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Bas les masques

Bas les masques
Sur le fil tendu entre nos paradoxes
L’équilibre semble difficile
Chacun se raccroche à ce qu’il peut
Et tombe le masque

Bas les masques
Dans la complexité de nos différences
La sécurité semble menacée
Chacun regarde son nombril
Et tombent les masques

Bas les masques
Les plus proches deviennent suspects
Les plus lointains sont applaudis
Chacun sur ses certitudes se replie
Démasqué

Bas les masques
Les sorties sont interdites
L’imagination est obligatoire
Chacun est face à la réalité
Et choisit un masque

Ou pas!


19 mars 2020 à J-2 du printemps et J+2 du « restez chez vous »

Quand l’imagination fout le camp, s’installent les croyances

Mercredi dernier, comme le précédent, A (6ans) et J (bientôt 4 ans) ont fait une entrée tonitruante dans le salon.
Ils n’avaient pas fini de se déchausser que déjà ils exigeaient avec véhémence : « Mamoune, on joue à inventer des trucs avec tes legos? »

Et bien évidemment j’étais d’accord.

Pour l’instant leurs constructions sont simples mais déjà ils savent parfaitement mettre les briques et personnages à la disposition de leur imagination.
Après quelques tâtonnements, après quelques échecs fracassants donnant lieu à de bruyantes expressions de désespérance, A. avait su créer des assemblages à sa mesure et les promenaient dans toute la maison, du haut des meubles au bas du parquet en racontant une histoire dont elle seule avait la trame.
J., lui, me tendait les pièces techniques qu’il trouvait en fouillant parmi les milliers de pièces en vrac (oui, quatre enfants gâtés, ça fait des milliers de pièces et une maman cool, ça fait des pièces tout de suite et définitivement en vrac).
Pour atteindre son premier objectif, il fallait que je l’aide à construire un truc tout à fait improbable où tout était mobile dans tous les sens. Une fois réalisé la dépendance et testé le résultat, il changea de film et seul, il installa un face à face entre des gnous (les petits chevaux) et un groupe de chevaliers (les bonhommes divers et variés) : dans son scenario les gnous sont paisiblement en train de paitre (sic) et puis d’un coup, ils foncent sur les chevaliers et les font voler. La partie se joua une fois, deux, fois, cinq fois avant de le lasser.

Pourquoi cette anecdote ?
Parce que je trouve indispensable cette « éducation » à l’imagination dans notre société où tout est formidablement programmé, tout, jusqu’à l’assemblage des « lego » actuellement vendus.
Peut-être aussi parce que je constate, à travers mon expérience actuelle de relookage d’un appartement, que je suis une « cliente » étrange dans la mesure où je me moque des dessins en 3D, dans la mesure où j’invente au fur et à mesure, dans la mesure où refusant les recettes trop faciles, j’en exige d’autre, mettant la main à la pâte facilement quand il s’agit de trouver une solution « pas toute faite ». Et si j’ai conscience de cette « étrangeté », c’est bien parce que le reflet m’en est renvoyé, n’est-ce pas?

Evolution.

Je n’avais pas de jouets « en plastique » dans mon enfance, mais une copine d’école m’invitait parfois et j’étais ravie de jouer avec les simples briques rouge et blanche. je construisais principalement des maisons solides et les quelques briques translucides faisaient office de fenêtre.
Au fil du temps, de « vraies » fenêtres sont apparues, puis même des volets et des portes qui s’ouvraient et se fermaient.
La génération de mes gars a « profité » de l’apparition des pièces électrisées, puis technicisées.
Les petits d’aujourd’hui ont accès aux version legoïsées des châteaux les plus complexes, entre rose bonbon et vert camouflage, au point que chaque pièce est difficilement utilisable dans une construction non planifiée par le magistral inventeur du jouet à consommer sans modération.

Cette histoire d’évolution « naturelle » est à méditer à l’aune de toutes les histoires d’épidémie quelle qu’elles soient.
Trop de sécurité, trop de précision, trop de « c’est comme ça et pas autrement » contribue à tuer l’imagination.
Et l’imagination, capacité enfantine indispensable s’il en est, l’imagination se tarit.
Et sans imagination, il est bien souvent difficile de s’adapter.

