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Pensées et réflexions en goguette

Plans, objectifs, etc (2)

En pays cathare lors de la randonnée des vacances, lors d’une conversation avec un de ces jeunes gens remplis d’idéaux, la question de la liberté avait été abordée.
Tandis que j’évoquais à la fois mon chemin et mon désir de « liberté », il n’avait pas manqué de me titiller, de m’interroger :

« Mais… Tu parles de liberté et tu as prévu d’aller vers l’ouest en un mois. Si tu trouves un coin joli où tu te sens bien, la liberté ne serait-elle pas celle de rester dans ce coin aussi longtemps que tu en as envie? »

La question était si précise et tellement en harmonie avec ce que je percevais de ce jeune gars et de ses idéaux que je suis partie paisiblement sur un autre sujet à l’aide des mots magiques : « OUI… ET… »

Car, parmi les mots qui engendrent des situations pathologiques, des situations dramatiques et des jeux formidablement théâtraux, il y a le mot « liberté ».

Quiconque côtoie des adolescents, ces délicieuses personnes sorties de l’enfance et pas encore assez mûres pour qu’il soit possible de les cueillir adultes, quiconque côtoie, croise ou se lie d’amitié avec ces fascinantes personnes note la récurrence de certaines expressions telle que :

J’ai pas envie

D’abord, je fais ce que je veux

« On » va quand même pas me dire ce que je dois faire

Je suis pas un gamin, quand même

« On » n’est pas en dictature, je suis libre, non, mais, oh!

Hier, dans la rue, sourire aux lèvres, antennes grandes ouvertes à tous les sens, j’ai écrit un bouquin dans ma tête.
Arrivée dans la foule, les mots se sont envolés sans que je cherche à les rattraper, il était urgent de vivre cette foule, de tester une « dégustation » de café aux épices dans une boutique dont je ne possède pas la carte, de filer regarder couler la Loire vers l’amont, d’aller voir ce qui se passe au bord de l’Erdre, d’entrer dans une exposition, de m’enfuir à l’écoute de certains commentaires, de me promettre d’y revenir, etc.
Sortie de la foule, mon monde s’est rétabli, les mots sont revenus, enrichis, confirmés, assurés.
Et j’ai marché jusqu’à la maison.
En souriant à la vie.

Il est clair que je suis tout à fait « soumise » comme il est clair que je fuis l’enfermement.

Et zut!

Les mots posés, noir sur blanc, me paraissent tellement vidés alors qu’ils explosent d’une sève généreuse et multicolore dans le creuset de mes interrogations infinies.

Et zut, et tant pis…

N’est-il pas nécessaire que les mots se cognent pour envoyer un écho?

Pour jouer plus loin, j’ai ouvert un nouveau dossier hier soir, un dossier au  titre iconoclaste.
Peut-être vais-je y compiler des fils à tricoter.
Peut-être qu’il restera vide.
C’est un simple jeu de déclinaison : parce que j’ai l’intime conviction que la soumission est à la liberté ce que la lumière est à l’ombre, j’ai besoin d’éclairages et je m’en vais aller les chercher, plus loin que ceux qui brillent déjà dans ma bibliothèque.

A suivre…

Adolescence majeure


Le titre du jour est sorti du chapeau ce matin même tandis que je me réjouissais une fois de plus au contact de tout ce que m’apporte la présence des « adolescents majeurs » à la maison.

Dans mes pensées trottaient plein de pistes.
Celle de la majorité civique, cet âge marqué dans le marbre que les personnes de ma génération ont vu passer de 21 à 18 ans.
Celle des « teenagers », débarquée d’Amérique il y a un bon bout de temps pour désigner le groupe de population en « teen » donc entre 13 ans et 19 ans.
Celle, contemporaine, de la notion de « pré-ado » qui réduit l’enfance à une portion congrue entre la sortie de l’âge bébé et l’entrée en âge pré-bébête.
Celle, etc, etc…

J’ai de l’imagination, c’est bien connu.

Avant de commencer à écrire, il était indispensable de partir à l’aventure pour définir de quoi j’allais bien pouvoir parler.
Que signifie en fait ce mot « adolescence », quelle est son histoire, sa source, son évolution médiatique, ce que le monde en fait?

