Archives de catégorie : Vivre avec son temps

Et particulièrement en compagnie des médias et des « réseaux sociaux ».

Le temps passé

Passer du temps à trier le temps passé.

Voilà… s’il fallait définir ou résumer le boulot qui consiste à vider une maison, ce sont ces mots précis que j’utiliserais : passer du temps à trier le temps passé!

Soulever la poussière amassée sans que personne ne s’en préoccupe,
Découvrir l’improbable dans les coins les plus obscurs,
Déplier des kilos de papiers jaunis venant « d’avant avant » et précieusement stockés,
… pour servir… à rien!
Constater le bazar amoncelé et mesurer ce besoin auquel personne ne déroge,
Trouver d’étonnants objets*,
Caresser des dentelles non-mécaniques en fil 100% bio non labellisé,
Ecouter à nouveau des histoires raconter le temps passé,
Ecouter les histoires,
Et passer le temps,
A traverser les vies,
Banales,
Tout en triant,
Pour jeter… beaucoup et encore plus… mais surtout dans le bon container!

Et imaginer demain.
Imaginer les jeunes d’aujourd’hui devant ce même labeur,
Demain.

Demain cet inconnu.

Quelle traces de « mon » temps passé laisseront une empreinte et combien de temps sera passé à les abandonner aux vents d’après?

C’est l’inconnu!
Et c’est « tout » ce qui fait que j’aime intensément l’aventure offerte par la vie,
Joyeusement imprévisible, joueuse avec ses propres règles,
Chaque instant surprenante,
Et merveilleuse,
Parce que surprenante!




* La cuillère à absinthe, par exemple. J’ai adoré découvrir son usage et ressentir une certaine ivresse en « voyant » les mouvements de l’opalescente boisson en train de se préparer.

A quoi ça sert?

J’avais déjà choisi ce titre pour un billet il y a dix ans.
A quoi ça sert ?
En voilà une question !

C’est en premier celle d’un enfant curieux face à un objet inconnu.
C’est ensuite celle d’un adolescent rempli de doutes face aux injonctions qui l’importunent
C’est celle d’un adulte en manque de sens devant la vie formidablement routinière.
C’est celle d’un vieillard ou d’un malade incurable quand la mort devient l’unique horizon.
C’est une question récurrente que tout un chacun soulève un jour ou l’autre, dans une dimension ou dans une autre.

A quoi ça sert ?

Combien de fois cette question se pose t-elle lorsque je me regarde agir, écrire, ramer, parler, apprendre, marcher, inventer… vivre même ?

C’est dire combien trouver un sens est viscéral, l’humain est un animal pensant et peut-être trop pensant sur ce sujet particulier.

Dix ans plus tard, je peux encore écrire « ça ne sert à rien et c’est donc super important »
C’est super global, donc globalement faux et globalement vrai en même temps et ça m’amuse.
Le passant qui lit peut se dire que j’écris pour ne rien dire.
Peut-être?
Certainement pour quiconque cherche une réponse bien dorée, une recette magique, un secret qui rapporte gros.

Je viens d’achever provisoirement une liste de petites fiches que j’avais préalablement listé sur un sommaire (oui, bis repentira placent : liste et lister… ha ha ha !!!)
Un « truc » absolument sans autre intention que celle de satisfaire ma propre curiosité. Un « truc » qui ne rapporte rien (pas un kopeck, en plus ça bouffe de l’énergie, c’est pas « éco-logique »)
Un « truc » que j’avais besoin de faire pourtant.

Et c’est une fois réalisé, c’est « après » que je réalise à quel point j’ai appris en allant chercher, par exemple, le nom caché derrière les abréviations d’auteurs utilisées en taxonomie végétale, puis en suivant les liens tout faits ou en sollicitant mon moteur de recherche sur des noms encore non « wikipediatisés », puis en explorant les fiches de sites plus officiels ou plus savants, etc.
J’ai voyagé de lien en lien, de site en site, j’ai voyagé dans le temps, imaginant les médecins et pharmaciens d’antan et leurs quêtes de plantes « soignantes », puis les explorateurs sponsorisés par de grandes fortunes à la recherche de faire-valoir, les riches amateurs passionnés arpentant des chemins exotiques et je suis arrivée à nos jours où des gens bossent dans des laboratoires, découpant l’ADN pour en extraire des gènes et poser des verdicts qui n’éteignent pas les discussions infinies.

