Les sens de l’être (9)

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Pendant que je passe du temps en essayant de partager des réflexions,  je fais simultanément d’étonnantes trouvailles et d’infinies questions voient le jour.
Naturellement le propos initial doit essuyer quelques éclaboussures.

Le plus difficile consiste à ne pas trop embrouiller le lecteur potentiel.

Actuellement, les centres de remise en forme (aussi parfois nommés « clubs de sport ») n’hésitent pas à promouvoir la recherche des sens. Les amateurs de mouvement de groupe y trouvent leur bonheur à l’heure où les bureaux se vident . Des cours bien cadrés, encadrés par des musiques entraînantes,  associent des exercices de yoga, de tai chi et de « Pilates » ; ils promettent la possibilité d’acquérir force et flexibilité, centration et calme et assurent contribuer à créer un entraînement holistique qui plonge les corps des pratiquants dans un état d’harmonie et d’équilibre.

Evidemment, je n’ai pas résisté à la tentation d’essayer.

Sans coup férir, le rayon des souvenirs oubliés s’est ouvert juste après. Je suis entrée par la porte entre-baillée, il y avait de la lumière.

A la fin du 19ème siècle, les progrès médicaux reposaient encore beaucoup sur l’amélioration des conditions d’hygiène de vie. La gymnastique se développait et se codifiait, « orthopédique », elle se rangeait du côté médical. Associée aux massages elle faisait travailler tout un ensemble de professions attelées à revitaliser, redresser et apporter un soulagement aux corps délabrés des blessés, au corps souffreteux des tuberculeux et autres « malades » qui avaient les moyens de payer. Ces métiers étaient ceux des « infirmiers masseurs », « professeurs de culture physique » ou « moniteur de gymnastique médicale ». (En 1946, le diplôme d’état de masseur-kinésithérapeute fut créé et regroupa toutes les pratiques sus-citées.)

Exotiques, les postures de hatha yoga étaient d’autant plus inspirantes qu’elles étaient, de fait, « nouvelles » en occident. La liste des « thérapeutes » qui en ont écrit leur méthodes en utilisant ce qu’ils percevaient dans l’enseignement du hatha-yoga, tel qu’il arrivait à l’époque est longue, parmi ceux dont on parle encore, Joseph Pilates est le plus en vogue. Il était réellement question de , de re-vitaliser, de ré-éduquer. Chaque posture devait avoir des avantages et il était indispensable d’en décrire les retombées en terme thérapeutique.

Au fil du temps, la « gymnastique orthopédique » est devenue moins indispensable. Les dos déformés par le mal de Pott disparaissant avec la systématisation de la vaccination anti-tuberculeuse, les guerres ne déversaient plus leur lot d’estropiés, la réparation chirurgicale prenait son essor, les séquelles de la poliomyélite disparaissaient avec la raréfaction de la maladie. La santé publique des trente glorieuse s’attacha à la « gymnastique corrective » pour « redresser le dos » des adolescents.

« Tiens toi droit » est une injonction qui ne nous a pas échappé. Elle est assortie de « mets tes mains sur la table », « dis bonjour »… ce qui signifie « fais des effort pour répondre aux exigences de la société qui feront de toi un parfait citoyen. »

Je me demande souvent quelles sont les raisons qui voûtent le dos des adolescents. Si je comprends bien que l’effet de la pesanteur s’accumulant au fil des ans peut courber les personnes âgées, je ne peux extrapoler ni aux enfants, ni aux adolescents.
Quand je regarde les adultes marcher dans la rue, j’en vois de toutes sortes, ce qui m’interpelle, c’est parfois leur raideur, c’est souvent leur aspect figé bien plus la ligne parfaite ou imparfaite de la courbure de leur dos.

« Tiens toi droit ». Certain enseignants de hatha-yoga ont poussé à l’extrême la « gymnastique corrective » du dos, allant jusqu’à réduire les courbures physiologiques et à créer des pathologies en cherchant à trop atteindre une perfection qui n’existe pas. Je ne les citerai pas, ils ont fini par revenir à plus de modération. Je peux seulement dire que certain(e)s sont très connus dans le microcosme du « yoga ».

« Tiens toi droit », « droit » Ce mot prend ses racines dans le latin « rectus » venu du sanscrit « rju » qui signifie « sans détour », « juste », honnête à moins qu’il ne prenne racine dans le sanscrit « daskina » qui donna en grec « dexios » et en latin « dexter », c’est à dire ce qui est favorable, à  l’opposé de « sinister », ce qui est de mauvais augure… Que signifie donc cette injonction?

Aujourd’hui, exit la gymnastique « corrective/orthopédique » pour tous et vive l’anti-gymnastique ou la gymnastique douce.  Plus aucune personne en bonne santé ne cherche à redresser son dos, il est davantage question de réussir à diminuer l’épaisseur de son ventre. Le soin que chaque individu porte à sa personne étant fondamental, toute philosophie est nécessairement ego-centrée. Le hatha yoga, comme son compère taï chi s’est parfaitement adapté à la demande.

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