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Question de point de vue


Ca fait quelques années que j’ai commencé à faire des tas de cailloux en passant, des tas en équilibre précaire qui ont pour mission de s’écrouler dès que j’ai le dos tourné à moins que je ne les démonte après la captation d’image si ni le vent ni les vagues ne peuvent s’en charger.

Pour écrire ce billet j’ai une fois de plus plongé dans les entrailles de ce blog, à la recherche de billets plus anciens, de souvenirs ou d’arguments déjà avancés. J’ai retrouvé Melchior avec plaisir mais il y en a tant d’autres, celui-ci par exemple et d’autres et d’autres. C’est que je suis inquiète à l’idée de radoter et puis, finalement je suis heureuse de lire qui je suis depuis un bout de temps, racontant toujours les mêmes histoires en les pimentant du présent tout en les conservant à mon image.

J’ai déjà titré « Points de vues« . A deux « S » près, cette fois-ci je questionne davantage.

Davantage et plus loin, je questionne l’équilibre.
D’équilibre aussi il est souvent question dans ce blog jusqu’à parler de l’effort nécessaire pour y parvenir. Maintes fois, mille fois, dix milles fois au cours d’une journée nous sommes en équilibre et nous passons d’un équilibre à un autre sans nous en apercevoir sans le noter, aussi automatiquement que nous marchons. nous passons d’une posture à une autre et cela nous semble si « normal » que nous n’y prêtons aucune attention.

Donc.

Quand je construis un tas de cailloux, je recherche un équilibre éphémère.
Et,
Je suis attentive au point de vue, c’est à dire à l’angle sous lequel je vais capter l’image afin que la fragilité de l’équilibre soit bien visible.
Une fois que la construction me parait achevée, je tente de l’enregistrer dans mon APN, espérant que j’en garderai le souvenir préalablement imaginé. C’est difficile car entre l’imagination, la réalité et l’image enregistrée, tout un registre s’écrit.
Si le vent m’en laisse le temps, je tente parfois de prendre une photo sous un autre angle, histoire d’avoir un point de vue différent.

L’autre jour, dans la lumière d’avant le crépuscule, dans la paix d’un lagon vidé par la marée, j’ai joué avec les cailloux et la lumière.
La photographie visible sous le titre de ce billet fut celle que j’ai prise juste avant de tourner le dos et d’entendre le « plouf » caractéristique d’un « démontage automatique ».
Le point de vue est donc celui que je n’avais pas prévu enregistrer, le côté pile en somme.
En le regardant le soir sur grand écran, il m’apparu d’une grande stabilité. Impossible de passer à côté de cette notion de « point de vue » alors. Je connaissais la fragilité de mon édifice, je l’avais entendu s’écrouler spontanément sous la faible brise du soir et surtout j’avais l’autre point de vue sous les yeux.

Je voyais ce point « faible » et « fort » à la fois sur lequel reposait une bonne partie de l’édifice. Ce point terriblement fragile.

Comment oublier que la vie toute entière est ainsi construite, en équilibre entre forces et faiblesses ?
Comment oublier que tout est question de point de vue ?
Comment faire abstraction de la relativité en toute chose, de la variabilité des points de vue, de l’incessant renouvellement des postures ?

Définitivement, c’est en questionnant toujours plus loin que j’avance, en équilibre (forcément instable) sur le fil tendu entre mes paradoxes.

De la complicité

Voilà un mot dont il me faut parler.
Complicité !

Car, en cette époque où « monter à cheval » est presque uniquement une activité de loisir, en cette époque où une certaine afféterie est de rigueur se confortant dans un anthropomorphisme sans bornes, il est de bon ton de déclarer que le cheval est un tendre complice.
Tendre complice !
Les personnes qui me connaissent imaginent déjà que je vais écrire tout un poème autour de ces deux mots en sachant à quel point j’accorde de l’importance à l’étymologie lointaine du mot.
Empr. au lat.poema «poème, ouvrage de vers; poésie» et celui-ci au gr. π ο ι ́ η μ α «ce que l’on fait, d’où: oeuvre, ouvrage manuel; création de l’esprit, invention

Oui, j’utilise aussi cette manière de parler car c’est dans la mode actuelle : je vais jouer avec « mon » cheval afin d’améliorer notre complicité !

