les touristes arrivés en voiture, pour quêter un litre d’eau sur une mini-terrasse de mini-bistrot encombré, ne valait vraiment pas le risque à payer.

Achevant ma grimpette, j’ai plongé vers une vallée déserte, empruntant le chemin créé par un éphémère torrent passé dans les semaines précédentes pour gagner en stabilité.
Sur le rocher mis à nu, je descendais, laissant de côté les éboulis, acceptant les hautes marches comme de joyeuses cascades sécurisées jusqu’à terminer dans le lit noir d’un fleuve totalement à sec.


Redescendue.
Plus loin encore, le GR était à sa place.
Revenant sur mes pas de la veille, je regagnais le monde, légère, un peu plus riche et incessamment soumise à ma curiosité indomptable : plus loin est à venir!
Il y reste tant d’inconnu à explorer.

Et après?


Quand j’ai posté cette image sur ma page FB, je n’avais pas  imaginé les tourbillons de pensées qui allaient suivre.

Un très bon ami écrivit : « Avancer, et voir sa « marque » qui part en ondes avant de disparaître. C’est pas si mal »
Et illico, je postais : « (…) C’est juste fou, tu n’imagines pas! La trace, l’empreinte et tout ce qu’on laisse traîner, c’est pour moi le centre de tellement de questions qui tournent sans réponses (…) »

A peine avais-je écrit ces quelques mots que tout se bousculait en bon ordre dans ma tête.

La réalité, les métaphores, les histoires de passage, les navigations dans le désert ou sur l’océan, les métaphores encore… et mes cogitations de l’été (particulièrement celle-ci et celles qui suivent, juste avant le départ en randonnée)

C’est une histoire de fou, c’est un entrelacs de paradoxes qui me faisaient alors face, en toute bienveillance et sans le moindre esprit guerrier.
Et très rapidement,  j’assistais à leur dilution dans l’image de ce vortex immobilisé dont j’avais suivi le plus loin possible la disparition.

Pour une fois, j’avais trouvé une réponse!

 

Plans, objectifs, etc… (3)


Et, bien, moi, je suis allée lire l’histoire de la chevrette.

Je suis allée cueillir à la source, parmi l’ensemble des textes publiés par monsieur Daudet.
Des textes produits en guise de feuilleton estival pour le journal « L’évènement ».  A l’époque, le titre du feuilleton fut « Chroniques provençales » et  les épisodes prenaient vie à Clamart, en banlieue parisienne.
L’histoire de la chèvre était adressée à Pierre Gringoire, artiste lyrique à Paris.
Le texte fait partie d’un ensemble aujourd’hui publié sous un titre classique de la « littérature enfantine » :  « Les lettres de mon moulins ».

En filigrane des lignes ci-dessus, je vois des plans, des objectifs et une réalisation finale.

Dans l’histoire de la chèvre, je vois bien le plan initial de la chèvre, un plan qu’elle expose clairement à Mr Seguin, je vois bien son objectif et nous constatons ensemble la fin, c’est à dire la réalisation, c’est à dire « un truc » que la chèvre n’avait pas prévu dans son plan, un « truc » qui ne faisait absolument pas parti de son objectif déclaré.

Il est indispensable de « faire des plans ».
Il est indispensable d’avoir des objectifs.
Sans ni plans, ni objectifs, comment donner un sens à la vie?

Ou le bât blesse, c’est quand petit à petit s’instaure un sentiment de toute puissance qui souffle à l’oreille une injonction de réalisation fixée, obligatoire et sans discussion.
Nous en sommes, sociétalement parlant, à ce point.
Dans le boulot, chacun se voit imposer des objectifs, des plans pour y arriver et une obligation de réussite à la clé.
C’est un dérivé des jeux sur écran : si on appuie tout bien au bon moment sur le bon bouton, la récompense tombe inexorablement.

Sauf, que la vraie vie n’est pas un jeu vidéo.

Du coup, l’échec fait vraiment mal. Il est d’autant plus douloureusement ressenti que bien souvent, d’une manière ou d’une autre, il est indissociable de « punition » comme si l’expérience de l’échec n’était pas en elle-même une expérience suffisamment désagréable.
La souffrance est latente.

Je me pose mille questions.

Il y a l’enfant-roi à qui tout est dû.
Il y a l’éternel adolescent, ex-enfant-roi et si bien acculturé aux jeux virtuels qu’il croit à la suffisance des « clic » pour arriver à son objectif et s’énerve quand « ça ne marche pas ».
Il y a tant et tant de personnes et autant d’individus…

Ce qui me semble important c’est d’apprendre par l’expérience que le fruit tombe quand il est mur, qu’une immense patience permet de laisser filer les saisons avant que ne revienne l’époque de la cueillette, que s’incliner sous les grains et le vent permet d’avancer plus loin, que rien n’est jamais acquis et que tout reste possible, surtout l’imprévisible.

