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Pensées et réflexions en goguette

Quête d’absolu

C’est généralement le matin que j’écris, riche de l’inspiration nocturne.

Ce dimanche, j’avais décidé d’envoyer un peu de prose à une personne récemment croisée, pas vraiment une inconnue, pas déjà une connaissance, une personne qui m’avait pourtant adressée une autre personne afin que je lui fasse part d’une parcelle d’un supposé « savoir ».
La transmission est à la mode.
Une certaine forme de transmission qui, à mes yeux ressemble davantage à une forme de commerce.
Sauf, que pour qui est aussi peu douée que moi pour le commerce, donc sans étiquette et sans rien à vendre, c’est open bar.
Open bar?
Pas tout à fait.
Le bénévolat contient en sa définition et dans ses racines tout à fait autre chose que la gratuité, un bénévole est une personne « qui le veut bien » avant tout, qui donne un sens à son action.

Je devais quelques explications à cette personne qui me « recommande », quelques explications puisque, à la suite d’une longue réflexion, j’ai repoussé l’idée d’une rencontre et donc l’idée de « transmettre » comme elle avait pu imaginer que j’allais le faire.

En 2007, j’avais écrit « Aucune escalade, aucune aventure n’est jamais gratuite, ni en terme d’efforts, ni en terme de finance. Un des leurres de notre société se situe là, dans une propension à laisser croire que le rêve est d’accès facile, offert sur un plateau. » et c’est amusant de retrouver aujourd’hui ces lignes avec lesquelles je suis toujours d’accord.

C’est que je reste en quête d’absolu.

Alors, pour expliquer à mon interlocutrice, j’ai usé de métaphores, selon mon habitude.
Et comme je parlais de galet, de ce simple caillou qu’il est commun de trouver beau soit parce qu’il est usé en forme de coeur, soit parce qu’il offre une rondeur quasi parfaite, soit parce que son grain lissé nous émeut , soit parce que…etc, j’ai soudain pensé à ces énormes galets de sable fossile trouvés loin du passage des humains sur « mon » île.

C’était la première fois que je voyais « ça ».
Des galets de sable, couleur de sable, posés sur le sable à la limite des vagues d’automne entre les galets de basaltes encore mal adoucis.

Les caressant, mille pensées me traversaient : ils seraient très vite à nouveau bousculés, réduits en morceaux, de retour à leur état de sable, les grains millénaires se mêlant au grains contemporains pour finir ensemble roulés par les vagues jusqu’à devenir poussière et encore moins, disparaissant aux yeux humain. Et bien sûr il y avait exactement au même moment les images d’un formidable volcan, soulevant la plage des milliers d’années plus tôt, la compactant sous une pluie minérale en fusion, rajoutant des strates et une nouvelle montagne par dessus. Puis venait le vent jouant avec les embruns, sculptant la montagne, patiemment, mettant à jour le sable enfermé, fragilisant les affleurements jusqu’à ce qu’ils se cassent, dévalent la pente, arrivent sur la plage où les vagues s’en emparent pour les rouler, les adoucir, les arrondir… et les offrir ce jour là à mes yeux émerveillés. Il y avait du fracas, du chaos, du feu, du silence, de l’eau et tant et tant, une phénoménale quantité d’évènements ordinaires.
Tout était là, condensé dans le même instant, et circulant en même temps avec une incroyable fluidité au point de me toucher jusqu’au centre de chaque cellule.

Ce jour là j’ai eu le bonheur de toucher une minuscule parcelle d’absolu.
Et j’ai bien conscience que sur la photo, il n’y a rien d’autre à voir que de vulgaires galets.

Tant et si peu

Impossible d’oublier cette si merveilleuse aventure!

Bientôt sept années seront écoulées depuis sa réalisation et pourtant, chaque grain de chaque instant vit encore dans chacune de mes cellules.

Le mois dernier, là-bas sur « mon » île, j’ai rencontré une personne dont j’ignorais tout de l’existence. Avant qu’elle ne me soit présentée, j’avais entendu dire qu’elle me connaissait.
C’est toujours étrange de se trouver dans cette situation, d’entendre dire qu’une personne qui vous est inconnue vous connait.

De quand, de quoi, que connaissait-elle « de moi » cette personne ?