Ceci dit, qu’est-ce que ça signifie en vrai ?

En réalité, je sors du pré un cheval qui n’a rien demandé afin de satisfaire mon propre désir, lequel est très très complexe.
Tient, tient…
Complice et complexe dérivent de la même lointaine racine, une vague histoire de tissage, de fils entrecroisés pour former un « tout » d’où il est extrêmement difficile de tirer un fil unique sans abolir le « tout ».

Je reviens à mon loisir équestre.

Je monte toujours le même cheval.
Lui est soumis à deux cavalières principales sans compter les rares jours où il est « prêté » à d’autres personnes. (toujours très gentilles et respectueuses, of course!)
Afin de me sentir « bien » avec ce cheval, j’ai commencé à établir un certains nombre de codes que j’essaie de lui faire intégrer.
C’est à dire que j’exige de lui un effort de mémorisation de « mes codes à moi » alors que je suis bien consciente qu’il a aussi en tête les codes transmis par sa cavalière-propriétaire et qu’il doit instantanément essayer de saisir les codes envoyé par les personnes de passage.
De son côté, il envoie plein de messages, toujours les mêmes, quelque soit la personne qui le sort du pré.
Les chevaux comme tous les êtres vivants envoient des signes, sans y songer, sans rien décortiquer dans les arcanes de leur cerveau.
Chez les humains il est habituel de parler en terme de « langage non-verbal ».
Chez les chevaux, il est habituel de parler principalement en terme de « défenses ».

Dans chacune de mes moindres respirations, lorsque je suis en présence de « mon » cheval, je suis donc intensément attentive aux signes qu’il envoie. Ainsi je capte son refus de soumission, son désir de « bien faire » (pour en finir plus vite, pour obtenir une récompense), son impatience lorsqu’il ne comprend pas le code que je propose, son attention à ma petite personne, sa curiosité pour l’environnement, son soulagement, ses tensions, etc, etc… La liste est infinie.

Et voilà ce qui me passionne, cette relation au vivant au delà des apparences, ce qui se joue, ce qui se passe entre deux êtres vivants entiers, situés, chacun dans son monde.
Je poursuis mon exploration commencée il y a longtemps, une exploration « sur le terrain » comme je l’ai toujours fait au cours de mes traversées, de mes passages de vie.

Ni complice, ni compagnon.

Impossible complice, en fait.
Impossible compagnon puisque nous ne partagerons jamais un repas (cf étymologie du mot compagnon), nos régimes alimentaires étant aussi différents que notre aspect physique.

Par choix de ma part,
Par non-choix de la sienne,
Nous tentons d’établir une relation,
Une relation la plus confortable possible pour chacun de nous,
La moins pire dans le cadre défini,
Donc.

PS : incapable d’échapper à toute réflexion anthropomorphique, je me dis souvent que le cheval est comme un enfant (vis à vis des adultes qui s’affirment « responsables » de lui), il n’a pas d’autre choix que celui d’essayer de plaire, coûte que coûte.
L’enfant rebelle qui vit encore au fond de moi est formidablement compréhensif de « ça »!

Ils sont faits pour ça

« Mais… ils sont fait pour ça! »

Cette phrase est tombée d’un coup, obstruant immédiatement l’écoulement du flot de questions que j’essayais de traduire en paroles.
C’était après une courte séance d’éducation proposée au petit cheval Apaloosa avec l’aide d’une jeune cavalière.
Ses parents (propriétaires des lieux) s’étant approchés, je tentais d’expliquer à nouveau et à l’aide de mots simples autant que de métaphores anthropomorphiques à quel point il était difficile de trouver un équilibre entre « aimer monter à cheval » et « aimer le cheval » ; à quel point les chevaux sont fondamentalement gentils mais bien loin d’apprécier l’obligation de se prêter au bon plaisir des humains alors qu’ils sont si heureux en troupeau. Le non-goût pour l’activité avec les humains se révélant par le non-allant (cheval qui avance avec le frein à main bloqué, genre ado qu’on force à sortir le nez de son écran) autant que par un empressement désorganisé (cheval qui fonce, genre individu pressé d’en terminer pour aller boire une bière avec les copains)

« Mais… ils sont fait pour ça! »
Et d’ajouter :
« Bah sinon… ils ne se laisseraient pas monter… »

Je me suis sentie terriblement seule devant une telle logique simple.

