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Créer l’illusion


Tandis que la Renaissance commence à éclore en Italie, au début du XVème siècle, la perspective fait une entrée triomphante dans l’art pictural.  La perspective, c’est la technique qui permet de créer une illusion de profondeur sur une surface plane.
Jusqu’à cette invention, il y avait le regard, il y avait les sens et il y avait des images qui racontaient des histoires sans pouvoir approcher l’impression que la lumière passant à travers les yeux forme dans le cerveau humain.
Sur une surface plane de papier, de toile ou de pierre, ce qui était au loin était petit parce que ce qui est loin est petit et il fallait une acrobatie de l’esprit pour mettre de la profondeur dans la platitude d’une représentation.
L’expérience était une complice de chaque instant.
Quiconque marche à pied ou au pas du cheval sait parfaitement le temps qui sépare un village de l’autre et mesure « d’instinct » la distance qui existe entre un premier plan géant et un plan minuscule en arrière.

Avant la Renaissance, il y eu le Moyen-âge, une longue période de dix siècles entre l’Antiquité et les Temps Modernes comme dit le dictionnaire… Et c’est au cours de ce Moyen-âge que les langues européennes nomment enfin le bleu.
Avant, il y avait le ciel par temps clair, il y avait de l’eau sous du ciel sans nuages, il y avait aussi le lapis-Lazuli, l’azurite et  l’indigo, mais la couleur « bleu » restait dépourvue de nom.
Le noir, le blanc, le rouge étaient nommés depuis l’Antiquité, puis s’ajoutèrent le vert et le jaune… Le bleu restait une nuance du blanc (d’où son étymologie) ou une variété du noir. A l’apparition du vert, le bleu qui n’existait pas était parfois une variété de vert…

Imaginez un monde où personne n’aurait l’idée de dire  » c’est génial ce ciel bleu »  en regardant le ciel bleu.

Depuis le début de la Renaissance, seulement cinq siècles se sont écoulés.
Aujourd’hui, on se balade virtuellement dans des paysages, dans des monuments, on joue (pour de vrai! C’est à dire qu’il existe un véritable jeu…bien que le véritable jeu ne soit pas joué en réalité puisque le joueur est enfermé dans son appartement et pas sur un véritable terrain… Vous suivez ?) au tennis, au golf ou au foot  devant un écran.
Nous vivons dans un monde d’illusions, bien à l’abri au coeur de nos cités que certains trouvent insuffisamment sécurisées.

Et de l’illusion nait l’illusion.

Et de la réalité de l’illusion, nait la certitude de vérités illusoires.
Qui est encore capable au quotidien d’agiter son environnement dans tous les sens pour en extraire un bon sens un peu humain?
Qui?
Je ne sais pas.

Sur la photo posée en illustration de ce billet, si je vous demande la couleur du mur, vous allez me répondre : « il est blanc » et c’est une réponse logique parce qu’il est recouvert d’une peinture bourrée de pigments blancs. Pourtant, le blanc ne saute aux yeux que sur la partie ensoleillée, sur le reste de l’image, le mur est gris. (A noter que nous savons actuellement nommer aussi le gris)
Gris, entre gris clair et gris plus foncé, mais gris!

Et le ciel?

Le ciel est bleu.
Oui, mais la partie du ciel qui se situe entre les murs, de quelle couleur est-elle?
Mais, il n’y a pas de ciel entre les murs.
Il n’y a pas de « ciel » entre les murs?
C’est quoi alors « le ciel »?

Une illusion?

Faire plus avec autant


Les bisounours distribuent les leçons de morale qui ne tiennent pas debout : par exemple il serait possible de faire plus avec moins!

En 1789, dans son Traité Elémentaire de Chimie, Antoine Lavoisier écrivait :
« On voit que, pour arriver à la solution de ces deux questions, il fallait d’abord bien connaître l’analyse et la nature du corps susceptible de fermenter, et les produits de la fermentation ; car rien ne se crée, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l’opération ; que la qualité et la quantité des principes est la même, et qu’il n’y a que des changements, des modifications. »
En 1970, j’ai compris les équations chimiques grâce à la maxime « rien ne se perd, rien ne se crée ». Quelle que soit la complexité des molécules à « inventer », il fallait faire avec ce qu’on avait sous la main et si quelques électrons pouvaient se balader librement, jamais il ne disparaissaient, jamais il ne sortaient par magie.

