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Pensées et réflexions en goguette

Explorateurs d’inconnu (2)

Qu’est-ce que l’inconnu?
Pendant des siècles, les explorateurs sont partis sans savoir ce qu’ils allaient rencontrer, ils partaient au devant de terres, de personnes, de sensations dont ils n’avaient aucune idée préalable.

Aujourd’hui, il y a tellement de « choses » connues. Il suffit de taper un mot sur un clavier posé devant un écran pour trouver, sans bouger de chez soi, des images nous laissant imaginer « plus loin ».
Aujourd’hui, il y a tellement de « choses » planifiées. Il y a tellement d’invitations pour « aider » à planifier! Tenez, même votre enterrement est planifiable! Bon, ni le jour ni l’heure je vous l’accorde… pas encore! Ouf, il reste un peu de suspens!
Aujourd’hui, ce n’est plus l’étrange qui fait peur, l’étrange étranger, le cygne noir, ni même les nouveautés (quoique…), car presque tout est déjà-vu. Tout, y compris les « sauvages » plus du tout sauvages filmés à côté des vedettes dans des voyages en « terre inconnue » où tout est scénarisé à l’avance.
Non. Plus que jamais, ce qui fait peur c’est l’idée qu’on se fait de ce qui pourrait arriver si quelque chose arrivait!
Nous en sommes là.

Et cependant, il est encore vraiment possible d’aller explorer l’inconnu.
Car l’inconnu est au détour du chemin, tellement relatif qu’aucune prévision ni aucune planification n’a jamais réussi à le cerner.

C’était la semaine dernière.
Le ciel était couvert de nuages que l’absence de vent ne chassait pas.
En compagnie d’un sac à dos bien accroché et d’une paire de bâtons jumeaux, je suis partie dans une vallée que l’eau a patiemment dessiné à travers le basalte multimillénaire.
J’avais un peu préparé le chemin : la parenthèse n’étant que de deux jours, il m’avait semblé nécessaire de ne pas trop tergiverser quant à la direction à choisir.
Je suis tellement gourmande que j’étais tentée de tous les côtés par tous les sens. Un choix préalable simplifiait donc le choix final et apaisait les tourbillons de curiosité qui s’élevaient.

Pour traverser le plateau, j’ai obliqué vers le GR sagement tracé grâce à une ribambelle de pierres destinées à l’encadrer.
Mon pas était long et vif, il n’y avait rien pour surprendre le regard.
Il y avait à gauche l’océan et invisible au loin l’ancien « rio de oro » chargé d’histoires ; il y avait à droite la barrière d’un arc volcanique, laissant supposer de « l’autre côté » une vertigineuse caldeira ouverte sur l’immensité océanique soumise aux vents d’ouest ; il y avait devant un champ de cailloux et par dessus « tout ça », il y avait le ciel plombé.
Après quatre semaines de longues marches solitaires, mes réflexions étaient lissées, érodées, rien ne pouvait les retenir, elles étaient en état d’apesanteur.
Mon pas était long et vif, j’avais l’esprit totalement libre. C’était simple.
Délicieusement simple et léger.

J’avais imaginé bivouaquer à l’ouest, mais l’endroit « remarquable » ne me plaisait pas, j’ai choisi le sud, adossé au Talahijas qui abrite les restes d’un site aborigène (dont j’ignorais tout à ce moment là) et face à la mer.
Beaucoup de personnes me questionnent au sujet de ce que je « fais » lorsque je bivouaque.
Rien.
Je ne « fais » rien.
Non, je ne lis pas, non, je ne médite pas, non, je n’allume pas de feu, non, non…
Je suis présente, c’est Tout!
C’était très fort ce soir là.
J’avais remarqué quelques traces dans la montagne et j’avais la direction du lendemain en tête, c’était suffisant pour laisser flotter pensées et réflexions sans avoir à en repêcher aucune.

Diluée dans le silence où dansait au lointain le vacarme du shore-break, la nuit m’a avalée, ponctuée par quelques gouttes de pluie et quelques claques de vent remplies de sable. Au loin, le phare de la pointe lançait ses éclats que j’attrapais entre deux plongées.

Dès l’aube le voile de nuage était largement déchiré, laissant passer une lumière qui promettait d’écarter tout ombrage.

Je suis partie sur mes pas de la veille.
Les rafales de la nuit les avaient en partie effacés.
J’avançais la plupart du temps en terrain apparemment vierge.
Quel bonheur!
Tout en bas des falaises, l’océan bouillonnait.
Sans le moindre souffle, sans la moindre houle, il bouillonnait.
C’est que le flot venait frapper, avec une énergie monumentale, contre le mur d’un ancestral effondrement, formant un puissant ressac qui s’opposant à la respiration océanique de base, organisait dans un ordre aléatoire des tourbillons dont la simple vision était terrifiante de forces titanesques.

J’étais seule au monde, dans un paysage d’eau et de feu, de vacarme et de silence, de chaos, d’harmonie et d’obscurités chatoyantes.