Rien n’est plus passionnant à mes yeux que le mouvement de la vie.
Si j’apprécie au plus haut point de le voir un instant figé sur une image, dans une phrase ou à travers une longue dissertation, c’est pour mieux l’observer à vitesse réelle, à la vitesse de la vie qui va.

Je viens de découvrir que longtemps l’adolescence fut seulement masculine.
Les filles passaient certainement de l’enfance à l’âge adulte dès qu’elles devenaient potentiellement reproductrices. Pour les filles, l’entre-deux n’existait pas, peut-être aussi parce qu’elles n’existaient pas en temps que citoyennes décideuses officielles. La vie des filles restait cantonnée dans l’ombre des maisons, quelle qu’ait été leur grande influence sur les décisions des mâles dominants.
Aujourd’hui, je vois des fillettes vêtus comme des femmes et j’entends souvent dire « les filles sont plus mûres que les garçons ».
Je ne sais pas trop ce qui est en filigrane.
En fait, je me demande s’il ne serait pas question d’une certaine maturité pour la soumission?
Malicieuse, je pose la question.

Il est impossible à l’heure qu’il est de faire un billet de synthèse au sujet de ma réflexion du jour. Il faudrait comme d’habitude une rangée de bouquins, il n’y a pas la place ici!

Je reviens cependant sur la notion de « majeur ».
Quand les enfants deviennent plus raisonnables, quand ils ont des velléités d’indépendance, quand ils ont besoin de s’opposer pour devenir qui ils sont, je distingue la période où ils sont encore sous la responsabilité parentale et celle où ils deviennent légalement et civiquement indépendants. Le point de passage est si mince! A l’heure précise d’une date anniversaire, à 18 ans top chrono, tout basculerait.

Dans notre monde occidental si bien cadré, c’est hyper simple, c’est chiffré et les chiffres ne mentent pas à ce qui se dit.

Et de cette réalité chiffrée, coule une quantité d’informations, une quantité d’injonctions, une quantité de non-réalités qui obscurcissent considérablement le bon sens et « pose des problèmes » où il n’y a rien d’autre que la vie qui va son cours, simplement.

C’est mon point de vue.

S’émerveiller


S’émerveiller est tendance.
Après « accompagner »,
Après « bienveillance »,
Il se pourrait que le mot s’érode doucement à l’instar du verbe « aimer » dans « la Grammaire est une chanson douce » d’Erik Orsenna.
J’ai tellement envie de le garder, ce mot là, ce mot « émerveiller », de le garder tel quel, avec tout ce qu’il signifie pour moi…

Ce matin point d’agacement en ouvrant ma fenêtre sur les réseaux sociaux, point d’agacement en suivant le lien proposé par une amie, un lien vers Bighorn Studio et la présentation d’un film multi-primé nommé « S’émerveiller ».

Ni une ni deux, je suis partie en vadrouille sur la toile, j’ai cliqué avec compulsion, sous la contrainte de ma curiosité folle, attirée par la recherche d’une saveur de découverte, à la recherche d’émerveillement.
Qu’allais-je pouvoir écrire qui ne l’est point encore?
Qu’allais-je pouvoir partager à ce sujet?
Comment dire avec mes mots ce que signifie ce mot « émerveiller » si précieux à mes yeux que déjà je le vois s’envoler, pressé de toutes parts.

J’ai été débordée.

Il reste quelques lignes de présentation d’un livre que je ne lirai pas.
Un ouvrage qui est sorti cette année, sous la plume d’une romancière universitaire qui possède déjà une longue page wiki, une femme sans aucun doute merveilleuse.

