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Et passe le temps et passent les années


La dernière fois que j’avais atterri sur cette île, c’était presque vingt ans en arrière.
J’étais en plein boom professionnel, les deux enfants aînés volaient déjà de leurs propres ailes et les deux plus jeunes étaient du voyage, prêts à découvrir de nouveaux spots de surf.
Aucun vol direct n’était programmé depuis la France et aucun réseau de location n’était en ligne.
Nous étions allés à l’hôtel, deux années de suite dans le même.
L’hôtel de la photo, l’unique du coin à cette époque, luxueux par rapport à la vie des locaux et cependant loin d’accumuler les étoiles comme aujourd’hui.
Et cet hôtel est la seule image que j’ai vraiment reconnue sur toute l’île.

Ce fut très questionnant.
Quels changements avaient pu ainsi troubler mes souvenirs?

Personnellement, je vois bien que passer une semaine de vacances, arracher du temps au temps quotidien d’une mère de famille qui a des activités professionnelles, était déjà un objectif tout à fait suffisant. Voir du paysage, courir d’une plage de surf à l’autre relevait de l’anecdote. Profiter d’un hôtel, du ménage fait, du petit déjeuner servi, d’un bon repas le soir sans avoir à lever le petit doigt, voilà ce qu’étaient ces vacances.

Les photographies se regardaient encore sur papier glacé, nous en faisions seulement quelques unes, principalement des vagues, des surfeurs, des windsurfeurs, pas de quoi raviver des souvenirs paysagesques.

Et puis, si le volcan est resté à sa place, les autoroutes ont poussé.
Elles permettent d’acheminer rapidement les flots de passagers débarquant des vols « économiques » vers les gigantesques réseaux de logements prévus pour eux avec vue lointaine sur l’océan, piscine, bar et sorties organisées. Elles offrent aussi aux « individualistes » (comme nous) qui circulent en voiture de location, la possibilité d’aller au plus vite d’un côté à l’autre de l’Île (compter cependant sur de multiples embouteillages) et de s’engouffrer sur les plus minuscules pistes afin d’aller faire pleins d’images forcément exceptionnelles de sites réellement remarquables.
Terminé les obligatoires interminables routes serpentant entre les vertes bananeraies et les serres* pour se rendre à l’ouest ou au fin fond du nord, le GPS (encore un truc nouveau) fait la trace en ligne quasiment droite d’un côté à l’autre, après, ce n’est que du détail.

Et pour ce genre de détail, il suffit de cliquer sur Go@gle afin de voir apparaitre tout ce que les passants ont déjà photographié et « religieusement » mis en ligne afin de faire un choix de destination. Après, en se fiant aux commentaires, il est presque « normal » d’aller où il y en a beaucoup, beaucoup de positifs… et ainsi certains endroits autrefois quasi sauvages sont aujourd’hui piétinés, dépourvus de végétation et parsemés de papiers toilette (oui, je sais c’est biodégradable – sauf les lingettes soit dit en passant – mais c’est franchement moche et le vent se permet parfois d’envoyer balader « tout ça »…).

Alors, de petits riens en petits rien, j’ai fini par comprendre que le temps était passé.
Super vite.
J’ai, une fois de plus, constaté qu’il est urgent de profiter de ce qui est offert au moment présent où c’est offert, sans chercher à comparer.
Car quoi comparer alors que moi-même change au fil des années qui s’accumulent ?

Je vois bien que je suis entrée dans un espace où le temps est désormais et plus que jamais ouvert sur l’horizon.

Et l’horizon est là, bien présent, toujours plus loin, inconnu, super attirant, enthousiasmant jusque dans ses moindre détails.
La nostalgie est un « truc » qui m’est totalement étranger.

* Les serres : à noter que ces immenses taches blanches et plates désormais incluses dans les paysages sont destinés à produire les fruits « exotiques » (bananes, papaye et autres) et aussi les tomates, tous estampillés biologiques, ceux que nous sommes si « fiers » de consommer responsables!


Changer de disque

Les enfants sont terriblement insistants parfois.

En tout cas, je l’étais dramatiquement,
Et mon frère aussi.
Lorsqu’elle était à bout, ma mère s’écriait :
« Vous pouvez pas changer de disque? »
Et dire que « ça marchait » serait s’avancer, mais il est clair que nous entendions son ras le bol et qu’avec une certaine inertie, nous finissions par appuyer sur pause.