Il me semble que l’imprévisible échappe à toutes les prévisions contemporaines.

Jeudi 30 aout, Etape 1

« Quand on voit le monde on voit l’autre en transparence, comme le filigrane pris dans la trame du papier »
Christian Bobin, Ressusciter, Edition Gallimard, 2001, Collection Folio ISBN 2-07-042710-2

Si je devais me contenter de transcrire les notes contenues dans mon carnet, l’affaire serait pliée en quelques secondes et deux lignes.
Départ Gruissan
Bivouac dans les vignes

Entre ces deux lignes, il y a des heures de marche, des kilomètres abattus et l’horizon marin disparu.

A l’instant même où je saluais mon hôtesse qui avait eu la gentillesse de me transporter à la marge du village, j’entrais de plain-pied dans la solitude qui me sied.
Avec « presque rien » sur le dos, « presque rien » en guise de « chaussures de marche », ma gourde à la main, mon chapeau sur le sac, faisant fi de la distance affichée pour ignorer le temps qui allait devenir relatif, j’alignais consciencieusement les premiers pas chargés sur les gravillons du « vélo-route » au terme duquel j’avais à découvrir le départ du sentier Cathare.

A cet instant précis, j’étais face à moi-même à mes démons, à mes pensées, mes errances, mes suffisances, mes tolérances, mes impatiences, mes doutes, une dose de mysticisme et tant et plus.

A cet instant précis, je devenais le chemin.

Envolée l’éphémère et grisante euphorie du réveil.
Alourdie par dix kilogrammes « d’autonomie programmée » (le poids que porte une femme mince en fin de grossesse) je posais en conscience un pied devant l’autre.
L’expérience ancienne de lointaines longues marches me forçait à cette conscience.
Mon objectif du matin était clair : éviter toute douleur, éviter de forcer, garder de la souplesse, protéger mon confort.
Vivre le premier jour sans impatience me semblait une clé indispensable pour entrevoir plus loin.
Sans impatience.
Le défi était de taille.
Il est si difficile au sortir de la vie « normale », de la routine tellement comblée par toutes sortes de courses.

Une fois sur le GR, à Port-la-Nouvelle, une attention neuve surmonta la tension latente.
La mer.
Je la voyais miroiter au loin.
Je la voyais disparaître entre les collines.
Je la voyais encore.
Je la regardais sans cesse.
Puis, vint le moment de m’arracher, de tourner obstinément le regard vers l’ouest, de valider par l’action mon choix de voyage. C’est par monts et par vaux que se dessinait désormais le chemin.
L’horizon n’existait plus que virtuellement.

Je m’enivrais alors des parfums de la flore, du bonheur d’aller dans les sentiers sans platitude.
Mon corps était réjoui de jouer enfin avec une multitude d’ajustements, délivré de la mécanique implacable qui avait cours sur la route lisse.

Le soleil entamait sa chute flamboyante lorsque je plantais ma tente dans le vignoble, à proximité de Durban-Corbières. J’avais mon petit déjeuner à portée de main.

A suivre…

 

 

Samedi 2 septembre, étape 3

« Voyez-vous, mes enfants, quand le blé est mûr, il faut le couper ; quand le vin est tiré, il faut le boire. Voilà assez de linge sale, il s’agit de le laver, et de le bien laver. »
Alphonse Daudet, Le curé de Cucugnan in Les Lettres de mon Moulin, Première édition chez Charpentier (et Fasquelle), 1887. Accessible en ligne sur wiki-source.

Troisième jour de marche.
Si j’étais « novice en GR », je peux affirmer sans forfanterie que j’ai un peu d’expérience en cheminement au long cours. Ainsi, je sais combien le troisième jour est généralement compliqué.
C’est une histoire d’acceptation de l’effort.
Le premier jour passe facilement, poussé par le ressort enfin relâché d’une attente longtemps comprimée.
Le deuxième jour passe encore. L’inertie est une propriété du corps.
Le troisième jour c’est une autre histoire : Quelque chose crie à l’intérieur, quelque chose qui dit « Mais c’est quoi ce délire ? Faut repartir aujourd’hui ? Non, mais ! Oh ! J’en ai pas assez fait comme ça ? »

Force est de constater que je connais si bien ce troisième jour qu’il n’ose même plus rouspéter en ma présence. Mais néanmoins, je le surveille avec attention.