« Parfois le silence règne, nous sommes paisibles et concentrés, la lumière est belle et notre regard vigilant : alors l’émerveillement nous saisit. D’où vient ce sentiment fugitif ? Il ne résulte pas forcément de la nature grandiose de la situation ou du spectacle. Souvent c’est un état intérieur favorable qui nous permet de percevoir une dimension secrète et poétique du monde. Soudain on vit pleinement, ici et maintenant, dans le pur présent. Cette disposition intime est une conséquence du désir de vivre et de la faculté de joie. 
Le risque de l’enténèbrement a frappé notre époque mais il faut d’autant plus persister à évoquer l’émerveillement. Car la construction du bonheur, le respect de chaque vie précaire, précieuse et susceptible d’accueillir les plaisirs en même temps que le labeur, sont la marque de notre conception de l’existence. Ici est notre séjour, y porter un regard attentif est le plus sûr remède contre le nihilisme. »

Belinda Cannone, S’émerveiller, Stock 2017, ISBN 9782234080362

S'émerveiller

Par chance, j’ai une image en stock, une image de ciel comme le ciel des matins de ces jours-ci, du ciel au dessus du toit de la maison du fond de l’impasse.
Avec les yeux brillants d’une gamine, je la pose en tête de ce billet.
Elle est de « moi-je » cette image!

L’impuissance se danse,
La non toute puissance
Oblige à chercher la lumière où elle est,
Et la lumière
Force l’émerveillement.

Plans, objectifs, etc


Voilà ce qui agrémente mon café du matin.
Les esprits bougons diront qu’il faut éviter de plaisanter sur des sujets sérieux.
Mais ce matin, je suis d’humeur taquine.

Qu’est-ce qui me saute à la face, là?

Le teasing pour un prochain film catastrophe à grand spectacle?
Je vois déjà le programme, les lunettes 3D distribuées à l’entrée de la salle de cinéma et les effets sonores à faire trembler les corps.

Le début d’une campagne de pub pour une nouvelle crème miracle anti-rides?
Sans rien dedans, garantie bio 100% vide de toute substance nocive, dans un pot en verre incassable pour plus de sécurité et infiniment recyclable pour la bonne conscience.

Une campagne pour un départ imminent vers la lune?
J’imagine l’impatience des riches migrants et les plans foireux des plus pauvres prêts à envahir les cales du vaisseau spatial en rêvant d’un monde paradisiaque

Sérieusement.

Qui se souvient encore de la petite chèvre de Monsieur Seguin?

Les voiles dehors

Brassage de photographies anciennes.
Anciennes?
Pas plus loin que le siècle dernier, autant dire que je ne remonte pas au moyen-âge.
Et c’est dans nos bonnes régions de France que je me balade, pour les deux images affichées, c’est précisément en Loire-Inférieure, précisément où je vis actuellement.

La jeune fille en blanc est devenue une arrière-grand-mère qui commande ses courses en tapotant sur sa tablette. C’est une femme coquette qui n’hésite pas à dénuder ses bras et son décolleté lorsque l’été est là.
La grand-mère aux cheveux soigneusement tirés sous la petite coiffe, elle, s’en est allée depuis longtemps sans jamais connaitre ni ses arrières petits-enfants ni la joie des réseaux sociaux au bout des doigts.

J’entends souvent le monde parler autour de moi et ce qui revient au sujet des apparences vestimentaires, c’est un leitmotiv : « d’abord, je fais comme je veux »

C’est que depuis une époque lointaine où j’ai habité (Et oui (soupir)  Je suis carrément préhistorique! ) beaucoup de choses ont changées.
Sérieusement, je vais rester dubitative quant à la « libération » des femmes. C’est tout juste si l’apport de la contraception chimique légale ne les a pas propulsées d’un enfermement à l’autre, de l’obligation de la reproduction à l’obligation de jubiler dans les jeux intimes du mélange des corps.
Inutile de s’aventurer sur ce terrain miné.

Surtout, ce qui a changé, c’est la multiplication des boutiques de mode.
C’est la multiplicité des courants.
C’est l’internationalisation des inspirations.
C’est la réalité de la consommation à moindre coût.

Un « truc » était impossible dans le monde préhistorique des femmes présentées en photographie, comme dans celui de mon enfance, ce « truc » c’était le choix vestimentaire.

