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Mardi 12 septembre, étape 13

« Nous ne pouvons pas vraiment planifier parce que nous ne comprenons pas l’avenir – mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Nous pourrions le faire en gardant à l’esprit ces limitations. Cela requiert simplement du courage. »
Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne Noir, la puissance de l’imprévisible, traduit de l’anglais par Christine Rimoldy avec la collaboration de l’auteur, Société d’édition Les Belles Lettres, 2008,
ISBN 978-2-251-44348-5

En passant devant le journal local, après le petit déjeuner pris à table, j’avais jeté un coup d’oeil sur la page « météo » : deux jours de ciel un peu lumineux étaient annoncés, avant un jeudi gris et pluvieux.

Il était vraiment temps de décoller pour aller plus loin.

En passant faire mon stock de vivres, la veille, j’avais un peu enquêté au sujet d’un chemin avec des « marques rouge et blanches », sans succès.
En dépliant la carte routière, je voyais la direction à prendre pour espérer rejoindre « le » chemin à un moment ou à l’autre.
Je savais que le plus sûr moyen consiste à utiliser les voies de circulation les mieux indiquées, en l’occurrence, c’était la route!

Une fois de plus, j’ai pu mesurer l’intense solitude qui s’installe pour le « marcheur » en bord de route.
Même sans grande circulation, il faut garder en marchant, une vigilance de chaque instant. Le temps du marcheur est si différent du temps de l’automobiliste, que même sur une petite départementale entre deux petits villages, le nombre de voitures croisées devient, une à une, presque conséquent.
En ajoutant la relative transparence du piéton vis à vis des automobilistes, tout est dit.

Sans aucun doute possible, j’étais arrivée dans le pays de Bigorre.
Le paysage était charmant, même partiellement bouché.
Les éclaircies illuminaient des instants de grâce, dévoilait des sommets et j’avais retrouvé l’allégresse de la marche.
Je constatais, que la « moyenne » montagne est celle qui me convient le mieux, comme un « juste milieu » peut l’être.
Passé les thermes de Bagnère de Bigorre, l’environnement m’enchantait de plus belle.

J’ai certes fort pesté contre les engins d’exploitation forestière qui avaient transformé un chemin en profond bourbier, mais la solution de marcher pieds nus et en ligne droite plutôt que de chercher à éviter l’inévitable gadoue fut une solution dont l’espièglerie n’avait d’égal que le bienfait de la boue sur les pieds!
A l’arrivée au sommet, l’environnement était idyllique, une pause s’imposait. L’herbe rase permettait un brin de toilette qui s’acheva plus bas, dans un lavoir.

Plus loin, s’ouvrait une vallée profonde, comme j’avais imaginé en voir dans les Pyrénées, de ces vallées si étroites que le soleil ne pénètre pas jusqu’au fond, alors que des gens y habitent, y vivent.
De ces vallées où le « village » est complètement dispersé sur les flancs tant aucun replat n’a jamais permis son regroupement autour de l’église.
De loin, j’ai aperçu une vieille dame. Sanglé dans sa blouse, sous son chapeau, le dos bossu, elle allait et venait à petits pas sur la pente herbue, accaparée par je ne sais quel ouvrage essentiel.
Une fois de plus, à sa vue, mes souvenirs ont fait surface.
Les femmes croisées à la campagne dans mon enfance se sont invitées, ces personnes qui m’avaient touchée, que j’avais senti, approché et qui n’existent plus dans les campagnes « citadinisées » à grande vitesse par la proximité des villes. J’imaginais la messe du dimanche, ce rassemblement incontournable des gens, ce rendez-vous hebdomadaire où il « fallait » se rendre et faire des kilomètres en descente pour y aller tout en connaissant la pente à affronter au retour …
Plongées dans les divers films historico-documentaires que je produis si promptement, le cheminement était facile.

Après avoir achevé la plongée dans une de ces fractures qu’on appelle vallée, après avoir frissonné au contact de l’humidité froide du torrent qui y coulait, il était temps de trouver un petit espace le plus plat possible pour bivouaquer.
Entamant l’ascension vers l’autre versant, une esplanade située devant une grange me sembla propice, au milieu d’un pâturage.
J’ai regardé à droite, à gauche, en haut et en bas afin de vérifier l’absence de toute présence humaine
J’ai escaladé la solide barrière.
Il y avait juste ce dont j’avais besoin : un rectangle de 50cmx180cm presque horizontal.
Les moutons paissaient un peu plus loin, sans la moindre inquiétude.

Avec la tombée du jour, une à une cloches et clochettes se sont tuent. Les troupeaux s’étaient endormis.
Je n’ai pas tardé à en faire autant.

A suivre…