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Tissage

Certaines rencontres entrainent, en toute simplicité, vers des chemins semés d’ordinaire tout à fait fabuleux.

Il suffit parfois d’une phrase pour qu’une étincelle allume la mèche et que j’ai envie de tirer le fil pour aller voir d’où il vient.
Et ensuite , merveilleusement, un fil étant en lui-même une oeuvre participant à un ouvrage qui le dépasse, il n’y a qu’un pas de la simplicité à la complexité.

Une histoire de femme commence à Nantes au coeur des années folles.
Une alliance se signe à la frontière nord de la citée ligérienne à la sortie de la guerre.
Une nichée grandit à proximité de la frontière sud pendant les trentes glorieuses.

Mille souvenirs flottent aujourd’hui entre la Normandie et l’Occitanie.

Et me voici embarquée dans une longue navigation vers un cap si lointain qu’il serait vain d’essayer d’en dessiner les contours.
Pour commencer, je vais me contenter d’avancer à vue, en tirant des bords dans les risées.

Ces quelques semaines d’août étant particulièrement tranquilles, dénuées d’interférences assourdissantes, j’ai commencé le voyage plus tôt que j’avais pu l’imaginer.
C’est ainsi qu’entre deux coups de pagaie, je relie (j’ai bien écrit « relie »!) les notes, écoute le magnéto, fouille les archives et je note consciencieusement les questions qui débarquent.
Quand mes yeux sont fatigués, j’enfourche le vélo et je fonce sur le terrain à la recherche du moindre indice, une date, un objet, des lettres : tout ce qui pourrait entrainer mon imagination dans un passé que je n’ai pas connu et dont la mémoire s’est déjà presque effacée.

A la manière des investigateurs dans les séries policières, je commence la lente accumulation d’images, de récits, de dates, de jours et même d’heures.
Il en faut une quantité astronomique et cette quête me passionne. Comme toute recherche, elle entraine ma curiosité au delà du nécessaire, me forçant régulièrement à changer de focale pour revenir au sujet en question.

Je suis à la fois pressée et tranquille.
Comme toujours c’est dans l’entre-deux que tout va se jouer.

Remarquablement, c’est une première car je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais alors même que j’y vais, cueillant déjà sur le bord du chemin de savoureuses surprises.

A propos des vacances

La vie de maman active est plus que nulle autre une vie où il faut user de super pouvoirs afin de rester dans la danse.
Consciente de ce fait, aspirant souvent à des espaces « rien qu’à moi » longtemps cantonnés dans la compétition sportive, donc loin de tout repos, j’avais posé l’idée d’une pause nécessaire.
Pensant que l’adolescence se termine aux alentours de l’âge de la majorité civile, j’avais dit à qui voulait m’entendre que j’allais lever le pied une fois que notre dernier fils aurait atteint vingt ans.
Soit en 2010.
J’ai fait preuve de patience, le simple fait d’avoir noté cette date m’apaisait et me permettait de cultiver la patience.

Ce n’est qu’en 2012 que le temps a commencé à s’élargir, s’ouvrant sur de nouveaux possibles et de véritables vacances.
Enfin, je pouvais disposer de quelques semaines vidées des habitudes quotidiennes, libérées des personnes connues, enfin je pouvais vivre quelques semaines sans la moindre routine, uniquement riche des incontournables contraintes inhérentes à mes seuls choix.

En 2012, je suis montée à la source, j’ai déboulé une centaine de kilomètres à pieds puis debout sur un frêle esquif, j’ai suivi le fil de l’eau, et j’ai fini sur la plage.
Heureuse.
En solitaire.
Autonome.
Je n’avais qu’une envie : recommencer.
Il fallait attendre les prochaines vacances, celles que je m’accordais enfin : les miennes, rien qu’à moi sans personnes sur qui veiller, sans personne à suivre sinon moi-même!

En 2013, j’ai vérifié que tous les chemins mènent à Rome.


En 2014, je suis partie explorer des îles au large des côtes africaines.


En 2015
, j’ai décidé de porter ma planche à proximité des sommets en explorant les lacs alpins.

