A propos de rien

Il parait que je n’ai pas alimenté la page depuis un bout de temps.

Voilà que ce matin, le passage d’un petit rien sur un page des réseaux sociaux m’a donné un souffle d’inspiration et l’envie d’écrire quelques lignes.

Pas simple d’illustrer mon propos, car si « rien » est réellement une absence, rendre l’absence présente, c’est lui donner vie, lui donner sens et donc elle devient « quelque chose », donc autre chose que ce qui saute à l’idée quand le mot « rien » est utilisé.

D’abord, plutôt que de le parodier, je renvoie au merveilleux texte du magnifique Raymond Devos.
Ensuite, comme d’habitude, je vais moi aussi parler pour ne rien dire!

C’est un peu comme le sujet de la gratuité cet « à propos de rien ».

Ce matin donc j’ai lu que des personnes sont spécialistes dans l’offre de « cadeaux pour rien ».

Personnellement, en bonne spécialiste du refus des injonctions, j’ai une forte propension à offrir aux personnes chères des pensées et/ou des objets sans attendre « une occasion officielle ». A noter que je viens d’écrire « personnes chères », donc personnes qui ont un « prix » à mes yeux. J’ai fortement conscience de ce « détail » : la vie en société impose un ordre, un sens, des remerciements parfois, en tout cas quelque chose qui est autre-chose que « rien » et/ou « gratuit ».
Donc…
S’il y a un moment où je suis assez non-patiente c’est bien ce temps qui passe entre l’instant où j’ai envie de faire plaisir à une personne, envie d’envoyer un signe de reconnaissance, voire besoin de signifier un remerciement, et l’instant où mon envie se retrouve en face du besoin précis de la personne « visée ».

J’ai observé que lorsque ce temps s’allonge, mon plaisir initial se dilue.

J’ai observé aussi que les jeunes enfants sont dénués de filtres, ils sont capables de jouer avec un carton et des bouts de ficelle et de dédaigner le « truc » qui était censé leur faire plaisir comme ils sont capables de tout déballer « pour le plaisir » de finalement jeter leur dévolu sur le seul « truc » qui leur fait réellement plaisir dans l’instant.
Néanmoins, afin de les inciter à rentrer dans le cadre sociétal avec les règles inhérentes, les enfants innocents seront sommés de remercier, y compris pour les « trucs » qui ne leur plaisent visiblement pas. Et l’argument sera souvent « c’est pour faire plaisir »!
Ainsi, au fur et à mesure du temps de vie qui s’écoule, les filtres s’élaborent, et il devient de bon ton de « mentir » en affirmant un plaisir là où il n’en existe pas toujours.

Et ce n’est pas rien!

4 réflexions sur « A propos de rien »

  1. Frédérique

    « A propos de rien »… ce titre m’a fait pensé à ce que m’a dit un ami, il y a plusieurs années. Je lui avais donné quelque chose ou aidé à faire quelque chose (je ne sais plus quoi, c’est sans importance), il m’a dit merci et j’ai répondu « de rien ». Et là il m’a dit dit « Ben non, pas de rien. Ça ne t’a rien fait de me donner ce truc (parce que je ne me souviens vraiment plus ce que c’était 😀 ? » Et là… ben si, ça m’a fait quelque chose. J’étais contente de lui avoir donné cette chose, ou rendu ce service, ou aidé… c’était certainement insignifiant mais ce n’était pas rien. Rien ne m’aurait rien fait. « De rien », c’est désinvolte, automatique, impersonnel. Et j’avais répondu de manière automatique et impersonnelle sans m’en rendre compte, les mots en contradiction avec mon émotion présente alors. Et tout comme « Il devient de bon ton de « mentir » en affirmant un plaisir là où il n’en existe pas toujours », il est aussi entré dans le langage courant de diminuer le plaisir quand il existe. Depuis, je ne dis plus « de rien » 😉

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  2. Evelyne

    Quel talent ! Si si et j’ai tout compris. Et c’est pas rien de réfléchir au sens de tes mots.
    Joyeux Noël mon amie.

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    1. Joelle Auteur de l’article

      Merci à Toi, l’amie 🙂
      Je viens de relire cette prose et elle est plutôt d’actualité en ces jours de fête où « tout » est calculé pour l’occasion, où il est urgent de ne « rien » oublier, où les mercis automatiques vont pleuvoir y compris sur des petits riens du tout!

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  3. Patoche

    En effet rien … pas d’écriture . ….. rien….!.
    Un rien me plaie de te lire.
    Ce n’est rien si rien à lire.
    De rien…. J’attendrai.

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