Mon imagination galopante a visionné une grande quantité de métaphores, disserté sur plein de sujet philosophiques, et espéré encore d’autres trouvailles, pour avancer plus loin dans cet imaginaire de folie qui donne sens à mes actes.

Voilà, ça sert peut-être à rien ou ça sert seulement à « ça » et oui, voilà ce qui fait que c’est super important!

Et quand vient un commentaire en reflet… Wahooooooo, alors là, c’est la cerise sur le gâteau et il est bien connu que je suis super gourmande de cerises !
Alors, collectionneuse de questions, je me demande : « N’est-ce pas ce qui est rare qui est précieux? »
Et « ça » c’est un autre sujet récurrent!

PS: Ce qui est rare est précieux. Combien de fois ai-je murmuré ou lancé cette affirmation et dans combien de contextes et d’environnements. La phrase elle même ne devint jamais encore le titre d’un billet, mais en tapant « précieux » en mot clé dans mon site, voilà ce que j’ai trouvé, en clin d’oeil du matin 😉

Et passe le temps et passent les années


La dernière fois que j’avais atterri sur cette île, c’était presque vingt ans en arrière.
J’étais en plein boom professionnel, les deux enfants aînés volaient déjà de leurs propres ailes et les deux plus jeunes étaient du voyage, prêts à découvrir de nouveaux spots de surf.
Aucun vol direct n’était programmé depuis la France et aucun réseau de location n’était en ligne.
Nous étions allés à l’hôtel, deux années de suite dans le même.
L’hôtel de la photo, l’unique du coin à cette époque, luxueux par rapport à la vie des locaux et cependant loin d’accumuler les étoiles comme aujourd’hui.
Et cet hôtel est la seule image que j’ai vraiment reconnue sur toute l’île.

Ce fut très questionnant.
Quels changements avaient pu ainsi troubler mes souvenirs?

Personnellement, je vois bien que passer une semaine de vacances, arracher du temps au temps quotidien d’une mère de famille qui a des activités professionnelles, était déjà un objectif tout à fait suffisant. Voir du paysage, courir d’une plage de surf à l’autre relevait de l’anecdote. Profiter d’un hôtel, du ménage fait, du petit déjeuner servi, d’un bon repas le soir sans avoir à lever le petit doigt, voilà ce qu’étaient ces vacances.

Les photographies se regardaient encore sur papier glacé, nous en faisions seulement quelques unes, principalement des vagues, des surfeurs, des windsurfeurs, pas de quoi raviver des souvenirs paysagesques.

Et puis, si le volcan est resté à sa place, les autoroutes ont poussé.
Elles permettent d’acheminer rapidement les flots de passagers débarquant des vols « économiques » vers les gigantesques réseaux de logements prévus pour eux avec vue lointaine sur l’océan, piscine, bar et sorties organisées. Elles offrent aussi aux « individualistes » (comme nous) qui circulent en voiture de location, la possibilité d’aller au plus vite d’un côté à l’autre de l’Île (compter cependant sur de multiples embouteillages) et de s’engouffrer sur les plus minuscules pistes afin d’aller faire pleins d’images forcément exceptionnelles de sites réellement remarquables.
Terminé les obligatoires interminables routes serpentant entre les vertes bananeraies et les serres* pour se rendre à l’ouest ou au fin fond du nord, le GPS (encore un truc nouveau) fait la trace en ligne quasiment droite d’un côté à l’autre, après, ce n’est que du détail.

Et pour ce genre de détail, il suffit de cliquer sur Go@gle afin de voir apparaitre tout ce que les passants ont déjà photographié et « religieusement » mis en ligne afin de faire un choix de destination. Après, en se fiant aux commentaires, il est presque « normal » d’aller où il y en a beaucoup, beaucoup de positifs… et ainsi certains endroits autrefois quasi sauvages sont aujourd’hui piétinés, dépourvus de végétation et parsemés de papiers toilette (oui, je sais c’est biodégradable – sauf les lingettes soit dit en passant – mais c’est franchement moche et le vent se permet parfois d’envoyer balader « tout ça »…).

Alors, de petits riens en petits rien, j’ai fini par comprendre que le temps était passé.
Super vite.
J’ai, une fois de plus, constaté qu’il est urgent de profiter de ce qui est offert au moment présent où c’est offert, sans chercher à comparer.
Car quoi comparer alors que moi-même change au fil des années qui s’accumulent ?