Dans le discours ambiant, l’utopie galopante consiste à dire : il est possible de faire plus avec moins ! Et je viens de vérifier, il y a pléthore de sites remplis de pubs qui expliquent comment consommer des trucs nouveaux dans le but de réussir à faire plus avec moins.
C’est un peu du genre : achetez une machine à pop-corn, vous aurez un bol mieux rempli avec votre maïs quotidien.
Non… Ils n’osent pas, ce serait un peu gros !
Quoique… ni la subtilité, ni la modération n’étant des armes de vente massive, je me suis vraiment amusée à lire ces sites « populaires ».

Car, bien entendu, personne n’est disposé à faire moins avec moins.
De surcroit, l’ensemble des populations qui commencent tout juste à entrevoir le potentiel jouissif de la consommation accélérée est enthousiaste à l’idée de faire plus avec plus. Comment leur en vouloir?

Pour nous, les enfants gâtés de la planète, réussir à faire plus avec pas moins ce qui revient à faire plus avec autant est déjà un énooooooorme challenge.

Mais…
Mais s’insurgent les bisounours, il faut se restreindre, il est urgent de se serrer la ceinture!

C’est qu’ils ignorent ou feignent d’ignorer la réalité de la vraie vie : tout annonce de disette encourage à stocker! Le corps lui-même, sous l’effet du mental est ainsi disposé : il suffit de lui faire croire qu’il pourrait manquer pour que l’appel de la gourmandise se fasse impérieux.
De fait, plus la menace de « manquer » est agitée, plus il est « physiologiquement » logique de consommer.
C’est la vie.

Il faut être en confiance, il faut être bien installé et ne manquer de rien pour commencer à songer au confort envisageable avec moins que plus.

Etant dans cette position de nantie raisonnable, j’ai acheté du tissus pour torchons et dans la quantité prévue pour couper trois torchons, j’en ai coupé quatre.
Ayant observé depuis de nombreuses années que les torchons partent dans la machine à laver avant d’être vraiment sales, je pense que les confectionner plus petits ne changera pas la vie familiale.

Fille futile


De quand date le commencement?
De mon amour de petite fille pour les papiers brillants des bonbons acidulés?
De ma passion d’enfant pour les « pierres précieuses » ramassées sur les chemins ?
Je ne sais pas.
Ce qui est certain, c’est que je suis souvent une fille futile (1)
En tout cas, une fille, c’est certain et en plus une fille qui s’attache aux trucs les plus futiles!

Fut-il
Utile
Futile…

C’est tellement sans espoir de changement qu’il y a bien longtemps que j’ai accepté ce travers.
Et puis c’est pas plus qu’un pas à sauter une ou deux fois par an,
Comme pour mieux rester sage entre temps, pragmatique, sachant raison garder.

Raison
Saison
Sait-on ?

La semaine dernière sur mon chemin vers l’heure de la pause, je suis entrée chez l’opticien, histoire de voir si je tombais amoureuse d’une nouvelle paire de lunettes.
Ca c’est mon côté inspiré, j’ai appris à l’occasion qu’il me restait juste deux semaines pour avoir une chance de me faire sponsoriser par les assurances « maladie ». Le genre de « truc » hyper rare chez moi car je ne me sens pas du tout malade et j’ai une seule fois franchi la porte d’un délivreur de bon de sponsorisation « spécial lunettes » parce que je voulais en apprendre davantage sur les lentilles et ma capacité à en porter et qu’on habite en France, donc au pays des passages obligatoires.
Par chance, grâce à quelques connaissances j’avais obtenu un RV en moins de deux minutes et pour le lendemain même!
Une affaire rondement menée… Il y a donc trois ans. (2)
Déjà trois ans!

Hier, toujours sur le même chemin, vers l’heure de la pause, je suis entrée chez le même opticien pour récupérer les lunettes « nouveau look » dont je n’avais pas besoin pour mieux tapoter sur le laptop mais qui me faisaient plaisir, peut-être parce que changer de tête devant l’ordi, c’est un petit peu comme se changer les idées?
Je ne sais pas.

