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Pensées et réflexions en goguette

Des reflets


C’était dimanche sur la Loire.
Le vent était faible et non nul.
Le courant à cet endroit précis était faible et non nul.

De l’image, il ne reste (sur l’image ci-dessus) que la partie reflétée.
Connaissant l’ensemble,
Sachant exactement l’intention qui était la mienne
A l’instant précis où je l’ai effectué la mise en boite,
Il me serait facile de commenter les reflets
De les commenter en faisant référence
A l’image de départ.
Avec autant de plaisir, il m’est possible
De décoller sur les reflets eux-mêmes
De me contenter de disserter au sujet des couleurs
De leur précision ou de leur dispersion.

Reflets, échos
Je les cherche
Je les attends.
Passionnément.

J’expérimente le monde en observant inlassablement
Les reflets, les échos,
Comme j’observe l’écoulement de l’eau ou de l’air
Les turbulences, les calmes et les silences.
Il est probable que la science physique aurait pu me passionner
Si je n’avais pas eu l’impression d’une embrouille
Si les expériences avaient été en premier des poèmes
Plutôt que de me contraindre à n’en retenir que des équations
Tellement trop étroites!

Alors, imaginez

J’aime écrire.
Les mots débarquent de manière fluide,
Ils coulent, découlent, rebondissent, tourbillonnent.
Je les pose « noir sur blanc » comme autant d’équations très sérieuses.
En appuyant sur la touche « publier », je donne un coup de pied dans le tas,
Les mots s’envolent,
Les phrases en sont troublées comme la surface de l’eau est troublée
Par le moindre souffle
Et au loin, des personnes lisent
Et découvrent des reflets qui leur parlent.
Et m’en parlent
Et racontent
Noir sur blanc
Des mots qui s’envolent au loin
Et que je lis
Que je lie
Et relie en relisant
A la texture et la couleur que j’avais choisi
A un instant donné
De capturer.

Et  c’est ainsi que je comprends chaque jour un peu mieux
Toujours plus loin
Du meilleur à l’extraordinaire.

Les fleurs coupées


Hier, j’ai reçu un bouquet de fleurs coupées, un bouquet de fleuriste.
Les fleuristes sont à chaque coin de rue, mettant un arc en ciel de couleurs forcées dans la grisaille citadine.
Les fleurs « artificielles » sont bien réelles, élevées en nombre parfois à des milliers de kilomètres, envoyées par brassées dans des marchés de gros, entassées dans des seaux afin de contenir leur soif. Leur sort est réglé d’avance, de même que leur stérilité, elle seront finalement  jetées sans considération.

« Wahoooo, c’était pas la peine » ai-je dit comme « ça se fait » en recevant la gerbe craquante de papier cristal.
Et je me suis empressée de rajouter comme pour me convaincre qu’il n’y avait pas d’autre issue:
« J’aime les fleurs, merci » presque rougissante de tant d’hypocrisie polie.

Oui, il m’arrive de confectionner des bouquets quand le jardin regorge de fleurs.
C’est un luxe offert par le jardin, aucune plante n’est sacrifiée. C’est presque un cérémonial que d’aller choisir les fleurs qui passeront au salon plutôt que de rester cachées à mon regard en attendant d’être passées.

Je vais pas en écrire des tonnes, ni raconter l’époque révolue où il était aimable d’apporter une brassée de fleurs du jardin et un cake maison en se rendant à une invitation.
Ces attentions d’un charme désuet étaient propres à la classe manoeuvrière à laquelle j’appartenais, une classe sociale qui se dirigeait déjà vers la moyenne en rêvant de grandeur et de luxe et de bouquets magnifiques comme « dans les châteaux »!
L’iconographie était réduite à l’époque.
Il y avait pour rêver des bouquets « de château » et des bouquets japonais bien trop exotiques pour paraître « beaux » au yeux des braves gens.
Non, je vais m’abstenir d’en écrire des tonnes…

Ce billet vient par là, parce que j’ai reçu un bouquet de fleuriste hier.
Ce billet vient par là parce que l’image  (et la sensation) de « fleurs coupée d’origine indéterminée » est revenue plusieurs fois dans la semaine passée et encore hier soir dans un commentaire ici-même.
Parce que la quête de sens, indispensable pour « aller plus loin », entraine facilement notre société de consommation à s’abreuver à l’eau du vase plutôt qu’à la source.
C’est plus simple, plus rapide et tellement moins complexe que de se relier à l’expérience, aux racines bien ancrées, aux cycles immémoriaux de la nature.
De fait, dans notre hâte, il est fréquent de tomber en admiration devant une fleur « artificielle » coupée de son histoire, d’en prendre soin aussi longtemps qu’elle ne flétrit point, puis de la jeter lorsqu’une autre nous tend les bras.
Il en va de nos certitudes parfois et des affirmations qui en découlent.
C’est une réalité tellement contemporaine.
Nous sommes inondés d’informations, de propositions, de philosophies prêtes à porter et de tant de tentations, nous sommes environnés par tant de modes éclectiques que nous nous trouvons tou(te)s et chacun(e)s bien souvent déconnecté(e)s de nos racines, du « bon » sens et de la réalité impermanente qui forgent notre présent.