On portait ce qu’il y avait, ce que savait coudre la couturière du coin, ce que raccommodait la mère, ce qu’ajustait la grand-mère, ce qui était recyclable.
On détricotait, on re-tricotait jusqu’à ce que la laine elle-même soit tellement usée qu’il n’était plus possible d’en faire même un carré en vue de l’assembler à un autre carré.
Quand une fillette portait une jupe ultra courte, c’était juste parce qu’elle avait grandit trop vite, que les finances de ses parents ne pouvaient pas suivre ou qu’il n’y avait plus le moindre centimètre d’ourlet à défaire.

Et pourtant, j’espère que l’imagination des passant(e)s peut imaginer à quel point la séduction existait, partout, pour tous et chacun.
Pas seulement chez les personnes les mieux nanties en « pouvoir d’achat ».
C’est peut-être ce qui poussait à utiliser le proverbe « l’habit ne fait pas le moine »?
Je ne sais pas.

Aujourd’hui, l’habit fait le moine, la teinture fait les punks, les prothèses en tout genre font le job.
Il est indispensable de « faire comme je veux » et si possible comme tout le monde autour, donc comme dans « mon microcosme ».
Ce « mon microcosme » fusse t-il totalement virtuel, il n’en est pas moins réel.

C’est drôle.

Et franchement, si j’en ponds un billet, il n’y a pas de quoi en faire un fromage.
Il suffit de laisser le temps faire son oeuvre.
Tout passe.
Sauf le désir de séduction.
Sauf la peur.
Sauf l’exploitation des peurs et des désirs.

J’ai écouté hier l’émission de France Culture : d’âge en âge, voiles proposés, voiles imposés et c’était magnifique d’entendre une femme d’un âge certain affirmer « Je me sentais tellement séduisante avec mon foulard sur la tête » et ajouter plus loin  » Et puis la soie, c’est doux au toucher et son frottement sur la joue était agréable ».

De quoi méditer, relativiser, sourire…

100% féminin


La photo date de 1920.
Ma grand-mère âgée de 19 ans pose avec son premier enfant.
Un fil qui restera unique.

Hier, sur « le mur » d’une amie, je lisais une discussion où il était question d’apparence féminine.
L’attitude des mâles était l’objet de la controverse sur le ton « c’est toujours eux qui décident ».
En filigrane, je lisais ce que je déteste lire, une espèce de théorie du complot selon laquelle les femmes seraient de « pauvres petites choses » soumises à la contrainte de « l’autre genre ».

Il était vain de tenter toute « réaction » sur ce mur, j’ai gardé l’idée de ce petit billet sous le coude.

Car, un mystère a longtemps préoccupé les cerveaux des « savants », ces personnes du « bon genre » qui ont fait couler tant d’encre pour définir un statut aux humaines si différentes d’eux.
Différentes car non pourvue d’appendice extérieur.
Différentes car fluettes de voix.
Différentes car d’un tour de taille fluctuant.
Différentes pour plein de « bonnes raisons », de manière très factuelle.
Ce mystère,
Ce mystère quel était-il?

Ce mystère, c’est que ces personnes si différentes donnaient naissance à des enfants différents d’elles, à des enfants pourvu d’un appendice bien visible et plein de promesses.

Ce fait a engendré beaucoup, beaucoup de réflexions et d’actions parmi ceux qui désiraient se reproduire à l’identique et qui n’avaient pas d’autre choix que l’acceptation.

L’acceptation des faits.

Nous sommes tou(te)s né(e)s avec une étiquette « 100% made in femme » collée au corps.

 

 

Ménage d’automne


Le nettoyage d’automne se poursuit.
Initié dès le printemps, abandonné pendant l’été, il reprend de plus belle.

Oui, parce que l’automne plane depuis le début de l’année comme un passage de vie inéluctable vers l’inconnu, il fallait que je m’allège de tout un encombrant passé.

Du côté de ma bibliothèque privée, celle qui niche dans mon antre, à portée de main et à l’écart « des autres », j’avais besoin d’un déclic fort pour que le processus s’enclenche.
Que des amies aient besoin d’ouvrages pour enrichir un espace thématique et voilà, c’était parti.

Attachée aux livres et aux écrits comme je le suis, il n’aurait pas été facile de trier sans ce coup de pouce.

Déclic nécessaire,
Coup de pouce bien reçu,
Effet domino immédiat!