Tellement, tellement remplie de gratitude…

Et quand au loin de mon regard, j’ai aperçu que le sentier de chèvre que je suivais disparaissait, j’ai du même coup compris qu’il était parti à la mer avec tout un pan de montagne.
Il se dessinait pourtant, au loin, plus loin.
Je me sentais capable d’escalader, de passer plus haut pour aller là-bas.
Là-bas vers la plage de sable blond, dans le creux de la caldeira effondrée, là-bas vers Cofete, là-bas où il était possible de faire le plein d’eau potable.
J’ai escaladé.
De plus en plus bas, la férocité du tumulte marin murmurait que le moindre faux-pas était inexorablement fatal, que ma petite balise de secours était « rien », que j’étais seule, bourrée d’adrénaline délicieuse, infiniment consciente, merveilleusement vivante.

J’ai découvert l’inconnu, ce qu’aucune photo ne montre, la beauté simple, délicate, grandiose, vertigineuse.
Tous les sens aux aguets, j’avançais, mètre après mètre.
Enfin, un minuscule sentier m’offrit une surface de déambulation plus stable, presque sécurisante bien que toujours à flanc de falaise.
Une centaine de mètres plus loin j’arrivais sur un plateau où plus aucune empreinte n’était dessinée.
En avançant, j’ai soulevé l’affolement des oiseaux marins qui se préparaient à nicher.
Ils s’envolaient à mon approche, ils tournoyaient, de plus en plus nombreux. Les cris de panique attiraient les cris de panique, tirait de leur trous les plus sourds agrandissant la foule qui me survolait, inquiète et non violente.
Lentement, je me suis hâtée vers le haut, escaladant une fois de plus pour fuir le vacarme, toute puissante cette fois-ci, car j’avais la capacité de tout apaiser.
C’est par le haut que je devais sortir, il n’y avait donc pas d’autre issue.

Et l’heure avançait.
Soudain aller jusqu’à Cofete que je connaissais me sembla terriblement fade.
Passer encore une montagne, à force de maintes acrobaties, pour aller me noyer parmi les touristes arrivés en voiture, pour quêter un litre d’eau sur une mini-terrasse de mini-bistrot encombré, ne valait vraiment pas le risque à payer.

Achevant ma grimpette, j’ai plongé vers une vallée déserte, empruntant le chemin créé par un éphémère torrent passé dans les semaines précédentes pour gagner en stabilité.
Sur le rocher mis à nu, je descendais, laissant de côté les éboulis, acceptant les hautes marches comme de joyeuses cascades sécurisées jusqu’à terminer dans le lit noir d’un fleuve totalement à sec.


Redescendue.
Plus loin encore, le GR était à sa place.
Revenant sur mes pas de la veille, je regagnais le monde, légère, un peu plus riche et incessamment soumise à ma curiosité indomptable : plus loin est à venir!
Il y reste tant d’inconnu à explorer.

Explorateurs d’inconnu (1)

C’était la semaine dernière.
L’océan était lisse.
Le vent était aux abonnés absents
C’était la semaine dernière et il ne restait que quelque jours pour encore et toujours sortir des sentiers battus sur cette île où la pression touristique fait des siennes.

Au début, c’est un chemin comme un autre, bien dessiné, beaucoup emprunté, assez passant, le chemin qui va du parking à la plage, normal, quoi.
Après la plage, c’est un chemin encore large où se lit le passage de ces engins à quatre roue qui offrent un bain de poussière aux touristes en quête d’aventure avant l’heure du déjeuner.
Et puis, plus loin c’est un sentier qui s’amenuise, pas grand monde ne sort des boucles à boucler.
Plus loin, c’était encore plus dénué d’empreintes.
A pieds, nous avancions lentement.
Le soleil déclinant, nous décidons « à la bonne heure » que la prochaine pointe en vue sera l’endroit où nous ferons demi-tour.
Dans ce coin réputé pour ses tas de sable, les plages sont rares. Chaque creux entre les bosses draine l’eau rare des exceptionnelles averses et l’entraine vers l’océan, 30 à 40 mètres plus bas. L’histoire volcanique des lieux apparait comme dans un livre ouvert.
….
Aparté
Pour ceux et celles qui aiment aller plus loin (Personnellement, amoureuse des iles Canaries depuis plus de 20 ans et particulièrement de Fuerteventura, j’ai eu besoin d’aller plus loin pour comprendre…) avec cette image tirée de la thèse. 

….

Dans ce coin là, donc pas de plages mais seulement des « à pic » sur lesquels il est très imprudent d’approcher jusqu’au bord du fait de leur consistance très, très friable.

Alors, imaginez ma joie, quand perchée sur une colline, j’ai aperçu une « plage », c’est à dire une descente assez douce et un plateau au raz de l’eau.
Ni une ni deux, j’ai alerté mon compagnon « wahooo, on peut descendre, c’est pas du tout dangereux, allez, allez, on y va » et j’ai couru devant.