Et… poussent les fleurs

C’est normal,
Il suffit de les écouter!

Ca fait combien d’années que je griffonne sur des papiers?
A l’encre bleue, à l’encre noire
Ca fait combien d’années que je tapote sur un clavier ?
Un clavier qwerty,  un clavier azerty ou un peu paumé
Quelle importance?

Le truc, c’est que je raconte toujours la même chose
D’une manière ou d’une autre
Mais jamais pareil
Parce que le temps est singulier
Toujours différent
Parce que les personnes sont uniques
Jamais les mêmes.
Et puis, je ne sais faire que suivre,
Suivre mes idées, l’air du temps et parfois les gens,
Suivre… vers plus loin!

Ces dernier temps
C’est le printemps

L’an passé en avril,
J’écrivais ça… et plein d’autres réflexions
Puis, j’ai fait le ménage,
Puis j’ai fait imprimer une nouvelle carte avec seulement mon prénom,
Devenant « sans étiquette » et sans nom
Et je me suis sentie super sereine.

C’est que depuis longtemps
Trop longtemps
Si longtemps
J’étais vraiment à l’étroit entre le nom de mon père
Et le nom de mon époux,
Entre une casquette et une autre et d’autres encore
Mais aucune à ma ressemblance
Toutes n’étaient qu’apparences.

Il y avait un bout de temps que j’étais incapable de répondre
A la question « Et? Tu fais quoi? »
(Proposition de traduction : « En fait c’est quoi ton boulot? Ton métier, ta profession, quoi?)
Une question qui est posée en routine
Au point que la réponse n’a pas d’importance
Sûrement pas plus d’importance que le bulletin des prévisions météorologiques
Parce que finalement ce qui compte c’est ce qu’on gagne dans l’histoire.

Comment expliquer en un seul mot ou en cochant une case ce qui me permet de gagner ma vie?
Je sais pas faire.

Après « stare » et « Adèle est née« ,  tout en écoutant pousser les fleurs, en passant de long moments au téléphone ou devant le clavier, en buvant du thé et du café en bonne compagnie, en voyant pleins de projets  non-attendus se dessiner, après deux jours passés à prendre soin du jardin,
J’ai enfin trouvé la réponse.
La réponse qui est celle qui me ressemble et ne rentre dans aucune case.
La « bonne » réponse,
Celle dont tout le monde se moque parce que ce qui est vraiment important c’est d’en savoir plus au sujet des prévisions météorologiques.

Ecouter pousser les fleurs (2)

Le héron s’est envolé.
En entendant huer des cris rauques, j’ai levé les yeux. Ils étaient trois, tournoyant au dessus du bassin Saint Félix.
Le conflit était déjà réglé lorsque j’entrai au Lieu Unique.

J’ai pris un café au comptoir avant de m’avancer vers « la » personne.
Il était temps de monter au pic,
Je n’avais aucun moyen d’évaluer ni la hauteur, ni la puissance de la vague.
Je savais seulement que j’étais au bon endroit à la bonne heure et que la suite était à vivre.

Une heure plus tard, nous nous sommes salués sur l’idée d’un nouveau RV à la fin du printemps.
En passant j’avais noté les mains fines, parlantes et sensibles de mon interlocuteur.
J’avais aussi souri à l’intérieur en constatant sa prise de notes semblable à la mienne.
Une prise de note sur papier volant attrapé au vol quand l’urgence de noter le nécessite.
Une prise de note en « puzzle » où les petits carrés côtoient les rectangles plus ou moins allongés, à l’endroit et à l’envers parce que la feuille se remplie et que le moindre espace est utilisé.
Tout en répondant à ses questions, je le regardais.
Je voyais des reflets silencieux passer dans ses yeux, je le voyais alternativement écrire ou écouter.
Consciemment, Je posais des « blancs » observant ses « relances » et, en même temps, je l’imaginais en train de jouer avec ce puzzle dans le but de ranger ses réflexions.
Je me voyais dans cet exercice si souvent exécuté après un recueil de données, tournant ma feuille dans tous les sens, barrant d’un trait diagonal chaque carré exploité…
« La prochaine fois, si tu veux bien, je ferai un enregistrement » avait-il conclu avant de me saluer en ajoutant : « Si tu viens au spectacle, tu verras comment je travaille »

Je suis partie tout droit vers l’exposition.
« Le point de vue de nulle part – semiconductor »
Il faudra que j’y retourne, j’ai adoré!
Ne suis-je pas une spécialiste en matière de point de vue de nulle part?

