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Toujours plus


Tout est résumé par l’image ci-dessus.

C’est un peu court comme texte?

OK.
Toujours plus… nous consommons toujours plus
Toujours plus… nous sommes toujours plus polluants
Le plus loin possible… L’important étant que nous ne voyons rien de nos yeux.

Que les mots sont insuffisants!
Moi qui aime dire « à plus loin » en pensant au ciel et à l’horizon,
Voilà que je parle de « plus loin » en pensant aux ouvriers esclaves qui crèvent, aux lacs de boues toxiques, aux paysages défigurés, aux monceaux d’immondices que nous produisons tous… au loin!

Et oui…
Ce matin, il était question des terres rares dans mon poste de radio préféré.
C’est un sujet à la mode ces jours-ci!
C’est toujours amusant de voir que parfois je suis à la mode, l’espace de quelques jours, en regardant toujours plus loin que le bout de mon nez.
La mode va passer.
Mon nez va rester.

Et puis, sitôt avalé mon premier café,
Comme par hasard
La première « actualité sur laquelle « je tombe » grâce aux algorithmes
Savamment calculés des réseaux sociaux que je consulte sur mon laptop
Dont je ne pourrai me passer
Bien qu’il soit
Bourré de terres rares et alimenté à l’électricité nucléaire
Je tombe donc sur une page d’artisanat d’art
Ventant l’art brut, la matière respectueuse
Respectueusement produite.
Et donc… je découvre des objets de décoration
Certes fort agréables au regard.

Car personne ne mangera dans ces poteries brutes
Aussi belles que celles que j’ai vu en Afrique
Celles qui étaient là-bas « la vaisselle » ordinaire avant que le plastique
Occupe le terrain.
Car personne ne se drapera dans les tissages
Aussi beaux que ceux que j’ai vu dans les montagnes berbères
Ces tissages qui réchauffaient avant que les fringues recyclées
Ne débarquent de chez nous.

Toujours plus
Toujours plus de décoration,
Toujours plus d’inutile
Toujours plus d’utile
Toujours plus de facilité
Toujours plus de confort
Toujours plus de consommation
D’argent échangé
Et d’inconscience de « tout ça »!

Nous sommes simplement, totalement, formidablement humains
Et l’homme est un loup pour l’homme
C’est bien connu.

Et qu’est-ce que je fais de « tout ça »!
Ben…
Logiquement, parce que je vis avec mon temps
Comme ma grand-mère me l’a appris,
Je l’écris sur mon laptop,
Plein de terres rares
Alimenté grâce à l’électricité nucléaire
Afin de stocker mes réflexions en goguette
Dans d’énormes mémoires
Sises dans d’énooooooormes hangars
Qu’il faut réfrigérer
A grand coup de précieuse énergie
Qui coûte
Et bouffe les vies.

Et c’est la vie,
Sans marche arrière possible
Faire plus, c’est toujours plus!

Ecouter pousser les fleurs (1)

Tout d’abord, Adèle est née.
Et puis, la nuit suivante, en écoutant parler dans une émission radiophonique, j’ai entendu des mots de maïeutique.

Une vague, puis une autre.

Une vague, puis une autre et au loin peut-être une belle série.
Tous les surfeurs savent qu’il faut ramer, aller au devant de la série, se positionner au pic…
Sans prendre ce risque là, il est vain de rêver aux grosses vagues!

Je me suis positionnée, j’ai envoyé un message.
La réponse est arrivée, j’étais bien placée, il suffisait d’attendre.

Mercredi matin, aucun avis n’était venu à l’encontre des prévisions prévues.
La bonne heure était là.
En marchant, je m’étonnais une fois de plus de l’absence d’attente, donc de tension.
J’étais tranquillement prête à prendre la vague, à me laisser glisser en acceptant aussi bien l’idée d’une grosse gamelle que celle d’une belle émotion, voire l’idée de… rien.

En fait je me rendais à un rendez-vous dont j’ignorais tout sinon un lieu et un horaire.

Une fois dans la place, j’ai aperçu une personne qui pouvait être celle du RV.
La même personne que celle qui avait parlé de mise au monde au milieu de la nuit,
Celle de « mon » RV donc!
Elle était fort occupée cette personne, postée devant un écran de laptop sur le comptoir de la réception.
J’ai envoyé un SMS pour signaler ma présence.

RIen.

