Archives par étiquette : épicerie

Vendredi 1er septembre, étape 2

« – La voie combien?
– 9 3/4
– Ne dis pas de bêtises, La voie 9 3/4 n’existe pas.
– C’est écrit sur mon billet.
(…)
– Et voilà, mon garçon, dit-il. La voie 9 est ici, la voie 10 juste à côté. J’imagine que la tienne doit se trouver quelque part entre les deux, mais j’ai bien peur qu’elle ne soit pas encore construite. »
J.K.Rowling, traduit de l’anglais par J.F. Ménard, Harry Potter à l’école des sorciers, Editions Gallimard 1998, ISBN 9782070541270

Tout à fait novice en terme de GR (acronyme pour Sentier/Chemin de Grande Randonnée), non-étudiante des « topo-guides » et autres, j’ai pris ce qui venait à l’heure où c’était l’heure.
Aujourd’hui encore, je ne peux que me féliciter de ce travers qui m’appartient : penser que l’imprévisible est au détour du chemin sans jamais m’attacher à prévoir quoi que ce soit de précis.
Au fil du cheminement, j’ai vu des gens le nez collé au smartphone, le guide à portée de main, des gens qui avaient besoin de savoir ce qui était « à voir » dans le virage suivant, ce qui était « à visiter » dans le village suivant, ce qui était « à éviter » dans les gorges à venir, etc… A chaque fois, j’étais heureuse de vivre simplement et de « plein fouet » ce qui advenait, une réalité qu’il était impossible d’anticiper, une réalité qui ne cesse de m’émerveiller.

Tout à fait novice en terme de GR, disais-je, cette deuxième étape m’a permis d’entamer une longue liste de questions, laquelle en ouvrit d’autres au fur et à mesure de l’avancée du voyage, au fur à mesure de la révélation de possibles réponses.
Je découvrais par exemple que pour aller d’un point à l’autre, la voie retenue pour recevoir le fameux signe rouge et blanc, était toujours une voie beaucoup longue que la route, passant systématiquement, et autant que possible, par le fond des gorges les plus profondes et le sommet des cols les plus exigeants. « Randonner » n’était donc pas seulement aller d’un village à l’autre à travers la nature, c’était aussi « aller le plus haut possible » pour descendre « très bas » et ignorer toute notion de « juste milieu ».
Je découvrais aussi qu’il faut impérativement rester hyper-vigilant quant au marquage. Et « ça » c’est assez antinomique avec l’évasion de l’esprit.
J’en fis les frais assez rapidement.

Sur un large et confortable chemin, « j’atterris » soudainement en remarquant qu’il n’y avait plus aucune marque. En faisant un bref retour dans l’enregistrement automatique de ma mémoire visuelle, je notais instantanément que je marchais « en liberté » depuis un long moment.
Il était plus que nécessaire de faire le point.
J’ai sorti carte et boussole pour m’apercevoir que je filais plein sud alors qu’il eu fallu que j’aille plein ouest.
Peu encline à rebrousser chemin, je m’engageais résolument dans la garrigue typique du massif des Corbières pour vivre un extra-ordinaire moment « pleine nature » qu’aucun guide ne conseillera jamais.
Boussole en main, je suivais autant que ma taille humaine/debout le permettait les passages des animaux.
Je m’inclinais, je me servais de la place libérée par les arbres, j’enjambais le chaos végétal, je me faufilais au milieu d’inextricables fourrés piquants.
Logiquement, j’ai débouché près de ruisseaux, j’ai escaladé des coteaux abruptes, un peu égratigné mes mollets, un peu accroché mon sac et in fine, je suis arrivée sur une route, précisément devant le panneau d’un col. Il me restait à partir du « bon » côté pour retrouver le droit chemin.
Quelle merveilleuse expérience !
J’étais ravie.
Ravie, heureuse, reconnaissante !

Malgré cet interlude, je suis arrivée « trop tôt » dans le village où il était possible de me recharger en vivres : l’épicerie affichait porte close.
Sous le soleil du sud, il était donc l’heure de faire la sieste.
Allongée sur un banc public de la place publique, en alternant « tête posée sur le sac » avec « pieds posés sur le sac » j’ai regardé la brise danser dans le ramage des platanes, j’ai observé le soleil jouer à cache-cache entre les cumulus et les larges feuilles palmées, j’ai écouté le vie du village.
A l’heure sonnante, j’ai traversé la rue, j’ai fait le plein du nécessaire et je suis partie, comme libérée.

Après avoir traversé des gorges magnifiquement grandioses qui ne pouvaient qu’enivrer mes sens exacerbés par la fatigue, il ne restait plus qu’à chercher une place de bivouac à la hauteur de la journée.
Comme la veille, le soleil sombrait quand je plantais ma tente, sur un endroit bien plat, bien tranquille et bien élevé, à proximité des ruines du château de Padern.

A suivre…