L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Je me moque de savoir si un nouveau contact verra le jour ou non.
Je ne connais rien de plus au sujet des objectifs artistiques de cette personne et j’ai la conviction qu’il ne sait pas encore quel sera l’usage donné aux matériaux collectés.
Quelque chose murmure que nous étions l’un et l’autre en train d’écouter pousser les fleurs.
Et même en écoutant avec beaucoup d’attention, il reste impossible de savoir à quoi ressemblera la fleur, il reste même impossible de savoir si elle verra ou non le jour.

L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Mais… je suis curieuse et n’ayant pas de programme spécial pour le vendredi soir, j’avais décidé d’aller écouter « l’aparté », un entretien entre lui et la directrice du théâtre.
En ligne, je n’avais pas pu trouver de place libre pour le spectacle. D’abord rien ne me disait que j’avais envie d’aller au spectacle, je suis tellement plus fan du spectacle de la vraie vie que des montages bien léchés et tellement trop conceptuels.

Arrivée dans le hall, cinq minutes avant l’heure, je l’ai vu.
Il terminait son sandwich en se léchant les doigts.
Nos regards se sont croisés et j’ai fait un signe de la main comme j’aurais fait « coucou » à un enfant.
Chacun a fait un pas vers l’autre.
« Tu t’es perdue? »
J’ai pas compris cette question. J’ai répondu :
« Je suis venue à pieds »
Il a enchainé :
« Tu viens voir le spectacle?
-Ben non, seulement l’aparté
-Faut que tu viennes au spectacle »
Et il m’entraina devant la billetterie pour trouver une solution.

Il ne me restait plus qu’à envoyer un sms à la maison pour dire que j’allai rentrer plus tard que prévu et qu’il fallait, en conséquence, fermer les volets.

Le plus amusant dans l’histoire, c’est qu’il s’est mis à pleuvoir et que la question de rentrer à pieds, soit 45mn sous le pluie sans équipement spécial, se posait.

Donc quand, me dirigeant vers la bar pour boire une bière en attendant le spectacle, une dame me demanda : « On s’est déjà vues, non? » tout en déclinant sa spécialité ; j’ai saisi l’occasion en rétorquant : « Je sais pas... En conférence, c’est possible… Au fait, je cherche quelqu’un pour me ramener à la maison après le spectacle… Je suis venue à pieds et il pleut... » et hop, le problème du retour était résolu.
Deux minutes plus tard, son homme la rejoignait dans la queue vers les bières et les frites.
Immédiatement nous nous sommes captés sur la même longueur d’ondes… Une histoire de vie, de mise au monde de respect réciproque… encore… toujours…
Cet homme là, j’en avais beaucoup entendu parler sans jamais le rencontrer ni avoir envie de le rencontrer. C’est la faim et la soif qui nous a déposés l’un à côté de l’autre ce soir là!
Dans le même temps, la directrice du théâtre s’approchait avec l’idée de me présenter… comme par hasard… aux deux personnes avec qui je parlais déjà.
Que dire sinon que j’ai parfois l’impression de surfer dans un monde parallèle!
Et qu’ajouter sinon que j’aime ça?

Ecouter pousser les fleurs (1)

Tout d’abord, Adèle est née.
Et puis, la nuit suivante, en écoutant parler dans une émission radiophonique, j’ai entendu des mots de maïeutique.

Une vague, puis une autre.

Une vague, puis une autre et au loin peut-être une belle série.
Tous les surfeurs savent qu’il faut ramer, aller au devant de la série, se positionner au pic…
Sans prendre ce risque là, il est vain de rêver aux grosses vagues!

Je me suis positionnée, j’ai envoyé un message.
La réponse est arrivée, j’étais bien placée, il suffisait d’attendre.

Mercredi matin, aucun avis n’était venu à l’encontre des prévisions prévues.
La bonne heure était là.
En marchant, je m’étonnais une fois de plus de l’absence d’attente, donc de tension.
J’étais tranquillement prête à prendre la vague, à me laisser glisser en acceptant aussi bien l’idée d’une grosse gamelle que celle d’une belle émotion, voire l’idée de… rien.

En fait je me rendais à un rendez-vous dont j’ignorais tout sinon un lieu et un horaire.