Et je suis arrivée dans un environnement absolument magique, rendu plus magique encore par les rayons du soleil bas.
Impossible de résister au plaisir de planter là un instant de yoga, vous savez le « truc » qui signifie « joindre »… J’avais besoin d’être posée là, entre la terre et le ciel et d’y rester dans le vent absent, d’y rester sous le souffle puissant, sporadique, régulier, tonitruant des embruns et j’avais besoin d’y rester le plus longtemps possible.


Quand enfin je fut lasse, j’ai trouvé un emplacement un peu plus bas et alors… j’ai vu que j’avais pris le risque de rester perchée sur un promontoire de sable… Du sable rigidifié par le vent, le temps, les embruns, du sable paraissant solide sous les pieds, pareil à une roche… mais du sable… Du sable au dessus d’un « vide », au dessus d’un vide dans lequel s’engouffrait toute l’énergie de l’océan de ce jour calme.
Ce qui est fait est fait
L’inconnu devenait connu et il devenait impossible de « faire à nouveau »… Il suffit de changer de point de vue pour changer d’attitude.

Et, pendant que mon compagnon poursuivait ses prises de vues numérisées, je restais immobile, fascinée, fondue dans cet environnement exceptionnel.
Les gerbes d’écume étaient formidables.
J’avais les larmes aux yeux, infiniment reconnaissante devant autant de puissance tranquille.

Il fut l’heure de « rentrer »…
C’était la semaine dernière, le lendemain, je partais en solo pour deux jours, pour explorer l’inconnu plus loin encore.

(à suivre)

Très chers paradoxes


J’aime résumer l’état de bien-être à un état dans lequel je suis en équilibre entre mes paradoxes.
J’aime aussi affirmer que je suis funambule entre deux mondes : le mien et celui des autres.
Et j’ajoute que plus le fil est tendu plus le mouvement est facile et que sans mouvement, la vie n’existe plus.

Avez vous remarqué que les plus « anti-système », les plus écolos, les plus anarchistes, les plus complotistes, les plus « contre » sont ceux qui utilisent le plus facilement les réseaux sociaux pour s’exprimer, pour rabattre le monde vers leurs sites, leurs croyances, leurs publicités propres?

En écrivant sur ce blog, en acquittant chaque année des droits d’hébergement, je me suis donné les moyen d’une certaine indépendance.

Mais, le monde est ainsi fait qu’il est impossible de lui échapper. Les réseaux sociaux nous captent et eux seuls transmettent des signaux qui nous attrapent à grande vitesse.
Ce matin, j’ai donc lancé un nouvel essai « pour vivre avec mon temps » en pensant à ma grand-mère qui était fière de s’adapter rapidement aux changements apportés par le siècle derniers.
Rien n’est gratuit, je sais qu’en ouvrant un groupe sur FB, je participe au fonctionnement d’un géant, j’impose des publicités à mes lecteurs, je leur mets sous le nez des propositions de « semblables » (là je rigole un peu en imaginant ce que FB peut trouver qui me ressemble!!!), prenant le risque de les inviter à glisser plus loin, plus loin, à s’embourber, à tout abandonner et surtout à m’abandonner, « moi-je »!
Qu’importe, tout est expérimentation et j’aime ça.

Les paradoxes sont les moteurs de notre vivance, c’est un fait et j’avance sans jamais me lasser de les observer.

Ainsi, hier au supermarché, une image surréaliste est entrée dans mon champ de vision.
Une femme jeune, parfaitement maquillée, entièrement drapée dans une « robe » beige d’excellente qualité, une robe qui l’enveloppait de par dessus les cheveux jusque par dessus les pieds, était dans le même rayon que celui où je m’empressais de passer.
Elle prenait son temps, poussant son chariot déjà bien rempli et bavardant « toute seule ».
Toute seule?
Non.
Un magnifique téléphone pommé assorti à sa robe était glissé contre son oreille et fermement maintenu par la grâce des plis de tissus qui enveloppaient sa tête.

Malicieuse, j’imaginais instantanément qu’un être transcendant avait prévu cette situation et avait même transmis ses intentions auprès d’un messager obligeant.
Ainsi cette recette était exclusivement réservée aux femmes afin de leur permettre de bavarder de tout et de rien partout et n’importe quand, y compris au supermarché en poussant un chariot chargé de produits ultra-transformés.
Trop fort!

De l’attention

Ce matin, après avoir écrit le mot « attention » dans un commentaire ici même, je suis entrée dans ma journée ordinaire.
J’ai en réserve quelques billet au sujet de l’extra-ordinaire de la semaine dernière, mais comment pourrait exister « extraordinaire » sans la présence acharnée et quasi constante de « ordinaire » ?
C’est une question et pas le propos de ce billet.

