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Reset (part one)

Hier soir, j’avais encore pas mal d’énergie à libérer et j’ai eu envie d’aller grimper au sommet d’un de ces petits sommets où les premiers habitants de l’île avaient l’habitude de venir graver les rochers.

Illuminés par le soleil déclinant, l’endroit est superbe.

Un couple de buse dessinait des cercles juste au dessus.
Les chèvres qui viennent s’abriter tout contre la roche chaude pour passer la nuit étaient en vadrouille sur une autre montagne.
En l’absence de vent, la montée fut facile et l’escalade à moindre risque.
Les blocs de basalte étaient là.

Immobiles.

J’allais directement à la recherche des traces ancestrales.
Je les avais déjà caressées du regard, environ cinq ans auparavant.
J’aime sentir la vibration des passages très lointains, elle met en exergue la réalité de l’imperceptible empreinte laissée par notre passage à chacun, sa futilité, l’impossible interprétation, la puissance des éléments qui font leur job a eux, annihilant sans coup férir et au long cours les programmes humains les plus élaborés.
Et tant.
Et plus.
J’aime? J’ai besoin, c’est certain.

Reset.

Reset! C’est le mot qui m’est venu en premier une fois passée ma surprise, une fois calmées les ondes émotionnelles produites par le choc visuel que je venais de subir.
Reset : après des siècles de subsistance, les gravures ont disparues, recouvertes par des centaines de graffitis contemporains, de ceux là-même que gravent les gens sans vergogne, qui sur les murs en tuffeau des remparts du château de Nantes, qui sur le sable fossile des vallées « enchantées » de cette île, de ceux là-même qui grimpent le plus haut possible et si possible à moindre effort le plus loin possible, dans le seul but de faire un selfie, de l’envoyer illico et de très vite l’oublier en passant au suivant. Au suivant, au suivant…

Il faut vivre avec son temps, vivre dans le monde que nous habitons, avec ce qu’il est ce « monde », donc aussi en compagnie des personnes qui sont autant que nous « m’aime » partie de la société qui nous abrite.
Aucun autre choix n’est proposé, à personne, quoi que nous puissions imaginer, la réalité est là, implacable.

J’ai levé les yeux vers les deux buses qui tournaient.
J’ai regardé l’océan au loin.
J’ai respiré les rayons rougissants qui envahissaient peu à peu l’horizon.
Et je suis partie.

Joindre

Bien plus au sud que je ne le suis dans mon quotidien nantais, loin de l’agitation citadine qui résonne sans bruit jusqu’au fond de mon antre, je suis en ce moment sur « mon » île.
Là, le soleil darde, le vent balaie, le bleu règne entre les moutons blancs qui s’égrainent dans le ciel et la houle qui écume en s’écrasant sur le rivage.
Là, en quelques pas, j’accède au désert.

Avec le temps qui passe et l’âge qui gagne, je suis plus gourmande que jamais, comme s’il était essentiel de prendre ce qui est offert, consciencieusement, de m’en nourrir, de tresser, de tisser sans fin avec attention chaque brin d’une toile complexe afin d’en toucher toujours mieux la simple simplicité.

Partir marcher, dormir dans un pli de montagne ou dans dans le recoin d’une plage puis marcher encore, voilà un luxe qui me ravit.

Depuis plusieurs années, j’avais envie de partir explorer un massif situé à l’est de l’île, une zone dépourvue de sentiers, certes traversée par quelques pistes, mais globalement déserte. Car, le tourisme se développant à grande vitesse, il y a de moins en moins de coins qui échappent aux explorateurs intrusifs, ceux-là qui aiment laisser des traces et qui se précipitent ensuite pour mettre leurs images sur les plans go.ogle. Si cette zone montagneuse reste réservée, je sens bien qu’elle est en sursis.

