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Ces rêves qui se laissent attraper

Sans rêves, jamais ma vie n’aurait été ce qu’elle est
Je suis une infatigable rêveuse en ce sens que je cours sans cesse à la poursuite de rêves fous.

Rêver est non-suffisant, il faut de la constance, de la tranquillité, une infinie persévérance car les rêves sont comme les papillons, ils ne se laissent pas facilement attraper intacts et bien vivants.

Sur cette île de désert et d’océan dont je connais mille recoins, une chose me manquait dont je rêvais depuis plusieurs années : la possibilité d’aller sur l’eau, chaque jour, seule, à ma guise, la possibilité de m’évader à volonté … en quelque sorte.
Dix ans que j’attendais ce moment.
Dix ans.

Voilà qui est fait.

J’ai attrapé ce rêve le jour même de mon arrivée.
Je l’ai attrapé comme je fais toujours, en lui courant après.
Je regardais l’océan quand j’ai vu deux pirogues entrer dans la rade.
Deux pirogues!
Jamais je n’en avais vu autant à la fois par ici!
Elles se dirigeaient vers une plage centrale, au pied des restaurants.
Je les ai suivies du regard, j’ai hâté le pas espérant les voir de plus près, sans vraiment savoir ce que je cherchais sinon rêver je ne savais pas vraiment quoi.
Tout allait très vite et malgré mon pas empressé, lorsque je suis arrivée près de la plage, ce fut pour voir deux gars en sortir leur pirogue sur l’épaule.
Ni une ni deux, comme je le faisais gamine, comme je l’ai toujours fait, j’ai suivi mon rêve, j’ai suivi les gars dans la rue, puis dans le parking souterrain où ils s’engouffrèrent.
L’avantage quand on est gamine depuis plus longtemps que les autres, c’est que la timidité est moindre. J’ai commencé par observer, mais il n’a pas fallut plus d’une minute pour que je demande : « Ces pirogues sont-elles à louer? »
Elles ne l’étaient pas, mais il y avait une piste, un nom à taper sur le clavier sans plus de précisions.
Et hop!
Le lendemain j’avais rendez-vous au bistrot du coin.
Et hop, le soir même j’avais la clé du local et une pirogue à disposition pour quelques euros symboliques.
Et hop, le lendemain je partais vers ce que j’aime le plus, une session seule sur l’océan, dans cet entre-deux à nul autre pareil où la houle est grande et le rivage lointain, où l’eau perd ses nuances turquoise pour passer à l’outremer, où je deviens moins qu’un point à l’horizon pour qui aurait la folie de s’user les yeux à me chercher.
Seule contre le vent, seule avec lui.
Seule à fleur l’eau.
La houle est belle au milieu du channel,
Ce matin, dans les creux, les montagnes disparaissaient.

Le rêve.
Si longtemps non-attendu.
Le rêve s’est réalisé.
Ce rêve là, comme tant d’autres déjà.

Mais tout ceci serait de moindre intérêt si d’un coup, je n’avais compris un mystère qui me questionnait.
Le mystère était le suivant :
En écoutant les gens exprimer leurs souhaits, leurs rêves et leurs désirs les plus fous dans le cadre par exemple où il seraient susceptibles de gagner beaucoup d’argent « pour réaliser leurs rêves », je me suis infiniment souvent posée la question de savoir ce que je répondrais à leur place. Et chaque fois, j’ai fait chou blanc.
Rien.
Pas une seule idée de « rêve à réaliser »!
Moi qui passe mon temps à rêver plus loin!

C’est que rêver est une épreuve d’endurance,
Une aventure qui ne se vend ni ne s’achète.
Rêver, c’est courir après les papillons,
Patiemment, tranquillement, avec beaucoup d’assiduité,
Et quand parfois l’un d’eux vient se poser,
Juste là, à portée de main,
C’est retenir son souffle et avancer et oser
Sans y croire, sans douter
Et l’attraper tout entier, bien vivant
Le rêve.

Le chemin des asphodèles

Voilà un chemin que mes pas suivent et suivent à nouveau sans jamais se lasser.

Je l’appelle le chemin des asphodèles peut-être par analogie avec la « plaine des asphodèles » , peut-être parce que c’est un poème, une méditation sans but ni objet, une ballade inlassablement fascinante.

Si je suis pressée, je boucle la boucle en moins d’une heure.
Si rien ne presse, j’avance de détours en détours.

