Samedi 16 septembre, étape 17

« Cette deuxième transformation ne ressemble en rien à la première. Son procès pourrait se comparer à l’ébullition de l’eau. longtemps après qu’on a posé la bouilloire sur l’âtre, rien ne se passe. et pourtant la chaleur du feu agit continuellement et sans relâche. Soudain sans qu’apparemment rien de nouveau ne se soit produit, le premier frisson crêpe la surface de l’eau. »
Christiane Singer, Une passion, Albin Michel 1992, ISBN 2-226-05963-6

Aren est un très charmant village où les vieilles pierres sont mises en valeur.
Il était en pleine effervescence lorsque je l’ai traversé de bon matin pour reprendre le chemin. Une randonnée caritative était organisée, regroupant les habitants de toutes la vallée. Par chance, les groupes s’en allaient plein est!

Comme chaque jour, j’étais absolument seule sur ma route.

En fait pas tout à fait, trois vététistes me dépassèrent.

Pas si loin, les sommets saupoudrés de neige me confortaient ; j’avais vraiment fait le bon choix en restant dans le Piémont.
Le Piémont pyrénéen et sa voie jacquaire…
Je n’avais pas prévu de rester aussi longtemps sur cette voie.
Et pourtant j’y étais.
Depuis Lourdes, elle se faisait plus insistante, posant coquilles et autres signes sur les panneaux directionnels.
Le chemin restait cependant désert.
Hormis le couple de japonnais entrevu à Saint Lizier et ensuite évaporé, j’avais aussi vu un jeune couple espagnol, croulant sous des sacs plus gros qu’eux, s’adonnant joyeusement à enregistrer des selfies devant le sanctuaire de Betharram. Ils avaient eux aussi disparu.

Le mystère des pèlerins contemporains demeurait tout à fait entier à mes yeux.

Néanmoins, les vieilles pierres racontaient fort la circulation des personnes pieuses ou non. J’imaginais le moyen-âge, la route des commerçants, le passage des petits vendeurs de colifichets, la présence des aubergistes honnêtes ou cupides, les montreurs d’ours, les mendiants et les bourgeois à tel point que dans la nuit passée, au milieu de mes songes, j’avais été « pèlerine médiévale » en quête d’un graal indéterminé.

J’en était là dans mes pensées lorsque les trois vététistes arrivèrent sur ma droite. Par où étaient-ils passés? Je l’ignore encore.
A cet instant, nous sommes salués, nous avons comparé nos chemins pour constater que nos objectifs du jour était en correspondance.
Une partie de la matinée fut donc une joyeuse partie genre « Les lièvres et la tortue » : tandis qu’ils « fonçaient » sur les portions plates, les larrons peinaient dans les descentes acrobatiques, boueuses ou glissantes autant que dans les montées du même type.
Je les dépassais alors et nous échangions des plaisanteries plaisantes.
Le jeu a perduré aussi longtemps que le relief le permettait. Plus loin, ils se sont échappés pour de bon.
J’étais à nouveau seule avec mes innombrables pensées vagabondes.

Pile poil à l’heure  du déjeuner, je suis arrivée dans le minuscule village de L’Hôpital Saint Blaise.
Plus aucune trace de l’hôpital (aujourd’hui on parlerait d’hôtel ou de gite) bien que visiblement comme au moyen-âge, l’activité locale reste résolument tournée vers le tourisme et l’accueil des passants.
Le ciel étant très très menaçant, après quelques instant sous le porche ancestral de l’église envahie par les touristes, j’ai foncé dans l’auberge d’en face.
Il était temps, une averse s’abattait avec force.
Dire que je me sentais un tantinet « déplacée » dans la grande salle impeccable, devant la table nappée de blanc, en train de commander une omelette quand les rares convives installés bavaient déjà, en tenue distinguée, devant le menu gastronomique, dire cela relève de l’euphémisme.
La serveuse demeurait charmante à mon égard, je me suis décontractée et régalée sans plus d’arrières pensées.

C’est en acquittant le prix du repas que j’ai constaté l’affichage d’un menu en langue étrangère.
J’ai donc posé la question : « Où commence le pays basque? »
Tout sourire, la serveuse (qui était en fait la patronne) répondit : « Ici même. Vous voyez la colline? De l’autre côté c’est le Béarn, ici vous êtes au pays basque. JE SUIS BASQUE, je parle basque!  »

Et donc… J’étais arrivée en Pyrénées Atlantique et mieux encore, je venais d’entrer au pays basque!
Le plus beau pays du monde affirme un ami…
Le point d’orgue de la ballade !
Combien de jours avant d’arriver à l’océan?
Rien n’était encore certain.
Quelque chose murmurait qu’il était urgent de prendre mon temps.
Ce n’était encore qu’un lointain murmure.

Plus loin, le sentier serpentait d’une « montagnette » à l’autre.
C’était juste parfait pour faciliter la digestion.
La pèlerine de la nuit pensait que jamais aucun pèlerin n’aurait eu l’idée saugrenue d’aller par là quand il était si logique de passer par la vallée.
La randonneuse pensait que les GR ont décidément un certain talent pour promener les randonneurs de point de vue en point de vue.

Au détour d’un virage, alors que le sentier était fort étroit, j’ai vu trois filles arriver en face de moi. Trois jeunes filles portant chacune un énorme sac. Trois filles assorties, chaussures de marche, collant de marche noir et tee-shirt technique bleu turquoise.
Remarquables.
Elle allaient à l’opposé de ma direction.
Nous étions samedi, c’était plaisant de les croiser, souriantes, assurément pleines d’une bonne énergie.
Nous sommes souhaité « bonne route » à l’instant où nous nous sommes croisées et chacun est parti de son côté, elles vers l’Est, moi vers l’Ouest.

La journée s’étirait, paisible.
A proximité de Garindein, le chemin traverse une ferme, fleurie avec beaucoup de goût.
J’étais lasse d’avancer.
Un petit carré de gazon confortable attira mon attention en limite de propriété.
J’ai demandé et obtenu la permission d’y planter ma tente.
Pour ma première nuit au pays basque, j’avais trouvé le plus agréable « camping » qu’il soit.
De surcroit, tout sourire, l’homme à qui j’avais parlé m’avait invité à profiter de l’abri de la grange au cas où la pluie serait dérangeante.

A suivre…

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