Dans la voiture, sur les chemins de la philosophie, j’entendis une rediffusion et j’écoutai :

J’avais été attentive en découvrant H.D.Thoreau en avril 2017, ce matin ma curiosité vivifiée par le grand air, le désert récemment traversé et les bouquins avalés, révélait une multitude de nouveaux points de réflexion.
Et ces points convergeaient ou tournaient autour de ce simple mot abandonné au fil d’un commentaire : attention

Attention, il s’agit d’attention.
Soyons clairs, je n’ai pas dit : attention!
J’ai parlé d’attention…

De cette attention qui fait tellement défaut dans notre société.
De cette attention à tout, à rien, au grand, au petit, à la relativité, à l’impalpable, à l’ensemble jamais seul, toujours situé ici et maintenant.
Parce que trop de gens sont naturellement focalisés sur « un truc », au point de ne voir que « ce truc », au point d’en devenir obnubilés, au point d’en être malades, au point de souhaiter convaincre le monde entier que seul « ce truc » est important. Parce que ces gens là sont, de fait dénués d’attention alors même qu’ils ne cessent de faire attention!

Vous n’y comprenez rien à cette prose!
Quoi de plus normal?
Si vous étiez ici, là, à mes côtés, je me ferais un plaisir de vous faire toucher une ou deux expériences pour que vous puissiez peut-être saisir quelque chose, mais vous êtes de l’autre côté de votre écran…

L’anecdote du jour va nous ramener à quelque chose de plus facile à comprendre.

Ce matin, pressée par le temps, je me suis habillée à toute vitesse, enfilant le pantalon de la veille qui me tendait les bras.
Je ne l’ai pas regardé.
J’ai fait ce que j’avais à faire, enchainant les actions à enchainer pour rester dans le timing.
Je suis sortie, j’ai croisé du monde, plein de monde.
je suis rentrée.
J’ai avalé un en-cas en tapant sur mon clavier et hop, il fallait déjà repartir.
je suis partie à pieds, comme chaque mardi ordinaire à la même heure.
Alors, marchant à grand pas, j’ai retrouvé toute ma capacité d’attention et …
J’ai vu « la » tache sur mon pantalon!
Une tache… Deux taches…
Que j’ai immédiatement mis sur le compte de ma gourmandise de la veille, rouge de piment rouge…
Arghhhhh…
Il fallait faire avec.
Arrivée à l’école, les enfants m’ont accueillie en m’expliquant l’absence de leur institutrice. Pour moi, il y avait donc un peu de « gestion de groupe » à prévoir.
Ce fut simple et nous sommes rentrés en classe :
« On a reçu ta carte, tu sais? » Puis : « Oh, tu as une tache sur ton pantalon » dit l’une… « Non deux taches » ajouta l’autre… « Et même trois » répliqua un troisième!!!
J’étais ravie, ils avaient immédiatement remarqué les taches plutôt que mon merveilleux bronzage!
« Et oui, j’ai vu ça, moi aussi » ai-je répondu en toute sincérité, ajoutant que c’était le résultat de ma gourmandise de la veille associé à mon empressement matinal. J’ai en plus ajouté que je n’avais pas d’autre solution que de me promener « comme ça » jusqu’en fin d’après-midi.
Les enfants n’eurent de cesse que de me trouver une solution.
Il fallait trouver ça avant de passer à l’activité pour laquelle j’étais venue.
Il eut été vain de balayer le problème, les jeunes enfants sont super attentifs aux détails.
Il y eut maintes propositions, raisonnables ou farfelues.
Puis, nous sommes tombés d’accord sur le fait que s’il est assez tendance de se promener avec un pantalon déchiré, je pouvais sans soucis affirmer que me promener avec pantalon taché était « style »!
Et hop : affaire conclue.

Plus tard, déambulant en ville, entrant dans de chics boutiques du centre, j’avais la tête haute de celle qui sait qu’elle a du style!

 

Plegadis Falcinellus

Une jolie petite histoire.

Tandis que l’agitation se poursuit inlassablement au sujet des méthodes d’enseignement, au sujet d’une utopique égalité de chances pour un avenir inconnu, au sujet de tout, de rien, tandis que laborieusement je marche sur un chemin pour lequel aucun « mode d’emploi » n’existe, tandis que le temps passe inexorablement, une jolie petite histoire vient de s’ajouter à ma collection expérimentale.

Au printemps dernier, tandis que quelques orchidées sauvages persistaient dans la garrigue, au prix d’un lever avant l’aube, des amis m’avaient entrainé à la découverte du réveil des oiseaux sur le grand delta de Camargue.
Ornithologues passionnés, ils n’avaient de cesse que de partager leur passion.
Il y avait un oiseaux qu’ils désiraient vraiment me montrer, un oiseaux nouveau venu en Camargue, un oiseau gracieux au reflet métallique remarquable : l’ibis falcinelle.
Toute la journée je les ai suivis dans leur quête.
En les suivant, j’ai fait connaissance avec des oiseaux que je n’avais jamais vu, j’ai identifié des vocalisations que je n’avais jamais remarquées.
Admirative de l’érudition de « F », je me sentais plus que jamais totalement ignorante, j’étais comme une gamine qui écoute attentivement, parfois lassée devant l’abondance d’informations, souvent interrogative, doutant terriblement de ma capacité à retenir une once de tout ce qui m’était donné là.