Et presque instantanément, face à ces gens vivant dans un monde différent du mien, j’ai réalisé à quel point nous vivons tous sous l’injonction de la consommation « c’est là pour ça », « on a inventé ça pour vous », prenez, servez vous, pensez à payer et puis faites en ce que vous voulez « c’est fait pour ça »!

Je vais apprendre encore et encore, grâce a cette nouvelle-ancienne activité.

Nouvelle activité qui consiste à monter à cheval pour mon bon plaisir dans l’environnement d’aujourd’hui où les chevaux sont (c’est la cas de ceux que je côtoie en ce moment) régulièrement vu par le pareur (ils sont « pieds-nu » mais obligés de voir leur podologue chaque mois) par un ostéopathe, par un dentiste, par le vétérinaire, sont régulièrement complémentés en probiotiques, mangent des friandises saveur « fraise tagada » spécialement crées pour eux (oui, oui, c’est écrit sur le paquet! Impossible d’affirmer que ce fut créé dans le but de forcer les humains à consommer au grand magasin pour chevaux!) et vivent « en liberté » dans un pré d’herbe rase régulièrement inspecté. (Oui, il existe tant de dangers « volants » qui peuvent planer sur une pré soigneusement clôturé )
Je vois en filigrane ces gamins nombreux, vivant « en liberté » dans un monde préservé, « fait pour eux », hyper « bien soignés » mais si peu éduqués. Ils sont capables de rendre fiers leurs parents qui font du mieux qu’ils peuvent pour leur apprendre ce qu’ils n’ont eux même jamais appris qu’à travers des vidéos faites « pour ça »!

PS : Bien que j’aie ouvert une rubrique « cheval » c’est aussi dans la rubrique « vivre avec son temps » que ces billets ont leur place! Aurais-je pu l’imaginer?

Communiquer


Communiquer!
Ce fut déjà le titre d’un billet paru en janvier 2020.
Un billet que j’ai eu plaisir à relire et comme souvent, je reste d’accord avec ce que j’ai écrit. De l’avantage du soliloque direz-vous! Il est assez simple d’être d’accord avec soi-même, n’est-ce pas ?

Communiquer ?

Depuis que j’ai à nouveau posé mon derrière sur le dos d’un brave cheval qui ne demandait rien d’autre que de rester tranquille dans son pré, je mesure combien ce « retour » était certainement inéluctable.
J’ai questionné le sens.
Question de bon sens, évidemment!

Et chaque fois que je termine la séance avec le petit appaloosa, j’ai l’impression d’avoir effectué à la fois un voyage dans le passé et à la fois un « rangement » du présent. Comme s’il avait été nécessaire de mettre de l’ordre dans la foule de connaissances accumulées depuis des années et posées en vrac à l’image des piles qui s’entassent parfois sur les bureaux, le document du dessus faisant disparaitre ceux du dessous tout en les conservant.
Vous suivez ?

Communiquer.

Oui.
Monter à cheval, c’est apprendre à communiquer.
A l’école d’équitation, pour qui débute, il est d’abord nécessaire de réussir à être bien dans son assiette ! C’est un long cheminement assorti de chutes, de refus et de victoires.
Certes, « on » vous explique qu’il y a des aides ! Mais pour commencer, l’assiette n’en étant pas une alors que c’est la principale, « on » vous parle des autres aides et chacun en fait des pieds et des mains. Car « on » vous explique qu’il « faut » communiquer avec l’animal chevauché. En fait, généralement, l’animal suit ses congénères, et suit la voix de l’enseignant, donc du maître.
Ainsi l’apprenti écuyer cultive son impression de diriger quelque chose tandis qu’il s’installe progressivement dans un certain « confort » du postérieur.