Je vois bien que je suis entrée dans un espace où le temps est désormais et plus que jamais ouvert sur l’horizon.

Et l’horizon est là, bien présent, toujours plus loin, inconnu, super attirant, enthousiasmant jusque dans ses moindre détails.
La nostalgie est un « truc » qui m’est totalement étranger.

* Les serres : à noter que ces immenses taches blanches et plates désormais incluses dans les paysages sont destinés à produire les fruits « exotiques » (bananes, papaye et autres) et aussi les tomates, tous estampillés biologiques, ceux que nous sommes si « fiers » de consommer responsables!


Changer de disque

Les enfants sont terriblement insistants parfois.

En tout cas, je l’étais dramatiquement,
Et mon frère aussi.
Lorsqu’elle était à bout, ma mère s’écriait :
« Vous pouvez pas changer de disque? »
Et dire que « ça marchait » serait s’avancer, mais il est clair que nous entendions son ras le bol et qu’avec une certaine inertie, nous finissions par appuyer sur pause.

J’aimerai pouvoir crier aussi « Vous pouvez pas changer de disque? » à la radio, y compris à mes animateurs préférés, aux billettistes, à toutes les personnes qui passent et repassent sur le devant de la scène médiatique.
Car, même si la scène médiatique qui entre dans mon salon est de l’ordre du théâtre de poche tant je la restreins, elle me tape un peu sur le système. (encore une expression de ma défunte mère)

Notre monde va mal
Notre monde va si mal
Avec ce monde qui va mal


Pfffff, c’est la méthode Coué ou quoi?

Que nous ayons été des enfants gâtés jamais satisfaits est une chose.
Que nous ayons été des enfants frustrés de « pas pouvoir faire n’importe quoi » est une chose.
Que nous soyons tous passés par la phase adolescente où les parents n’étaient que des emmerdeurs que nous sollicitions cependant sans cesse pour financer pas mal de « trucs » est une chose.

Mais, quoi ?
Ne sommes nous pas des adultes?

Et franchement, le monde n’est-il pas enthousiasmant, rempli de surprises, toujours prêt à nous surprendre?

Le monde va bien.
Le monde est le monde,
Sans états d’âmes,
Le monde a besoin qu’on lui foute la paix.


Et si moi, individuellement, je peux parfois avoir envie de plus de lumière, de plus d’océan, d’une plus grande chaleur, de plus de falaises brutes, de plus de fleurs, de plus de contemplation et que le moment n’est pas le bon, je « prends mon mal en patience » (troisième expression qui vient de loin).

Je sais qu’il n’y a pas de lumière sans ombre,
Je sais aussi que sans mouvement la vie s’éteint.
Je sais que jouer avec moins que rien et s’amuser de presque tout fait monter…

… Des étoiles dans les yeux des enfants!

Et « ça » fait mon bonheur.

Changer de disque.
C’est urgent!

Ces êtres invisibles

Pas d’image.
Comment donner une image de l’invisible?

Mes différents passages en terres d’Afrique, mes contacts amicaux avec certains « élus » désignés par des villageois de la lointaine Polynésie, du fin fond du Tamil Nadu ou des abords du fleuve Congo m’ont initiée à une certaine sensibilité vis à vis des « êtres invisibles » qui dirigent la Vie. Ce fut parfois très utile dans un certain exercice professionnel, et de fait, c’était toujours bien rangé dans mon sac, dans une poche invisible où il était écrit à l’encre sympathique : « ça peut servir okazou ».

Alors, en découvrant un chapitre dédié au Covid 19 écrit par le chef de fil de l’ethnopsychiatrie française, je fus confortée dans certains de mes points de vue.

« (…) Ou bien auraient-elles au contraire affûté notre regard, nous rendant attentifs à un nouvel être qui fait irruption ? Cet être qui s’intéresse fortement à nous, qui exige de partager notre monde, nous l’avons nommé « Sars-CoV-2 ». Comme le font souvent les invisibles, comme le font tous les djinns ou les mlouk, cet être tente de nous soumettre à sa volonté par la maladie. Mais celui-ci est puissant ! Battus les diables, les démons et autres zar qui n’affligent que de petites communautés… Lui voit plus grand, bien plus grand : il s’est emparé en quelques mois des humains du monde entier qui ne pensent qu’à lui, ne parlent que de lui dans leurs perpétuelles cérémonies télévisées qu’ils appellent News »
In Secrets de Thérapeute, Tobie Nathan, L’Iconoclaste 2021, ISBN : 978-2-37880-254-7

Mes points de vue…
Au sujet d’un invisible par définition impossible à voir !