Et comme je suis la reine des filles futiles, une fois que j’ai commencé à sortir la carte bancaire, je n’arrive pas à la ranger. J’ai donc successivement craqué pour un super sac orange, pour deux livres dont j’ignorai tout de la parution « là juste maintenant » mais dont je ne pouvais absolument pas me passer, de cadeaux pour mes pétits enfants parce que la vitrine affichait des coeurs dont il fallait profiter et d’un sandwich à la biocoop toute neuve du centre-ville.
Après « ça » je suis allée bossé, toute joyeuse, sur un truc qui ne sert à rien.

(1) Futile : du latin futilis : qui laisse échapper son contenu; vain, inutile
(2) et pour l’anecdote, il a fallu que je mette à jour la carte verte qui n’avait pas été une seule fois utilisée entre temps. Il faut dire l’enfance m’a vaccinée contre la « maladie », pour l’instant je me contente de quelques bonadies qui n’ont besoin de rien 😉
Chance?
Inconscience?
Je ne sais pas.

21 juillet 2018


De toute « aventure », il est commun de retenir des souvenirs, de les polir, les enjoliver, les épaissir ou les amoindrir avant de les ranger dans un coin de mémoire et de les ressortir en cas de besoin « pour se rendre intéressant » ou plus pragmatiquement parce que chaque expérience est une source d’inspiration qui permet de résoudre les imprévisibles rebonds de la vie quotidienne.

Cette année, point de balade solitaire, ou du moins en apparence point.
Le 22 juillet 2018, nous étions trois à l’aéroport de Nantes.
Trois, nos valises à chacun, une planche, deux pagaies et un foil en plus pour ET.

Le 21 juillet était la veille du 22 juillet.
Il était temps pour nous de boucler les bagages.

De mon côté, l’histoire avait commencé le 5 mai 2018 à 22:10 très précisément. J’avais reçu à cet instant précis un message d’ET, lequel me faisait part de son inscription à un mythique challenge hawaïen.
Du temps où sa principale activité consistait à vendre du rêve, il avait déjà participé par trois fois au challenge, traversant le redouté Ka’iwi channel à la rame, comme l’exige la tradition.
J’avais rêvé l’accompagner dans ces entreprises, mais ce n’était pas le temps de le faire.

Et puis, de nouvelles activités l’ont appelé, le rangeant dans les strates universitaires, tarissant du même coup mon rêve de vivre une traversée dans son sillage.
Et voilà que ce 5 mai 2018 vers 22:00 en acquittant les frais d’inscription pour participer en SUP foil (1) à la traversée M2O (2), il avait gagné le droit de s’entrainer pour cet objectif complètement fou.
Dans les minutes qui suivirent, en acceptant que je l’accompagne, il m’entrainait dans une aventure exceptionnelle.
Jamais de ma vie je n’avais fait un aussi long voyage.
Rapidement, j’ai donc décidé de le déclarer en temps que  « balade annuelle » et de prolonger le séjour hawaïen au delà de l’unique semaine dédiée au challenge d’ET.

Le 21 juillet, tout mes bagages étaient étalés sur mon lit.
Comme avant toute aventure « joellienne », ils avaient été consciencieusement choisis et attendaient la dernière minute pour s’engouffrer dans leur contenant.
A 22h, ce fut fait.
La sonnerie du portable avait été validée pour 4h le lendemain.
Il était plus que temps de filer sous la couette.

(1) SUP foil : SUP comme Stand Up Paddle, opposé à Prone Paddle (ramer en position allongée), signifie « ramer debout ». Le SUP foil consiste à ramer debout sur une planche munie d’un foil afin d’obtenir un « décollage » et d’évoluer en utilisant au maximum l’énergie du vent et des vagues.
(2) M20 : acronyme pour « Molokaï To Oahu »

22 juillet 2018


Lever 4h comme prévu.