L’unique piste que j’avais était « Escuela Nautica » et j’avais beau creuser mes souvenirs à cet endroit précis, rien ne remontait.
J’étais impatiente d’en savoir plus.
Tellement impatiente que pas plus de deux minutes s’écoulèrent entre le moment où je le vis et le moment où je lui posai la question.
« Oui, je t’ai vu, c’était quand tu partais avec ta planche! » Répondit-il en souriant.

Instantanément, en entendant ces mots, le temps se rembobina et je revoyais ce jour de départ sans tambours ni trompettes et je l’imaginais passant par là, sur le port de ce petit village où tout le monde connais tout le monde. Je l’imaginais en parler à sa soeur, plus tard et j’allais jusqu’à imaginer que sa soeur avait pu lui dire que j’étais la mère d’un de ces potes!
Ainsi il me « connaissait »!
Amusée, j’ai dû balbutier un truc du genre : « Ooooh… oui, oui, je me souviens de cette aventure » et j’ai embrayé sur autre chose. Non, en fait, il m’ a demandé de « faire le GPS » pour aller sur notre lieu de randonnée. Et « ça » c’était un « truc » super important qu’il me confiait. Non seulement il est pilote dans la vraie vie, mais en plus il est accro de la haute technologie. J’ai donc « fait GPS » avec ma plus douce voix et sans même penser à sortir mon téléphone. De toute manière, il ignorait où je l’emmenais, donc il suivait!
En toute confiance!

Pour l’anecdote : De retour en France, jai appris par mon fils, qu’il avait discuté avec lui (par hasard) le veille de cette petite randonnée et qu’ils avaient ensemble parié sur le fait que j’allais sûrement le faire sortir de sa zone de confort. C’est drôle d’avoir une réputation! Heureusement que je ne savais rien. J’ignore ce que j’aurais pu en faire.

Ce jour dont il avait été question, ce jour où je partis, fut plus exceptionnel pour les personnes qui m’y voyaient que pour moi qui prenait le large.
Je me souviens avoir tranquillement arrimé mes bagages sur la planche, sans la moindre inquiétude. J’avais bien étudié les conditions météorologiques, le temps était super calme jusqu’à l’horizon et je partais moins loin que l’horizon puisque j’allais simplement « là-bas », sur l’île d’en face. Le temps était clair, il me suffisait de viser le phare, là-bas, de l’autre côté, il n’y avait que 20 kilomètres d’océan à traverser.

Tant et si peu.

J’ignorais ce que me prévoyait l’imprévisible, j’ignorais ce qu’il y avait en approchant le phare et ce qu’il y avait de l’autre côté. J’avais décidé de commencer le tour de là-bas par la côte ouest, la « plus méchante » celle qui reçoit le vent du large, la houle du large, la puissance de l’immensité dans toute sa puissance. J’ignorais où j’allais dormir.
J’étais tout à fait sereine. j’avais une petite provision d’eau, j’avais des vivres et ma planche était à mes yeux un confortable navire.

Tant et si peu.

De l’avion, je regarde toujours ce passage.
A chaque voyage.
L’autre jour, deux ferries s’y croisaient, deux minuscules points.
Alors, j’ai pensé qu’un jour, j’avais été, dans ces parages, bien moins que ces points blancs, tout a fait invisible, en fait.

Tant et si peu.

Je sais, je sais!

Oui, je sais, je sais.

Qui n’a jamais entendu ces mots sortir de la bouche d’un enfant haut comme trois pommes?
Qui n’a jamais entendu la version un tantinet plus agacée partant du haut d’un teenager dégingandé ?
Et qui n’a jamais lu ici ou là des affirmations péremptoires sur autant de sujets que de personnes capables de dire « moi je sais »?

Enfant, j’usais et abusais de cette locution : « je sais ».
Si je m’en souviens si bien c’est que je me souviens du jour où j’ai cessé de la proférer. Je devais avoir six ou sept ans et mon père, certainement à bout d’arguments m’avait sèchement cloué le bec en disant « Non, tu ne sais pas ».
Dans ma tête d’enfant, ce moment résonne encore comme une chance. Il m’avait fort à propos bousculée et une quantité de nouvelles portes s’étaient instantanément ouvertes.
Car, en disant « je sais » à cet âge là je revendiquais, non pas un quelconque savoir, mais plutôt la possibilité de découvrir par moi même.
Je refusais le tout cuit, le prêt à croire, la soumission à un quelconque discours et j’avais envie de faire mes propres expériences, grappillant ça et là.