En 2016, de rivière en fleuve et en méditerranée, je suis allée jusqu’à Barcelone.

Et alors, je n’ai plus eu la moindre imagination pour donner un sens à une quelconque randonnée « debout sur l’eau ». Les plus belles « choses » doivent se terminer pour que d’autres puissent naître.

La planche elle-même était fatiguée, incapable de repartir. Je l’ai accroché au mur.

Puis, j’ai envisagé la marche, les sentiers et leurs détours, le sac toujours trop lourd aussi léger soit-il, les chemins plein d’empreintes où le monde tintinnabulle à travers une multitude d’itinéraires.

En 2017, mon escapade reliait la méditerranée à l’atlantique.

En 2018, pour le plaisir de suivre un de nos fils dans un de ses exercices, j’ai fait un pas de côté et abandonné la solitude en partant vers Hawaï à la découverte de l’inconnu.

En 2019, La Loire m’appelait et je suis partie à sa rencontre dans ses gorges les plus sauvages, dans son lit le mieux caché. Ce fut une merveilleuse randonnée qui m’a entrainée sur des versants magiques que je n’espérais même pas.

La suite est à vivre, plus loin!

Des rives

Sept ans après 2012, à l’occasion du VAN, la place Royale a quitté son déguisement du Mont Gerbier des joncs et s’est laissée envahir par une armée des statues.

Dans le VAN 2019, pour imaginer la Loire, il faut aller dans la petite salle du LU où se tient une exposition de photographies.

Sans hésiter, je suis montée à la rencontre des images.

Comme souvent, habituée que je suis à ressentir les émotions grâce au « direct live » de la vie et donc en cent dimensions, les images superbes et lisses me parurent presque fades.
Une bande son enrichissait le décor avec la « réalité » de l’environnement sonore capté dans l’estuaire.
Etrangement, cette installation contribuait à produire dans mes pensées des situations bizarres lorsque le décalage entre l’image qui passait sous mes yeux et le bruit qui entrait simultanément dans mes oreilles faisait exploser ma propre expérimentation en éclats absurdes.
C’était pourtant une histoire de Loire.
J’y étais allée à la rencontre d’une inspiration, d’une respiration et de l’inconnu aussi.

Je suis ressortie en emportant le livre tout juste publié par les auteurs de l’exposition.
Des rives, Voyage dans l’estuaire de la Loire, Guy-Pierre Chomette et Franck Tombs, Editions 303, 2009, ISBN 979-10-93572-42-0

Et le bouquin m’a entrainée délicieusement.
Je suis partie dans l’histoire, sur les berges, retrouvant ce que je connais déjà et découvrant, sans surprise, toute en reconnaissance, l’immensité de ce que j’ignorais.
Je notais en particulier que mes partances se font régulièrement soit au fil du courant, soit sur la rive sud. De la rive nord je ne connais pas grand chose.

Me voilà donc partie, pour quelques temps, à la découverte de mes propres points de vue sur cette rive là.
Aujourd’hui, sous le soleil dégoulinant comme du plomb fondu, je suis allée jusqu’à Couéron.
La Loire était bruyante, le courant descendant affrontait allègrement le vent montant et une multitudes de petites crêtes d’écumes éclaboussaient le flot couleur de vase claire.
Cette Loire là est celle qui m’inspire le plus.
En chemin, il y avait, en plus, la chaleur torride de l’été.
Des souvenirs sont remontés de fort loin, de l’Atar ou des environs de Dakar, de ces jours où comme aujourd’hui la sueur dégoulinait dans mon dos aussi consciencieusement qu’elle perlait sur mon front. Sur mes lèvres, je pouvais goûter le sel accumulé comme je le fais quand je navigue dans les embruns et j’étais à la fois ici et loin, la source et l’estuaire, le fleuve et l’océan, le monde et la solitude. Quelle aventure!

Avant de rebrousser chemin, je n’ai pas tenté de résister à l’appel : il fallait que je m’approche au plus près de ce flot formidable.
Le soleil avait fait le job : en chauffant à blanc les enrochements, il avait asséché quelques parcelles et telle une funambule débutante, bras écartés afin de garder l’équilibre, je pouvais passer d’un bloc à l’autre, sans grâce et sans salir mes sandales.