La communication arrive bien plus tard.
Quand elle arrive.

Car, exactement comme les humains, le cheval est un animal grégaire et sensible. Il relationne avec son environnement, avec les autres animaux (humains compris) et en tire des conclusions indispensables à son bien-être instantané.
Comment ne pas repenser aux mots de Dorian Astor posés là avec cette phrase qui résonne fort :
« Les mots ne désignent jamais les choses, mais nos relations aux choses, nos tentatives de saisir des choses insaisissables.« 
Etablir une relation avec un cheval, établir une relation avec tout être sensible, dans le but de réussir à communiquer est une aventure improbable où ni les mots dits ni les gestes faits ne pèsent aussi lourd que l’insaisissable.

La désespérance est à la hauteur de l’espoir programmé et jamais atteint.
L’horizon est tout aussi insaisissable que l’arc en ciel, peut-être faut-il avoir beaucoup voyagé pour en avoir ancré l’expérience au plus profond de notre être.

Il reste l’assise, là maintenant, tranquille, paisible et c’est cette base qui offre la possibilité d’une relation accordée,
Ephémère,
Précieuse,
Rare.

A suivre…

C’est le chemin qui est important

C’est le chemin qui est important.

Je vous dis pas le nombre de fois où ces mots assemblés apparaissent sur les réseaux sociaux, dans des cadres sans âme, signés par des célébrités ou des anonymes, rappelant Lao-Tseu, Goethe ou n’importe qui, souvent dans un but de fourrer un peu plus la locution « développement personnel » laquelle ne signifie souvent rien de plus que « votre argent m’intéresse ».

Oui, la délicatesse et moi, ça fait deux!

Et oui, sur cette image, c’est le chemin qui prend toute la place.
Et c’est le chemin qui prend toute la place particulièrement grâce au long bout de chemin qui est absent à l’image, celui qui est déjà parcouru.

Vous suivez ?

Depuis quelques temps, je fouille sur la toile du côté du microcosme « cheval » et c’est exactement comme fouiller dans un quelconque microcosme, il y a de tout, du pire, du moins pire, beaucoup de copier-collés et… le dressage de mon moteur de recherche ne permettant pas encore l’accès au « mieux », il faut que je cherche encore.

Car depuis quelques temps, précisément depuis que j’avais prévu d’offrir une balade en ma compagnie à une petite fille, je savais qu’inéluctablement j’allais réveiller un virus endormi.

Tout en le sachant, je me questionnais fort.
Pas vraiment au sujet de « vais-je me souvenir?  » car un cheval offrant un devant et un derrière, il suffit de se poser sur son dos dans le bon sens et hop, il se met en marche.
Je me questionnais à propos d’un autre sens.
A propos du sens que je pouvais trouver pour avancer plus loin à proximité des chevaux.
N’avais-je pas décidé un jour que c’est en liberté qu’ils sont les plus beaux et le mieux respectés?
Ce jour là j’avais décidé de vendre Grand Lama, un pur sang bai réformé des courses et acheté dans les couloirs de l’abattoir, un brave cheval en compagnie de qui j’avais pu vivre la quintessence de la complicité jusqu’à ne plus avoir besoin ni de selle ni de bride pour partir sur son dos et le laisser jouer à sa guise.
Alors évidemment, en posant ces décisions, je ne faisais que danser sur le fil tendu entre mes paradoxes. Je vendais un cheval à un cavalier qui allait « l’exploiter » et je gardais pour moi le principe de laisser les chevaux tranquilles. Oups….

Depuis ce jour déjà lointain, les centres équestres se sont multipliés, le nombre des cavaliers aussi et l’élevage des chevaux destinés aux loisirs des citadins, puis à la boucherie s’est lui aussi agrandi.

Oui, la délicatesse et moi, ça fait deux!
Bis repetita placent.