Quand vint le temps de l’adolescence, je savais un certain nombre de choses.
Plus de douze ans d’expérience dans une vie, c’est pas rien, n’est-ce pas ?

Par exemple il était clair que ma meilleure amie était la solitude.

Pour autant, j’avais soif d’apprendre partout (sauf à l’école, c’est notable).
J’étais de ces personnes qui répondent un hâtif « oui » aux conseils et autres « enseignements académiques » tout en pensant « je ferai ce que je veux », « je vais vérifier ce que tu racontes ».

Cependant, j’avais la certitude d’avoir déjà quelques connaissances dans de multiples domaines et j’étais plutôt du genre à la ramener quand les circonstances me le permettaient.
Et en même temps, une petite voix me chantait « non tu ne sais pas ».
C’était une chanson douce, paisible, et parce qu’elle était là, elle me permettait d’avancer mes pions avec grand sérieux et sans vraiment me prendre au sérieux.

Avec le temps qui est passé, j’ai eu l’immense chance de rencontrer des personnes extra-ordinaires. Et il devenait vraiment clair que j’étais une minuscule « sachante » par rapport à elles.
Pourtant, à force d’être à leurs côtés et sans comprendre quel rôle m’était assigné, je constatais à l’envi que ces personnes là étaient en quête de savoir, remettant sans cesse en question le leur ; que ces personnes étaient fort enclines à partager leurs questions, qu’elles avaient peu de réponses ou alors des réponses du genre « Aujourd’hui, ceci est connu et tout peu changer très vite en fonction des découvertes à venir. »
Ces personnes étaient admirables à mes yeux et j’avais vraiment envie de leur ressembler bien que je n’aie ni leur étoffe, leur niveau intellectuel, ni leur expérience.

Aujourd’hui, le temps poursuit inexorablement son avancée.
Je marche paisiblement vers mon ultime naissance.
Je connais le nombre d’expériences qui m’ont fait devenir qui je suis.
Je suis définitivement capable de dire « Je l’ignore » ou « J’en sais rien » en me sentant parfaitement bien, tout à fait à ma place.
Je navigue de question en question comme je mets un pied devant l’autre, tranquille et sans hâte, curieuse et avide d’apprendre encore, de partager mes questionnements et de cueillir ceux des autres.

J’ai bien compris qu’il existe des personnes qui considèrent, à leur idée, ce que je raconte.
Certaines imaginent « elle sait », d’autres pensent vraiment fort : « elle parle d’un sujet sans le connaitre aussi bien que moi ».

Ma réalité est autre.

Je dirais que je suis certainement beaucoup trop fascinée par ce monde en mouvement pour avoir envie de me bloquer, de m’immobiliser définitivement sur d’éphémères certitudes et encore moins pour « croire » confortablement ce qui se raconte.

Dès que je ne bouge plus, je me sens insécure.

Et oui, parfois, c’est fatigant, je sais!

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.

Reset (part two)

Suite à ma balade crépusculaire d’hier, les réflexions ont poursuivi leur navigation dans le labyrinthe de mes pensées.
Pour précieuses qu’elles soient à mon coeur, les gravures rupestres d’ici ne sont en réalité rien de plus que des graffitis anciens et souvent comme le montre la photo ci-dessus, des superpositions de graffitis d’époques diverses. Si les premiers remontent probablement au débarquement des berbères sur l’île (datations effectuées par les scientifiques), les suivants sont venus jusqu’à relativement récemment. Avec la modernisation de la vie ilienne, la disparition des villages ancestraux et surtout l’apport de nouveaux moyens de distraction, les rochers n’ont plus été « agressés » que par le vent et les rares pluies.

Sous cet angle de vue, les graffitis découverts hiers, juxtaposés dans les dernières années, sont dans la lignée de leurs ancêtres et tout autant acceptables.

Le goût pour l’Histoire, pour la conservation des traces d’Histoire est tout à fait récent. Par exemple, au cours des siècles passés, il était absolument « normal » de récupérer les pierres d’un édifice (fusse t-il château) abandonné pour en construire un autre. Recyclage simple, de la part de personnes qui ignoraient tout du mouvement « écologie » actuel, simple économie d’énergie (les pierres étaient déjà sur place, déjà taillées) et juste mise en oeuvre humaine de la loi scientifique « rien ne perd, rien ne se crée, tout se transforme »!