Une fois dans la place, j’ai aperçu une personne qui pouvait être celle du RV.
La même personne que celle qui avait parlé de mise au monde au milieu de la nuit,
Celle de « mon » RV donc!
Elle était fort occupée cette personne, postée devant un écran de laptop sur le comptoir de la réception.
J’ai envoyé un SMS pour signaler ma présence.

RIen.

Quelques minutes plus tard, elle rentrait dans l’ascenseur.

Bien installée dans mon fauteuil, je ne perdais pas une miette de cette palpitante aventure.

L’heure tournait et dépassait l’heure dite.
Une personne sortit de l’ascenseur.
Elle prit un siège à proximité, consulta son portable, jeta un oeil alentours et replongea dans son portable.
Visiblement elle attendait.

Histoire de me dégourdir les jambes, je me suis levée, j’ai traversé le hall pour la saluer.
« Bonjour, vous attendez quelqu’un?
-Oui
-OK, parce que j’attends aussi quelqu’un et je sais pas qui…
-Oh… Moi je sais qui j’attends, donc c’est pas vous.
-Parfait, merci »

J’ai adoré!
Vraiment.

Et je suis retournée m’asseoir.
M’inspirant d’un scenario de film d’espionnage, j’ai ouvert le guide des spectacles pour avoir l’air absorbée par la lecture.
En fait, tous mes sens étaient en alerte, prêts à capter le moindre frémissement.

Une personne sortit de l’ascenseur, celle qui y était entrée peu après mon débarquement sur les lieux.
Elle vint parler silencieusement à celle qui attendait.
Une énigme se résolvait.

C’était sans compter sur une volte face tranquille.
Tout sourire, l’inconnu s’approcha vers moi.
Sa voix était douce, paisible.
« Joelle, en fait, j’ai un problème… en fait… on arrive aujourd’hui…
– Oui… normal…
– Est-ce qu’on pourrait décaler de 50mn?
-Oui… j’vais aller manger… j’vais aller voir une expo…
– On dit 14h ici.
-OK »

Tout à fait fière de mon talent de physionomiste, j’ai ramassé mon sac pour m’en aller vers le LU.
Ce faisant, je suivais les deux hommes que je n’avais pas du tout l’intention de suivre.

Las… L’expo était encore fermée.
J’en ai profiter pour laisser quelques sous à la librairie, puis j’ai cherché une autre occupation pour passer le temps.
Je n’avais pas faim.
J’ai marché.
Une petite porte bleue m’attira.
Une affiche fort simple y était collée : « En réalité je n’ai trouvé que du sable »
Je suis entrée.
C’était à mon goût, tout était à mon goût :  les dessins, les couleurs, les questions autant que le concept lui-même.

En réalité, je n’ai trouvé que du sable…
Je souriais à ces mots qui en entrainaient d’autres, tout comme un vent doux soulève la poussière dans le désert, découvrant des trésors, sculptant délicatement l’infinité du sable.

J’étais au coeur de l’aventure.

Aussi accro à la haute technologie que tout explorateur contemporain, je consultais néanmoins régulièrement mon téléphone.
Un nouveau message disait : « Finalement, on pourrait se retrouver au LU! »

Je suis partie pour une nouvelle traversée.

Un héron m’arrêta tout net.
Fier comme un coq, il était cramponné à la rambarde, regardant dans le vide, au dessus de l’eau noir sortant du tunnel.
Magnifique.
J’ai fait un pas de plus.
Il a fait semblant de s’en aller.
je suis restée sans bouger.
Il est resté.
A trois mètres.

Puis, il était temps d’avancer.
Il s’est envolé!

(A suivre)

Timidité

Enfant, j’étais timide.
Oh, certes, je n’étais pas du genre rougissante au moindre contact.
Non, simplement je refusais toute ouverture, restant sur mes gardes.
Très très méfiante, je préférais me taire.
Et se taire sans baisser les yeux,
Se taire calmement et avec attention,
Se taire avec des yeux sombres,
A tout les coups,
Ca menait à recevoir un coup de bambou : « Et ben, elle n’est pas aimable cette petite fille là! »
Sous le choc, il était inévitable de baisser la tête,
Et quand une personne compréhensive était dans le coin,
Quand elle venait à la rescousse.
La sentence tombait : « Elle est timide, c’est normal. »

Donc, j’étais timide.
J’étais timide partout : à l’école comme dans la rue ou en famille.

C’était pas le truc qui me plaisait vraiment, cette histoire de timidité.
J’admirais toutes les personnes capables de s’exprimer instantanément, toutes celles qui donnaient des réponses même fausses sans ciller, celles qui étaient capables d’aller au devant, de « demander », de questionner sans la moindre hésitation.
Moi, ça me prenait des plombes et je finissais toujours par renoncer.