Quelques minutes plus tard, elle rentrait dans l’ascenseur.

Bien installée dans mon fauteuil, je ne perdais pas une miette de cette palpitante aventure.

L’heure tournait et dépassait l’heure dite.
Une personne sortit de l’ascenseur.
Elle prit un siège à proximité, consulta son portable, jeta un oeil alentours et replongea dans son portable.
Visiblement elle attendait.

Histoire de me dégourdir les jambes, je me suis levée, j’ai traversé le hall pour la saluer.
« Bonjour, vous attendez quelqu’un?
-Oui
-OK, parce que j’attends aussi quelqu’un et je sais pas qui…
-Oh… Moi je sais qui j’attends, donc c’est pas vous.
-Parfait, merci »

J’ai adoré!
Vraiment.

Et je suis retournée m’asseoir.
M’inspirant d’un scenario de film d’espionnage, j’ai ouvert le guide des spectacles pour avoir l’air absorbée par la lecture.
En fait, tous mes sens étaient en alerte, prêts à capter le moindre frémissement.

Une personne sortit de l’ascenseur, celle qui y était entrée peu après mon débarquement sur les lieux.
Elle vint parler silencieusement à celle qui attendait.
Une énigme se résolvait.

C’était sans compter sur une volte face tranquille.
Tout sourire, l’inconnu s’approcha vers moi.
Sa voix était douce, paisible.
« Joelle, en fait, j’ai un problème… en fait… on arrive aujourd’hui…
– Oui… normal…
– Est-ce qu’on pourrait décaler de 50mn?
-Oui… j’vais aller manger… j’vais aller voir une expo…
– On dit 14h ici.
-OK »

Tout à fait fière de mon talent de physionomiste, j’ai ramassé mon sac pour m’en aller vers le LU.
Ce faisant, je suivais les deux hommes que je n’avais pas du tout l’intention de suivre.

Las… L’expo était encore fermée.
J’en ai profiter pour laisser quelques sous à la librairie, puis j’ai cherché une autre occupation pour passer le temps.
Je n’avais pas faim.
J’ai marché.
Une petite porte bleue m’attira.
Une affiche fort simple y était collée : « En réalité je n’ai trouvé que du sable »
Je suis entrée.
C’était à mon goût, tout était à mon goût :  les dessins, les couleurs, les questions autant que le concept lui-même.

En réalité, je n’ai trouvé que du sable…
Je souriais à ces mots qui en entrainaient d’autres, tout comme un vent doux soulève la poussière dans le désert, découvrant des trésors, sculptant délicatement l’infinité du sable.

J’étais au coeur de l’aventure.

Aussi accro à la haute technologie que tout explorateur contemporain, je consultais néanmoins régulièrement mon téléphone.
Un nouveau message disait : « Finalement, on pourrait se retrouver au LU! »

Je suis partie pour une nouvelle traversée.

Un héron m’arrêta tout net.
Fier comme un coq, il était cramponné à la rambarde, regardant dans le vide, au dessus de l’eau noir sortant du tunnel.
Magnifique.
J’ai fait un pas de plus.
Il a fait semblant de s’en aller.
je suis restée sans bouger.
Il est resté.
A trois mètres.

Puis, il était temps d’avancer.
Il s’est envolé!

(A suivre)

Adèle est née


C’est pas passé à la télé ni sur les réseaux sociaux, c’est banalement quotidien.

Chaque jour de nouveaux terriens débarquent sur terre, chaque jour d’autres montent au ciel!
Enfin quand je dis « montent au ciel », c’est parce que la légende est tenace, à moins qu’on ne considère les crémations de manière métaphorique!
Oui, je sais, c’est du tout cru, du brut joellien!
En fait, c’est surtout un jeu avec les mots : arriver sur terre, monter au ciel… Naitre et mourir… C’est la vie, simplement la vie.

Et j’aime ce mouvement qui nous fait sortir des entrailles mystérieuses, nous dépose « sur terre », nous laisse chercher un chemin puis nous emporte inexorablement vers un ciel dont personne n’est jamais revenu.

Après ces quelques lignes, vous comprendrez facilement combien pondre un titre à propos de ce billet fut ardu!

