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Les sens de l’être (3)

Un jour, j’ai reçu un message.
Il disait :
« J’ai repris le yoga à la rentrée, pour l’instant j’arrive à y aller une fois par semaine. C’est un peu différent du cours où j’allais avant, mais j’aime bien. J’avoue que pour l’instant je trouve confortable de juste suivre ce qui est proposé et j’apprécie la détente qui en découle, même si parfois, cela ressemble plus à un cours de stretching. »
Il disait aussi :
« Je sais que pour toi, le yoga c’est naturel, et dans la nature, mais je n’ai pas ta pratique, et j’ai encore besoin d’être guidée. « 

J’étais, à ce moment là, sur une île inspirante. Etait-ce le soleil, était-ce le vent, était-ce le ciel? Je ne sais pas.
Un fait était certain, depuis quelques jours, je me laissais guider par l’environnement et quand je ne marchais pas, je posais, aussi longtemps que nécessaire, délicieusement.
A ce message, j’ai rapidement répondu :
« Tu sais que ce que la plupart des gens appellent « yoga » est en fait une partie du « Yoga Royal » très librement adaptée à la pensée occidentale… Je n’ai trouvé aucun texte qui corresponde à ce que j’aurais envie de te raconter. »

Cette réponse envoyée n’était pas satisfaisante. Il fallait que j’arrive à la compléter. C’est peut-être en pensant à elle que j’écris ici ?

Une définition s’impose maintenant : celle du mot « posture »
Une posture est une attitude, une position du corps, volontaire ou non. Une position, une attitude qui se remarque, soit par ce qu’elle a d’inhabituel ou de peu naturel ou de particulier à une personne, soit par la volonté de l’exprimer avec insistance.

J’ai commencé en abordant la posture allongée/couchée.
C’est une difficile posture en raison de ses exigences.
Car elle exige d’être couché, horizontalement : « on se couche », « couchez-vous », « tu vas pas découcher », « je vais vous accoucher », etc.
Accepter la position couchée, allongée, horizontale et volontaire dans un but d’élévation, c’est une aventure qui en fait revivre beaucoup d’autres dans le fin fond de notre esprit. C’est une posture particulièrement astreignante à tenir sans s’endormir, s’enfuir, abandonner notre présence au monde…

En suivant le développement psychomoteur du nourrisson, la position assise est l’étape suivante.

La posture assise simple, qui reste dans le champ des posture non-acrobatiques est néanmoins complexe. « Etre assis en toute simplicité » est une nouvelle aventure qui succède à « être couché sans contorsion » : A la différence de celui qui regarde la télévision affalé dans son fauteuil, celui qui « est assis » est présent au monde.
Le nourrisson est incapable de s’asseoir tant que son tonus axial n’est pas assez fort. Tenir assis est un premier pas vers « être debout » et la fierté des parents qui disent « il tient assis » est toujours magnifique. Etre assis, quand bien même un appui est nécessaire, est alors considéré comme une victoire sur la pesanteur.
Nous ne devrions jamais l’oublier.

A suivre

 

Les sens de l’être (2)

Dès qu’un nouveau-né voit le jour, il se retrouve allongé.
Après des mois passés lové dans l’utérus maternel, après s’être déroulé pour atteindre la  lumière, il est manipulé, puis allongé.
Il était protégé, à l’abri, en totale symbiose avec sa mère, il est soudain exposé à tout un monde de sensations tandis qu’une injonction est posée : « dort ».
Immanquablement, abandonnant son corps, le nouveau-né finit par s’endormir. Posé à plat, le dos allongé, sa tête se tourne à droite ou à gauche, ses bras prennent la posture de l’archer (un bras allongé le long du corps, un bras replié du coté de la tête tournée) et ses jambes s’ouvrent.

Pour ceux qui pratiquent ce qu’il est convenu d’appeler « le yoga »,  une forme moderne d’exercice physique inspiré d’un ancestral Hatha Yoga, rester allonger est d’une simplicité non-acrobatique.
Pourtant c’est de loin, l’une des positions les plus difficiles à maintenir en conscience.