Un jour, j’étais déjà adolescente, une personne de bon conseil m’expliqua que la timidité, c’est de l’orgueil, argumentant que c’est parce qu’on refuse l’échec qu’on hésite à se mouiller. Ca me paraissait crédible et je tenais là un fil et à partir de ce jour, j’ai travaillé (oui travaillé!) pour effacer tout orgueil dans le but de perdre ma timidité.
Petit à petit, laborieusement, très laborieusement j’ai appris à enfiler une carapace et à foncer dans le tas.
Le fait est qu’aux environs de la quarantaine, j’ai considéré que toute trace de timidité était effacée et que c’était principalement un effet de la « maturité » survenue.
Il est certain que dans la vie d’adulte, il est souvent nécessaire d’avancer seul, sans compter sur l’assistance de quiconque… A moins d’accepter la soumission… tomber de Charybde en Scylla ne fut jamais dans mes objectifs!

En cueillant les reflets éclaboussés par mes fils, en avançant un peu plus loin sur mon chemin, force fut de constater que l’histoire était ailleurs.

Aujourd’hui, n’ayant plus aucun besoin de travailler ( travailler pour donner le change d’une apparence jugée aimable, cf le début de l’article) puisque j’ai laissé filer toutes les activités qui « rapportent » de l’argent, je vois bien que, globalement, tout est plus simple.

Mais pas toujours.

Hier, j’avais RV avec une charmante personne. Nous avons passé un excellent moment et c’était vraiment super doux de la revoir, de parler d’utopies, de réalités, de vie et de passages.
Ce qui fut remarquable, c’est le moment où j’ai reçu, comme une bombe à retardement, la question : « Tu seras là »?
 » Ben, non, qu’irais-je faire là-bas, je n’ai plus rien à faire dans ces endroits! » Ai-je répondu très spontanément.
 » C’est drôle, j’ai toujours imaginé que tu serais là » est arrivé façon boomerang.

Alors, un déluge s’est abattu, une tempête s’est levée sous mon crâne.

Résultat des courses, une fois rentrée à la maison, j’ai validé un billet de train.
C’est un AR dans la journée.
J’ai pas du tout envie de voir les gens qui seront là-bas, je n’ai rien à faire dans ce navire, d’ailleurs, je n’ai pas de ticket d’entrée et je n’en demanderai pas.
J’y vais pour elle, il y a un sens  et j’y vois un sens.
Je prendrai le train, j’arriverai à l’heure devant l’entrée.
Je suis prête à montrer mes yeux sombres, à me taire, à fuir s’il le faut.
La suite est à vivre.

J’étais timide.
C’était un faux diagnostic.

 

Choisir un camp

Page 31 d’un livre disparu…
« (…)
En errance
Dans leur folie, je questionne ma folie
Dans leur souffrance s’éveille la mienne
Je fonds en bienveillance
Et s’impose doucement l’évidence
Des miroitements
Que je cueille en conscience
Autant qu’ils me parviennent
(…)
Du pire et du meilleur
Du banal à l’extraordinaire. »

Dans ce monde « normal » où il faut être dans un camp,
Etre dans un camp afin de pouvoir s’afficher contre un autre,
Je revendique ma solitude.
Ni d’un côté, ni de l’autre.
Alternativement soupçonnée d’un côté,
Comme de l’autre,
D’être contre,
A moins d’être pour.

Etrange monde
Que celui, où cachés par leurs écrans,
Les chiens aboient avec les loups
Les moutons bêlent avec les chèvres
Tous s’affirmant « pacifistes »
En partant à la guerre.

J’entends sans pouvoir comprendre.

Adèle est née


C’est pas passé à la télé ni sur les réseaux sociaux, c’est banalement quotidien.

Chaque jour de nouveaux terriens débarquent sur terre, chaque jour d’autres montent au ciel!
Enfin quand je dis « montent au ciel », c’est parce que la légende est tenace, à moins qu’on ne considère les crémations de manière métaphorique!
Oui, je sais, c’est du tout cru, du brut joellien!
En fait, c’est surtout un jeu avec les mots : arriver sur terre, monter au ciel… Naitre et mourir… C’est la vie, simplement la vie.

Et j’aime ce mouvement qui nous fait sortir des entrailles mystérieuses, nous dépose « sur terre », nous laisse chercher un chemin puis nous emporte inexorablement vers un ciel dont personne n’est jamais revenu.

Après ces quelques lignes, vous comprendrez facilement combien pondre un titre à propos de ce billet fut ardu!