Une fois au ras de l’eau, j’étais dans un spectacle son et lumières à nul autre pareil.
Un spectacle incapable de me lasser.
Souvent, je renonce aux feux d’artifices et autres « gourmandises » consommables, trop éphémères à mes yeux.
Au bord de l’eau, chaque instant qui me ravit est un instant qui me rapproche de l’inéluctable fin, c’est pareil.
C’est pareil à une différence près : j’ai l’impression d’avoir le choix et de pouvoir décider sans compter qu’il y a encore un peu de rab à déguster!

Simplement la Loire (2)

Depuis que je suis devenue « nantaise », ça me prend comme ça, sans crier gare, j’ai un besoin de Loire.

C’est une question d’équilibre.

Je suis née au bord du Rhône, un fleuve au masculin.
J’ai poussé, je suis partie, j’ai voyagé et le Rhône est resté dans son lit, un lit actuellement entièrement dessiné par les projets des hommes. De son lit ancestral, il ne reste que des empreintes de passage.
La Loire, un fleuve au féminin, était autrefois la concurrente du Rhône dans les livres de géographie.
En effet si le Rhône était le champion du débit, la Loire était la championne de la longueur.
La Loire serpente encore à sa place, parfois retenue, jamais détournée, alternativement librement débordante, pleine ou à l’étiage, elle est un des derniers fleuves sauvages d’Europe.

Ma famille maternelle était ligérienne (Roanne) tandis que ma famille paternelle s’est construite sur les berges du Rhône, à l’endroit précis où l’Ardèche vient s’y mêler, l’Ardèche étant le nom du département dans lequel la Loire prend sa source.
Il est bien probable que rien de « tout ça » ne soit sans effet palpable, n’est-ce pas?

« N’oublie pas les chevaux écumants du passé » écrivit C.Singer dont j’entends encore la voix de sagesse (Editions Albin Michel, 2005, 9782226159991) et je n’oublie pas et je la revois, souriante, lorsqu’elle expliquait :
 » c’est la différence qui crée le mouvement qui crée la vie. « 

Il est certain que la Loire me permet de toucher, à travers une gigantesque métaphore, la dynamique de ma vie, toutes ses différences, le calme et le chaos, le chaud et le froid, la clarté et l’obscurité.

En 2012, la fontaine de la place royale de Nantes, celle sur laquelle siège l’allégorie de La Loire, était recouverte d’une structure rappelant le Mont Gerbier des joncs… Cette année là, j’étais partie à la source!
Sept ans plus tard, une discrète exposition au LU s’appelle « Des rives, voyage dans l’estuaire de la Loire ».

La source.

L’estuaire.

Cette année, je m’en vais faire une boucle dans l’entre-deux.
En marchant!
C’est décidé.

Simplement la Loire.

Post scriptum : Et comme l’idée de synchronisme me fascine immanquablement, je note avec joie qu’une personne dont je dois recueillir les propos en vue d’un projet en cours n’a pas trouvé, pour ce soir précisément, meilleure place de RV que les rives de la Loire.
Simplement la Loire…





Passionnément la vie

Comprendre signifie « prendre avec soi ».
Impossible de prendre avec soi ce qui nous échappe.
Il est pourtant possible de se laisser toucher.

Patience, passion, pathos ces trois fleurs ont une racine commune dans le grand livre de l’étymologie : dans notre monde contemporain, elles ont des parfums si différents qu’il est facile de l’oublier.

Ces dernières semaines j’étais prête pour faire un peu de rangement.
Ranger, c’est trier et classer et inévitablement jeter ce qui doit l’être.

Cinquante ans en arrière, quand j’affirmais vivre comme si je devais mourir le lendemain, c’était pour chanter que j’étais favorablement disposée en vue de goûter à toutes les gourmandises offertes par la vie. Je n’avais à l’époque qu’un maigre bagage, une minuscule boite à trésors et tant à expérimenter, à apprendre, à vivre passionnément.
J’ai gardé ce cap.
La vie est un risque qui m’est tombé dessus le jour de ma naissance, et dont j’explore encore chaque saveur … à ma manière, sans la moindre bataille, toujours émerveillée et consciente de la multiplicité fascinante de ses formes autant que de l’imprévisible qui rôde.