Je me suis réveillée en pleine forme.
Le massif des Corbières montait en puissance, offrant ses pics, ses dentelles, ses failles et une multitude de fontaines cristallines.
Des histoires de croisades anti-albigeois et d’abbayes cisterciennes flottaient dans ma mémoire, la vue de chaque ruine me dictait un roman médiéval.
Pour la journée, il y avait en ligne de mire, Queribus et Peyrepertuse, et aussi le siècle du curé de Cucugnan. C’était un programme vraiment alléchant pour une exploratrice.
Go !

A Cucugnan, le curé était parti, mais la petite épicière m’a indiqué le moulin pour acheter du pain. « Du pain qui sèche pas ? Faut aller au moulin. Bon c’est un peu cher, les gens d’ici n’achètent pas tous les jours leur pain au moulin, vous imaginez ! »
Entrant sans hésiter, et avec tout mon barda, dans la boutique qui sentait bon le bobo et la colonie de retraités intellos, j’ai fait couper une tranche pas trop lourde de pain de seigle bio et je me suis offert une tasse de café aussi couteuse que dans le train.
Assise sur le banc de bois de la devanture, sous le regard indifférent des acheteurs de macarons, soumise au courant d’air matinal, j’ai mis du sucre dans le café afin de le déguster comme une douceur.

Puis ayant fait le plein du nécessaire, j’ai mis le cap sur Duilhac.

Le village est perché et dominé par une falaise semblant enfanter son château.
Négligeant les marques, je suis entrée à ma guise par la porte opposée au parking des autobus.
Je suis tombée sous le charme d’une source abondante.
Le lavoir contigu était le meilleur endroit pour un bain de pieds revigorant et une remise au propre du « microfibre » qui me servait de « serviette de bain ».

Négligeant les marques, je ne me doutais pas, à ce moment précis que le match « GR contre expérimentation » était déjà lancé.
Car si le château de Peyrepertuse est à mon sens le plus extra-ordinaire de la série proposée, je l’avais déjà visité.
Passionnément.
Tel un navire accroché à la montagne, il avait fait chavirer mon imagination.

C’est par la route que je suis re-partie, par la route qui ne conduisait pas au château !

O joie, après quelques kilomètres, j’ai retrouvé les fameuses marques rouges et blanches.
Sans la moindre réflexion, je m’engageai aveuglement.
A peine plus loin, je m’étonnais de la direction du chemin, mais faisant confiance à la fantaisie du GR, je poursuivais gaillardement et je cliquais sur « nouveau film » dans mes pensées jusqu’au moment où, soudain, un constat s’imposa : « J’avais encore perdu les marques ».
C’est en sortant (enfin) la carte routière qui me servait de repère, que je faisais un remarquable constat : en imaginant avoir retrouvé le GR367, j’avais suivi les marques du GR 36 !
Le quiproquo était facile !
L’expérience restait marquante, donc enregistrée.
Sans possibilité de m’orienter efficacement, le chemin étant large à cet endroit, je l’ai suivi. A juste raison, je supposais qu’il devait déboucher sur une route.
Ce qui fut fait.
Alors se posait la question du sens à choisir.
Alors, un gros 4X4 noir aux vitres teintées s’engouffra dans un chemin, en face sur ma gauche.
Alors, abandonnant toute fierté et toute timidité affiliée, j’ai tenté d’aller à sa rencontre.

Le gros 4X4 était habité par un couple de chasseurs de sangliers. La chasse terminée, ils venaient enfermer leur meute dans le chenil.
Je leur montrai la carte pour essayer de comprendre où nous étions.
Résultat des courses, une sorte de conscience inconsciente m’avait fait tourner en rond, certainement pour m’économiser de l’énergie !
Ils se proposèrent pour me déposer sur la bonne route, c’était la leur.
En deux minutes chrono, c’était chose faite.
Deux minutes pendant lesquelles j’ai appris que les sangliers infestaient les Corbières et les Pyrénées ariégeoises, qu’eux venaient de Toulouse pour chasser, que les chiens étaient comme leurs enfants et que d’ailleurs ils les habillaient en orange fluo pendant la chasse. Comme leurs « parents », les chiens étaient habillés en orange fluo mais avec des gilets spéciaux renforcés en kevlar, des gilets faisant office de bouclier anti-défense de sanglier.