Tout a commencé cette nuit.
Et si tout à commencé cette nuit, c’est simplement parce qu’hier dans la nuit, je me suis rendue auprès de celle pour qui « ça commençait ».
Et elle m’appela simplement, parce que depuis quelque mois la gestation avançait.
Et l’avancée de la gestation n’était que la suite simple d’un commencement, il y a un peu plus de huit mois…
Dois-je écrire une énième fois que je suis follement amoureuse de la Vie, de son éternel recommencement, de son infinitude, de son impermanence, à moins que ce ne soit seulement du mouvement? De la respiration?
Voilà, je viens de l’écrire.

Donc, cette nuit, j’étais réveillée très tôt comme d’habitude.

Dans la nuit noire, plusieurs possibilités adviennent : lire, écrire ou écouter.
Quand j’en ai marre d’écouter mes pensées (et c’est fréquent), quand il n’est pas l’heure d’écrire, quand il n’est plus l’heure de lire, j’écoute la radio. J’écoute toujours la même fréquence, chez moi, c’est 94.2.
C’est une radio où les gens parlent tranquillement, parfois avec beaucoup d’érudition, souvent de manière touchante.
Et cette nuit, j’ai entendu parler de vie.
J’ai tendu l’oreille, j’ai ouvert tout grand mon attention somnolente, il était bel et bien question de mises au monde… comme par hasard… de diverses mises au monde!
Après avoir consciencieusement noté le nom de l’intervenant sur un espace vif de ma mémoire assoupie, je me suis laissée embarquer pour jouer les prolongations dans les bras de Morphée. C’est jamais bien long la période des prolongations, mais c’est une occasion de centrer dont je profite avec délectation.

Dès que j’eus mis pied à terre, au lever du jour, j’ai bu un café.
Oui, c’est banalement quotidien!
Oui, aussi banal que l’arrivée de petits terriens sur terre!
Et, avec l’odeur du café dans la bouche,
Toutes les idées en vadrouille se sont assemblées de manière fort logique.

Les pensées soulevées par les émotions vécues la veille faisaient bloc : Il y avait le chiffre trois, il y avait « quatrième », il y avait des naissances, un enfant qui voit le jour, une merveilleuse session dans les vagues en compagnie de « mes gars », une conversation au coin du feu, un retour philosophique… pour lier ce « tout » il y avait mes souvenirs de maïeutique, Les « bonnes » raisons de chaque passage, « ob-stare », etc, etc…
Dans ce bloc hétéroclite, je voyais se dessiner très précisément une histoire d’homme qui n’aurait pas d’existence sans la présence des mères, une longue histoire de maternité qui ne pourrait jamais voir le jour sans la présence des mâles.
Car , j’ai toujours tissé ensemble les deux genres, les deux sexes, sans jamais les opposer, les séparer, prêter attention à un fil plus qu’à un autre.
Moi qui fut tellement ce qu’on appelait « garçon manqué » ;  je suis née mère en traversant mon corps, emportée par la vitalité de mes fils.
Depuis toujours, je cherche, j’explore et je passe au service d’une complexité qui est absolument neutre, sans camp déterminé, définitivement multicolore.
Je peux affirmer « OUI, la naissance n’est pas une histoire de femmes ».
Et je me moque bien de ce qu’en racontent les microcosmes militaires.
D’ailleurs à leur tête, avez vous bien regardé qui tire les ficelles?

En résumé : Adèle est née, d’un mâle et d’une femelle.
C’est tellement banal!

Fait divers


Un cerisier en fin de vie sauvagement abattu

D’après les voisins, un  CAT  de type louche stationnait dans le coin depuis quelques jours.
Ce matin à 10h30 précises, un vrombissement a résonné dans l’impasse.
Sous les yeux de la voisine dépitée, après avoir avalé en deux coups de godets le vieux mur au pied duquel des marguerites avaient élu domicile, le monstre s’est dirigé droit sur le pauvre vieux cerisier.
Après lui avoir arraché les branches, il s’est attaqué au tronc et l’a déraciné sans plus attendre.
Le vieux cerisier a résisté un instant.
Le monstre s’est cabré, a repris son souffle et l’a achevé.
Il l’a ensuite chargé à bord d’un camion.
A l’heure qu’il est personne ne sait où il l’a emporté.

Au delà du fait divers,
Je me suis questionnée au sujet de l’émotion qui, un instant, me submergea.
Ce cerisier était mon voisin depuis que j’habite ici.
Avant d’habiter dans le coin, c’est lui qui marquait le bout de l’impasse et je le saluais en arrivant chez la grand-mère qui nous a légué la maison.
Souvent, à l’ombre du cerisier, une autre grand-mère jardinait, désherbant ici, agitant la belle terre noir là, arrachant quelques pommes de terre plus loin. Elle portait un grand tablier bleu et le chapeau de paille qui allait avec.
Ce jardin voisin avait toute une histoire que je connais.

