Archives de catégorie : Flâneries

Mes balades ordinaires ou annuelles, des respirations accordées pour avancer plus loin dans le quotidien.

Tous les chemins mènent à Rome (6)

Jeudi 12 septembre 2013 : Vado Ligure – Genova

La tartine relatant cette journée est aussi longue que la digue de l’aéroport, attachez bien vos serviettes !

Avant même de partir, j’avais focalisé mon appréhension sur deux passages, celui du golfe de Saint-Tropez à cause du trafic de YTGV (Yacht à très grande vitesse) et celui du port de Gènes à cause de sa longueur infinie. Rien ne m’inquiétais trop sur le suite du trajet.  

Depuis quelques jours, je voyais Gènes-Genova approcher et j’avais vraiment envie de passer de l’autre côté histoire de m’en « débarrasser » l’esprit.
J’avais l’impression d’être immensément loin de mon but : Rome.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que si je me sens tout à fait capable d’accomplir les projets que je fomente, je n’ai jamais la certitude de parvenir à mes fins.
Disons que je reconnais volontiers la puissance de l’imprévisible.  
Après avoir croisé le kayakiste venant de Rome, la raison autant que l’arithmétique me laissaient confiante, mais le doute ne s’effaçait pas pour autant. Evidemment, comme je ne disposais pas (à ce jour) d’une carte (autre qu’une carte routière bien imprécise au 1/1 000 000 ) j’évaluais très mal les distances parcourues, d’autant plus mal que les croquis fournis par le Guide de navigation que j’avais emporté était dessinés selon différentes échelles. Visuellement, je parcourais sur ces croquis, parfois 10 cm, parfois 2cm  et cet aspect « visuel » était pour le moins troublant.

Après avoir posé mon campement en vue du port de Vado Ligure, pas très loin de Savona, confortablement installée dans mon duvet, j’avais fait le point la veille au soir, éclairée par ma frontale.
Gènes ne paraissait plus trop loin.
Dans cette zone et ces jours-ci, la lueur du jour persistait jusqu’à 20h30 précisément.
En partant à 8h de Vado Ligure, je disposais donc de plus de 12h pour dépasser le port de Gènes, c’était d’autant plus envisageable que le SMS nocturne de Michel me faisait part d’une météo qui pouvait convenir.

Ce jeudi matin 12 septembre, la journée s’annonçait aussi chargée que le ciel nuageux : le jeu du jour consistait à passer le port de Genova avant la nuit.

L’avantage avec les départs matinaux, c’est que je pouvais tranquillement « m’échauffer » sur le flat!  
Néanmoins, le long de la digue du port dont je m’éloignais, le ressac était notable.
Juste avant de passer l’extrémité de la digue, j’ai vu sortir un bateau pilote, je me suis retournée : un porte-containers arrivait, je ne l’avais pas vu venir… Ni entendu… J’ai immédiatement ralenti (c’est drôle de parler de ralentissement, vu ma vitesse habituelle!) pour rassurer le pilote  
Je souligne que les pilotes ont TOUJOURS été très aimables et qu’ils ont TOUJOURS cherché à me sécuriser sans jamais mépriser mon frêle navire  
L’énoooooooooorme navire est rentré dans le port et j’ai filé vers le port suivant : Savona

Nouveau ressac notable le long de la digue que je ne longeais pourtant pas de très près.

A l’embouchure du port, c’est un bateau de la police qui a surgi, m’a contournée à grande vitesse, avec force vagues sans que je comprenne pourquoi.
Je me concentrais déjà sur la pointe suivante quand un SUPeur entra dans mon champ de vision. C’était F., un surfeur, SUP surfeur, jeune papa du joli petit Kay qu’il fut fier de me présenter.

Enfin, il m’a invitée à débarquer sur « sa » plage. Quel ne fut pas mon émerveillement en arrivant au bord : il est venu m’aider à sortir de l’eau, il a saisi comme une plume la planche lestée (oui, oui, avec les bagages dessus) d’un côté et de m’a tendu une main chevaleresque de l’autre!  Grande F. ! 
Puis, il m’a présenté sa jolie femme et son extraordinaire fils. Puis, il a demandé « tu veux quoi? » et comme je n’ai sûrement pas demandé assez, il fit préparer une 1/2 douzaine de sandwiches variés, il ajouta des bananes et des canettes… J’étais comblée, boostée à fond…
Il m’a aussi expliqué qu’il était normal que le bateau de police soit venu me tourner autour « On est en Italie, les ports sont très surveillés »… Je n’ai pas tout compris!  
Et…
Je suis repartie en étant certaine de réussir à poursuivre le jeu lancé le matin même : passer le port de Genova avant la nuit!
 
Je suis incapable de me souvenir de l’endroit où je me suis arrêtée pour me sustenter, c’est dire à quel point mon esprit était accaparé par la participation au challenge que j’avais inventé.  
D’ailleurs, je n’ai pris aucune photo après la rencontre avec Federico, sa femme et leur fils.  

Ce dont je me souviens, c’est qu’en partant de la plage où j’avais rapidement dégusté un des sandwiches offerts, je constatais que le vent était exactement celui que Michel avait indiqué dans le point météo, de vent de travers, il passait vent portant si je tirais au large pour piquer à l’extrémité du port de la ville au loin, très au loin…Genova…

Ni une, ni deux, j’ai visé le large, très au large.

Et quand j’ai senti le vent bien orienté, j’ai visé la terre  
J’ai alors vécu le plus magnifique et le plus formidable parcours au vent portant que je n’avais jamais vécu. Il y avait une belle houle qui me poussait, il y avait un bon vent qui me poussait. C’était juste magique, l’adrénaline dégoulinait, j’étais juste heureuse ; en flashes, je pensais à ce que pouvaient vivre ceux qui se lancent le défi de la M20 qui devait être un endroit dix fois plus infini.   
Impossible de dire combien de kilomètres furent parcourus dans cet état de grâce.

J’ai soudain « trébuché » et je me suis retrouvée projetée vers l’avant, je ne suis pas tombée, j’ai rattrapé mon équilibre d’une main sur le sac accroché devant.
« Toi, ma fille, tu es fatiguée » ai-je pensé… Et j’ai déballé le lait concentré… Et je suis repartie gaillardement.

Pas très loin, bis repetita  

Ce n’était donc ni la fatigue, ni une hypoglycémie.  

 « le ressac de la digue du port (et de l’aéroport) de Gènes se fait parfois sentir à plus d’un mile de la côte » était-il écrit dans le guide de navigation… Arghhhhhh… Je n’avais aucune idée de la distance qui me séparait de cette foutue digue, mais il était évident que le ressac était responsable de ma soudaine « perte » d’équilibre.

A partir de ce moment, ralentie je fus. Et une Joelle qui ne va pas vite en chevauchant sa planche chargée n’avance VRAIMENT pas vite  
Du coup, le vent me poussait vers la digue sans que je n’arrive plus à me diriger vers la sortie du port. Devant autant de « vent contraire », je m’inclinais… A genoux je pagayais  
Plus j’approchais de la digue, plus le ressac devenait spectaculaire.

Je peux affirmer que je me suis fouetté le mental plus d’une fois et avec grande force « ALLEZ cocotte, ALLEZ, ALLEZ, c’est possible, il fait encore jour, tu vas y arriver » etc… etc…  

Je me sentais minuscule et grande en même temps.

Je ne voyais plus du tout le paysage quand j’étais dans le creux de ce gigantesque clapot.
Parfois je voyais une montagne (il en faut peu pour que je vois une montagne  ) arriver d’un côté et la même arriver exactement de l’autre côté  
Parfois à l’instant précis où les deux montagnes se rencontraient, j’étais perchée sur un volcan pointu qui crachait son écume.  

J’essayais de noter mon avancement en prenant des alignements. J’avais parfois l’impression de ne pas avancer du tout et puis soudain, l’apparition d’un bâtiment nouveau me prouvait que j’avais bien changé de place.

J’avais enfin dépassé la digue en béton brute de l’aéroport, sur quelques centaines de mètres, il y avait des enrochements qui amortissaient un peu le ressac… Pfiouuu, presque de quoi souffler : une goulée de lait concentré et hop : béton brut à nouveau. Je restait autant que possible à distance, je ne me suis jamais approchée à plus de 300m du mur.

Et finalement, j’avançai plus facilement.

Comme une délivrance, je voyais enfin la fin du mur.

Soulagée j’étais.
Debout, je reprenais de la hauteur.
Du coup ma pagaie devenait plus forte, mon corps devenait plus tonique et le mental s’emballait et je retrouvais tout mon entrain habituel et j’avançais vraiment à vue d’oeil.
Il faisait encore jour.  

J’ai regardé derrière sans voir le moindre navire.
J’ai regardé devant sans voir le moindre navire.
J’ai regardé DANS l’embouchure du port sans voir le moindre navire.
J’ai traversé.
J’ai visé, en face, les plages.

Le jour faiblissait.
Un voilier se hâtait pour entrer au port, il avait déjà allumé son feu de mât. Ses passagers saluèrent mon passage, amicalement  

20h sonnait aux clochers, je touchais terre. J’avais gagné. Je regardais le ciel.
L’instant était délicieux, infiniment bon, incroyablement fort.
C’est alors seulement que je me retournais pour regarder d’où j’arrivais.

Un bateau de passagers sortait, illuminé, puis un autre, puis un troisième…

Morale du jour : Quand un bateau passe avant toi le matin, des bateaux passent derrière toi le soir venu.

