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Dimanche 10 septembre, étape 11

« Une métamorphose se produit quand les images vues se transforment en images remémorées, qui trouvent dès lors un nouveau lieu dans notre réserve iconique personnelle. »
Hans Belting, Pour une anthropologie des images, traduit de l’allemand par Jean Torrent, Gallimard, 2001, ISBN 2-07-076799-X

En ouvrant mon carnet à ce jour apparaît en premier
« Globalement, super journée »
C’est drôle de lire, de revoir les images avec du recul, quand les souvenirs sont là, mais déjà un peu loin, un peu fondus et interprétés, intégrés dans la réalité d’aujourd’hui.

Dès potron-minet, j’étais prête pour une nouvelle journée.
L’énorme 4×4 de mon voisin était passé chercher les chiens sans écraser ma tente puisque je l’avais déjà pliée.
Pas un mot de sa part alors que je m’écartais en le saluant. Il y a des personnes comme celle-ci qui pointent fort à quel point il est possible d’être transparent à leurs yeux.

En route pour le col des Ares!

C’était vraiment tout près, et là, magie, magie, il y avait un gite, un restaurant et de la lumière. Je suis entrée. Il y avait partout des statuettes de Bouddha, des petites cascades et une décoration très zen. Quand j’ai demandé s’il était possible d’avoir un bon petit déjeuner, la réponse fut positive avec un grand sourire.
La journée commençait à merveille.

A l’approche d’Antichan, le marquage est devenu très très présent. Un simple détail me compliqua pourtant l’existence. A un carrefour, sous les marques habituelles était rajouté GR87.
Le doute m’envahit quant au chemin à suivre.
Je suis allée me renseigner dans le village.
Dans une belle maison, louant le maire qui prend grand soin du balisage, un aimable monsieur eu l’obligeance de se pencher sur ma carte pour comprendre mon dilemme.
Il alimenta mon doute en montrant la direction de la vallée du côté opposé au balisage.
Je lui ai demandé l’autorisation de prendre une des poires qui jonchaient le parterre bien carré.

Une poire à la main, Je suis partie à l’aventure, délaissant les marques.
Quelques virages plus loin, c’est une infirmière libérale en vadrouille qui m’a aidée par sa connaissance des sentiers locaux. Bien que je n’aie pas été tirée d’affaire dans l’instant, j’ai réussi à tâtonner et à rejoindre « le chemin » après quelques circonvolutions erratiques.

En écrivant ce billet, aujourd’hui et après quelques recherches, je ne trouve pas de GR 87…
D’ici à imaginer que le marqueur était dyslexique, il n’y a qu’un pas  que je me garderai de franchir aveuglément !

« Globalement, super journée »

Probablement.
Pourtant, comme pour la veille, les souvenirs sont assez lisses.
La sensation qui planait, et je garde cette sensation en mémoire, était semblable à celle que je peux ressentir certains jours sans éclat, certains jours de « ciel blanc », des jours où il n’y a rien à signaler sinon la routine.

Sur la route, ces jours existent aussi.
Comme des respirations nécessaires.
Comme existent les jours sans vague où l’océan semble devenu muet.

Arrivée dans la « plaine », après avoir traversé le village sans charme de Lombres, j’ai trouvé refuge sous les chênes et j’ai monté « mon hôtel » sous le regard attentif d’une belle jument baie.

A suivre…