Combien de fois ai-je écris que le jardin est un livre ouvert?

Aujourd’hui encore je peux le répéter à qui voudrait l’entendre.

J’ai eu besoin de sortir, d’aller marcher pour reprendre pied et trouver réponse à quelques questions.
Il est clair que c’est la rapidité de l’intervention qui m’a troublée. Que cet arbre ait eu plus de cinquante ans de vie, peut-être soixante dix, que vaillamment il ait fleuri à chaque printemps, offrant ses fruits dorés chaque été et que moins de deux minutes aient suffi à l’anéantir dépasse l’entendement basiquement humain du fond de mes tripes.
Quiconque aurait eu à l’abattre de ses mains aurait dû y consacrer des heures et des heures et encore davantage pour extraire les racines.

Combien parlent de combat? Combien, dans de multiples domaines, souhaitent d’utopiques combats « à armes égales »?
Le jardin est un livre ouvert, un livre de philosophie, un livre de vraie vie, j’aime tant l’observer, même les jours comme aujourd’hui où l’émotion est intense.

Le silence est revenu.
Une odeur de terre fraichement remuée flotte à coté de l’odeur des mousses arrachées, du lichen déchiqueté et du gas-oil consommé.
Le silence?
Que nenni.
Les oiseaux sont là par dizaine, ils sont en train de faire bombance : un festin leur est offert.
Un festin de laves et de lombrics.

Et chantent les oiseaux et va la vie!
C’est le printemps!

La puissance de l’imprévisible

 

C’est mots on résonné fort lorsque j’ai découvert dès sa sortie en France (2007) le bouquin de Nassim Nicholas Taleb : Le cygne noir, la puissance de l’imprévisible.

Lors de chaque passage de vie, lors de chaque aventure, tout en préparant avec une attention à la limite de l’obsession, les moindres détails auxquels je pouvais penser, je gardais une place spéciale pour l’imprévisible, pour tout ce que je ne pouvais absolument pas prévoir.
Ainsi, je suis toujours partie tranquille, ayant fait le tour complet de ce qui pouvait advenir, l’imprévisible compris.

Depuis, les années sont passées, Nassim Nicholas a publié un autres best-sellers en 2013, Antifragile : les bienfaits du désordre, à nouveau chez Les Belles Lettres pour l’édition française.

Donc, résonné ai-je affirmé.
Oui.
Clairement, ces mots sont arrivés sur une zone de ma pensée déjà bien forgée au point de faire: « tilt », c’est exactement « ça »!
Vous savez, c’est ce genre de lumière qui s’allume quand on vous explique un truc que vous avez toujours connu sans jamais avoir songé à le mettre en mots.

L’imprévisible faisait donc partie de ma vie et de mes prévisions sans que j’ai besoin de raisonner, c’était un fait.
C’était un fait aussi dans ma vie de famille, et aussi dans ma vie de maman.
J’ai la chance d’avoir des fils qui vivent fort, pas du tout comme « la norme bien pensante » aime à l’imposer et c’est comme ça depuis leur naissance et c’est savoureux, toujours et encore.

Pourtant, riche de ce savoir, il m’arrive de m’endormir sur la routine. Sans doute est-ce l’âge qui avance et qui tend à m’asseoir sur une certaine satisfaction, à contempler mon nombril assise sur un paquet de temps passé ?
Je ne sais pas.

Voilà que j’ai été pour ainsi dire réveillée ces derniers temps, alors que tout semblait lancé comme sur des roulettes, alors que même le « petit dernier » semblait enfin en route vers plus loin de manière presque commune.
J’ai besoin de voir un « psy » a-t-il déclaré du fond d’un malaise qui l’embourbait.
Mon amour pour les « psy » étant diamétralement opposé à mon goût pour le « laisser vivre » physiologique, c’était vraiment cool de l’entendre me demander « une bonne adresse ».
Le « hasard sauvage » étant ce qu’il est, j’avais une adresse possible, testée et approuvée par une personne qui m’en relatait les moindres détails dont un « détail » de taille : le problème, c’est que « L »  se permet de refuser des accompagnements. Ca me rappelait quelque chose et c’était pour moi un super bon indice.