Mais avec le temps mon bagage s’est enrichi et alourdi aussi.
Les passages de vie se sont succédé, les uns par dessus les autres, se complétant parfois sans jamais s’annuler l’un l’autre.
Je me suis trouvée encombrée par mille questions, par des centaines d’obligations qui semblent incontournables et des dizaines de résolutions qui sont autant de « points fixes » dont je ne souhaite pas me débarrasser.

Aujourd’hui, quand j’affirme vivre comme si je devais mourir demain, c’est plus que jamais croquer dans la vie mais c’est aussi ranger, trier, jeter, c’est agrandir mon espace afin que je puisse y trouver la multitudes des possibles encore à ma portée. C’est aussi penser à l’empreinte qu’inexorablement ma disparition laissera.
Ce faisant, emportant sans le moindre regret mon passé dans les décharges sélectionnées pour leur capacité de tri anonyme, je pense à ce monde qui nous englue dans son confort, dans sa pseudo sécurité et nous pousse à plonger dans les grandes vagues d’émotions concoctées par les médias afin que nous nous sentions « humains » par écran interposé, tellement virtuellement, en fait!
Ce monde qui nous encombre avec ses accumulations insensées nées sur le vide abyssal de nos oublis et non-espérances assemblées.

J’ai gardé quelques objets comme autant de métaphores dont j’ai encore besoin :
Un sac vide que je m’étais offert comme d’autres s’offrent une plaque dorée.
Une boite à outils du passé, infiniment utilisable, tellement différente du « consommable » actuel, ces « trucs jetables » que nul écologiste ne remet encore en question.
Les outils sont le prolongement de la réflexion et donc le prolongement des mains qui se mettent au service de la réflexion. Merleau Ponti disait « toucher, c’est se toucher » : j’en suis persuadée, quelles que soient les circonstances, l’environnement et les faits.

J’ai jeté des quantités de papier et autant d’images.

J’ai gardé les étoiles, elles sont des parts de mon âme, inséparables de mon être, légères, impalpables, non consumables.


Le Vie, ce merveilleux et intransigeant « guru »

Depuis mon retour au fond de l’impasse, le temps a galopé à toute vitesse.
Dans quelques jour, je pars pour une semaine de randonnée.

Sur le fil, entre hier et demain, mes pensées vagabondent.

Mon point de vue sur la Vie est assez catégorique depuis que j’ai acquis la capacité de penser en mon nom grâce à mes propres expériences et c’est vraiment vieux.
Je pourrais ainsi le métaphoriser :
Une personne est un morceau de roc détachée de la terre mère, un morceau brut d’arrachement en début de vie, hérissé d’épines et de failles. Au fil du temps qui passe, bousculé par le flot, projeté d’un côté à l’autre du lit déjà tracé de la source à l’océan, le roc se lisse, les épines disparaissent, creux et bosses s’atténuent jusqu’à devenir galet bien lisse, puis sable, puis poussière, puis un jour plus rien de vraiment palpable.

Quid alors de l’égo?

Dans mon dictionnaire de référence (il en faut bien un), au rayon lexicographie, je trouve « ça ».
Au rayon « spiritualité » le plus commun/à la mode, je trouve « ça ».

C’est quoi l’égo?

Suivant le rayon dans lequel je cherche, je trouve un produit qui correspond.
L’égo serait donc tout
Ou rien.
Pragmatique, je retiens que l’égo est le propre d’un sujet pensant.
Joueuse, je souris en pensant (en temps que sujet pensant) que certaines personnes pensent qu’il serait judicieux de balayer leur égo, donc d’annihiler leur côté « sujet pensant » et là, c’est comme regarder les étoiles un soir d’été, c’est vite prodigieusement trop difficile à atteindre pour la terrienne que je suis, un bout de roc arraché à la terre mère, un bout de roc en cours de lissage, en train de devenir galet ou peut-être déjà grain de sable et même pas grand chose de palpable.