J’aimerai pouvoir crier aussi « Vous pouvez pas changer de disque? » à la radio, y compris à mes animateurs préférés, aux billettistes, à toutes les personnes qui passent et repassent sur le devant de la scène médiatique.
Car, même si la scène médiatique qui entre dans mon salon est de l’ordre du théâtre de poche tant je la restreins, elle me tape un peu sur le système. (encore une expression de ma défunte mère)

Notre monde va mal
Notre monde va si mal
Avec ce monde qui va mal


Pfffff, c’est la méthode Coué ou quoi?

Que nous ayons été des enfants gâtés jamais satisfaits est une chose.
Que nous ayons été des enfants frustrés de « pas pouvoir faire n’importe quoi » est une chose.
Que nous soyons tous passés par la phase adolescente où les parents n’étaient que des emmerdeurs que nous sollicitions cependant sans cesse pour financer pas mal de « trucs » est une chose.

Mais, quoi ?
Ne sommes nous pas des adultes?

Et franchement, le monde n’est-il pas enthousiasmant, rempli de surprises, toujours prêt à nous surprendre?

Le monde va bien.
Le monde est le monde,
Sans états d’âmes,
Le monde a besoin qu’on lui foute la paix.


Et si moi, individuellement, je peux parfois avoir envie de plus de lumière, de plus d’océan, d’une plus grande chaleur, de plus de falaises brutes, de plus de fleurs, de plus de contemplation et que le moment n’est pas le bon, je « prends mon mal en patience » (troisième expression qui vient de loin).

Je sais qu’il n’y a pas de lumière sans ombre,
Je sais aussi que sans mouvement la vie s’éteint.
Je sais que jouer avec moins que rien et s’amuser de presque tout fait monter…

… Des étoiles dans les yeux des enfants!

Et « ça » fait mon bonheur.

Changer de disque.
C’est urgent!

Je sais, je sais!

Oui, je sais, je sais.

Qui n’a jamais entendu ces mots sortir de la bouche d’un enfant haut comme trois pommes?
Qui n’a jamais entendu la version un tantinet plus agacée partant du haut d’un teenager dégingandé ?
Et qui n’a jamais lu ici ou là des affirmations péremptoires sur autant de sujets que de personnes capables de dire « moi je sais »?

Enfant, j’usais et abusais de cette locution : « je sais ».
Si je m’en souviens si bien c’est que je me souviens du jour où j’ai cessé de la proférer. Je devais avoir six ou sept ans et mon père, certainement à bout d’arguments m’avait sèchement cloué le bec en disant « Non, tu ne sais pas ».
Dans ma tête d’enfant, ce moment résonne encore comme une chance. Il m’avait fort à propos bousculée et une quantité de nouvelles portes s’étaient instantanément ouvertes.
Car, en disant « je sais » à cet âge là je revendiquais, non pas un quelconque savoir, mais plutôt la possibilité de découvrir par moi même.
Je refusais le tout cuit, le prêt à croire, la soumission à un quelconque discours et j’avais envie de faire mes propres expériences, grappillant ça et là.

Quand vint le temps de l’adolescence, je savais un certain nombre de choses.
Plus de douze ans d’expérience dans une vie, c’est pas rien, n’est-ce pas ?

Par exemple il était clair que ma meilleure amie était la solitude.

Pour autant, j’avais soif d’apprendre partout (sauf à l’école, c’est notable).
J’étais de ces personnes qui répondent un hâtif « oui » aux conseils et autres « enseignements académiques » tout en pensant « je ferai ce que je veux », « je vais vérifier ce que tu racontes ».

Cependant, j’avais la certitude d’avoir déjà quelques connaissances dans de multiples domaines et j’étais plutôt du genre à la ramener quand les circonstances me le permettaient.
Et en même temps, une petite voix me chantait « non tu ne sais pas ».
C’était une chanson douce, paisible, et parce qu’elle était là, elle me permettait d’avancer mes pions avec grand sérieux et sans vraiment me prendre au sérieux.

Avec le temps qui est passé, j’ai eu l’immense chance de rencontrer des personnes extra-ordinaires. Et il devenait vraiment clair que j’étais une minuscule « sachante » par rapport à elles.
Pourtant, à force d’être à leurs côtés et sans comprendre quel rôle m’était assigné, je constatais à l’envi que ces personnes là étaient en quête de savoir, remettant sans cesse en question le leur ; que ces personnes étaient fort enclines à partager leurs questions, qu’elles avaient peu de réponses ou alors des réponses du genre « Aujourd’hui, ceci est connu et tout peu changer très vite en fonction des découvertes à venir. »
Ces personnes étaient admirables à mes yeux et j’avais vraiment envie de leur ressembler bien que je n’aie ni leur étoffe, leur niveau intellectuel, ni leur expérience.