Je croise avec tristesse une foule d’enfants vieux avant d’avoir eu le temps de grandir, appliqués à reproduire l’exemple qu’ils ont sous les yeux, effrayés par la mort, terrifiés à l’idée du manque, incapables d’envisager une solution palpable née de leur propre fait.
Et une fois plus grand, ces sans-enfance, trop fréquemment sans la moindre expérience imaginative, ne savent que suivre, exiger, désespérer.

Les enfants d’aujourd’hui sont ainsi éduqués : il FAUT « tout » leur expliquer « en vrai » et en même temps, il est « normal » de leur faire croire à l’existence du père-noël.
J’en frémis.
Car les explications « en vrai » sont toujours délivrées une fois passées au filtres d’une compréhension approximative quand elles ne sont pas mâtinée d’illusions.
J’en frémis.
Car les croyances se multiplient et se colportent à très grande vitesse, dans tous les domaines.
J’en frémis.

Le « père » de Rahan s’en est allé hier.
Combien de personnes de ma génération ont une jour porté la « collier de Crao » trouvé dans Pif gadget, devenant instantanément l’homme préhistorique aux cheveux de feu, essayant de « voler » d’une branche à l’autre du cerisier, tentant d’allumer du feu sans allumettes, combattant le chat du voisin comme s’il s’agissait d’un fauve monstrueux, et rentrant finalement à l’heure du goûter, souvent piteux, boueux, mais toujours heureux d’avoir sauvé le monde et sans se tourmenter outre mesure de la présence cinglante du «  »martinet » qui allait peut-être sanctionner « les bétises » réalisées au cours des diverses expérimentations ?

Le temps coule, tout bouge, tout évolue.
Aujourd’hui est aujourd’hui puisque nous l’avons ainsi construit. Ensemble.

Il reste que je suis encore et toujours à la marge, heureuse d’entrainer mes petits enfants dans les expérimentations du réel les plus improbables, semant des graines avec eux, espérant qu’en voyant un jour deux graines semées faire germer deux plantes différentes, ils soient assez « adaptable » pour réfléchir et questionner ce qu’ils ont mal appris auprès de personnes bien-intentionnées. Car, oui, dans le système de reproduction sexué, pour les plantes comme pour les animaux, c’est une demi-graine qui s’allie avec une demi-graine pour donner vie à un nouvel individu!

Instant présent

Impossible d’échapper à la rumeur du monde.
Heureusement, car elle est riche d’enseignements pour qui est curieux et à l’écoute de tout ce qui la fabrique, à chaque instant.

Ce matin, en France deux « actualités » surnagent dans un soucis « d’information ».

De nos jours plus que jamais, offerts en pâture universelle, les mots eux-mêmes perdent leur sens et leur latin! Cette constatation est un aparté!

Ce matin, en France, deux actualités écrasent de tout leur poids tous les instants présents du monde : le COVID19 et le 49.3!
L’un était absolument imprévisible, aucune manifestation n’avait été prévue pour tenter de l’écarter, aucune imagination ne l’avait proposé à l’indignation populaire.
L’autre était prévu depuis un bout de temps, je peux même imaginer que pas mal de personnes le désiraient ardemment, présentant des centaines d’amendements au sujet de simples tournures de phrases dans le seul but assumé « d’obstructionner » et donc de provoquer la venue de l’article et donc de pouvoir « logiquement » s’en indigner. Je parle de mon imagination, notez le.
Le fait est que j’ai entendu des personnes s’insurger sans vergogne, parlant même de « surprise » devant l’apparition « subite » et que je n’ai pu m’empêcher de voir des gamins feignant la surprise devant l’objet de leur délit!
Et oui, mon imagination est galopante, ce n’est pas un scoop!

A part ça… il pleut.

Donc l’actualité dégoulinante prise en charge par la téléréalité qui se repait de fange en tout genre nous parle d’un côté, de la gestion « d’un truc inattendu » qui se dissémine progressivement, d’un autre côté elle parle de la surprise « d’un truc attendu » qui a débarqué hier soir.

