Ingenerare (21)

« (…), alors ce logos est un thème absolument universel, il est le thème de la philosophie. Elle-même est langage, repose sur le langage ; mais cela ne la disqualifie ni pour parler du langage, ni pour parler du pré-langage et du monde muet qui les double : au contraire, elle est langage opérant, ce langage-là qui ne peut se savoir que du dedans, par la pratique, est ouvert sur les choses, appelé par les voix du silence, et continue un essai d’articulation qui est l’Etre de tout être. »
Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible, Gallimard 1964


Ce que je viens de raconter deviendrait-il l’objet de nouvelles exigences, de nouveaux objectifs, de nouvelles contraintes?

Ce serait vraiment me méconnaitre, se méprendre au sujet de mes intentions.

Donner naissance est une aventure à vivre en société, à partager, à envisager ensemble.
Dans d’anciennes sociétés des mots comme « taho’e », comme « ubuntu » étaient signifiants, ils restent impossibles à traduire et parfois même à interpréter du fond d’un canapé, c’est à dire sans expérience réelle de leur réalité… sociétale.

Nous sommes tous et chacun humains. Glorieusement humains, bassement humains, formidablement humains.
TOUS
Le soignant pareil que le soigné
L’homme et la femme
Le petit humain, l’adolescent, l’adulte.

A chaque instant nous sommes situés dans l’environnement que nous croyons habiter et en même temps dans un véritablement environnement dont nous ne touchons pas les bords.
A chaque instant, nous sommes en déséquilibre à la recherche d’un équilibre qui nous est propre à chacun.
Et, c’est dans cet état que nous avons l’obligation (sans autre choix possible) de vivre ensemble.

Avoir, même seulement intuitivement, conscience de ce fait ouvre des portes qui permettent de donner naissance à un enfant, puis de laisser naitre son placenta, en paix, avec sérénité quelque soit le lieu et les personnes présentes.

Dans mon expérience, je peux évoquer la chance comme d’autres évoqueraient leur gri-gri, leur ange gardien ou tout ce qui leur chante.

Lorsque je me trouvais face à une équation difficile à résoudre, mon père me disait tendrement et fermement : Aide toi, le ciel t’aidera.
Peut-être que le ciel est la chance, je l’ignore.

Ce que je sais, c’est qu’en compagnie des familles, c’est toujours en regardant « l’autre » avec bienveillance et empathie que nous avons réussi à donner vie à nos inspirations communes : tenter d’aller vers une naissance non-violente. Avec le « mieux » que nous pouvions, j’avais besoin qu’elle soient dépourvues de violence vis à vis de quiconque, ces mises au monde.
Et ceci alors même que donner naissance s’effectue dans la peine, que le passage est compliqué, que parfois il y a besoin d’un bistouri pour passer.

Est-il si compliqué de regarder un soignant dans les yeux, comme pour essayer de voir son dedans, et du lui dire sincèrement « Comme vous avez l’air fatigué » ou « j’entends plein de bruit dans les couloirs, il y a du monde ce soir, vous devez être super stressé » ou « tu viens de sortir d’une maison et te voilà chez moi, tu dois avoir hâte de rentrer voir tes enfants », etc ?
Parce que le soignant qui est là, devant la personne dont il doit prendre soin, ce soignant est humain, à l’égal de la personne dont il doit prendre soin.
Ni plus, ni moins.
Ni dieu, ni maitre.
Ni meilleur, ni pire.

Alors, quand vient le moment sacré de la naissance du placenta, de cette part du gâteau qui appartient à l’enfant tout en étant « le moment » de sa mère et d’elle seule, je rêve d’un instant d’humanité, de compréhension mutuelle, d’abolition du « moi je veux » dans un sens ou dans l’autre.

C’est un moment où le juste milieu est envisageable, il suffit de se mettre sur la même longueur d’onde, celle de l’humanité.

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