C’est un livre écrit très fin.
Depuis des années, j’en tourne obstinément les pages, diaphanes comme de papier bible, sans être capable d’y retrouver ni un chapitre, ni un vers à l’endroit où je pensais l’avoir enregistré.
Je le déroule dans un sens en partant du pont des forges ou dans l’autre en commençant au moulin.

Forges et moulins ont disparus depuis longtemps mais ni les trépidations des groupes déboulant accrochés à leur bâtons, ni la patience des pêcheurs chasseurs de vifs n’effacent leurs traces quand je passe, dans ces heures creuses où ma solitude est reine de l’espace.

Sur ce chemin se mêle la vie des hommes à celle de la nature.

Ici une fontaine capte une source sur le chemin ancestral de Nantes à Rennes.
Là, resté planté sur le bord du chemin, un châtaignier presque millénaire qui ne demande rien.
Il a probablement tendu ses fruits aux passants de longues années durant et ces derniers temps, il est affublé d’une pancarte. Comment ne pas sourire en pensant à ceux qui cliquent un selfie devant la plaque ?
Il est clair que l’arbre n’est qu’un arbre.
Plus loin quelques ruines racontent la persistance de l’impermanence.
Ici le labeur fut de rigueur durant des siècles, puis l’industrie a invité le travail jusqu’à fournir des boulets aux esclaves, la farine a tout recouvert de blanc jusqu’à ce que le feu ne gagne et que ne sévisse l’abandon, jusqu’à ce que le souvenir l’emporte, déposant ça et là un barbecue ou une pancarte.
L’avenir est encore à vivre.

Hier, j’avais quartier libre et le soleil était au rendez-vous.
J’ai rencontré la très clandestine en robe blanche alors que je ne l’attendais pas.
Au détour d’un arc du rivage, un noir cormoran tout trempé décolla à grand bruit, estompant le frisson majestueux d’un grand héron en vol.
J’ai écouté pousser les jonquilles transperçant le tapis automnal, deviné la place des asphodèles, caressé la grande consoude encore minuscule, humé l’air clair se reflétant de tout son bleu sur l’eau sombre. Puis j’ai poussé jusqu’au pavage hérité d’un temps plus lointain encore que celui de la naissance du châtaignier du bord du chemin.
Là où l’ornière est dessinée, j’ai entendu le grincement des charrettes et la voix des hommes jurant de jurons d’autrefois.
Les nuages voilaient déjà l’astre déclinant, il fut temps de rejoindre mes pénates.

Je hâtais le pas, toutes pensées dissoutes.
Et tandis qu’au dessus de ma tête la hâte des automobilistes me ramenait à l’instant présent, je notais à quel point la connaissance est indispensable à la reconnaissance.



Liberté chérie

Depuis quelques semaines, le mercredi je suis obligée (parce que j’ai accepté ce choix proposé) d’assurer la garde de mes petits enfants de 13h30 à 17h30, après ça, je suis obligée (parce que j’aime ça une fois que j’y suis) de rejoindre mes copains d’entrainement, de ramer sur l’eau noire dans la nuit sombre.

Hier, pendant la sieste des diablotins, j’ai feuilleté un livre de recettes qui trainait sur le canapé du salon des enfants. Un bouquin signé par un gars, qui sur son site, écrit en titre sous son nom qu’il est l’un des principaux enseignant de méditation en France.

J’aime toujours feuilleter les livres de recettes et celui-ci m’a tout de suite attirée, moi qui raconte depuis tellement longtemps (avant même que le gars sus-cité n’ouvre son « école ») que je médite et que je pratique le yoga (en ce sens que « yoga » signifie avant tout « joindre ») en épluchant mes carottes!

Liberté!

Liberté du fronton républicain

Liberté chérie…

J’ai commencé par vérifier qu’aucun billet ne porte déjà ce titre sur ce blogue.
Rien dans le moteur de recherche intégré, rien : c’est qu’à l’image du verbe « aimer » dans le bouquin d’Orsenna le mot est bien fatigué, trop utilisé qu’il est dans tous les sens. J’ai décidé très souvent de lui éviter une nouvelle charge. Je cède à la facilité aujourd’hui, j’espère que la « liberté » ne m’en voudra pas trop.

Puis, j’ai fait un inévitable détours vers la lexicographie, histoire de voir de quoi j’allais parler.