Difficile de marcher plus de deux jours en autonomie car ici l’eau douce potable est une création humaine, sortie tout droit de l’usine de désalinisation. Il faut donc emporter la quantité nécessaire à la survie confortable et la porter et en supporter le poids à chaque instant.
Je suis minimaliste, parce que c’est ainsi que je garde la liberté de gambader : moins de trois litres d’eau pour deux jours, de quoi manger (du pain et du fromage), une mini-tente et un duvet, un pull pour le soir, une brosse à dent, mon APN et ça roule.

Une fois de plus ce fut magique.

J’ai suivi des sentiers de chèvres en sachant qu’ils débouchent seulement sur des sentiers de chèvres, parfois en extrême bordure de falaise, là où le passage se réduit souvent à une dizaines de centimètres contenant difficilement ma trace et risquant de s’ébouler sans prévenir. Suivre ce genre de sentier, c’est toujours se questionner en paix, s’apprêter à faire demi-tour, évaluer une possible sortie escaladée par « le haut » et néanmoins considérer le choix possible d’avancer plus loin avec sagesse, sans adrénaline dangereuse, juste calme et déterminée, sur le fil comme un funambule.
Jamais je n’encouragerais personne à faire de même, pas plus que je me risquerais sur les traces de certaines jeunes téméraires dont je n’ai plus du tout l’âge.

Et si d’aventure une personne souhaitait « me suivre » et découvrir ces lieux que j’Aime, je choisirais avec tout mon coeur un chemin accessible pour la plus grande sécurité du « couple » ainsi formé.

Car, en toute circonstance, danser sur un fil est un exercice solitaire, unique, exécuté dans l’instant d’un jour donné.

Maintes fois, j’ai pensé à ce que je lis en ce moment sur ces « pages secrètes » d’un réseau sociale tentaculaire, ce que je lis au sujet du passage de vie qui consiste à mettre un enfant au monde.
Je me sens tellement à côté, tout en étant dans ce monde, à cette époque là.
Je cherche l’entre-deux.
Je cherche à joindre ce qui semble injoignable.
La terre et le ciel tellement différents et pourtant absolument en continuité.
L’avant et l’aujourd’hui sans commune mesure et pourtant indissociables.
Le moins pire pour le plus grand nombre et le meilleur auquel chacun aspire.

Ce fut magique une fois de plus.
Indescriptible car ce qui se vit est de l’ordre de l’intime.
L’essentiel ne se partage pas.

Que dire donc?
Peut-être décrire l’instant super fugace?
Cet instant où je mastiquais mon pain sec, assise sous la pleine lune, les jambes étendues devant moi sur le sable du « barranco » sec. J’ai à peine senti un effleurement, j’ai baissé mon regard pour voir une minuscule gerboise aller son chemin. Elle venait de passer sur ma jambe sans me voir, sans me prendre en compte, elle allait son chemin de gerboise et moi, j’étais là.


PS : L’image où je figure fut prise à un autre moment.
A mon retour, en effet, j’ai partagé mes découvertes. Et puisque que ce site, bien qu’invisible pour les passants, était approchable, pas trop loin d’une piste accessible en voiture, nous avons décidé d’y aller ensemble.

Ces changements là (1)

En 2019, au retour de ma balade annuelle, je m’étais posé la question de la prochaine, remplie d’envies mais vide d’inspirations quant aux régions de France dont la découverte à petits pas pourrait se révéler tentante.

C’était avant d’être mise devant le fait accompli d’une « pandémie » jouant sur les nerfs entre obligations et interdictions de tous ordres : l’imprévisible qui pimente habituellement ma vie de manière aimablement espiègle est brutalement tombé sur l’ensemble de la population sans distinction. Sans en être touchée en temps qu’individu, je fus néanmoins atteinte en temps que partie de la population ; de fait j’ai choisi de laisser passer l’année 2020 sans rien prévoir.