Aujourd’hui, le temps poursuit inexorablement son avancée.
Je marche paisiblement vers mon ultime naissance.
Je connais le nombre d’expériences qui m’ont fait devenir qui je suis.
Je suis définitivement capable de dire « Je l’ignore » ou « J’en sais rien » en me sentant parfaitement bien, tout à fait à ma place.
Je navigue de question en question comme je mets un pied devant l’autre, tranquille et sans hâte, curieuse et avide d’apprendre encore, de partager mes questionnements et de cueillir ceux des autres.

J’ai bien compris qu’il existe des personnes qui considèrent, à leur idée, ce que je raconte.
Certaines imaginent « elle sait », d’autres pensent vraiment fort : « elle parle d’un sujet sans le connaitre aussi bien que moi ».

Ma réalité est autre.

Je dirais que je suis certainement beaucoup trop fascinée par ce monde en mouvement pour avoir envie de me bloquer, de m’immobiliser définitivement sur d’éphémères certitudes et encore moins pour « croire » confortablement ce qui se raconte.

Dès que je ne bouge plus, je me sens insécure.

Et oui, parfois, c’est fatigant, je sais!

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.

Reset (part two)

Suite à ma balade crépusculaire d’hier, les réflexions ont poursuivi leur navigation dans le labyrinthe de mes pensées.
Pour précieuses qu’elles soient à mon coeur, les gravures rupestres d’ici ne sont en réalité rien de plus que des graffitis anciens et souvent comme le montre la photo ci-dessus, des superpositions de graffitis d’époques diverses. Si les premiers remontent probablement au débarquement des berbères sur l’île (datations effectuées par les scientifiques), les suivants sont venus jusqu’à relativement récemment. Avec la modernisation de la vie ilienne, la disparition des villages ancestraux et surtout l’apport de nouveaux moyens de distraction, les rochers n’ont plus été « agressés » que par le vent et les rares pluies.

Sous cet angle de vue, les graffitis découverts hiers, juxtaposés dans les dernières années, sont dans la lignée de leurs ancêtres et tout autant acceptables.

Le goût pour l’Histoire, pour la conservation des traces d’Histoire est tout à fait récent. Par exemple, au cours des siècles passés, il était absolument « normal » de récupérer les pierres d’un édifice (fusse t-il château) abandonné pour en construire un autre. Recyclage simple, de la part de personnes qui ignoraient tout du mouvement « écologie » actuel, simple économie d’énergie (les pierres étaient déjà sur place, déjà taillées) et juste mise en oeuvre humaine de la loi scientifique « rien ne perd, rien ne se crée, tout se transforme »!

Les monument aujourd’hui admirés et déclarés « protégés » sont la suite d’autres monuments, parfois totalement disparus.

Ce qui a changé avec l’apparition de l’Histoire à la mode, c’est une certaine vénération pour le passé qui mène à l’immobiliser.

Or, la vie est mouvement.

Qui mène à l’immobiliser disais-je,
Tout en appliquant le principe « publish or perish »
Lequel, étant à mettre sur le compte de l’enseignement/l’information accessible à « tout le monde », nous oblige à considérer une pléthore de nouvelles publications capables d’effacer les anciennes alors que certaines sont elles-mêmes bâties sur l’exploration des archives en stock.
Vous suivez?

Oui, oui, il faut vivre avec son temps et je m’y efforce.

Et, j’ai bien l’impression que je suis plutôt à l’aise dans ce mouvement vers l’avant, prête à « reseter », à balayer, à faire le ménage et à me remettre à l’ouvrage avec les éléments le plus contemporains dont je dispose.

Mais combien de fois, combien de fois suis-je embarrassée, ne sachant si je dois me taire ou la ramener, combien de fois suis-je mal à l’aise en lisant des personnes qui affirment que leurs convictions (et les actes qui vont avec) sont fondées « sur les publications scientifiques » sans citer ni sources, ni l’âge de ces sources ni, trop souvent, autre chose que le titre (fait pour attirer le regard, parfois nullement étayé par le développement) ?
J’ai, dans ces circonstances, l’impression de me trouver devant une pierre recouverte de graffitis, cherchant désespérement un signe auquel me raccrocher pour y trouver un sens, une époque, pour contextualiser avec les minces éléments dont je dispose, donc… peut-être à tort?

Car oui, à défaut de croire, je doute.
Mais, oui, certainement j’habite ce monde.