Et hop l’histoire se lança sur un chemin nouveau tout à fait inconnu.

Et hop, tout se bouscula, simplement parce que le fruit tombe quand il est mur, tout naturellement.
Deux ans plus tôt, c’était « trop tôt », cette fois-ci était la bonne.

L’aventure ne fait que commencer, car « L » décida de rompre avec ses habitudes et sollicita pour « mon petit » une consultation auprès d’une « V » fort overbookée. Ayant absolument horreur de faire rentrer quiconque dans un cadre statistique, et surtout pas la chair de ma chair,  je me suis sentie un peu titillée par cette décision. Heureusement la rencontre s’est faite très rapidement pour aboutir aussi simplement que dans ma vraie vie par le prêt d’un bouquin!
Trooooop bien!

Et hop, l’imprévisible est toujours là.
Fascinant
Merveilleux
Inconnu
Magique
Questionnant, certes
Jamais inquiétant, en fait,
C’est le piment de ma vie!

 

 

Non communiquer

Pour une fois, je ne trouve aucune image à placer.
Il serait possible de laisser un blanc.
Il m’arrive fréquemment de poser des blancs dans les conversations, c’est ma manière de les colorer!
Mais l’illustration serait imparfaite car j’ai envie d’aborder le brouillard, c’est à dire l’art de brouiller les cartes sans rien changer au paysage.

C’est brumeux ce que tu radotes, allez vous me rétorquer avec raison.

J’explique.
Ce matin, ma tasse de café à la main comme d’habitude, j’ai ouvert mon écran sur le monde du jour. A la veille des agapes de fin d’année, certaines vidéo prolifèrent et voilà que j’ai monté le son sur une pub pour la CNV.
Pour attirer le chaland il  était, au départ, question d’une recette sensée assurer une forme de survie aux réunions de famille.
Vous me connaissez, quand je regarde un truc, je regarde jusqu’à la fin, histoire de dévisager la chute en face et de comprendre le déroulement qui précède. Et dans cette vidéo, il s’agissait de faire de la pub!

Pas de soucis.
Je respecte.

En visionnant cette promotion sous le logo CNV dont l’acronyme suggère dans ma tête bien plus de violence que sa traduction voudrait le faire croire, je songeais qu’il s’agit en fait de formater les gens à  la CNH (Communication Non Humaine) .
Je me suis mise à rêver.
Je m’imaginais en train de faire une analyse située ( google est votre ami) de l’usage de la CNV dans une assemblée sans expérience.
N’ayant plus l’âge ni de publier ni de gloser plus loin que sur cet espace retiré, j’ai rapidement souri en réalisant qu’il n’y a pas besoin de méthodologie bien précise pour démontrer à quel point les beaux discours ne fonctionnent qu’en démonstration.
Vous savez, c’est un peu comme ces « trucs » prétendument magiques qu’on vous vend sur les marchés et qui perdent tout leur pouvoir une fois dans votre cuisine (oui, ce sont souvent des « outils » de cuisine…).
Les bons vendeurs savent faire miroiter ce qu’ils doivent vendre, c’est à dire tout et n’importe quoi. L’essentiel pour eux consiste à émoustiller le désir, à suggérer le besoin dans l’unique but de vendre. L’usage qui suivra ne les concerne pas.

Pas de soucis.
Je respecte.

Et je pensais aux braves gens qui allaient tenter d’essayer les recettes proposées par la vidéo.
Je leur souhaite une belle grosse carapace faite d’humour sans le moindre égo, ainsi, ils ont une chance de bien rire!
En silence et sous cape, bien entendu!

Les voiles dehors

Brassage de photographies anciennes.
Anciennes?
Pas plus loin que le siècle dernier, autant dire que je ne remonte pas au moyen-âge.
Et c’est dans nos bonnes régions de France que je me balade, pour les deux images affichées, c’est précisément en Loire-Inférieure, précisément où je vis actuellement.

La jeune fille en blanc est devenue une arrière-grand-mère qui commande ses courses en tapotant sur sa tablette. C’est une femme coquette qui n’hésite pas à dénuder ses bras et son décolleté lorsque l’été est là.
La grand-mère aux cheveux soigneusement tirés sous la petite coiffe, elle, s’en est allée depuis longtemps sans jamais connaitre ni ses arrières petits-enfants ni la joie des réseaux sociaux au bout des doigts.