Dès l’aube de cette année 2021, j’ai eu un colossal besoin de verticalité minérale. Privée de mes balades en zone désertique fuerteventurienne, j’ai touché le manque.
Car, la région nantaise, pour inspirante qu’elle soit, n’offre guère de hauteurs, d’autant moins que les conditions météorologiques fraiches et pluvieuses laissait la végétation s’étaler à profusion, me plongeant dans un univers entre verts clairs et gris foncés que la seule présence des fleurs ne suffisait pas à illuminer.
Certes, l’océan n’a pas cessé de m’offrir la possibilité de larges respirations, repoussant l’horizon et agrandissant le ciel au lointain de mes pensées, mais j’ai vraiment eu besoin de bouger vers plus loin, plus haut.

En juillet, une fenêtre de ciel bleu m’a poussée vers le massif pyrénéen, histoire de découvrir des hauteurs que j’avais renoncé à traverser en 2017, décidant en ce temps là, que si la pluie cachait tout sous son rideau brumeux, il était inutile de lutter. Ce fut aussi l’occasion pour tester la capacité de ma nouvelle voiture (la même mais en version « cinq portes ») à devenir un hébergement à la fois souple, mobile et… sec.

Juillet est passé.
J’ai envisagé des pistes de balades.
Le temps a galopé.

Libérée des « obligations familiales » mais contrainte par d’autres, j’ai vu septembre se rapprocher, les jours décliner, le soleil se refroidir sans avoir pris de décision. Il fallait pourtant plonger entre le 5 et le 16, choisir une trajectoire, un point de chute et surtout arrêter d’hésiter.

J’ai décidé.
La voiture serait mon alliée contre le temps trop restreint, en faveur de mes besoins de hauteur et de minéral.
D’une traite, j’allais « monter » tout au nord du Cotentin.
En pointillé, j’allais marcher au moins 25km par jour le long des côtes normandes puis bretonnes.
En obligation, j’allais chercher chaque soir un parking sauvage avec vue sur le large.

Ce changement là, ce changement en faveur du pointillé est apparemment un changement de style, apparemment seulement et chacun sait qu’il faut éviter de se fier aux apparences!

A suivre.

Ces changements là (2)

Direction le Nord Cotentin à l’ouest de Cherbourg pour commencer.

En prenant la décision de m’aventurer « dans le nord » j’acceptais la possibilité de fraicheur autant que la probabilité de pluies et de brumes.
La voiture s’étant imposée en temps que simplissime et minimaliste « camping-car », je savais pouvoir dormir au sec, évitant tout pliage de tente mouillée au petit matin.
Le soucis du poids d’un sac a dos de « randonnée autonome au long cours » devenant accessoire, je pouvais même embarquer un petit réchaud afin de me préparer un café chaud le matin et une soupe le soir, deux actions très dopantes et énergisantes en cas de météorologie défavorable.
Pour le reste je suis restée avec mes habitudes : aucun stock notable (sauf les noisettes) en nourriture ni en eau, vêtements de base, couverture de survie, couteau de poche, peigne et brosse à dents.
A noter que tout en acceptant la possibilité de pluie battante sur toute une journée de marche, j’ai quand même investi dans une véritable cape de pluie (la plus légère quand même) en matière top haut de gamme, donc à un prix top élevé : impossible d’avoir rien sans rien. Et sur ce point particulier, ce fut vraiment une bonne idée d’investissement (je me demande quand même dans quelle mesure la « mode post-covidienne de randonnée » n’a pas boosté les « créateurs » de confort pour bobo : je n’avais pas vu ce produit là avec cette technicité là auparavant. Certes, je n’avais pas cherché!)

J’avais un souvenir très précis du Cotentin, des souvenirs délicieux même, remontant à une époque lointaine où nous y avions résidé. En conséquence, je savais précisément où trouver les « à pic », la vie sauvage et aussi les points de ravitaillement faciles d’accès loins des embouteillages.
Les deux premières journées furent parfaites.
Les paysages collaient avec mes souvenirs tant que je regardais du côté de la mer.
La chaleur était là, les grandes marées faisaient leur show, j’ai marché tranquille deux fois trente bornes et…
… Et il n’y avait plus de falaises!