Tout a commencé cette nuit.
Et si tout à commencé cette nuit, c’est simplement parce qu’hier dans la nuit, je me suis rendue auprès de celle pour qui « ça commençait ».
Et elle m’appela simplement, parce que depuis quelque mois la gestation avançait.
Et l’avancée de la gestation n’était que la suite simple d’un commencement, il y a un peu plus de huit mois…
Dois-je écrire une énième fois que je suis follement amoureuse de la Vie, de son éternel recommencement, de son infinitude, de son impermanence, à moins que ce ne soit seulement du mouvement? De la respiration?
Voilà, je viens de l’écrire.

Donc, cette nuit, j’étais réveillée très tôt comme d’habitude.

Dans la nuit noire, plusieurs possibilités adviennent : lire, écrire ou écouter.
Quand j’en ai marre d’écouter mes pensées (et c’est fréquent), quand il n’est pas l’heure d’écrire, quand il n’est plus l’heure de lire, j’écoute la radio. J’écoute toujours la même fréquence, chez moi, c’est 94.2.
C’est une radio où les gens parlent tranquillement, parfois avec beaucoup d’érudition, souvent de manière touchante.
Et cette nuit, j’ai entendu parler de vie.
J’ai tendu l’oreille, j’ai ouvert tout grand mon attention somnolente, il était bel et bien question de mises au monde… comme par hasard… de diverses mises au monde!
Après avoir consciencieusement noté le nom de l’intervenant sur un espace vif de ma mémoire assoupie, je me suis laissée embarquer pour jouer les prolongations dans les bras de Morphée. C’est jamais bien long la période des prolongations, mais c’est une occasion de centrer dont je profite avec délectation.

Dès que j’eus mis pied à terre, au lever du jour, j’ai bu un café.
Oui, c’est banalement quotidien!
Oui, aussi banal que l’arrivée de petits terriens sur terre!
Et, avec l’odeur du café dans la bouche,
Toutes les idées en vadrouille se sont assemblées de manière fort logique.

Les pensées soulevées par les émotions vécues la veille faisaient bloc : Il y avait le chiffre trois, il y avait « quatrième », il y avait des naissances, un enfant qui voit le jour, une merveilleuse session dans les vagues en compagnie de « mes gars », une conversation au coin du feu, un retour philosophique… pour lier ce « tout » il y avait mes souvenirs de maïeutique, Les « bonnes » raisons de chaque passage, « ob-stare », etc, etc…
Dans ce bloc hétéroclite, je voyais se dessiner très précisément une histoire d’homme qui n’aurait pas d’existence sans la présence des mères, une longue histoire de maternité qui ne pourrait jamais voir le jour sans la présence des mâles.
Car , j’ai toujours tissé ensemble les deux genres, les deux sexes, sans jamais les opposer, les séparer, prêter attention à un fil plus qu’à un autre.
Moi qui fut tellement ce qu’on appelait « garçon manqué » ;  je suis née mère en traversant mon corps, emportée par la vitalité de mes fils.
Depuis toujours, je cherche, j’explore et je passe au service d’une complexité qui est absolument neutre, sans camp déterminé, définitivement multicolore.
Je peux affirmer « OUI, la naissance n’est pas une histoire de femmes ».
Et je me moque bien de ce qu’en racontent les microcosmes militaires.
D’ailleurs à leur tête, avez vous bien regardé qui tire les ficelles?

En résumé : Adèle est née, d’un mâle et d’une femelle.
C’est tellement banal!

Je suis une râleuse, c’est clair!


Les « souvenirs » qui s’affichent sur mon écran chaque matin m’amusent!

Il y sept ans, j’écrivais comme j’écris chaque jour.
J’écrivais pour le plaisir d’écrire, comme depuis que j’ai appris à écrire.

J’étais une toute petite fille qui griffonnait sans cesse, en liberté, joyeusement, histoire d’enfiler des mots et d’en faire des phrases et des histoires que j’allais fièrement montrer à l’institutrice qui savait me féliciter… J’étais si petite qu’elle ne pouvait guère rester insensible, elle s’appelait Mademoiselle Martin, elle avait des cheveux courts coupés comme ceux de Mireille Mathieu qui n’existait pas encore en version disque.
J’étais dans la classe « des moyens » parce que ma grande taille faisait que j’étais ridicule dans la classe des « bébés ».
On disait comme « ça » : tu vas aller chez les « bébés », chez les « moyens » puis chez les « grands ».
A l’époque la terminologie propre à l’école maternelle actuelle n’avait pas cours.

J’ai donc commencé ma scolarité en sautant la classe des bébés!