Facilement émerveillée, tranquillement fascinée, paisiblement enchantée, je suis toujours sous le charme lorsque j’observe les réactions en chaine.
Quelles qu’elles soient.
Noire, blanche, entre gris clair et gris foncée ou aux couleurs de l’arc en ciel.

Enclenchée dans la matinée, la réaction a pris fin avec la tombée du jour.
La poubelle destinée à la récupération des matières recyclables s’est remplie.
Trois arbres à livres du quartier se sont remplumés.
Une caisse débordante attend sagement le passage des amies.
Et…
La bibliothèque est dépoussiérée.

Aucun titre n’est perdu malgré ce ménage.
Abandonner une multitudes d’ouvrages lus et offrir une nouvelle vie au papier de tous les tapuscrits d’études consciencieusement léchés, est parfaitement compatible avec leur conservation.
Chacun de ces ouvrages a participé, un jour, à me nourrir.

La quadrature du cercle enfin réalisée

Chercher la quadrature du cercle passionne les mathématiciens depuis l’antiquité et continue à faire couler de l’encre.
Chercher la pierre philosophale passionna les alchimistes depuis l’antiquité jusqu’à l’apparition de la chimie moderne, mais on en parle encore.

Et voilà que je croise cette affiche publicitaire alléchante qui me prouve que tout est possible, la quadrature du cercle comme la transmutation des métaux.

Parce que, vous l’avouerez, une boite de conserve au goût de conserve fabriquée dans une usine ultra moderne, même une boite « nouvelle à l’ancienne », c’est toujours une boite de conserve au goût de conserve fabriquée dans une usine ultra-moderne.
La différence n’est qu’une différence de prix!
Et il est bien probable que de nombreuses personnes vont succomber à la tentation ce qui potentialise la transformation du plomb en or!

Il est certain que cette affiche fut réjouissante à rencontrer, plus que tout autre.
La publicité va de paire avec la consommation, elle explose sous nos yeux jusque sur nos tablettes, nos téléphones, dans les moindres recoins.
Il est difficile d’y échapper.
Elle sait merveilleusement se faire subliminale, au point de nous atteindre dans les méandres de notre inconscient, au point de modifier notre bon sens en profondeur.

Il y a un bon bout de temps que je me gausse avec bienveillance de toutes ces modes « à l’ancienne », dans tous les domaines, de toutes ces modes qui totalement innovantes et contemporaines et intrinsèquement liées à notre société d’aujourd’hui surfent sur la nostalgie d’un paradis perdu.
Alors, voir les antonymes s’afficher, en si gros et côte à côte, sous mes yeux stimula mon imagination au plus haut degré.
Et les digressions allèrent bon train, c’est sans dire.

Ce qui me rend triste, c’est toujours la même chose : les personnes les plus crédules sont les personnes les plus fragiles, à moins que ce ne soit l’inverse.
Car rien ne touche davantage que l’expression minimaliste.
Dans un monde complexe, il est rassurant de se raccrocher aux pensées simplistes.

Je suis assez fan des oxymores dans ma prose, parce que la surprise (pour les personnes sensibles aux figures de style) permet de mettre de la poésie dans le propos comme un clair obscur dans un photographie.
Je sais aussi que manié à propos, il souligne l’absurdité de manière très abrupte.

Bref… C’était la photo du jour!

🙂

La culture intensive de la norme ferait-elle pousser la différence?

« Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains. »
Christian Bobin, Editions Gallimard, 2001, ISBN 2-07-042710-2

(Oui, cette citation revient souvent dans ce que je raconte…)

Nous l’avons tous constaté, la norme est à tous les coins de rue.
C’est une question de sécurité à ce qu’il parait.
NF : Norme Française, la sérénité certifiée, c’est écrit sur la toile c’est donc vrai!

La norme.
Avant même de voir le jour, tous les foetus présents en France sont mis en équations et la bataille est si rude que la sacro-sainte norme ne cesse de se rétrécir histoire de mieux « cibler ».
Avant même de voir le jour un foetus est donc normal ou « pas normal ».
En entrant dans la vaste baquet des « pas normaux », il peut avoir la chance d’être sélectionné pour « vivre quand même » ou être purement et simplement éliminé.
C’est que « pour des raisons de sécurité », pour des « raisons de sérénité » il est « normal » de ne pas « aimer » ce qui est hors norme…

C’est toujours inquiétant la différence, non?