Vendredi 13 septembre 2013 : Genova – Sestri Levante

Après avoir tardé à trouver le sommeil (certainement sous l’effet d’un certain nombre de drogues physiologiquement distillées en très grande quantité la veille ) je me suis hâtée doucement dès le réveil.

D’après les pages du guide, j’étais officiellement entrée dans la « Riviera du Levant » et je n’avais guère plus d’indications touristiques. J’ai découvert à mon retour, en écrivant ce billet, que j’allais entrer sous peu dans le « golfe du Paradis ».
De manière générale, je ne suis pas du genre qui apprend par coeur et à l’avance « les trucs à voir et leur histoire ».
J’aime garder un regard libre, c’est une main tendue pour l’émerveillement, les surprises, les lumineuses découvertes de « petits riens » et de fait j’évite les déceptions.
Dépourvue d’internet et de toute source d’information historique, j’étais donc dans les conditions idéales pour « faire comme d’habitude ».
D’emblée, le paysage était TRES différent de ce qu’il avait pu être avant Gènes. J’avançais tranquillement, je voyais des cartes postales et j’essayais de prendre des photos qui ne leur ressemblent pas, je n’étais pas du tout pressée. Le fait d’avoir dépassé le port qui m’inquiétait avait largement ouvert la porte vers Rome et j’étais certainement encore sous l’effet de drogues euphorisantes auto-produites. Le ciel bleu et le soleil étaient au rendez-vous. La mi-septembre ayant éliminé la masse des estivants, la Riviera n’était que luxe, calme et volupté.

(in « L’invitation au voyage » de Baudelaire
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté
Luxe, calme et volupté »)

J’ai fait la pause déjeuner au pied de l’Abbaye de San Frutuoso dans un décor de rêve.

J’ai rempli mon garde-manger dans la belle cité de Chiavari.
J’avais atterri sur la plage sans avoir la moindre idée de l’endroit où j’étais, vous avez sûrement remarqué que jamais aucun panneau n’indique le nom des villes côté mer!  
J’avais visé pile poil au milieu d’une plage privée parce que TOUTES les plages du coin étaient privées et qu’en arrivant au milieu, je tombais inévitablement sur le « sauveteur » de service à qui je pouvais demander l’autorisation de stationner.  
Entendant ma demande le gars me toisa et hésitait quand une dame allongée sur un transat tout proche lui fit signe de la tête qu’elle était d’accord.  
Enhardie, après avoir tout débarqué, j’allais la remercier et je lui expliquais la raison de ma présence incongrue dans ce cadre préservé.
Elle a aussitôt répliqué qu’elle avait bien vu d’emblée que je n’étais pas une de ces va-nu- pieds qui troublent l’ordre… Wahoooooo   
Elle m’indiqua le « mini-market » du coin et sans sandales ni pantalon derechef, j’y allais.
 
Impressionnante cette ville version « luxe, calme et volupté » toutes dimensions… J’ai adoré y passer, comme tombée d’une autre planète, absolument transparente dans le regard des « gens biens »…

De retour sur la plage, la dame qui m’avait accueillie partait, elle me demanda d’aller saluer le tenancier, elle l’avait averti de mon passage et il voulait faire ma connaissance. Le gars aurait certainement souhaité que je m’assoie, que je prenne un café, que je discute, mais mon italien étant ce qu’il est (c’est à dire qu’il n’est pas du tout) et l’heure d’avancer étant pointée dans mon esprit parfois rigide, je me suis excusée et j’ai pris le large.

En vue de la pointe d’après, je n’ai pas eu envie d’aller voir « derrière », il me semblait que cette petite journée touristique était suffisante après l’épopée de la veille et je visais la côte.

Emerveillée, enchantée, je me laissais subjuguer par ce que je voyais : au creux de la baie il y avait un village comme un bijou dans un écrin. La lumière du soir ajoutait sa touche de magie.
Comme j’avançais délicatement, sur la pointe de la pagaie, afin de ne troubler ni le calme, ni la surface de l’eau devenue d’huile, j’ai vu deux filles qui mettaient leur bateau (aviron) à l’eau. C’est vers elles que je me suis dirigée, c’est sur leur plage que j’allais dormir. J’ai été super bien accueillie!  
Après une douche chaude, j’ai organisé mon nid sous les bateaux.

Tous les chemins mènent à Rome (7)

Samedi 14 septembre 2013 : Sestri Levante – Porto Venere (île de Palmaria)

Dès le réveil, une pensée me traversa : il faudra bientôt que je demande à Michel de me préciser où est situé le milieu du parcours.   Il me semblait en être encore loin. Après moins de deux semaines d’aventures, j’avais encore du temps devant moi.

D’après ce que m’avaient dit les « rameuses » de Sestri Levante, la journée à venir me promettait une nouvelle balade touristique.
Après un peu plus de deux heures d’avancée, la faim se fit sentir. Sous le regard d’une mouette j’ai pausée à Punta Rospo (Moneglia) et je me suis royalement offert un cappuccino en dessert.

J’ai contourné des caps, j’ai pagayé au loin de falaises abruptes. Partout, des villages sont sertis. Sur le velours émeraude, ils sont parfois rubis, parfois topazes, toujours colorés.

Partout des zones abritées attirent les bateaux.

Arrivant en vue de Monterosso, il était temps de s’arrêter à nouveau. Je voyais au loin les « bateaux-navettes à touristes » longer la côte, je n’avais pas envie de m’approcher davantage, j’ai donc trouvé un coin « juste pour moi », heureuse une fois de plus de voyager avec ce drôle de navire qui se gare partout !
Loin du monde, tout à loisir, j’ai profité du paysage.

Malgré tout
Quelque chose me disais qu’il ne fallait pas mollir.
Quelque chose me disais qu’il fallait avancer sous le soleil.

De pointe en creux, de creux en pointe, je traçais ma route. Levant le nez souvent, ce sont surtout les falaises que je regardais. Passer par ici ce samedi était une chance, c’était presque tout à fait calme.
Le crépuscule se dessinait, les rochers commençaient à flamboyer.
Je voyais les derniers bateaux me doubler, filer à la hâte vers leur abri.
Ne sachant absolument rien de la configuration de la zone, je n’avais aucune idée de l’heure à laquelle j’allais arriver, je me faisais à l’idée de circuler de nuit.

Quelque chose me disais qu’il ne fallait pas bivouaquer dans une crique.
Quelque chose me disais qu’il fallait aller jusque dans un port.

Et tout d’un coup, j’ai vu le château.
On m’avait dit que c’était beau.
C’était magnifique.
Plus j’approchais et plus il devenait magique.

Un dernier petit canot à moteur me doubla et je vis qu’il « rentrait » dans un « canal », à cet instant j’ai compris, qu’il serait inutile de contourner la pointe, il y avait un passage, juste avant, au pied des remparts.
Le passage fait 150 m de large à l’entrée.
En voyant ce rétrécissement, l’illusion est totale, c’est un canal qu’il va falloir s’enfiler. Et à l’instant où les rochers semblent se resserrer, après deux coups de pagaie, la baie s’ouvre et s’offre et c’est presque incroyable et tout à fait merveilleux à la fois.

J’y suis arrivée au coucher du soleil exactement.
Fascinée, je suis entrée dans Porto Venere.
Les lumières s’éclairaient et illuminaient le plan d’eau.
Au loin, les villes côtières formaient un diadème scintillant autour des berges devenues invisibles.
A gauche, l’île que je n’avais pas eu besoin de contourner (Je comprenais à ce moment que c’était une île)
Il y avait de la musique dans toutes les guinguettes et sur tous les bateaux, samedi soir oblige.
J’ai choisi de m’orienter vers l’île, vers une zone sombre d’où ne sortait aucun bruit.
J’ai débarqué quasiment sous le panneau qui indiquait la zone de réserve naturelle.
La nuit commençait à prendre le pas sur les derniers éclats solaires.

J’ai pensé que le lendemain, je serai enfin orientée « comme chez nous », c’est à dire que le soleil se coucherait sur la mer.

Je me suis endormie après avoir lu le SMS de Michel, faisant le point météo avec les prévisions pour le lendemain.
Le calme avait envahi l’espace, le clapotis de l’eau sur la berge était presque imperceptible. Dans le ciel clair, les étoiles s’allumaient une à une.

Dimanche 15 septembre 2013 : Porto Venere (Isola Palmaria) – Lerici (Club de voile)

Avant l’aube, dans l’instant qui précède le véritable réveil, j’ai perçu très nettement que la chanson des vaguelettes dans les galets n’était plus celle de la veille au soir.
Malgré l’abri de la végétation, de temps en temps la toile de tente s’ébrouait bruyamment, parfois, elle claquait sèchement.
Je pensais me laisser bercer encore un peu.
Mais, je sentais bien que tout « ça » n’augurait rien de bon du côté de la météo. Michel avait écrit dans son sms du soir : « Italie zone côtière 4, vent SW puis WSW 5 Bft localement 7 au sud de la zone, activité orageuse, mer assez agitée, houle de WSW 1,6 m. »
Donc,
Sans attendre davantage, je passais de la somnolence à la vigilance totale.
Attrapant la frontale d’une main, je l’allumais tandis que je tâtonnais de l’autre pour trouver la carte.  Dans le même élan, une évidence s’imposait : il fallait que je sorte de l’île au plus vite, pendant que c’était encore navigable. Je ne voulais pas prendre le risque de rester coincée toute la journée à cette endroit là.