Les monument aujourd’hui admirés et déclarés « protégés » sont la suite d’autres monuments, parfois totalement disparus.

Ce qui a changé avec l’apparition de l’Histoire à la mode, c’est une certaine vénération pour le passé qui mène à l’immobiliser.

Or, la vie est mouvement.

Qui mène à l’immobiliser disais-je,
Tout en appliquant le principe « publish or perish »
Lequel, étant à mettre sur le compte de l’enseignement/l’information accessible à « tout le monde », nous oblige à considérer une pléthore de nouvelles publications capables d’effacer les anciennes alors que certaines sont elles-mêmes bâties sur l’exploration des archives en stock.
Vous suivez?

Oui, oui, il faut vivre avec son temps et je m’y efforce.

Et, j’ai bien l’impression que je suis plutôt à l’aise dans ce mouvement vers l’avant, prête à « reseter », à balayer, à faire le ménage et à me remettre à l’ouvrage avec les éléments le plus contemporains dont je dispose.

Mais combien de fois, combien de fois suis-je embarrassée, ne sachant si je dois me taire ou la ramener, combien de fois suis-je mal à l’aise en lisant des personnes qui affirment que leurs convictions (et les actes qui vont avec) sont fondées « sur les publications scientifiques » sans citer ni sources, ni l’âge de ces sources ni, trop souvent, autre chose que le titre (fait pour attirer le regard, parfois nullement étayé par le développement) ?
J’ai, dans ces circonstances, l’impression de me trouver devant une pierre recouverte de graffitis, cherchant désespérement un signe auquel me raccrocher pour y trouver un sens, une époque, pour contextualiser avec les minces éléments dont je dispose, donc… peut-être à tort?

Car oui, à défaut de croire, je doute.
Mais, oui, certainement j’habite ce monde.

Reset (part one)

Hier soir, j’avais encore pas mal d’énergie à libérer et j’ai eu envie d’aller grimper au sommet d’un de ces petits sommets où les premiers habitants de l’île avaient l’habitude de venir graver les rochers.

Illuminés par le soleil déclinant, l’endroit est superbe.

Un couple de buse dessinait des cercles juste au dessus.
Les chèvres qui viennent s’abriter tout contre la roche chaude pour passer la nuit étaient en vadrouille sur une autre montagne.
En l’absence de vent, la montée fut facile et l’escalade à moindre risque.
Les blocs de basalte étaient là.

Immobiles.

J’allais directement à la recherche des traces ancestrales.
Je les avais déjà caressées du regard, environ cinq ans auparavant.
J’aime sentir la vibration des passages très lointains, elle met en exergue la réalité de l’imperceptible empreinte laissée par notre passage à chacun, sa futilité, l’impossible interprétation, la puissance des éléments qui font leur job a eux, annihilant sans coup férir et au long cours les programmes humains les plus élaborés.
Et tant.
Et plus.
J’aime? J’ai besoin, c’est certain.

Reset.

Reset! C’est le mot qui m’est venu en premier une fois passée ma surprise, une fois calmées les ondes émotionnelles produites par le choc visuel que je venais de subir.
Reset : après des siècles de subsistance, les gravures ont disparues, recouvertes par des centaines de graffitis contemporains, de ceux là-même que gravent les gens sans vergogne, qui sur les murs en tuffeau des remparts du château de Nantes, qui sur le sable fossile des vallées « enchantées » de cette île, de ceux là-même qui grimpent le plus haut possible et si possible à moindre effort le plus loin possible, dans le seul but de faire un selfie, de l’envoyer illico et de très vite l’oublier en passant au suivant. Au suivant, au suivant…

Il faut vivre avec son temps, vivre dans le monde que nous habitons, avec ce qu’il est ce « monde », donc aussi en compagnie des personnes qui sont autant que nous « m’aime » partie de la société qui nous abrite.
Aucun autre choix n’est proposé, à personne, quoi que nous puissions imaginer, la réalité est là, implacable.

J’ai levé les yeux vers les deux buses qui tournaient.
J’ai regardé l’océan au loin.
J’ai respiré les rayons rougissants qui envahissaient peu à peu l’horizon.
Et je suis partie.