Je me souviens encore au creux de mon ventre de ce jour où ma mère m’a emmenée à l’école, juste après mes quatre ans : j’étais super heureuse de franchir le porche, de découvrir les odeurs, de marcher dans le grand couloir carrelé, je me sentais grande.
Mais quand, arrivée à la porte de la classe des « bébés » où j’étais admise sur la bonne parole de mon année de naissance, quand l’institutrice m’a toisée de pied en cap et a déclaré que j’étais trop grande, je me suis sentie très, très petite.
Heureusement, Mademoiselle Martin fut extrêmement bienveillante, elle le fut certainement aussi à l’égard de ma mère qui s’est sentie rassurée en m’abandonnant pour la matinée.

C’est drôle ce que je viens d’écrire, c’est très loin du propos que je venais poser sur l’air de « je suis une râleuse »… Mais pas si loin en fait.

Car, si je remonte dans ces souvenirs là avant de revenir à ceux d’il y a sept ans puis à aujourd’hui, je revois la suite en accéléré.
D’abord, l’entrée à « la grande école », mes rebellions puis l’entrée au lycée.
(le collège n’était pas encore inventé, le lycée commençait en 6ème… Wahooooo, j’suis vraiment une vieille gamine!!!!)
L’entrée au lycée posa un point final sur ma liberté littéraire : les sujet étaient imposés, et je n’avais plus aucune marge de manoeuvre sinon dans les versions latines où je laissais décoller mon imagination : quand je « tombais » juste j’avais une excellente note quand je partais sur un contre-sens, j’avais zéro.
Mathématiquement je suis devenue une « élève moyenne ». Comme quoi, il est possible de rentrer dans la norme, c’est simplement une question de temps!

Très normalement, je suis devenue une râleuse et je suis restée constante. Car le français est râleur parait-il et je suis française, donc tout va bien. Je suis dans la norme.

Sauf que, depuis que je suis devenue un peu moins petite, je suis irritée par tous ces gens qui passent leur temps à rouspéter sans jamais rien faire d’autre que rouspéter, pire, en créant un fond de commerce sur leur incapacité à rien faire d’autre, donc en se montrant capables de monter une entreprise sur… du vent!
Et quand je suis irritée, tout naturellement, je gratte où ça me démange et je joue avec les mots!

Car les mots sont restés mes amis.
Ce qui me séduit dans leur présence ce sont leurs infinies nuances.
Je dois certainement beaucoup au prof de latin.
Car si elle m’a fait rentrer en dessous de la moyenne en alternant les zéros et les « huit-neuf », elle m’a entrainée dans la vision poétique dès le premier jour de classe.
Car cette fantasque Madame Millet donnait son cours de latin dans la plus belle classe de l’établissement, au rez-de-chaussé du bâtiment qui, avant de devenir établissement scolaire, avait été une grande maison bourgeoise.
Nous avions cours de latin dans une belle pièce claire pourvue de trois grandes fenêtres donnant sur le parc. Le premier mot de rentrée de ce prof, du moins celui que j’ai retenu, fut « Vous verrez : quand fleurissent les marronniers, c’est splendide!« .
J’ai passé les « années collège » à attendre la splendeur en regardant par la fenêtre pendant les cours de latin.
En même temps, je me délectais de chaque incartade étymologique. Ce qui me passionnait en cours de latin, au delà du fait qu’à l’époque on disait que c’était la langue des « docteurs », ce qui me passionnait c’était ce qui liait le français que je parlais couramment au latin que je découvrais dans la douleur des zéros accumulés.
Pour résumer, dans cette classe, il y avait les racines et les fleurs.
Et… c’est ce poème qui m’accompagna définitivement.

Il y a sept ans, j’écrivais.
Aujourd’hui j’écris.

C’est mon plaisir et ma manière de ranger les pensées, chaque matin avant de plonger dans le quotidien.
En prenant mon café, je regarde les râleurs qui s’expriment sur la toile. Je bondis parfois, souvent, en lisant ce qui se raconte, ce qui se colporte en un clic, les partis pris, les publi-informations qui fusent comme autant de vérités sans source, les sources pas sérieuses citées pour « faire sérieux »…
Et ça me laisse souvent triste.
Et ça me donne envie de réagir, de faire réagir, de questionner…
Et c’est tellement en vain.
Et alors, se lève une vague joyeuse,
Et alors il y a les fleurs et les racines et l’insouciance qui surnagent
Il suffit de poser des mots comme les enfants enfilent des perles,
Pour le plaisir du jeu!

La vie d’artiste

Copyright C.B, artiste non déclaré

Ainsi va la vie d’artiste, que le talent ne porte pas de nom mais se contente de laisser fleurir l’émotion à la grâce de l’instant.

A l’instant même où cette photo s’est affichée en grand écran sur mon laptop, le frisson qui se levait grandit encore. La légende indiquait « trouvé sur le net » sans le moindre copyright associé.