Car si les chevaux sont réputés « travaillant », en France il existe très peu de travaux utilisant les chevaux pour une quelconque utilité laborieuse.
Les chevaux sont en ultra majorité des animaux produits pour le loisir des loisirants.
Les loisirants cavaliers sont des personnes qui soumettent des animaux qu’ils « vénèrent » à leurs bon vouloir pour… rien.
C’est une sacré aventure contemporaine quand même, non?

Car, oui, remonter à cheval, c’est comme remonter à vélo, il faut sa plier aux obligations de sécurité en cours, il faut mettre un casque.
Car, non, remonter à cheval, c’est pas comme remonter à vélo : un cheval est un animal sensible qui ne demande qu’à brouter jusqu’à la fin de ses jours.

Alors, quel sens donner à cette histoire ?
Pour quelle raison « avoir à nouveau le désir » de monter à cheval ?
Pour me balader avec A. ?
Ok, ça peut rester très ponctuel.
Et puis, d’ici un an ou deux ans elle n’aura vraiment plus aucun goût pour caracoler auprès d’une vieille grand-mère qui préfère le pas au galop débridé.

Comme d’habitude, j’ai donné du mou et laissé les questions se débrouiller entre elles. J’ai changé de sujet tout en tapotant sur la toile pour voir s’il y avait des chevaux qui cherchaient une cavalière aussi bizarre que moi.

Et voilà que j’ai finalement vu apparaitre un cheval d’indien, à moins que ce ne soit un cheval de cirque, un cheval blanc à taches noires, tout à fait assorti à la couleur de ma chevelure, un appaloosa selon le nom de sa race. (noter que pour les animaux, la notion de race demeure…)
Il habite en rase campagne nantaise, chez des particuliers. il vit au pré sans rien demander mais sa propriétaire-cavalière aimerait qu’il se bouge un peu plus que deux fois par semaine, rien d’autre.

Banco !
Donner un coup de main, en voilà un truc sensé !

Et hop, l’affaire fut vite conclue entre les deux parties, le cheval n’avait rien à dire, un peu comme un vélo… donc !

Ce qui est magique, à l’image de ma vie, c’est que dès que je suis sortie seule avec ce cheval, j’ai vu tout ce que m’offre l’horizon.
Et surtout j’ai vu que le potentiel qui s’offre est envisageable seulement parce que le temps est passé, patiemment, parce que j’ai plein d’expériences tellement différentes, parce que je suis tout à fait à la marge, parce que je suis … moi.

Bref, je remonte à cheval.
Le cheval d’une personne qui « aime » son cheval.
Et aussi, je marche à côté de ce cheval et je cours aussi lorsque je lui impose de trotter…
Et je monte,
Et je parle,
Et il écoute, et elle entend.
Le chemin est devant.
Vers plus loin.

Les « spécialistes »

Les spécialistes!

Le phénomène était latent depuis un bon bout de temps.
Les personnes qui, comme ma pomme, se baladent sur la toile depuis avant la naissance des réseaux sociaux, avaient déjà constaté la multiplication d’articles « soit disant érudits » concoctés à base d’articles « copié-collé » parfois tels quels (Et tant pis s’ils sont déjà obsolètes). De fait, ces spécialistes auto-proclamés se « spécialisent » d’autant plus vite qu’ils savent mieux se mettre en vitrine.

Ces dernières années, ce fut l’explosion.
Certainement grâce à la pause générale organisée par sa majesté SARS-CoV-2 éme.
Il fallait bien s’occuper!

Dans tous les domaines, les meilleurs « spécialistes » sont reconnaissables car ils communiquent presque uniquement par vidéo, souvent interminables, lesquelles naviguent sur la toile grâce à des titres « putaclic », une autre de leurs caractéristiques. Pour les suivre, il est non-utile de se fatiguer à lire plus de cinq mots, ceux du titre… Ensuite voguent les paroles…

Mais il existe aussi tout un tas de « spécialistes » beaucoup plus discrets, de ces personnes qui se font un point d’honneur de propager les informations qu’elles pensent détenir aussi fort qu’une vérité écrite noire sur blanc sur l’écran de leur smartphone.
Même avec un moteur de recherche hyper bien dressé, il est inévitable de « tomber » dessus dès que la recherche se fait un tantinet imprécise. Et c’est souvent que ce qui m’arrive lorsque j’essaie désespérément de déterminer le nom des fleurs dont je collectionne les images.