J’entends souvent le monde parler autour de moi et ce qui revient au sujet des apparences vestimentaires, c’est un leitmotiv : « d’abord, je fais comme je veux »

C’est que depuis une époque lointaine où j’ai habité (Et oui (soupir)  Je suis carrément préhistorique! ) beaucoup de choses ont changées.
Sérieusement, je vais rester dubitative quant à la « libération » des femmes. C’est tout juste si l’apport de la contraception chimique légale ne les a pas propulsées d’un enfermement à l’autre, de l’obligation de la reproduction à l’obligation de jubiler dans les jeux intimes du mélange des corps.
Inutile de s’aventurer sur ce terrain miné.

Surtout, ce qui a changé, c’est la multiplication des boutiques de mode.
C’est la multiplicité des courants.
C’est l’internationalisation des inspirations.
C’est la réalité de la consommation à moindre coût.

Un « truc » était impossible dans le monde préhistorique des femmes présentées en photographie, comme dans celui de mon enfance, ce « truc » c’était le choix vestimentaire.

On portait ce qu’il y avait, ce que savait coudre la couturière du coin, ce que raccommodait la mère, ce qu’ajustait la grand-mère, ce qui était recyclable.
On détricotait, on re-tricotait jusqu’à ce que la laine elle-même soit tellement usée qu’il n’était plus possible d’en faire même un carré en vue de l’assembler à un autre carré.
Quand une fillette portait une jupe ultra courte, c’était juste parce qu’elle avait grandit trop vite, que les finances de ses parents ne pouvaient pas suivre ou qu’il n’y avait plus le moindre centimètre d’ourlet à défaire.

Et pourtant, j’espère que l’imagination des passant(e)s peut imaginer à quel point la séduction existait, partout, pour tous et chacun.
Pas seulement chez les personnes les mieux nanties en « pouvoir d’achat ».
C’est peut-être ce qui poussait à utiliser le proverbe « l’habit ne fait pas le moine »?
Je ne sais pas.

Aujourd’hui, l’habit fait le moine, la teinture fait les punks, les prothèses en tout genre font le job.
Il est indispensable de « faire comme je veux » et si possible comme tout le monde autour, donc comme dans « mon microcosme ».
Ce « mon microcosme » fusse t-il totalement virtuel, il n’en est pas moins réel.

C’est drôle.

Et franchement, si j’en ponds un billet, il n’y a pas de quoi en faire un fromage.
Il suffit de laisser le temps faire son oeuvre.
Tout passe.
Sauf le désir de séduction.
Sauf la peur.
Sauf l’exploitation des peurs et des désirs.

J’ai écouté hier l’émission de France Culture : d’âge en âge, voiles proposés, voiles imposés et c’était magnifique d’entendre une femme d’un âge certain affirmer « Je me sentais tellement séduisante avec mon foulard sur la tête » et ajouter plus loin  » Et puis la soie, c’est doux au toucher et son frottement sur la joue était agréable ».

De quoi méditer, relativiser, sourire…

100% féminin


La photo date de 1920.
Ma grand-mère âgée de 19 ans pose avec son premier enfant.
Un fil qui restera unique.

Hier, sur « le mur » d’une amie, je lisais une discussion où il était question d’apparence féminine.
L’attitude des mâles était l’objet de la controverse sur le ton « c’est toujours eux qui décident ».
En filigrane, je lisais ce que je déteste lire, une espèce de théorie du complot selon laquelle les femmes seraient de « pauvres petites choses » soumises à la contrainte de « l’autre genre ».

Il était vain de tenter toute « réaction » sur ce mur, j’ai gardé l’idée de ce petit billet sous le coude.

Car, un mystère a longtemps préoccupé les cerveaux des « savants », ces personnes du « bon genre » qui ont fait couler tant d’encre pour définir un statut aux humaines si différentes d’eux.
Différentes car non pourvue d’appendice extérieur.
Différentes car fluettes de voix.
Différentes car d’un tour de taille fluctuant.
Différentes pour plein de « bonnes raisons », de manière très factuelle.
Ce mystère,
Ce mystère quel était-il?

Ce mystère, c’est que ces personnes si différentes donnaient naissance à des enfants différents d’elles, à des enfants pourvu d’un appendice bien visible et plein de promesses.