Il y a un « truc » en Méditerranée que nous n’avons pas en Atlantique (en raison des marées), ce sont les digues protectrices. En Italie, il y a des digues pour protéger les plages afin qu’elles ne soient bordées que par des plans d’eau parfaitement lisses.
Je découvrais que le  guide de navigation signalait une digue en travers de la baie de La Spezia ; une digue longue de plus de 2km (bien visible sur la carte google) qui protège parfaitement la baie des vents de Sud et de la houle. Pour « m’échapper » j’avais donc une solution : aller chercher la digue (vent portant), la longer à l’abri de la houle (et probablement bien coupée du vent) et une fois la baie traversée, profiter de l’abri de la côte pour avancer le plus loin possible.

J’ai plié la tente bien humide.
Je suis partie, au jour tout juste levant.
Je ne me suis pas retournée.
Le temps pressait.
Le ciel était menaçant.
Les lumières s’éteignaient une à une.

Comme prévu, en longeant la digue de très près, j’étais parfaitement à l’abri. Parfois, les embruns éclaboussaient par dessus, mais la mer n’était pas encore très forte, le vent était environ 4bft, pas plus.
Au fond, la ville dormait encore.

Comme prévu, l’échancrure de la côte « en face » m’apporta une bonne protection, la navigation était facile. Une heure après mon départ, je passais San Terenzo.

En longeant les plages de Lerici, des plages comme toutes celles qui m’avaient accueillie jusqu’ici, je n’était pas convaincue, je ne m’y voyais pas « coincée » pour toute une journée.
J’ai tenté le port, j’ai essayé entre les travées de bateaux, j’ai regardé partout dans l’espoir de viser un point où atterrir, histoire de passer la journée en ville. A ce moment, j’avais dans l’idée de retourner sur une plage, le soir, pour dormir. Je ne voyais rien de satisfaisant. Je me dirigeais donc vers la capitainerie, il semblait y avoir un recoin accueillant juste à côté.
J’ai amarré la planche à un bout qui pendouillait au ponton et j’ai débarqué.
Un homme s’affairait au milieu des « Optimist » et autres dériveurs rangés, empilés en bon ordre devant un atelier. L’heure était matinale et le quai, déjà balayé par les bourrasques, était quasi désert. Ayant toujours reçu un bon accueil dans les clubs de voile, je m’approchais hardiment.
« Bonjour, parlez-vous anglais ?
– Oui, un peu
– Je viens de Marseille avec la planche là-bas (je lui montrais du doigt). Cette nuit j’ai dormi sur l’île Palmaria, à Porto Venere, j’arrive ici et je pense que la météo n’est pas très favorable pour aller plus loin.
– Vous êtes partie de Marseilles, avec « ça » ?… ?…(un grand sourire) Soyez la bienvenue, je parle français aussi (…) »
Son français était excellent, nous avons bavardé, parlé bateau et navigation.
J’ai su en fin de journée que c’était le président du club de voile. Il se préparait en vue d’une régate d’habitables. Les Sociétaires de ce club très huppé sont de véritables marins, ils ont participé à la régate, dans les conditions bien mauvaises de ce dimanche, entre les averses « comme vache qui pisse » et les rafales qui parfois montaient à 30 noeuds (donc le 7 bft annoncé…)
Et voilà comment, après un capuccino d’accueil au club house, après une douche chaude, habillée en tenue de ville et correctement chaussée, je suis partie à la découverte de la citée avant que le ciel ne nous tombe sur la tête pour de bon.  

Après deux heures de marche, après avoir visité une librairie, une église et un café, n’arrivant pas du tout à me réchauffer, j’ai pris la direction du Club pour ajouter une couche au mille-feuilles qui m’emballait pourtant puis j’ai erré encore, visitant le super-market et essayant de trouver l’appétit en explorant les menus pour touristes.

La luminosité était proche de zéro.

Le vent passait, tourbillonnant, entrainant dans sa course la pluie et l’écume en gifles d’humidité.
J’ai passé l’après-midi au Club House, sirotant du thé, décortiquant les journaux locaux, conversant tant bien que mal avec « la patronne » du lieu.
En fin de journée, le jour reprenait de la vigueur. Nous en avons profité pour faire une photo souvenir, entre deux averses.

Puis, bienveillants, les « marins » et leur président décidèrent qu’il ne fallait pas que je parte, que je pouvais très bien dormir dans le Club-House.
L’idée était plaisante, il fallait seulement trouver une solution pour que je puisse partir le lendemain (je déteste me sentir enfermée et le Club semblait pouvoir se fermer comme un coffre-fort)
Finalement l’affaire fut conclue, il y avait une sortie de secours. Il fallait seulement que je sois prudente pour que la porte ne claqua point avant que tout mon matos ne soit dehors!  
Top là!

Sur la verrière, les toiles claquaient, dans le port le cliquetis des haubans restait constant. Des flaques sur le carrelage témoignaient de la puissance des grains du jour.
Je vidais mes sacs.
J’étalais tout ce qui pouvait l’être
Je vérifiais
N’étais-je pas environ à mi-parcours ? (et oui… J’avais acheté une carte un peu plus lisible… )
La nuit était là.
J’espérais fort ne pas moisir ici.

Tous les chemins mènent à Rome (8)

Lundi 16 septembre 2013 : Lerici (Club de Voile) – Viarregio (gazon municipal)  

Le lundi 16 septembre, l’épopée avait débuté depuis deux semaines.
J’en étais approximativement à mi-parcours. J’avais théoriquement le temps d’arriver à Rome dans le mois que je m’étais offert, mais il ne fallait pas trainer et la météo ne jouait plus vraiment le jeu.

Néanmoins, ce lundi à l’aube, j’entendais un silence relatif. Le vent était tombé, il était temps de reprendre la mer.

Je suis sortie par la porte de secours avec mes sacs et pagaies, j’ai consciencieusement refermé derrière moi le portail en inox de la terrasse, j’ai vérifié le verrouillage, noté la mise en service de l’alarme, j’ai récupéré ma planche (elle avait dormi au milieu des dériveurs) et hop, j’étais à nouveau sur l’eau.
Il est impossible de décrire le sentiment de liberté que j’ai ressenti en prenant à nouveau le large !
Le ciel était relativement clair, le vent juste caressant.

Dès la sortie du port, une belle houle ronde m’accueillait, elle était parfaitement orientée. La mer était verte, comme en souvenir des accès de colère de la veille.
J’ai parcouru les premiers kilomètres « à toute vitesse » et sans le moindre effort.

Au niveau de Carrare, j’ai noté que même les falaises étaient en marbre.

J’ai noté aussi que la côte rocheuse s’arrêtait et que l’embouchure de la rivière marquait une « frontière ». De l’autre côté, la côte était basse, visiblement sablonneuse.
Je me suis réjouie.
«  C’est la fin du ressac le long des falaises » ai-je pensé. J’avais si souvent été ballotée par le ressac ! J’avais si souvent eu l’impression de naviguer pendant qu’un grand géant invisible s’amusait à « touiller » la mer de manière absolument anarchique. La pensée d’en avoir terminé était euphorisante.
D’ailleurs, je filais bon train.
La grosse houle ronde m’offrait une succession de toboggans.
Je n’en finissais pas de glisser et c’était délicieux.

Le vent s’affirmait cependant, de plus en plus de travers et la houle suivait  
En restant suffisamment au large, j’étais à l’abri du déferlement des vagues.
Au bord, il y avait des surfeurs. En petit groupes, comme autant de points de suspension, ils ponctuaient le paysage monotone.

Il devenait évident que s’il était possible d’envisager un atterrissage en catastrophe, il était vain d’envisager un décollage à suivre. Je n’avais pas d’autre choix que d’avancer.

La lecture des zones de déferlement m’indiquait précisément les hauts-fonds et c’est en zig-zag que je longeais la plage.
De loin.

Quand j’ai aperçu un phare, posé sur l’horizon brumeux, j’ai concentré toute mon attention vers lui.
De vert, la mer était passée à vert de gris, remuant inlassablement le fond sablonneux, le long de l’interminable plage, infiniment plate et grise.

Il restait plusieurs kilomètres à tirer. J’avais plusieurs fois sorti le tube de lait concentré, m’abreuvant de nutriments à dose presque homéopathique dans l’attente de pouvoir me restaurer plus efficacement. Il n’y avait pas d’autre solution que d’aller droit devant, vers le phare.
Quand j’ai vu un très joli yacht sortir du port, quand je l’ai vu mettre les gaz et filer à toute vitesse vers le nord, je me suis dit que c’était quand même une drôle d’idée d’aller se promener par ce temps !

Enfin l’entrée du port était là. Sur la digue, il y avait du monde. Sur ma gauche, les vagues déferlaient.
Sur ma droite, la digue faisait lever une belle vague, déferlant elle aussi, dans un jaillissement d’écume.
Au milieu, il y avait un passage, il me restait plus qu’à bien viser, avec le bon tempo et hop, hop, j’étais certaine de réussir une arrivée digne sous l’oeil forcément admiratif de la foule en délire (oui, oui, moi aussi j’ai parfois parfois un égo sur-dimentionné!)  
Las…
Une coup de trompe interrompit mon rêve.
Je me retournais et horreur, le yacht que j’avais vu sortir était à mon cul, à toute vitesse!   
Il visait lui aussi l’entrée du port !

Vite, vite, vite, je m’écartais vers le large, faisant fi de mon cap idéal.

Wahooooo, les passages successifs du yacht (qui avait à peine ralenti) et de sa vague me mirent à genoux.
Estomaquée, je le regardais virer en dérapage, freiner, puis glisser sur son élan.
Ce n’est que plus tard, en découvrant l’ensemble du chantier naval qui occupe le port, que j’ai compris : il s’agissait vraissemblablement d’un simple essai « in live »!  