Je trouve, sur la toile infinie, « tout » et « le contraire » que je tente de démêler patiemment à la lumière de mes minuscules connaissances d’amatrice.
Tout aussi inévitablement je finis toujours par trouver un billet réellement spécialisé, documenté et bien sourcé, lequel me laisse invariablement dans la plus complète expectative car je ne dispose jamais des minuscules éléments nécessaires pour affirmer un peu de certitude.
En effet, jamais je n’ai coupé une tige pour évaluer la proportion de son épaisseur rapportée à la lumière qui la traverse ; jamais je n’ai prélevé un peu de la fleur afin d’établir une carte génétique, jamais je n’ai mesuré la largeur d’un labelle, etc, etc…
Ainsi, je reste généralement dans l’incertitude et je garde (sagement ?) les souvenirs et les images pour moi seule.

J’en arrive inexorablement à conclure que plus j’en apprends et plus s’agrandie la conviction que j’ignore à peu près tout. Et croyez le ou non, ça me remplie de joie!

Ces derniers jours, alors que mon emploi du temps s’élargit royalement, j’ai entrepris de mettre à jour mes fiches orchidéennes.
Pour moi, c’est un moyen de « faire le point » et alors que fleurissent les dernières belles de la saison (Spiranthes spiralis) je rêve déjà aux balades de l’année prochaine, à la recherche de celles que je n’ai pas encore croisées.
Autant dire que si j’essaie d’apprendre toujours plus loin, c’est en temps qu’amatrice je le répète au fil des articles.
Amatrice, certes mais avec un fond d’exigence qui fait que j’écris moi-même la prose, posant des liens éventuellement, toujours en cherchant davantage à encourager chacun à l’exploration et ceci avec l’intime conviction que pas grand monde ne regarde ce que je raconte.

Et ce faisant, résonne dans mes souvenirs récents les mots prononcés dans une autre langue « si, si yo lo sé » suivis à chaque fois de « je l’ai vu dans un documentaire » (je vous fais grâce de la version originale).
A chaque fois je me suis trouvée sans répartie aucune face à la petite bonne femme ignorant encore tout de la lecture et de l’écriture. Comment lui expliquer qu’elle se trompait, comment lui expliquer que les documentaires sont des films de cinéma et que la vraie vie ne peut que se vivre, et qu’elle est d’une folle complexité?

A chaque fois, j’ai pensé à tous ces « spécialistes » qui « googleuent » plus vite que leur ombre, affalés dans leur canapé, afin d’expliquer le monde et la vie à qui veut bien les écouter…

A la recherche des Sabots de Vénus

Parmi les orchidées sauvages de France métropolitaine, il en est une fort spectaculaire qui toujours figurait sur les rares pages couleurs des dictionnaires de mon enfance.

Dans le « Larousse Universel » en deux volumes (daté de 1922) qui trônait chez mes grands-parents l’espèce est nommée « cypripède » et ainsi décrite : « Genre d’orchidées comprenant une vingtaine d’espèces dans les régions chaudes et tempérées. (Les cypripèdes doivent leur nom scientifique comme leur nom vulgaire (sabot de Vénus) à la forme de leur fleur.) »

Des « sabots de Vénus », il est facile d’en trouver dans les jardineries au rayon des plantes exotiques, leur forme est suffisamment originale pour attirer les regards et se vendre plus cher que la plupart des vulgaires orchidées de supermarché.
Dans la nature, c’est une autre histoire.
En France, le Cypripedium calceolus, victime de la cueillette intensive et des nombreux essais de transplantation, ne subsiste que dans de rares zones. Il est strictement protégé.