Il ne me restait plus qu’à examiner les racines, ce qui fut fait jusqu’au coeur du célèbre « Gaffiot » bien connu des latinistes.
Et c’est là que j’ai trouvé une première question à mes questions.
Si l’état de liberté a pris naissance par rapport à l’état d’esclavage, puisque l’esclavage est officiellement aboli en France en 1848, la liberté n’existe plus. C’est toujours la même histoire de l’ombre et de la lumière, du côté pile et du côté face, impossible de séparer l’un de l’autre ou l’une de l’un…. Vous suivez?

Alors, de quoi parle t-on avec ce mot précis « liberté » ?
Probablement de tout et de rien.

Et d’ailleurs, pour en revenir au principal-enseignant-de-la-méditation-en-France que j’ai découvert hier entre deux coussins pleins de plumes, j’ai relevé quelques « vérités » qui échappent à mon raisonnement.
Par exemple, j’ai lu noir sur blanc :  » Je suis horrifié par la sagesse telle qu’elle nous est présentée, y compris dans les médias grand public : un moyen validé scientifiquement pour nous aider à nous réfugier dans une petite zone de confort. mais la sagesse n’est en cela, qu’une forme de consumérisme. (…) Comme si elle était à l’extérieur de nous. »
Là, je suis d’accord
Et la ligne suivante « Foutez vous la paix, et vous découvrirez que la sagesse est déjà en vous »
Je suis toujours d’accord.
Le « truc » qui me chiffonne, c’est que le gars vende des tonnes de livres « best-sellers », donc « grand public » par définition, pour expliquer que rien n’est dans les livres.
Bon, je suis mauvaise langue, il propose aussi plein de stages et surtout un paquet de conférences-tout-à -fait-bénévoles accessibles sur une chaine vidéo bien connue.
Et là je dois dire que j’ai été bluffée, je continue a être d’accord avec lui et en plus, après quelques minutes de visionnage, j’avais deux choix possibles :
1° continuer à me laisser hypnotiser par sa personne et m’endormir rapidement, loin de toutes questions et des encombrements de ma cervelle.
2° appuyer sur stop et aller bricoler au jardin pour méditer et penser à la fois.

Tout ou rien.
Une histoire de liberté en somme.

J’ai choisi 2°.

M’est revenue une des conversations enregistrées lors de l’escapade pyrénéenne.
Un jeune gars m’interpellait au sujet de la liberté que je revendiquais en me disant : mais si vraiment tu es libre, tu pourrais arrêter de marcher et te poser dans un endroit que tu trouves beau et y rester… » Et je lui avais expliqué que mon point de vue au sujet de la liberté était autre, que j’avais librement fait le choix de partir seule pendant un mois pour aller de la mer à l’océan, et que là, maintenant je devais aller au bout de ce choix avant d’en définir librement un nouveau »

Liberté chérie… quelle aventure!

Recette, un point de vue actuel

Cette année, enfants et petits enfants avaient prévu de coloniser mon univers le temps du matin de Noël.

Il me fallait trouver un fil conducteur pour inventer un « brunch de Noël ».

Il est bien probable que l’âge de mes petits-enfants y fut pour quelque chose, des souvenirs et des saveurs d’enfance sont venues titiller mes papilles, une folle envie de re-goûter certaines pâtisseries familiales fit surface.

Il fallait trouver des recettes.

(A noter la lointaine étymologie de ce mot « recette » puisée dans le latin « recipere » c’est à dire recevoir…)

Pour les contenir, j’avais en stock tous les « bons moules » d’origine, c’est une histoire de famille, nous sommes conservateurs pour certaines choses importantes à nos yeux.
Il restait à définir les ingrédients à mélanger, donc à trouver sur la toile les images qui correspondaient aux souvenirs qui titillaient mes papilles.
Pour deux recettes, ce fut facile.
Pour celle du « gâteau aux noisettes de Noël de mon enfance », ce fut une autre histoire.
Malgré la perfection des moteurs de recherche, sans me souvenir du nom précis de ce gâteau là, je n’ai pas réussi à trouver autre chose qu’une image approchante.
J’ai fait appel à mon frère qui fut incapable de trouver chez notre mère un papier portant le titre « gâteau aux noisettes ».
Je me suis donc contentée de l’image approchante trouvée sur la toile et j’ai rempli le moule ancestral avec le mélange indiqué pour le plus grand bonheur des « testeurs » du jour J.