Ce fait a engendré beaucoup, beaucoup de réflexions et d’actions parmi ceux qui désiraient se reproduire à l’identique et qui n’avaient pas d’autre choix que l’acceptation.

L’acceptation des faits.

Nous sommes tou(te)s né(e)s avec une étiquette « 100% made in femme » collée au corps.

 

 

La quadrature du cercle enfin réalisée

Chercher la quadrature du cercle passionne les mathématiciens depuis l’antiquité et continue à faire couler de l’encre.
Chercher la pierre philosophale passionna les alchimistes depuis l’antiquité jusqu’à l’apparition de la chimie moderne, mais on en parle encore.

Et voilà que je croise cette affiche publicitaire alléchante qui me prouve que tout est possible, la quadrature du cercle comme la transmutation des métaux.

Parce que, vous l’avouerez, une boite de conserve au goût de conserve fabriquée dans une usine ultra moderne, même une boite « nouvelle à l’ancienne », c’est toujours une boite de conserve au goût de conserve fabriquée dans une usine ultra-moderne.
La différence n’est qu’une différence de prix!
Et il est bien probable que de nombreuses personnes vont succomber à la tentation ce qui potentialise la transformation du plomb en or!

Il est certain que cette affiche fut réjouissante à rencontrer, plus que tout autre.
La publicité va de paire avec la consommation, elle explose sous nos yeux jusque sur nos tablettes, nos téléphones, dans les moindres recoins.
Il est difficile d’y échapper.
Elle sait merveilleusement se faire subliminale, au point de nous atteindre dans les méandres de notre inconscient, au point de modifier notre bon sens en profondeur.

Il y a un bon bout de temps que je me gausse avec bienveillance de toutes ces modes « à l’ancienne », dans tous les domaines, de toutes ces modes qui totalement innovantes et contemporaines et intrinsèquement liées à notre société d’aujourd’hui surfent sur la nostalgie d’un paradis perdu.
Alors, voir les antonymes s’afficher, en si gros et côte à côte, sous mes yeux stimula mon imagination au plus haut degré.
Et les digressions allèrent bon train, c’est sans dire.

Ce qui me rend triste, c’est toujours la même chose : les personnes les plus crédules sont les personnes les plus fragiles, à moins que ce ne soit l’inverse.
Car rien ne touche davantage que l’expression minimaliste.
Dans un monde complexe, il est rassurant de se raccrocher aux pensées simplistes.

Je suis assez fan des oxymores dans ma prose, parce que la surprise (pour les personnes sensibles aux figures de style) permet de mettre de la poésie dans le propos comme un clair obscur dans un photographie.
Je sais aussi que manié à propos, il souligne l’absurdité de manière très abrupte.

Bref… C’était la photo du jour!

🙂

La culture intensive de la norme ferait-elle pousser la différence?

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. »
Christian Bobin, Editions Gallimard, 2001, ISBN 2-07-042710-2

(Oui, cette citation revient souvent dans ce que je raconte…)

Nous l’avons tous constaté, la norme est à tous les coins de rue.
C’est une question de sécurité à ce qu’il parait.
NF : Norme Française, la sérénité certifiée, c’est écrit sur la toile c’est donc vrai!

La norme.
Avant même de voir le jour, tous les foetus présents en France sont mis en équations et la bataille est si rude que la sacro-sainte norme ne cesse de se rétrécir histoire de mieux « cibler ».
Avant même de voir le jour un foetus est donc normal ou « pas normal ».
En entrant dans la vaste baquet des « pas normaux », il peut avoir la chance d’être sélectionné pour « vivre quand même » ou être purement et simplement éliminé.
C’est que « pour des raisons de sécurité », pour des « raisons de sérénité » il est « normal » de ne pas « aimer » ce qui est hors norme…

C’est toujours inquiétant la différence, non?

C’est inquiétant la différence, mais une fois bien né, bien vivant et bien vieillissant, il FAUT apprendre à accepter la différence.

La différence est une richesse à ce qu’il parait.

OK…
Il faut suivre, mais OK. Je suis hyper large d’esprit et je sais m’adapter!
J’ai commencé très tôt à m’adapter…

Dans les années 60, j’ai fait partie de l’échantillon des 120000 enfants testés dans la célèbre « Enquête Nationale sur le niveau intellectuel des enfants d’âge scolaire ». A l’époque, il s’agissait simplement de faire le compte des « déficients » avec les outils de l’époque.
La notion de QI était déjà bien présente depuis le début du 20ème siècle. Il n’était pas encore possible de trifouiller dans les chiffres à grande vitesse comme aujourd’hui (merci les ordinateurs contemporains), mais il était possible de publier une grande quantité d’études et surtout de définir « une norme » assez précise.