En 2022, j’avais décidé qu’il était temps de faire sa connaissance en live.

Et finalement, je suis partie dans les Pyrénées… espagnoles, simplement parce que la distance kilométrique à parcourir en voiture pour m’y rendre était moindre que celle qui était à parcourir pour aller dans le » far-east ».
Il restait à les trouver.
J’avais des pistes. Et surtout, à la date précise où j’avais prévu d’y aller, j’avais bien noté le message suivant : « Mis compañeros me dicen que C. calceolus en Huesca está en plena floración, vas a tener éxito, de buen seguro. No dejes de buscar otras especies, por todo el valle hay muchas, pero muchas. »  J’étais donc certaine de faire des rencontres en allant « là-bas ».
Je me suis offert un détour, une pause-pique-nique sur un site à orchidées dans le département de la Dordogne et c’est tout tranquillement que je suis arrivée en fin d’après-midi au premier endroit conseillé pour « voir » les « zapatilla de Venus ».
A cet endroit précis, un garde est stationné pendant le mois de floraison, c’est dire à quel point la fleur est précieuse.
Quelle ne fut pas ma déception !
Alors que j’arrivais guillerette à l’idée de toucher au but, je suivais le gardien en m’attendant à devoir grimper un peu et… ce fut inutile, les fleurs étaient là, juste au bord de la route, offertes à tous les regards, si faciles d’accès qu’il était même questionnant d’avoir besoin d’un « guide » pour les approcher!
J’ai eu l’impression d’être au musée ou un truc comme ça. Il y a eu une déception, comme si quelque chose ne collait pas avec mon aventure « à la recherche d’orchidées sauvages ». Celles-ci étaient sauvages, certainement, mais étant à la fois gardées et en bord de route nationale, dans l’instant de la rencontre quelque chose clochait trop pour que je sois vraiment ravie.
Que signifie protéger?
J’ai déjà posé la question et clairement il y a dans cette histoire de protection un truc qui me touche et m’interroge à la fois.

Heureusement, j’avais un bon paquet d’autres fleurs à découvrir et surtout surtout j’avais un endroit « secret » dans ma liste, un endroit où trouver, avec un peu de chance, les fameux sabots de Venus.

Deux jours plus tard, un peu après l’aube et à l’issu d’une minuscule route de montagne infiniment tortueuse, je me suis garée sur le parking bondé d’un parc naturel. Riche de l’expérience de l’avant veille, j’ai eu des sueurs froides en voyant des flots de visiteurs se lancer sur les différents sentiers à cette heure très matinale. Qu’allais-je donc trouver?

Passés les premiers hectomètres, chacun ayant choisit sa voie du jour, parfois en coupant à travers bois pour changer de route, passé ces premiers hectomètres, attirés par leurs objectifs, les marcheurs restaient sur les sentiers fléchés.
Pour ma part, attirée par « mon » objectif, je suis sortie du droit chemin, j’ai plongé dans les bois. Sans égard pour les branches trop basses qui frôlaient mon visage ou accrochaient mon sac à dos, j’avançais. Le chant du torrent guidait mes pas, il fallait que je trouve une éclaircie « par là-bas ».

Sans humain à l’horizon, plongée dans la symphonie de la forêt, j’ai enfin atteint une zone moins dense où j’ai pu marcher tête haute.
Et puis au pied d’un arbre, j’en ai vu une , une fleur caractéristique du sabot de Venus.
Encore dégoulinante de la pluie nocturne, elle se présentait à mon regard.
Et, enfin nous nous faisions face, seule à seule, entre le torrent tonitruant et la forêt caressée par la brise.

Ce fut l’instant auquel j’avais rêvé.

Enfin.

Tranquille, apaisée, j’ai pu poursuivre la journée en randonnant sur un sentier fléché.
Les jours qui suivirent m’ont offert un bon nombre de rencontres avec des orchidées sauvages parfois déjà connues et parfois nouvelles à mes yeux.

L’été et la fin de la saison des orchidées sauvages pouvait arriver.



Je sais, je sais!

Oui, je sais, je sais.