C’est après les fêtes que me trouvant en compagnie de mon frère chez maman, nous avons sorti le dossiers « recettes » pour regarder à nouveau.
« Tu vois, il n’y a pas de gâteau aux noisettes, j’ai déjà récupéré la recette du gâteau marbré mais c’est tout… »
Et têtue, je lui ai pris le dossier des mains, j’ai tournée les feuilles volantes une à une et j’ai trouvé LA recette, comprenant au même instant comment il avait été impossible de trouver « gâteau aux noisettes » puisqu’il n’y avait que « rehruken »!

Mais le plus merveilleux fut le souffle tourbillonnant qui emporta mes pensées, les faisant danser, funambules étoilées sur un fil tendu entre si loin et aujourd’hui, ouvrant sur un plus loin que mon imagination est incapable de mettre en dessin animé bien qu’elle le pressente intensément.

J’avais entre les mains une carte de mécanographie datant des années 50 (avant de nous donner naissance, maman travaillait dans un service de mécanographie et comme certains récupèrent aujourd’hui des rames de papier au bureau, elle récupérait ces cartes multicolores et chiffrées qui ont enchanté mes bricolages enfantins)
Bleue sur orange, je touchais avec émotion l’écriture de mon père.
Me revenait en trombe l’image du fourneau à bois de la maison d’Alsace où il avait passé ses vacances, la même maison dans laquelle j’avais débarqué du haut de l’âge de ma petite-fille aujourd’hui.
Je sentais sur mes joues froidies par l’hiver de l’est, la chaleur moite de la cuisine en pleine activité et un bouquet odorant assaillaient mes narines, odeur d’épices, des pâtisseries saupoudrées de sucre glace, du bois qui flambe, du ragout qui mijote, et en arrière plan le relent de la cave-garde-manger jouxtant la cuisine, la cave et son exhalaison de terre à chaque ouverture de porte, la cave où s’amoncelaient les salaisons, les viandes fumées, les pommes de terres et les bouteilles de vin empoussiérées comme autant de trésors assurant la réussite de la fête.
J’entendais la voix et l’accent chantant de la grand-tante expliquant à maman, que là, maintenant le mélange pâteux était juste parfait, que non, elle ne sait pas quelle quantité de farine elle a mis, que « ça se voit », que « ça se sent quand c’est bon ». Et elle rajoutait une bonne rasade de schnaps, et elle pétrissait avec ses grosses mains, rouges et brillantes de beurre, et elle finissait toujours par nous mettre dehors, elle avait tant à faire, elle seule « savait » faire.

En découvrant sur cette carte, bleue sur orange, l’écriture de mon père, je l’imaginais demandant la recette de ce gâteau à sa mère puisqu’elle savait elle aussi le faire, tenant la recette de sa soeur qui la tenait de sa mère. Je l’imaginais, mon père mandaté par ma mère, exigeant des quantités un tantinet précises et j’imaginais ma grand-mère essayer d’évaluer des quantités à mettre en mémoire.

Et voilà que des années plus tard, j’avais en main, cette carte dont les collègues servaient en particulier « de fichiers historiques » lors des balbutiement de l’informatique. Je me disais qu’aujourd’hui les cartes mémoires aux circuit microscopiques imprimés en 3D n’auraient probablement pas autant de charmes dans un jour lointain.

Et mes yeux s’attardèrent sur « une heure à surveiller, à four moyen » et ravie, je savais que je savais déjà tout ça, que je l’ai reçu il y a longtemps, que je le cultive avec attention, que la réussite c’est autre chose que les chiffres appliqués, parce que tout dépend toujours du vent, des conditions météorologiques, des éléments à dispositions et des outils dont je dispose.

J’ai cuit un nouveau mélange adapté de cette recette retrouvée et nous l’avons partagé lors d’un thé avec les enfants.

Et je l’ai cuit une fois de plus avant hier, y ajoutant la couche de chocolat que j’avais vu ma grand-tante y ajouter un lointain jour de l’Avent des années 60.

Et nous l’avons partagé… au coeur de Nantes… tandis que la perception lointaine d’un bruissement d’hélicoptère racontait le chahut dans la ville.

Moi je tu on


Un peu de légèreté s’impose.
Pas grand chose : moi, je, tu, on.
Presque rien, une simple peccadille
Légère comme une plume.

Un jour déjà lointain, j’avais noté à l’écoute des plus sages qu’il y a sur terre une seule personne que je connais un tout petit peu : moi .
A partir de ce jour, mon usage du « tu » fut réduit à la portion congrue et chaque fois bien pesé.