Sans chapelle, sans maître.
Entre illusions
Et vécu pensé.
Il reste la poésie…

Transmission

Transmettre : faire passer d’une personne à l’autre

Et nous voilà bien avancés quand il s’agit de pondre un petit billet au sujet de « la transmission », donc au sujet de l’action de transmettre.
Transmettre ?
Quoi?

Plus important que le verbe est le « quoi » !
Car, rien dans la lexicographie ne donne une quelconque piste à ce sujet.
En descendant au rayon mécanique, il est possible de découvrir que la transmission est l’opération par laquelle un mouvement est transmis d’un élément à l’autre.
Dans le rayon physique, il s’agit de la propagation d’un phénomène…physique…

J’avais besoin d’aller regarder le dictionnaire pour circonscrire le sujet et me voilà guère plus avancée.
J’entends déjà les commentaires.

J’entends déjà les commentaires,
il suffirait de presque rien
Peut-être dix années de moins
(…)
Mais pourquoi faire du cinéma,
Fillette allons regarde-moi,
Et vois les rides qui nous séparent.
A quoi bon jouer la comédie

Amusant cette chanson qui fait surface… La petite musique danse dans ma tête…
Mais là n’est pas le sujet.
Quoique, il s’agit, dans bien dans ce texte de « transmettre » quelque chose!
Non?

Donc.
L’idée de ce billet a germé, faisant suite à une question trouvée dans ma boite mail : « la transmission au long cours… C’est aussi une de mes préoccupations du moment. Sans être nostalgique, comment donner des racines, ancrer nos jeunes dans les expériences passées? »
une question ravivée par la grâce de quelques mots sur FB.

Je pense sincèrement que seuls les plus-vieux-moins -jeunes pensent à cette histoire de transmission.
Car dans le « quoi » que jamais ils ne précisent, il y a une question métaphysique « Que restera t-il de moi-je, demain, très bientôt, quand je serai plus là? »
Les enfants, les ados, dans leur toute puissance vivante n’explorent pas ces questions avec autant d’angoisse que les plus-vieux-moins-jeunes. Ils se nourrissent d’exemples et d’expériences vécue à leur manière avec ce dont ils peuvent disposer, en famille, entre « potes » et dans le monde.
Parmi les graines mises à leur portée, certaines poussent ou pousseront, d’autres non. Comme dans la nature, certaines graines ont besoin du passage du feu pour germer, d’autres ont seulement besoin d’eau et certaines ont besoin de beaucoup d’attention.
L’attention, pour pouvoir la prodiguer, il faut du temps et le temps est denrée rare par le temps qui court.

Grand-mère, je ne me préoccupe jamais une seule seconde de « quoi »  je transmets à mes petits enfants.
Je sais ce que j’ai gardé de mes parents, de mes grands-parents, c’est ce dont j’ai eu besoin pour arriver là.  Ils étaient tranquillement eux-mêmes comme ceux de leur génération, ils ne vivaient pas à crédit, ils n’étaient pas envieux des riches, ils ne se plaignaient pas le samedi midi après 45 heures de boulot et si je les entendais parfois fatigués, c’était parce que le printemps était arrivé et qu’ils venaient de retourner à la bêche le jardin qui allait en partie nous nourrir.
J’ignore complètement ce que les enfants garderont de moi.
Alors, pourquoi me poserai-je la question de ce que garderons mes petits enfants ?
Peut-être le nom des fleurs?
Le sens des vagues?
Un brin de folie?
La couleur de mon laptop?
Le goût d’une herbe sauvage ?
La traversée de la ville en tram ?
Quelle importance ?

Il me parait tellement vain de chercher un « quoi » alors même que j’ignore tout de demain, donc des besoins qui seront les leurs.

7 août 2018

Oui, d’un vol à venir, je forme le présent
En le faisant sortir d’un passé nonchalant
Et voici mon toujours qui débarque à ma plume
Avec ce qu’il y faut de soleil et de brumes
Jules Supervielle, Oublieuse Mémoire (1949) dans La Fable du monde suivi de Oublieuse mémoire, Editions Gallimard, 1987, ISBN 978-20703244-1-5

Je me suis réveillée en pleine forme après quelques heures d’un bon sommeil.
En pleine forme et en sachant ce que j’allais faire de ma journée.