A part ça…il pleut!

Le ciel est si bas à l’instant, et d’un gris tellement plombé que je pourrais croire qu’il va me tomber sur la tête. Mais je sais que cette croyance eschatologique est invalidée depuis des siècles.
Dans l’instant présent et malgré les vrombissements du tonnerre indiquant la présence de la foudre dans le coin (c’est vrai, juste à l’instant, comme pour venir en aide à mon inspiration en perte de souffle!), dans l’instant présent, il y a des milliers de faits qui se déroulent dans le monde, je tape sur mon clavier, accueillant les mots qui se bousculent et tentant d’en faire les phrases tout en pensant à la peinture blanche qui m’attend et au rayon de soleil prévu dans l’après-midi.
J’ai prévu d’aller sur l’eau pour en profiter.
Mais sans surprise, je suis prête à changer d’avis et à m’adapter.

Pour l’instant, la pluie tambourine gaillardement sur le toit!

Sur mesure

Ma fascination pour le vivant se cultive sur le lit de la complexité, avec ma manière de toujours regarder au large et précisément à la fois, arrosé par une manie venant je ne sais d’où qui consiste à toujours tout détricoter pour mieux avancer.
A noter qu’en utilisant le verbe « détricoter », j’évite joyeusement la notion « philosophico-littéraire » de déconstruction en me contentant de tirer humblement sur les fils du tricot!

Dans le même timing, les travaux avancent (au point que je commence à voir l’horizon de l’emménagement dans un nouvel environnement) et je suis sollicitée pour participer à une assemblée restreinte où il sera question de conjuguer les mots « méthodologie », « consensus » et « formalisé » (au point que je plonge encore et encore le nez dans la toile sans fond)
Inévitablement, ma réflexion va bon train, factuellement écartelée, m’entrainant comme d’habitude à danser en équilibre entre mes idées et celles des autres, entre ma réalité perçue à travers mes sens et le bon sens tant vanté par les autres.

Autant dire que, et peut-être est-ce seulement l’approche du changement de la saison qui fait monter la sève et chanter les oiseaux, autant dire que je suis en ce moment proche du sommet de la courbe d’énergie consentie à la hauteur de mes nombreux printemps.

Tout est lié.
« Tout » est un tissage, c’est à dire une multitude de fils entrecroisés selon différentes techniques parfois extrêmement rigoureuses d’autre fois plus fantaisistes.

Dans quelques semaines, probablement plus d’un mois, je pourrai entrer « chez moi ».

Comme d’habitude, je resterai intarissable au sujet des « petits riens », de ces passages de lumière créés de toute pièce, des kilos de gravats évacués, des éclats de verre soigneusement incrusté dans la chaux, de ce bleu si profond qui me parle autant de l’océan, de la petite gentiane des montagnes que de la vulgaire centaurée, mauvaise herbe bien connue par les céréaliers portés sur la blondeur intégrale, mauvaise herbe que je protège dans mon jardin.

Bientôt, je vais entrer dans cet espace sur mesure, à ma mesure, dans cet espace particulier que j’ai rendu bavard à force de dialoguer en sa compagnie, bavard à force de le confronter aux ouvriers (j’ai pas noté le passage d’ouvrières!), bavard à force de scruter son passé à l’aune du mien.

L’autre jour, tandis que je passais pour « le suivi », découvrant la couleur en place, j’ai été submergée par une immense dégoulinade d’émotions. Sitôt rentrée, j’ai interrogé la toile, cherchant à mettre de la raison dans l’improbable, essayant en vain de trouver un lien entre une longueur d’onde (celle de la couleur bleue choisie) et une autre (celle d’une note de musique qui tintait sans présence réelle).
J’ai dû me rendre à l’évidence, il n’y a scientifiquement aucun lien, en avais-je jamais douté?
C’est que l’émotion n’est rien de plus qu’une dégoulinade hormonale sur mesure.
Une production cérébrale à la mesure de l’activité cérébrale de chaque personne.
L’illusion fait son job et produit encore plus d’illusions.