En effet, pourquoi balancer des tutus, voire des honhons pour exprimer mes besoins, désirs ou pensées ?

Il était temps de commencer à parler en mon nom malgré toute une éducation orientée par d’incontournables injonctions : « une personne convenable ne se met pas en avant, une missive ne doit jamais commencer par « je », dans une conversation il est recommandé de mettre l’autre en valeur »

J’étais en train de prendre conscience de l’inconscience avec laquelle je parlais couramment à mon sujet tout en tutoyant les autres et en ondoyant sur les généralités.

Par exemple, lorsque je disais « tu pourrais faire ça » c’était en fait pour dire soit « j’aimerai que ça soit fait », soit « si c’était moi, je ferais ça »
Par exemple, lorsque je disais « on pourrait faire ça », c’était en fait pour dire soit « nous pourrions faire ça ensemble » soit « ce serait une bonne idée que dans le monde une personne indéfinie et inconnue de moi fasse ça ».

Il devenait urgent, à mes yeux, de parler en mon nom et d’apporter à ma prose toutes les précisions nécessaires à l’expression précise de ma pensée déjà pas si simple.

Ainsi fut fait.
Alors, le reproche débarqua : tu parles pour toi.
Ah ben oui, parler pour tu, parler pour on, ça passe ; mais parler en mon nom, ça faisait tout de suite passer l’autre pour « un autre ».

Avec l’apparition des blogs, puis des réseaux sociaux, le parler oral fit son entrée en écriture.
Noir sur blanc, à l’écart de tout langage corporel explicite, il a fallu trouver un moyen de distinguer ce « je » des « tu » et des « on » car mon « je » habituel étais le mien et pas le « je » en balade à tout bout de champ sur la toile au milieu des phrases à « tu » et à « on », des phrases dans lesquelles ma logique était incapable de déterminer qui parlait, à propos de qui et pour quel objectif.
Et c’est donc, en conscience que j’ai créé le « moi-je »!
Une affirmation égocentrée : MOI-JE
A la mode enfantine
Moi, moi, moi
Emoi, et moi, émoi.

Le « moi-je » à moi est une manière d’ajouter dans l’écrit parlé (à moins qu’il ne s’agisse de parler-écrit) l’émotion, une trace d’égo, un surlignage dans les conversations normales et lisses où je m’exprime normalement et tranquillement à la première personne.
Par exemple, lorsque mon écran affiche « je pense ceci » , d’autres auraient affiché « on pense ceci » pour signifier « de manière générale et compte tenu des sources qui sont les miennes, il est commun/normal de penser ceci »
Par contre, lorsque mon écran affiche « moi-je pense ceci », sans savoir ce que d’autres auraient affiché à la place, c’est une manière de signifier : MOI, je pense ceci, moi-je-joelle et ce que peuvent penser les autres est une autre histoire qui n’a rien à voir avec la mienne.
Aucun tutu ne vient danser par là.
Aucun honhon ne peut généraliser
Moi-je a parlé, royalement, à la troisième personne
A la mode enfantine
Parce que je le vaux bien!

Et hop!



Haute voltige

ISBN 978 2226114112, Editions Albin Michel, 2000

Il y a cet extrait en illustration.
Et il y a l’ouvrage en entier avec son quatrième de couverture :
« Entre le désir profond de se lier, de s’engager corps et âme, et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, d’échapper à tout lien, quel tohu-bohu !
Or, pour vivre ces exigences contradictoires et d’égal dignité sans être écartelé, il n’y a aucun secours à attendre ni de la philosophie, ni de la morale, ni d’aucun savoir constitué.
IL est probable que les seuls modèles adaptés pour nous permettre d’avancer sont la haute voltige et l’art du funambule. « 

Et il y avait Christiane, la voix de Christiane, la voie qu’elle incarnait, humblement, passionnément.

Mais là n’est pas ce qui m’amène devant le clavier.
Ce qui m’amène, c’est l’éloge de l’engagement et autres folies.
L’engagement!
Quel engagement ?
Ce « truc », par exemple, ce « truc » qui prend vie le jour où un enfant pointe le bout de son nez et où nous affirmons que cet enfant est le nôtre.
C’est un jour sacré, qui au delà de tous les textes profanes ou spirituels, nous oblige à nous engager, corps et âme.