Le premier avion devait décoller de Nantes à 6h.
Ensuite, il fallait compter une heure de vol en direction de Paris, neuf en direction de Seattle, six en direction d’Honolulu et ajouter les temps de transit.
Ce qui est remarquable, c’est la relativité du temps : en sortant à 4 heures de notre lit, il était prévu que nous puissions plonger dans de nouveaux draps vers 22h le même jour du calendrier… environ trente heures plus tard!
Et c’est ce qui fut le cas.

L’aventure ne faisait que commencer et je me laissais porter d’un vol à l’autre sans plus d’intention que d’arriver.
A dix ans près, mon âge était égal à la somme de l’âge des deux gars qui voyageait « avec » moi vers le même objectif : la M2O
Nous nous connaissons plutôt bien et nous avons quelques travers en commun : une autonomie certaine, la certitude qu’il vaut mieux vivre comptant qu’à crédit, une évidente tendance à la solitude assumée, un mode de pensée foisonnant qui ne laisse aucune place à l’ennui, une écoute suffisamment empathique pour communiquer à minima.
Et donc, nous étions dans les mêmes avions, chacun à la place que nous avions réservé de notre côté. Notre petit groupe se reformait à chaque sortie, et dans la file des infinis contrôles de police et/ou de sécurité.
Dans ma tête, je nous observais sous tous les angles, souriant parfois de ce que les gens pouvaient imaginer en voyant une petite vieille avec ces deux jeunes sportifs. Et puis, j’étais en même temps une gamine qui partait à l’aventure et je regardais tout à travers mes yeux de gamine.
Dans la réalité, j’étais « mamoune » pour E.T et « joelle » pour S. et je suis bien incapable de savoir ce qu’ils pensaient eux sinon que nous étions tous les trois, ensemble et chacun dans les mêmes avions, aux mêmes contrôles, aux mêmes horaires dans cet « entre-deux » qui se nomme voyage et où personne n’habite plus nulle part!

A Seattle, je flottais entre le Groenland que nous venions de survoler et les îles du Pacifique vers lesquelles nous avions prévu de débarquer.
Je méditais depuis un bon moment sur ce chemin qui passe par dessus les étendues glacées pour nous emmener vers les tropiques.
Perdue dans mes pensées, j’avais oublié de mettre mon passeport dans un des contenants prévu pour passer au scanner du contrôle de police.
Poussée par le flot des voyageur, je me suis retrouvée dans la cabine de détection. Là, j’ai bien posé mes pieds tels que les empreintes au sol l’indiquaient, j’ai bien levé les mains « comme il faut » mais j’avais mon passeport en main et ça, « c’est interdit ».
Et aux USA ce qui est interdit est interdit.
Une forte « agent de sécurité » me réceptionna pour me le faire remarquer et le fit avec une telle rage que je n’ai rien compris à ce qu’elle racontait précisément.
J’ai donc répondu que je n’avais rien compris.
Agacée, elle me parla avec des gestes comme si j’étais sourde et je ne comprenais toujours pas.

Il est un fait que la compréhension entre humains nécessite l’usage d’une longueur d’onde commune. De fait, j’étais sur la mienne, flottante entre Alaska et Pacifique et pas du tout sur la sienne à la recherche d’un terroriste.

J’ai finalement réussi à saisir que du fait de ma non-collaboration évidente, du fait que j’avais « embrouillé » la machine en gardant mon passeport en main, il ne restait que la fouille détaillée pour avoir une chance d’être admise de l’autre côté de la zone de contrôle.
Une cabine me fut indiquée, un peu à l’écart.
Pas de soucis.
Les gars étaient passés depuis un moment et je savais qu’il n’étaient pas du tout inquiets à mon sujet.
Et donc, en présence de deux fortes femmes, je me suis retrouvées dans la place prévue pour la fouille détaillée.
Comme je retirai illico mon pull afin de ne pas mourir de chaud, j’ai retenu un départ de fou rire en voyant les deux nanas se tourner et mettre les mains devant les yeux : s’imaginaient-elles que j’allais me déshabiller?
J’ai fait un effort pour rester sérieuse.
J’ai entendu celle qui avait été rappelée en renfort murmurer qu’elle était en train de perdre son temps, mais c’était parti et je fus palpée en bonne et du forme recto-verso de haut en bas et de bas en haut. Puis, celle qui avait  été appelée en renfort, par acquis de conscience, a vérifié que je n’avais pas de trace d’explosif sur les mains, et hop, c’était terminé!
J’ai remballé mon ordi, ajusté ma ceinture, remis mon pull et mes sandales et j’ai rejoins les gars.
Il restait quatre heures d’attente avant l’avion pour Honolulu.