C’est inquiétant la différence, mais une fois bien né, bien vivant et bien vieillissant, il FAUT apprendre à accepter la différence.

La différence est une richesse à ce qu’il parait.

OK…
Il faut suivre, mais OK. Je suis hyper large d’esprit et je sais m’adapter!
J’ai commencé très tôt à m’adapter…

En 1965, j’ai fait partie de l’échantillon des 120000 enfants testés dans la célèbre « Enquête Nationale sur le niveau intellectuel des enfants d’âge scolaire ». A l’époque, il s’agissait simplement de faire le compte des « déficients » avec les outils de l’époque.
La notion de QI était déjà bien présente depuis le début du 20ème siècle. Il n’était pas encore possible de trifouiller dans les chiffres à grande vitesse comme aujourd’hui (merci les ordinateurs contemporains), mais il était possible de publier une grande quantité d’études et surtout de définir « une norme » assez précise.

Comme par hasard, je n’étais pas dans la norme.

En souvenir, je garde à la mémoire le jour de test comme le plus beau jour de ma vie d’écolière.
(En écrivant cette affirmation, j’effectue un rapide travelling dans mes souvenirs et sincèrement je pense que c’est l’unique jour où j’ai autant jubilé, en classe, et sans discontinuer pendant aussi longtemps)
C’était l’année qui précédait mon entrée au lycée (donc en 6ème), j’étais au deuxième rang de la troisième rangée de bureaux, celle qui était du côté de la porte de la classe. Les premiers rangs étaient uniquement accordés aux « bonnes élèves » sauf celui « côté fenêtre » qui était utilisé pour ramener au devant celles qui avaient des problèmes de vue. Nous étions  donc 6 « bonnes élèves » sur une quarantaine de filles et nous étions 5 plus jeunes d’une à deux années par rapport à « la norme ».
Il y avait dans la classe, des filles de plus de douze ans, elles avaient pour contrainte la préparation au Certificat d’Etudes Primaires.
Contrairement à mes « copines » de la première rangée, je ne me sentais pas « bonne élève » malgré les « classements » et je rêvais secrètement d’un coin tranquille au fond de la classe.

Le jour du test, l’institutrice était en retrait, et c’était cool parce qu’elle me faisait un peu peur au long cours.
Il faut bien avouer que j’avais pris la désagréable habitude de jouer avec les consignes et il est certain que mon aimable « transgression » l’agaçait au plus haut point.

Chronomètre en main, une « dame » distribuait les fiches de test et donnait les consignes. Une autre « dame » surveillait l’application stricte des consignes.

Un état de grâce s’est installé dans mon ventre dès le premier exercice. Le chronomètre avait à peine été déclenché que j’avais terminé. J’avais terminé et je n’avais aucun doute au sujet de ma réponse.
Attention, j’ai écris « je n’avais aucun doute » ce qui est différent de « j’étais certaine d’avoir la bonne réponse »! Je n’avais aucun doute, c’est tout.
Je pouvais donc observer la classe avec l’esprit complètement libre.
Et j’observais.
Deux ou trois exercices m’ont paru plus difficiles, il avait fallu un peu de temps pour les réaliser dans le temps imparti et je gardais un doute… Mais sur l’ensemble de l’évaluation, ce qui primait, c’était le bonheur de « trouver » avant tout le monde, c’était un jeu et j’en sortais victorieuse. J’ai adoré ce jour là.

Que s’est-il passé ensuite : rien.
Dans ma classe, les « déficientes » étaient déjà identifiées, c’était les redoublantes qui n’avaient pas réussi à l’examen du Certificat d’Etude l’année d’avant.

A l’époque, pour une fille « la norme » consistait à « se marier et faire des enfants »… C’était large!

