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Mercredi 6 septembre, étape 7

« Sois impatient et sois patient, dans le silence
Ne fais plus rien, fais plus que tout, avec constance »
Le cantique des oiseaux, Farid od-din Attar, traduction du persan Leili Anvar, Editions Diane de Selliers, 2014, ISBN 978-2-36437-033-3

La veille, le marchand de sable était passé au moment même où l’idée de dormir au sec une fois à Foix me chatouillait les pensées.
Cette idée flottait encore à l’heure du réveil.
Elle s’épanouit totalement et de manière fulgurante à l’instant même où je tentais de regarder le ciel, ouvrant à peine la tente.
Je savais, à l’oreille, que la pluie n’avait pas cessé, mais en voyant le coton brumeux qui enveloppait absolument tout, j’abandonnai tout espoir de transporter du matos sec.
L’urgence était donc la suivante : rien ne presse.

Méthodiquement, j’ai accompli le rituel quotidien de rangement, rempli le sac, sorti le sac bien fermé, sorti la bonne femme, enfilé le poncho de pluie et j’ai dépiqué la tente. Puis, avec « tout ça » sur le dos ou dans les bras, je suis tranquillement allée m’installer sous le porche de l’église toute proche.
Là, j’ai laissé la tente dégouliner et j’ai préparé mon p’tit déj.
Rien ne pressait.
Rien.

Quand il n’y eut vraiment plus rien d’autre à faire que de partir, je suis partie dans le brouillard, sous la pluie.

C’était le brouillard dans ma tête aussi. Le chemin cathare se terminait officiellement à Foix et je n’avais aucune idée au sujet de la direction à prendre pour ensuite rattraper le GR78, lequel allait me permettre de rattraper le GR10 dans quelques jours.

La visibilité était quasi nulle.
Le chemin montait, descendait, montait, descendait, parfois de manière abrupte, parfois en douceur, mais il n’y avait rien à voir que la brume.
Au loin, très loin, il y avait les sons de la civilisation.
Parfois, il y avait les abois d’une meute, le mercredi est un jour de chasse.
J’étais absolument incapable de penser de manière organisée.
Je savais que j’avais un jour été capable de le faire, mais même en faisant un effort, c’était chose impossible.
J’étais seulement capable de regarder la goutte accrochée à la mèche de mes cheveux qui dépassait du capuchon. Je la regardais jusqu’à ce qu’elle se détache et tombe. Parfois, elle devenait si grosse qu’elle se divisait et que deux gouttes tombaient. Parfois c’était une seule.
Je me suis contenté de regarder la goutte accrochée à la mèche.
Je me suis contentée de sentir où je posais les pieds.
J’ai marché longtemps dans ce brouillard.
Je me suis réveillée en approchant de Foix, le chemin était passé en dessous des nuages et la forêt jouait son rôle de filtre.
A l’approche, le GR a rejoint un chemin d’où sortait Claire, nous avons fini ensemble, devant une bière. Claire est une toute jeune femme, à la recherche d’elle même, elle s’était donné des objectifs d’aventure très extrêmistes dont nous avons beaucoup parlé. Puis elle est partie squatter chez un inconnu tandis que je me dirigeais vers un hôtel avec une seule idée en tête : me jeter sous une douche chaude!

Il restait tout l’après-midi à vivre, les mains dans les poches, le dos libéré.
La portion visitable de la ville est une portion congrue, j’ai donc tourné, tourné et tourné.

Néanmoins, en passant à l’office de tourisme, j’avais réussi à regarder les cartes locales et à faire la lumière sur mon itinéraire à venir.
Après un ultime tour histoire de savoir par où partir le lendemain, je suis rentrée à l’hôtel et j’ai pique niqué comme d’habitude, dans mon duvet.
Puis je me suis endormie, bien au sec, certaine de partir toute a fait sèche après avoir tout proprement plié.

Avec cet intermède citadin, s’ouvrait le deuxième tome de l’aventure. Son nom de code ? GR78 !

A suivre…