Archives de l’auteur : Joelle

Le temps passé

Passer du temps à trier le temps passé.

Voilà… s’il fallait définir ou résumer le boulot qui consiste à vider une maison, ce sont ces mots précis que j’utiliserais : passer du temps à trier le temps passé!

Soulever la poussière amassée sans que personne ne s’en préoccupe,
Découvrir l’improbable dans les coins les plus obscurs,
Déplier des kilos de papiers jaunis venant « d’avant avant » et précieusement stockés,
… pour servir… à rien!
Constater le bazar amoncelé et mesurer ce besoin auquel personne ne déroge,
Trouver d’étonnants objets*,
Caresser des dentelles non-mécaniques en fil 100% bio non labellisé,
Ecouter à nouveau des histoires raconter le temps passé,
Ecouter les histoires,
Et passer le temps,
A traverser les vies,
Banales,
Tout en triant,
Pour jeter… beaucoup et encore plus… mais surtout dans le bon container!

Et imaginer demain.
Imaginer les jeunes d’aujourd’hui devant ce même labeur,
Demain.

Demain cet inconnu.

Quelle traces de « mon » temps passé laisseront une empreinte et combien de temps sera passé à les abandonner aux vents d’après?

C’est l’inconnu!
Et c’est « tout » ce qui fait que j’aime intensément l’aventure offerte par la vie,
Joyeusement imprévisible, joueuse avec ses propres règles,
Chaque instant surprenante,
Et merveilleuse,
Parce que surprenante!




* La cuillère à absinthe, par exemple. J’ai adoré découvrir son usage et ressentir une certaine ivresse en « voyant » les mouvements de l’opalescente boisson en train de se préparer.

Informations préalables

Balades, voyages sont autant d’occasions pour rencontrer de nouvelles orchidées.

Sauvages?

Les orchidées sauvages sont difficiles à trouver lors des déplacements touristiques ou professionnels.
En effet, arriver dans un pays inconnu pour y passer même un mois entier, c’est inévitablement commencer par essayer de se repérer et ensuite aller voir les « coins touristiques » qui d’ailleurs contribuent au repérage.
Et puis, c’est le plus facile!
Imaginez un peu, accueillant un ami de l’autre bout du monde, vous lui demandez ce qu’il aimerait voir « chez nous ». Il répondra probablement « Paris » voire « la tour Eiffel » et il vous sera peut-être possible de réaliser son rêve. Par contre s’il exprime un désir de voir le célèbre « Cypripedium calceolus« , je parie que vous serez fort dépourvu.
C’est ainsi.
Débarquer dans une région, c’est un peu la même chose, il est commun de commencer par chercher les points remarquables les plus communs.

Chercher les orchidées sauvages exige un temps long.

Pourtant, il m’arrive de « tomber » sur quelques belles au cours d’une balade. Parce que je me balade, passionnément, partout, quelles que soient les circonstances du déplacement.
Et puis, parfois il m’arrive de partir avec la ferme intention d’en rencontrer, ça ne fonctionne pas à tous les coups, il faut surtout de la chance ou partir après un énorme repérage virtuel préalable.

A noter que dans certaines îles, les orchidées sont dans les jardins au même titre que les pélargoniums ou les hortensias chez nous. Ce ne sont pas des orchidées sauvages, mais ce ne sont pas non plus des stars botaniques de grande valeur. Elles sont partout et c’est un véritable plaisir des yeux qu’il serait dommage de dédaigner.

Dans ce chapitre, j’entreprends de présenter principalement les orchidées sauvages rencontrées au hasard ou lors de mes recherches en France et plus loin. Mais, simplement pour le plaisir, je raconterai peut-être, en bonus, quelques histoires de jardins tropicaux.

A la recherche des Sabots de Vénus

Parmi les orchidées sauvages de France métropolitaine, il en est une fort spectaculaire qui toujours figurait sur les rares pages couleurs des dictionnaires de mon enfance.