Pourquoi évoquer cet autrefois?
Simplement pour parler de relativité.
Simplement pour souligner que « la norme » étant très très large, on évoquait rarement la différence.
Tout le monde était logé à la même enseigne et chacun était considéré avec les jugements propres à la société d’alors.
Et à cette époque, il fallait faire le compte des « déficients » afin de « les prendre en charge » pour en « faire quelque chose »!

Ce matin, je suis allée faire un tour sur la partie visible d’un de ces microcosmes « d’entre-soi » où le « moi-je » est roi.
J’ai éprouvé un véritable malaise.
Chez eux, « la norme » c’est l’exception, ce qui signifie que « les autres » sont rejetés.
Les autres sont LA source de leurs problèmes, leur sécurité n’est assurée que par la grâce du filtre de leur exception.
Dans leur microcosme, « la norme » c’est pas la norme normale.
Pourtant, ce sont des gens tout à fait « normaux » puisqu’ils sont venus au monde « normaux ». Mais comme aujourd’hui ils se sentent « différents », ce qui est « normal » puisque nous sommes tous différents, ils ont créé leur propre norme basée sur leur propre différence…

OK…
Il faut suivre… Finalement, j’ai quelques difficultés à m’adapter!
C’est normal ou pas normal?

😀

De cette actualité instantanée et durable à la fois

« Qu’est-ce que l’éternité ? Pas un temps infini (car alors ce serait terriblement ennuyeux) mais un présent qui reste présent. C’est donc le présent même, dont nous sommes ordinairement séparés par le regret ou la nostalgie, l’espoir ou la crainte. L’éternité n’est pas l’immuabilité, mais la perduration toujours actuelle du devenir. Non la permanence, mais l’impermanence en acte et en vérité ! Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant, ce que nul ne peut, mais d’habiter le présent qui dure et change. Quel que jour qu’on soit, c’est toujours aujourd’hui. Quelle que soit l’heure, c’est toujours maintenant. Et ce perpétuel maintenant est l’éternité même. C’est cela, que la philosophie m’a aidé à penser, la méditation m’aide à le vivre, y compris quand je fais tout autre chose que méditer ! On ne court le plus souvent qu’après l’avenir. Mais on ne court qu’au présent. »
Entretiens entre André Comte-Sponville et François L’Yvonnet, C’est chose tendre que la vie, Albin Michel, 2015, ISBN 978-2226314895

La routine a repris.
Après être passée par « Les matins » de France Culture, c’est l’heure du café.
Là, je parcours les réseaux sociaux comme j’ouvrirais une fenêtre sur le monde.

Et c’est (presque) toujours un moment triste, un moment qui m’émotionne du côté de la souffrance. Il arrive que j’ai besoin de réagir et le mur sur lequel « ça » tombe peut parfois trembler, bien que je fasse toujours tout pour me retenir.

C’est que j’ai beaucoup de difficultés à accepter le vide exposé sur les réseaux sociaux.
Et quand le vide fait le plein, c’est à la limite du supportable pour « moi-je ».
C’est d’autant plus difficile lorsque je le vois ce genre d’affichage sur la page d’une personne que j’estime pour son intelligence, son sens critique, son regard large.

Que se passe t-il donc?

Sur le plan pratique, je retire du fil d’actualité les personnes qui me font trop souvent bondir, de fait la publicité s’installe à leur place.
Et de fait, je reste calme.
Mais de fait, ma fenêtre est moins ouverte.

Que se passe t-il donc?

Sur un autre plan, je m’interroge.
Par quel tour de magie, par quelle intention, une information instantanée peut-elle durer et se propager, sans varier d’une once, pendant des heures, des jours parfois?
Jusqu’à l’essoufflement.
Jusqu’à ce qu’une autre information instantanée prenne la pas, anéantissant la précédente, la jetant aux oubliettes sans la moindre considération pour le temps d’affichage dont elle a courageusement fait preuve.

Et petit à petit je comprends que c’est le fil virtuel trop impalpable entre instantané/fragile et durable/certain qui me fait souffrir.

Ce qui se propage sur les réseaux sociaux à grand coup d’émoticônes et de partages compulsifs ne correspond en rien au présent et pourtant un sacré paquet de monde veut croire que c’est le présent.

Je peux pas.