Il y a de quoi sourire, pour la non-croyante que je suis, définitivement !

Et comment, alors, en écrire davantage ?

Car même en utilisant ma balance minuscule (déjà évoquée dans ce billet), je ne souhaite pas me risquer dans des mots invitant trop de confusions.

Clarisse Herrenschmidt définit magnifiquement l’écriture en disant que c’est ce que l’homme a trouvé de mieux pour rendre la parole visible (in Les trois écritures, Gallimard, 2007, ISBN : 9782070760251).
Bien que l’écriture soit, pour moi, une respiration, je suis convaincue que l’invisible ne passe que par l’invisible, que seule la parole peut être ciselée assez précisément dans chaque contexte, face à chaque individu pour donner à voir ce qui n’apparait pas si facilement entre les mots toujours trop étroits.

Alors, j’en reste là.
Pour aujourd’hui.



Jeudi 23 décembre 2021, La sortie du grand confinement de 2020 est lointaine et proche à la fois. Depuis, nous sommes entrés dans un interminable carême en apparence sans horizon. Tellement longtemps s’est écoulé depuis l’avènement de SRAS-Cov-2ème qu’il est maintenant nécessaire d’en faire quelle que chose afin qu’il devienne autre chose.
Même si les médias poursuivent leur boulot, soufflant le chaud et le froid, ne sachant sur quel pied danser pour garder leur audience, la vie va. Espiègle à chaque instant, elle nous invite à la suivre.

Encore et toujours… plus loin!

Reset (part III)

Il faut bien avouer que les séries en trois actes me plaisent.
Comme les trois points de suspension.
Mais aussi tout autant que les cercles.

Parfois je joue à tracer dans le sable des traits, des points et des ronds, amusée d’observer à la fin une espèce d’écriture qu’il serait audacieux de considérer comme quelque chose de sérieux.

Sérieusement, je sens une fois de plus l’effet de cette île. Jamais je n’ose y croire d’avance et souvent je rechigne à y séjourner à nouveau, ayant l’impression que je n’ai plus grand chose de nouveau à découvrir entre ses vagues et ses volcans.
Et la magie opère à chaque fois.

Il y a évidement l’effet « désert » (comprenant autant l’étymologie du mot que la description environnementale d’ici) et l’effet « île ». Il y a aussi la compagnie qui m’oblige à ralentir parfois, à pauser longuement dans les journées, m’incitant à creuser un peu plus profond chacune de mes réflexions. Il y a surtout l’effet désert, c’est certain.

Hier, je suis allée une fois de plus vers un coin de l’île particulier.
Il est historique car c’est par cet endroit que les conquistadors sont rentrés au centre de l’île au 15ème siècle.
Il présente une configuration géologique unique sur l’île.
Il raconte l’histoire de l’agriculture locale soumise à la pression des besoins en eau.
Là-bas, le vent tourbillonne, chante et danse.
Hier, il était totalement absent.
J’ai pu emmener celui que j’avais invité à découvrir jusqu’aux plus hauts sommets et nous sommes passés par l’arche.

Cette arche je l’avais, pour ma part, découverte dix ans plus tôt, alors que nul sentier n’y conduisait, que nulle photo n’avait été partagée sur la toile. Comme d’habitude, c’était parti d’un jeu dont la règle est simple : « allez, je grimpe là-haut ». Et j’avais grimpé tout droit. Et j’avais gardé pour moi l’image, comme je protège mes spots les plus précieux.
Depuis, tout a changé puisque les conduites ont changé, puisque le monde bouge, avance, se transforme et vit.
L’arche est connue, notée comme un centre d’intérêt difficile d’accès, mais accessible, an particulier aux jeunes, avides d’images spectaculaires.
Du matériel d’escalade y a été fixé… c’est devenu un terrain de jeu.

Et, le vent poursuit son oeuvre.
Il sculpte, façonne, élimine.
Les débris montrent que l’éboulement est proche.
Bientôt l’arche disparaitra.

