Liberté chérie (bis)

Liberté!
Voilà un mot dont il est beaucoup question en ce moment.
J’avais proposé ici un billet à propos de ma réflexion sur le sujet en début de 2019.

Dans la série des billets tagués « Covid-19 » et à partir de ce billet précisément, j’ai saisi la liberté d’utiliser ce mot « liberté » et chacun a pu le lire à sa manière, librement.

L I B E R T E : sept lettres dont six différentes
F R E E D O M : sept lettres dont six différentes
L I B E R T A D : huit lettres

Ces assemblages de signes (lettres), que signifient-ils dénués de qualificatifs, sans contexte, posés là, noir sur blanc ?
Je ne sais pas.
Un assemblage de lettres forme un mot et qu’est-ce qu’un mot perdu sur une page? Qu’est-ce qu’un mot martelé, crié, imposé, isolé ?
C’est un mot.

Parler au nom d’un mot!
Parler « au nom de la liberté »!
N’est-ce pas parler de tout?
Ou de rien?

De quoi est-il question?

D’une étroite passerelle?
De l’immensité du ciel?
D’un espace de terre pour reprendre pied?
D’un abîme dans le quel il faut se jeter?

Sur les bancs du collège, entre enfance et adolescence, je laissais vagabonder mes idées en ouvrant la cage aux oiseaux (Prévert) et en chantonnant ma liberté (Moustaki).
Sagement sanglée dans la blouse imposée, tranquillement assise à la place assignée, je regardais les profs sans les voir, je cueillais leurs propos pour m’envoler sans prévenir.
L’atterrissage était parfois brutal!
Mon nom (pas de prénom à l’époque) vibrait dans l’air de la classe accroché à une injonction : « Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire? » et la suite était très binaire.
Sois je pouvais répéter et je récupérais une « mauvaise note d’avertissement » pour « insolence » sois j’étais incapable de répéter et je récupérais une « mauvaise note » destinée à « m’apprendre à suivre »!

J’ai appris.
J’ai compris.
J’ai cherché.
j’ai trouvé.

Un chemin qui est différent et qui me ressemble.
Grâce à toutes ces mauvaises notes, je suis devenue très rapidement une « élève très moyenne » sur les bulletins trimestriels. Les apparences, conjuguées à la puissance de la moyenne mathématique, me rangeaient dans « la norme » et c’était une véritable protection.

Car, dans notre monde très binaire de « pour » et de « contre » il me fallait un fil à suivre, un fil d’équilibriste tendu entre une utopie et la réalité, entre un mot qui ne signifie rien lorsqu’il est seul (liberté) et un mot qui prend tout son sens lorsque la société veille (liberté).

Plus d’un demi-siècle plus tard, en regardant l’actualité, les « pour » et les « contre » qui manifestent, qui s’étripent parfois, qui campent sur leurs positions toujours, je ressens la même solitude qu’autrefois, que celle qui m’a assaillie dès la sortie de l’enfance, et je me dis c’est peut-être la marque d’une certaine liberté de pensée et d’une certaine liberté d’agir.



2 réflexions sur « Liberté chérie (bis) »

  1. Isabelle

    Souvent, en entendant parler de Liberté,, je me suis demandé : euh c’est ça la liberté ? Pourquoi certains exigent la liberté de faire quelque chose alors qu’ils l ont déjà ?
    Petite, j’étais sage, obéissante, plutôt timide mais en cherchant toujours comment faire ce dont j’avais envie et ne pas faire ce dont je n’avais pas envie. Des années plus tard, les notions d autonomie et de responsabilité ont complété mes réflexions mais je n’ai pas beaucoup grandi…Je viens de faire un détour d un km car un agent minterdisait de passer sans masque.. Devant les difficultés à circuler depuis cet hiver,je cherche cependant sans succès ou je serais plus libre..quant au bout de tissu ou autre à apposer sur le visage, je vois plus ça comme une agression ,une atteinte au physique que comme une privation de liberte.

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    1. Joelle Auteur de l’article

      Bonsoir Isabelle,
      Ca me fait super plaisir de te lire et je sais à quel point ce mot « liberté » est important pour donner un sens à ta vie.
      Dans notre civilisation occidentale et particulièrement française où une loi a été promulguée il y a quelques années afin d’obliger les personnes à circuler à visage découvert, il est particulièrement remarquable de devoir obliger (même temporairement) les personnes à masquer leur visage. Philosophes, sociologues et autre -logues se sont déjà emparés du sujet bien plus brillamment que je ne saurais le faire.
      Je lis que pour toi, ce sont des sensations d’agression et d’atteinte physique qui te bousculent à l’idée d’être masquée et je trouve que c’est important de pouvoir préciser. L’effet serait-il le même avec un masque de carnaval?
      De mon côté, ce soir j’ai dû mettre un masque en vélo pour entrer en coeur de ville (il fallait que j’aille aider un de mes fils) et franchement j’ai eu la sensation d’avoir mon champ de vision réduit, puis j’ai analysé qu’en fait il y avait un « truc » nouveau qui entrait dans mon champ de vision en l’accaparant, donc en le réduisant de manière relative. Ce fut un passage très insécurisant.
      Et, malgré tout, je suis certaine qu’il serait facile de m’y habituer.
      Peut-être que ce sera nécessaire bientôt ?
      Pour l’instant, puisque c’est encore possible, comme toi, je préfère faire des détours et me faufiler le nez au vent. 🙂
      Pour autant, je ne me sens pas agressée par l’obligation de porter un couvre nez-bouche, c’est comme un jeu auquel il va falloir participer en inventant ce que je peux pour le trouver amusant!

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