Que faire alors?
Dilemme : rejoindre la Bretagne sans attendre ou trainer encore un peu en Cotentin?

J’ai déplié les cartes.
Faire un choix judicieux en début de balade, alors même que j’étais à peine rentrée dans le rythme, s’avérait délicat. Je tenais à une bonne répartition des trajets motorisés, autrement dit, mon goût pour une certaine rigueur dans l’improvisation me disait que des beaux pointillés se doivent d’être réguliers.
J’ai replié les cartes.
Et déplié, et replié.
Ma décision était prise : aller faire un tour à Chausey que je ne connais pas.
Autre avantage de la voiture, sans soucis de recharge de smartphone, j’ai pu réserver illico en ligne, avant d’avoir le temps de changer d’avis.

Le troisième jour fut donc un jour entre parenthèse, un jour ilien dans un univers entièrement dédié aux touristes, dans un univers d’où l’âme s’est quasiment envolée.
Ce fut une expérience.
Et j’aime les expériences.
J’ai fait deux fois le tour de l’île, j’ai marché d’une île à l’autre grâce à la marée basse de grande marée, j’ai fait des tas de cailloux, écouté les oiseaux voler, marché encore, cherchant jusqu’à l’ultime moment où être pour éviter d’être au milieu « des autres », puis il fut l’heure du dernier bateau, de la voiture et de la route jusqu’à un parking sauvage au bord de l’eau, en Bretagne!

A suivre

Ces Changements là (3)

Bretagne nord.
Beaucoup de noms de villes me sont familiers mais je ne connaissais pas du tout cette région : débarquer dans un lieu à la faveur d’une compétition, c’est vivre en vase clôt le temps de la compétition et reprendre la route à la hâte dès que l’évènement se termine, c’est comme aller à un RV par le métro, il est possible de reconnaitre la station de métro mais rien de plus.

Je n’avais jamais vraiment noté que la Bretagne du Nord longe les côtes de la Manche, dans mon imaginaire « Bretagne » rime avec « Atlantique » et je me suis trouvée face à l’évidence : la côte nord n’est pas la Bretagne que j’imagine.
L’affluence des touristes, sous le soleil dont j’ai profité, lui donnais un air méditerranéen tout comme les variations du bleu de l’eau.
La Manche est un passage.
Les courants forts chantent comme autant de torrents suivant l’heure de la marée, ce sont eux qui animent le flot et que le vent s’en mêle, l’écume peut survenir.

J’aime la chanson du courant autant que les merveilleux dessins mouvants qui courent à la surface, offrant une immensité à la palette des bleus reflétant le ciel. Je peux rester longtemps penchée sur le spectacle.

A la recherche de rochers, je suis passée d’une pointe à l’autre, pestant contre l’invasion des camping-cars lorsque le soir venu je cherchais un emplacement loin du monde. Souvent parqués derrières des barrières, alignés les uns contre les autres comme dans un parking de supermarché, ils font masse et me posaient plein de questions, m’obligeant à fuir et à chercher plus loin. Certains soirs, j’ai tourné plus d’une heure, ce qui était beaucoup plus facile en voiture qu’à pied, bien que peu écologique.

Cette côte Nord de la Bretagne m’a offert, c’est certain, un bon nombre de clichés.
Les paysages?
J’ai été déçue parfois, déçue lorsque la réalité me sautait aux yeux, tellement différente des « cartes postales » piochées sur la toile.
Et puis, il y avait vraiment beaucoup de monde, trop à mon goût.
Et puis, voir ce « monde » se précipiter sur le « point de vue » de la carte postale pour y faire au choix un selfie, au choix une nouvelle carte postale me déprimait.
Et puis, et puis…

Oui, j’ai vu de beaux rochers.
J’ai appris aussi : les fours à goémon (destinés à la fabrication d’iode), les carrières de granit sur l’estran (construction des phares, des cathédrales et des maisons), ces rappels historiques qui me donnaient une vision de la vie des habitants d’autrefois, me ramenant aux humains d’aujourd’hui et à mes infinis questionnements.