A 20h 45, nous avons posé pied sur le sol hawaïen.
J’ai fait « gardienne de bagage » pendant que les gars allaient chercher la voiture réservée par E.T.
Ce fut vite fait.
En suivant le GPS dont les jeunes ne peuvent plus se passer, nous sommes arrivés sans encombre devant la maison particulière que j’avais réservé sur un site connu. Les propriétaires étaient en vacances et nous avions tous les codes nécessaires pour entrer.

Ca commençait super bien : la maison était non seulement à la hauteur du descriptif mais réellement plutôt beaucoup mieux.

A 22 heures, nous étions chacun dans notre lit : il fallait réussir le plus rapidement possible à surmonter le jetlag.

23 juillet 2018


Nous avons chacun attendu les premières lueurs du jour pour sauter du lit.
Chacun avait eu un sommeil laborieux et en pointillé, nos apparences étaient cependant « normales ».
Le programme de la journée était assez dense, peuplé de ces « il faut » tout à fait incontournables et nécessaires dans l’organisation d’un challenge.

Et en premier il fallait envisager le « breakfast ».
E.T déclara qu’il avait rêvé de pancakes, nous étions prêts à lui permettre de réaliser son rêve et même à l’accompagner.
Lui savait parfaitement où il souhaitait aller. Il nous a donc conduit tout en nous faisant du même coup visiter en voiture les rues d’Honolulu et de Waikik. Puis, il se gara devant l’US Postal du coin en nous montrant la boutique typique d’en face.

Et là, ce fut la découverte :
D’abord une foule bigarrée en train se goinfrer, sur le trottoir, sur les escaliers, en terrasse, dans la salle. Partout.
Ensuite, l’hôtesse qui demande le nombre de personne et la place où nous désirons manger et nous donne en échange un objet connecté prévu pour nous « sonner » quand la place sera libre.
Puis, les pancakes version « XXXXL hawaï c’est l’amérique »
J’ai fini par demander un doggy bag et hop, le petit-déj du lendemain était emballé!

Le reste de la journée ne mérite pas de description particulière.
Nous avons acheté une carte SIM, fait les touristes, salué les personnes qu’E.T avait à saluer,  avalé notre première « shave Ice » aux couleurs fluo, découvert la note astronomique (à l’image du coût de la vie local) en faisant les courses au supermarket local et la nuit arrivant, il fut temps de rejoindre la case.

A noter cependant que pendant cette journée mémorable, nous passions tour à tour dans le monde parallèle bien connu des personnes fortement jetlaguées.
Tour à tour, nous avons eu l’impression d’avoir ingéré quelque forte drogue tout en ayant l’assurance d’être pourtant tout à fait clean.
Quand l’un habitait son cerveau au point de pouvoir se diriger, se repérer efficacement voire même penser selon ses habitudes, l’autre, voire les deux autres, étaient incapables de suivre de manière « normale ».
C’était à la fois drôle, irrésistible et à peine agaçant, donnant lieu alternativement à des échanges surréalistes, à des décisions improbables et à des accords du style « vas y je te suis, j’suis pas capable de faire mieux! »
Et, c’était vraiment savoureux parce que nous étions trois dans le même bateau!

24 juillet 2018

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Souvenez vous, ce que je raconte là, c’est ma balade de l’année!
Inutile donc d’attendre un guide touristique, des sessions à l’ombre des palmiers ou de lascives descriptions vacancières.
Ma balade, c’est un « truc » sacré depuis que ma situation sur la pente descendante de la vie m’a donné l’occasion de l’instaurer. C’est un voyage, un moment de rencontre avec moi-même, un lent mouvement intérieur qui me permet de découvrir ce qui ne saute pas aux yeux dans la frénésie du quotidien.
Alors, certes, cette année j’ai pris l’avion pour aller carrément au bout du monde, difficile d’aller plus loin que dans le Pacifique, en effet.
Alors certes, cette année la balade commence à côté de E.T et S.
Alors certes, cette année la balade peut sembler immobile, confortablement posée dans de confortables abris avec douche et coin cuisine intégré.
Pourtant, je vous l’assure, forte des expériences passées, j’ai vécu avec l’unique intention de réaliser « ma balade de l’année ».