Et hop, j’étais à nouveau sur la route et le bitume.
Peu passante, la route était marquée « pittoresque » sur la carte…
Pour un piéton, randonner sur la route est un exercice de grande solitude.
N’était-ce pas ce que j’avais recherché ?
Rien ne démontre davantage que la marche sur le bord d’une route un peu passante, le monde parallèle dans lequel évolue la marcheur.
Qui ne s’est jamais posé la question, bien installé au volant de sa voiture, en doublant un tel individu, qui ne s’est jamais questionné pour se demander ce qui pousse le marcheur en bord de route, dans un univers pas toujours bucolique? Je me suis souvent interrogée dans de telles circonstances.
Je ne le ferai plus. Je sais maintenant que parfois les marques l’exigent. Je sais maintenant que parfois le marcheur est perdu, que parfois le marcheur a choisi, et qu’en toute liberté, tranquille et serein, il est en train de vivre une expérience.

A l’entrée de Cubières, j’ai croqué des pommes et ce fut un délice. J’étais sortie de la zone raisins/figues mais la cure de fruits se poursuivait !
Et les pommes fraichement cueillies ont cette particularité, qu’elles sont juteuses à souhait, qu’il est impossible de les déguster sans avoir les doigts irrémédiablement touchés. D’abord dégoulinants, puis avec cette subsistance de sucre qui les poisse, les doigts restent les innocents témoins de la gourmandise achevée, aussi longtemps qu’il est impossible de les rincer.
Croquer dans une pomme au bord d’un chemin, c’est toujours tout un poème.
Un succulent poème.

Et j’ai retrouvé les fameuses marques rouges et blanches du GR 78 !

A terme de cette troisième journée de marche, je me disais qu’il n’était pas exclu de dormir au camping. Mais en arrivant à Camps sur l’Agly, j’ai trouvé une commune plus morte que vive.
Le « camping » était un terrain vague au bord d’un « gite » où les commodités étaient proposées.
Et… tout semblait indiquer que ce « gite » était le seul endroit doté d’âmes qui vivent.
Des âmes tout à fait au fait du business touristique : payer 10 euros en échange d’une pause de quelques heures sur un terrain vague c’était quand même super fort !
Tant qu’à laisser une trace de mon passage à ces téméraires promoteurs, j’ai acheté un bout de fromage local dans leur dépôt-vente et une bière aussi. Et puis, toute à la hâte de déguster ma bière « ailleurs », j’ai oublié une bouteille pleine d’eau de Duilhac sur leur perron .

Et je suis allée d’où j’étais arrivée. J’avais noté, en passant, un endroit idéal pour bivouaquer en liberté.

Là, sortie des ruines du village, proche de son ancestral château, avec une vue à 360° sur le ciel, les collines et les montagnes, protégée sous le couvert d’un buisson d’aubépines, à deux pas du porche de l’église grande ouverte à tous les fantômes, là, j’étais la reine du monde !

A suivre…

 

Samedi 16 septembre, étape 17

« Cette deuxième transformation ne ressemble en rien à la première. Son procès pourrait se comparer à l’ébullition de l’eau. longtemps après qu’on a posé la bouilloire sur l’âtre, rien ne se passe. et pourtant la chaleur du feu agit continuellement et sans relâche. Soudain sans qu’apparemment rien de nouveau ne se soit produit, le premier frisson crêpe la surface de l’eau. »
Christiane Singer, Une passion, Albin Michel 1992, ISBN 2-226-05963-6

Aren est un très charmant village où les vieilles pierres sont mises en valeur.
Il était en pleine effervescence lorsque je l’ai traversé de bon matin pour reprendre le chemin. Une randonnée caritative était organisée, regroupant les habitants de toutes la vallée. Par chance, les groupes s’en allaient plein est!

Comme chaque jour, j’étais absolument seule sur ma route.

En fait pas tout à fait, trois vététistes me dépassèrent.

Pas si loin, les sommets saupoudrés de neige me confortaient ; j’avais vraiment fait le bon choix en restant dans le Piémont.
Le Piémont pyrénéen et sa voie jacquaire…
Je n’avais pas prévu de rester aussi longtemps sur cette voie.
Et pourtant j’y étais.
Depuis Lourdes, elle se faisait plus insistante, posant coquilles et autres signes sur les panneaux directionnels.
Le chemin restait cependant désert.
Hormis le couple de japonnais entrevu à Saint Lizier et ensuite évaporé, j’avais aussi vu un jeune couple espagnol, croulant sous des sacs plus gros qu’eux, s’adonnant joyeusement à enregistrer des selfies devant le sanctuaire de Betharram. Ils avaient eux aussi disparu.

Le mystère des pèlerins contemporains demeurait tout à fait entier à mes yeux.

