C’est le bouquet! (1)

Ah, ben ça, c’est le bouquet ai-je pensé en entendant ma voix dans la bande-annonce d’un film.

Et lâchant cette expression sortant tout droit de mon enfance, j’ai regardé avec émotion le bouquet tout neuf qui me ramenait vers les belles retrouvailles de la veille.
Elle venait de fêter ses cinquante balais et son amoureux lui avait préparé une surprise; prétextant une balade nantaise, il avait organisé notre rendez-vous.
Sous le soleil d’automne, nous avons marché tout l’après-midi, le temps nécessaire pour nous raconter ce que nous avions vécu depuis la dernière fois où nous nous étions croisées, il y a plus de dix ans.

Parmi les aventures des années passées, j’ignore comment l’idée de raconter une histoire de tournage sans mise au monde s’imposa dans la conversation ce vendredi, toujours est-il que j’en avais parlé de cette histoire, là, juste avant de « tomber » sur ma voix, le lendemain soir.

C’était en 2010, l’année où j’avais programmé (de longue date) de poser le mot « fin » sur une partie de mes engagements. J’avais un certain nombre d’aventures programmées et celle-ci s’était imposée de manière imprévisible : un documentariste avait insisté pour que j’accepte un rôle dans son film ; il avait parait-il flashé sur ma personne un jour où je radotais au sujet d’une publication récente, a Paris, au milieu d’un aréopage d’historiens .
J’avais d’abord royalement refusé le rôle.
Il était revenu à la charge.
Certainement habitué à ce qu’on lui cède, il avait refusé de céder, il me voulait « moi » et il agita des promesses qui pouvaient me plaire sans imaginer que je le voyais venir de loin avec ses gros sabots! Ignorant tout de la vie que j’avais déjà traversée, lorsque je pensais « faut pas pousser, faut pas pousser mémé dans les orties », il rajoutait une couche de confiture pour tenter de mieux me faire adhérer. C’était drôle à mes yeux.
Il était malgré tout très aimable.
Donc,
Après plusieurs semaines de courriers aller et retour, devant son insistance, j’avais finalement lâché un « oui ».
J’avais fouillé la toile, tourné l’idée dans tous les sens et j’en étais arrivée à la conclusion que les risques étaient entièrement pour lui, pour sa boite de production et que pour ma part, il y avait quelque chose d’inédit à vivre, juste pour le plaisir. Ce qui m’avait tout à fait décidée, le temps aidant, c’est le fait que pour répondre à son exigence, je devais organiser encore quelques rencontres, repousser le mot « fin » de quelques mois. Et ça, c’était enthousiasmant parce que je répondais ainsi à la demande de personnes qui n’avaient pas osé imaginer complètement la probabilité de ma présence dans leur histoire.
Comme je l’avais prévu, il fut mis devant le fait accompli, aucune porte n’allait lui permettre de réaliser « son » scénario et ce malgré un nombre incroyable de tentatives de séduction à notre égard : « Vous passez super bien à l’écran », « J’ai regardé les rushs, vous êtes magnifiques », « C’est extraordinaire, j’ai bien fait d’insister pour vous avoir », etc. Après avoir transformé mon salon en studio de cinéma, après des heures de tournage en voiture, après des heures de boulot, mis devant le fait accompli, il remballa.
Des mois plus tard, j’ai reçu le dvd du film où pas un millimètre, pas une micro seconde de ces moments parait-il si formidables n’apparaissaient. J’ai su encore plus tard qu’en urgence et avec une rallonge de budget, il avait réalisé à Paris le scénario qui lui tenait à coeur en compagnie, cette fois, de personnes qui étaient royalement d’accord.
Tout était bien qui finit bien.

Samedi soir, tandis que je surfais sur une page afin de « prendre la température » d’un microcosme en vue de préparer une conférence, j’ai cliqué sur la bande annonce d’un film encore confidentiel, histoire de voir ce qui se fait aujourd’hui, en pensant à autre chose, sans grande attention.
Et j’ai entendu ma voix.
J’ai cru rêver, c’était tellement improbable! Je connais le son et les intonations de ma voix dans une vidéo, mais non, c’était pas possible.
Instantanément concentrée et attentive, j’ai rembobiné.
Et je me suis vue!
Non!
SI.
Mais qu’est-ce que je fais dans ce truc sans jamais avoir été informée de quoi que ce soit.
Ah ben, ça, c’est le bouquet!

Evidemment, je me suis ruée sur le moteur de recherche.
J’ai tapé tout ce qui me passait par la tête pour essayer de trouver la clé du mystère.
Je suis revenue sur la bande-annonce.
J’ai fait arrêt sur image.
J’ai agrandi.
Il FALLAIT que je comprenne, que je dénoue l’énigme.
En même temps, je commençais à bailler, il était temps d’aller au lit.
J’ai pratiquement pas dormi de la nuit, ou alors en pointillé car un bon nombre d’idées étaient devenues tellement fixes qu’elle s’immisçaient dans chaque tentative de lâcher prise.

Mais, chacun sait que la nuit porte conseil.
A trois heures du matin, au moment même où toutes les pendules d’Europe sautaient une heure de temps, j’ai ouvert mon laptop et posé quelques mots chez googlemonami.
Et Yessss, je retrouvais d’un coup les trois quart des souvenirs.
J’écrivais illico un @ à l’attention de la réalisatrice et à quatre heures trente exactement je sombrais dans un véritable sommeil réparateur.

A l’heure du café, l’énigme était résolue.
La réalisatrice avait répondu à mon @ et m’avait expliqué.

N’allez pas croire que l’épisode est clôt. Depuis dimanche, il y a un truc qui s’est allumé dans ma tête et ça tourne à toute vitesse, à toute vitesse dans plein de directions.
Et, comme d’habitude, il est impossible d’enlever les piles ou de mettre en position off.
C’est amusant.

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