Vite, vite, il fallait que je me ressaisisse pour entrer dignement. Il était encore temps de viser le centre entre deux séries de vagues.
Quelques coups de pagaie plus loin, j’étais à l’abri, encore quelques coups de pagaie et j’étais au ponton.
Il était grand temps de me sustenter avec quelque chose de solide !
Le vent montait encore d’un cran.
A la sortie du port, il y avait maintenant une barre. L’entrée était fermée, la sortie… aussi !

Nous étions en début d’après-midi, je n’étais pas du tout fatiguée.
Pourtant ma route semblait devoir s’arrêtait à Viarregio ce jour là.  

Alors, pour passer le temps, je me suis aventurée et j’ai suivi le canal de Burlamacca pour pénétrer la ville. Au retour, j’ai amarré ma planche à couple d’un bateau (visiblement à l’abandon) pour mettre pied à terre. J’ai regardé la plage, j’ai regardé vers le large…

ET… j’ai cherché un coin pour dormir.

C’est finalement sur le gazon municipal, sous le nez de la capitainerie, de la douane et de la police, que dès la tombée du jour, je me suis plantée au milieu des arbustes décoratifs.

Mardi 17 septembre 2013 :  Viarregio « journée dépression »

Avant même de donner le premier coup de pagaie, j’avais imaginé avoir besoin de contourner certains endroits. J’avais imaginé avoir besoin de quelqu’un pour passer le golfe de Saint-Tropez, j’avais imaginé avoir besoin d’une solution terrestre pour passer le port de Gênes. Je n’avais jamais imaginé me sentir prise au piège dans un coin où les surfeurs affluaient de toute part.  
Depuis dimanche matin (où je fus bloquée à Lerici), je rêvais de trouver une possibilité pour aller directement à Livourne. Impossible d’expliquer pourquoi, mais il est un fait que j’avais comme une sourde impression : cette météo pourrie était liée à la géographie du coin.  

C’est sur ces pensées que je m’étais endormie. C’est avec ces pensées que je me réveillai, à l’heure où s’éteignirent les lampadaires.

Après m’être vivement secouée pour « libérer » le gazon municipal, après avoir rangé la planche sous un buisson et les sacs sous la planche, après avoir attaché les pagaies avec l’ensemble, je suis partie voir la plage.

Puis, comme tout un chacun, je suis passée à la boulangerie et au café afin d’attaquer ma journée dans les meilleures conditions.

Michel avait écrit :
« La météo ne s’arrange pas, une dépression est sur le golfe de Gênes.
Demain matin vent nord force 5 et localement 6 avec houle de 2,4 m, l’après-midi NW force 4 et houle WSW 1,9m « 


A la capitainerie, le bulletin météorologique confirmait le SMS de Michel. Et en interrogeant à droite comme à gauche, il me fut dit que rien ne changerait avant deux ou trois jours
Quelques semaine plus tard, relatant cette journée, bien installée devant mon bureau, voilà ce qui sortait en face de Viarregio:
« Les vents principaux viennent du sud-est, les vents de sud-ouest et d’ouest qui soufflent durant deux ou trois jours de suite causent de violentes tempêtes maritimes. »
Je l’ignorais alors, mais ce qui était certain, c’est que j’aurais donné cher pour sortir de ce coin.  

J’ai erré toute la journée.
J’ai longé les alignements de plages privées où les employés nettoyaient les atteintes de la tempête.
J’ai parcourue l’interminable avenue marchande où déambulaient de rares touristes.
J’ai trainé du côté du port où se construisent les yachts les plus prestigieux.
J’ai découvert des rues pleines d’ateliers au service des chantiers, des rues ouvrières et travailleuses où les bars sont les espaces « à vivre ».

Puis…

Je me suis installée sur « mon » banc.
J’ai observé le va et vient des surfeurs. Invariablement, ils descendent à la hâte de leur voiture, invariablement, ils en partent au pas de course, short-board ou malibu sous le bras et invariablement, ils reviennent très lentement, semblant plongés dans d’insondables pensées, tête presque basse. Ils se changent infiniment lentement, avec maintes précautions. Puis ils montent en voiture, branchent la « musique » à fond et démarrent en trombe !  

J’étais sur « mon » banc. (c’est fou comme on s’approprie vite le moindre espace! )
La journée touchait à sa fin et je m’étais moulée dans l’idée de rester ici. Pise n’était pas si loin, afin d’éviter de moisir, je pouvais envisager de faire un peu de tourisme en train : après une journée de dépression profonde, j’avais repris du poil de la bête et de l’entrain en quantité suffisante pour aborder paisiblement une ou deux journées « immobiles ».

Et il est arrivé  
Quelque chose était différent chez lui, une zenitude particulière peut-être.
Il commença par s’étirer consciencieusement, tranquillement, gardant un oeil attentif vers tout ce qui se passait autour.
Il jeta plusieurs fois un regard en direction de la planche qui dépassait du buisson.
Comme il roulait une petite clope, je décidais de tenter une petite conversation.
Comme je lui expliquais mon trip et ma situation « météorologique », il répondit sobrement :
« Je téléphone à un ami de Livorno » L’ami ne répondait pas, il devait encore être en train de surfer.
« Bon, je vais manger maintenant, je travaille ce soir. Je vais le rappeler, je te dis quand je reviens à la voiture »

C’était une conversation parfaitement surréaliste.    

Il revint avant que je n’aie commencé à installer mon campement. (Il y avait foule sur la terrasse du Club Nautique et je ne souhaitais pas jouer la provoc en plantant ma tente presque sous le nez de tous ces gens « biens »  ).

Directement et droit dans les yeux, il s’adressa à moi :
« J’ai eu mon copain, je vais demain matin à Livorno, je t’emmène. 7H30 ici, tu seras là ? 
– Oui, je dors là. Je serai là.
– Tu dors ici ?
– Oui.
– Sérieusement?
– Oui, où veux-tu que je dorme?
– Alors à demain »


Et hop, il était parti.

Incroyable !

Je me suis endormie en me promettant d’être prête à l’heure dite. Et si ce n’était qu’une blague, s’il ne venait pas, j’avais décidé d’aller à Pise voir la tour qui penche !
J’étais enfin parfaitement sereine.

Mercredi 18 septembre 2013 : Livorno – Forte di Biobona

7h15 : J’étais prête, assise sur « mon » banc j’attendais, confiante et sans « y » croire à la fois.

7h17 : la voiture arrive.

« Hey, tu es prête ?
Oui, tu vois tout est plié… Et puis j’ai dormi là !
Oui, je sais, je suis passé voir après le boulot, dans la nuit… J’ai bien vu »

Ainsi, il avait douté !  

A la place du malibu sur le toit, il avait un shortboard à l’intérieur de sa voiture. Nous avons chargé mon maxi-long-board, les pagaies et les sacs.
Embarquement immédiat.
Passage au café pour un petit noir sur le zinc et c’était parti.

Certaines rencontres sont étonnantes quand on fait la liste des coïncidences, celle-ci l’était vraiment.  
Il m’a posée dans le premier coin abrité et il a filé vers son spot sans attendre.
J’avais parcouru par la route l’étape que je n’avais pas pu faire par la mer la veille, une quarantaine de kilomètres, ma moyenne quotidienne, rien de plus.

Une fois encore, j’ai eu un immense sentiment de joie et de liberté en montant sur ma planche !

Le ciel était parfaitement limpide devant moi. Sur la côte, il y avait de jolis spots de surf autour des rochers, avec de belles vagues bien propres, bien bleues. C’était vraiment autre chose que le chantier de Viarregio, clairement Fabio avait fait le bon choix en venant surfer dans le coin.

De temps en temps je regardais derrière, j’étais comme « en fuite », je surveillais la dépression pour vérifier qu’elle restait bien sagement bloquée au nord. Et je pagayais « comme une voleuse » pour être certaine de lui échapper!

Au loin, un très long débarcadère avançait vers le large, signalant Vada et son port industriel.

Juste après l’avoir passé, j’ai eu l’impression de me trouver sur une immense piscine absolument plate et couleur turquoise, le contraste avec le « terrain » qui avait précédé était étonnant et je ne parle même pas de ce que j’avais laissé à Viarregio!

Je continuais à regarder derrière régulièrement, j’avais l’impression de me faire rattraper par les nuages.
Je me forçais alors à regarder l’horizon tout bleu à l’avant. Fabio m’avait dit que j’allais arriver dans une zone très différente où la pointe de la Corse faisait déjà office de barrage, limitant l’effet de la dépression.
Je voulais y croire.
La côte était redevenue rectiligne et sablonneuse, mais aucune vague ne levait de loin, il y avait une profondeur suffisante pour que je navigue tranquille.

Après une pause à Cecina, j’avais parcouru « ma » quarantaine de kilomètres et c’est parce que le vent de travers commençait à me fatiguer que je me suis arrêtée sur la plage de Forte di Biobona

Les nuages commençaient à me rattraper.
Certes, ce n’était pas le couvercle noir que j’avais laissé en rade, mais je sentais que le vent allait forcir et qu’il serait vain de jouer contre lui.

J’ai choisi un coin bien à l’abri du souffle d’Eole et je me suis amusée en jouant la touriste allongée sur le sable

Sans attendre la tombée du jour, j’ai installé ma maison, heureuse d’avoir absolument tout ce dont j’avais besoin.