Dans le « Larousse Universel » en deux volumes (daté de 1922) qui trônait chez mes grands-parents l’espèce est nommée « cypripède » et ainsi décrite : « Genre d’orchidées comprenant une vingtaine d’espèces dans les régions chaudes et tempérées. (Les cypripèdes doivent leur nom scientifique comme leur nom vulgaire (sabot de Vénus) à la forme de leur fleur.) »

Des « sabots de Vénus », il est facile d’en trouver dans les jardineries au rayon des plantes exotiques, leur forme est suffisamment originale pour attirer les regards et se vendre plus cher que la plupart des vulgaires orchidées de supermarché.
Dans la nature, c’est une autre histoire.
En France, le Cypripedium calceolus, victime de la cueillette intensive et des nombreux essais de transplantation, ne subsiste que dans de rares zones. Il est strictement protégé.

En 2022, j’avais décidé qu’il était temps de faire sa connaissance en live.

Et finalement, je suis partie dans les Pyrénées… espagnoles, simplement parce que la distance kilométrique à parcourir en voiture pour m’y rendre était moindre que celle qui était à parcourir pour aller dans le » far-east ».
Il restait à les trouver.
J’avais des pistes. Et surtout, à la date précise où j’avais prévu d’y aller, j’avais bien noté le message suivant : « Mis compañeros me dicen que C. calceolus en Huesca está en plena floración, vas a tener éxito, de buen seguro. No dejes de buscar otras especies, por todo el valle hay muchas, pero muchas. »  J’étais donc certaine de faire des rencontres en allant « là-bas ».
Je me suis offert un détour, une pause-pique-nique sur un site à orchidées dans le département de la Dordogne et c’est tout tranquillement que je suis arrivée en fin d’après-midi au premier endroit conseillé pour « voir » les « zapatilla de Venus ».
A cet endroit précis, un garde est stationné pendant le mois de floraison, c’est dire à quel point la fleur est précieuse.
Quelle ne fut pas ma déception !
Alors que j’arrivais guillerette à l’idée de toucher au but, je suivais le gardien en m’attendant à devoir grimper un peu et… ce fut inutile, les fleurs étaient là, juste au bord de la route, offertes à tous les regards, si faciles d’accès qu’il était même questionnant d’avoir besoin d’un « guide » pour les approcher!
J’ai eu l’impression d’être au musée ou un truc comme ça. Il y a eu une déception, comme si quelque chose ne collait pas avec mon aventure « à la recherche d’orchidées sauvages ». Celles-ci étaient sauvages, certainement, mais étant à la fois gardées et en bord de route nationale, dans l’instant de la rencontre quelque chose clochait trop pour que je sois vraiment ravie.
Que signifie protéger?
J’ai déjà posé la question et clairement il y a dans cette histoire de protection un truc qui me touche et m’interroge à la fois.

Heureusement, j’avais un bon paquet d’autres fleurs à découvrir et surtout surtout j’avais un endroit « secret » dans ma liste, un endroit où trouver, avec un peu de chance, les fameux sabots de Venus.

Deux jours plus tard, un peu après l’aube et à l’issu d’une minuscule route de montagne infiniment tortueuse, je me suis garée sur le parking bondé d’un parc naturel. Riche de l’expérience de l’avant veille, j’ai eu des sueurs froides en voyant des flots de visiteurs se lancer sur les différents sentiers à cette heure très matinale. Qu’allais-je donc trouver?

Passés les premiers hectomètres, chacun ayant choisit sa voie du jour, parfois en coupant à travers bois pour changer de route, passé ces premiers hectomètres, attirés par leurs objectifs, les marcheurs restaient sur les sentiers fléchés.
Pour ma part, attirée par « mon » objectif, je suis sortie du droit chemin, j’ai plongé dans les bois. Sans égard pour les branches trop basses qui frôlaient mon visage ou accrochait mon sac à dos, j’avançais. Le chant du torrent guidait mes pas, il fallait que je trouve une éclaircie « par là-bas ».

Sans humain à l’horizon, plongée dans la symphonie de la forêt, j’ai enfin atteint une zone moins dense où j’ai pu marcher tête haute.
Et puis au pied d’un arbre, j’en ai vu une , une fleur caractéristique du sabot de Venus.
Encore dégoulinante de la pluie nocturne, elle se présentait à mon regard.
Et, enfin nous nous faisions face, seule à seule, entre le torrent tonitruant et la forêt caressée par la brise.