Marcher.
Marcher où aucun touriste ne marche
Marcher à la découverte de la vie des gens

Il fallait surtout que j’expérimente les possibilités locales en matière de marche à pied.
En effet, j’avais une dizaine de jours devant moi dont je ne voulais rien « perdre ».
En effet, des centaines de questions étaient nées au cours des visites des semaines précédentes et j’en attendais au moins autant en réponse.
De fait, je savais qu’il y aurait une décision à prendre rapidement : voiture ou pas voiture ?

Je suis partie le long de la route.
Le bas côté est large et il était facile d’avancer en sécurité sans être frôlée par les voitures.
De surcroit, la plupart des automobilistes roulent tranquillement et en plus, il n’y a pratiquement pas de poids lourds.

Là, j’étais seule, face à moi-même.

Je suis sortie à la première intersection. Depuis le premier jour où nous avions passé cet endroit, j’étais curieuse de savoir ce qu’il y avait « dessous ».
J’ai découvert un nid d’habitations sous la bannière verte sang et or qui décore les « monuments » autochtones. C’était aussi un entassement de vieilles carcasses, des chiens pelés hurlant au bout de leur chaine pour signaler mon passage, des personnes maigres portant des fringues éculées qui écartaient le rideau servant de porte pour « voir » ce qui provoquait un tel chahut.
Jusqu’au bord du bord de l’eau, il y avait une succession de véhicules rouillés transformés en habitations. Certains disposaient même d’un jardinet soigneusement clôturé à leur abord.
Penser que ce lieu précisément est le départ du « maliko run », qu’au fond de cette baie précisément, embarquent ceux dont l’unique préoccupation, les jours de vent, consiste à se faire pousser par les éléments, juchés sur quelques onéreux jouets en carbone dessinait dans mes réflexions un abîme aussi formidable que les falaises du volcan plongeant dans l’océan.

J’ai poursuivi ma quête sous la falaise, passant de pierre en pierre, de bloc en bloc, attentive aux possibles éboulis. Quand il fut impossible d’avancer davantage, je suis restée un bon moment concentrée sur la construction d’un improbable montage de fer et de pierres, bercé par le puissant grondement d’un méchant shore-break : il ne faisait aucun doute que malgré le ciel bleu, une perturbation était au loin, la houle montait.

Après avoir fait le chemin dans l’autre sens, il était temps de viser Hookipa, d’y arriver comme on débarque d’un autre monde, sans voiture, de faire cette expérience là et d’observer alentours guidée par les sens tout à fait particuliers qui apparaissent dans l’éloge de la lenteur.

Etant partie équipée de mon seul appareil photo, je n’avais ni eau ni vivres. En fait,  je n’avais pas prévu de « trainer » aussi longtemps et  il fallait bien constater que je m’étais laissée portée par une joyeuse curiosité. Il fallait donc que je passe à la maison pour étancher la soif qui s’agrandissait et me sustenter un minimum.
ce fut fait.
Et hop, je suis partie de l’autre côté de la route, plongeant dans le premier chemin venu, transgressant l’impressionnante pancarte interdisant le passage.
Là, au milieu des hautes cannes qui chantaient dans le vent, j’imaginai un monde disparu : celui des plantations, des travailleurs harassés, de la coupe. Mes souvenirs d’autres îles sucrières remontaient jusqu’à l’odeur âcre du brûlé qui précède la récolte, jusqu’à la saveur douce du bâton végétal dans lequel on croque.  La découverte d’un cimetière chinois abandonné ne fit que stimuler mon imagination.
Je n’ai pas réussi à atteindre la côte, barrée par de belles propriétés.

Sur le chemin du retour, j’ai visité Haiku, le village le plus proche de mon logement, découvrant l’école tellement ouverte et fermée à la fois.
Sans GPS, sans carte, malgré les routes sinueuses et les croisements silencieux, j’ai retrouvé sans peine la propriété de mes hôtes. Au fond de leur jardin, il n’y avait que paix, calme et douceur.