En fouillant le web dans le but de constituer une liste d’arguments à transporter prochainement vers la capitale, j’ai crocheté ensemble ce qui se joue ces jours-ci.
Un mouvement.
Des passages.
Une formidable toute puissance.
Une terrible impuissance.

Et alors, j’ai clairement entrevu le frisson, celui qui monte lorsque je suis face à moi-même.
Au milieu du désert, loin sur l’océan, au coeur de l’effort, dans le noir absolu (celui d’une grotte par exemple) ou soumise à l’aveuglement d’un éblouissement, je me suis si souvent trouvée confrontée à ce face à face que je finis par le connaitre un peu.
Et il est notable que ce qui est connu n’effraie point.
Et ce qui n’effraie point s’apprivoise.
Tranquillement.

C’est le temps passé à créer des liens qui donne du sens, n’est-ce pas ?
(Et, là, je suis en train de plagier un célèbre Renard! Arffffff )




Point fixe et points de suspension

Il y a un bon bout de temps que je n’ai rien raconté au sujet des postures.
Dans la semaine, par deux fois, j’ai ressenti l’envie pressante de m’installer pour seulement « être là ».

Ce fut en premier dans le centre d’un cercle qui m’attira irrésistiblement.
Je l’ai repéré de loin.
Le cercle était parfaitement dessiné, absolument circulaire, comme s’il avait été tracé avec un immense compas.
Dans un environnement très minéral, absolument désert, j’étais comme une gamine à qui une gourmandise est proposée, incapable de refuser. En approchant, il s’avéra que les cercles concentriques si parfaits correspondaient aux marques laissées par les temps d’évaporation d’une mare.

Sans avoir besoin de tester, je savais que le centre allait être mou, de consistance vaseuse et que j’allais sortir de la posture marquée par la vase. Loin de me rebuter, l’exercice me paraissait plein d’enseignements.
J’ai pris soin de choisir une pierre pour marquer le centre exact et y placer mon postérieur.

Puis, nus pieds, contournant le cercle avec attention afin de ne pas le maculer, je me suis dirigée vers le centre, traçant de fait une ligne. Là, mes pieds disparaissaient dans la vase. J’ai posé la pierre qui s’enfonça pour ne laisser visible que le sommet plat d’une de ses faces, juste ce qu’il me fallait pour « entrer » la posture choisie.
Je suis restée un bon moment, posant des points de suspension dans ma respiration afin de « flotter » au mieux sur la terre meuble. J’entendais dans chacune de mes cellules résonner l’écho de chacune des bulles d’air qui sortaient de la terre.
Je ne saurais dire après quelle durée je suis sortie par la ligne droite pré-tracée, reposant chaque pied dans chaque trace, presque honteuse d’avoir « souillé » un dessin si impeccable.

Hier était un autre jour.
Après plus de deux heures passés sur l’eau, seule entre calme plat et vagues assourdissantes, nous sommes partis à deux vers une plage de l’ouest.
La lumière était sublime.
La houle, pourtant « petite » en apparence, s’abattait sur les rochers avec une force inouïe, me laissant mieux comprendre le fort courant que j’avais dû patiemment « remonter » le matin en tournant la pointe du Phare à Lobos, et toute la concentration que j’avais eu besoin de déployer sur chacun des points fixes que la pagaie agrippait à chaque « coup de rame ».

Une fois encore, je fus irrésistiblement attirée.
Par « un sommet » cette fois.
Et au sommet, il me plait de planter une posture verticale.

Les paquets de mer arrivaient au rythme des séries, leur explosion faisait vibrer le roc et vaporisait les embruns dans le vent.
C’était à la fois fantastique et fascinant.
Comme d’habitude, j’ai choisi avec attention l’endroit ou poser un pied de manière « presque » confortable si tant est qu’une surface non plane puisse être tout à fait confortable.
Et pas comme d’habitude, j’ai raté mon projet à plusieurs reprises.
L’esprit accaparé par le spectacle son et lumière, j’en oubliai la notion de point fixe indispensable!