Ces changements là (1)

En 2019, au retour de ma balade annuelle, je m’étais posé la question de la prochaine, remplie d’envies mais vide d’inspirations quant aux régions de France dont la découverte à petits pas pourrait se révéler tentante.

C’était avant d’être mise devant le fait accompli d’une « pandémie » jouant sur les nerfs entre obligations et interdictions de tous ordres : l’imprévisible qui pimente habituellement ma vie de manière aimablement espiègle est brutalement tombé sur l’ensemble de la population sans distinction. Sans en être touchée en temps qu’individu, je fus néanmoins atteinte en temps que partie de la population ; de fait j’ai choisi de laisser passer l’année 2020 sans rien prévoir.

Dès l’aube de cette année 2021, j’ai eu un colossal besoin de verticalité minérale. Privée de mes balades en zone désertique fuerteventurienne, j’ai touché le manque.
Car, la région nantaise, pour inspirante qu’elle soit, n’offre guère de hauteurs, d’autant moins que les conditions météorologiques fraiches et pluvieuses laissait la végétation s’étaler à profusion, me plongeant dans un univers entre verts clairs et gris foncés que la seule présence des fleurs ne suffisait pas à illuminer.
Certes, l’océan n’a pas cessé de m’offrir la possibilité de larges respirations, repoussant l’horizon et agrandissant le ciel au lointain de mes pensées, mais j’ai vraiment eu besoin de bouger vers plus loin, plus haut.

En juillet, une fenêtre de ciel bleu m’a poussée vers le massif pyrénéen, histoire de découvrir des hauteurs que j’avais renoncé à traverser en 2017, décidant en ce temps là, que si la pluie cachait tout sous son rideau brumeux, il était inutile de lutter. Ce fut aussi l’occasion pour tester la capacité de ma nouvelle voiture (la même mais en version « cinq portes ») à devenir un hébergement à la fois souple, mobile et… sec.

Juillet est passé.
J’ai envisagé des pistes de balades.
Le temps a galopé.

Libérée des « obligations familiales » mais contrainte par d’autres, j’ai vu septembre se rapprocher, les jours décliner, le soleil se refroidir sans avoir pris de décision. Il fallait pourtant plonger entre le 5 et le 16, choisir une trajectoire, un point de chute et surtout arrêter d’hésiter.

J’ai décidé.
La voiture serait mon alliée contre le temps trop restreint, en faveur de mes besoins de hauteur et de minéral.
D’une traite, j’allais « monter » tout au nord du Cotentin.
En pointillé, j’allais marcher au moins 25km par jour le long des côtes normandes puis bretonnes.
En obligation, j’allais chercher chaque soir un parking sauvage avec vue sur le large.

Ce changement là, ce changement en faveur du pointillé est apparemment un changement de style, apparemment seulement et chacun sait qu’il faut éviter de se fier aux apparences!

A suivre.

Ces changements là (2)

Direction le Nord Cotentin à l’ouest de Cherbourg pour commencer.

En prenant la décision de m’aventurer « dans le nord » j’acceptais la possibilité de fraicheur autant que la probabilité de pluies et de brumes.
La voiture s’étant imposée en temps que simplissime et minimaliste « camping-car », je savais pouvoir dormir au sec, évitant tout pliage de tente mouillée au petit matin.
Le soucis du poids d’un sac a dos de « randonnée autonome au long cours » devenant accessoire, je pouvais même embarquer un petit réchaud afin de me préparer un café chaud le matin et une soupe le soir, deux actions très dopantes et énergisantes en cas de météorologie défavorable.
Pour le reste je suis restée avec mes habitudes : aucun stock notable (sauf les noisettes) en nourriture ni en eau, vêtements de base, couverture de survie, couteau de poche, peigne et brosse à dents.
A noter que tout en acceptant la possibilité de pluie battante sur toute une journée de marche, j’ai quand même investi dans une véritable cape de pluie (la plus légère quand même) en matière top haut de gamme, donc à un prix top élevé : impossible d’avoir rien sans rien. Et sur ce point particulier, ce fut vraiment une bonne idée d’investissement (je me demande quand même dans quelle mesure la « mode post-covidienne de randonnée » n’a pas boosté les « créateurs » de confort pour bobo : je n’avais pas vu ce produit là avec cette technicité là auparavant. Certes, je n’avais pas cherché!)

