Les sens de l’être (11)

Réussir à s’exprimer avec des mots est un premier pas vers une forme de communication plus subtile. C’est ce qui se passe lorsque l’enfant grandit et commence à parler. Petit à petit, son vocabulaire s’élargit et il peut commencer à partager ses émotions et ses sentiments plus précisément qu’à l’aide de ses seules mimiques.

Plus précisément?
Rien n’est moins certain.
Les mots sont merveilleux et terrifiants, ils ouvrent des pièges, ils vont sans bruit d’une échelle à l’autre, ils se jouent des concordances, ils vont et viennent sans domicile fixe. Les mots appartiennent à celui qui les formule et dès que la parole est envolée, ils sont à ceux qui les attrapent, toujours disponibles pour fomenter de nouvelles images.

Le mot « immobile », contraire de « mobile » (qui se meut, qui peut être mû, qui n’est pas fixe, qui se change facilement) est un joyeux trublion que j’essaye d’éviter. Depuis le début du feuilleton « Les sens de l’être » je n’ai joué avec lui qu’une seule fois dans le billet (5) « Entrer dans une posture, prendre une posture, tenir une posture, signifie à mes sens “passer”. Ainsi se trouve soulignée la notion de passage incessant : de l’immobilité au mouvement, avec la persistance du mouvement dans l’immobilité, et de l’immuable dans le mouvement. C’est cette prise de conscience qui m’ouvre les portes vers l’infini. »
Alors, quand un ami m’interpelle avec ce mot « immobile » et que je lis ce mot avec une immense attention, en connaissance de la personne qui le dépose, en soupesant tout le savoir et l’expérience contenus dans le partage dont il m’honore, je prends tout le temps nécessaire pour le secouer, le regarder sous tous les angles, à travers toutes les échelles avant de décider que décidément, ce mot sème le trouble.

Du coup, j’aborde les postures d’équilibre que je souhaitais garder pour la fin.
Qu’est-ce qu’une posture d’équilibre?
C’est une attitude qui permet d’expérimenter la notion de stabilité.
Remarquablement le mot « stabilité » possède des racines très anciennes dans le latin « stare » et le sanscrit « sthâ », ces deux mots se traduisant en français contemporain par « se tenir debout »
« Stabilité » : voici un mot qui est apaisant et qui échappe aux injonctions habituelles.

Quelles sont les postures d’équilibre?

Pour l’enfant qui s’élève, être debout sur ses deux pieds est déjà une tentative d’équilibre.
Pour le vieillard fatigué, pour le mal-portant, rester debout est une victoire contre la pesanteur.
Pour la plupart des humains, être debout semble assez simple et pour atteindre la notion d’équilibre dans la posture, il faut ajouter un peu de piment. Rester debout dans une situation inhabituelle est un exemple parmi d’autres.

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Il est ensuite possible de se hisser sur la pointe des pieds et d’y rester en respirant avec les plus grand calme, aussi longtemps que l’envie de rester hissé sur la pointe des pieds est nécessaire à nous convaincre que la posture est acquise.

Par jeu, par esprit de compétition (vis à vis de soi-même, vis à vis des autres ou les deux à la fois), par défi, pour maintes « bonnes raisons », il est envisageable de pimenter plus fort et d’envisager les plus grandes acrobaties. L’exercice garde un intérêt dans la mesure où il reste conscient, dans la mesure où l’escalade vers le côté spectaculaire des équilibres ne devient pas un compliqué concours de contorsions inhumaines.

Essayer un équilibre sur un seul pied est une étape. Comme il faut « ranger » le pied qui ne sert à rien (et qui devient , de fait, encombrant), il est possible de le poser, solidement appuyé sur la jambe « racine ». Pour aider à rester confortablement dans cette posture, il est recommandé de s’accrocher au ciel avec les mains jointes.

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Une quantité de variantes sont imaginables.

Pour corser un peu plus encore, il suffit d’essayer une de ces postures d’équilibre sur une surface mouvante, dans un environnement mouvant.

Equilibre 2
Comme ce jour venté, en promenade dans un environnement majestueux…
Le sable ultra sec coulait sous les pieds, il virevoltait en infinies particules, troublant l’air et les lignes, tandis que jouaient des bourrasques fantasques.  Il fallait faire appel à la stabilité intérieure pour rester plantée là.
Heureusement, nous sommes tous pourvus de cette capacité.

A suivre…

4 réflexions sur « Les sens de l’être (11) »

    1. JT Auteur de l’article

      Tendres pensées vers toi, en ce moment où l’expression « les sens de l’être » signifie tant et tant. Je t’embrasse

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  1. aurélie O

    A chaque fois que je lis tes textes, ils me font penser à Y… Impossible de commenter, juste je peux dire « oui, c’est vrai » :-).
    Et j’ajoute que je relis, de temps à autre…

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    1. JT Auteur de l’article

      Merci Aurélie, un petit commentaire comme celui-ci et hop, je puise un peu d’énergie pour écrire plus loin 🙂

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