Le jour du voyage, j’étais dans une certaine impatience d’arriver sur place, d’arriver au point de départ de la balade. C’est pareil chaque année.
Le premier jour fut assez semblable à « l’habitude » malgré toutes les différences : ce jour là, je découvre, je sais qu’une quête est lancée, que les découvertes peuvent se faire à la pelle, que ces mêmes découvertes sont absolument inconnues des guides de voyage et qu’il me faut donc déplier mes antennes, être prête à chaque instant pour voir celles dont j’ai besoin pour avancer plus loin.
Comment vous expliquer que je n’ai pas d’intention particulière tout en ayant la ferme intention de vivre le meilleur de ce qui est offert?
Je ne sais pas.

Ce 24 juillet, après une nuit encore laborieuse, il fut facile de se lever à l’aube, d’avaler le reste du festin emballé la veille dans le doggy-bag et de sauter dans la jeep. E.T avait rendez vous à 6h pour passer devant une caméra et poursuivre avec une session de surf Foil.
De mon côté, cet interlude fut l’occasion de rentrer dans un de ces clubs privés de Waikiki puisque c’est là que « ça tournait ». Nous avons montré patte blanche et hop, on y était pour la journée si on avait voulu. Découvrir les gens qui paient pour avoir leur carte, leur vie et leurs activités dans le club fut un délicieux moment qui s’acheva sur la terrasse, les yeux perdus dans les vagues et le grand bleu.
Puis, nous sommes partis jouer encore aux touristes, à notre manière.
E.T était accaparé par les préparatifs, branché sur sa messagerie quand il ne conduisait pas, quand il ne mangeait pas. En même temps, il était encore tout à fait disponible et attentif à ce qui était susceptible de nous faire plaisir, le stress montait très lentement et ne l’avait pas encore envahi.
S. naturellement peu enclin à l’aventure totalement freestyle, faisait des « to do list » chaque fois qu’il arrivait à capter la wi-fi. Le reste du temps, il jouait au photographe puisque c’est sous ce prétexte que nous l’avions embauché dans l’épopée M2O.
Et j’étais là, silencieuse, sans intention particulière, juste là, avec la ferme intention de vivre le meilleur de chaque instant.
Comme lors de chacune de mes balades, quoi!

Le point fort de ce jour là, fut certainement la rencontre en vrai avec China Wall.

Bien sur, je pourrais parler du North Shore, de la partie de snorkeling en eau limpide, de la rencontre inénarrable avec le frère de Robby dans la boutique mythique de Robby, du premier hamburger vegan et pantagruélique d’une longue série, du débarquement dans le garage d’un chinois foileur et tant et tant.
Mais c’est China Wall qui reste le souvenir fort.
C’est que j’en avais tellement entendu parler.
C’est que je l’avais tellement vu en photo.
Et là, je l’ai vu, en vrai.
D’un coup, il est devenu réel et mon imagination s’en est emparé dans toutes les dimensions dont je suis capable.

25 juillet 2018


Après deux jours de « récupération active », le jetlag était en voie d’effacement.
Au petit matin, il restait seulement quatre jours pleins avant la M2O.

E.T avait besoin d’une matinée seul, d’autant plus qu’il y avait un programme d’entrainement prévu l’après-midi.
Pour nous qui n’étions que les accompagnateurs et qui avions chacun à notre manière décidé d’être le moins encombrant possible aux côté de notre « héros », il fallait trouver une occupation.

Qui sera étonné en lisant que j’avais une folle envie d’aller marcher?

C’est sur la terrasse, attablés devant nos cafés avec en prime le merveilleux spectacle d’un arc-en-ciel matinal, que nous avons débattu au sujet du programme « sans E.T »
Alors que les guides et tous les sites touristiques consulté avec avidité par S. parlaient d’une cascade pas loin de chez nous accessible par un sentier à proximité d’un parking, je lançais l’idée « saugrenue » (oui saugrenue pour une personne qui suit les recommandations des guides) de partir à pied depuis la maison.
En tout cas, c’est ce que j’allais faire.