Il y a quelques jours, nous étions au fond d’une vallée verdoyante, une vallée invisible pour qui traverse en voiture le plateau caillouteux et aride qui mène à la plage.
Il y avait un ruisseau, il y avait de minuscules étangs, il y avait un silence retentissant et il y avait des oiseaux, beaucoup d’oiseaux.

Un couple de tadornes décolla devant nous à grand coups de klaxon comme à leur habitude.

C’est alors qu’en les suivant des yeux, levant la tête vers le chemin de ciel ouvert entre les vertigineuses parois, un ibis entra dans mon champ de vision.

Un ibis ? La courbe de son bec me le suggérait, mais ne suis-je pas du genre ignare en ornithologie ? Rien n’était moins certain.
Et c’était d’autant moins certain que l’oiseau n’est pas répertorié dans le coin, ça je le savais pour avoir fait un rapide tour d’horizon de la faune locale sur la toile !

Le soleil déclinait, il était temps de sortir de cette vallée, temps de retourner dans le monde des gens et de penser au choix du resto pour le soir.
C’est alors qu’au bord d’une mare, j’ai aperçu un oiseau noir.
Avec la distance, il était impossible de l’identifier.
Délicatement j’essayais de gratter un mètre, imaginant déjà en gratter un suivant, puis encore un.
Las… ma présence devait résonner intensément de vibrations insupportables, l’oiseau s’envola en compagnie des échasses qui étaient à ses côté.
Alors que mon compagnon photographiait en salve, je n’avais plus aucun doute sur le nom de l’oiseau noir.
Je sautais comme un enfant excité : c’est un ibis ! C’est un ibis falcinelle, un plegadis falcinellus, un ibis comme j’ai vu avec « F », j’en suis certaine ! C’est un ibis !
Ceux et celles qui me connaissent et eux seuls peuvent imaginer le niveau de mon excitation et la capacité à répéter qui est alors générée !

Dès notre retour à la maison, j’ai partagé la petite histoire à mes amis ornithologues. J’avais besoin d’une confirmation et d’un regard avisé sur les images captées au vol.
Et j’ai senti la complicité qui existait, le frétillement de l’émerveillement et la jubilation concomitante.
C’est une jolie histoire concluait l’amie, « F » est heureux de constater ce qu’il t’a appris…

Le lendemain, en repassant les événements, je suis partie dans une de mes habituelles digressions.

« F » est un brillant professeur. Il enseigne dans de prestigieuses universités, à quelques illustres spécialistes. Aujourd’hui partiellement retiré, il reste enseignant et garde l’habitude d’évaluer « ses étudiants » !
Je souriais à cette idée et immédiatement, je pensais à toutes ces « recettes » qui circulent afin d’améliorer les « conditions d’enseignement ».
Car précisément, il n’en existe aucune.
Il en existe d’autant moins que nous sommes actuellement englués par l’idée qu’il faut un « enseignement utile », que tout apprentissage doit avoir un but et que le but le plus « normal » consiste à « gagner de l’argent ». Je sais, c’est un peu abrupt… Un billet n’est pas un bouquin et doit demeurer « pas trop long »  aussi dois-je faire court !
J’ai toujours été plutôt mauvaise élève, me contentant d’empocher les différents grades et permis indispensables à la reconnaissance sociétale, incapable de disserter comme « il faut » et surtout pas capable de le faire « parce que c’est comme ça un point c’est tout ».
Par contre, enregistrer la passion des autres, admirer leur savoir, m’imprégner à leur côté, grappiller les informations pour le plaisir de découvrir, c’est plutôt mon truc.
Et finalement, je vois ce que j’ai appris à voir.
Et c’est vraiment grisant.
Et quand mon compagnon voit un corbeau noir, je vois un ibis… parce que je sais que cet oiseau existe.
Et quand mon compagnon me fait répéter « Comment tu dis ? Fraxinel ? », j’épelle tranquillement f.a.l.c.i.n.e.l.l.u.s, parce que c’est comme ça.

Partager les connaissances accumulées au cours d’une vie est une aspiration simple, se nourrir est aussi simple.
Inutile de se lancer dans des recettes alambiquées, il suffit de proximité, de respect, d’admiration et il suffit surtout et avant tout d’avoir faim.
Et la faim, c’est très très personnel.
Le gavage n’est-il pas une méthode de production de graisse, sans le moindre regard sur l’appétit spontané des animaux qui y sont soumis ?

La puissance de l’imprévisible

 

C’est mots on résonné fort lorsque j’ai découvert dès sa sortie en France (2007) le bouquin de Nassim Nicholas Taleb : Le cygne noir, la puissance de l’imprévisible.