C’est seulement après avoir tenté deux trois fois de changer la place de mon pied, après avoir tenté deux trois fois de changer de jambe que d’un coup j’ai réussi, avec une facilité déconcertante.
A l’instant même je réalisai que j’avais accroché mon regard sur une arrête rocheuse, juste devant moi. De fait je tenais debout, grâce à ce lien virtuel.
Juste avant, c’était impossible car le vent et l’océan me trimbalaient ostensiblement.

En bas, le photographe visait les cascades et il est amusant de constater sur sa succession d’images qu’il ne me voyait pas.
En haut, pendant deux fois cinq longues minutes, je fus le roc, le vent et l’eau.
Juste magique…

Retrait

L’idée a germé un beau jour de 2019.

La graine avait été plantée il y a une éternité, un de ces jeudis d’enfance (oui, autrefois, c’était le jeudi le jour sans école…) où j’avais vu un de ces « western » ancestraux sur le poste de télévision de ma grand-mère.
A l’heure du goûter, à l’heure ou s’ouvrait la boite en fer blanc contenant le fameux chocolat « crunch » tout à fait révolutionnaire (Nestlé ne commercialisa cette friandise en France qu’à partir de 1960), sur l’unique chaine tremblotante en noir et blanc passait parfois un antique film.
J’avais noté avec mes yeux d’enfant que les vieillards qui se sentaient devenus inutiles quittaient la tribu afin de ne pas devenir un poids lourd à trainer et j’avais encré dans un coin de ma tête de petite fille que je serai de ceux-ci le jour venu.
Dans la foire aux titres du web d’aujourd’hui, j’ai trouvé ça et voilà la copie d’écran de la page concernée

Le temps a tissé sa toile.
J’ai joyeusement dépassé le mi-temps de la vie qui est accordée aux humains.
Le crépuscule pointe à l’horizon et dans un coin de ma tête de vieille gamine traine le souvenir bien ancré.

Ma mère s’en est allée il y a environ bientôt un an, suivant de loin son homme qu’elle avait oublié au fur et à mesure que son cerveau se vidait de toute pensée, de tout souvenir.
Quelques mois plus tard, lorsque l’argent de la vie passée de mes parents est arrivé sur mon compte en banque, j’ai acheté un appartement.
Je pense que ni le vendeur, ni le notaire, ni la majorité des personnes à qui j’en ai parlé n’ont jamais pu imaginer à quel point je disais vrai en affirmant que cet achat était tout sauf un « bon investissement ».

Investir (définition 3) ne me ressemble pas du tout.
L’avenir étant le « truc » le plus inconnu et le moins palpable que je connaisse, mon esprit hyper pragmatique refuse de parier et de jouer au poker.

Mais investir (définition 4) un projet, ça c’est « mon truc » et je suis à fond!
Que dis-je , Je suis super à fond.
J’ai démoli pour mieux re-construire. Je cloue, je visse, je scie, je visualise, je prévois, je cherche un sens dans chaque détail.
Passionnément.
Obstinément.

Grâce à l’apport du bois, du métal, des pierres, grâce aux connaissance des artisans, à l’aide de coups de mains, du vrombissement des machines et de la lumière traversante, je m’approprie tranquillement ce lieu où de toutes petites histoires se sont écrites.
Il y aura beaucoup de blanc parce que j’ai besoin d’arcs en ciel et aussi du bleu océan parce que j’ai besoin de cette vibration. J’avance pas à pas, heureuse et sans vraiment savoir ce qu’il y aura à vivre à cet endroit précis.

Dans un quartier autrefois laborieux, à la frontière de la ville, en dehors des remparts, dans un quartier où étudient aujourd’hui les intellos de demain, à proximité du parvis de la gare où se croisent touristes, travailleurs affairés et exilés en errance, là où il est possible de passer en quelques pas de la très grande vitesse à la lente croissance des plantes d’un jardin extraordinaire, j’ai trouvé mon antre et je vais bientôt m’y retirer. C’est tout petit, comme un cocon, c’est ce qui me convient pour poursuivre mon aventure.

Les enfants pourront à leur gré investir (définition 1) la maison du fond de l’impasse.
J’embarque mes bouquins, mes sacs, mes cahiers et les objets qui me sont chers, je libère la place, allégeant du même coup l’obligation de faire « un jour le tri » au milieu de souvenirs surannés.