Tout était si tranquille ce soir là que je me suis offert quelques postures de yoga au soleil couchant, ne me décidant à « rentrer » qu’après l’extinction des dernières braises  

Le SMS de Michel faisait un point météo mi figue mi raisin.
Demain serait un nouveau jour.

Tous les chemins mènent à Rome (9)

Jeudi 19 septembre 2013 : Forte di Biobona – San Vincenzo ( pas loin de Populano)

En lisant le SMS du soir, j’avais prévu une grasse matinée.
Réveillée à l’aube parce qu’il faut bien constater que c’est l’heure « normale » du réveil pour qui s’endort à l’heure où les oiseaux s’endorment, j’ai pris tout mon temps pour plier.

Comme prévu le vent soufflait fort, et bien évidemment « de travers ». La matinée allait donc être calme et touristique.

En aparté, seulement pour celles et ceux que ça intéresse, je me permets quelques lignes « philosophiques »
Après plus de quinze jours de ce long cheminement en solitude, je touchais enfin et complètement ce que j’espère atteindre (sans jamais y croire d’une quelconque manière) en partant pour ce genre de trip. Au delà de la découverte touristique, au delà de la rencontre humaine, au delà du plaisir des sens et de la traversée du corps, une dimension beaucoup plus « verticale » devient palpable. Elle n’est plus seulement théorie, idéal ou objectif. Elle existe, elle nous touche et on peut la toucher. De mon point de vue, elle n’arrive que sur l’air de « aide toi le ciel t’aidera » à moins que ce ne soit sur l’air de « qui ne risque rien n’a rien », sur l’air de « vouloir c’est pouvoir » ou de « tout vient à point à qui sait attendre ».
Ce dont je suis certaine c’est que j’ai besoin de partir en autonomie et sans assistance pour entrer dans cette dimension, c’est ainsi que la patience s’exerce et brave l’impatience, que la confiance s’agrandit et abat le doute, que l’attente se rompt et que l’action s’illumine.
Il y a certes de « jolies choses » à découvrir et à vivre « avec assistance », « grâce à l’énergie de ceux qui ont aidé, préparé et prévu à l’avance », mais c’est différent et jamais aussi « verticalement » intense.

J’en étais là.

Après un petit passage « en ville », j’ai fait ce que faisaient la plupart des femmes de mon âge sur cette plage : j’ai marché sur la plage en ramassant des cailloux. C’est un excellent passe temps !

Quand le vent a commencé à mollir, j’ai sollicité un gars que j’avais vu la veille, jouer en  bodyboard dans le shore-break du soir. Il était en train de ranger le matos de la plage privée que j’avais squatté pendant la nuit. Je savais que je ne pourrai pas « lancer » ma planche chargée si facilement et que nous ne serions pas trop de deux pour passer de l’autre côté des vagues.
Nous avons essayé une fois : raté
Nous avons essayé à nouveau : re-raté

Ce n’était pas la bonne heure.

Sans la moindre impatience, j’ai remonté tout mon matos et je suis repartie chasser les cailloux. J’étais vraiment dans un état d’esprit nouveau et c’était juste bon.

En fin d’après-midi, il ne restait qu’une douce brise et la mer s’était vraiment apaisée. Surtout, elle s’était organisée et les sets étaient visibles et il suffisait de « viser » entre pour prendre le large.

Et voilà… Le soleil était déjà bas. Au loin les îles se dessinaient.
J’allais bientôt pouvoir profiter de leur abri.

Au soleil couchant je me suis arrêtée, juste avant une pointe.

Découvrir de nuit ce qu’il y avait de l’autre côté n’offrait pas le moindre intérêt. Cette mini-session du jour me contentait largement.

Puis, j’ai monté la tente grâce à la lumière de la lune ronde.


Vendredi 20 septembre 2013 : San Vincenzo – Forte Rocheta (près Punta Ala) commune de Castiglione della pescaia

6h39, la lune est là. Tout est absolument calme.

7h00, La dernière étape du rangement, il ne reste plus qu’à plier la tente, emporter l’ensemble sur le rivage, tout attacher et prendre le large

Ensuite, je n’ai pas d’autre souvenir que celui d’une journée tranquille et harmonieuse. J’ai retrouvée avec bonheur une côté découpée, des rocs et quelques falaises. J’ai beaucoup photographié.
Les méduses, brunes dans le nord puis de plus en plus blanches en « descendant » furent de très fidèles compagnes, isolées ou en colonies, elles dessinaient mon chemin un peu comme les cailloux le font sur les sentiers de montagne.

Après un repas à Follonica, je suis entrée dans le spectacle. Malgré mon chargement, je n’allais pas/guère moins vite que les papillons qui parfois me frôlaient.
Mon imagination vagabondait à la vue des rochers, ils prenaient vie, devenaient personnages ou paysages décalés, véritables dessins animés au fil de mon avancée.
Aussi longtemps que je les contournais, les histoires se succédaient, le soleil y mettait sa touche.
Au bout du jour, j’ai posé mon campement sur une plage très douce.

Samedi 21 septembre 2013 : Forte Rocheta – Principina a mare

L’humidité m’avait gardée à l’abri de la tente jusqu’à ce que le soleil sorte pour de vrai. A la pointe, un château avait pris ses couleurs du jour

J’avais l’intention de faire des courses à Castiglione et il était inutile d’arriver avant l’ouverture des magasins, je me préparais donc en prenant largement mon temps.
Sur la plage, les traces des oiseaux faisaient écho aux miennes, nous étions les maîtres des lieux avant que les touristes ne débarquent.
En navigant « au long cours » sur mon trajet méditerranéen, j’avais souvent comparé cette expérience marine à l’expérience du désert (non sans penser à Théodore Monod, et au préambule de son livre « Méharées ») et devant ces empreintes sur le sable, mon esprit se remettait à disserter. Quel bavard!

Le village le plus proche était à peine réveillé, j’ai fait le plein de nourriture et je n’ai même pas pris le temps de m’offrir un capuccino, j’avais envie de retourner sur l’eau au plus vite.

Je fus plutôt bien inspirée de n’avoir point trop traîné en ville. Assez tôt le vent revint à la charge, d’abord acceptable (environ 3bft) mais je sentais bien qu’il n’avait pas l’intention d’en rester là. Il était bien évidemment en plein de travers. Quand je me suis arrêtée, les p’tits moutons faisaient leur apparition, il était plus que temps.
Je pensais qu’il s’agissait d’une brise thermique et j’avais bien l’intention d’aller plus loin dans la soirée car une petite pointe au bout de la plage me faisait des clins d’oeil.

J’ai tranquillement déjeuné, puis j’ai construit un paravent grâce à la planche et aux sacs et je me suis payé une bonne sieste. En revenant à la réalité, il fallait bien constater que ce n’était pas vraiment une brise thermique mais un bon vent établi. Les windsurfeurs consultés me le confirmèrent d’ailleurs. Je n’avais donc pas d’autre solution que de camper là en attendant la suite.

En lisant attentivement les feuillets du guide, je m’apercevais alors que derrière « la pointe » il y avait toute une zone où accoster était impossible.
Alors même que je n’étais pas contrariée (comme je l’aurais été quelques jours auparavant) à l’idée d’être scotchée contre mon gré, ce soir là, j’étais très reconnaissante.
J’avais été bien inspirée once again.
Et oui, à force de naviguer, je finis systématiquement par « décoller » un peu.

Le point météo du soir était assorti aux drapeaux qui flottaient en haut des mats : vent à l’horizon, il ne fallait pas rêver d’un long trajet pour le lendemain. J’étais prête à cette idée : les dernières étapes risquaient de se faire petit bout par petit bout.
J’avais le temps, la fin du mois était plus loin que Rome

Tous les chemins mènent à Rome (10)

Dimanche 22 septembre 2013 : Principina a mare – Ansedonia

Une peu avant l’aube, j’ai été réveillée par le silence.
Ce n’était pas du tout ce qui était prévu par la météo, en deux secondes, j’ai saisi la chance qui s’offrait, hop, hop, hop, il fallait plier très vite et prendre la mer pour passer la zone sans abris avant que le vent ne se lève à nouveau.

Je me suis pressée comme jamais et 45 mn après, je partais avec un seul objectif : faire 10km puis faire le point et envisager la suite.
La suite ? c’était au loin la presqu’ile de Monte Argentario avec quelques questions suspendues: Contourner? Passer par la lagune? Envisager un long portage?  
Je n’avais aucun plan précis en vue.

En longeant la longue zone marécageuse du delta de l’Ombrone puis les plages du parc naturel d’Uccellina, j’étais vraiment heureuse d’avoir été stoppée à temps par le vent de la veille. J’avais ainsi évité le risque de me trouver coincée dans ce coin très beau, mais infréquentable et probablement envahi par les moustiques.

Un frémissement de brise se fit sentir en arrivant au pied des falaises, mais je me retrouvais presque instantanément à l’abri du relief.
Le paysage était magnifique.
Le calme était idyllique.

Arrivée à Talamone, j’ai trouvé une crique idéale pour une pause casse-croute. J’avais parcouru la distance espérée et j’avais plusieurs choix à envisager.
Le vent s’établissait peu à peu et je pouvais tourner la carte dans tous les sens, j’en était certaine, il m’offrait un idéal downwind en direction de Monte Argentario.
Donc… Quelque soit ma décision de contourner ou non, les conditions étaient idéales pour y aller!
Hop, hop, hop, let’s go. Quelques instants plus tard, les moutons se multipliaient à la surface de l’eau, je naviguais au portant, délicieusement.