Une nouvelle sculpture sera là : l’humain et la nature, sans le savoir vraiment, se seront ligués pour la créer.

Reset.

Reset (part two)

Suite à ma balade crépusculaire d’hier, les réflexions ont poursuivi leur navigation dans le labyrinthe de mes pensées.
Pour précieuses qu’elles soient à mon coeur, les gravures rupestres d’ici ne sont en réalité rien de plus que des graffitis anciens et souvent comme le montre la photo ci-dessus, des superpositions de graffitis d’époques diverses. Si les premiers remontent probablement au débarquement des berbères sur l’île (datations effectuées par les scientifiques), les suivants sont venus jusqu’à relativement récemment. Avec la modernisation de la vie ilienne, la disparition des villages ancestraux et surtout l’apport de nouveaux moyens de distraction, les rochers n’ont plus été « agressés » que par le vent et les rares pluies.

Sous cet angle de vue, les graffitis découverts hiers, juxtaposés dans les dernières années, sont dans la lignée de leurs ancêtres et tout autant acceptables.

Le goût pour l’Histoire, pour la conservation des traces d’Histoire est tout à fait récent. Par exemple, au cours des siècles passés, il était absolument « normal » de récupérer les pierres d’un édifice (fusse t-il château) abandonné pour en construire un autre. Recyclage simple, de la part de personnes qui ignoraient tout du mouvement « écologie » actuel, simple économie d’énergie (les pierres étaient déjà sur place, déjà taillées) et juste mise en oeuvre humaine de la loi scientifique « rien ne perd, rien ne se crée, tout se transforme »!

Les monument aujourd’hui admirés et déclarés « protégés » sont la suite d’autres monuments, parfois totalement disparus.

Ce qui a changé avec l’apparition de l’Histoire à la mode, c’est une certaine vénération pour le passé qui mène à l’immobiliser.

Or, la vie est mouvement.

Qui mène à l’immobiliser disais-je,
Tout en appliquant le principe « publish or perish »
Lequel, étant à mettre sur le compte de l’enseignement/l’information accessible à « tout le monde », nous oblige à considérer une pléthore de nouvelles publications capables d’effacer les anciennes alors que certaines sont elles-mêmes bâties sur l’exploration des archives en stock.
Vous suivez?

Oui, oui, il faut vivre avec son temps et je m’y efforce.

Et, j’ai bien l’impression que je suis plutôt à l’aise dans ce mouvement vers l’avant, prête à « reseter », à balayer, à faire le ménage et à me remettre à l’ouvrage avec les éléments le plus contemporains dont je dispose.

Mais combien de fois, combien de fois suis-je embarrassée, ne sachant si je dois me taire ou la ramener, combien de fois suis-je mal à l’aise en lisant des personnes qui affirment que leurs convictions (et les actes qui vont avec) sont fondées « sur les publications scientifiques » sans citer ni sources, ni l’âge de ces sources ni, trop souvent, autre chose que le titre (fait pour attirer le regard, parfois nullement étayé par le développement) ?
J’ai, dans ces circonstances, l’impression de me trouver devant une pierre recouverte de graffitis, cherchant désespérement un signe auquel me raccrocher pour y trouver un sens, une époque, pour contextualiser avec les minces éléments dont je dispose, donc… peut-être à tort?

Car oui, à défaut de croire, je doute.
Mais, oui, certainement j’habite ce monde.

Reset (part one)

Hier soir, j’avais encore pas mal d’énergie à libérer et j’ai eu envie d’aller grimper au sommet d’un de ces petits sommets où les premiers habitants de l’île avaient l’habitude de venir graver les rochers.

Illuminés par le soleil déclinant, l’endroit est superbe.

Un couple de buse dessinait des cercles juste au dessus.
Les chèvres qui viennent s’abriter tout contre la roche chaude pour passer la nuit étaient en vadrouille sur une autre montagne.
En l’absence de vent, la montée fut facile et l’escalade à moindre risque.
Les blocs de basalte étaient là.

Immobiles.

J’allais directement à la recherche des traces ancestrales.
Je les avais déjà caressées du regard, environ cinq ans auparavant.
J’aime sentir la vibration des passages très lointains, elle met en exergue la réalité de l’imperceptible empreinte laissée par notre passage à chacun, sa futilité, l’impossible interprétation, la puissance des éléments qui font leur job a eux, annihilant sans coup férir et au long cours les programmes humains les plus élaborés.
Et tant.
Et plus.
J’aime? J’ai besoin, c’est certain.