Combien de fois dans ma vie, accueillant la vie à mains nues, combien de fois ai-je formulé des bons voeux, silencieusement, consciencieusement, m’imaginant « bonne fée » capable de contrecarrer le sort jeté par la Carabosse.
Car dans mon imagination où les dessins animés se succèdent, il y a, penché sur chaque berceau un bon paquet de fées pas toujours bienveillantes et ce, sans même parler de la vie bien réelle dans laquelle débarquent les enfants.
Combien de fois ?
Tout en connaissant l’immensité de ma non-puissance…
Tant de fois !

Après avoir pris conscience en vivance et à la bonne heure, de la notion d’assemblée bienveillante, assemblée capable de former un filet protecteur sous chaque funambule de haute voltige, silencieusement, consciencieusement lors des jours sacrés où un engagement prenait son vol, je rajoutais ce voeu là : qu’une assemblée de qualité soit présente pour permettre à cette/ces personne(s) de s’élever.

Et aujourd’hui encore, quand des parents restant engagés auprès de leurs enfants devenus adolescents, se trouvent propulsés dans des numéros de haute voltige qu’ils n’avaient jamais imaginé, je pense à l’importance d’une assemblée invisible assez forte pour tisser un filet protecteur, je pense à la toute puissance du temps si précieux et tellement nécessaire au tissage.

Bien plus loin que les recettes toutes faites, que la philosophie ou la morale, je sais que l’unique différence entre une personne d’expérience et une personne novice, c’est que la personne d’expérience est tombée un nombre de fois bien supérieur au nombre d’essais effectués par la novice.
Et je sais aussi qu’il faut beaucoup de patience parce que la chance n’est jamais pressée…
Parce que la chance, c’est autre chose que le hasard!


Prendre en main

Combien de personnes à chaque coin de rue, à chaque détour de média, combien de personnes se plaignent de subir, de ne plus rien maitriser, de se sentir impuissante?
Combien?

C’est que par la grâce de la distribution à bas coût d’énergies non-humaines, tant de « choses » indispensables à la vie quotidienne se « font toutes seules »!
Jusqu’au changement d’heure et de date…
Pour tant de monde, elle a disparu l’époque où il fallait changer à la main l’heure d’une montre, oubliée l’époque où il fallait ouvrir un nouvel agenda. Tout est dans le smartphone, tout est automatique, il n’y a plus rien à faire et pour occuper le temps ainsi dégagé, il n’y a pluka cliquer frénétiquement, sporadiquement du bout d’un doit plus ou moins énervé, cliquer pour « partager », pour valider, pour pétitionner, cliquer…
Et ainsi la vie nous échappe.
Et pour la re-prendre en main, tant de publicités vantent les mérites de « trucs » faciles qu’il suffit d’acheter et qui « ne demandent aucun effort », sinon celui de « l’autre », de « l’état » ou de je ne sais quelle toute-puissance.

Et si…
Et si tout simplement nous entrions à nouveau dans l’effort juste à notre portée ?
Et si chaque matin, petit à petit nous prenions notre vie en main ?
Notre vie telle que nous nous l’imposerions nous même, une vie pleine d’autant de petits riens qu’une vraie carte écrite à l’encre de nos propres mots, qu’un agenda pesant son poids ouvrant chaque jour une page vierge à compléter, qu’une montre qui fait tic-tac au rythme des battements de notre coeur, qu’une orange pas pressée dont il faut extraire le jus, qu’un légume encore noir de terre acheté sur le marché à un de ces maraîchers qui vous explique que la terre est basse, etc…

Dans le monde médical, il existe un terme qui a perdu son sens étymologique : rééducation.
Ce terme est utilisé à tout bout de champ, doctement « Je vais vous prescrire des séances de « rééducation », c’est pris en charge, ça ne vous coûtera rien. »
Qu’est donc la ré-éducation quand l’éducation n’a pas vu le jour?

Moi, moi-je, moi…je suis certaine, par éducation (ben oui, je suis d’un autre siècle!), que tout a un prix, que le moindre petit effort participe à la qualité de mon épanouissement et que chaque petit acte acté en conscience est un grand pas vers plus loin. Les nouvelles technologies peuvent débarquer, je peux même les apprivoiser passionnément, ce qui est ancré reste.

Ce matin, j’ai ouvert un nouvel agenda.
Il n’attendait que ce jour.
Et j’ai aimé l’ouvrir sur plein de projets bien palpables.