A mes yeux, une image aussi belle ne pouvait cependant qu’être l’oeuvre d’un artiste au regard de poète, un artiste patient sachant accrocher la lumière quand elle passe et disposant, en plus, de moyens techniques très pointus.
Rien qu’à l’idée de penser que cette merveilleuse photo allait être partagée, que d’autres allaient peut-être se vanter de l’avoir créée, je sentais poindre l’épée de l’injustice.
Et l’injustice est mon ennemie, le « truc » qui me fait sortir de mes gonds en toute circonstance.

Il me fallait trouver la source, féliciter et honorer celui/celle qui avait capté, affiné et partagé ce chef d’oeuvre (de mon point de vue), j’étais incapable de me contenter d’un « trouvé sur le net » pour tout un tas de raisons très résonnantes, donc raisonnables.

L’enquête fut lancée illico.
Et l’affaire fut très rapidement résolue, j’ai pu féliciter l’auteur en direct.

Pour autant j’ai poursuivi la navigation dans le ressac conséquent levé par diverses réflexions dont j’ai le secret.

Il faut avouer que cette question de la définition du  « statut d’artiste »  flotte souvent, entre deux eaux au milieu des pensées en vadrouille.
Un seul billet avait vu le jour à ce sujet jusqu’à présent.
En voici en second.

Mais tout d’abord, alors que je vais m’abstenir de définir le mot « artiste » (afin d’épargner des lignes de surcroit non exhaustives) je partage une réflexion au sujet du statut de héros. Pour certaines personnes, certains artistes ne sont-ils pas portés au nues comme leurs héros du quotidien ?

Finalement tout est dit en quatre minutes!

Mais… je suis bavarde!

Il était une époque pas si lointaine où rien ne valait mieux qu’un boulot fixe, un petit gagne-pain régulier sans beaucoup d’ambition et cependant indispensable. Les parents rêvaient en imaginant leur rejeton prendre la relève de la petite affaire familiale.
Aucun de leurs rêves les plus fous ne voyaient la « vie d’artiste » comme une chance pour l’à venir.
C’est qu’il n’y avait aucune différence, ou si peu, entre la vie d’artiste et celle de saltimbanque, de bohémien, de sans domicile fixe, de sans le sou, de pauvre hère.
Et voilà que nous sommes entrés dans un nouveau siècle.
Et voilà que dès qu’un enfant chante mieux que faux, on le voit déjà sous les sunlight
Et voilà que dès trois vers posés sans disharmonie, on pense déjà à en faire un recueil à succès.
Et voilà que dès les premiers coups de pinceaux, dès les premières notes envolées, beaucoup se rêvent artistes à nul autre pareil, donc very succefull!

Et c’est la précipitation.
Et c’est la voie.
D’aucuns y voient une chance de gagner beaucoup d’argent à l’horizon.
Car, c’est une réalité, les « grands » artistes sont assez semblables à des « chefs d’entreprise » et disposent de nombreuses personnes travaillant dans leur ombre.

Las.
Les places sont rares, très rares.

Les artistes qui ont pignon sur rue restent l’exception. Quant à passer à la postérité, quant à survivre 50, 100 ou mille ans, c’est encore une autre histoire!
Comme pour les héros, ce ne sont pas des humains qui sont portés au statut d’artiste, c’est seulement l’histoire qui s’écrit/s’écrira à leur sujet, une histoire faite pour se propager et attirer et faire parler ou rêver au long cours.

Pourtant,

Pourtant, dans ce monde mondial,
Sur la toile gigantesque virtuellement tressée, pas un jour ne passe sans que je croise des oeuvres que je peux sans conteste nommer « oeuvre d’art ».

Quid des « artistes » alors?
Et quelle différence entre artiste et artisan?
Ne sommes nous pas tous, un jour ou ‘autre, artiste/poète, artisan/bricoleur, artiste/bricoleur voire poète/artisan?
J’en suis certaine!

Le « métier » d’artiste oblige à produire. C’est alimentaire, puis, c’est aussi une lutte contre l’oubli, une lutte pour la survie du « métier ».
La production s’associe difficilement avec la grâce.
Avec la constance de l’état de grâce.

Les anonymes, eux sont libres, libres de poser leurs regards, leurs notes, leurs pinceaux, libres de les promener, de les exposer sans le moindre risque, les anonymes exercent un métier ou une activité qui n’a rien à voir avec leur don artistique , un métier simple ou glorieux, une activité nourrissante ou marginale, peu importe.

Ils sont financièrement libres et c’est ce qui permet à la grâce de poser son coup de patte.
Compter ne sert à rien dans ce domaine.
Il n’est question que d’élan, de passion, de plaisir.

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. »
Christian Bobin, Ressusciter, Editions Gallimard 2001, ISBN 2-07-042710-2