L’autre soir, allant regarder l’état de l’avancée des travaux dans mon « nid » prochain, j’ai vérifié ce que je savais : sous la dalle il y a la terre et les pierres du fondement.
Que peu de monde s’en soucie m’importe peu, il est important à mes yeux de toujours porter de l’attention aux racines, c’est un réflexe jardinier en quelque sorte : les plantes ont besoin de racines bien vivantes!

Un intense besoin de consommation

Il faut bien l’avouer, je fais partie de la génération qui est allègrement passée d’une société chiche, économe et sans crédit à la société actuelle où consommer est une addiction et vivre à crédit un travers commun.
Je fais partie de cette génération qui a vécu le changement petit à petit, sans vraiment le conscientiser, un peu comme la grenouille s’adapte au refroidissement (ou au réchauffement) de l’eau sans le prendre en compte jusqu’au jour où elle se retrouve congelée ou brulée vive.

J’ai connu le débarquement de la bouteille d’eau potable en plastique, une eau meilleure que celle du robinet, la publicité affirmait qu’en ingurgitant une bouteille de 1500ml par jour, la taille fine était assurée : buvez-éliminer qu’elle disait! Les incitations à consommer de l’époque n’y allaient pas par quatre chemins, les banquiers disaient « votre argent m’intéresse » et les vendeurs d’eau en bouteille disaient « buvez-pissez » car évidemment plus une personne s’abreuve sans besoin, plus elle va aux toilettes et en passant… plus elle tire la chasse… dilapidant du même coup son argent et la précieuse eau potable qui sert à nettoyer les toilettes!
Quelle vie merveilleuse!
Sans le savoir nous étions tous devenus des nababs en puissance, balançant par les fenêtres l’argent qui semblait fait « pour ça » quand il n’était pas fait pour permettre aux banquiers de croitre.
Et ça continue, encore et encore!

Je fais partie de cette génération.
D’autres personne sont nées après, directement dans la consommation galopante.
Pour autant, faire partie d’une génération ne signifie pas s’y fondre. A la différence d’une grenouille à cervelle de batracien, j’ai reçu le don formidable de la pensée et sensibles aux injonctions parentales, je n’ai jamais « balancé l’argent par la fenêtre », j’ai beaucoup jardiné, beaucoup bricolé, beaucoup récupéré et je continu, sans crédit, car si je n’ai pas les moyens, c’est que c’est au dessus de mes moyens!
Basique.
Impossible d’être qui je ne suis pas.
Les nababs ne m’ont jamais fait rêver, pas plus que les princes et les richissimes qui me paraissent parfois si pauvres.
Peut-être que la jalousie a oublié de s’encrer dans mes gènes?
je ne sais pas.

Tout ce verbiage pour en arriver à l’humeur du matin.

Il n’est pas une journée sans voir apparaitre une vidéo, un article ou un commentaire au sujet de la dangerosité d’un produit ou d’un autre.
Pas un jour sans que soit montrée du doigt notre culpabilité d’occidentaux cupides et pollueurs.
Pas un jour sans qu’un produit « nouveau » et forcément merveilleux ne vienne remplacer un objet « ancien » et obligatoirement toxique. « Ancien » signifiant généralement « vieux de trois jours, trois mois ou trois ans »!

Vivre est aujourd’hui plus que jamais une situation à haut risque.
A haut risque!
Quel risque?
Mourir?
Devenir malade?
Vieillir?
En tout cas « ça » fait peur!

Je peux comprendre.
Je peux même comprendre que les plus faibles exigent la confection de lois protectrices.

Ce que je peux pas comprendre c’est comment des revendiquants et autres militants peuvent impunément brûler publiquement des tonnes de pneus (mais qui donc leur offre ?) et autres trucs toxiques (mobilier urbain, poubelles, palettes traitées, etc) sans choquer personne, ces mêmes personnes qui sont affolées à l’idée de recevoir un coronavirus dans un paquet apportant de Chine un « truc » aussi inutile qu’indispensable.