Evidemment, ces conditions étant bien installées, elles excluaient, de fait l’idée de contourner la presqu’ile. J’avais vraiment la flemme de me payer le ressac le long des falaises sur tout le pourtour, d’autant plus que j’imaginais bien quelle pouvait être sa puissance sur la côte au vent.
J’entrai donc dans le canal.

D’après les papiers, le canal allait me permettre de rejoindre Orbetello. Je le suivais donc au delà des parkings à bateaux et le plus loin possible, c’est à dire jusqu’à lire : « réserve de pêche, navigation interdite » devant un barrage. A joelle rien d’impossible. J’ai commencé par me restaurer et j’ai franchi le barrage à pieds mais sans vergogne et je me suis retrouvée dans la lagune, direction Orbetello!
Je ne sais pas quelle espèce de poissons était « réservée », mais c’étaient de belles bêtes plutôt énormes qui semblaient se réveiller sur mon passage, me saluant à coup de simple ou double salto fort bruyants avec moultes éclaboussures.  
Je visais la « route digue » mais aucun pont, aucun passage par l’eau ne se dessinait à l’horizon. Je commençais à imaginer un nouveau portage. Mais plus j’avançais et plus la possibilité d’un passage « à plat ventre » sous la digue se précisait.
Ni une ni deux, arrivée au ras de la ville, sous l’oeil surpris des passants, je me dirigeais vers la digue, je m’allongeais sur la planche, la tête bien à l’abri de mon sac (je me disais que si le sac touchait, il me protègerait  et j’avais tout le temps de faire un demi-tour, certes peu glorieux, mais tout à fait safe) Et banco, ça passait LARGEMENT!  
J’étais dans la deuxième lagune. Il restait à en sortir. 
Il y avait un club nautique et une « petite foule » en train de suivre une régate d’optimist. J’ai accosté.
A nouveau, je dois noter que l’accueil fut chaleureux. En découvrant la raison de ma présence dans le coin, les gens étaient enthousiasmés. C’est ainsi qu’une dame me signala l’existence d’un canal de sortie « là-bas ».
Je remarquais illico l’orientation idéale, pile poil « downwind ». Je ne comprenais rien à la logique du vent, mais le fait était là  
Au pire, si le canal était « bouché », il y avait 300m de terre plein à franchir à pieds. A joelle rien d’impossible, c’était le jeu du jour et il était trop tentant. Hop, hop, hop, je repartais sans aucune idée précise de ce que j’allais faire une fois « au bout ».

Inutile de dire que la traversée fut rapide.
Il restait à trouver le canal.
Premier essai : raté. J’ai simplement réussi à faire décoller une nuée de flamants roses  et il a bien fallu constater que j’étais dans une impasse.
Après un demi-tour, face au vent, j’ai entrepris de lorgner du côté de la zone de pisciculture que j’avais dédaigné du fait de la présence de bâtiments, de filets et autres bassins à remous. 
Un filet masquait l’entrée d’un canal.
Hop, j’y filais, me glissant entre les mailles des larges trous.
Au bout un barrage, du même type que celui que j’avais déjà franchi.
Bis repetita.
 
Une fois à pied d’oeuvre, c’est à dire planche amarrée et prête au débarquement des bagages, j’ai entendu un bruit de moteur  En levant les yeux, j’ai vu un gros 4×4 sur le barrage. Au point où j’en étais, à l’heure où nous en étions, mon élan fut à peine stoppé, je grimpais sur le terre-plein et je demandais à l’homme qui était descendu de voiture quel était le chemin pour rejoindre la mer.  
Comme il m’expliquait qu’il fallait retourner d’où je venais, je tentais de lui expliquer d’où je venais… Justement!
Et hop, je sortais de mon sac, la carte où se pointaient mes étapes et je lui mettais sous le nez l’attestation très officielle de la FFS!
Tatatadammmmmm, ce fut un laisser-passer magique! L’homme me montra le bon canal à prendre (il y avait un croisement de canaux de l’autre côté du barrage).
Il y avait un lourd portail électrique à franchir, qu’il ouvrit. Et comme s’il fallait à tout prix passer très vite, il m’aida au transbordement de tout le bazar. Puis il monta dans son 4×4 et s’en fut à ses affaires.
Je prenais le large sans hâte, souriant à l’idée de la scène qui venait de se dérouler.

Comme prévu, après environ 1 km, je sentais la mer s’approcher. Encore un virage, et je m’attendais à la découvrir.
Mais,
Un mur barrait le chemin, de part en part.
Un mur? Pas tout à fait… un mur barrage… et j’en étais certaine, ça passait « à plat ventre », une fois de plus.
J’ai quand même attendu d’être passée pour prendre la photo! (la deuxième en début de ce billet)
Quelle immense sentiment de bonheur que celui qui m’envahissait : j’avais l’impression d’avoir atteint la libération!

Le fin de la journée ne pouvait qu’être émerveillement et c’est ce qu’il advint.

J’étais remplie de gratitude après l’incroyable journée que je venais de passer. En m’endormant, j’en étais encore étonnée. J’étais partie, le matin, pour une dizaine de kilomètres et le soir après bien plus, j’avais réussi à franchir sans effort le dernier « obstacle » du trajet vers Rome.
C’était juste délicieux.

Lundi 23 septembre 2013 : Ansedonia –  Tarquinia Lido

C’est vers le sud que j’ai regardé en ouvrant mes « volets »  
Là-bas, au loin, mon arrivée se précisait.
Tous les obstacles semblaient passés. Je ne doutais quasiment plus de pouvoir y arriver. Dans certains scenarii pessimistes, je m’étais même convaincue qu’arriver à Civitavecchia (le port des paquebots à destination de Rome) serait satisfaisant.
Et Civitavecchia était à portée de pagaie, donc Fregene était un objectif raisonnable pour la semaine qui s’ouvrait.
Mieux et cerise sur le gâteau, j’avais désormais toutes les chances en main, je pouvais arriver à temps pour vivre la BOP (super évènement californien où ET était de la partie) en direct devant mon ordinateur.
Evidemment, je nageais en plein paradoxe, car si je me voyais déjà à la maison devant l’ordinateur, je n’avais pas du tout envie d’en finir avec ce trip, j’avais envie de ne pas en perdre une miette, envie de prolonger un maximum.
J’ai donc instantanément débranché mon disque dur de cerveau têtu tourbillonnant bouillonnant.
 
Pour commencer, il fallait viser la cheminée rouge et blanche d’une centrale électrique. Peu ou prou, je m’avançais inexorablement vers un retour à la civilisation.  
Une plage était située au pied de la centrale dans une dernière crique juste avant une mini pointe, puis des barbelés signalaient la zone industrielle. Au pied de l’immense cheminée, les bâtiments clignotaient, sifflaient, ronchonnaient.
Enfin, s’ouvrait une plage de sable noire, couverte de cadavres aux troncs blanchis. En ne regardant que le côté plage, en coupant bâtiments, cheminée et barbelés, la vue avait un certain charme

Il faisait une chaleur torride sur ce sable noir, je n’ai pas traîné.

S’ensuivit un long cheminement le long d’une interminable plage quasi déserte.

La brise thermique ne tarda pas à se lever. Afin de l’éviter, autant pour allonger le temps, que pour couper la monotonie de la progression, je m’arrêtais sur une des plages de Montalto Marina.
L’accueil sur « Antonio Spiaggia » fut des plus chaleureux. J’ai bien senti que le propriétaire (un surfeur romain) aurait vraiment aimé que je reste pour la nuit sur « sa » plage, il m’offrait un bel espace, une douche et un énorme paquet de sandwiches avec tout ce dont je pouvais rêver comme soda à boire.
J’ai commencé par faire une balade, dans une marina vidée de ses touristes, il n’y avait RIEN à voir!
Il n’y avait pas grand chose à faire non plus  J’ai longé le front de mer, et pour exciter ma gourmandise, j’ai regardé du côté des quelques glaciers qui restaient ouverts. Pour passer le temps, j’ai finalement choisi l’association  citron/framboise.
Après une sieste à l’ombre, la brise commençait à faiblir, j’ai repris la mer.
La journée s’achevait.
J’envoyai les news à Michel où je m’avançais en hypothèses : « Si les pressions restent hautes, il me reste deux étapes; ça sent la grande ville, on entend les avions aller et venir. »
Et je regardais une fois de plus vers l’arrière, comme pour mesurer le chemin parcouru. Au loin Monte Argentario et Isola del Giglio (là où gît encore le Costa Concordia)

Tous les chemins mènent à Rome (11)

Mardi 24 septembre 2013 : Tarquinia Lido – Marina di San Nicola

5h15 : L’air est immobile, il fait nuit. Je n’arrive plus du tout à dormir et je suis tout à fait reposée. L’idée de partir avant l’aube pour traverser le port de Civitavecchia avant que la brise ne se lève se fait de plus en plus forte. Je valide et je plie

J’ai adoré ce départ dans la pénombre, puis le lever du soleil pas à pas, coup de pagaie après coup de pagaie!

Je visais la grande cheminée de la centrale électrique (once more), le port est juste à côté.

Passer « à travers » ces grands ports aura toujours été à la fois stressant et réjouissant. La mer était d’huile à cette heure et je n’avais donc aucun soucis de « manoeuvre », je pouvais tranquillement guetter les mouvements des bateaux et adapter ma trajectoire. A l’instant où j’arrivais le long de la digue, donc à l’instant où j’étais sortie de la zone de passage, j’ai senti un « truc » dans mon dos.
Un paquebot !

C’était drôle de voir tous ces gens sur le pont, ils arrivaient « à Rome », dans quelques instants ils allaient débarquer, monter dans des bus et déambuler dans les rues.
J’allais à Rome, moi aussi.  