Heureux qui sait être seul

« On » a dit qu’ils avaient faim.
J’ai scruté les yeux, les joues, les attitudes et les tours de taille et je n’ai pas lu le manque de nourriture.
Puis « on » a dit qu’ils avaient besoin de se sentir « pas seuls ».
J’ai observé les insultes, les propos, les mouvements et j’ai vu les camps se former.
Exprimaient-elles leur faim de non-solitude, ces personnes qui illuminaient les médias d’un halo fluo synthétique et bruyant ?
Les chercheurs de toutes les Universités se précipitèrent à leur chevet pour sortir en avant première une explication argumentée plus originale que celle du voisin. Là encore des camps s’érigèrent.
Je me suis réfugiée dans le silence harmonieux de la nature profonde, fuyant brouhaha, cacophonie et combats.

A la mémoire, m’est revenu ce moment magique où à l’aube de la naissance de la toile, j’avais découvert qu’à l’autre bout du monde « une autre » personne exerçait son art dans le même état d’esprit que je le faisais alors et je m’étais sentie tellement moins seule !
(un petit détour s’impose par ici )
A la suite de cette découverte, j’avais vaillamment testé les rassemblements qui se vantaient d’assemblées chantant le même son de cloche microcosmique.
Et… Je me suis immédiatement sentie incommensurable seule au milieu de ces personnes.
C’est que je suis incapable de choisir un camp, d’autant plus incapable que choisir un camp signifie dénigrer un ou des autres camps.

Hier soir, j’ai fait le tour de mes connaissances amicales sur FB : je suis allée regarder par la fenêtre ce qu’avaient raconté dernièrement toutes celles qui n’apparaissent pas au milieu des pubs qui inondent mon « fil d’actualité » quasiment dépourvu « d’abonnements ». J’y ai trouvé les petits groupes habituels qui likent, valident et « moi-jesent » (du verbe moi-jeser…) comme il est d’usage de le faire entre adhérents du même parti.

Alors… je suis joyeusement revenue à ma couture remplie d’étoiles, à la confection des paquets cadeaux, à la préparation des menus de partage… et surtout à ma solitude préférée, grouillante de tant de mondes et de mille tendres pensées vers tant de personnes, chacune ayant son camp, ses convictions, ses activités, ses moi-je, ses agacements et ses bonheurs sur lesquels je n’ai absolument rien à dire.

Cacophonie de l’Avent



Le bruit a commencé à enfler sans attendre décembre, à l’instar des rayons de supermarchés qui se sont couverts de consommables festifs, repoussant loin des yeux le strict nécessaire.

Petit à petit, amplifié par les médias avides de temps de cerveau disponible, le bruit s’est installé en fond sonore de notre quotidien.
Alors que la première case du calendrier de l’Avent ouvrait le décompte vers la période de débauche obligatoire de fin d’année, la cacophonie s’installait, s’immisçant dans les moindres moments silencieux de mon quotidien, allant parfois jusqu’à faire vibrer l’onde paisible des plans d’eau nantais, laissant flotter jusqu’au fond du jardin des échos d’explosion, affichant sur ma fenêtre virtuelle des news tronquées, la désinformation des montages « fast-fake » et son lot d’émotions réactionnelles.

Mes blocs notes se sont remplis intensément, tous les maux que je pouvais entendre se trouvant sous un titre, un autre et encore un autre. J’ai tendu l’oreille du côté des plus savants, j’ai lu ce qui me semblait lisible et aussi les injures parce que tout est sacrément humain, même le pire.
A chaud.

Comme sur les meilleures publicités, j’ai senti la coupure, la cassure, la non-harmonie entre nos paradoxes existentiels  « mangez du chocolat/pour votre santé évitez le gras et le sucre » ; « démissionnez vous êtes nuls/surtout faites vite quelque chose » ; « Taisez-vous, vous n’y comprenez rien/ Parlez, on veut vous entendre » ; « Consommez, les fêtes arrivent/ Stoppez tout, la fin du monde est proche » ; etc, etc…

J’ai vu tous les opportunistes souffler un coup le chaud, un coup le tiède et négliger l’extincteur.
J’ai vu tous ceux qui suivent… suivre, des convictions ancrées par leur famille ou… leurs amis quand ce n’est pas juste suivre l’ambiance, la fête, l’occasion d’un « ensemble » devenu trop rare parce que la vie court trop vite.

Logiquement, il me fut impossible de voir tous ceux qui ont évité de s’exposer, de s’exprimer, de s’agiter, de s’émotionner en public.