Joindre

Bien plus au sud que je ne le suis dans mon quotidien nantais, loin de l’agitation citadine qui résonne sans bruit jusqu’au fond de mon antre, je suis en ce moment sur « mon » île.
Là, le soleil darde, le vent balaie, le bleu règne entre les moutons blancs qui s’égrainent dans le ciel et la houle qui écume en s’écrasant sur le rivage.
Là, en quelques pas, j’accède au désert.

Avec le temps qui passe et l’âge qui gagne, je suis plus gourmande que jamais, comme s’il était essentiel de prendre ce qui est offert, consciencieusement, de m’en nourrir, de tresser, de tisser sans fin avec attention chaque brin d’une toile complexe afin d’en toucher toujours mieux la simple simplicité.

Partir marcher, dormir dans un pli de montagne ou dans dans le recoin d’une plage puis marcher encore, voilà un luxe qui me ravit.

Depuis plusieurs années, j’avais envie de partir explorer un massif situé à l’est de l’île, une zone dépourvue de sentiers, certes traversée par quelques pistes, mais globalement déserte. Car, le tourisme se développant à grande vitesse, il y a de moins en moins de coins qui échappent aux explorateurs intrusifs, ceux-là qui aiment laisser des traces et qui se précipitent ensuite pour mettre leurs images sur les plans go.ogle. Si cette zone montagneuse reste réservée, je sens bien qu’elle est en sursis.

Difficile de marcher plus de deux jours en autonomie car ici l’eau douce potable est une création humaine, sortie tout droit de l’usine de désalinisation. Il faut donc emporter la quantité nécessaire à la survie confortable et la porter et en supporter le poids à chaque instant.
Je suis minimaliste, parce que c’est ainsi que je garde la liberté de gambader : moins de trois litres d’eau pour deux jours, de quoi manger (du pain et du fromage), une mini-tente et un duvet, un pull pour le soir, une brosse à dent, mon APN et ça roule.

Une fois de plus ce fut magique.

J’ai suivi des sentiers de chèvres en sachant qu’ils débouchent seulement sur des sentiers de chèvres, parfois en extrême bordure de falaise, là où le passage se réduit souvent à une dizaines de centimètres contenant difficilement ma trace et risquant de s’ébouler sans prévenir. Suivre ce genre de sentier, c’est toujours se questionner en paix, s’apprêter à faire demi-tour, évaluer une possible sortie escaladée par « le haut » et néanmoins considérer le choix possible d’avancer plus loin avec sagesse, sans adrénaline dangereuse, juste calme et déterminée, sur le fil comme un funambule.
Jamais je n’encouragerais personne à faire de même, pas plus que je me risquerais sur les traces de certaines jeunes téméraires dont je n’ai plus du tout l’âge.

Et si d’aventure une personne souhaitait « me suivre » et découvrir ces lieux que j’Aime, je choisirais avec tout mon coeur un chemin accessible pour la plus grande sécurité du « couple » ainsi formé.

Car, en toute circonstance, danser sur un fil est un exercice solitaire, unique, exécuté dans l’instant d’un jour donné.

Maintes fois, j’ai pensé à ce que je lis en ce moment sur ces « pages secrètes » d’un réseau sociale tentaculaire, ce que je lis au sujet du passage de vie qui consiste à mettre un enfant au monde.
Je me sens tellement à côté, tout en étant dans ce monde, à cette époque là.
Je cherche l’entre-deux.
Je cherche à joindre ce qui semble injoignable.
La terre et le ciel tellement différents et pourtant absolument en continuité.
L’avant et l’aujourd’hui sans commune mesure et pourtant indissociables.
Le moins pire pour le plus grand nombre et le meilleur auquel chacun aspire.

Ce fut magique une fois de plus.
Indescriptible car ce qui se vit est de l’ordre de l’intime.
L’essentiel ne se partage pas.

Que dire donc?
Peut-être décrire l’instant super fugace?
Cet instant où je mastiquais mon pain sec, assise sous la pleine lune, les jambes étendues devant moi sur le sable du « barranco » sec. J’ai à peine senti un effleurement, j’ai baissé mon regard pour voir une minuscule gerboise aller son chemin. Elle venait de passer sur ma jambe sans me voir, sans me prendre en compte, elle allait son chemin de gerboise et moi, j’étais là.