Après avoir dix fois regardé le trajet sur une carte virtuelle, S. se décida à faire de même.
En sa compagnie, je n’avais jamais rien fait d’autre que ramer, chacun dans notre va’a, souvent aussi en équipe en V6 ou en V3, mais je n’avais jamais marché plus loin que de la voiture à la plage!
Et puis, ne sachant rien d’où il en était dans sa tête, je craignais de l’encombrer et c’était probablement en miroir de ses propres craintes à mon égard.

Donc, dès le breakfast avalé, nous sommes partis, seuls et à deux.

Au début, ce fut facile, le nez sur son GPS, il ouvrait le chemin et je suivais deux mètres derrière.
Nous échangions peu, il n’y avait rien à dire sinon des banalités pour lesquelles nous ne sommes pas doués.

Dès que la voie fut évidente, je suis partie devant, le nez au vent parce que j’aime ça.
Très vite je l’ai entendu souffler et pester contre la chaleur. Il est un fait que l’humidité ambiante empêchait toute évaporation, je dégoulinais comme je dégouline dans un sauna.
Il fallait rester concentré sur l’endroit où poser les pieds, entre les racines et la terre incroyablement glissante, la moindre étourderie condamnait à la chute, je jouais et je savais que lui ne jouait pas du tout, il luttait et je ne pouvais rien pour lui. Je me contentais d’avancer en déroulant le fil tout trouvé de ma philosophie du matin!

Sur le retour, j’avais trop envie de faire un tas de cailloux dans le ruisseau, je lui ai proposé de filer, mais il avait besoin d’une pause. Les moustiques ont limité la durée de la pause « pieds dans le ruisseau ».

Après une « shave ice » couleur « rainbow », la maison étant à l’approche, il restait à prendre une douche avant de foncer dans le programme d’E.T, pas du tout bucolique celui-ci!
Le stress était monté d’un cran, il fallait ajuster le matériel aux conditions locales avec des histoires de vis et de système pas métrique!

L’aventure était tout autre que celle d’une marche et sur ce coup nous étions trois complices!

26 juillet 2018

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La veille E.T avait effectué son premier trajet en SUP foil sur le Pacifique. il en était ressorti doutant plus que jamais tout en restant positif dans ce qu’il nous exprimait.

Ce jeudi il ne restait que trois jours avant la M2O

Les jeux étaient fait, il restait à valider l’inscription, retirer les dossards, gérer l’intendance. Nous sentions les uns et les autres qu’il n’y avait plus aucun recul possible, nous étions embarqués, chacun avec notre rôle et tellement plus.

J’observais avec attention la relation qui s’installait entre les deux gars du même âge : L’un déjà docteur n’ayant jamais rien fait que des études et du boulot, socialement étiquetable « comme il faut » est en plein questionnements. L’autre doctorant, riche d’une quantité impressionnante d’expériences, passé à travers des multitudes de questionnements aspire simplement à un peu plus de stabilité financière.
Comme je l’avais pensé, ils ont plein de points communs et se comprennent facilement sur l’ensemble des sujets où ils ont une longueur d’onde commune. C’était vraiment plaisant de les entendre parler et quand s’installaient ces brefs moments d’échange entre-eux, je m’éclipsais systématiquement.

Ce jeudi, nous avions prévu de partir en fin de matinée, de passer au village « surf », de valider l’inscription et de faire la navette pour l’ultime « downwind » d’E.T avant la traversée du « Channel ».
La matinée était donc libre et je suis partie sous la pluie, seule, à l’assaut de la forêt tropicale.