Ce fut l’instant auquel j’avais rêvé.

Enfin.

Tranquille, apaisée, j’ai pu poursuivre la journée en randonnant sur un sentier fléché.
Les jours qui suivirent m’ont offert un bon nombre de rencontres avec des orchidées sauvages parfois déjà connues et parfois nouvelles à mes yeux.

L’été et la fin de la saison des orchidées sauvages pouvait arriver.



A quoi ça sert?

J’avais déjà choisi ce titre pour un billet il y a dix ans.
A quoi ça sert ?
En voilà une question !

C’est en premier celle d’un enfant curieux face à un objet inconnu.
C’est ensuite celle d’un adolescent rempli de doutes face aux injonctions qui l’importunent
C’est celle d’un adulte en manque de sens devant la vie formidablement routinière.
C’est celle d’un vieillard ou d’un malade incurable quand la mort devient l’unique horizon.
C’est une question récurrente que tout un chacun soulève un jour ou l’autre, dans une dimension ou dans une autre.

A quoi ça sert ?

Combien de fois cette question se pose t-elle lorsque je me regarde agir, écrire, ramer, parler, apprendre, marcher, inventer… vivre même ?

C’est dire combien trouver un sens est viscéral, l’humain est un animal pensant et peut-être trop pensant sur ce sujet particulier.

Dix ans plus tard, je peux encore écrire « ça ne sert à rien et c’est donc super important »
C’est super global, donc globalement faux et globalement vrai en même temps et ça m’amuse.
Le passant qui lit peut se dire que j’écris pour ne rien dire.
Peut-être?
Certainement pour quiconque cherche une réponse bien dorée, une recette magique, un secret qui rapporte gros.

Je viens d’achever provisoirement une liste de petites fiches que j’avais préalablement listé sur un sommaire (oui, bis repentira placent : liste et lister… ha ha ha !!!)
Un « truc » absolument sans autre intention que celle de satisfaire ma propre curiosité. Un « truc » qui ne rapporte rien (pas un kopeck, en plus ça bouffe de l’énergie, c’est pas « éco-logique »)
Un « truc » que j’avais besoin de faire pourtant.

Et c’est une fois réalisé, c’est « après » que je réalise à quel point j’ai appris en allant chercher, par exemple, le nom caché derrière les abréviations d’auteurs utilisées en taxonomie végétale, puis en suivant les liens tout faits ou en sollicitant mon moteur de recherche sur des noms encore non « wikipediatisés », puis en explorant les fiches de sites plus officiels ou plus savants, etc.
J’ai voyagé de lien en lien, de site en site, j’ai voyagé dans le temps, imaginant les médecins et pharmaciens d’antan et leurs quêtes de plantes « soignantes », puis les explorateurs sponsorisés par de grandes fortunes à la recherche de faire-valoir, les riches amateurs passionnés arpentant des chemins exotiques et je suis arrivée à nos jours où des gens bossent dans des laboratoires, découpant l’ADN pour en extraire des gènes et poser des verdicts qui n’éteignent pas les discussions infinies.

Mon imagination galopante a visionné une grande quantité de métaphores, disserté sur plein de sujet philosophiques, et espéré encore d’autres trouvailles, pour avancer plus loin dans cet imaginaire de folie qui donne sens à mes actes.

Voilà, ça sert peut-être à rien ou ça sert seulement à « ça » et oui, voilà ce qui fait que c’est super important!

Et quand vient un commentaire en reflet… Wahooooooo, alors là, c’est la cerise sur le gâteau et il est bien connu que je suis super gourmande de cerises !
Alors, collectionneuse de questions, je me demande : « N’est-ce pas ce qui est rare qui est précieux? »
Et « ça » c’est un autre sujet récurrent!