PS : L’image où je figure fut prise à un autre moment.
A mon retour, en effet, j’ai partagé mes découvertes. Et puisque que ce site, bien qu’invisible pour les passants, était approchable, pas trop loin d’une piste accessible en voiture, nous avons décidé d’y aller ensemble.

C’est le bouquet! (2)

(Image tirée de la médiathèque et datant de 2019)

Comme je l’avais écrit à la fin de l’article précédant, il régnait un certain tintamarre dans ma tête entre « faut pas pousser », une conférence à préparer pour dans longtemps et les questions d’actualité.
Une zone de vacances étant à l’approche, il devenait nécessaire de faire le ménage afin qu’une musique plus paisible puisse m’offrir la chance d’être plus sereine.
Il F A L L A I T donc urgemment que je rencontre la réalisatrice du film, que je lui parle en direct live, que je sente, que je dise, que je ressente suffisamment pour faire taire une partie des questions débarquées suite à tous les fils déjà tirés et occasionnant le brouhaha consécutif.
En insistant un peu, j’ai obtenu un créneau hier à 17h.
La journée avait été chargée et ce n’est qu’avant de partir que j’ai découvert un @ qui, comme part hasard faisait suite au visionnage du sacré film.
 » Alors, le soir, je loue le documentaire et là… surprise! Te voilà! Je déguste avec plaisir cette scène bien tournée où je reconnais ta façon de poser des mots doux sur des choses simples. »
Il était trop tard et trop nuit pour que je file en vélo au rendez vous, la piste étant trop couvertes de feuilles pour m’y risquer sans risques.
Enfermée dans la voiture, les yeux rivés sur le GPS pour éviter les plus gros embouteillages, j’ai laissé s’élargir ce message et l’ensemble de ce qu’il contenait comme autant d’échos à ce que je pense profondément depuis bien longtemps.

La rencontre fut cordiale.
Comme je m’y attendais un peu, la réalisatrice fut étonnée d’entendre que j’avais été bousculée par son attitude cavalière. A la manière des personnes qu’elle pourrait facilement juger pour leur empressement à agir sans explication, elle me disait « oui, oui je comprends » avec son corps qui disait  » y’a quand même pas mort d’homme, et puis j’ai eu une super idée en utilisant ces images inutilisées, non? »
La rencontre fut néanmoins très cordiale.
Et surtout, elle a tout à fait rempli le rôle que je lui avait attribuée : boucler une boucle, passer d’un bouquet à l’autre et en sortir rassérénée.

Le sommeil paisible de la nuit dernière fut à la hauteur du calme revenu.

Et ce matin s’est ouvert sur les restes éparpillés.
Comme il faut impérativement recycler et surtout ne rien jeter, je me suis mise à l’ouvrage devant le clavier.
Je suis à nouveau partie à l’aventure à travers les incroyables pages souterraines hébergées par le géant FB affichant désormais un sigle infini en face du préfixe « méta », c’est un signe encourageant, cet infini tout puissant, n’est-ce pas? Et hop, voilà que je digresse à nouveau.

Donc, comme il FAUT montrer patte blanche pour entrer dans les espaces de blanches brebis où je n’ai jamais posé les pieds, il a bien fallu que je sorte des étiquettes.
C’est que les jeunes reines qui règnent sur ces essaims contemporains ignorent tout de mes passages lointains, de ces pas alignés à la marge dans la préhistoire de l’internet. A l’époque, nous étions une poignée à converser autour du monde, à écrire de looooooongs messages, remplis de mot complexes qu’il fallait prendre le temps de lire sur le grand écran d’un lourd PC familial. Désormais, tout se « fait » en quelques lignes sur l’écran du smartphone, il faut vivre avec son temps!

Me voyant déjà pareille au vieux loup dans la bergerie, voilà que je ne sais plus trop sur quel pied danser et il va pourtant falloir que je sorte un discours qui à la fois me ressemble et à la fois ne blesse pas, pas trop en tout cas.

Me voilà, à l’orée d’une prise de distance, dansant sur le fil tendu entre mes propres paradoxes.
Bouquet final!

PS : l’image utilisée fut déjà utilisée, elle avait donné lieu à un article au sujet des « fleurs coupées »

C’est le bouquet! (1)

Ah, ben ça, c’est le bouquet ai-je pensé en entendant ma voix dans la bande-annonce d’un film.