En conclusion « j’ai fait » la Bretagne du Nord.
A la fin du septième jour, je n’avais qu’une hâte : passer à l’ouest!

A suivre

Ces Changements là (fin)

Dès mon arrivée à l’ouest, le soir à l’heure de trouver « une bonne place » j’ai senti la respiration océanique.
Alors, j’ai pu palper la différence, comprendre ce que j’avais ressenti tout le long de ma balade manchoise.
Les métaphores et les comparaisons s’amoncelaient dans mes pensées.
Si je devais citer deux fleurs qui me plaisent, je pouvais affirmer que la Bretagne nord me faisait penser à une pivoine et celle de l’ouest à une rose : mêmes couleurs, parfums assez semblables, mais graphismes différents et des épines pour la rose.
Si je devais citer des peintres qui me plaisent, je pensais à Dali pour la côte nord, à Dali pour se peintures lisses et surréelles, arrivée à l’ouest, ce sont les années torturées de Van Gogh qui rentraient dans la danse.
Je pensais à la vie des gens autrefois, des vies tellement différentes selon leur lieu d’habitation et leurs activités qu’elle devait forcément dessiner leur physique de manière différente, rondeurs et courbes douces pour les nordistes, traits secs et creusés pour les Finistériens.

Car, oui, j’entrais au bout du monde, là où se finissait la terre, là où commençait l’inconnu redoutable. Plus question de contrebande, d’échanges avec les îles d’en face par ici, il s’agit de navigations au long cours, de naufrages, de trépassés, de courage et d’aventures mille fois renouvelées.
Le nombre de chapelles et de calvaires est là pour souligner cette évidence : dans cette région, les humains devaient avoir la foi bien accrochée pour avancer dans la vie.

Il me restait trois jours.
Trois jours à vivre intensément.
Trois jours à marcher sur les crêtes, à me couler dans les ombres des criques improbables, à m’incliner, à respirer de tout mon être.

Le dernier jour s’est achevé à la crêperie, celle tenue par la femme d’un jardinier au grand coeur.
Le lendemain, j’ai roulé vers Nantes avec une idée fixe en tête : il faut que je retourne là-bas, au bout du monde, il faut que j’aille explorer l’immensité de ce qui est resté invisible.

A propos de balade à thème

Toute action entreprise doit avoir un sens, une direction, une intention.

Incapable je suis d’agir par habitude ou parce que c’est « comme ça », j’ai besoin de sens.
Partir un mois, partir un jour, sortir à côté ou voyager au loin est, et fut toujours, la conséquence d’une réflexion complexe, d’une recherche attentive, d’un choix qui laisse de côté tous les autres. Cependant, je ne pose aucune attente particulière sinon une patiente attente d’être surprise, attente qui germe sur une intense curiosité au sujet de l’heure de venue d’un imprévisible certain.
Après ces quelques lignes, j’ai pensé que forcément « tout le monde » à besoin de sens, que forcément il ne viendrait à l’idée de « personne » de poser un pied devant l’autre sans avoir préalablement choisit une direction, ne serait-ce que celle qui consiste à suivre un mouvement venant des autres.
Alors, je me suis regardée en train d’écrire pour ne rien dire!

Et pourtant j’ai envie d’écrire un truc juste à la sortie de ce printemps 2021, le deuxième printemps sous le règne de Sras-Cov-2ème (un sacré tas d’ARN qui en distribuant une maladie nommée COVID19 fait la loi dans le monde entier), car c’est bien en raison des restrictions imposées, restrictions pesant sur la recherche de sens, que j’ai dû organiser mes balades.
Quand tout semble figé dans la dualité, j’ai besoin de bouger pour ouvrir mon point de vue.
Quand le tempo est à l’enfermement, j’ai besoin d’air.
Non seulement je suis incapable de m’habituer aux contraintes mais en plus, certaine qu’il est absolument nécessaire de ne jamais s’y habituer, je cherche chaque faille, aussi petite soit-elle, pour aller chercher la lumière.
Quand le ron-ron des réseaux sociaux oscille entre ronpour et roncontre, à une cadence ininterrompue, parfaitement rythmée, quasi hypnotique, c’est vers la complexité du dehors que j’ai besoin d’aller, comme un besoin viscéral d’échapper à l’apparente simplicité d’une captivante série de télé-réalité à succès populaire.