Tout d’abord, tandis que l’apprentissage de ces exercices est conduit sur l’air de « ici et maintenant », il est commun de parler de « cadavre » au sujet de cette position, comme si un cadavre pouvait avoir conscience de « l’ici et maintenant »!
A ce paradoxe, il faut en ajouter un autre : s’il était question de redevenir aussi « offert », aussi abandonné qu’un nouveau-né, il serait question de laisser aller le corps, de tourner la tête, d’ouvrir les jambes, de laisser les bras s’orienter selon leurs réflexes archaïques.

Or, il est conseillé de garder la tête « droite », les bras le long du corps, les jambes tendues.  Une situation parfaitement non naturelle qui nous renvoie, bien des années en arrière vers cette autre position parfaitement non naturelle qui nous fut imposée le jour où nous sommes venus au monde.

Cette mise en situation du corps est d’une puissance formidable.
Non spectaculaire, apparemment terriblement accessible, elle en est presque méprisable.

J’invite chacun, dès lors qu’il souhaite commencer à visiter les arcanes de son mental à travers l’exercice physique, à commencer par s’allonger, tranquillement, avec attention.

Aligner.
Scrupuleusement s’aligner.
Consciencieusement s’allier avec le soubassement, en accepter les moindres creux, les pires dépassements.
Respirer patiemment.
Vivre intensément.
Devenir le roc, obtenir la fluidité de l’air, aller dans la musique du ciel.
Enfin, au bout de plus loin, s’étirer, re-être humain.

Simplement.

Au fait…
Les passeurs de traditions oublient souvent un « détail » dans leur application à faire appliquer des recettes : si personne ne sait exactement ce que pouvait être l’enseignement du hatha-yoga à l’époque de l’hypothétique Patanjali, je m’avance sans peur en affirmant que le béton n’existait pas plus que les dérivés du pétrole, les fenêtres à triple vitrages et l’air conditionné.

A suivre

Les sens de l’être (1)

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Ces mots « les sens de l’être » sont venus hier soir se poser sur mon épaule en susurrant à mon oreille qu’un monologue pourrait commencer avec eux en guise de titre.

Pourquoi pas?
Ces mots, je peux les secouer, les agiter, il en reste toujours quelque chose.

Mais , puisqu’il serait question d’un commencement, puisqu’il serait question de jouer avec les mots, puis de parler de la respiration du corps et des aspirations de l’esprit, j’ai eu besoin de vérifier si cet assemblage avait de l’avenir.

J’ai tapé « les sens de l’être » et je suis tombée sur Heiddeger avec son sens de l’être :
« La langue est la maison de l’Etre. Dans sa maison l’homme habite. Ceux qui pensent et ceux qui créent avec des mots sont les gardiens de cette maison » Lettre sur l’humanisme 1947

Je me suis vite relevée en souriant « même pas mal » et curieuse, j’ai cheminé entre des broussailles qui ne manquent pas de piquant, elles se nomment : ontologie, métaphysique, katholou, protologie, tinologie, scotisme, et même onto-théo-logie! En pensant qu’il était possible d’en faire des bouquets secs kathoulou-tinologie avec onto-theo-logie me paraissant assez élégant, j’en suis venu à la conclusion que c’était fatigant à entretenir. J’ai donc décidé de les laisser pousser sur les terrains qui leur conviennent et j’ai pris le large sans me laisser griffer.

Mais de quel commencement s’agit-il, en fait?

Et bien…
Peut-être est-il question de réfléchir au sujet de l’alliance, de passage, de souplesse, d’énergie, de fluidité, de pliages, d’environnement et de ciel?
Les pages se remplissent en vrac dans un dossier qui fut un jour nommé « De face, c’est différent » (un essai de titre, datant de 2011)… J’imagine soudain qu’ici,  sous l’oeil « du monde », comme sous un coup de baguette magique, je vais réussir à ranger !

PS : Plus d’un an après, le chantier reste en cours…

 

Les sens de l’être

Agua verdes

Fuerteventura janvier 2014

Après un bon nombre de poses au sommet, j’avais essayé de mettre de l’ordre dans mes notes ayant trait au yoga.
Depuis de nombreuses années j’accumule les expériences en gardant intacte l’envie de partager par écrit tandis que paradoxalement, j’ai l’intime conviction que tirer les fils d’une toile ne revient pas à partager mais seulement à mettre en morceaux…

La complexité exige un regard multidimensionnel qui se satisfait mal d’une prose noire sur écran blanc!

Les textes suivants appellent des commentaires, c’est leur unique raison d’être.