En longeant la digue, je ne perdais pas des yeux l’exposition de résidences flottantes et la vue d’un grand toboggan suspendu entre mer et ciel m’amusa.

Et voilà, ce fut, j’avais passé le port.  

Peu après, je découvrais une zone de riches villas, visiblement des résidences secondaires.
Décidément « ça » sentait la ville.  
A mes pieds, l’eau était absolument limpide, contrastant avec l’eau sale de la traversée du port et j’ai pris le temps d’étirer le temps pour profiter à fond de ce passage.

D’étranges alignements mettaient de la couleur paisible le long de la route grise d’où s’envolait une impression de forte circulation.
La direction de la brise, puis du vent était parfaite 3/4 arrière et j’attendais que le 3 bft passe au 4 annoncé, c’était juste délicieux d’avancer aussi facilement. Cependant je m’inquiétais de savoir où viser exactement, c’était tellement agréable que je n’avais pas envie d’en finir mais pas envie non plus de me laisser porter vers un cap qui me forcerait à ramer contre le vent.

C’est alors que j’ai vu un yacht à l’ancre un peu plus au large. Ni une, ni deux, je me dirigeai vers lui bien décidée à vérifier mon chemin. C’était un petit yacht certes, mais déjà un très beau bateau. Deux hommes m’accueillirent et m’indiquèrent approximativement le cap à suivre, dans l’axe du vent. Mais avant que je reparte, ils interrogèrent : « Vous venez d’où comme ça? » Je leur expliquais en deux mots et alors, ils se firent curieux : « Voulez vous prendre un café? »  
Comment refuser?
Quelques secondes plus tard, je tendais mon bout d’amarrage, je montais sur « la terrasse » en teck, puis un peu plus haut j’accédais au salon de plein air aux belles et profondes banquettes blanches.
Incroyable!
Comment aurais-je pu rêver ou même simplement imaginer qu’il était possible de boire un café dans un yacht au beau milieu d’une trajectoire au vent portant!
C’était juste magique.  
Pendant ce temps le vent s’affirmait à 4bft et c’était juste génial . Il était temps de repartir!

En fin de matinée, j’avais besoin de me restaurer et je me suis arrêtée sur une plage au hasard. Je n’ai pas trouvé de boulangerie, les passants ne pouvaient rien m’indiquer d’autre que la grande surface la plus proche, à 5mn en voiture!  Je me suis contenté du café de la plage et des pains pré-emballés que la gentille dame m’a soldé à deux pour le prix d’un : « c’est parce que la saison est fini, on ferme demain » Ouf, Il était temps!

C’est à ce moment que j’ai décidé de simplement laisser glisser, prendre encore plus de plaisir. Il était inutile de viser directement Fregene.
Arriver le soir et bivouaquer là-bas en attendant le matin n’avait aucun sens.
De vent 3/4 arrière, je suis passée à vent arrière
Et j’ai atterri sur une plage de la Marina San Nicola!
Il était encore tôt.
Comme d’habitude, dès ma « descente de planche », j’ai cherché à qui demander l’autorisation de « rester pour la nuit », sans imaginer un seul instant l’accueil qui allait m’être réservé.

Les gars étaient tout simplement extraordinaires, hyper chaleureux et aux petits soins. Après le pot d’accueil, j’ai vu arriver une assiette de fruits (juste le truc dont je rêvais) avec ces mots d’excuse « C’est tout ce qui nous reste, nous sommes en train de fermer le club »… Mais c’était ce dont j’avais besoin, rien de plus… Nous avons parlé, refait le monde, pris des photos souvenir.
La nuit tombait.
Je commençais à préparer mon emplacement de bivouac quand l’un des gars vint me chercher « Vient par là »… Il me fit entrer dans le bar du club, les autres étaient là… Il me tendirent une flûte de boisson gazeuse et nous avons trinqué!
Champagne!
Ca c’était fait, avec le coeur, chaleureusement, sincèrement, je n’aurais jamais pu rêver plus simple et plus grand à la fois.  
Je touchais le but.
Le lendemain ne serait que « formalités » et retour aux contraintes et soumission à la « météo des gens ».
Je le savais.
Je savourais infiniment cette soirée là.

Tous les chemins mènent à Rome (12)

Mercredi 25 septembre 2013 : Marina di San Nicola – Fregene – Rome

Dernier bivouac
Dernier matin, regard tourné vers l’horizon, en direction du but, désormais bien visible.
Dernière mise à l’eau avec tout ce « bazar », le minimum à la fois indispensable et largement suffisant pour affronter toutes les situations qui s’offraient.
A chaque départ je regardais derrière « de peur » d’oublier quelque chose, à chaque départ, juste après ce coup d’oeil en arrière, j’étais heureuse en me disant que TOUT tenait à si peu de chose, prenant à la fois tant d’importance et si peu de place.

Je longeais la plage et la ville était en filigrane, en fond sonore et visuel. Tout au long du trajet, des hommes s’affairaient à enlever les corps-morts qui maintenaient en place les bouées de l’été.
J’avais l’impression « qu’on » pliait derrière moi, j’arrivais vers mon but et le spectacle était terminé

Fregene est une petite ville de banlieue, une petite station balnéaire sans immeubles en front de mer. Il fallait trouver la plage « Miraggio » sur laquelle j’avais prévu d’arriver, j’ai donc longé très lentement la succession des plages privées encore endormies, cependant visiblement plus luxueuses les unes que les autres.
Pourquoi « Miraggio » et pas une autre?
Certainement parce que s’y tient un club de SUP.
Quand j’avais croisé celui qui l’anime, lors d’une compétition à la fin juin, je lui avais fait part de mon projet italien/romain. Il l’avait accueilli avec un enthousiasme tout méditerranéen.
Au fil des semaines et des messages sans réponse, mon inquiétude était tombée, l’accueil serait tel que je le souhaitais « sans tambour ni trompette ».  

Cette plage restait cependant « la » plage que je devais viser parce qu’il fallait bien décider d’un point d’atterrissage.  

Il ne fait aucun doute que j’avais fait le bon choix. Bien qu’arrivant « comme tombée de la lune », j’ai trouvé sur cette plage un « salvataggio » incroyablement cordial et compréhensif, maîtrisant parfaitement la langue de Molière.
Le « hasard » fait décidément parfaitement son boulot!  

Les « champions » locaux étant en partance pour la BOP c’est un « associé » qui se retrouva, au saut du lit et après un appel téléphonique surprise, avec mon encombrante arrivée à gérer.
Il choisit finalement de ne pas déléguer l’affaire, bien qu’il eut visiblement de nombreux autres chats à fouetter!  
Il me restait à l’attendre.
Avant de le voir arriver, j’ai eu tout à loisir le temps de ranger mon matos, de prendre une douche froide, de m’habiller en citadine et de manger le pain qui me restait et même d’aller remercier le gars de la plage m’avait vu débarquer. Il m’avait bien aidée en téléphonant à « l’associé » pour lui expliquer ce dont j’avais besoin : rentrer à la maison!

Peu après, « l’associé » me posait en haut d’un passage souterrain qu’il fallait franchir pour atteindre la billetterie de la gare de banlieue et retournait à ses affaires.
La planche était restée au club.
Je n’avais plus que mes deux sacs et mes deux pagaies pour terminer le voyage, j’étais à nouveau en autonomie et sans assistance.  
Il me restait une pomme, des amandes, une canette et tout le temps qu’il fallait : à la mi-journée, les trains ne passaient que chaque 45 mn et j’en avais raté un!

Une fois dans le train, en moins de 5mn c’était l’entrée et la traversée de Rome. En passant au dessus du Tibre, j’ai pensé que j’avais été bien inspirée de ne pas tenter d’y naviguer, la couleur de l’eau n’était pas vraiment attirante.  
La gare centrale Roma Termini est gigantesque.
Dans la rue, j’ai posé une photo en souvenir.

Puis, j’ai traîné mes sacs bien lourds vers le guichet où l’employé tenait absolument à me vendre le billet le moins cher, j’ai déposé les bagages à la consigne et j’ai traîné mes guêtres (enfin mes tongs) en ville.  
Guère motivée par le tourisme monumental, j’ai cédé devant les gourmandises sucrées.
La journée s’achevait.
Après un passage dans un cybercafé, je suis retournée à la gare.
Il n’était plus question d’attendre que le vent se calme, il fallait attendre l’arrivée du train de nuit… C’était déjà presque une autre histoire.


Tous les chemins mènent à Rome (fin)

Jeudi 26 septembre 2013 : Rome – Genova – Vintimille – Nice – Marseille

D’abord, je ne comprends toujours pas ce qui avait motivé le guichetier pour me vendre une place assise « pas chère » dans le train de nuit Naples-Rome-Turin. Ce qui est certain, c’est qu’il ne voulait pas me faire d’autres propositions et me vantait cette possibilité comme étant la meilleure  

Finalement, je n’ai pas regretté.
C’était inconfortable, mais je me suis emballée dans mon duvet et j’ai pu me reposer « chez moi » au milieu du va et vient, entre les hommes du compartiment, entre le passage des policiers en arme, les bavardages incessants, les migrants paumés et les dizaines d’arrêts jamais annoncés  

J’ai d’autant moins regretté que le fait de guetter chaque station m’a permis de remonter le temps en remontant mon parcours. Car le train longe très précisément la côte et je voyais de nuit les villes que je n’avais fait qu’effleurer de jour.
Dans mon imagination, malgré la fatigue, la magie opérait encore    

Le voyage retour avait commencé la veille, dès mon débarquement sur la plage même si je l’ignorais encore, puis plus précisément vers 23h, après avoir longé le quai déserté par les travailleurs en direction du train de banlieue.