Reset.

Reset! C’est le mot qui m’est venu en premier une fois passée ma surprise, une fois calmées les ondes émotionnelles produites par le choc visuel que je venais de subir.
Reset : après des siècles de subsistance, les gravures ont disparues, recouvertes par des centaines de graffitis contemporains, de ceux là-même que gravent les gens sans vergogne, qui sur les murs en tuffeau des remparts du château de Nantes, qui sur le sable fossile des vallées « enchantées » de cette île, de ceux là-même qui grimpent le plus haut possible et si possible à moindre effort le plus loin possible, dans le seul but de faire un selfie, de l’envoyer illico et de très vite l’oublier en passant au suivant. Au suivant, au suivant…

Il faut vivre avec son temps, vivre dans le monde que nous habitons, avec ce qu’il est ce « monde », donc aussi en compagnie des personnes qui sont autant que nous « m’aime » partie de la société qui nous abrite.
Aucun autre choix n’est proposé, à personne, quoi que nous puissions imaginer, la réalité est là, implacable.

J’ai levé les yeux vers les deux buses qui tournaient.
J’ai regardé l’océan au loin.
J’ai respiré les rayons rougissants qui envahissaient peu à peu l’horizon.
Et je suis partie.

C’est le bouquet! (1)

Ah, ben ça, c’est le bouquet ai-je pensé en entendant ma voix dans la bande-annonce d’un film.

Et lâchant cette expression sortant tout droit de mon enfance, j’ai regardé avec émotion le bouquet tout neuf qui me ramenait vers les belles retrouvailles de la veille.
Elle venait de fêter ses cinquante balais et son amoureux lui avait préparé une surprise; prétextant une balade nantaise, il avait organisé notre rendez-vous.
Sous le soleil d’automne, nous avons marché tout l’après-midi, le temps nécessaire pour nous raconter ce que nous avions vécu depuis la dernière fois où nous nous étions croisées, il y a plus de dix ans.

Parmi les aventures des années passées, j’ignore comment l’idée de raconter une histoire de tournage sans mise au monde s’imposa dans la conversation ce vendredi, toujours est-il que j’en avais parlé de cette histoire, là, juste avant de « tomber » sur ma voix, le lendemain soir.

C’était en 2010, l’année où j’avais programmé (de longue date) de poser le mot « fin » sur une partie de mes engagements. J’avais un certain nombre d’aventures programmées et celle-ci s’était imposée de manière imprévisible : un documentariste avait insisté pour que j’accepte un rôle dans son film ; il avait parait-il flashé sur ma personne un jour où je radotais au sujet d’une publication récente, a Paris, au milieu d’un aréopage d’historiens .
J’avais d’abord royalement refusé le rôle.
Il était revenu à la charge.
Certainement habitué à ce qu’on lui cède, il avait refusé de céder, il me voulait « moi » et il agita des promesses qui pouvaient me plaire sans imaginer que je le voyais venir de loin avec ses gros sabots! Ignorant tout de la vie que j’avais déjà traversée, lorsque je pensais « faut pas pousser, faut pas pousser mémé dans les orties », il rajoutait une couche de confiture pour tenter de mieux me faire adhérer. C’était drôle à mes yeux.
Il était malgré tout très aimable.
Donc,
Après plusieurs semaines de courriers aller et retour, devant son insistance, j’avais finalement lâché un « oui ».
J’avais fouillé la toile, tourné l’idée dans tous les sens et j’en étais arrivée à la conclusion que les risques étaient entièrement pour lui, pour sa boite de production et que pour ma part, il y avait quelque chose d’inédit à vivre, juste pour le plaisir. Ce qui m’avait tout à fait décidée, le temps aidant, c’est le fait que pour répondre à son exigence, je devais organiser encore quelques rencontres, repousser le mot « fin » de quelques mois. Et ça, c’était enthousiasmant parce que je répondais ainsi à la demande de personnes qui n’avaient pas osé imaginer complètement la probabilité de ma présence dans leur histoire.
Comme je l’avais prévu, il fut mis devant le fait accompli, aucune porte n’allait lui permettre de réaliser « son » scénario et ce malgré un nombre incroyable de tentatives de séduction à notre égard : « Vous passez super bien à l’écran », « J’ai regardé les rushs, vous êtes magnifiques », « C’est extraordinaire, j’ai bien fait d’insister pour vous avoir », etc. Après avoir transformé mon salon en studio de cinéma, après des heures de tournage en voiture, après des heures de boulot, mis devant le fait accompli, il remballa.
Des mois plus tard, j’ai reçu le dvd du film où pas un millimètre, pas une micro seconde de ces moments parait-il si formidables n’apparaissaient. J’ai su encore plus tard qu’en urgence et avec une rallonge de budget, il avait réalisé à Paris le scénario qui lui tenait à coeur en compagnie, cette fois, de personnes qui étaient royalement d’accord.
Tout était bien qui finit bien.