Lors de chaque passage de vie, lors de chaque aventure, tout en préparant avec une attention à la limite de l’obsession, les moindres détails auxquels je pouvais penser, je gardais une place spéciale pour l’imprévisible, pour tout ce que je ne pouvais absolument pas prévoir.
Ainsi, je suis toujours partie tranquille, ayant fait le tour complet de ce qui pouvait advenir, l’imprévisible compris.

Depuis, les années sont passées, Nassim Nicholas a publié un autres best-sellers en 2013, Antifragile : les bienfaits du désordre, à nouveau chez Les Belles Lettres pour l’édition française.

Donc, résonné ai-je affirmé.
Oui.
Clairement, ces mots sont arrivés sur une zone de ma pensée déjà bien forgée au point de faire: « tilt », c’est exactement « ça »!
Vous savez, c’est ce genre de lumière qui s’allume quand on vous explique un truc que vous avez toujours connu sans jamais avoir songé à le mettre en mots.

L’imprévisible faisait donc partie de ma vie et de mes prévisions sans que j’ai besoin de raisonner, c’était un fait.
C’était un fait aussi dans ma vie de famille, et aussi dans ma vie de maman.
J’ai la chance d’avoir des fils qui vivent fort, pas du tout comme « la norme bien pensante » aime à l’imposer et c’est comme ça depuis leur naissance et c’est savoureux, toujours et encore.

Pourtant, riche de ce savoir, il m’arrive de m’endormir sur la routine. Sans doute est-ce l’âge qui avance et qui tend à m’asseoir sur une certaine satisfaction, à contempler mon nombril assise sur un paquet de temps passé ?
Je ne sais pas.

Voilà que j’ai été pour ainsi dire réveillée ces derniers temps, alors que tout semblait lancé comme sur des roulettes, alors que même le « petit dernier » semblait enfin en route vers plus loin de manière presque commune.
J’ai besoin de voir un « psy » a-t-il déclaré du fond d’un malaise qui l’embourbait.
Mon amour pour les « psy » étant diamétralement opposé à mon goût pour le « laisser vivre » physiologique, c’était vraiment cool de l’entendre me demander « une bonne adresse ».
Le « hasard sauvage » étant ce qu’il est, j’avais une adresse possible, testée et approuvée par une personne qui m’en relatait les moindres détails dont un « détail » de taille : le problème, c’est que « L »  se permet de refuser des accompagnements. Ca me rappelait quelque chose et c’était pour moi un super bon indice.

Et hop l’histoire se lança sur un chemin nouveau tout à fait inconnu.

Et hop, tout se bouscula, simplement parce que le fruit tombe quand il est mur, tout naturellement.
Deux ans plus tôt, c’était « trop tôt », cette fois-ci était la bonne.

L’aventure ne fait que commencer, car « L » décida de rompre avec ses habitudes et sollicita pour « mon petit » une consultation auprès d’une « V » fort overbookée. Ayant absolument horreur de faire rentrer quiconque dans un cadre statistique, et surtout pas la chair de ma chair,  je me suis sentie un peu titillée par cette décision. Heureusement la rencontre s’est faite très rapidement pour aboutir aussi simplement que dans ma vraie vie par le prêt d’un bouquin!
Trooooop bien!

Et hop, l’imprévisible est toujours là.
Fascinant
Merveilleux
Inconnu
Magique
Questionnant, certes
Jamais inquiétant, en fait,
C’est le piment de ma vie!

 

 

Encore une histoire de chemin


Ce chemin là était resté invisible à mon regard pendant toutes les années où je marchais, tête baissée vers plus loin.

Je marchais tête baissée?
Je ne sais pas.
Je sais qu’il m’est souvent arrivé de grimper tout droit dans la pente, impatiente que j’étais d’atteindre le sommet que je m’étais fixé.
J’ai sans doute parfois pris des risques.
j’ai souvent  traversé des passages « acrobatiques » qu’il eut été plus aisé de franchir sur un « meilleur » chemin, sur un chemin tracé par d’autres.
Globalement,  j’ai réussi à vivre mes rêves.
Grandement.

Ce matin, en partant à nouveau à l’assaut de la montagne, je pensais à l’âge qui vient et qui apporte un peu de modération, ouvrant mes yeux sur des possibilités plus raisonnables.
Je me disais aussi qu’il est important pour tout enfant de rêver à son devenir d’adulte, il n’a pas d’autre choix que de viser tellement plus haut que ses capacités d’enfant.

Et puis, je pensais à ce temps passé à multiplier les points de vue.
Inlassablement.

Ce temps passé à prendre le risque
De n’être jamais comprise.
Perchée quand les autres sont cachés
Cachée quand l’exposition est à la mode,
Dans la foule àl’occasion,
Seule et ensemble toujours.

Inlassablement.
En équilibre,
Multiplier les points de vue.