Comme par hasard, je n’étais pas dans la norme.

En souvenir, je garde à la mémoire le jour de test comme le plus beau jour de ma vie d’écolière.
(En écrivant cette affirmation, j’effectue un rapide travelling dans mes souvenirs et sincèrement je pense que c’est l’unique jour où j’ai autant jubilé, en classe, et sans discontinuer pendant aussi longtemps)
C’était l’année qui précédait mon entrée au lycée (donc en 6ème), j’étais au deuxième rang de la troisième rangée de bureaux, celle qui était du côté de la porte de la classe. Les premiers rangs étaient uniquement accordés aux « bonnes élèves » sauf celui « côté fenêtre » qui était utilisé pour ramener au devant celles qui avaient des problèmes de vue. Nous étions  donc 6 « bonnes élèves » sur une quarantaine de filles et nous étions 5 plus jeunes d’une à deux années par rapport à « la norme ».
Il y avait dans la classe, des filles de plus de douze ans, elles avaient pour contrainte la préparation au Certificat d’Etudes Primaires.
Contrairement à mes « copines » de la première rangée, je ne me sentais pas « bonne élève » malgré les « classements » et je rêvais secrètement d’un coin tranquille au fond de la classe.

Le jour du test, l’institutrice était en retrait, et c’était cool parce qu’elle me faisait un peu peur au long cours.
Il faut bien avouer que j’avais pris la désagréable habitude de jouer avec les consignes et il est certain que mon aimable « transgression » l’agaçait au plus haut point.

Chronomètre en main, une « dame » distribuait les fiches de test et donnait les consignes. Une autre « dame » surveillait l’application stricte des consignes.

Un état de grâce s’est installé dans mon ventre dès le premier exercice. Le chronomètre avait à peine été déclenché que j’avais terminé. J’avais terminé et je n’avais aucun doute au sujet de ma réponse.
Attention, j’ai écris « je n’avais aucun doute » ce qui est différent de « j’étais certaine d’avoir la bonne réponse »! Je n’avais aucun doute, c’est tout.
Je pouvais donc observer la classe avec l’esprit complètement libre.
Et j’observais.
Deux ou trois exercices m’ont paru plus difficiles, il avait fallu un peu de temps pour les réaliser dans le temps imparti et je gardais un doute… Mais sur l’ensemble de l’évaluation, ce qui primait, c’était le bonheur de « trouver » avant tout le monde, c’était un jeu et j’en sortais victorieuse. J’ai adoré ce jour là.

Que s’est-il passé ensuite : rien.
Dans ma classe, les « déficientes » étaient déjà identifiées, c’était les redoublantes qui n’avaient pas réussi à l’examen du Certificat d’Etude l’année d’avant.

A l’époque, pour une fille « la norme » consistait à « se marier et faire des enfants »… C’était large!

Pourquoi évoquer cet autrefois?
Simplement pour parler de relativité.
Simplement pour souligner que « la norme » étant très très large, on évoquait rarement la différence.
Tout le monde était logé à la même enseigne et chacun était considéré avec les jugements propres à la société d’alors.
Et à cette époque, il fallait faire le compte des « déficients » afin de « les prendre en charge » pour en « faire quelque chose »!

Ce matin, je suis allée faire un tour sur la partie visible d’un de ces microcosmes « d’entre-soi » où le « moi-je » est roi.
J’ai éprouvé un véritable malaise.
Chez eux, « la norme » c’est l’exception, ce qui signifie que « les autres » sont rejetés.
Les autres sont LA source de leurs problèmes, leur sécurité n’est assurée que par la grâce du filtre de leur exception.
Dans leur microcosme, « la norme » c’est pas la norme normale.
Pourtant, ce sont des gens tout à fait « normaux » puisqu’ils sont venus au monde « normaux ». Mais comme aujourd’hui ils se sentent « différents », ce qui est « normal » puisque nous sommes tous différents, ils ont créé leur propre norme basée sur leur propre différence…

OK…
Il faut suivre… Finalement, j’ai quelques difficultés à m’adapter!
C’est normal ou pas normal?

😀