Je suis là, au milieu de la cacophonie.
Le calendrier de l’Avent ouvre un jour nouveau chaque matin.
J’ai  remis en service la machine à coudre, histoire de préparer des cadeaux à nuls autres pareils.
Je respire l’océan aussi souvent que possible, les embruns volent haut, poussés par les dépressions de saison.
Je rame, je marche, j’accueille sans relâche.
Tranquille.

Ma vie est remplie de lumières et c’est grâce à l’ombre que je les vois.
Elle est comblée de silences et c’est grâce aux bruits que je les aime,
Elle contient le miel et le fiel, comme se plaisent à l’assembler les plus fins cuisiniers,
Ma vie fut un cadeau que je n’ai jamais demandé,
Et dorénavant, c’est un jeu qui me réjouit vaille que vaille.

La suite viendra, comme l’orage elle viendra sous son propre vent ou comme les dépressions et les anticyclones elle viendra portée par les vents dominants. L’univers est indomptable et c’est une chance.

Vie quotidienne

Chaque fois que je sors de « chez moi », de ma ville, de mon pays, j’ai besoin de voir « tout », c’est à dire de trouver, au delà des clichés touristiques, ce qui fait le quotidien des personnes qui vivent « ailleurs ».
Les écoles et les centres de soins sont les endroits stratégiques qui donnent le ton.
Inévitablement, je vais en explorer les abords. Il n’est pas rare que j’entre carrément pour mieux visiter et « sentir » l’ambiance.

Ces jours-ci, dans le village du Northshore d’une île ne vivant que par le tourisme, j’ai la chance de pouvoir entrer dans la « Escuela Infantil Municipal » puisqu’à l’heure des parents, je vais y chercher ma petite fille.
Chez nous, on parlerait plutôt de crèche puisque cette « Escuela » est destinée uniquement aux enfants de 3 mois à 3 ans dont les parents travaillent. Ici, c’est écrit « Escuela » au dessus de l’entrée.
Et ici, dès la « moyenne section » de la crèche, c’est à dire dès que les bambins marchent, l’uniforme est la règle dans les écoles. Ainsi quand on va au parc, il est possible de savoir d’où sortent les enfants qui y jouent : c’est écrit sur leur tee-shirt!

Ma petite fille reste à la crèche chaque jour, du lundi au vendredi, de 10 heures à 15 heures.

15h, c’est l’heure des parents!
Et comme devant toutes les écoles de France et de Navarre, certains parents attendent devant la porte en bavardant et d’autres se racontent leur vie à la sortie.

Ainsi, les parents des plus de deux ans échangent-ils souvent au sujet de l’école dans laquelle ils vont « mettre » leur enfant l’année prochaine.
Et c’est vraiment très amusant pour moi d’entendre leurs soucis.

Car, ici, c’est un village sur une île.
Car, ici, la délinquance frôle les 0%.
Car, ici, les habitants sont arrivés de partout : d’Europe ( Espagne continentale, Italie et Allemagne principalement), d’Afrique du nord (principalement Mauritanie, le Sahara occidental est tout proche à vol d’oiseau, donc … à la nage… ou en bateau), d’Amérique du sud (principalement Argentine peut-être en raison des racines italiennes des argentins?)
Car ici, beaucoup, beaucoup de personnes sont parfaitement bilingues, voire trilingues et plus.

Logiquement, les parents rêvent pour leurs enfants.
Et logiquement leurs rêves sont multilingues et multicultures.

Et… probablement comme « partout », le choix de l’établissement d’enseignement « obligatoire » semble vraiment stratégique.
Ici, l’école du centre du village, la plus proche du vieux village où est située l’unique  « Escuela Infantil Municipal » est celle où devant l’entrée et la sortie se rassemblent la grande majorité des mauritaniennes, drapées dans leurs merveilleux voiles translucides et multicolores.
Etrangement  cette école maternelle (on est encore loin de l’université!) ne fait pas l’unanimité parmi les personnes qui rêvent d’un avenir multilingue et multiculture pour leurs enfants.

Ca me fait sourire.

L’année prochaine, c’est devant l’école maternelle que j’irai écouter ce qui se raconte.
Peu importe l’uniforme que portera ma petite fille, j’irai ensuite au parc ou à la plage pour jouer avec elle, sans me préoccuper de ce que pensent les « locaux » au sujet de l’écusson brodé sur son tee-shirt.

Et dans mon regard, le monde est et restera multicolore, passionnément.