Dans ce contexte,
Tenir un thème qui me ressemble,
Un thème qui me rassemble est essentiel.
Un thème dans la distance impartie.
Les orchidées sauvages?
Yes, les orchidées sauvages!

Alors, chaque sortie devint une recherche.
Alors le temps s’est écoulé passionnément.
Passion
Patience
Patience.

Et lorsque l’horizon s’est ouvert, lorsque les balades ont pu s’imaginer au bout de quelques heures de route en voiture, en l’absence du moindre stress*, j’ai poursuivi ma quête plus loin, au delà du département, au delà de la région.
J’ai ainsi marché des heures.
J’ai ainsi marché, certains jours, du lever au coucher du soleil.
Chaque fois, je scrutais alentour, intensément, sans toujours savoir ce qui devait accrocher mon regard sinon l’invisible au regard commun. (Je pense par exemple au Liparis de Loesel ou à l’Orchis grenouille)
Parfois, souvent, je fus attirée par des connaissances, émerveillantes, impossibles à ignorer. Je me laissais charmer, incapable de résister à l’envie d’immortaliser la belle dans une image, peut-être pour simplement prolonger l’instant en posant mon sac, en contemplant les robes, en me perdant dans la perfection des graphismes, en respirant des parfums subtils, en admirant une capacité d’adaptation échappant aux algorithmes machinaux.
Et je marchais plus loin.
Remettant au lendemain une rencontre improbable.
Ou,
Tout à la joie d’avoir déjà trouvé, à nouveau tournée vers une autre recherche.

Juillet est arrivé sans crier gare et les plantes de printemps sont maintenant en graines. Préparant un prochain printemps, elles m’invitent déjà, porteuses d’un sens certain, bien plus grand, bien plus loin.

J’ai encore besoin de chercher, j’ai encore besoin d’être curieuse, je n’aurai jamais « tout compris », tout m’apparait extrêmement complexe, me dépassant toujours et c’est vraiment ce qui me fascine et m’attire et me tient debout.

Et… n’est-ce pas au final, comme « par hasard », le tissage d’une histoire de graines, de laborieux jardinage, de récolte et de récolte à partager ?

* Stress : oui, parce que durant ces deux années écoulées, plus encore que par le passé, j’ai ressenti au long cours combien pèse la sensation de « transgresser la norme imposée ». Quand bien même la transgression demeure paisible, non militante, pacifique donc, et respectueuse d’autrui, elle impose à mon animalité humaine un certain effort, donc un certain stress d’effort simplement parce qu’en temps qu’animal grégaire, je suis principalement programmée pour suivre le troupeau.
Un vaste sujet à méditer dans tous les sens.

La valse des étiquettes

Aucune image ne serait capable, à mes yeux, d’illustrer le propos qui suit.
Pas d’image aujourd’hui donc.
Pas plus d’étiquettes, seulement une valse
A trois temps
Production, valorisation, consommation.
Dater le premier temps de la valse est difficile
Et une fois que la musique est lancée, chacun des temps existe individuellement
Donc sans ordre.

Pourtant injonction il y a.
Sociétalement.
Eviter les étiquettes, tout le monde pareil
Donner une valeur, à chacun la sienne

Et ce qui me désole, c’est que « la normalité » permette de définir ce qui lui échappe
Tout en multipliant les définitions
Au point de rétrécir sa base et de disparaitre elle-même.
Car lorsque « la normalité » devient l’exception, elle n’a plus rien de normal.
Multiplier les étiquettes
Identifier des variations à la norme
C’est aussi annihiler la norme
En trouvant une étiquette pour chaque individu.