Et lâchant cette expression sortant tout droit de mon enfance, j’ai regardé avec émotion le bouquet tout neuf qui me ramenait vers les belles retrouvailles de la veille.
Elle venait de fêter ses cinquante balais et son amoureux lui avait préparé une surprise; prétextant une balade nantaise, il avait organisé notre rendez-vous.
Sous le soleil d’automne, nous avons marché tout l’après-midi, le temps nécessaire pour nous raconter ce que nous avions vécu depuis la dernière fois où nous nous étions croisées, il y a plus de dix ans.

Parmi les aventures des années passées, j’ignore comment l’idée de raconter une histoire de tournage sans mise au monde s’imposa dans la conversation ce vendredi, toujours est-il que j’en avais parlé de cette histoire, là, juste avant de « tomber » sur ma voix, le lendemain soir.

C’était en 2010, l’année où j’avais programmé (de longue date) de poser le mot « fin » sur une partie de mes engagements. J’avais un certain nombre d’aventures programmées et celle-ci s’était imposée de manière imprévisible : un documentariste avait insisté pour que j’accepte un rôle dans son film ; il avait parait-il flashé sur ma personne un jour où je radotais au sujet d’une publication récente, a Paris, au milieu d’un aréopage d’historiens .
J’avais d’abord royalement refusé le rôle.
Il était revenu à la charge.
Certainement habitué à ce qu’on lui cède, il avait refusé de céder, il me voulait « moi » et il agita des promesses qui pouvaient me plaire sans imaginer que je le voyais venir de loin avec ses gros sabots! Ignorant tout de la vie que j’avais déjà traversée, lorsque je pensais « faut pas pousser, faut pas pousser mémé dans les orties », il rajoutait une couche de confiture pour tenter de mieux me faire adhérer. C’était drôle à mes yeux.
Il était malgré tout très aimable.
Donc,
Après plusieurs semaines de courriers aller et retour, devant son insistance, j’avais finalement lâché un « oui ».
J’avais fouillé la toile, tourné l’idée dans tous les sens et j’en étais arrivée à la conclusion que les risques étaient entièrement pour lui, pour sa boite de production et que pour ma part, il y avait quelque chose d’inédit à vivre, juste pour le plaisir. Ce qui m’avait tout à fait décidée, le temps aidant, c’est le fait que pour répondre à son exigence, je devais organiser encore quelques rencontres, repousser le mot « fin » de quelques mois. Et ça, c’était enthousiasmant parce que je répondais ainsi à la demande de personnes qui n’avaient pas osé imaginer complètement la probabilité de ma présence dans leur histoire.
Comme je l’avais prévu, il fut mis devant le fait accompli, aucune porte n’allait lui permettre de réaliser « son » scénario et ce malgré un nombre incroyable de tentatives de séduction à notre égard : « Vous passez super bien à l’écran », « J’ai regardé les rushs, vous êtes magnifiques », « C’est extraordinaire, j’ai bien fait d’insister pour vous avoir », etc. Après avoir transformé mon salon en studio de cinéma, après des heures de tournage en voiture, après des heures de boulot, mis devant le fait accompli, il remballa.
Des mois plus tard, j’ai reçu le dvd du film où pas un millimètre, pas une micro seconde de ces moments parait-il si formidables n’apparaissaient. J’ai su encore plus tard qu’en urgence et avec une rallonge de budget, il avait réalisé à Paris le scénario qui lui tenait à coeur en compagnie, cette fois, de personnes qui étaient royalement d’accord.
Tout était bien qui finit bien.

Samedi soir, tandis que je surfais sur une page afin de « prendre la température » d’un microcosme en vue de préparer une conférence, j’ai cliqué sur la bande annonce d’un film encore confidentiel, histoire de voir ce qui se fait aujourd’hui, en pensant à autre chose, sans grande attention.
Et j’ai entendu ma voix.
J’ai cru rêver, c’était tellement improbable! Je connais le son et les intonations de ma voix dans une vidéo, mais non, c’était pas possible.
Instantanément concentrée et attentive, j’ai rembobiné.
Et je me suis vue!
Non!
SI.
Mais qu’est-ce que je fais dans ce truc sans jamais avoir été informée de quoi que ce soit.
Ah ben, ça, c’est le bouquet!