Penser est à double tranchant, redoutable.
Obéir est confortable, admirable.
Suivre me parait détestable.
Devancer est par expérience tentable
Mais est-ce recommandable ?

Et si on parlait d’à venir?

En voyant cette image, je fais un bond de trente ans en arrière.

A la maison, nous avions un ordinateur portable qui pesait aussi lourd que plusieurs noix de cocos fraiches. Il était cependant plus facile à attraper que celles qui étaient en haut du palmier qui habitait notre jardin de l’époque.

Sur écran noir, il affichait des caractères oranges et les enfants jouaient à « tetris » chacun leur tour lorsque nous leur laissions approcher ce nouveau « compagnon de boulot ».
Evidemment, il n’y avait pas de connexion, avec aucun réseau, sinon au bureau.
Le « www » était officiellement proclamé à la fin de 1990 mais pas vraiment accessible au commun des mortels!
Les salariés bossaient officiellement 40 heures par semaine. Le smic horaire s’élevait à 29,91 francs soit l’équivalent de 4,56 euros et le RSA n’avait pas encore été inventé.

Cerise sur le gâteau de ce temps lointain perdu dans un siècle achevé, nous n’imaginions pas un instant pouvoir un jour tapoter sur le clavier d’un « ordinateur » plus petit et moins lourd qu’un carnet d’adresse pour sac à main de jeune fille.

A quoi rêvions nous?
Certainement ni à la « retraite » ni à celle de nos enfants.

Un copain nous avait gentiment fait remarqué que nous avions prénommé Brice avec le même prénom qu’un écologiste réputé et nous lui avions fait remarquer que son fils s’appelait François. Personne n’aurait pu parier que Jacques, Nicolas, encore François puis Emmanuel laisseraient leur empreinte dans l’illustre série, ni que les verts se multiplieraient dans tous les sens et sur tous les bords d’un monde consommant à tout va.

C’est que s’il est commun de tirer des plans sur la comète, l’avenir est absolument inconnu.

Quand j’entends roder la rumeur au sujet de l’inconnu à venir, quand je vois des banderoles s’insurgeant au sujet de plans prévus pour dans trente ans, comment ne pas m’interroger ?

Il y a trente printemps de ça, j’ignorais absolument tout de ce que sont aujourd’hui mes enfants, comme j’ignore tout aujourd’hui de ce que nous serons demain, de notre environnement, du régime politique, de l’état des lieux qui nous sont familiers.

La vie n’existe que concomitante avec le changement et le mouvement.
Je me demande fréquemment quel élan morbide pousse tant de personnes à souhaiter que « rien ne change ».
Je me pose tout aussi fréquemment une question au sujet de l’illusion dans la quelle vivent tant de personnes qui déclarent avoir le pouvoir de « tout changer ».


Cet insatiable besoin d’attention

Quand je dis, j’affirme et je répète que j’ai besoin des commentaires pour penser plus loin, je peux en faire de même avec la petite fenêtre virtuelle que j’ouvre en conscience chaque matin en buvant mon café.

Avant cet instant quotidien devant le monde fermé des réseaux sociaux, j’ai ouvert en grand les volets, j’ai regarder frémir le jardin, puis j’ai ouvert la porte pour sentir l’air du jour, j’ai écouté circuler la sève, levé le nez sur un frôlement d’oiseau, baissé la tête pour constater le présence de jeunes pousses et parfois joyeusement, je me suis laissée aller à fouler l’herbe à pieds nus, pour le plaisir enfantin de « mouiller » mes pieds, certaine que jamais je n’attraperai froid « comme ça » quand bien même, dans les arcanes de ma mémoire je peux encore entendre ma mère crier « Rentre, il fait froid, fais attention, tu vas encore être malade! »

Besoin d’attention.
Besoin viscéral
D’attention.

J’apprends une énorme quantité de « trucs » en buvant mon café.
Je note le passage des modes, les irritations qui ricochent d’une page à l’autre intactes ou déformées, questionnées ou sporadiquement libérées en un clic, J’attrape des titres de bouquins, des citations anonymes ou détournées, et tant et tant.