Et si chaque individu à l’étiquette
L’est pour obtenir une aide,
La norme deviendrait donc l’aide et la dépendance à l’aide
Chacun revendiquant le droit à être considéré
« Comme tout le monde »
Et le droit d’en avoir plus que la norme
Qui n’existe plus…

Allez, dansons maintenant!

Là où la terre s’achève


Ce matin, j’ai marché aussi loin que possible, sortant des chemins bien pavés pour aller là où la terre s’achève, tout au bout de l’île.
C’est là que, les jours de grâce où je peux aller sur l’eau à la rame, c’est là que j’attends la « reverse » afin de poursuivre à moindre efforts le tour de l’Ile, une balade assez magique sur le grand fleuve, à la fois en ville et loin de la ville.

Là où la terre s’achève.
Là où plus loin oblige à naviguer
Où commence l’inconnu,
Où macèrent les peurs,
Les doutes
Là où la terre s’achève commence
Un autre monde.

Sous le soleil froid de novembre,
Sous les grands arbres dénudés
Dans l’air limpide du matin
Plantée dans la boue laissée par la marée passée,
Je me suis évadée infiniment loin.

Finisterre est l’ultime étape,
A ce qu’il parait.
Mais le slogan breton affirme que tout commence
En Finistère.
Que croire?

Ce matin, je suis allée jusqu’où s’achève la terre!

Dimanche 22 novembre 2020, plus de cinq mois après la sortie du grand confinement, plus de trois semaines après l’entrée dans le carême d’avant Noël décrété au nom du SRAS-Cov-2. Il se dit maintenant que l’Avent approche mais que le carême survivra après les fêtes.
La suite est toujours plus loin.

De l’utilité (3)


Une bruine fine a envahi la ville.
L’heure d’hiver a sonné le glas de la lumière solaire à l’heure du thé
Le plus célèbre des minuscules tas d’ARN poursuit son chemin de terroriste mondial.

La roue avant du vélo fait jaillir de la route une trainée de gouttelettes, j’ai déjà les pieds trempés, les cheveux mouillés et le visage juste bien brumisé, je suis ravie.
Les rares personnes qui pédalent et me croisent ont le sourire aux lèvres. Dois-je déduire que seuls les gens heureux sont de sortie ce matin?

Tout au long de la semaine, j’ai tourné et retourné ce mot « utile » qui m’invite pour la troisième fois à proser au sujet de l’utilité.
Dans différents environnements, j’ai procédé à sa dissection.
A travers ce que j’imagine d’époques révolues dans lesquelles je n’ai point habité, je l’ai fait voyager.

J’ai écrit « ça » et bien plus hier.
Ce matin, ce dimanche j’ai effacé presque tout.
A quoi bon écrire ici ?

Il faudrait croire en l’utilité pour réussir à convaincre,
Ou croire à la non-utilité pour tenter de démollir la croyance en l’utilité.

Et définitivement, je suis brouillée avec les croyances, avec la dualité, la dichotomie, la prise de position qui me poserait dans un camp contre l’autre ou dans un camp avec ceux du même camp.

L’impression de solitude me tombe parfois sur la tête.
Du fait de ces incroyances.
Je suis tout à fait non capable d’affirmer que la solitude est utile
Ou non utile.
Elle est
Et en même temps existe notre humanité
Et le monde que nous habitons.
Seuls et ensemble,
En même temps
Indissociables
Non opposables.

Dimanche 25 octobre 2020, cinq mois et deux semaines après la sortie du grand confinement.
La peur est à nouveau palpable tout autour, consécutive au niveau d’alerte lancé à travers les médias. Chacun en fait ce qu’il a besoin d’en faire, en fonction de la manière dont il qualifie cette peur.
Dans ma ville, les bars fermeront dorénavant à 22:00 et pour ma part, ça ne changera rien.
La suite est encore plus loin.

Au bout de la patience, il n’y a rien d’autre que la patience. Je l’ai appris par expérience.