Samedi soir, tandis que je surfais sur une page afin de « prendre la température » d’un microcosme en vue de préparer une conférence, j’ai cliqué sur la bande annonce d’un film encore confidentiel, histoire de voir ce qui se fait aujourd’hui, en pensant à autre chose, sans grande attention.
Et j’ai entendu ma voix.
J’ai cru rêver, c’était tellement improbable! Je connais le son et les intonations de ma voix dans une vidéo, mais non, c’était pas possible.
Instantanément concentrée et attentive, j’ai rembobiné.
Et je me suis vue!
Non!
SI.
Mais qu’est-ce que je fais dans ce truc sans jamais avoir été informée de quoi que ce soit.
Ah ben, ça, c’est le bouquet!

Evidemment, je me suis ruée sur le moteur de recherche.
J’ai tapé tout ce qui me passait par la tête pour essayer de trouver la clé du mystère.
Je suis revenue sur la bande-annonce.
J’ai fait arrêt sur image.
J’ai agrandi.
Il FALLAIT que je comprenne, que je dénoue l’énigme.
En même temps, je commençais à bailler, il était temps d’aller au lit.
J’ai pratiquement pas dormi de la nuit, ou alors en pointillé car un bon nombre d’idées étaient devenues tellement fixes qu’elle s’immisçaient dans chaque tentative de lâcher prise.

Mais, chacun sait que la nuit porte conseil.
A trois heures du matin, au moment même où toutes les pendules d’Europe sautaient une heure de temps, j’ai ouvert mon laptop et posé quelques mots chez googlemonami.
Et Yessss, je retrouvais d’un coup les trois quart des souvenirs.
J’écrivais illico un @ à l’attention de la réalisatrice et à quatre heures trente exactement je sombrais dans un véritable sommeil réparateur.

A l’heure du café, l’énigme était résolue.
La réalisatrice avait répondu à mon @ et m’avait expliqué.

N’allez pas croire que l’épisode est clôt. Depuis dimanche, il y a un truc qui s’est allumé dans ma tête et ça tourne à toute vitesse, à toute vitesse dans plein de directions.
Et, comme d’habitude, il est impossible d’enlever les piles ou de mettre en position off.
C’est amusant.

Que signifie « protéger » ?

Que signifie « protéger » une espèce, protéger des individus, protéger des monuments, protéger la planète, et tout et tout ?

Protéger est un mot à la mode.
Suite à ma tentative d’écriture autour des orchidées sauvages, tout en élaborant une petite prose dédiée à chaque espèce rencontrée, j’ai souvent noté « espèce protégée » et inévitablement j’ai essayé de réfléchir à cette idée de protection.
Au sujet de la « protection de la nature » j’ai lu des propositions innovantes, telles que celles exposées par Baptiste Morizot, par exemple (Raviver les braises du vivant, Acte Sud, 2020 ISBN 978-2-330-13589-8), en pensant qu’il serait certainement possible de changer de paradigme, mais que l’hypothèse de base reste la-même : une espèce humaine régnante, décidante, gérante. Même si elle s’affiche désormais « protectrice », cette espèce reste très, très invasive vis à vis des autres espèces, de la planète et donc d’elle-même.

Afin d’éviter de rentrer dans des considérations politiques au sujet, entre autre, de la liberté et de l’actualité covidienne par exemple, je vais me contenter d’avancer un peu sur le sujet de la protection… des orchidées sauvages.
Et oui, c’est ciblé.
Chacun pourra ensuite digresser, métaphorer et antropomorphiser selon son bon plaisir.