J’avais un souvenir très précis du Cotentin, des souvenirs délicieux même, remontant à une époque lointaine où nous y avions résidé. En conséquence, je savais précisément où trouver les « à pic », la vie sauvage et aussi les points de ravitaillement faciles d’accès loins des embouteillages.
Les deux premières journées furent parfaites.
Les paysages collaient avec mes souvenirs tant que je regardais du côté de la mer.
La chaleur était là, les grandes marées faisaient leur show, j’ai marché tranquille deux fois trente bornes et…
… Et il n’y avait plus de falaises!

Que faire alors?
Dilemme : rejoindre la Bretagne sans attendre ou trainer encore un peu en Cotentin?

J’ai déplié les cartes.
Faire un choix judicieux en début de balade, alors même que j’étais à peine rentrée dans le rythme, s’avérait délicat. Je tenais à une bonne répartition des trajets motorisés, autrement dit, mon goût pour une certaine rigueur dans l’improvisation me disait que des beaux pointillés se doivent d’être réguliers.
J’ai replié les cartes.
Et déplié, et replié.
Ma décision était prise : aller faire un tour à Chausey que je ne connais pas.
Autre avantage de la voiture, sans soucis de recharge de smartphone, j’ai pu réserver illico en ligne, avant d’avoir le temps de changer d’avis.

Le troisième jour fut donc un jour entre parenthèse, un jour ilien dans un univers entièrement dédié aux touristes, dans un univers d’où l’âme s’est quasiment envolée.
Ce fut une expérience.
Et j’aime les expériences.
J’ai fait deux fois le tour de l’île, j’ai marché d’une île à l’autre grâce à la marée basse de grande marée, j’ai fait des tas de cailloux, écouté les oiseaux voler, marché encore, cherchant jusqu’à l’ultime moment où être pour éviter d’être au milieu « des autres », puis il fut l’heure du dernier bateau, de la voiture et de la route jusqu’à un parking sauvage au bord de l’eau, en Bretagne!

A suivre

Ces Changements là (3)

Bretagne nord.
Beaucoup de noms de villes me sont familiers mais je ne connaissais pas du tout cette région : débarquer dans un lieu à la faveur d’une compétition, c’est vivre en vase clôt le temps de la compétition et reprendre la route à la hâte dès que l’évènement se termine, c’est comme aller à un RV par le métro, il est possible de reconnaitre la station de métro mais rien de plus.

Je n’avais jamais vraiment noté que la Bretagne du Nord longe les côtes de la Manche, dans mon imaginaire « Bretagne » rime avec « Atlantique » et je me suis trouvée face à l’évidence : la côte nord n’est pas la Bretagne que j’imagine.
L’affluence des touristes, sous le soleil dont j’ai profité, lui donnais un air méditerranéen tout comme les variations du bleu de l’eau.
La Manche est un passage.
Les courants forts chantent comme autant de torrents suivant l’heure de la marée, ce sont eux qui animent le flot et que le vent s’en mêle, l’écume peut survenir.

J’aime la chanson du courant autant que les merveilleux dessins mouvants qui courent à la surface, offrant une immensité à la palette des bleus reflétant le ciel. Je peux rester longtemps penchée sur le spectacle.

A la recherche de rochers, je suis passée d’une pointe à l’autre, pestant contre l’invasion des camping-cars lorsque le soir venu je cherchais un emplacement loin du monde. Souvent parqués derrières des barrières, alignés les uns contre les autres comme dans un parking de supermarché, ils font masse et me posaient plein de questions, m’obligeant à fuir et à chercher plus loin. Certains soirs, j’ai tourné plus d’une heure, ce qui était beaucoup plus facile en voiture qu’à pied, bien que peu écologique.

Cette côte Nord de la Bretagne m’a offert, c’est certain, un bon nombre de clichés.
Les paysages?
J’ai été déçue parfois, déçue lorsque la réalité me sautait aux yeux, tellement différente des « cartes postales » piochées sur la toile.
Et puis, il y avait vraiment beaucoup de monde, trop à mon goût.
Et puis, voir ce « monde » se précipiter sur le « point de vue » de la carte postale pour y faire au choix un selfie, au choix une nouvelle carte postale me déprimait.
Et puis, et puis…

Oui, j’ai vu de beaux rochers.
J’ai appris aussi : les fours à goémon (destinés à la fabrication d’iode), les carrières de granit sur l’estran (construction des phares, des cathédrales et des maisons), ces rappels historiques qui me donnaient une vision de la vie des habitants d’autrefois, me ramenant aux humains d’aujourd’hui et à mes infinis questionnements.

En conclusion « j’ai fait » la Bretagne du Nord.
A la fin du septième jour, je n’avais qu’une hâte : passer à l’ouest!

A suivre