Après une journée complète de marche, ayant exploré la droite et la gauche, j’ai décidé que je n’avais pas d’autre choix raisonnable que de louer une voiture.
J’ai ouvert le laptop.
Je me laissais encore deux jours d’exploration lente et je réservai pour le vendredi une « petite voiture économique ».

Plus loin et la relativité

Un chapitre chaque jour, au moins un chapitre!
Quelle raison me pousse à exiger pour moi seule un point final en septembre ?
Est-ce par mimétisme ?
Dix ans après, j’élimine consciencieusement les points de suspensions dont j’avais tellement abusé. Ce qui était encore ouvert aux questions s’est fermé, le temps a fait son oeuvre, d’autres questions sont venues et d’autres points restent suspendus, mais ailleurs!
Face à une prose dont je n’ai jamais été fière, je pointe les tournures malhabiles, les croisements et les défauts en sachant trop bien que je ne suis pas guérie, que j’en commets sans cesse et que dix ans supplémentaires ne procurent pas le talent qui n’existe pas.
C’est à la fois passionnant et riche.
Exaltant.
Le plus loin d’hier est dépassé,
Il fait parti du passé.
J’efface les points de suspension.
Et j’écris tout à neuf.
Tout
Presque tout,
Sans vraiment réussir à déterminer une intention
Sinon celle de tenter
Une fois de plus
Vers plus loin,
Je sais pas où!

Humeur du jour

Et donc je suis allée à Paris.
Et donc, j’ai rapporté de nouveaux projets.
Et, ça, c’est assez drôle car en ce moment il y a plein de projets qui débarquent.

L’année dernière à la même époque, je faisais le ménage, certaine que j’étais que les boucles était bouclées dans pas mal de domaines.
Là, je sais plus trop.
Un flottement est perceptible, assez semblable avec celui vécu l’année dernière,
A la même époque.
Aussi joyeux qu’il était chagrin, il m’emporte.

Parmi ce débarquement de projets, il y en a qui parlent d’écrire.
C’est le coté comique de ma vie que j’étale aujourd’hui ici et sans  vergogne.
Un comique de répétition.
Ecrire!
Publier!!

Quand le monde de l’édition est plus terrifiant que jamais.

Avec l’avènement de l’impression à la demande, tout se publie, à toute vitesse et sans autre risque que celui  de l’imposture.
Car, si le nombre de titres publié a été multiplié par deux depuis la fin du 20ème siècle, le nombre de lecteurs est à la baisse.
« Il y a énormément de livres qui se vendent à moins de 500 exemplaires, tous éditeurs confondus, de Gallimard à Grasset en passant par P.O.L. Et dans ces livres-là, beaucoup ne dépassent pas les 250 exemplaires vendus. En fait, ce n’est pas rare qu’un livre se vende à moins de 100 exemplaires »

Je suis tellement claire avec ce fait,  et depuis si longtemps que j’en suis venue à modifier la page d’accueil de ce site. Pour mémoire, créé en 2008, cet espace était destiné à promouvoir un titre particulier… Je vous laisse deviner lequel!

Les plus fidèles personnes qui passent ici ne peuvent ignorer la répétition de mes questionnements quasi existentiels au sujet de l’écriture et de la publication.
Ces questionnements naissent logiquement de ma non-crédulité pathologique associée avec une curiosité tout aussi pathologique qui mène à une certaine forme de connaissance.

Mon père disait « la vie est un éternel recommencement » et je me suis appropriée cette petite phrase en la projetant de manière multidimensionnelle  sur l’écran de mon imagination débridée. Une imagination incapable de faire un roman mais super douée pour transformer mon environnement en dessin animé géant, entre humour noir, réalité augmentée et joyeuses comédies. Donc, oui sur une espèce de spirale qui représenterait la vie, il est normal de passer devant la même verticale à chaque enroulement. Toujours la même verticale, mais jamais le même point!

Me voilà donc partie en plongée, en immersion.
Ca se terminera comme ça,
Mais pas au même point!