PS: Ce qui est rare est précieux. Combien de fois ai-je murmuré ou lancé cette affirmation et dans combien de contextes et d’environnements. La phrase elle même ne devint jamais encore le titre d’un billet, mais en tapant « précieux » en mot clé dans mon site, voilà ce que j’ai trouvé, en clin d’oeil du matin 😉

Ophrys insectifera


Décrit par Carl Von Linné en 1753.
En voyant la belle planche illustrée tirée d’un livre de botanique de 1885, je ne peux m’empêcher de penser que la précision du dessin n’avait rien à envier à nos images numériques.

L’Ophrys mouche est bien présent sur le territoire français dès lors qu’il y trouve des conditions favorables.

J’ai fait sa connaissance près de Tours, le dernier week-end d’avril alors que je sortais prendre l’air dans le parc d’un centre de conférence.
Comme j’avais profité de ce déplacement pour découvrir de nouvelles espèces, je l’ai revu à la même date dans d’autres sites, autant en sous-bois qu’en prairie. A noter que sous le couvert des arbres, les tiges s’étirent plus haut afin de capter la lumière.

Orchis purpurea


Décrit par William Hudson en 1762

L’Orchis pourpre, Orchis-casque ou Grivollée est une plante robuste qui ne passe pas inaperçue.
La découpe et la teinte du label est assez variable.
En Touraine où je l’ai observée la première fois, sur une prairie sèche et calcaire, la cohabition avec les Orchis Simia offrait de nombreux hybrides à observer dans un festival de formes et de couleurs.

Himantoglossum metlesicsianum

Découvert en 1982 aux Canaries par Wolfgang Teschner (1935-2016), médecin et botaniste amateur, nommé en hommage au botaniste autrichien contemporain H. Metlesics. En 1999, Pierre Delforge l’a classé avec les autres Himantoglossum.

C’est une plante très semblable à Himantoglossum robertianum. Elle est seulement présente à Tenerife et à La Palma mais en danger critique d’extinction en raison des fréquents incendies qui ravagent les pinèdes de l’archipel.

En 2022, malgré des repères très précis je l’ai cherché en vain.

Ophrys lutea

Décrit en Espagne par Antonio Jose Cavanilles en 1793.

L’Ophrys jaune est présente en France.
Bien que Méditeranéenne, l’espèce est absente en Corse.

Mi-avril, à Minorque en 2022, la floraison touchait à sa fin. Nous avons cependant pu observer tout à loisir la multiplicité des formes de cet Ophrys très répandu sur l’ensemble de l’île.

Ophrys balearica

Décrit par Pierre Delforge en 1990, à Majorque.

L’Ophrys balearica est endémique des îles Baléares, elle fait partie du groupe des Ophrys bertolonii et fut précédemment nommée Ophrys bertolonii supsp. balearica par L. Sáez & Roselló en 1977.

Mi-avril, à Minorque, elle était en début de floraison et facilement observable bien que très localisée.

Serapias nurrica

Décrit par Bruno Corrias Sassari en 1982

Serapias nurrica est très rare et très localisé.
En France il n’est présent qu’au sud de la Corse. Autant dire que le découvrir lors de notre séjour à Minorque, unique endroit d’Espagne où sa présence est signalée, était inespéré.

C’était le dernier jour et il pleuvait.
L’île étant petite, nous avions déjà exploré la plupart des coins où il était logique de trouver des orchidées. Un seul site n’avait encore pas figuré sur nos parcours et il m’était difficile d’imaginer partir sans y avoir mis les pieds. Mais le temps était compté.
M. peu motivé par les conditions météorologiques s’accorda la première grasse mat’ des vacances. De fait, en y allant seule je gagnais beaucoup de capacité d’observation.

Après avoir pas mal tourné et trouvé des espèces déjà photographiées sous le soleil, sachant qu’il était vain d’essayer de trouver des espèce plus tardives (nous étions mi-avril) j’ai décidé de simplement me balader.
Rencontrer une tortue locale fut un premier bonheur.
Visiter les ruines de la « talaia » (tour de défense) construite au 18ème siècle avec un assemblage de pierres roses et blanche fut le deuxième.
Enfin, trouver devant mes pas cette variété exceptionnelle de serapias acheva d’illuminer la journée dénuée d’ensoleillement.