A l’image d’un funambule?
Comment danser sur un fil ?
Sinon en vérifiant toujours,
Soi-même
Chaque extrémité,
Assurant un ancrage dans la réalité,
Et expérimenter la solidité,
Renseigner les sens,
Dans tous les sens,

Inlassablement.

 

Et après?


Quand j’ai posté cette image sur ma page FB, je n’avais pas  imaginé les tourbillons de pensées qui allaient suivre.

Un très bon ami écrivit : « Avancer, et voir sa « marque » qui part en ondes avant de disparaître. C’est pas si mal »
Et illico, je postais : « (…) C’est juste fou, tu n’imagines pas! La trace, l’empreinte et tout ce qu’on laisse traîner, c’est pour moi le centre de tellement de questions qui tournent sans réponses (…) »

A peine avais-je écrit ces quelques mots que tout se bousculait en bon ordre dans ma tête.

La réalité, les métaphores, les histoires de passage, les navigations dans le désert ou sur l’océan, les métaphores encore… et mes cogitations de l’été (particulièrement celle-ci et celles qui suivent, juste avant le départ en randonnée)

C’est une histoire de fou, c’est un entrelacs de paradoxes qui me faisaient alors face, en toute bienveillance et sans le moindre esprit guerrier.
Et très rapidement,  j’assistais à leur dilution dans l’image de ce vortex immobilisé dont j’avais suivi le plus loin possible la disparition.

Pour une fois, j’avais trouvé une réponse!

 

De la ponctuation

Lorsqu’il s’agit de s’exprimer à travers l’écrit, il est d’usage d’intercaler des signes de ponctuation entre les mots afin de favoriser une meilleure « écoute » pour le lecteur.
De manière récente, il est devenu possible d’introduire des idéogrammes (on appelle ça  « emoji » en langage facebookien), des « sticker » et même des « gif » en plus des traditionnels signes de ponctuation.
De fait, il serait possible d’imaginer que la communication écrite est en passe de devenir de plus en plus précise, c’est à dire, de plus en plus semblable à la communication parlée.

Las !

En se complexifiant, la communication se dilue.
Je me demande si nos pensées ne suivent pas le même chemin, stimulées qu’elles sont de toutes parts, dans toutes les dimensions et tous les sens ?

La ponctuation, pour revenir au sujet de ce billet, est chose subtile dans le monde mondial. En effet, les règles sont différentes d’une langue à l’autre et parfois il n’en existe même pas. (un digest ici )

Pour « moi-je », il est plus facile de lire et de comprendre les personnes que je connais en vrai : les attitudes, les intonations, les paradoxes sont inscrits en filigrane dans ce que je lis d’elles.
C’est aussi le cas pour les personnes non accessibles, les grandes figures, les auteurs renommés : le fait de les entendre parler (vous connaissez ma radio préférée ? … On y parle beaucoup, beaucoup! ) m’incite à les lire sous des angles constamment renouvelés.

Dans la prose que je produis, il y a un tas de mots et aussi un paquet de signes de ponctuation.
Les mots ont une signifiance à mes yeux et je sais que chacun les interprète ensuite en fonction de son environnement propre.
La ponctuation, selon les règles établies en langue française, est généralement posée avec attention et il n’est pas rare que je modifie après lecture (et relecture), comme je modifie certains mots et/ou leur agencement dans la phrase.
Les « emoji » sont les grains de folie qui peuvent entrainer plus loin tant leur traduction est éminemment personnelle !
J’aime les points de suspension car il sont à mes yeux une ouverture vers plus loin. Mais, je sais qu’il faut les éviter et je les évite au maximum.
Il serait nécessaire, dans les faits, de poser un point d’interrogation après chacune de mes phrases tant chaque alignement de mots constitue, de mon point de vue, un questionnement qui débouche sur un autre questionnement sans que jamais aucune réponse ne survienne en temps que réponse « certaine et définitive ». C’est évidemment non-envisageable.
Alors… J’ose imaginer que les personnes qui m’ont un jour croisé ont repéré mes inlassables questionnements.

Les enfants, bien avant l’âge de raison, affirment « je sais » et les parents les regardent de haut en affirmant à voix basse : « comment pourrais-tu savoir ? ».
C’est que les enfants sont bien dressés et que dire « va te faire foutre je vais expérimenter dans mon coin » fait partie des « interdits ».
C’est que les parents sont bien formatés et suffisamment suffisants pour oublier de douter au sujet de leur toute-puissance parentale.

Quand j’étais »petite », j’ai traversé cette période où j’ajoutais « je sais » après chaque proposition parentale. Mon père ne manquait pas de me le faire remarquer sur l’air de « madame-je-sais-tout ».
J’avais le bac en poche quand cette chanson là est entrée au hit-parade de l’époque et bien que ma note de philo ait été magnifiquement proche de zéro, je commençais à poser les questions qui n’amènent que des questions et à entrer dans un véritable « raisonnement philosophique » au sujet de la vie.