Evidemment, je me suis ruée sur le moteur de recherche.
J’ai tapé tout ce qui me passait par la tête pour essayer de trouver la clé du mystère.
Je suis revenue sur la bande-annonce.
J’ai fait arrêt sur image.
J’ai agrandi.
Il FALLAIT que je comprenne, que je dénoue l’énigme.
En même temps, je commençais à bailler, il était temps d’aller au lit.
J’ai pratiquement pas dormi de la nuit, ou alors en pointillé car un bon nombre d’idées étaient devenues tellement fixes qu’elle s’immisçaient dans chaque tentative de lâcher prise.

Mais, chacun sait que la nuit porte conseil.
A trois heures du matin, au moment même où toutes les pendules d’Europe sautaient une heure de temps, j’ai ouvert mon laptop et posé quelques mots chez googlemonami.
Et Yessss, je retrouvais d’un coup les trois quart des souvenirs.
J’écrivais illico un @ à l’attention de la réalisatrice et à quatre heures trente exactement je sombrais dans un véritable sommeil réparateur.

A l’heure du café, l’énigme était résolue.
La réalisatrice avait répondu à mon @ et m’avait expliqué.

N’allez pas croire que l’épisode est clôt. Depuis dimanche, il y a un truc qui s’est allumé dans ma tête et ça tourne à toute vitesse, à toute vitesse dans plein de directions.
Et, comme d’habitude, il est impossible d’enlever les piles ou de mettre en position off.
C’est amusant.

Ces changements là (1)

En 2019, au retour de ma balade annuelle, je m’étais posé la question de la prochaine, remplie d’envies mais vide d’inspirations quant aux régions de France dont la découverte à petits pas pourrait se révéler tentante.

C’était avant d’être mise devant le fait accompli d’une « pandémie » jouant sur les nerfs entre obligations et interdictions de tous ordres : l’imprévisible qui pimente habituellement ma vie de manière aimablement espiègle est brutalement tombé sur l’ensemble de la population sans distinction. Sans en être touchée en temps qu’individu, je fus néanmoins atteinte en temps que partie de la population ; de fait j’ai choisi de laisser passer l’année 2020 sans rien prévoir.

Dès l’aube de cette année 2021, j’ai eu un colossal besoin de verticalité minérale. Privée de mes balades en zone désertique fuerteventurienne, j’ai touché le manque.
Car, la région nantaise, pour inspirante qu’elle soit, n’offre guère de hauteurs, d’autant moins que les conditions météorologiques fraiches et pluvieuses laissait la végétation s’étaler à profusion, me plongeant dans un univers entre verts clairs et gris foncés que la seule présence des fleurs ne suffisait pas à illuminer.
Certes, l’océan n’a pas cessé de m’offrir la possibilité de larges respirations, repoussant l’horizon et agrandissant le ciel au lointain de mes pensées, mais j’ai vraiment eu besoin de bouger vers plus loin, plus haut.

En juillet, une fenêtre de ciel bleu m’a poussée vers le massif pyrénéen, histoire de découvrir des hauteurs que j’avais renoncé à traverser en 2017, décidant en ce temps là, que si la pluie cachait tout sous son rideau brumeux, il était inutile de lutter. Ce fut aussi l’occasion pour tester la capacité de ma nouvelle voiture (la même mais en version « cinq portes ») à devenir un hébergement à la fois souple, mobile et… sec.

Juillet est passé.
J’ai envisagé des pistes de balades.
Le temps a galopé.

Libérée des « obligations familiales » mais contrainte par d’autres, j’ai vu septembre se rapprocher, les jours décliner, le soleil se refroidir sans avoir pris de décision. Il fallait pourtant plonger entre le 5 et le 16, choisir une trajectoire, un point de chute et surtout arrêter d’hésiter.

J’ai décidé.
La voiture serait mon alliée contre le temps trop restreint, en faveur de mes besoins de hauteur et de minéral.
D’une traite, j’allais « monter » tout au nord du Cotentin.
En pointillé, j’allais marcher au moins 25km par jour le long des côtes normandes puis bretonnes.
En obligation, j’allais chercher chaque soir un parking sauvage avec vue sur le large.

Ce changement là, ce changement en faveur du pointillé est apparemment un changement de style, apparemment seulement et chacun sait qu’il faut éviter de se fier aux apparences!

A suivre.