1° Rome-Rome
L’attente avait commencé.
Le quai se remplissait d’une foule grise avec quelques touristes allemands, quelques familles et beaucoup d’hommes seuls, sans bagages, pleins d’espoir.
Ceux-ci formaient des grappes, parlant un langage exotique s’échangeant cigarettes et boissons étranges.
Le train devait arriver à 0h15, il arriva avec un retard de 30mn.
Pour ma part, c’était sans problème, à un détail près : les gares n’étant pas annoncées, il fallait réussir à descendre dans la bonne sans connaitre l’horaire d’arrivée.  
Par exemple : pour qui souhaitait, comme moi et sans connaitre, rejoindre « Gènes Principal » alors qu’il y a au moins 5 arrêts à Gènes et que l’affichage en gare est minimaliste il était illusoire de se fier à l’horaire indicatif! C’est comme ça que je me suis vue « repêcher » des touristes allemands (ils allaient eux aussi à Marseille) qui descendaient à « la bonne heure » sans regarder le nom de leur station.  

2° Gènes-Vintimiglia

A Gène principal, il fallait changer de train et attraper un TER.
D’un coup l’ambiance était totalement différente. C’était l’heure de partir au boulot et c’était l’heure des écoliers. Il faisait assez gris et je mesurais la chance qui m’avait accompagnée avec une météo plutôt clémente sur l’ensemble du parcours  

3° Vintimiglia-Nice

Passage du TER italien au TER français et nouveau changement d’ambiance.
Une population plutôt chic avait envahi les wagons tandis que s’instaurait un contrôle de flic très ciblé visant un certain « type » de voyageurs : « montrez vos papiers, cartes de séjours, etc… »  Visiblement, la correspondance avec le train venant de Naples était attendue!  

4° Nice-Marseille

Collée à la fenêtre, je m’accrochais aux derniers kilomètres de côte visible.
C’était fini.
Au fond du ventre j’avais une folle envie de chevaucher encore plus loin la grande bleue. Mais c’était fini, pour cette fois.
A Marseille, mon hôte attendait.
Tandis qu’il m’accueillais, je lui déversais mes premières impressions en vrac.
C’était vraiment magnifique de rencontrer cette personne là et sa famille.

Alors que je n’avais pas vraiment dormi, une bonne douche chaude au bon véritable savon de Marseille fut suffisante pour me tenir jusqu’au soir.

Après une nuit de princesse dans un immense lit sous une douce couette, j’ai embarqué dans ma voiture et attrapé l’autoroute.
Le vendredi 27 au soir, j’étais de retour à la maison après exactement quatre semaines de partance, une carte bancaire à peine utilisée et des souvenirs plein la tête!  

La boucle Nantes-Marseille-Rome-Marseille-Nantes était refermée!

A propos des vacances 2014

C’est le 18 août 2014 que j’ouvrais une nouvelle page d’aventure à l’attention de ceux qui avaient pris l’habitude de me suivre les deux années précédentes.

Comme les deux autres fois, il ne s’agissait ni d’un défi, ni d’un record à établir, il s’agissait une fois encore simplement de « vacances », juste comme je les aime.
J’avais hésité entre plusieurs projets, et finalement je m’étais décidée pour celui qui avait le plus de sens, une fois examiné dans tous les sens.

C’était à nouveau en mer, en solitaire, sans bateau suiveur, sans assistance programmée à terre.
A la différence des autres années, j’avais décidé d’emporter une petite balise car je doutais de la possibilité de pouvoir à tout instant utiliser mon téléphone portable (particulièrement en cas d’urgence) et j’avais ouvert une page facebook spécifique (page aujourd’hui supprimée)

Néanmoins, le principal restait le principal : quelques rares nouvelles relayées par Michel sur les réseaux sociaux, une pagaie, une planche, une bonne femme et quelques bagages.

Alors ???

Et bien, après avoir parcouru debout le grand fleuve sauvage, après avoir longé les côtes du berceau de notre civilisation, j’allais tenter de faire le tour d’un archipel qui fut peut-être cité dans les contes de la mythologie grecque soit sous la forme de « Champs Elyséens », soit sous la forme d’un jardin des « Hespérides ».

Les avis divergent au sujet des « îles fortunées » ou « îles des bienheureux » mais tout le monde semble d’accord pour affirmer qu’elles ont longtemps constitué le « bout du monde occidental » sur les cartes des « terres connues » dans l’antiquité et le moyen-âge.
Les plus proches du continent, donc les premières explorées furent celles qui s’appellent aujourd’hui Fuerteventura et Lanzarote. Los Lobos et La Graciosa allaient aussi faire partie de l’aventure : quatre îles, c’est déjà un archipel !

Le périple n’était pas aussi long que les deux premiers. Cependant, plus que jamais, j’allais devoir me soumettre aux vents et aux vagues. Comme les autres années, je disposais d’un petit mois pour partir et revenir à mon point de départ.

Outre les conditions météorologiques, le principal souci à envisager était celui de l’approvisionnement en vivres et en eau douce.

Je m’apprêtais à réaliser un véritable rêve : allier mon goût pour l’océan avec mon goût pour le désert !

Ce fut fait.

Il est inutile d’en relater les étapes, le risque serait de lasser en racontant toujours la même chose : le bonheur d’être soi au milieu de nulle part!

A propos des vacances 2015 et 2016


En 2015 j’avais d’abord imaginé un trip outre atlantique dans le lointain Canada.
Comme là-bas les étendues sont immenses et la population dispersée, il fallait absolument que j’ai l’assistance de « complices » sur le terrain afin d’espérer ne serait-ce que me nourrir. J’avais lancé un appel aux personnes que je connaissais sur place.
Lucide, j’avais posé une espèce d’ultimatum dans mon planning : sans nouvelles en mars, il était vain de poursuivre le projet.
En mars, point de nouvelles.
Il fallait que je change mon fusil d’épaule.
Partie comme j’étais à solliciter une certaine assistance,
Partie comme j’étais à affronter le froid et la verdure,
Je lorgnais du côté des Alpes.
Sitôt le message envoyé en direction de la Suisse, sitôt le retour enthousiaste tombait dans ma boite mail.
Top là.
2015 serait l’année des lacs alpins, du Lac Léman et de la partie du Rhône qui le précède comme de celle qui le suit. L’arrivée se ferait à Lyon où j’avais prévu de participer en SUP (et sans bagages) à un grand rassemblement de pagaies.

La vie étant espiègle, à peine avais-je tout bien calé que je recevais un message du Québec. Une personne me proposait l’assistance de son mari pilote d’hélicoptère!
Il était trop tard.
Ce fut un grand bien pour mes principes où la simplicité et l’écologie sont au centre. Quelle mouche m’avait donc piqué de vouloir partir si loin!

A quelques heures de « chez moi », seule au milieu des montagnes, sur des lacs plus ou moins connus, j’ai ramé par étape ou par jeu et mes vacances furent parfaites.

Et 2016 s’en vint.
Il fallait que je trouve une nouvelle aventure pour remplir mes vacances d’étoiles.
J’étais désormais convaincue qu’il est inutile de chercher loin.
Le Rhône que j’avais commencé à suivre dès l’amont du Lac Léman, chuchotait à mes oreilles des berceuses d’enfance.
Lyon n’est-elle pas ma ville de naissance?
Et qui parle de Lyon parle aussi de la Saône, n’est-ce pas?
Et la Saône fait aussi partie de mes souvenirs d’enfance.
J’avais un début de fil, un début d’aventure, mais le trajet était bien trop court!
C’est à ce point de réflexion que j’ai tilté : il me restait à explorer une partie des côtes françaises de la Méditerranée et tant qu’à faire, pourquoi ne pas pousser jusqu’en Catalogne et rejoindre Barcelone ?
J’ai pris une règle et je l’ai posé sur la carte de France au niveau de Nantes. Presqu’en face, tout à l’est sur la Saône, j’ai trouvé le joli port fluvial de Chalon-sur-Saône : c’est là-bas qu’il fallait que je parte.

Et ce fut fait.

De la Saône, je suis passée au Rhône à la confluence lyonnaise, puis du grand Rhône je suis passée aussi souvent que possible sur le vieux-Rhône beaucoup plus bucolique.
Je suis arrivée au pied du célèbre Pont d’Avignon sous lequel plus personne ne danse, j’ai longé Beaucaire, puis j’ai bifurqué sur le « petit Rhône » qui se balade en Camargue jusqu’à ce que s’ouvre devant ma planche le canal du Rhône à Sète.
Là-bas, la grande Bleue attendait mon arrivée.


J’ai caboté de caps en criques et j’ai fini par arriver au coeur de Barcelone.

Ce fut une fois de plus une grande et belle aventure, remplie d’imprévus, de surprises joyeuses et de rencontres avec les fondements de ma personne.

Une fois rentrée, j’ai vraiment eu l’impression, d’avoir bouclé une nouvelle boucle de l’infinie spirale qui s’appelle la Vie.

Après trois années de trip, avec des milliers de kilomètres au compteur, ma belle planche Earth était fatiguée. Je savais qu’il était impossible de compter sur elle une année de plus.
A défaut d’investir à nouveau, il fallait désormais que j’invente une autre manière de voyager lentement.
Et pourquoi ne pas m’en aller tout simplement à pieds et sac au dos?

J’étais prête pour cette idée là!