Qui n’a jamais entendu ces mots sortir de la bouche d’un enfant haut comme trois pommes?
Qui n’a jamais entendu la version un tantinet plus agacée partant du haut d’un teenager dégingandé ?
Et qui n’a jamais lu ici ou là des affirmations péremptoires sur autant de sujets que de personnes capables de dire « moi je sais »?

Enfant, j’usais et abusais de cette locution : « je sais ».
Si je m’en souviens si bien c’est que je me souviens du jour où j’ai cessé de la proférer. Je devais avoir six ou sept ans et mon père, certainement à bout d’arguments m’avait sèchement cloué le bec en disant « Non, tu ne sais pas ».
Dans ma tête d’enfant, ce moment résonne encore comme une chance. Il m’avait fort à propos bousculée et une quantité de nouvelles portes s’étaient instantanément ouvertes.
Car, en disant « je sais » à cet âge là je revendiquais, non pas un quelconque savoir, mais plutôt la possibilité de découvrir par moi même.
Je refusais le tout cuit, le prêt à croire, la soumission à un quelconque discours et j’avais envie de faire mes propres expériences, grappillant ça et là.

Quand vint le temps de l’adolescence, je savais un certain nombre de choses.
Plus de douze ans d’expérience dans une vie, c’est pas rien, n’est-ce pas ?

Par exemple il était clair que ma meilleure amie était la solitude.

Pour autant, j’avais soif d’apprendre partout (sauf à l’école, c’est notable).
J’étais de ces personnes qui répondent un hâtif « oui » aux conseils et autres « enseignements académiques » tout en pensant « je ferai ce que je veux », « je vais vérifier ce que tu racontes ».

Cependant, j’avais la certitude d’avoir déjà quelques connaissances dans de multiples domaines et j’étais plutôt du genre à la ramener quand les circonstances me le permettaient.
Et en même temps, une petite voix me chantait « non tu ne sais pas ».
C’était une chanson douce, paisible, et parce qu’elle était là, elle me permettait d’avancer mes pions avec grand sérieux et sans vraiment me prendre au sérieux.

Avec le temps qui est passé, j’ai eu l’immense chance de rencontrer des personnes extra-ordinaires. Et il devenait vraiment clair que j’étais une minuscule « sachante » par rapport à elles.
Pourtant, à force d’être à leurs côtés et sans comprendre quel rôle m’était assigné, je constatais à l’envi que ces personnes là étaient en quête de savoir, remettant sans cesse en question le leur ; que ces personnes étaient fort enclines à partager leurs questions, qu’elles avaient peu de réponses ou alors des réponses du genre « Aujourd’hui, ceci est connu et tout peu changer très vite en fonction des découvertes à venir. »
Ces personnes étaient admirables à mes yeux et j’avais vraiment envie de leur ressembler bien que je n’aie ni leur étoffe, leur niveau intellectuel, ni leur expérience.

Aujourd’hui, le temps poursuit inexorablement son avancée.
Je marche paisiblement vers mon ultime naissance.
Je connais le nombre d’expériences qui m’ont fait devenir qui je suis.
Je suis définitivement capable de dire « Je l’ignore » ou « J’en sais rien » en me sentant parfaitement bien, tout à fait à ma place.
Je navigue de question en question comme je mets un pied devant l’autre, tranquille et sans hâte, curieuse et avide d’apprendre encore, de partager mes questionnements et de cueillir ceux des autres.

J’ai bien compris qu’il existe des personnes qui considèrent, à leur idée, ce que je raconte.
Certaines imaginent « elle sait », d’autres pensent vraiment fort : « elle parle d’un sujet sans le connaitre aussi bien que moi ».

Ma réalité est autre.

Je dirais que je suis certainement beaucoup trop fascinée par ce monde en mouvement pour avoir envie de me bloquer, de m’immobiliser définitivement sur d’éphémères certitudes et encore moins pour « croire » confortablement ce qui se raconte.

Dès que je ne bouge plus, je me sens insécure.

Et oui, parfois, c’est fatigant, je sais!

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.