Pour commencer, j’ai dû me pencher sur la lexicographie. En effet en fonction de l’âge des bouquins que je consulte, je vois les mots apparaitre, disparaitre, se transformer en semblant signifier la même chose. Et naturellement en me baladant sur la toile, je fais la même constatation, chacun dévidant sa prose en s’appuyant sur ce qui existe et sur ce qui a existé.
Par exemple, j’ai choisi « orchidées sauvages » comme titre.
Pourquoi donc?
Parce que « sauvage » me parle, parce que j’ai moi-même un côté difficile à domestiquer et parce que c’est l’adjectif qui m’est venu au sujet de ces jolies plantes que je trouve lors de mes balades, loin des jardins où règne un jardinier.

Pourtant sur les sites bien mis à jour, il est question d’orchidées indigènes.
Indigènes?
Oui.
Une espèce dite indigène est une espèce arrivée « naturellement » à l’endroit où elle est observée. Noter que « naturellement » signifie, dans ce contexte des espèces, « en l’absence d’une intervention humaine intentionnelle ou non intentionnelle » ce qui sous-entend qu’un humain qui transporterait des graines (par exemple) dans sa chevelure (donc sans le savoir) et permettrait à ces graines de s’installer loin de l’endroit où poussait la plante qui les avait produites, serait à l’origine de l’introduction d’une plante « exotique ». ALORS qu’un oiseau qui transporterait les mêmes graines dans son plumage ne ferait que déplacer naturellement une plante peut-être endémique et pour le coup devenant indigène.
Vous suivez?
Et espiègle comme toujours, j’ai complexifié en ajoutant « exotique » et « endémique » à la sauce !

Une espèce dite endémique est avant tout une espèce indigène, débarquée sur une place vierge (île volcanique par exemple, sortie de nulle part) en ayant été transportée « naturellement » (bon, il s’agit probablement d’une époque hyper lointaine à l’échelle humaine, donc dépourvue soit d’humains soit d’avions transporteurs).
Trouvant un terrain à son goût, l’espèce s’est installée et s’est tranquillement transformée afin de s’adapter finement aux conditions locales au point qu’aujourd’hui, elle vit et prospère SEULEMENT à cet endroit là.

Parler aujourd’hui d’orchidées indigènes c’est englober les espèces qui vivent à différents endroits et aussi celles qui sont strictement attachées à un espace géographique déterminé, ceci en étant conscient que le monde bouge « naturellement » et qu’une espèce endémique n’est pas attachée à un territoire à la manière des humains avec passeport, contrôles de police et tout et tout. Donc, elle peut devenir indigène.

Et donc les histoires de protection ?

C’est une histoire principalement humaine, même si l’humain voyant le monde à travers sa propre nature est porté à décréter (dans la presse grand public) un truc du genre « les abeilles protectrices de la biodiversité », un truc qui se termine par « protégeons les abeilles »…
La notion de protection est enchainée à la notion de « dominant », de plus fort, de « qui sait mieux », de « chef », donc.

Alors, dans ma pauvre tête où tout essaye de rentrer afin de me donner la possibilité de comprendre, tout se bouscule.

Quand je vois un botaniste « gestionnaire de réserve » arracher une plante en cherchant mon regard pour affirmer  » Ahhh, les invasives, c’est insupportable » alors que je sais qu’un bon nombre d’espèces qui forment aujourd’hui des populations envahissantes ET nuisibles ont été introduites par des botanistes, je suis songeuse. (Voir un article assez exhaustif ici , vive la rédaction collaborative dans ce cas)
Quand je constate la création d’espaces artificiels qui seraient destinés à permettre le maintien d’une espèce en perdition, ça me questionne.
Quand j’entends autour de moi « On est en sursis, Il faut protéger la planète, on doit faire quelque chose », l’abondance des pronom indéfinis me fait rire!

Les histoires de protection demeurent des histoires de supériorité ressentie, de domination réfléchie, concertée et réalisée à la mode humaine. Souvent j’aurais plaisir à sentir un peu plus d’humilité, une plus grande conscience, chez toutes ces personnes, qui chacune à leur échelle, à leur niveau se sentent investies d’un rôle protecteur.
Trouver l’équilibre entre les deux injonctions sociétales que sont « protection » et « respect », chercher puis trouver cet équilibre sur le plan individuel, sur tous les autres plans plus généraux est certainement une aventure à nulle autre pareille.