Néanmoins, les vieilles pierres racontaient fort la circulation des personnes pieuses ou non. J’imaginais le moyen-âge, la route des commerçants, le passage des petits vendeurs de colifichets, la présence des aubergistes honnêtes ou cupides, les montreurs d’ours, les mendiants et les bourgeois à tel point que dans la nuit passée, au milieu de mes songes, j’avais été « pèlerine médiévale » en quête d’un graal indéterminé.

J’en était là dans mes pensées lorsque les trois vététistes arrivèrent sur ma droite. Par où étaient-ils passés? Je l’ignore encore.
A cet instant, nous sommes salués, nous avons comparé nos chemins pour constater que nos objectifs du jour était en correspondance.
Une partie de la matinée fut donc une joyeuse partie genre « Les lièvres et la tortue » : tandis qu’ils « fonçaient » sur les portions plates, les larrons peinaient dans les descentes acrobatiques, boueuses ou glissantes autant que dans les montées du même type.
Je les dépassais alors et nous échangions des plaisanteries plaisantes.
Le jeu a perduré aussi longtemps que le relief le permettait. Plus loin, ils se sont échappés pour de bon.
J’étais à nouveau seule avec mes innombrables pensées vagabondes.

Pile poil à l’heure  du déjeuner, je suis arrivée dans le minuscule village de L’Hôpital Saint Blaise.
Plus aucune trace de l’hôpital (aujourd’hui on parlerait d’hôtel ou de gite) bien que visiblement comme au moyen-âge, l’activité locale reste résolument tournée vers le tourisme et l’accueil des passants.
Le ciel étant très très menaçant, après quelques instant sous le porche ancestral de l’église envahie par les touristes, j’ai foncé dans l’auberge d’en face.
Il était temps, une averse s’abattait avec force.
Dire que je me sentais un tantinet « déplacée » dans la grande salle impeccable, devant la table nappée de blanc, en train de commander une omelette quand les rares convives installés bavaient déjà, en tenue distinguée, devant le menu gastronomique, dire cela relève de l’euphémisme.
La serveuse demeurait charmante à mon égard, je me suis décontractée et régalée sans plus d’arrières pensées.

C’est en acquittant le prix du repas que j’ai constaté l’affichage d’un menu en langue étrangère.
J’ai donc posé la question : « Où commence le pays basque? »
Tout sourire, la serveuse (qui était en fait la patronne) répondit : « Ici même. Vous voyez la colline? De l’autre côté c’est le Béarn, ici vous êtes au pays basque. JE SUIS BASQUE, je parle basque!  »

Et donc… J’étais arrivée en Pyrénées Atlantique et mieux encore, je venais d’entrer au pays basque!
Le plus beau pays du monde affirme un ami…
Le point d’orgue de la ballade !
Combien de jours avant d’arriver à l’océan?
Rien n’était encore certain.
Quelque chose murmurait qu’il était urgent de prendre mon temps.
Ce n’était encore qu’un lointain murmure.

Plus loin, le sentier serpentait d’une « montagnette » à l’autre.
C’était juste parfait pour faciliter la digestion.
La pèlerine de la nuit pensait que jamais aucun pèlerin n’aurait eu l’idée saugrenue d’aller par là quand il était si logique de passer par la vallée.
La randonneuse pensait que les GR ont décidément un certain talent pour promener les randonneurs de point de vue en point de vue.

Au détour d’un virage, alors que le sentier était fort étroit, j’ai vu trois filles arriver en face de moi. Trois jeunes filles portant chacune un énorme sac. Trois filles assorties, chaussures de marche, collant de marche noir et tee-shirt technique bleu turquoise.
Remarquables.
Elle allaient à l’opposé de ma direction.
Nous étions samedi, c’était plaisant de les croiser, souriantes, assurément pleines d’une bonne énergie.
Nous sommes souhaité « bonne route » à l’instant où nous nous sommes croisées et chacun est parti de son côté, elles vers l’Est, moi vers l’Ouest.

La journée s’étirait, paisible.
A proximité de Garindein, le chemin traverse une ferme, fleurie avec beaucoup de goût.
J’étais lasse d’avancer.
Un petit carré de gazon confortable attira mon attention en limite de propriété.
J’ai demandé et obtenu la permission d’y planter ma tente.
Pour ma première nuit au pays basque, j’avais trouvé le plus agréable « camping » qu’il soit.
De surcroit, tout sourire, l’homme à qui j’avais parlé m’avait invité à profiter de l’abri de la grange au cas où la pluie serait dérangeante.

A suivre…