Plus de quarante ans plus tard, j’en suis seulement un peu plus loin, toujours en train d’essayer d’escalader l’arc en ciel, toujours en train d’essayer d’attraper les étoiles alors que « je sais » (= « il est scientifiquement prouvé ») que l’arc en ciel n’est qu’un effet lumineux et que les étoiles qu’on voit briller sont mortes depuis longtemps…

Jenesaispasquelleestl’histoiredelavieenvraie.

J’aime infiniment observer, explorer, observer encore, explorer plus loin.

Jesaiseulementquejesuisenpleindedanslavraievie.

Les étrennes


Pavé de fin d’année

Il est bien probable que toutes les personnes de ma génération ont gardé en mémoire un poème proposé en deux strophes qui commençait ainsi :

« – Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
(…) »

Peut-être que parmi ces personnes, certaines ont, comme je l’ai fait, assidument fréquenté les poètes.
Ainsi au gré d’une navigation auprès du bateau ivre, ces personnes ont sûrement découvert que la gaîté des étrennes vendue par l’éducation nationale était factice.
Car, le très long récit en vers proposé par Arthur Rimbaud était en fait nommé « Les étrennes des orphelins », une histoire triste.
Une triste histoire avec laquelle les médias d’aujourd’hui seraient ravis d’ouvrir le JT, juste avant d’embrayer et d’accélérer sur les histoires de gueule de bois, d’indigestion et de régime minceur.

Un peu d’histoire historique raconte qu’avant le débarquement de Santa Klaus fin décembre (Entre Saint Nicolas (début décembre) et le passage des rois (début janvier))  qui a progressivement transformé la distribution de friandises enfantines en avalanche de paquets cadeaux pour tous, c’était à l’occasion du changement d’année calendaire que s’échangeaient « joujoux, bonbons habillés d’or, étincelants bijoux ».
A la fin du 19ème siècle, le « truc » à la mode c’était le livre d’étrennes, les éditeurs ne manquaient pas d’idées pour profiter de l’aubaine.
Les « beaux livres » ont doucement supplanté les « livres d’étrenne », ils furent largement distribués sous les sapins naissants du 20ème siècle.
A l’aube du 21ème siècle, la mondialisation galopante autant que l’évolution des techniques d’impression ont banalisé les livres au point qu’ils ne constituent  plus un cadeau de prix, mais parfois un cadeau par défaut de « mieux ».

Je reviens à ce jour des étrennes, ce jour de l’an neuf, et plus précisément à la nuit qui précède.
Dans notre actuelle vie d’occidentaux dans le vent, il est « normal » de prévoir et préparer un réveillon.
« Normal » étant une donnée statistique plantée au sommet d’une courbe de Gauss, de chaque côté du sommet tout est possible, bien que ce soit considéré comme un écart à la norme.
Bien entendu plus l’écart est visible sur la courbe, plus le risque de tomber dans « l’anormalité » grandit.
Pourtant je considère que se situer à la marge n’engage en rien l’appartenance de quiconque à la vie de la société.

Tout est tellement relatif.

Je m’aperçois en écrivant ce billet dans le contexte écologique que j’habite, que le fait d’être cette année en France, loin du soleil et des grandes randonnées en terre sauvage exacerbe mon sentiment « d’anormalité » relative.

Me voici donc en train de chercher « un truc » pour meubler ce passage qui semble incontournable.
Pour l’instant tout ce que je vois alentours ressemble à des sorties de secours ouvertes sur des microcosmes fermés.
Il faut avouer que ma vision de la débâcle obligée de fin d’année est dénuée d’objectivité.
J’ai été marquée par ma déambulation dans les rues parisiennes fin 1975. J’assurai alors une partie équestre du spectacle « Ben-Hur » .  Tandis que les gens venaient au spectacle pour ouvrir leur réveillon, nous finissions « le boulot »  (c’est à dire les soins aux chevaux et notre démaquillage) sur les coups de minuit. De fait,  je me suis retrouvée dans la rue « après » et c’était pour voir à travers les vitres des restaurants des dizaines de personnes  comateuses au milieu des serpentins et cotillons qui jonchaient le sol.
Pas de quoi rêver… Pas pour moi, en tout cas.

Et là, maintenant, tandis que mon hyper-connexion fait miroiter de tous les côtés des passages rêvés entre amis, me reviennent ces souvenirs qui disent que je suis, en quelque sorte, étrangère à ces festivités.

Pas pour moi les soirées gastronomiques à exploser la panse
Pas pour moi les soirées soufis à psalmodier le Mathnawi
Pas pour moi les soirées shootées sous les tables
Pas pour moi les soirées Bollywood à chanter Hare krschna
Pas pour moi les soirées Djeun’s entre retraités
Pas pour moi les soirées « paix sur terre » à réciter les Psaumes
Pas pour moi
Pas pour moi…

Il est un fait que je suis à la marge sur bien des points!
Et pourtant, je garde espoir de voir le changement d’année calendaire se faire même si je ne « fais rien » de notable.