La forêt chantait sous les gouttes et le chemin clapotait sous mes pieds. Autour, entre brume et lumières, le paysage était enchanté d’humidité. J’étais bras et jambes nues car dans cet environnement, il est vain de prévoir un quelconque « abri de pluie », la moiteur ambiante assurant de toute manière un tee-shirt trempé! La visière de ma casquette faisait office de protection devant mes yeux afin que je ne cesse de m’émerveiller.
J’ai fait bombance de goyaves fraiches, un goût de bonheur pétillant sur les papilles.
Quand je suis rentrée, il était l’heure de décoller vers Waikiki beach et l’univers artificiel des « retrouvailles-entre-concurrents-qui-se-respectent »

Le soir, tandis que E.T était parti sur son parcours d’entrainement, voyant un groupe de filles à l’entrainement de pirogues, j’ai eu l’audace de m’en approcher et de poser une question : « serait-il possible de ramer avec vous demain? »
Américaines typiques, elles furent accueillantes, acceptèrent et tout se termina sur des embrassades « soeuresques » tellement américaines!
C’était « dans la poche », le lendemain, il serait possible d’essayer les C6 hawaiens  et j’étais déjà impatiente.

Nous sommes rentrés dans la nuit et nous avons diné à l’intérieur de la maison, trop frileux pour profiter de la terrasse ce soir là.

27 juillet 2018

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Et voilà, nous y étions. De bon matin, nous étions au port de plaisance pour qu’E.T dépose son matériel dans un bateau de pêcheur en partance vers Molokaï.
Nous trois et chacun, nous étions pris dans le compte à rebours, accaparés par le doute et les espoirs.
SI E.T avait suffisamment d’expérience pour savoir ce qu’il allait avoir à surmonter, à traverser, à « combattre » et à « savourer » tout en ignorant absolument tout de ce qui allait se passer cette fois-ci, j’étais, autant que S. complètement novice donc ignorante.

La cérémonie de remise des dossards de la veille avait donné le ton. Le simple fait de regarder les concurrents passer au comptoir me laissait deviner les idées paradoxales qui malaxaient leurs tripes. Des idées quasi torturantes qui ne céderaient qu’à l’heure du départ, à l’instant précis où un coup de sifflet les balancerait dans l’action.

Là, sous le soleil piquant d’Honolulu, dans la partie privée du port de plaisance, sur le ponton où s’alignaient les bateaux des plaisanciers/pêcheurs, je sentais bien qu’un pas de plus était franchi, et pas des moindres.
Là, il était ouvertement question de conditions météorologiques, d’incertitudes maritimes, de gros poissons qui cassent le matériel, d’horaires relatifs, de temps de navigation et « tout ça » précisément dans le passage à traverser, dans le Ka’waï channel, le channel of bones!

J’étais tellement heureuse d’avoir été autorisée à « être là », à vivre « ça », à ne pas en perdre une seule goutte, qu’elle soit de miel, de piquant ou d’amer.
Il n’y avait vraiment rien à dire.
Seulement respirer.
Tranquillement respirer.
Loin de  l’inconscience ou de la folie, je me sentais paisible et capable de le rester quoiqu’il advienne.

(Depuis que j’ai commencé la rédaction de ce billet, tournant et retournant mes souvenirs très précis de ce vendredi et des deux jours suivants, il est clair que je suis en plein dans les émotions, les expériences et la réalité de ces « passages de vie » qui sont marqués au profonds de mes cellules. Bruts, sans anesthésie, ils sont tous là ceux que j’ai vécu du dedans ou « à côté ». Des passages de vie dont il n’est plus très « normal » de faire l’expérience dans notre société occidentale sécurisée et je n’en parlerai pas davantage tant il est vain d’être « comprise » par les temps qui courent)

Après avoir déposé son matériel, E.T n’avait plus « rien à faire » et laissa libre cours à notre inspiration. S. avait noté dans les guides touristiques un « truc » qu’il fallait « faire » de manière « incontournable », nous l’avons « fait ». C’était un truc de guide touristique.
Puis, l’heure est venue.
L’heure d’aller ramer en OC6!
Et qui plus est, sous l’oeil d’un E.T devenu photographe pour l’occasion!
Ce fut un grand moment de découverte.
Rien n’est « comme chez nous », ni l’ambiance du club, ni le ton du coach, ni le tempo, ni le bateau, ni donc… les sensations!
Et c’est toujours ce que je cherche en balade, ces moments tellement différents de ce que je connais, ces moments qui ouvrent la vie en plus grand et vers plus loin!

Nous y étions.