Ce matin par exemple, j’ai croisé une présentation en bande dessinée au sujet de ce qui serait une particularité touchant une personne sur cinq.
Une personne sur cinq où et quand, rien n’est précisé.
La fouilleuse de chiffres qui dort en moi est toujours amusée quand elle rencontre un telle avancée statistique sans référence à aucune population.
Ce matin, joueuse j’ai donc enchainé en allant rechercher le chiffre statistique attaché aux yeux bleus, comme ça sur un coup de tête, en clin d’oeil espiègle.
Et hop, sans perdre de temps à l’affut d’une haute littérature, j’ai découvert qu’en France 1 personne sur trois a les yeux bleus, que dans les pays du nord c’est plutôt 75% et qu’en Afrique noire… Ben il a fallu que je tapote un peu plus loin car un site français se moque bien du pourcentage de noirs africains aux yeux bleus. Donc en Afrique noire, c’est une rareté quand ce n’est pas une très rare pathologie, mais des enfants naissent avec les yeux bleu, se faisant du même coup et parfois affubler de dons bons ou mauvais qu’il porteront toute leur vie.
C’est qu’ils attirent une attention toute particulière, ces enfants « pas comme les autres ».

Et attirer l’attention, c’est toujours à double tranchant.

Alors quand je lis tous ces mots, tous ces adjectifs inventés pour attirer l’attention sur des catégories de personnes, sur des particularités qui sortent de chapeaux plus ou moins bien intentionnés, souvent hyper intéressés, je suis très, très dubitative.

Attirer l’attention est vital, pour chaque humain.
Faire attention est vital… aussi.
Alors, je fais attention et particulièrement quand je fais des tas de gros cailloux, il ne s’agit pas d’en prendre un sur les pieds!

Communiquer

Voilà au moins deux ans que j’avais décidé qu’il était temps de changer mon « smartphone », c’est enfin chose faite.
Quelle évolution depuis le billet griffonné en 2008!

Riche de cette technologie apparue en 2016, et du « téléphone » acquis en formule « reconditionnée » qui va avec, je mesure à quel point je vais désormais prendre le risque de me trouver piégée un peu plus à l’instar de l’ensemble des personnes que j’observe autour de moi. C’est à dire qu’avec trois ans de retard, je fais un bon colossal pour atterrir dans « vivre avec son temps » tel qu’une bonne partie de la population de chez nous.

Car s’il devenait de plus en plus urgent de m’équiper selon les « normes » actuelles dans le seul but de pouvoir utiliser certaines applications évitant d’imprimer du papier (billet de transport, par exemple), j’avais en plus une grande envie de pouvoir partager des images d’une qualité supérieure à celles fournies par mon smartphone de baroudeuse obsolète.

Hier et dès réception, en quelques minutes et un bon paquet de « clics » j’avais relié téléphone et PC (aussi pommé l’un que l’autre, c’est une première pour ma part! ) et j’entrais dans un monde paralèlle que je n’avais jamais encore connu où la fluidité et l’ergonomie son poussés à un point tel que l’envie de consommer pourrait me plonger dans l’addiction.
Comment ne pas tout photographier?
Comment ne pas rester scotchée sur les réseaux sociaux ou ma boite mail?
Comment ne pas mettre en stock des dizaines d’application puisque la mémoire le permet et que si « ça sert à rien », « ça peut toujours servir ».
Comment laisser flotter les questions sans immédiatement tapoter à la porte de mon ami gogol?

En résumé, comment poursuivre ma route vers l’élargissement de la patience, vers l’agrandissement de mes points de vue, vers l’allégresse des réflexions en goguette, alors que je dispose maintenant d’une mini fenêtre tellement… conviviale?

Transgresser la règle.
Freiner des quatre fers
Résister.

La solution est super simple : laisser ce bel objet sagement posé sur mon bureau et ne l’emporter que quand c’est vraiment indispensable, c’est à dire beaucoup plus rarement que ce qui semble « normal ».

Alors que croît la taille de l’écran de ce qui s’appela un jour « téléphone portable », je vais joyeusement faire décroître son utilisation « portable »!